SIX NAGEURS FRANÇAIS QUALIFIÉS AUX JEUX…

…MAIS 28 SÉLECTIONNÉS AU CARNAVAL DE RIO

Éric LAHMY

Mardi 7 Avril 2016

Dix nageurs, six filles et quatre garçons, qui n’ont pas réalisé les minima français olympiques, sont parmi les vingt-huit sélectionnés pour les Jeux de Rio. Qu’est-ce à dire ? Qu’en bon Marseillais, Jacques Favre, dont on doit rappeler à nos lecteurs qu’il est le Directeur technique national, aime la galéjade. Après avoir terrorisé tout ce qui nage vite en France avec ses minimas, il s’est complètement dégonflé, et totalement aplati. Résultat: on s’aperçoit que l’homme n’a pas de principes ! Démagogie. Favre, apôtre du jugaad, un système D made in Bombay, a réussi ici un tout autre exercice. Il a fait d’une affaire sérieuse une superbe pantalonnade.

Je l’imagine, mi Pagnol, mi Guignol, arborant un gros nez rouge, chapitrant les sélectionnés : « Ah ! Les enfants (avé l’assent) vous avez eu peur heign ! Vous croyiez que ces minimas étaient pour de vraiy. Vous croyez que j’étais méchant ! Mais non… partez pas, venez ici, c’était pas pour de bon, c’était pour rire, je suis gentil, moi, regardez mon nez rouge, je séle’tionne large (grands gestes joyeux) allez on rigole, il faut rigoler, allez, tous. N’oubliez pas, les Jeux Olympiqueuhs, c’est à Rio, et Rio, c’est le carnavaleuh. »

Bon, papa Noël est passé, et, j’aime pas ce genre de pari, ça fait « ennemi de l’équipe », ce que je ne suis vraiment pas, je vous fiche mon billet que l’équipe de France de natation risque de tellement se planter aux Jeux de Rio que les racines devraient ressortir aux Antipodes, au large des îles Marianne. Si ce n’était pour les nageurs, je dirais que ce serait presque moral. Être géré de cette façon là ne donne aucune arme pour réussir.

Bien entendu, l’équipe de France va se planter parce quelle est lourde d’éléments sans doute valeureux, mais à leur niveau, et qui ne sont pas armés pour réussir aux Jeux. Est-ce que la sélection de ces 10 éléments « à titre individuel avec réalisation d’un temps pondéré » selon l’expression fumeuse employée par les élites fédérales, est seulement l’effet de la démagogie ambiante ? Il faut peut-être nuancer, d’autant que certains ont été engagés « pour la forme », en raison de leur présence, déjà, dans les relais. Et revoir au cas par cas, dans l’ordre décroissant de valeur de ces nageurs.

