STOCKHOLM: SARAH SJÖSTRÖM ÉCRASE LE SPRINT ET CONFIRME SON ÉNORME CLASSE

Éric LAHMY

Mardi 11 Avril 2017

A Stockholm, hier, pendant que Katinka HOSSZU effectuait son numéro habituel, multipliant les entrées et les podiums et au cours des 2e et 3e journée du meeting, enlevait le 200 dos, les courses de quatre nages, et finissait 2e du 400 et du 100 mètres dos, Sarah SJÖSTRÖM visait pour sa part des grosses performances.

Après un 50 mètres papillon, le premier jour, en 24s96, elle s’est imposée avec panache sur 50 mètres nage libre (en 23s83, devançant au passage la championne olympique danoise Pernille BLUME, puis sur 100 papillon, où elle laissait une autre Danoise, Emilie BECKMAN, loin derrière son battement de dauphin…

Avec son temps du 50 mètres, SJÖSTRÖM aurait battu BLUME dont la victoire aux dépens des favorites australiennes Cate et Bronté Campbell, méconnaissables, avait constitué l’une des surprises des jeux de Rio. Pernille l’avait emporté en 24s07 devant Simone Manuel (USA), 24s09, et Aliaksandra Herasimenia (Belarus), 24s11. Sjöström ne s’était pas engagée sur 50 mètres aux Jeux, ayant dû choisir entre les diverses courses de sprint et de sprint prolongé qui entrent dans ses cordes. Elle avait fini les Jeux médaillée de bronze du 100 mètres, d’argent du 200 mètres et d’or du 100 mètres papillon, implosant son record du monde de cette dernière distance en 55s48 et ne laissant aucune chance à sa seconde, la Canadienne Penny Oleksiak, 56s46, record mondial junior.

En réalisant 56s26, à Stockholm, la grand Sarah montre une forme certes en-dessous de celle, éblouissante, dont elle avait fait étalage à Rio. Mais ce temps est exactement celui avec lequel elle avait dominé les séries de l’épreuve olympique : un temps qu’elle seule avait pu dépasser au Brésil, un temps qui lui aurait permis d’être championne olympique l’été dernier…

Ces performances sont bienvenues pour Sjöström qui avait décidé à l’approche des Jeux de Rio qu’elle abandonnerait son coach depuis quatre ans, Carl Jenner, et son autre mentor, Andreï Vorontsov, parce qu’elle désirait du changement pour relancer sa carrière… Certes son nouvel entraîneur Johan Wallberg, un ancien nageur de bon niveau, n’était pas un inconnu, étant l’entraîneur et le mari de Therese Alshammar et un responsable du centre d’entraînement fédéral de Stockholm.

Non contente de briller individuellement aux Jeux, Sjöström avait aussi magnifiquement joué le jeu des relais, qualifié pour ainsi dire à elle seule le quatre fois 100 mètres qu’elle avait ramené grâce à son parcours de la dixième à la sixième place des séries ; elle en avait fait de même sur quatre fois 200 mètres où son 1’57s terminal avait fait gagner deux places à son équipe qui entrait en finale aux dépens de la Grande-Bretagne et la France. Il n’y a que dans le relais quatre nages que sa belle prestation n’a pas suffi à qualifier la Suède…

C’est donc une sympathique équipière et une nageuse généreuse que la grande Sjöström, et, de ce fait, une championne qu’on aime voir gagner !

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Quy Phuoc HOANG, VIE, 49s96.

200 libre : 1. Danas RAPSYS, LTN, 1’47s10; 2. Clemens RAPP, 1’47s70.

1500 libre : 1. Wojciech WOJDAK, POL, 14.54s07; 2. Henrik CHRISTIANSSEN, NOR, 14’59s56; 3. Florian WELLBROCK, GER, 15’2s91.

50 dos : 1. Gustav HöKFELK, SWE, 25s34.

100 dos : 1. Danas RAPSYS, LTU, 54s57.

100 brasse : 1. Giedrud TITENIS, LTU, 1’0s15 ; 2. Erik PERSSON, SWE, 1’0s39 ; 3. Ilya SHYMANOVICH, BLR, 1’0s76 (en série, 1’0s52); 4. Andrius SIDLAUSKAS, LTU, 1.1s03.  En series, Johannes SKAGIUS, SWE, 1’0s66.

