SCHILTIGHEIM, 23-28 MAI 2017, J – 2 LA FRANCE A LA RECHERCHE DE SA PLACE DANS LE MONDE AVANT LES CHAMPIONNATS DE FRANCE 2017

Eric LAHMY

Dimanche 21 Mai 2017

Cet article est également publié sur le site SwimSwam Français

Pour justifier sa septième candidature à la présidence de la Fédération française de natation, l’estimable Francis Luyce expliquait cet hiver qu’ayant amené la natation au niveau d’excellence qu’il lui trouvait alors, il voulait parfaire son œuvre dans les quatre prochaines années.

On peut en effet admirer le résultat de sa politique, dès avant les France de Schiltigheim, avec le sentiment qu’on était tout près du but.

Quelque chose d’une catastrophe…

Les média l’ont bien senti. D’après un ami introduit dans les milieux, des coupes claires ont été opérés dans les programmes sportifs des radios et des organes de presse concernant la natation. L’engouement des années Manaudou, Agnel, Muffat et tutti quanti est bien fini. L’hiver arrive. En battant Luyce aux élections, Sezionale a sans doute causé quelques pleurs à son prédécesseur, mais il lui aura évité pas mal de grincements de dents pendant les onze semaines qui vont des France de Strasbourg (13-18 mai) aux monde de Budapest (12-28 juillet) !

Un échec annoncé

Luyce n’est sans doute pas le seul responsable de la situation de fiasco vers laquelle on se dirige. Mais il l’a en quelque sorte orchestrée, en voulant quitter son rôle d’arbitre pour celui de premier dernier décideur, être en quelque sorte « président DTN ». C’était sortir de ses prérogatives, et se mettre en danger, sauf en cas de réussite éclatante. Ses choix, ces dernières années, ont brisé l’élan par la mis en place soit d’adversaires du programme qui avait donné des résultats, soit d’hommes à lui.

Certes, pour l’essentiel, la valeur de la natation se situe au sein des clubs, et que quelque chose ne tourne pas rond à ce niveau. Quoi ? Selon notre fidèle correspondante Germaine Necker, qui s’appuie sur les bilans FINA 2017 des cinq cents premiers nageurs de chaque course, la natation française manque de fond. Nos « pôles » France, explique-t-elle, travaillent sur un nombre trop faible d’éléments. Est-ce pour cela que dans les bilans mondiaux, le nageur français parait aussi menacé d’extinction que la girafe africaine et le rhinocéros d’Asie ? On n’a pas seulement trop peu de nageurs dans les dix ou vingt premiers, on n’en a guère assez dans les listes de cent, deux cents ou cinq cents. De la même façon, nos jeunes se font rares. De quoi est-ce le signe ? D’une natation qui manque de moyens, ne brasse pas assez d’éléments, qui ne travaille pas assez, qui ne renouvelle pas ses compétences et qui n’a ni continuité, ni renouvellement…

Voilà pour les symptômes et les constats. Il va maintenant falloir, forts de ces diagnostics, soigner la malade, et j’imagine que Gilles Sezionale et son équipe s’y sont mis. Le choix qui a été fait de la personnalité du DTN, Laurent Guivarc’h – en admettant qu’il soit confirmé – me parait intéressant. Après, il faudra mettre les mains dans le cambouis.

La situation pré-championnats de Schiltigheim, on la voyait venir depuis quelques temps. Des entraîneurs, des connaisseurs comme Claude Fauquet, Marc Begotti ou Philippe Dumoulin nous la prédisaient il y a peut-être trois ans déjà. D’autres comme Frédéric Barale, Richard Martinez, Marc Planche ou Patricia Quint s’en étaient inquiétés ainsi lors d’une enquête sur les faiblesses de notre natation féminine. (1) Beaucoup d’autres en faisaient état au hasard de conversations…

Schiltigheim est une chose. Les championnats du monde de Budapest en sont une autre. On aura toujours un champion de France pour chaque épreuve disputée, mais on n’aura pas un candidat à la finale et au podium dans plusieurs d’entre elles (et d’ailleurs, peu de qualifiés en fonction des minima). La grande aventure du relais quatre fois 100 mètres, qui fut – dans une certaine continuité aux trois quarts marseillaise – LA vraie saga de notre natation est sans doute finie…

Un relais se gagne à cinq, pas à trois

Certes, le 100 s’est trouvé un patron en Mehdy Metella, et Jeremy Stravius et Clément Mignon sont encore là, mais un étage au-dessous, et pour combien de temps, et un relais se fait plutôt avec cinq ou six nageurs, pas avec trois. Des candidats à la quatrième place, il y en aura toujours. Mais ils sont encore tendres, et que ce soient les Amiénois Maxime Grousset ou Alexandre Derache, le Grenoblois Pothain ou de nombreux Toulousains, ce sont tous des nageurs à plus de 50 secondes qui ne pourront aider le relais à moins de nager sous les 49 secondes…

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LES MINIMA FRANçAIS POUR BUDAPEST

Epreuves individuelles .- DAMES.- 50 Nage Libre 24.82. 100 Nage Libre 54.50. 200 Nage Libre 1:57.74 400 Nage Libre 4:8.34. 800 Nage libre 8:33.73. 1500 Nage Libre 16:25.04. 50 Dos 28.01. 100 Dos 1:0.61. 200 Dos 2:10.68. 50 Brasse 30.99. 100 Brasse 1:7.22. 200 Brasse 2:25.91. 50 Papillon 25.91. 100 Papillon 58.15. 200 Papillon 2:9.21. 200 4 Nages 2:13.01. 400 4 Nages 4:38.91.

