SUN YANG EN APPORTE LA PREUVE : ON PEUT AVOIR ÉTÉ DOPÉ ET RESTER POPULAIRE ! Éric LAHMY

Éric LAHMY

Mardi 5 Décembre 2017

Le triple champion olympique chinois Sun Yang vient de se voir attribuer par la Fédération internationale de natation un prix pour sa « contribution exceptionnelle à la popularité de la natation. » Le site britannique Inside The Games, qui donne l’information, parait s’en étonner. Sun Yang avait été suspendu secrètement pour dopage par sa fédération en 2014.

Vainqueur olympique du 400 et du 1500 mètres aux Jeux de Londres, en 2012, puis du 200 mètres aux Jeux de Rio en 2016, mais aussi médaillé d’argent sur 200 (2012) et du 400 (2016) et neuf fois champion du monde, Sun Yang a reçu son prix lors de la Soirée des Etoiles du Gala Aquatique mondial, à Sanya, préfecture du Hainan, dans le sud ouest de la Chine.

Le site britannique remarque que l’honneur fait à Sun n’a pas été mentionné par la FINA dans le communiqué de presse qui donnait la liste des autres vainqueurs de ce gala. Une peu honteuse, la FINA? On peut imaginer pourquoi. Bien que les dirigeants internationaux ne paraissent pas émus de distinguer des champions marqués par l’infamie d’un dopage positif, ils savent le peu de goût des medias (occidentaux, notamment), mais aussi de la communauté des nageurs, entraîneurs et dirigeants pour tout ce qui a trait au dopage. Aussi font-ils ça en petit comité…

Ecarté trois mois (17 mai-16 août 2014) des compétitions pour avoir été positif à la trimetazidine, un stimulant, il retourna à la compétition tandis que la fédération chinoise, ayant fait l’embargo sur l’information, annonçait son interdiction. Sun prétendit ignorer que le produit était interdit.

Inside the Games rappelle que Sun Yang n’a jamais été étranger à la controverse, qui fut même détenu une semaine en novembre 2013 pour avoir conduit sa Porsche Cayenne sans permis de conduire et avoir (malencontreusement) heurté un autobus ! Après les Jeux de Londres, il connut une période assez trouble, se rebellant contre son entraîneur afin de filer le parfait amour avec une jeune hôtesse de l’air, créant des conflits avec des supporters, ayant manifestement du mal à assumer un statut de célébrité qui le dépassait, et aussi à continuer de résister aux contraintes d’un sévère entraînement. Et peu de temps, cerise sur le gateau, on trouvait de la trimetazidine dans son métabolisme.

Sun Yang, depuis, a fait quelques progrès, pas seulement parce qu’on lui a aligné ses dents. Il a remercié ses différents mentors, sa famille, mais aussi la FINA de cette distinction. Policé, le garçon!

On eut aimé imaginer que le contrôle positif de Sun avait été accidentel. Mais la Chine a connu, depuis sa rentrée dans le giron mondial, dont elle s’était longtemps écartée pour des raisons politiques, de gros ennuis liés à l’utilisation de produits dopants, ce qui décourage toute naïveté concernant les méthodes utilisées avec ses sportifs. Méthodes qui avaient fait leurs preuves du temps de l’Allemagne de l’Est, et joyeusement recyclées. Une ancienne médecin de l’équipe olympique, Xue Yinxian, réfugiée en Allemagne, a parlé de dopage systématique, et de 1000 sportifs dopés au plus haut niveau dans les années 1980 et 1990.

En fait, toutes les médailles chinoises de l’époque sont entachées de produits interdits, a-t-elle prétendu. De nombreux incidents ont étayés ces affirmations, avec sept nageuses trouvées positives en 1994, aux Jeux asiatiques d’Hiroshima, peu de temps après les mondiaux où l’équipe chinoise avait brillé. Quatre ans plus tard, les douaniers australiens de l’aéroport de Sydney découvrirent dans les bagages d’une nageuse chinoise un drôle de casse-croute: assez d’hormones de croissance humaine pour en fournir à l’ensemble de l’équipe de Chine pendant toute la durée des championnats du monde qui devaient se dérouler à Perth. C’est pas pour nous, se sont écriés les Chinois, qui prétendaient en faire commerce. Alimentaire, mon cher Watson!

Discutable ou pas, la FINA a fait savoir qu’elle souhaitait que la distinction dont a fait l’objet Sun garantisse qu’il ne s’écarte pas du droit chemin dans la suite de sa carrière. Un argument dont la logique parait assez douteuse et qui revient à attribuer la légion d’honneur à un voleur dans l’espoir que cette décoration l’empêchera de récidiver.

« Comme vous le savez, ce gala s’est tenu en Chine et concerne la popularité de nageurs chinois en Chine, telle que requise par la natation chinoise, » ont encore déclaré les fédéraux… 

Une injonction à cesser de chinoiser, en quelque sorte.


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