100 papillon: 1. Philip HEINTZ, GER, 52s12; 2. Yauhen TSURKIN, BLR, 52s47.

200 papillon: 1. Tomoe Zenimoto HVAS, NOR, 2’1s13.         

400 4 nages: 1. David VERRASZTO, HUN, 4’10s21; 2. Peter BERNEK, HUN, 4’15s00.

DAMES.-50 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, SWE, 23s83; 2. Pernille BLUME, DEN, 24s15.

400 libre : 1. Sarah KOHLER, GER, 4’6s72; 2. Katinka HOSSZU, HUN, 4’1152.

100 dos : 1. Michelle COLEMAN, SWE, 1’0s28; 2. Katinka HOSSZU, HUN, 1’0s59.

200 dos : 1. Katinka HOSSZU, HUN, 2’12s93.

50 brasse : 1. Jennie JOHANSSON, SWE, 30s57 (en série, 30s39).

200 brasse : 1. Rikke Moller PEDERSEN, DEN, 2’25s59.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, SWE, 56s26 (26S47 + 29s79); Emilie BECKMAN, DEN, 58s58. SJÖSTRÖM nage 56s90 en séries (26s55 + 30s35).

200 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, HUN, 2’11s87 (en série, 2’10s92); 2. Evelin VERRASZTO, HUN, 2’12s82.

400 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, HUN, 4’40s90 (en série, 4’39s31).


Also published on Medium.

4 comments:

  1. Marc

    Les performances réalisées par les nageurs vont encore beaucoup progresser, n’en doutons pas.
    La natation est un sport très jeune, moins d’un siècle (Imaginez, en 1928 Johnny WEISSMULER, le meilleur nageur du monde, nageait la tête hors de l’eau !)

    Faire une hypothèse sur le niveau de performance nécessaire pour être médaillé aux prochains J.O est un exercice réalisable et intéressant (nécessaire selon moi) qui donne une idée du but à atteindre aux nageurs et entraîneurs (Ce travail nous l’avions réalisé quand Claude FAUQUET était DTN avec une marge d’erreur étonnamment basse). Cela permet aussi de concevoir un cheminement progressif des minima de sélections.
    Mais pour rivaliser avec des nations plus sportives que la notre, il va falloir s’interroger sur ce que sera la natation de demain et trouver de bonnes réponses.
    Les progrès proviendront-ils toujours de l’augmentation des volume et intensité d’entraînement ?
    Je ne le pense pas.

