SILENCE LES NAGEURS

LES DOPÉS ONT PASSÉ LEUR BACH!

Eric LAHMY

Mardi 9 août 2016

Tiens, on n’entend pas les dirigeants internationaux. Enfin, pas trop. La grande embrassade de Cornel Marculescu venu à la rescousse de Sun Yang en se jetant dans ses bras après la victoire du chinois sdans le 200 mètres des Jeux olympiques de Rio est une façon de s’exprimer clairement.

De vous à moi, il me vient à l’esprit que Marculescu aurait pu se shooter pendant sa carrière, mais bon ce n’est qu’une idée. Voilà pour le directeur de la FINA. Le mois dernier, Cesar Maglione, l’antiquité qui préside la Fédération avait estimé que les auteurs du rapport de l’association mondiale anti-dopage accablant la Russie avaient outrepassé leurs droits en publiant leurs découvertes. C’était, expliquait-il, au mouvement olympique (CIO plus Fédérations internationales) de régler cette affaire (dans la discrétion qui s’impose)… Le CIO, c’est Thomas Bach, et ça ne respire pas la transparence… D’aucuns pensent d’ailleurs que régler signifie « enterrer » en l’occurrence, mais ce sont de mauvais esprits.

Parmi ces mauvais esprits, des gens comme Camille Lacourt, Michael Phelps, Lilly King, Mackenzie Horton (soutenu par son comité olympique). Alors, comme dirait Maglione, est-ce à eux de s’élever ainsi ? La réponse est (certes vous pouvez penser autrement) définitivement oui, à mes yeux. Parce que, comme Craig Lord ne cesse de le marteler semaine après semaine depuis des années, ayant pris ainsi le relais de Nick Thierry et de Karine Helmstaedt, la coupe déborde. Cela fait maintenant quarante-cinq ans que le lourd dopage d’Etat a fait son entrée dans la natation de compétition.

Presqu’un demi-siècle!, que la RDA, la Russie, de nombreuses nations de l’Est, la Chine et d’autres ont dopé leurs nageurs, ont remporté des tas de médailles, et, découverts ou pas, n’ont jamais été inquiétés, jamais officiellement remis en cause. Relisez les palmarès mondiaux et olympiques. Des nageurs convaincus de dopage, disposant des dossiers aussi sulfureux qu’incontestables, sont toujours là, par dizaines. Ils ou elles ont nagé dans les années 70, 80, 90, 2000, nous sommes en 2010 et les voyous cyniques se renouvellent, sont toujours là, la FINA enterre les dossiers, cède devant leurs exigences, les défend de façon opiniâtre, les soutient, les applaudit. La FINA a gravement échoué. Parce que ses priorité ne sont pas dans une exigence de sport propre.

Je sais. Le dopage n’a pas été seulement l’affaire des nations que je viens de désigner. Il a été pratiqué ailleurs. Chez nous. Dans tous les pays. La tentation du dopage est généralisée et on estime qu’un million de jeunes (culturistes, athlètes, joueurs professionnels, sans parler de ceux qui cherchent un plus dans leur vie sexuelle) utilisent des stéroïdes anabolisants aux USA. Je ne vais pas vous parler du cyclisme, quand même. L’athlétisme est lourdement touché par le mal. La natation non. Sans doute parce que le sport s’adresse à de très jeunes pratiquants, que leur dopage serait désastreux et que les parents ne les entraîneraient plus dans les piscines. Dans nos pays, le dopage a été énergiquement combattu. En Russie, il reste prévalent, et demeure vigoureux en Chine. L’Espagne a connu des jours sombres… Ceux qui sont contraints à rester propres veulent au moins se trouver à égalité de chances.

Le match est serré. Le sort du sport en est l’enjeu.

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2 comments:

  1. Aigues

    Je n’ai pas les chiffres, mais on peut aussi penser qu’il y a simplement moins d’argent à gagner en se dopant en natation plutôt qu’en athlé, cyclisme, foot, etc. Bon c’est une combinaison de paramètres.