MESSIEURS.- 50 Nage Libre 22.10. 100 Nage Libre 48.58. 200 Nage Libre 1:47.15. 400 Nage Libre 3:47.43. 800 Nage Libre 7:51.19. 1500 Nage Libre 15:1.97. 50 Dos 24.93. 100 Dos 53.99. 200 Dos 1:57.58. 50 Brasse 27.20. 100 Brasse 1:0.26. 200 Brasse 2:11.11. 50 Papillon 23.29. 100 Papillon 52.08. 200 Papillon 1:56.72. 200 4 Nages  1:59.77. 400 4 Nages 4:17.88.

Relais .-  4×100 Nage Libre Dames 3:38.35 4×200 Nage Libre Dames 7:54.93 4×100 4 Nages Dames 4:00.84.

4×100 Nage Libre Messieurs 3:15.19. 4×200 Nage Libre Messieurs 7:10.60. 4×100 4 Nages Messieurs 3:35.17.

 

 (1)     Enquête que je n’ai pas publiée. Il m’avait semblé, malgré des témoignages en ce sens, notamment de Patricia Quint et de Didier Barale, difficile de justifier, ou de mesurer, un caractère purement féminin dans les soucis de la natation française. En tout cas, je n’étais parvenu à aucune conclusion satisfaisante, même si, à l’évidence, il y avait une carence particulièrement prononcée des filles en France. Je ne pouvais  dire s’il s’agissait d’un manque de talents, de méthodes, d’intérêt pour les nageuses, peut-être un peu de tout ça, et d’autres facteurs encore ? Bref, je n’avais trouvé aucune solution… Entre-temps, malheureusement, les filles n’ont pas rejoint les garçons, mais les garçons ont rétrogradé en direction des filles !


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4 comments:

  1. Marc

    Le départ de F. LUYCE est loin d’être la seule condition qui soit nécessaire pour infléchir la situation que vous décrivez.
    Désormais il va s’agir d’avoir une vision globale sur tout ce qui constitue notre natation, de bien discerner et poser les problèmes mais de ne pas les mettre tous au même niveau pour les aborder.
    Laurent GUIVARC’H dispose assurément de l’état d’esprit et de toutes les qualités nécessaires pour prendre des décisions judicieuses qui permettront d’ élever le niveau général de notre natation et de relever ce défi dans la perspective des J.O de Paris.
    Cordialement

    1. Eric Lahmy *

      Oh! oui, Marc, c’est sûr à mes yeux aussi. Je pense que Francis Luyce avait démontré qu’il ne comprenait pas trop les enjeux et surtout les solutions et qu’il ne voulait rien faire qui aille dans le sens que préconisent les dirigeants et techniciens. Je crois aussi qu’il avait une vision de la natation très étroite, qui commençait et finissait rue Scandicci ou dans les cénacles internationaux où il plastronnait et on le rinçait à l’oeil.
      Sincèrement j’ai bien envie de chercher quels éléments actionner et (ou) réformer pour lancer la machine. Cela pourrait être mon devoir de vacances du mois de juin ? Vous serez sans doute requis par mes soins, avec pas mal d’autres.
      Beaucoup de ceux qui bataillent à tous les niveaux à tirer la natation vers le haut dans des conditions précaires doivent impérativement avoir des idées. Je crois, ou en tout cas j’espère que le temps de la Fédération contre la natation est fini. Je suis actuellement un peu loin parce qu’à l’étranger, mais j’ai confiance en la bonne volonté et l’intelligence des meneurs de l’équipe actuelle. Je ne sais pas s’ils vont réussir parce que la situation est compliquée, que la compétition internationale ne cesse de se durcir avec de plus en plus de « systèmes » cohérents (regardez les progrès de l’Angleterre, de l’Allemagne, de l’Italie, du Brésil, regardez la nouvelle percée chinoise cette fois j’espère dans le respect des règles, etc.), regardez les moyens, quelquefois intimidants (USA, Chine, Grande-Bretagne, Australie, et je ne les connais pas tous !), qui sont mis à l’étranger, sur les équipes nationales, tandis que nos clubs et tellement de nos nageurs semblent vivre « à la cloche », que notre INSEP continue de sous-traiter, que Font-Romeu peine, que nos pôles France travaillent à sous régime (même pas dix nageurs à Nice) on se dit, va-t-on arriver ? Comment continuer à exister ?
      J’espère que les responsables auront les bonnes questions, et les bonnes réponses…
      Bien à vous

  2. LEPAGE

    Il est certain que la natation française vit à la cloche. Pratiquement tous les clubs bataillent pour survivre dans les piscines, politiquement ce n’est pas un sport « porteur » pour les édiles locaux. Un gros effort de la part de la Fédération auprès de l’Association des Maires de France serait une bonne chose. De plus, au sein des clubs une évolution culturelle devrait se faire. Enfin durant de longues années, la participation féminine aux compétitions était de 50% de celle des garçons et, depuis deux saisons, on assiste à une baisse des effectifs sans amélioration du niveau des performances.

    1. Eric Lahmy *

      Oui, j’ai bien l’impression qu’on se trouve dans une situation pas très avantageuse. La position de la natation est tellement bizarre, très respectée comme sport pour tous, comme activité de santé, tout ce qui est lié au sauvetage, sport pour les petits, les grands, les enfants, les anciens, vraiment une très belle image. Et à côté de ça, bouffé par les trucs annexes des piscines, par ces soi-disant déficits des piscines alors qu’on ne parle pas de déficit des écoles, des parcs et jardins, des ponts et chaussées, de tas d’activités et d’institutions qui coûtent plus cher que des piscines à la communauté (on m’a dit que c’est parce qu’il y a une recette dans les piscines, ce qui est le comble du paradoxe).

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