    Cordialement

    1. Eric Lahmy *

      Vous proposez ici pas mal de pistes, ce dont je vous remercie. Je vais m’efforcer de vous dire ce que j’en pense…
      Attention, il me semble moins essentiel de savoir à quelle vitesse on va nager en 2020 – il y aura vraisemblablement des progrès marginaux un peu partout mais rien n’est moins sûr, et peut-être un autre tassement des valeurs – que savoir comment on va se préparer pour y arriver.
      Toute prospective des résultats olympiques des Jeux de Rio réalisée quatre années plus tôt aurait été vouée à l’échec.
      Il y a deux ans, j’avais émis l’idée que la natation n’évoluait plus tellement et je ne sais plus ce qu’un lecteur m’avait opposé. N’oubliez pas qu’à l’époque de vos prospectives du temps de Fauquet, un moteur de progrès en trompe l’oeil, les maillots polyuréthane, oeuvraient. Ce n’est plus le cas…
      Personne ne pouvait imaginer que les 100 mètres libre dames et messieurs, le 100 mètres papillon messieurs, le 200 mètres libre messieurs, le 400 mètres et le 1500 mètres de Rio, etc. (en gros la moitié du programme des Jeux olympiques), auraient été nagés MOINS VITE que quatre années plus tôt à Londres. On ne peut plus parler aujourd’hui de forte évolution à attendre. En sens contraire, personne ne pouvait imaginer les dégâts qu’occasionnerait l’ouragan Ledecky.
      Les prospectives de ceux qui croient que la natation continue de progresser comme par le passé auraient donné par exemple à Rio 46s8 au 100 mètres, 1’42s5 au 200 mètres, 3’38s au 400 mètres et 14’25s au 1500 mètres messieurs. Personne n’aurait pu prévoir à l’avance que Pernille BLUME gagnerait le 50 mètres dames en plus de 24 secondes.
      Le « truc » à défendre pourrait être non pas de savoir Où on va se trouver mais COMMENT on va s’y trouver. Les questions que je pose sont de l’ordre de : peut-on progresser dans la nage ? Y a-t-il des avancées encore possibles au niveau des coulées ? On ne peut pas le dire, mais on peut toujours chercher ! Une fois qu’on est positionné dans l’eau, on n’a pas trente-six choix possibles, et même quand on arrive devant le problème avec la plus grande ouverture d’esprit, il est difficile de se dire sur quoi projeter son esprit.
      On devrait aussi se pencher sur le TALENT dans l’eau. A force de le nier, on ne l’étudie pas. Pourtant on pourrait être mieux placés que d’autres pour le reconnaître, on a en France un frère et une soeur qui ont été champions olympiques. Si ce n’est pas là le talent, c’est quoi?
      Peut-être quelqu’un a-t-il ça à la Fédération, mais j’aimerais savoir combien de nageurs actuels au monde nagent PLUS VITE que le STEPHAN CARON de 1988-1992 entre les 15 mètres et les 50 mètres et entre les 65 mètres et les 100 mètres d’une course, c’est-à-dire en-dehors des coulées…
      Weissmuller, c’est amusant parce qu’on se demande à quoi pensaient les entraîneurs, nageait comme vous le dites peut-être un peu parce que tous les nageurs étaient des poloïstes, aussi parce que son entraîneur, William Bachrach, était un esprit dogmatique, et avait imaginé que l’homme nagerait plus vite s’il se comportait comme un navire ou une planche de surf ; dès lors, dans l’ignorance de la différence entre un être vivant et une planche de surf, de certaines propriétés dans les mouvements des corps immergés, et de l’énorme inconfort de nagerdans ce style, il avait contraint Weissmuller à :
      1), ne pas « tourner » son corps sur le côté, même pour respirer (il fallait rester à plat sur l’eau – et c’était une des contradictions que je voyais encore en France dans les années 1960, aucun nageur ne pouvant seulement nager comme il était dit qu’on devait nager: il y avait une contradiction fascinante entre le descriptif théorique et l’illustration) ;
      2) soulever la tête hors de l’eau pour ne pas avoir à se tourner pour respirer. George Haines, le meilleur entraîneur US du siècle dernier, raconte le « soupir de soulagement » ressenti quand vers 1950, lors d’un séminaire, il entendit dire que le corps du nageur pouvait se tourner pour respirer. Un demi-siècle de dogme stupidement « bachrachien » venait de s’écrouler.
      Pendant ce temps, au Japon, des esprits plus pragmatiques (leur grand coach était un universitaire) avaient édicté que le nageur devait être immergé (et non pas soulevé) dans l’eau et qu’il devait franchement se tourner pour respirer. Mais personne ne lisait ni n’entendait le Japonais et Tarzan était américain. Si ce Weissmuller d’1,91m avait nagé comme le petit Takaishi avec son 1,60m en 1928, il aurait peut-être nagé 55 secondes au lieu de 57 secondes 8 et 4’30s au 400 au lieu de 4’52s !!
      Dix ans après avoir arrêté la compétition, WEISSMULLER, devenu professionnel, avait d’ailleurs nagé, suite à un défi contre le champion US du 100 mètres Walter Spence, un 100 yards 2s5 secondes plus rapide que son record (48s5 contre 51s): pendant les six mois qui précédèrent cette course officiellement chronométrée par le célèbre Buck Dawson, tout son entraînement avait été constitué par des évolutions dans des shows de ballets aquatiques, des combats face à des crocodiles en matière plastique dans ses films de Tarzan, et d’autres combats, terrestres ceux-là, face à sa troisième épouse (il en aura six) Lupe Velez, agitée du bocal, jalouse comme une tigresse et qui n’allait pas tarder à se suicider…
      On peut donc penser que Weissmuller avait gagné aux Jeux de 1924 et de 1928 MALGRE les méthodes de Bachrach…
      Selon moi, même si la natation est un sport neuf, on est déjà allé très loin dans bien des domaines, grâce notamment aux caméras sous-marines et à une tendance à plus observer et à moins dogmatiser, mais aussi aux énormes doses d’entraînement que permet ce sport grâce au caractère très peu traumatisant de l’entraînement dans l’eau.
      Je ne pense pas, d’ailleurs, que les progrès de l’homme dans la natation, sont tellement dus à la « nouveauté » du sport (on nageait il y a des milliers d’années), il me semble plutôt qu’ils tiennent du fait que l’homme a été fait pour courir, pour se mouvoir avec ses jambes, debout, sur terre, et non pas pour utiliser ses bras et nager, allongé: les solutions humaines pour avancer dans l’eau sont donc factices, adaptatives. Mais je ne vois plus tellement de progrès à faire, même si on peut toujours peaufiner…
      Je me souviens de mon étonnement quand Alexandre Popov disait s’entraîner huit heures par jour… Et il n’a jamais nagé un deux cent mètres ! On était déjà dans l’aliénation actuelle… Si Martine Aubry avait rencontré Touretski, elle l’aurait mis à l’amende.
      Il y avait déjà beaucoup de préparation physique, et les marches de montagne chères à Fred Vergnoux étaient dans la méthode Touretski en 1980-90.
      Jacques Favre me disait récemment que le problème de la natation française, « c’est surtout seulement 3% du budget consacré à la formation et ainsi continuer à développer un enseignement pauvre, peu ambitieux, voire largement obsolète, quoique certainement lucratif localement. »
      Il est d’ailleurs frappant de voir que les meilleurs entraîneurs américains (et donc du monde) ne sont pas diplômés de natation, mais de toute autre chose, biologie, arts, sciences, informatique…
      Sans avoir trop gratté dans ce domaine, j’ai été moi-même frappé par ce qui m’a semblé être les carences de la formation et de l’enseignement de la natation française, et de la trop haute estime dans laquelle nos techniciens tiennent parfois leurs savoirs. La compétence n’est rien autre qu’une remise en cause permanente. « L’école » de la natation française, si école il y a, a plus qu’à son tour prétendu être la première du monde, ou du moins en avance sur les autres; j’émets de sérieux doutes !