    On a vu avec le cas de l’Espagne que les barrières entre les sports étaient poreuses et que les médecins peu scrupuleux les dépassaient allègrement. Dans la mesure où « l’occident » se dopait encore allègrement dans les 90s et au moins début des 2000s (cf le cyclisme: Ullrich, Pantani, Armstrong, Landis, Hamilton, la Festina, Riis, la TVM, la Kelme, etc.), vous pensez que nos nageurs restaient propres? Est-ce qu’on a vraiment des éléments tangibles pour le dire? (ce n’est pas une question rhétorique)

    Est-ce que la course à la meilleure combinaison à ringardisé à un moment la course au produit le plus efficace?

    1. Eric Lahmy *

      Toutes ces questions me semblent valables. Je n’ai pas réponse à tout mais je sais qu’en France on s’est dopé, même sans doute en natation. Mais cela n’a pas eu l’ampleur, et de loin, de ce qui se passait dans les pays où c’était organisé. Je crois sincèrement que la natation française n’était pas touchée par ce phénomène sauf de rarissimes exceptions.
      Un milieu sait ce qui se passe en son sein, et autant je sentais la présence du dopage dans les conversations, les révoltes même des athlètes, autant, il n’y avait rien de tout ça en natation. Et puis les garçons et les filles paraissaient sains. Je voyais des transformation inquiétantes chez des athlètes… C’est pour ça aussi que je me suis désintéressé de l’athlétisme et de l’haltérophilie et que j’ai continué de respecter et d’apprécier la natation européenne, américaine, australienne…
      Maintenant, pendant un certain temps, le Ministère a caché les noms des dopés français mais il s’agissait surtout d’haltérophiles, de cyclistes et d’athlètes. Disons que les cas étaient traités par le Ministère « en famille. » Je n’approuve pas, mais disons que la lutte anti-dopage n’était pas organisée comme elle l’est aujourd’hui. Et sincèrement je pense que la natation était largement épargnée. Mais bien sûr c’est plutôt une intuition.
      Je crois tenir une « preuve » de la propreté des nageurs Français dans ce que les Russes, qui venaient beaucoup à Font-Romeu, avaient influencé Garoff et ses techniciens, lesquels lancèrent leurs nageurs dans des kilométrages de folie et sans affutage, comme les Russes. Et les dits nageurs tombaient d’épuisement. Ce que les Russes n’avaient pas dit, c’était certains détails « alimentaires » qui les faisaient tenir !
      Je suis parfaitement d’accord avec vous sur la menace de dopage que recèle l’argent. C’est pourquoi je suis résolument contre le professionnalisme en natation qui est un attrape-nigaud sauf bien sûr pour Camille Lacourt ou Laure Manaudou. D’ailleurs regardez comment se conduisent les dirigeants de la FINA, qui veulent professionnaliser le sport avec leur Coupe du monde ridicule, vis-à-vis des dopés. Ils se fichent bien de la lutte antidopage, ils organisent là les Jeux du cirque olympique !
      Au tout début les anabolisants n’étaient pas interdits. J’ai été stupéfait, en 1970 si mes souvenirs sont bons, d’avoir obtenu sans effort un stéroïde à la pharmacie du coin, en bas de chez moi, rue de Rennes à Paris. J’ai demandé du Dianabol, la laborantine m’a sorti la fiole et je suis resté bête : « ce n’est pas interdit ? – Non ! » D’ailleurs, le premier contrôle des anabolisants a été réalisé par un certain Pr Beckett, à Londres, en 1973 (je l’ai rencontré cette année là dans son labo) et il a été très clair, la lutte serait longue parce que les laboratoires allaient sortir d’autres molécules qu’il faudrait apprendre à reconnaître. Ce qu’il s’est passé !
      L’argument selon lequel la natation est plus protégée du dopage parce que sport de « jeunes » et de « parents » tient surtout aux Etats-Unis où l’implication des parents est fondamentale (papa et maman Ledecky amenaient leur fille à tous les entraînements jusqu’à ce qu’elle puisse conduire sa voiture par exemple) et où la natation coûtant cher est un sport des classes aisées. En France, les parents ont souvent plutôt tendance à se débarrasser de leurs enfants en les confiant aux coaches. Lisez le témoignage de Laure Manaudou sur ses parents…

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