  1. DAMIEN JOLY, Antibes, 1500 mètres. Ben oui, faut l’emmener, il est indiscutable. Et la meilleure preuve que les minima étaient trop durs.
  2. ANNA SANTAMANS, Olympic Nice, 50 mètres. 5e mondiale à l’instant, elle est dans le coup et à 1/100e de la barre. Pour moi c’est une repêchée logique et incontestable.
  3. LARA GRANGEON, CN Calédonien, 400 quatre nages, 200 mètres papillon,  200 quatre nages. C’est déjà un peu moins justifié au plan chronométrique, mais… La fille est courageuse et sympa, alors bien entendu, on ne peut rien dire contre. Elle a surtout montré à plusieurs reprises, qu’elle pouvait nager, seule, à son max. C’est une vaillante. J’avoue que je suis content pour elle.
  4. BERYL GASTALDELLO, Marseille, 100m et 100m papillon : sur 100 m crawl, elle sera demi-finaliste si le vent est favorable. Sur 100 m papillon, elle est entre 30e et 40e. Mais il faut qu’elle réussisse mieux ses Jeux que ses championnats de Kazan !
  5. FANTINE LESAFFRE, Mulhouse, 400 et 200 quatre nages. C’est bien de l’avoir aux Jeux, la plus jolie fille de Rio sera française, mais regardez-la bien en séries parce que sauf miracle, elle ne risque pas d’être en finales ! Il eut mieux valu lancer des garçons et des filles comme elle pour les Européens de Londres, plus à leur niveau actuel. Cela dit elle a fait de bons championnats.
  6. MARIE WATTEL, Olympic Nice, 100m papillon : une jeunesse qui jusqu’ici a muri un peu trop lentement. Individuellement, elle est trop loin pour être dans le coup. Vers 30e?
  7. NICOLAS D’ORIANO, Toulouse, 1500 mètres. Bien sûr, on aime tellement voir ce garçon nager, ce qu’il fait en crawl est tellement beau, mais on dirait que pour se faire excuser de ne pas l’avoir sélectionné l’an passé aux mondiaux juniors où il aurait joué la gagne, Favre le retient pour les Jeux où sa position est quand même beaucoup plus fragile !
  8. JORDAN COELHO, Vanves, 200m papillon. Mission accomplie s’il entre dans les seize. Complètement en-dehors des minima. Tous sont des bons serviteurs, tout le monde les aime bien mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit.
  9. MELANIE HENIQUE, Amiens, 50 mètres. Avec ses 25s13 je lui souhaite bonne chance mais ça va être dur. Elle sera plutôt 30e qu’autre chose.
  10. FREDERICK BOUSQUET, Marseille, 50 mètres. Il aurait mieux fait de se présenter aux mondiaux masters. Mais voilà, les Jeux c’est devenu aussi le cadeau d’adieu pour les grands serviteurs. On va aller loin avec ça ! C’est vrai aussi qu’il peut servir de sparring-partner à Manaudou !

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15 comments:

  1. Marc

    Depuis 2009 la politique a pris le pas sur la stratégie collective pour faire évoluer notre sport … les intérêts individuels priment sur les intérêts généraux… Absence de vision…
    Tournons la page, J Favre arrive laissons lui le temps de reconstruire à partir de septembre 2017 (en espérant qu’il soit toujours là après les JO, qu’il en ait la liberté et qu’il soit bien conseillé)

  2. EasySpeed

    Question bête mais Metella (5em mondiale l’année derniere) n’est pas repêché sur le 100 papillon ? Ni Stravius sur 200 NL ?

    1. admin *

      A priori ils le sont (entre parenthèses sur la feuille de sélection). Stravius est également entre parenthèses sur 100 papillon. Tout comme Coralie est qualifiée sur 400 et entre parenthèses sur 200 et 800…

      1. EasySpeed

        Merci beaucoup je n’arrivais pas à mettre la main sur la liste !
        Concernant Bousquet peut être qu’il à été sélectionné pour épauler Manaudou à l’entrainement.
        Pour moi les critères de repêchage devraient être les suivants :
        1) Être très proche du temps demandé.
        2) Être qualifié sur une épreuve en fin de semaine et risquer de se « ramollir » en devant attendre sa course(Lara Grangeon sur le 400 4N en 2011).
        3) Représenter la future génération d’une épreuve où la France est faible (Giacomo Perez Dortona en 2011).

        Cela dit ce sont les JO et je ne comprends pas que l’on envoie certains nageurs qui ne feront « même pas » de demi-finale.

        1. admin *

          Là je vois deux problèmes différents. Un, être du voyage. Là, il aurait fallu que les critères soient respectés. Deux, admettons que tel nageur se sent nerveux et désire être inscrit sur une course supplémentaire avant son épreuve, et, s’il est en forme, pourquoi pas?