  2. Marc

    Permettez moi de reprendre quelques-unes de vos questions et de vos affirmations et de tenter d’apporter mon grain de sel en reprenant votre texte.

    « Peut-on progresser dans la nage ? »
    Je pense que les nageurs vont faire évoluer encore considérablement la natation, ils ne cessent de nous le montrer :
    Dans les années 76-89 il semblait impossible à la communauté natation de battre les records du monde réalisés par des nageuses de RDA, elles disposaient « artificiellement » d’une telle puissance ! Ces records ont tous été battus dans les 15 ans qui ont suivi la chute du mur.
    10 ans plus tard l’apparition des combinaisons fait faire un bond considérable aux performances réalisées par l’ensemble des nageurs en réduisant « artificiellement » les résistances. Depuis leur interdiction, petit à petit, les nageurs en maillot s’approchent des performances réalisées par des nageurs gaînés de plastique.

    « Y a-t-il des avancées encore possibles au niveau des coulées ? Une fois qu’on est positionné dans l’eau, on n’a pas trente-six choix possibles »
    Entre les coulées réalisées par Michael PHELPS et les coulées de beaucoup de ses adversaires en finale olympique, on constate une grande différence d’efficacité. Cela signifie que des coulées visuellement semblables sont en réalité différentes (différences de niveaux considérables). A cela vous me répliquerez « c’est ça le talent »

    « On devrait aussi se pencher sur le TALENT dans l’eau. A force de le nier, on ne l’étudie pas. Pourtant on pourrait être mieux placés que d’autres pour le reconnaître, on a en France un frère et une soeur qui ont été champions olympiques. Si ce n’est pas là le talent, c’est quoi? »
    Il ne s’agit pas de « nier le talent » mais de s’interroger sur ce qu’à priori on nomme « le talent ». Dans le cas des coulées, le talent de PHELPS est d’avoir trouvé des solutions beaucoup plus efficaces que ses adversaires.
    Personnellement je crois que le talent de Laure et de Florent MANAUDOU se trouve dans la confiance qu’ils ont en eux, et je pense que leurs parents ne sont pas étrangers à cette confiance en soi. Vous allez me dire que Florent mesure 2m et qu’ il était capable de faire 120 kg au développé couché sans faire de musculation, vous aurez raison mais je vous répondrai qu’il s’est fait battre par un plus petit et moins puissant que lui à Rio.
    Quel talent Laure quant à Athènes elle devient championne olympique du 400 et qu’on sent bien qu’il n’aurait pas fallu grand chose de plus pour qu’elle remporte aussi 800 et le 100 dos ! Mais ou est le talent à Pékin ?

