ROXANA MARACINEANU MINISTRE DES SPORTS: COMBIEN DE DIVISIONS?

Eric LAHMY

Mercredi 5 Septembre 2018

Réagissant à la nomination de Roxana Maracineanu au poste de ministre des sports, Claude Lepage, conseiller technique de natation, nous écrit : « Pour ma part, je n’en attends rien. parce qu’il faut avoir une vision politique de l’activité qu’on doit administrer, avoir un financement à la hauteur des ambitions ce qui apparemment n’est pas la volonté du Chef de l’Etat ou du 1 er ministre.
La femme est de valeur et elle n’est donc pas personnellement mise en cause c’est tout un ensemble et dans un contexte de développement de gestion des piscines en DSP, la part du « politique » fond. Les Jeux de 24 qui devraient être un fouet stimulant seront un gouffre financier. Et puis je me méfie toujours de ces nominations qui résultent souvent de magouilles et marchandages. »

On se souviendra de deux des ministres majeurs qui ont imprimé leur marque ces dernières années, Bergelin et Buffet, en raison de leurs lois sur le sport pour Bergelin et sur la lutte contre le dopage pour Buffet. D’ailleurs, ce qui aurait dû être la loi Bergelin s’est appelée loi Bambuck, lequel arriva au poste immédiatement après et n’eut qu’à la signer. Le mérite du socialiste Bambuck est cependant de ne pas avoir jeté aux orties le travail de son prédécesseur gaulliste, mais bien au contraire de l’avoir achevé.

Un ennui, avec le ministre des sports, c’est qu’il ne dure pas. Depuis 47 ans, l’institution au faîte du sport français, le Comité national olympique et sportif a connu quatre présidents : Claude Collard, Nelson Paillou, Henri Sérandour et Denis Masséglia. Dans le même laps de temps, ont défilé vingt-deux ministres ou secrétaires d’Etat au gouvernement.    

Laura Flessel sera restée au poste seize mois. Epoque stratégique pendant laquelle la France a obtenu l’organisation des Jeux olympiques. Mais cinq cents jours, ce n’est pas assez.

Il y a aussi ce caractère que je ressens un peu artificiel de la nomination. Ce n’est pas le cas, mais d’une certaine façon, Flessel et Maracineanu semblent venir de nulle part.

De même, une ministre comme Flessel, ou comme Maracineanu, ne pèse pas politiquement. Je veux dire par là que, quel que soient l’intelligence, le courage, la volonté d’agir et l’intégrité de ces personnes, elles n’ont pas de poids politique en termes électoraux, et que ce poids est bien la seule chose que respectent les politiciens. Nicolas Hulot, qui vient de démissionner pour avoir mesuré combien un ministre de l’écologie ne pouvait faire grand’ chose en face des intérêts, a mis l’accent sur ce caractère fragile d’un ministre « choisi » dans la société civile.

Dans le jeu d’alliances, de stratégies, de comptage permanent des voix, l’ascendant moral d’un Hulot ne pèse pas, au moment des décisions, s’il n’a aucun allié dans le microcosme. On peut lui appliquer la sentence de Staline vis-à-vis du Pape Pie XII : « Le Vatican, de combien de divisions dispose-t-il ? »

Le poste est très flatteur, voire prestigieux et pas mal rémunérateur, mais les leviers de pouvoir qu’il représente ne se situent pas à forcément ce niveau.

Il y a aussi que l’entourage du ministre ne lui appartient pas à tous les coups, et peut lui être partiellement imposé par une autorité supérieure. Je crois me souvenir de l’affrontement entre le ministre rocardien Roger Bambuck et son directeur des sports Philippe Graillot, imposé par la présidence.

Il y a enfin la complexité de la tâche, et la faiblesse endémique des moyens.

Mais pour ce qui concerne la natation, je pense que Roxana Maracineanu aura à cœur d’aider un tant soit peu son sport d’origine. Comment ? C’est à voir…


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3 comments:

  1. LEPAGE

    Pour avoir vécu l’évolution du monde associatif à travers les clubs et comités, que j’ai mis en parallèle avec l’analyse de la vie politique générale de ces 30 dernières années et même plus, je pense que nous n’existons plus en terme d’Etat au pouvoir régalien. Notre Etat est une interface entre les lobbies bruxellois de toutes sortes et notre administration nationale qu’il faut mettre au pas. Je me souviens encore de la présentation du projet 1000 piscines à la télévison par Mr Comiti, projet très important au départ mais malheureusement vite détourné de sa vision de départ. Mais il y avait là un but, une volonté et des moyens mis en oeuvre sur une durée de 5 ans. Ce monde là est révolu et nous sommes tristmeent complices, quelle est la réaction des clubs? I N E X I S T A N T E! Ils espèrent des subventions comme les miséreux quêtaient sur la parvis de l’église le dimanche après la messe.

    1. Doug

      Je trouve que vous mélangez beaucoup de choses dans votre message, les clubs, les comités, Bruxelles, Comiti… L’immense majorité des clubs ne font pas la manche, ils se battent pour survivre et joindre les 2 bouts en Juillet.

      1. LEPAGE

        Ce n’est pas un mélange, c’est un lien. Nous faisons parti d’un ensemble. Je cite Comiti car il a eu un projet solide sur des années qui a marqué notre sport. Je cite Bruxelles car c’est là qu’est pilotée notre politique, et il suffit de constater les conséquences sur les reclassements et diminution de postes. Quant aux clubs, ils ne font pas preuve d’une démarche dynamique. ils sont dans la croissance d’effectifs tous azimuts, ce qui obère la pratique de la natation sportive. Plus vous avez d’activités différentes, moins vous avez de place et de temps pour l’entraînement, parce que les surfaces d’eau ne sont pas extensibles et même régressent. il suffit de lire les profils de poste sur les offres d’emploi. Et quand on sait le temps passé à remplir les formulaires de demandes de CND… il y a 30 ans c’était 2 feuilles pour 3fr 6 sous aujourd’hui?

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