        2. admin *

          Je comprends tout ce qu’a fait Favre, mais je n’approuve pas. Je comprends les tensions psychologiques, le désir de récupérer un tel, une telle, tous ces gens qui ont beaucoup bossé. Mais je crois que le principe qui a fait gagner la natation française au plus haut niveau, au-delà de l’énorme effort des entraîneurs et des nageurs, a été dans cette logique que chaque nageur doit mériter le niveau qui est le sien. Quand Roxana Maracineanu n’a pas été sélectionnée après avoir manqué un minimum de demi-finale d’un poil, la chose a été désagréable pour l’intéressée et mal perçue par toute la natation. Mais elle a déclenché une réaction mentale des nageurs et des entraîneurs: les minima, c’est du sérieux. A partir de 2001, les nageurs ont su ce qui allait se passer. Après 2016, je ne sais pas comment un nageur ou un entraîneur ne pourra pas sourire quand paraitront les minima français pour les grandes compétitions.
          Cette sélection incompréhensible constituera un traumatisme psychologique dont la natation française aura du mal à se relever. Elle est peut-être la pierre fondatrice d’une descente en chute libre de nos résultats internationaux. Cette sélection est sans doute une catastrophe à moyen terme…

          1. EasySpeed

            Bonjour, c’est toujours un plaisir de vous lire !
            Le cas Roxana Maracineanu, je le trouve un peu extrême tout de même, pour moi elle aurait du être repêchée, la finalité d’une sélection, c’est finalement de constituer une équipe la plus forte possible, tout le reste, ce n’est que des moyens d’y parvenir.
            La vraie question selon moi, c’est de savoir si les résultats qu’on a obtenus depuis quelques années sont le résultat de la politique de la fédération, ou à l’émergence indépendante d’une génération talentueuse qui aurait performé dans tous les cas.
            Mais on est d’accord, la sélection est beaucoup trop large et cela pose aussi problème pour le futur, à l’avenir si un nageur ne se fait pas repêcher, il pourra avoir l’impression d’avoir été mis à l’écart volontairement, j’ai peur que cela ne cause des tensions entre clubs.

          2. admin *

            C’EST LA GRAINE, LA TERRE, L’OXYGENE, LE SOLEIL OU LA PLUIE QUI FAIT LA PLANTE?
            Je crois que tout a été dit, en plusieurs exemplaires, sur le « cas » de Roxana Maracineanu. Il est difficile de se rappeler ce que cette affaire a suscité de remous dans ce sport. En revanche, Roxana était éloignée cette année de ses temps et de se comporter brillamment à Fukuoka. C’est pour d’autres raisons qu’ « on » voulait la repêcher, l’émotion s’est cristallisée autour de son nom. Elle avait une certaine aura dans le sport.
            Je suis convaincu que la DTN de Fauquet a joué un rôle de tuteur, dans le sens agricole du terme, des progrès des uns et des autres. Elle a essayé de donner un cadre. Mais bien entendu, si des Auguin, Barnier, Lucas, Pellerin, n’avaient pas été animés par la passion de la réussite, et si des nageurs comme Manaudou, Bernard, Esposito, Gilot, Lacourt n’avaient pas été là.
            C’est la graine, la terre, l’air, le soleil ou la pluie qui fait la plante ?
            Le rôle de Claude Fauquet a été de définir les règles du jeu, et de dire : ceux qui n’arriveront pas ici, ne seront pas des internationaux, parce que moi, je ne les sélectionnerai pas. Il a été seul contre TOUS. Avant que cette règle ne sorte, Lucas entraînait des Reggiani et des Cliton qui étaient très loin des podiums. C’est en face de cette règle et sous sa contrainte qu’il a sorti Laure Manaudou. Ce qui ne te tue pas te renforce. Il y a aussi tout une aide qu’on oublie toujours, les stages, regroupements, compétitions internationales, publications techniques, sans oublier des salaires, ou compléments de salaires, des primes, payés par la Fédération. De l’argent public a été investi dans cette aventure !
            Tout un accompagnement.
            Qui ne s’arrête pas là. Qui est partout. Quand on abandonne les demi-finales dans les sélections. Quand on oublie l’exigence chronométrique à chaque étape de l’épreuve, série, demi-finale, finale. Quand on inonde les championnats de compétitions annexes, juniors ou autres, alourdissant le programme jusqu’à l’apoplexie, on régresse.
            Maintenant quand vous dites que le rôle d’une sélection est de retenir la meilleure équipe, vous avez tout dit et vous n’avez rien dit. Parce que la meilleure équipe, ça pourrait par exemple n’envoyer que Florent Manaudou tout seul à Rio, les chances de ramener une médaille seraient très élevées. Ou d’envoyer deux nageurs, disons Manaudou et Lacourt. Ou trois nageurs, etc. Chaque fois que vous emmenez un élément de plus, si votre sélection est bien pensée, votre pourcentage de chances de ramener une médaille baisse à chaque qualifié de plus.
            L’Europe à 6 était la région la plus riche du monde ou presque, l’Europe à 30 pays et à 50 millions de chômeurs est deux ou trois fois moins riche que les USA par tête de pipe.
            La question qui se pose est : où s’arrête-t-on ?
            Mais le souci, aujourd’hui n’est pas seulement de cet ordre.

