SARAH SJÖSTRÖM IMITE UN PEU TROP MARK SPITZ, ET TRÉBUCHE SUR UNE « MANUEL » DU SAVOIR NAGER

Éric LAHMY

Lundi 31 Juillet 2017

Lorsque, le 23 juillet, j’avais salué le record mondial de Sarah SJÖSTRÖM sur 100 mètres nage libre, record par lequel, rappelai-je, elle avait « rejoint Mark SPITZ, quarante-sept années après, « sous » les 52 secondes », j’avais ajouté ce que j’avais appelé « l’anecdote liée à ce record » de SPITZ, qui avait battu le record mondial en séries. « Spitz fut battu, en finale de la course des championnats US, après avoir pris un départ ultra-rapide. Frank HECKL le devança d’un centième de seconde, en 52s48 contre 52s49) ! »

Et vous direz, après ça, que ce qu’il s’est passé à Budapest est sans précédent ? Je vous répondrai, sans nul besoin d’invoquer l’éternel retour de Friedrich Nietzsche : rien de nouveau sous le soleil !

Même si je songeai, en écrivant ces lignes, que l’événement pouvait toujours se reproduire, je n’avais pas le sentiment de tenter une prédiction.  Et pourtant, SJÖSTRÖM s’est mélangée les pinceaux, sur 100 mètres, très exactement comme l’Américain un demi-siècle plus tôt.

Le gag s’est donc reproduit.  Il y a quarante-sept ans, SPITZ avait nagé sa finale du championnat US 0s55 moins vite que dans son record du monde pour se faire détrousser par Franck HECKL ; ce 28 juillet, SJÖSTRÖM a nagé sa finale mondiale 0s56 moins vite que dans son record du monde pour permettre à MANUEL de lui passer devant. Les deux fois, on a pu dire des détenteurs du record mondial qu’ils étaient partis trop vite…

Que s’est-il passé ? On l’imagine. Au lieu d’y aller calmement et de se dire que son potentiel de vitesse lui assurait, après un début de course bien géré, de finir plus fort que l’opposition, elle est partie si vite qu’elle a, en fait, nagé contre le record. C’est une façon de faire dangereuse, parce qu’elle revient à ignorer, à mépriser l’adversaire.

Ce qui lui a coûté cher.

Elle passait en 24s75 (24s83 pour son 51s71), mais peut-être, surtout, a-t-elle nagé plus crispée que cinq jours plus tôt, au départ du relais suédois. Toujours est-il que Simone MANUEL, qui avait été championne olympique, l’an passé, aux dépens, dirons-nous, de l’Australienne Catherine CAMPBELL, a su remettre ça, à Budapest, en face de SJÖSTRÖM.

Il y a deux ou trois ans, Missy FRANKLIN avait noté que la chose la plus frappante, chez Simone MANUEL, c’est qu’elle nageait sans avoir peur, rigoureusement, de personne. Cela devait être bien vu, parce que, dépassée nettement aux 50 par les super-rapides SJÖSTRÖM et BLUME (24s75 et 25s08 contre 25s21), elle les a séchées dans son retour.

MANUEL, c’est du savoir-nager en compétition ! Une Manuel intellectuelle, en quelque sorte. Et grande batailleuse devant l’Eternel. Il y a du Dawn FRASER (1) dans cette grande fille brune…

Mark SPITZ, dans un bouquin publié en 1973, expliquait que personne n’avait gagné un 100 mètres dans les cinquante premiers mètres, et que la course se gagnait, ou se perdait, dans la seconde moitié. Ce savoir, il l’avait appris de la plus cruelle façon. SJÖSTRÖM est priée de se souvenir à son tour de la leçon. Chez MANUEL, il semble que cette science soit inscrite dans ses chromosomes. En faire l’illustration en finale olympique aux dépens de CAMPBELL, puis l’année suivante aux mondiaux au détriment de Sarah SJÖSTRÖM, ce n’est plus nager, c’est collectionner les chefs d’oeuvre.

SJÖSTRÖM a reçu ici son diplôme de meilleure nageuse des championnats. Elle le mérite, je ne discute pas. Mais pour mon argent, la championne de Budapest s’appelle MANUEL.

  1. Simone MANUEL, USA, 25s21+27s06, 52s27; 2. Sarah SJOSTROM, SWE, 24s75+27s56, 52s31; 3. Pernille BLUME, DEN, 25s06+27s63, 52s69; 4. Mallory COMERFORD, USA, 25s60+27s17, 52s77; 5. Ranomi KROMOWIDJOJO, NED, 25s67+27s11, 52s78; 6. Penny OLEKSIAK, CAN, 25s75+27s19, 52s94; 7. Bronte CAMPBELL, AUS, 25s67+27s51, 53s18; 8. Emma MCKEON, AUS, 25s74+27s47, 53s21.

Même sur 50 brasse, Julia EFIMOVA (Russie, 29s57) n’est pas passée. Lilly KING, USA, veillait. Devait-elle battre le record du monde (29s48, de Meilutyte) pour l’emporter ? Elle le fait : 29s40. Katie MEILI, USA, bronze avec 29s99. Et MEILUTYTE est 4e en 30s20. Camille LACOURT a gagné le 50 dos messieurs.