    « Pendant ce temps, au Japon, des esprits plus pragmatiques (leur grand coach était un universitaire) avaient édicté que le nageur devait être immergé (et non pas soulevé) dans l’eau et qu’il devait franchement se tourner pour respirer. Mais personne ne lisait ni n’entendait le Japonais »

    Les Japonais en question nageaient la tête en partie immergée avec l’eau au niveau des sourcils afin de préserver le regard dans le sens du déplacement cela permettait d’offrir moins de résistance que de nager tête hors de l’eau comme le faisait J. WEISSMULLER, mais il a fallu attendre 1976 pour voir un nageur, J. NABER, complètement immerger sa tête, et ne plus regarder dans le sens de son déplacement, c’était en dos (ce n’est pas un hasard). Après les crawleurs ont suivi.

    « On peut donc penser que Weissmuller avait gagné aux Jeux de 1924 et de 1928 MALGRE les méthodes de Bachrach… »

    Je partage votre avis mais c’est souvent le cas même aujourd’hui … Les nageurs progressent souvent malgré leurs entraîneurs (il est possible de développer cette affirmation mais cela risque d’être trop long).

    « Je ne pense pas, d’ailleurs, que les progrès de l’homme dans la natation, sont tellement dus à la « nouveauté » du sport (on nageait il y a des milliers d’années), il me semble plutôt qu’ils tiennent du fait que l’homme a été fait pour courir, pour se mouvoir avec ses jambes, debout, sur terre, et non pas pour utiliser ses bras et nager, allongé: les solutions humaines pour avancer dans l’eau sont donc factices, adaptatives. Mais je ne vois plus tellement de progrès à faire, même si on peut toujours peaufiner… »
    Vous avez raison l’homme nage depuis très longtemps mais pour traverser des rivières (des représentations très anciennes de nageurs l’attestent, La fameuse « grotte des nageurs » en Lybie dont il est question dans le film « Le patient Anglais) mais la Natation course à moins d’un siècle.
    Fort justement vous soulignez les différences entre la marche et la course d’un côté et la nage de l’autre qui sont deux locomotions totalement différentes.
    La revue « Science et vie » (n°204) consacrée à la bipédie nous informe qu’il faut environ trois années à un enfant pour apprendre à marcher (double appuis, ne chute plus, foulées d’amplitude régulière etc.)
    Cela signifie que plus de 11.500 heures de pratique sont nécessaires pour que la marche atteigne un degré d’efficience suffisant ! Alors que nous sommes des bipèdes !
    Un nageur qui totalise 17 années de d’entraînement (de 8 ans à 25 ans) avec un volume moyen nagé de 2000 km par saison (c’est énorme) a nagé 34000 km. Cela représente environ 8500 heures de pratique.
    Deux locomotions :
    – 11500 heures de pratique à l’âge de 4 ans pour construire la marche;
    – 8500 heures de pratique à l’âge de 25 ans pour construire la natation.
    Ce constat fait dire à un chercheur « Un champion nage moins efficacement qu’un petit enfant ne marche » Je partage ce point de vue, d’ailleurs quand on analyse précisément des images vidéo sous marines d’un cycle de nage des meilleurs nageurs on constate toujours que les accélérations produites pourraient être optimisées et que les freinages pourraient être minimisés.

    J’ai été long mais vous l’avez bien cherché, vos questions et commentaires sont intéressants et appellent l’échange