    1. EasySpeed

      Pour le « cas » de Roxana Maracineanu j’ai du mal à m’en souvenir, peut être que c’est parce que je n’avait même pas l’age de lacer mes chaussures tout seul !
      Ce que je voulais dire, c’est qu’il ne faut pas fermement s’empêcher de repêcher un nageur qui pourrait nous ramener une médaille. Les minimas servent à détecter les meilleurs Français, ceux qui pourront aller chercher des podiums. Seulement voila, parfois pour 0,01 secondes on ne fait pas les minimas, cet écart ne signifie pas que le nageur soit plus ou moins bon que s’il avait nagé 0,01 secondes plus vite ou plus lentement, mais cet écart sépare le tout du rien. Dans ce genre de cas le DTN doit se poser les bonnes questions, à savoir « même s’il à raté la qualif, peut-il être compétitif durant l’été ? »
      Cependant ne pensez pas que je cherche à vous contredire ! Je suis totalement d’accord avec vous concernant les repêchages de cette année. On envoie trop de nageurs et la politique de repêchage semble être plutôt favorable au CNM.

      1. admin *

        Je crois que nous sommes d’accord, et d’ailleurs je ne vois pas en quoi je refuserais qu’on me contredise. Les commentaires servent aussi (surtout ?) à ça. Vous posez une question de principe et c’était aussi pour cela que l’affaire Maracineanu avait pris des proportions. Mais Fauquet était resté impavide pour une question de principe. J’ai encore aujourd’hui du mal à décider s’il a eu tort ou raison. Je pense parfois qu’il a fait une faute. Mais je me dis que cette faute a changé la donne de la natation.
        Tout à fait d’accord aussi sur les centièmes et les repêchages. Je trouve d’ailleurs, à la limite, qu’on devrait être moins ratiocineur, et qu’on devrait arrondir les minima. Si vous dites par exemple le minimum est 48s17, ça fait presque idiot, ça a l’air de dire, à 48s17 tu es bon et à 48s18 tu rentres chez toi. Virer quelqu’un pour un centième c’est ne pas tenir compte d’une petite part d’incertitude du sport qui fait qu’on ne peut pratiquement jamais reproduire le même temps ! Donc moi je mettrais 48s2 ou 48s1. Mais bien sûr à un endroit donné, il faudra de toute façon trancher !

  3. admin *

    LES MOTS ET LES MAUX.
    Essor est le nom de la tour qui abrite le siège de la Fédération Française de Natation à Pantin.
    Essor, un nom qui pourrait symboliser une destinée fédérale ambitieuse, synonyme d’envol, d’expansion, de montée, de croissance, de progrès.
    Essor, même en cherchant bien, ne peut être synonyme de reculade, attitude qui elle caractérise celle des dirigeants de la fédération et de la DTN.
    Et puisque nous sommes dans le plaisir des mots, que pensez-vous pour nos dirigeants de celui de pantins.
    Les pantins de Pantin, nos maux viendraient donc de là.
    Qui est aux manettes?

    Pendant ce temps les entraîneurs et leurs nageurs et nageuses continuent de bosser.
    L’essor est là. Aller les Bleus.
    Germaine Necker

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