Chase KALISZ, USA, fait fort sur 400 quatre nages, 4’5s90. Personne, même Michael PHELPS (4’6s22), n’avait jamais nagé aussi vite aux championnats du monde. Comme il avait remporté aussi le 200 quatre nages (en 1’55s56), c’est donc le nageur complet par excellence. KALISZ a longtemps maturé, depuis 2011, dans la discipline, physiquement et techniquement la plus compliquée du programme – en fait, à travers le cursus d’un étudiant nageur US. C’est le contraire de ces super-doués, de génération spontanée, à la Michael PHELPS et Kristof MILAK

Vainqueur du 400 yards quatre nages des NCAA quatre années de suite, entre 2013 et 2016, il a été vice-champion du monde 2013 à Barcelone et encore aux Jeux olympiques de Rio. Le voici maintenant devant tout le monde. David VERRASZTO, Hongrie, confirme le statut récent qu’il s’était octroyé sur la discipline, qui souffre d’un manque de profondeur, en arrachant l’argent grâce à sa brasse supérieure en face du double champion du monde Daya SETO, 4’8s38 contre 4’9s14. Le Britannique Max LITFCHFIELD aussi sous les 4’10s.

Quant à Kosuke HAGINO, il est méconnaissable. Il a été dans le coup dans le parcours de papillon, puis a eu l’air de se désintéresser de la victoire….Le champion olympique japonais de Rio, 6e en 4’12s62, était attendu beaucoup plus haut, semble-t-il, au sein même de son équipe. Que s’est-il passé. On a ressorti comme justifications sa vieille blessure – coude cassé – de 2015, mais comme il y a eu les Jeux depuis, peut-on resservir ce genre d’argument ? Peut-être : à Rio, il s’était plaint de souffrir du coude. Il était dans une forme appréciable, comme le démontrent ses 1’56s01, 2e place, sur 200 quatre nages. Et sur 400 quatre nages, il avait certes était battu, au Japon, par Seto, mais d’un centième. Alors ??

Même mésaventure pour Yui HOHASHI, dont on attendait beaucoup mieux qu’une quatrième place à cinq secondes de Katinka HOSSZU qu’elle aurait dû chatouiller sur 400 quatre nages, compte tenu de ses forts progrès sur la moitié de la distance. HOSSZU, en fait, s’est promenée, accumulant presque trois secondes aux 250 mètres et a signé un bon 4’29s33, devant une Mireia BELMONTE qui sort de beaux championnats, 2e en 4’32s17, et la Canadienne PICKREM, 4’32s88.

Sur 1500 mètres, Gregorio PALTRINIERI s’est imposé comme prévu, mais non sans une belle bataille livrée par ce superbe styliste ukrainien qu’est Mykhailo ROMANTCHUK, qui pulvérisait ses records nationaux et n’échouait (on n’ose employer ce terme, tant cet argent constituait un exploit) qu’à une longueur de l’Italien, 14’35s85 contre 14’37s14. Mack HORTON, assez éloigné, enlevait le bronze en14’47s70.

Dans le relais quatre nages, les USA l’emportaient en 3’51s55, record du monde vieux de cinq ans, 3’52s05, établi aux Jeux de Londres, battu.

USA : Kathleen BAKER, 58s54 en dos, Lilly KING, 1’4s48 en brasse, Kelsi WORRELL, 56s30 en papillon, et Simone MANUEL, 52s23 en crawl, signaient l’exploit collectif.

Les plus rapides individualités de la finale : Kylie Jacqueline MASSE, Canada, 58s33 en dos, Yulia EFIMOVA, Russie, 1’4s03 en brasse, Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 55s03 en papillon, Simone MANUEL, USA, 52s23 en crawl.

Le relais quatre nages masculin est également revenu aux USA, en 3’27s91, devant l’équipe britannique, 3’28s95, littéralement « dopée » par la présence de Adam PEATY en brasse, qui, dans son exercice de style, a taxé le mieux disant des sept autres finalistes, le Nippon KOSEKI, de une seconde soixante-trois, et récupéré 1s98 sur Kevin CORDES. La Russie est 3e, en 3’29s76.

USA : Matt GREVERS, 52s26 en dos ; Kevin CORDES, 58s89 en brasse; Caeleb DRESSEL, 49s76 en papillon; Nathan ADRIAN, 47s en crawl.

Les plus rapides individualités de la finale : Matt GREVERS, USA, 52s26 ; Adam PEATY, Grande-Bretagne, 56s91 ; Caeleb DRESSEL, USA, 49s76 en papillon ; Vladimir MOROZOV, Russie, 46s69 en crawl.

 (1) Dawn FRASER, triple championne olympique du 100 mètres élue nageuse du 20e siècle, fut invaincue sur 100 mètres libre des Jeux olympiques de Melbourne, en 1956, et ceux de Tokyo, en 1964

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