    Cordialement

    1. Eric Lahmy *

      Rebonjour,
      Vous m’obligez à vous répondre, c’est un effort mais je le fais avec plaisir. Il y a bien des points sur lesquels je suis en accord, je n’en parle pas, mais quand même quelques ajustements qui me semblent intellectuellement essentiels…
      1). R.D.A. – Quand vous illustrez la progression à venir des nageurs par le fait que les records des Allemandes de l’Est des années 1976-89 dopées (vous auriez pu écrire 1970-1989, car le dopage d’Etat avait commencé là bas bien plus tôt) ont été depuis largement battus, vous utilisez un argument trouvé dans votre rétroviseur pour éclairer une projection vers le futur ! Mais le rétroviseur n’indique jamais la route à suivre…
      Il est intéressant de noter aussi qu’il s’agissait surtout de records féminins et que le sport féminin avait du « retard » sur le masculin, non que les filles étaient attardées, mais que les pays n’accordaient pas autant d’attention aux programmes féminins qu’aux masculins.
      Aux USA, nation dominante en natation, le Titre 9 qui donna indirectement l’égalité d’accès des filles à l’université (étape indispensable pour une natation de haut niveau), n’a été adopté qu’en 1979. Sans ce titre, Tracy Caulkins aurait arrêté de nager en 1980…
      Je ne veux pas trop élaborer sur ce retard des filles de l’époque, mais en 1972, avant que les filles de RDA ne dominent, les records du 100 mètres hommes et femmes étaient 51s2 et 58s9, contre 47s04 et 52s06 aujourd’hui. Les filles nageaient alors 7 seconde 7/10e moins vite contre 5 secondes aujourd’hui : 15% moins vite que les hommes alors, contre 10% moins vite aujourd’hui.
      2).- COMBINAISONS.- « L’apparition des combinaisons fait faire un bond considérable aux performances réalisées par l’ensemble des nageurs en réduisant « artificiellement » les résistances. Depuis leur interdiction, petit à petit, les nageurs en maillot s’approchent des performances réalisées par des nageurs gainés de plastique », écrivez-vous. Certes, mais quelles conclusions en tirer ? 1). Ce ne sont pas les mêmes nageurs qui battent les records. Vous avez vu les soucis des Cesar Cielo, Kirsty Coventry, Alain Bernard, Leveaux, Bousquet, Liam Tancock, Gemma Spofforth sans ces tenues… Parmi ceux qui ont réussi le mieux leur reconversion, Federica Pellegrini nageait 1’52s98 en polyuréthane, et 1’54s5 aujourd’hui. Même Phelps n’a pas refait ses temps polyuréthane sur 100 papillon et 400 4 nages… 2). En fait, des nageurs moins « aquatiques », des nageurs sans abdominaux et hyper-musclés pouvaient gagner les courses. Ils occultaient et décourageaient les « bons », mais sans les écraser.
      3).- Je dois aussi m’expliquer sur une phrase. Quand j’ai écrit « Y a-t-il des avancées encore possibles au niveau des coulées ? Une fois qu’on est positionné dans l’eau, on n’a pas trente-six choix possibles, » je me suis mal exprimé par paresse, je voulais dire que la nage pure ne me semble pas en mesure d’évoluer, même si l’avenir reste ouvert…
      4).- TALENT.- Quand je parle du talent, je pense à ceci : quand on mettait dans l’eau Tim Shaw avec 40 nageurs de valeur équivalente, au bout d’un mois, Tim Shaw était devant tout le monde. Il parait qu’il en allait de même avec Laure Manaudou. Mark Spitz écœurait Don Schollander à l’entraînement…
      Bien entendu, le talent est un potentiel, et seulement un potentiel, qui peut être ruiné par une mauvaise attitude. A Pékin le talent de Manaudou ne lui sert à rien, mais il est là, assoupi, même étouffé par son attitude… En revanche, la meilleure attitude du monde, sans talent, c’est-à-dire sans potentiel, ne permettra pas d’atteindre les sommets. Bien entendu, je ne parle pas de la natation plaisir, que l’on peut pratiquer sans rêver de succès, nous sommes ici dans la recherche obstinée du grand résultat.
      A propos, je ne crois pas que Florent Manaudou pouvait faire 120kg au couché sans musculation…
      4).- TECHNIQUE ET JAPON.- Bien entendu, je n’ai pas supposé que le Japon vers 1930 avait tout découvert des subtilités de la natation moderne. J’ai seulement dit que sa nage était en avance sur le modèle américain piloté par Bachrach vers une voie sans issue. Les Australiens ont pris connaissance beaucoup plus tard des idées japonaises, vers 1948, quand Furuashi collait une minute au 1500 mètres à Jimmy McLane, ils les ont adoptées et adaptées aux morphologies plus longilignes.
      Pour résumer: je voulais exprimer seulement que le modèle américain de Bachrach fermait la voie du progrès, que le modèle japonais laissait la porte ouverte… Maintenant, Weissmuller, nageur phénoménal, ne nageait pas spontanément en course la tête aussi haute que vous semblez le suggérer. C’était l’interdiction de rouler qui était fondamentalement contre-productive…
      5).- NABER.- … Je suis étonné de votre description de la nage en dos de Naber… Aucun souvenir (j’étais là en 1976) sauf de son virage qui a fait l’objet d’articles techniques ultérieurs… D’ailleurs Naber n’était pas qu’un dossiste, il a été 2e du 200 libre des Jeux à 0s21 du record du monde en nageant une demi-heure après avoir gagné l’or en dos. On m’a raconté qu’il était le seul nageur que Tim Shaw craignait (en crawl). Par ailleurs, quelle « tronche », quelle intelligence, quelle personnalité !!
      6).- LE BEBE ET LE CHAMPION.- Je veux bien croire tout ce que dit « Science et Vie » sur le temps d’apprentissage de la marche de l’enfant, mais ce temps peut-il gouverner le temps d’apprentissage de la nage de l’adulte ? Je me méfierais avant de bondir sur la conclusion.
      Je me demande si, sur ce point précis, comparaison est bien raison.
      Vous savez par exemple que le bébé de l’homme nait incomplet. Dans la nature, un bébé gazelle va être fonctionnel en quelques minutes, capable de galoper assez vite, sans cela, c’est un fast food tout trouvé pour la hyène ou le guépard. Le bébé de l’homme, lui, nait handicapé. Il est aveugle, ne marche qu’après un an, parfois quinze mois, voire plus. Sa myélinisation, autour des axones – le phénomène destiné à accélérer la vitesse de conduction, et débouchera sur l’acquisition des réflexes -, n’est pas terminée avant deux ans (elle se continue même, d’ailleurs, quoique beaucoup plus lentement, jusqu’à douze ans). Par exemple, il faut du temps pour que le bébé passe d’une motricité involontaire (qui le fait gigoter dans tous les sens) à une motricité volontaire.
      Ce n’est pas tout : l’ordre de maturation d’un tout petit obéit à une loi fondamentale, qu’on appelle « loi descendante ». Cela signifie que les muscles de l’axe du corps sont d’autant plus tôt sous le contrôle de la volonté qu’il sont plus proches de la partie céphalique.
      Si vous préférez, LE CONTRÔLE MUSCULAIRE S’ACHEMINE DE LA TÊTE AUX PIEDS. Bébé, que j’ai dit handicapé, est encore plus handicapé du bas du corps…
      Dès lors il ne faut pas s’étonner si la marche est obtenue un peu tard…
      Je ne voudrais pas trop développer là-dessus, mais en fait, on ne peut comparer l’apprentissage de la marche par bébé [qui n’est pas un apprentissage au sens éducatif, « scolaire », mais bien une capacité soumise à l’exigence d’une acquisition, niveau après niveau, d’aptitudes cérébro-motrices qui, très faibles au départ, se dévoilent à travers des situations actives – reptation, retournement quadrupédie, etc.], on ne peut comparer, dis-je, cet apprentissage avec l’éducation à la natation, l’écriture ou le piano de Michael Phelps, Victor Hugo ou Wolfgang Amadeus Mozart.
      Par ailleurs les « 11.500 heures de pratique » dont vous faites état me paraissent assez arbitraires (dix heures par jour pendant trois ans !!), bébé ne s’entraîne pas dix heures par jour à marcher, il mange, joue, voyage de bras en bras, fait du landau, de la poussette, « agueu, agueu », etc.
      Votre présentation donne à penser qu’à peine issu du ventre de maman, super-bébé se jette dans l’apprentissage effréné de la marche ou de la course à pied…
      …Alors, partir de cette construction lente de bébé pour estimer qu’après 17 années de pratique, de 8 à 25 ans, comme votre chercheur le suggère, «un champion nage moins efficacement qu’un petit enfant ne marche » est un propos téméraire et basé sur une transposition aussi arbitraire qu’infondée.
      Je crois d’ailleurs avoir lu dans un livre américain (Sports Gene, de David Epstein ?) une thèse aussi hardie sur la nécessité de je ne sais combien de milliers d’heures de pratique pour aboutir au génie en tout domaine. Je ne puis vérifier, il se trouve à 6.000 kilomètres de moi… Je ne suis pas allé au bout de ce bouquin que j’avais trouvé assez faible, en dehors d’un chapitre sur l’acuité visuelle comme élément essentiel de la compétence sportive dans certains jeux comme le base-ball – une telle acuité expliquait ainsi, écrivait-il, le phénomène de l’anticipation…
      Bien à vous,
      Eric Lahmy

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *