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1994-2012 : LA REVOLUTION FRANÇAISE (4)

LE TRIOMPHE DES REBELLES

 

 

AU COURS DES DIX-HUIT SAISONS QUI COURENT DES CHAMPIONNATS DU MONDE DE ROME, EN 1994, AUX JEUX OLYMPIQUES DE LONDRES, EN 2012, LA NATATION FRANÇAISE A OPERE UN RETABLISSEMENT SPECTACULAIRE.  ELLE QUI, PENDANT UN SIECLE, S’ETAIT NOURRIE DE SUCCES DE CIRCONSTANCES AUX ALLURES D’OASIS DANS UNE LONGUE TRAVERSEE DU DESERT, NE CESSE DE COLLECTIONNER DES SUCCES MONDIAUX ET OLYMPIQUES. APRES AVOIR PISTE LES RESPONSABLES INSTITUTIONNELS DE CETTE LONGUE EMBELLIE DANS TROIS PRECEDENTS ARTICLES, NOUS EVOQUONS ICI LE ROLE JOUE PAR CES SAVOUREUX ‘’REBELLES’’ DE LA NATATION FRANÇAISE.

 

 

Par ERIC LAHMY

 

 

Christos Paparrodopoulos a le sens de la formule. Il vous sort des phrases ciselées, dans lesquelles on sent les pleins et les déliés, une force née peut-etre de son appartenance à la plus vieille culture au monde, qui récitait L’Iliade et l’Odyssée quand, entre tumulus et mégalithes, la Gaule celtique peinait à sortir de la préhistoire.

Ce qui a fait la fortune de la natation française ? Le coach du Club Nautique Havrais évoque le « fond du trou » d’Atlanta, et reconnait en Claude Fauquet « le premier artisan du renouveau. »

« Il a fait un diagnostic, continue-t-il. Pour réussir, il établit des règles du jeu très difficiles, adaptées au défi de la haute compétition. Au départ, il provoque le scepticisme, mais Claude Fauquet a fixé des minima très sévères. C’est comme ça qu’à Chamalières, on a eu trois qualifiés pour les mondiaux de Fukuoka, en 2001, auxquels se sont ajoutés deux qualifiés sur les minima des jeunes. Ça a représenté un choc. De plus Roxana Maracineanu n’avait pas été retenue parce qu’il lui avait manqué quelques centièmes en finale. Tout le monde a reçu le message. »

On se dit : jusque là, rien d’original. Mais ce n’est pas tout :

« Deuxième point, important : dans beaucoup de pays, quelques personnes très bien placées au centre du dispositif déterminent une stratégie, que tout le monde suit avec discipline. En France, ça marche différemment. Il y a des CONTESTATAIRES, et ils changent la donne. Très vite, ces personnes têtues contestent le système. C’est la force de la natation française, ces contestataires sont les créateurs de talents ; ils ne sont pas soumis aux directeurs du haut niveau, ils font à leur manière. Là dedans, ce qui est bien, c’est que chacun travaille de son coté, mais avec la même vision de la réussite. Il s’agit là d’un processus pragmatique qui s’oppose à un processus purement directif. »

Vrai : les résultats de la natation française sont venus d’entraineurs à la marge. Une marginalité un peu difficile à définir, car elle peut n’être qu’un état d’âme, mais au sujet de laquelle nul ne se trompe : ce sont toujours les mêmes noms que l’on cite. Mettre dans le même sac Guy Boissière, sceptique et instinctif autoproclamé, Philippe Lucas, pseudo cancre rouleur de mécaniques, Romain Barnier, représentant de l’école du sprint US en Hexagone, et Fabrice Pellerin, artiste de la kinésiologie, ou encore Marc Begotti (le premier, celui qui entrainait Plewinski), l’homme qui comptait les coups de bras, est une entreprise hardie. Entre le Boissière qui expliquait sans trop y croire que Stéphan Caron aurait été champion d’Europe si on l’avait confié à sa concierge et Fabrice Pellerin qui professe dans une petite crise d’orgueil que ses principes d’entrainement sont supérieurs à ceux de ses confrères, la disparité ne tient pas seulement à la circonférence des chevilles. Ces gens diffèrent autant entre eux qu’avec le bain dans lequel ils trempent.

 

LES BONS ENTRAINEURS FRANÇAIS, BEGOTTI,

 AUGUIN, LUCAS, BARNIER, PELLERIN, OBTIENNENT

 LEURS MEILLEURS RESULTATS ASSEZ JEUNES

 

Dire à quoi c’est dû, est assez complexe. La diversité des cas décourage l’analyse. Disons que la natation française a de tous temps toléré ces différences. Mais le fait est qu’à côté, les hommes du système n’ont pas la partie facile. Il y a aussi des questions de génération. Les bons entraineurs français ont obtenu leurs meilleurs résultats assez jeunes : Begotti avait dix ans de plus que sa meilleure élève, Catherine Plewinski, Denis Auguin a rencontré très tôt Alain Bernard, Romain Barnier est passé sans crier gare du statut de champion des Etats-Unis de nage libre à celui de coach à succès du Cercle des Nageurs de Marseille, et Fabrice Pellerin sort Camille Muffat à trente ans, triomphe à quarante, Lionel Horter sort Roxana Maracineanu à trente ans, Philippe Lucas est un vainqueur précoce de championnats de France interclubs en séries avec Melun, Lucien Lacoste encore minot réussit de jolis coups avec Xavier Marchand et Solenne Figues, etc.

Après, il n’est pas interdit de durer, mais se renouveler peut être difficile. Guy Boissière, Denis Auguin ont bien rebondi. Mais aujourd’hui, la concurrence est tellement dure que d’énormes bosseurs doublés de fins techniciens comme Richard Martinez à Font-Romeu, Lionel Horter à Mulhouse, Lucien Lacoste, à Toulouse, Eric Boissière à Rouen, doivent parfois penser que la vie est dure.

Jean-Pierre Le Bihan, peut-être parce qu’il déteste les consensus faciles, adhère à la théorie des contestataires. Ancien DTN adjoint aux multiples fonctions depuis 1983 (chargé, aime-t-il dire, de « tout ce que le directeur technique natonal n’aimait pas faire », il décrit la situation telle qu’il l’a observée :

« Certains s’opposaient, en rebelles, aux doctrines de la DTN ; à travers les années, ils se sont appelés Guy Boissière, Philippe Lucas, Christos Paparrodopoulos, Marc Begotti, Fabrice Pellerin. Tous avaient une approche originale, apportaient une personnalité bien à eux, et sortaient des nageurs qui n’auraient pu l’être par des ‘’fonctionnaires’’. Les résultats de la natation française ? Ce sont les rebelles qui ont fait les médailles. »

Ces remises en cause, ont non seulement réussi, mais empêché le système de se figer…

Aux tous débuts, lorsque Gérard Garoff opéra sa propre révolution, ce qu’il mit en place« n’a pas été sans erreurs, reconnait Le Bihan. On a peut-être écœuré des sprinters en les faisant nager longtemps, par prudence, au nom des principes mis en lumière par les théories de la préparation physiologique. »

Ici, le peut-être est de trop. Influencés par l’école russe, alors engagée dans le gros kilométrage, convaincus que « la natation française ne travaillait pas assez » pour briller à l’international, les Français réunis à l’INSEP s’étaient lancés dans une surenchère, doublant ou triplant le volume de travail de leurs élèves sans prendre deux précautions, qui concernaient la récupération physique et la technique de nage. A ce régime, les deux ou trois premières années (1977-1980), les rares élèves de l’équipe réunie à l’INSEP qui n’explosaient pas comme des hippocampes sortis trop brutalement de la pression des profondeurs, avaient beau être infatigables, ils nageaient mal.

 

LES « CONTESTATAIRES » REFUSAIENT LE TOUT

PHYSIOLOGIQUE OU LE ROLE DE L’ENTRAINEUR

SE REDUISAIT A COMPTER DES KILOMETRES 

 

Face à cela, les « contestataires » de l’époque, issus de la natation des clubs, refusaient le tout physiologique où le rôle de l’entraineur se réduisait à compter des kilomètres ; ils travaillaient sur la qualité. Boissière entrainait Stephan Caron, Xavier Savin, qui étaient plus que des nageurs, des étudiants sérieux et des hommes à la tète bien remplie ; il ne lui serait pas venu à l’idée de les entrainer à longueurs de journées.

Disons-le, généralement, les contestataires ne contestaient pas grand’ chose : ils voulaient travailler à leur manière. Souvent, le discours d’en haut, était de désigner (parfois lourdement) LA méthode et de refuser d’autres modèles. La meilleure façon était parfois de dénigrer celui qui était censé se tromper et de lui « piquer » son nageur. On sait comment Philippe Lucas a réagi à de telles injonctions. On s’horrifiait au sujet de la façon dont il entrainait, dont « il parlait à sa nageuse », de tout, de rien et de n’importe quoi. Le problème est qu’avec un guerrier pareil armé de sa confiance et de celle d’une nageuse immensément douée comme Manaudou, en face, l’entêtement d’un DTN ou les habiletés d’un président de Fédération ne faisaient pas le poids. L’affaire Lucas a été un cas d’école. Entre le DTN qui se piquait de philosopher et citait volontiers Paul Valéry et Spinoza, et un coach apôtre de Johnny, cultivant des biceps de 45cm et refusant d’intellectualiser son sport au point de s’interdire de passer le plutôt modeste Brevet d’Etat Sportif Natation, le courant n’est pas passé. Ils auraient pu oublier leurs différences, s’entendre autour de leur passion commune. Ce ne fut pas le cas.

« Les mauvaises relations entre Philippe Lucas et Claude Fauquet sont nées d’une rencontre mal conduite entre eux, affirme Jacky Brochen, ancien entraineur des équipes de France et de Suisse, aujourd’hui installé à Caen. Lucas ne fait pas faire que des kilomètres, il a sa philosophie du haut niveau, de la performance. Il tire 100% du potentiel de ses nageurs. Pour ce qui est de Laure, il est vrai qu’à un moment, l’entrainement est devenu une telle contrainte que ça n’a pas été simple pour elle. Lucas a par ailleurs géré Leveaux, pas facile, car Leveaux est hyperdoué, un vrai génie de la natation, mais très compliqué.

« Lucas était proche de Kasimier Klimek, il a fonctionné en binôme avec lui, les deux s’entendaient très bien. Il s’est construit une connaissance assez costaude de la natation. C’est un très bon observateur. Il sait toujours ce qu’il fait. Je prends l’exemple de la musculation. Il s’entraine en salle. Mais il ne fait pas n’importe quoi, n’importe comment. Il est par exemple l’apôtre des haltères carrés. Des haltères qui ont quasi disparu, qu’il préfère aux haltères ronds, il a sa théorie là-dessus. Une fois, nous déjeunons avec une de mes nageuses. Lucas la regarde : vous avez fait de la gymnastique. Elle dit que non, il insiste : oui, vous avez fait de la gymnastique. Il l’avait vu à ses avant-bras. Il n’est pas du tout le type fruste qu’on veut croire. »

Lucas excepté, les ‘’contestataires’’ ont donc bel et bien été ‘’inventés’’ par la Direction technique, ou par la rumeur qui ne peut admettre que les gens travaillent en bonne intelligence ; dans la plupart des cas, ils ne contestaient pas plus que le sanglier qui s’entête à rejoindre le point d’eau par le chemin qui lui est habituel. C’est le cas de Lucas, bien sûr, du Begotti des débuts, de Pellerin, de Barnier. Begotti eut la chance de sévir sous Patrice Prokop, sans doute le DTN le moins directif et le plus ouvert à la diversité des méthodes, puis d’obtenir des résultats exceptionnels, enfin de devenir l’apôtre de la doctrine officielle.

 

DEPUIS LUCIEN ZINS (1961-1972), AUCUN

DE NOS DTN N’EST, DE LOIN,

UN TECHNICIEN INCONTESTE

 

Il doit y avoir, de façon quasi-atavique, dans la fonction de DTN, une légère propension à vouloir enrégimenter sous sa bannière, comme le vague désir de ‘’ne voir qu’une tète’’. Seul Prokop a joué différemment, et ce n’est pas par hasard s’il a duré douze ans, plus longtemps que tous les autres titulaires du poste.

« Prokop a travaillé avec Gastaldello à la formation des cadres, rappelle Le Bihan. Jusqu’alors, on pouvait devenir maitre-nageur-sauveteur sans aucune instruction. Il suffisait de savoir nager et récupérer un mannequin dans l’eau. Nous avons exigé une vraie formation, les MNS ont obtenu le statut d’agent catégorie B, et ils obtenaient un diplôme, le Beesan, qui débouchait sur une vraie profession. »

C’est vers la natation russe que les Français se tournent quand il s’agit de s’inspirer d’une méthode. Pourquoi eux et pas les Américains ? Difficile à dire, mais les Russes du temps de Salnikov se préparaient en altitude en France, à Font-Romeu. Par ailleurs, nos ‘’élites’’ avaient du mal à lire le système US. Et pour cause : il n’y a jamais eu un système américain, mais ‘’des’’ systèmes, parfois brutaux, parfois élaborés, qui s’entrechoquent, parfois s’approuvent parfois se contredisent dans une floraison anarchique. C’est le ‘’melting pot’’. Peter Daland, à Los Angeles, était beaucoup moins attentif à la technique que George Haines à Santa-Clara, mais les élèves de ces deux monstres sacrés explosaient les records du monde. Les Russes, eux, centralisateurs et privés de la longue histoire de la natation américaine, ont privilégié un système assez dogmatique, intellectualisé, avec toute l’apparence d’une rationalité qui ne pouvait déplaire à des gens désireux d’appréhender une pensée toute faite.

Pourquoi cela, direz-vous ? Un peu par un vieux réflexe jacobin, un peu à cause du T du sigle DTN ! Parce que, si, depuis Lucien Zins (1961-1972), aucun de nos DTN n’est, de loin, un technicien incontesté, le T de son sigle l’invite à s’affirmer dans ce domaine. Et une pensée prédigérée va lui redonner la main.

On peut suggérer aujourd’hui qu’il n’existe pas UNE bonne façon de nager. Mais si elle ne produisait pas le génie d’une Tracy Caulkins ou d’une Natalie Coughlin, d’un Mark Spitz ou d’un Matt Biondi, l’école russe, avec son coté dogmatique, facilitait la tentation, omniprésente, de théoriser…

Pourtant, les Russes ont tâtonné. Ils commencent par « réaliser des extensions kilométriques dans les dernières années 1970 », se souvient Denis Auguin. Qui vont permettre l’apparition de Vladimir Salnikov, qui sera le meilleur nageur de 1500m au monde pendant douze ans, de 1977 à 1988. Puis ils se sont orientés vers des solutions plus qualitatives dans les années 1990. L’infatuation française pour la natation russe faisait d’ailleurs prédire à Garoff, vers 1980, que ceux-ci battraient bientôt les Américains. Chose qui ne s’est jamais réalisée.

Chance pour nous, la natation française n’est pas entièrement soumise aux emprunts russes. Vers 1970, « un outil pédagogique est apparu, l’ouvrage de Catteau et Garoff sur l’apprentissage de la natation, rappelle Le Bihan. On a obtenu le secours de médecins passionnés de natation, Georges Cazorla, Jean-Pierre Cervetti, qui expliquaient la physiologie. A l’INSEP, Spivak a traduit du russe les ouvrages de N. Platonov sur la théorie et la méthodologie de l’entrainement sportif et sur l’adaptation des sportifs aux charges d’entrainement, qui ont constitué une mine d’informations sur diverses données, comme  la récupération, la surcompensation. » Mais aussi, les adaptations des uns et des autres, institutionnels ou contestataires, vont permettre d’aller plus loin.

 

DES REUNIONS, DANS DES AMBIANCES

DE CAFES LITTERAIRES, MAIS QUI

DONNENT A PHOSPHORER.

 

Romain Barnier est considéré comme l’un des rebelles de la natation ; on se demande un peu pourquoi. Très loin de contester, il n’a que louanges pour la façon dont le système absorbe et entérine ce qui ne lui appartient pas.

« Des phénomènes externes au système français ont joué dans l’obtention des résultats, expose-t-il. Pour ce que j’ai pu en voir, à partir de 2009 – auparavant, j’étais trop dans mon aventure pour bien me rendre compte -, j’ai noté l’apparition d’une liberté d’expression, une diminution des contraintes, une ambiance plus décontractée, due sans doute à l’encadrement, une façon dynamique novatrice, de voir les choses. J’ai noté que des choix judicieux étaient opérés au niveau des stages, des bassins où nous les effectuions. »

« J’aimerais rendre hommage ici à une spécificité française, ces nombreuses réunions, dans des ambiances de cafés littéraires, où on a l’air de parler de tout et de rien, sur des sujets vagues, mais qui donnent à phosphorer. On apprend aussi à se connaitre, et tout cela est très utile dans la réussite. »

« Si je devais mettre le doigt sur les raisons du succès d’une équipe, ces brainstormings, l’ambiance de camaraderie en son sein, le sentiment de bien vivre, tout cela fait qu’on est heureux de s’y retrouver, d’y être. »

Barnier, entraineur manager du Cercle des Nageurs de Marseille, ne cache pas qu’il s’est inspiré, non de l’école française, mais plutôt des USA, pays où il a nagé en universitaire, « en fonction, explique-t-il, de certaines qualités de cette natation : son dynamisme collectif, sa façon de positiver, de travailler en équipes, sa transparence, que je m’évertue d’appliquer à Marseille. »

Si, avant 2008, et donc dans la période où Fauquet était DTN, il refuse de s’exprimer, prudence de sa part ou réelle conviction qu’étant, selon ses propres paroles, « en construction à Marseille et extérieur au système », cela le rend « incapable de témoigner valablement à son sujet ; je constate seulement que cela a été une réussite. »

Barnier aboutit à des conclusions équivalentes à Paparrodopoulos et Le Bihan au sujet des pseudo-rebelles : « il faut constater que la réussite est venue des gens en marge. Le modèle exige de faire ses preuves avant d’être accepté. Lucas, Paparrodopoulos, moi, sommes un peu périphériques par rapport à la natation française. Pellerin est un expert de kinésiologie, loin du modèle FFN. Mais enfin, ce qui compte n’est pas là.

« La magie, c’est l’alchimie produite avec ce melting-pot. A l’arrivée, il n’y a que le résultat qui compte. Et tout est important, même ce qui ne le parait pas. On n’est pas estampillés FFN, mais on est dans la réussite de la natation française. Cette capacité de prospérer au-delà du système étroit est une force. »    

Jacky Brochen pousse l’analyse dans une direction intéressante : « L’un des secrets de la réussite des Français, c’est justement cette prolifération de ‘’méthodes’’ différentes. Cette variété est le signe d’un système vivant. J’ai rencontré récemment des gens de l’aviron. Ils sont, depuis des années, sur un système né en RDA, importe par un coach de là-bas, Mund. Cela ne marche pas pour ça : tous les rameurs français font rigoureusement la même chose, à la même heure, chaque jour de l’année. » Un modèle unique (qui avait au début produit d’excellents résultats) aboutit à une préparation mécanisée, privée d’innovations.

 

LA FRANCE FONCTIONNE AUJOURD’HUI

 AVEC UNE CONFIANCE EN ELLE, ET

C’EST CELA, ETRE FORT

 

Le Bihan semble réticent à entonner un péan en  l’honneur de Claude Fauquet, dont il dit : « C’est un excellent CTR ; en 1999, il arrive, très perturbé, se dit en dépression. Mais quand il se présente au poste de DTN, on dirait qu’il a reçu une mission mystique. » Le Bihan reconnait que la tâche n’était pas aisée, mais pour une raison inattendue. « Il devait subir Francis Luyce, qui rendait la tâche difficile à ses DTN. Celui qui a le mieux tenu le choc a été Clémençon : son couple avec Luyce était étonnant, Clemençon se prenait pour le président, et Luyce pour le DTN ! »

C’est tout juste si pour l’adjoint, parler d’un succès de Fauquet n’est pas un contresens : « La natation française et Claude Fauquet doivent l’essentiel à Philippe Lucas, car sans Lucas, il n’y aurait pas eu de Laure Manaudou, et sans Manaudou, il n’y aurait pas eu de résultats. » Or on ne peut trouver entraineur qui ait été moins influencé par le système que Philippe Lucas. Il a refusé de passer le Beesan. « Il est l’exemple de l’entraineur atypique, une espèce qui n’est pas rare, et qui ne peut pas être dans le moule. »

Denis Auguin partage cette idée. L’opposition entre natation officielle et révoltés de l’extérieur est réductrice et fausse. « Voir Pellerin en équipe de France, c’est voir comment les gens fonctionnent. Il y a en lui une certitude sans forfanterie, une conviction. » D’ailleurs, ajoute-t-il, au plan technique, « Pellerin ne s’est pas fait tout seul. Il a beaucoup parlé en équipe avec Marc Begotti, qui a sans doute eu une grosse influence sur lui. » Il n’a pas fait que ça, est allé chercher des idées partout où il pouvait en trouver, et a agi de ce fait en bon entraineur. Un exemple de ses recherches se trouve dans un DVD qu’il a publié sur des éducatifs. Une moitié se trouvait déjà dans un outil canadien équivalent. Tous les entraineurs fonctionnent ainsi, ils regardent, curieux de tout, ils ‘’piquent’’, essaient, dans l’esprit de ces culturistes qui essaient un nouveau truc : « et ça, ça développe ? »

A la question de savoir comment  se bâtit un entraineur, Michel Chrétien, l’entraineur de Jérémy Stravius et de Mélanie Hénique, répond « Il a des modèles, trouve des courants de pensée. Et il accumule de l’expérience personnelle. L’intelligence d’un entraineur est d’utiliser les moyens qui sont à sa disposition. La DTN dispose d’un département  recherches : des vidéos des courses permettent d’analyser celles-ci, puis d’utiliser ce qu’on a vu dans l’entrainement du nageur. Si bien filmée, la vidéo permet de revenir objectivement sur l’événement. »

Pour Auguin, que Nice n’ait pas reçu l’estampille pôle France n’a aucune importance : « On n’est pas obligés d’être pôle France pour réussir, cela ne veut pas dire que le club ne reçoit pas d’aides. Un nageur olympique, cela représente jusqu’à 10.000€ d’aides par an. Si Nice, comme c’est le cas, a quatre nageurs de ce calibre, cela signifie 40.000€, alors que l’aide à un pôle France ne dépasse pas 7.500€. Disons-le, il n’y a pas de différence de traitement financier. Un pôle France, c’est seulement la reconnaissance que nous sommes mieux organisés, en termes de scolarité, d’hébergement, d’horaires aménagés, de suivi médical. Rien de plus.Faire du pôle France le passage incontournable de la réussite made in France, c’est un malentendu sur la signification d’un « sigle » administratif. »

Michel Chrétien met l’accent sur un élément déterminant à ses yeux, qui est l’élément psychologique : « Le premier mot qui définit la politique de la France, c’est l’ambition. Une politique ambitieuse, et très tonique, parce qu’elle parie, chose nouvelle, que nous pouvons être parmi les meilleurs du monde. Cela a été d’emblée le discours de Claude Fauquet : le haut niveau est exigeant, mais pas inaccessible. Il exige de la rigueur. Ce qui nous manquait, insistait-il, n’était pas les compétences, mais l’idée qu’on s’en faisait.

« Après Atlanta, en 1996, il a fait table rase. Et petit à petit, derrière, la natation s’est reconstruite. Il y a eu Roxana et Lionel Horter, puis avec Laure, ça a été un emballement. On a eu la preuve tangible que tout était possible pour les Français. Le haut niveau n’appartenait pas aux seuls Russes, Américains, Australiens et Japonais.

« Quand je suis arrivé un peu plus tard, l’état d’esprit était : le nageur, l’entraineur, l’encadrement français, ne se déplaceront plus dans les grandes compétitions pour observer, mais pour réussir. Donzé dans ces discours, disait : vous êtes les meilleurs du monde. Le facteur essentiel, c’est la confiance en soi. On disait : en tant que nageurs, les Américains sont les meilleurs. On croyait qu’ils avaient un truc en plus. Maintenant, c’est très différent. Au départ d’une course, on part mentalement à armes égales. Tenez ! Les résultats de Londres ne sont pas refaisables. C’est pratiquement un dix sur dix, c’est gagnant à presque tous les coups. Mais ce taux de réussite a été réalisé. On l’a fait trois fois, aux championnats du monde, aux championnats d’Europe, aux Jeux olympiques. La France fonctionne aujourd’hui avec une confiance en elle, et c’est cela, être fort. »

Le plus remarquable est que le principal artisan de cette natation décomplexée est Philippe Lucas, que Fauquet avait cru bon d’écarter du team France aux championnats du monde 2003 ! « En équipe de France, il a amené quelque chose d’extraordinaire. Ce type n’a peur de rien. C’est pour ça qu’avec lui sa nageuse n’avait peur de rien. Il a de ce fait décomplexé les entraineurs. » La bonne nouvelle est que, fin 2012, Lucas a été réintégré dans les équipes de France.

 

PELLERIN RESPONSABILISE LES NAGEURS.

A CHAQUE ENTRAINEMENT,

IL LEUR DONNE UNE MISSION.

 

Le caractère factice des querelles d’écoles dans la natation française est bien illustré par le témoigne de Brochen, selon lequel ils se sont tous abreuvés aux mêmes sources :

            « J’ai entrainé en Suisse de 2002 à 2004, raconte-t-il. J’ai eu l’honneur et le plaisir de rencontrer – et de travailler avec – Guennadi Touretski. Il est arrivé, trois mois après moi, en direct d’Australie où il avait été évincé de l’équipe nationale. On avait trouvé dans des conditions douteuses des stéroïdes dans son jardin et son sous-sol. C’était une affaire bizarre, et mon avis est qu’on a monté cela pour se débarrasser de lui. Pour moi, il a été victime d’un règlement de comptes. Touretski n’était ni dopeur ni dopé, si ce n’est au dopage cher à Bacchus. Le connaissant, je puis dire que Touretski est un poète de la natation. Il en parle avec poésie, il te donne envie de l’accompagner.

            « Si ce n’est ces échauffements, qui se ressemblent tous un peu – tout le temps 600 mètres de nage et 3×800 ou 6×400. Touretski utilisait tous les outils que Claude Fauquet a voulu mettre en place. Les cycles d’entrainement, comme par exemple une saison en treize ou quinze cycles, la détermination de la meilleure vitesse de nage, toute une variété de techniques.

            « Les entraineurs français ont puisé librement dans ces recettes, et ensuite, comme de bons cuisiniers, ils ont préparé tout ça. Raymond Catteau, Marc Begotti, étaient en pointe. Certains entraineurs ont su mieux que d’autres exploiter ces outils, parce qu’ils étaient en mesure de beaucoup mieux en tirer bénéfice, intellectuellement, que leurs prédécesseurs, des maitres-nageurs qui ne savaient au mieux que proposer de nager à fond. »

Comme on pourrait s’en douter, les méthodes d’entrainement se sont universalisées :

« Les cycles d’entrainement, je les ai vus appliquer en Australie. Un coach m’a un soir confié un document confidentiel, réservé aux seuls les coaches australiens, dans lequel un peu tout ça était expliqué. Je le lui ai rendu le lendemain, mais il ne savait pas que je l’avais scanné la nuit. Il y a aussi un livre fondamental, que je recommande, « Science of Winning », de Jan Olbrecht, un Hollandais, qui a marqué la natation.

            Ces toutes dernières années, les entraineurs ont appris à multiplier les pics de performances de leurs nageurs. « Aux débuts de Claude Fauquet, toute la saison était dirigée sur un seul objectif. Il a donc abandonné le principe des deux championnats, d’hiver et d’été, et n’a gardé que les championnats d’hiver. On ne se sentait pas capables, alors, de préparer plusieurs objectifs dans une année. Aujourd’hui, les nageurs sont en mesure de briller tout au long de l’année. Pellerin, Lucas, font nager sans ralentir à l’approche des grands objectifs. Et ça marche. »

A condition de respecter des données générales, bien établies, il y a de la place pour de multiples interprétations, explique Brochen, qui prend l’exemple de Fabrice Pellerin : « lui, c’est le type d’entraineurs qui prennent sur le vécu du nageur, qui ont ressenti des choses, qui savent les exploiter. Il responsabilise les nageurs. Il ne les fait pas nager, à chaque entrainement, il leur donne une mission. Il parle musique, musique un peu hard, heavy, metal. Il associe le rythme et la musique. Il est très calé, et a réalisé un film d’éducatifs dont une moitié a été reprise des Canadiens mais c’est de bonne guerre. J’ai une anecdote sur la propriété intellectuelle des éducatifs. J’avais un jour trouvé un éducatif (les Américains appellent ça les drills) de Jack Nelson, le coach du Swimming Hall of Fame de Fort Lauderdale. Je l’avais adapté à ma sauce, et un jour, je le faisais pratiquer par mes élèves alors que nous étions en stage à Fort Lauderdale, sous les yeux de Jack. A un moment, après l’entrainement, il est venu me voir, et m’a demandé  des informations sur mon éducatif, comment ça marchait, etc. J’étais tellement choqué, intimidé, après tout c’était le grand Jack Nelson, qu’il m’a fallu des années, et une vraie amitié entre nous, pour que je lui avoue que c’était son éducatif, juste un peu adapté. Lui avait cru que j’avais eu l’idée. »

 

PROCHAIN ARTICLE : LE NERF DE LA GUERRE

1994-2012. LA REVOLUTION FRANÇAISE 2.

2. A LA POURSUITE DE L’EXCELLENCE

 

Il a fallu deux olympiades et demie, entre 1994 et 2004, pour redresser la situation de la natation française, entre les zéros des mondiaux de Rome et des Jeux d’Atlanta et le renouveau de 2004. Ce nouveau statut de puissance dans le jeu mondial a été confirmé au cours des Olympiades de Pékin, en 2008 et de Londres en 2012. Dans cette série d’articles sur l’histoire de cette épopée, après avoir raconté la démarche de Claude Fauquet dans le premier article, nous écoutons son adjoint, Philippe Dumoulin, personnage essentiel d’un système qui allait se révéler très performant. Dumoulin, doit-on signaler, vient de se porter candidat au poste de DTN.

 

Par Eric LAHMY

 

Philippe Dumoulin est bien le genre d’hommes qui a pu séduire Claude Fauquet. Un esprit ouvert et vif, une intelligence méticuleuse, une grosse capacité de travail et d’enthousiasme, un fort désir de ne pas se laisser duper par le clinquant, l’apparence, le souci d’approfondir, une grande vigueur dans ses analyses, le refus des raccourcis et autres conclusions précoces, une sensibilité à fleur de peau. Et surtout, aucun arrivisme ou calcul médiocre, peu d’inquiétude de sa situation personnelle, une tension de chaque instant en direction des buts de sa mission, une conviction que rien ne doit passer avant le résultat escompté – en l’occurrence la réussite du nageur. Une vraie ambition de bien faire, de se réaliser dans son champ de compétences. Et tout à la fois une pincée d’humour qui perce à propos, une passion des êtres et des choses, une vraie tendresse pour les gens, une affection pour les nageurs, le tout nappé d’un énorme enthousiasme… Au total, un homme rare.

Nageur, il arrive au Bataillon de Joinville où l’a amené sa bonne valeur. Philippe n’a pas été un champion, mais ce n’était pas non plus un fer à repasser ! « Au Bataillon, j’avais eu cette rare opportunité de commencer comme nageur en octobre 1977 et de finir entraîneur, raconte-t-il. Je me souviens, un week-end, avoir eu un accident de voiture et être rentré au Bataillon le mardi. Là, j’ai appris qu’Alain Blanc, l’entraîneur de Narbonne et du BJ, était parti, en raison de problèmes personnels. Des gars me demandent si je ne veux pas sortir du bassin pour les entraîner. Moi, je suis « 2e pompe », je n’ai rien à dire. Mais là intervient Raymond Césaire, militaire de carrière. Il me dit qu’entraîner ne le branche pas. »

Philippe a été étudiant à l’INSEP. Une sorte de réserve, de pudeur, fait qu’il n’a jamais, au grand jamais, demandé de poste en trente ans de carrière. « Un jour, dans le cadre d’un mémoire, je suis passé à la Fédération. Gérard Garoff, en me voyant, me dit : « tu as reçu mon courrier ? » Je ne l’ai pas reçu, et là il m’explique: il me pose la question de mon affectation, une fois diplômé : « as-tu une préférence pour une région ? » Je lui réponds que non, que je préfèrerais travailler à la Fédération. Gérard me propose la section sport-études de Reims. Dans la foulée, il décroche son combiné, obtient le Directeur des Sports, M. Grospeillet, au téléphone et lui annonce qu’il a le titulaire du poste en Champagne. »

A Reims, très vite, Philippe découvre une situation qui lui déplait souverainement. Aujourd’hui encore, Philippe ne veut pas en dire plus, mais il semble que la « natation champagne » pratiquait des petits arrangements avec l’intégrité sportive, comme de jouer avec les temps de qualification aux championnats. « Des choses ne me conviennent pas. J’avertis Gérard qui me dit : « il ne faut pas que tu restes là-bas. » Il me propose d’entraîner Vichy. Quand je découvre à Reims que la situation est plus difficile que je ne le pensais, Garoff m’invite à contacter le Président Broustine en Auvergne où je m’installe pour 10 ans.

            « En 1983, Patrice Prokop a pris la suite de Garoff à la DTN. Fin 1990, Je réponds positivement à sa proposition et rejoins la région parisienne, partageant alors mon temps entre les entraînements de l’INSEP et du Bataillon de Joinville. Les entraîneurs de l’INSEP sont alors Michel Scelles et Patrick Deléaval. En 1996, Claude Fauquet devient Directeur des équipes de France et selon son vœu, je prends en mains l’entraînement de l’INSEP.

APRES UN LONG MONOLOGUE DONZE M’A DIT :

« JE NE SENS PAS NOTRE RELATION DANS LA

DUREE »

« A l’approche de 2000, Jean-Paul Clémençon est DTN et pas sûr du tout d’être reconduit. Nous sommes en 2000, au retour d’une compétition, quand Claude Fauquet me lance : « envisages-tu de quitter la FFN ? » Je devine le pourquoi de cette question. A l’époque, je souhaitais évoluer et poursuivais un mastère de management, d’organisation et de direction des structures sportives. Je ne lui ai pas répondu directement, mais lui ai seulement dit que cela se pourrait si « la situation n’évoluait pas à la Direction Technique Nationale de la FFN. » Claude m’annonce dans la foulée qu’il déposera sa candidature et me propose d’être son adjoint. Je lui confirme immédiatement mon intérêt sans aucune réserve.

« Un an plus tard, il a été accepté comme DTN, on a repris cette conversation où on l’avait laissée. Et en avril 2001, j’ai rejoint la Direction Technique Nationale, à la Fédération. Claude Fauquet partirait à la fin de l’année 2008, et moi le 31 mars 2009.

« Quand Claude a quitté le poste, des collègues cadres techniques ou salariés du siège fédéral me demandaient quand je déposerais ma candidature. Jusque là, j’avais eu la chance de n’avoir jamais rien eu à solliciter mais, en l’occurrence, c’était forcément différent. J’avais toutefois décidé, et spécifié à mon entourage, que je ne postulerais pas sans le moindre signe du président ; je m’en étais ouvert au Directeur Général. J’ai su que le Président considérait qu’il lui était impossible de faire ça ; ce n’était ni un problème, pour moi, ni une raison pour changer d’avis. Peu après, néanmoins, il m’a reçu dans son bureau pour une raison ou une autre et m’a posé la question, me tendant la main en ce sens. C’est ainsi que j’ai présenté mon dossier de candidature ; sinon, je ne l’aurais pas fait. Je n’ai pas été retenu mais j’avais assuré le Président par courrier qu’il aurait ‘’ensuite à prononcer un avis que je saurai considérer avec respect’’.

« Après que la candidature de Christian Donzé soit passée, je n’étais pas plus gêné. Il y avait certes eu beaucoup de tension à une certaine époque entre Claude Fauquet et Francis Luyce ; j’étais proche de Fauquet et il n’y avait aucune raison que je ne le demeure pas. Un autre avait été choisi. Je n’avais pas décidé, pour autant, de ne pas « fonctionner »

« Christian Donzé, nouveau DTN, m’a reçu trois mois plus tard. Après un long monologue où il flattait mon professionnalisme et mes compétences, il a conclu, ‘’mais… mais je ne sens pas notre relation dans la durée, c’est une question de feeling’’. Comment pouvais-je alors lui faire confiance ? Il déclarait  être prêt à m’aider à trouver un poste en région. Coïncidence, j’ai reçu à la même période un appel téléphonique de quelqu’un qui se trouvait en compagnie du DTN de la Fédération Française de Canoë Kayak, lequel cherchait un DTN adjoint avec mission dans le champ du haut niveau. Les choses sont allées vite car dans la même semaine, étant alors ouvert à l’étude de toute proposition, j’ai eu trois entretiens, dont deux émanant de fédérations et une d’une institution. J’ai donné ma préférence au canoë kayak la semaine suivante. »

  

UNE POLITIQUE SPORTIVE

AMBITIEUSE ETAIT FORCEMENT

EMPREINTE D’EXIGENCE

« Mais revenons en 2001. L’idée de Claude Fauquet était de créer à la FFN un bureau de la vie de l’athlète, à l’image de ce que le ministère avait mis en place. On y gérait tout ce qui concernait les problématiques de l’athlète de haut niveau. J’ai été chargé de mettre ce bureau en place. Je me suis mis au travail, ai récupéré les documents officiels, commencé à revisiter tout ça, à étudier et à réfléchir. Mes questionnements tournaient autour du haut niveau et de la durabilité. Claude avait évoqué sa certitude que la France pouvait devenir une très bonne nation de natation. Nous avions des nageurs qui réalisaient de temps en temps des exploits. Il fallait donner du corps à cela, s’inscrire durablement dans la haute performance. 

« J’ai examiné nos règles de fonctionnement, et sur chaque point, je me demandais : est-ce que cela favorise les résultats ? Et j’essayais de trouver la façon de faire la plus adaptée au but poursuivi. Les exemples du genre de réflexion que nous avions abondent.

« Ainsi, des primes à la performance étaient versées aux championnats de France. Et la réponse était : ce n’est pas là, c’est à l’international qu’il faut offrir des primes, une politique sportive ambitieuse était forcément empreinte d’exigence. Autre exemple : on pouvait avoir 25 ans et émarger sur une liste ‘’Espoir’’. Or la question que nous nous posions était : est-ce qu’un espoir de 25 ans sera aux Jeux olympiques dans quatre ans ? Bien évidemment non. Nous avons édicté qu’il n’y aurait pas de seniors dans les listes  ‘’Espoir’’.

« Ces réflexions, nous les partagions, Claude Fauquet et moi. Nous avons fait de la pyramide brute de coffrage, dans laquelle la performance seule dictait l’accès à telle ou telle liste, une structure où l’âge des nageurs était pris en compte. En effet, l’objectif que nous poursuivions, c’était le HAUT NIVEAU.

« Nous avons agi avec le même esprit sur les aides et l’accompagnement des nageurs, cela allait de pair avec l’exigence de performance. Les accès aux listes de haut niveau ont été revus. Nous estimions qu’un résultat franco-français n’était pas de nature à baliser l’international. Nous nous efforcions de changer la vision.

« Il ne s’agit pas ici de vilipender ce qui avait été fait avant. Les règles existantes avaient eu leur utilité, mais elles avaient fait leur temps et paraissaient moins appropriées. Nous avions d’autres objectifs, l’excellence n’était pas en fonction des autres Français, mais de la grande compétition internationale : nous voulions favoriser l’émergence du haut niveau.

 

LES AIDES PERSONNALISEES N’ETAIENT PAS

PERSONNALISEES ! C’ETAIT DES BAREMES

« Tout cela a surpris, provoqué des frictions, des méfiances. Autre réforme : les aides personnalisées… n’étaient pas personnalisées, c’était des barèmes qu’on appliquait. Nous avons voulu prendre en compte les situations individuelles afin de répondre aux besoins liés à la performance. Vous aviez deux nageurs de même valeur, l’un faisait des études coûteuses loin de chez lui, l’autre restait chez ses parents et étudiait près de chez lui. Donner à tous deux la même chose, ce qui était pratiqué, n’était pas équitable, ni approprié à notre projet… On a pris en compte ces situations particulières pour mieux accompagner les nageurs.

« Toujours dans l’optique de la grande compétition, les primes pour résultats aux championnats de France ont été supprimées. Encore une fois, l’objectif n’était pas d’être les meilleurs entre nous. Les primes ont alors été revalorisées et réservées aux Jeux olympiques, aux championnats du monde et d’Europe. On a écarté les meetings de Coupe du monde, par exemple, ils n’étaient pas un objectif. Nous étions décidés à fertiliser le seul terrain de la haute compétition.

« Depuis mon départ, en 2009, je n’entends pas m’immiscer dans ce qui a été fait, mais… J’ai observé que des choses qui auraient dû changer sont restées en l’état ou que d’autres qui sont apparues pourraient éventuellement être de nature à mettre cet équilibre en danger.

« Il y a eu aussi la bataille des conditions nécessaires à la sélection. Claude Fauquet en a pris plein la tête jusqu’en 2004. Le rempart, c’était lui. Mais en 2004, les résultats ont décollé. En 2001, aux championnats de France de Chamalières, Claude a tenu bon, et là, il lui a fallu être solide, courageux, ça a été un détonateur. Ça a été l’une des révolutions les plus difficiles à défendre. De quoi s’agit-il ? On avait noté que les compétitions internationales différaient des conditions de la qualification telles qu’elles étaient déterminées en France. Dans les grandes compétitions, avec séries, demi-finales et finale, il fallait réussir trois performances de suite. Se qualifier à deux reprises, puis être capable de nager vite une troisième fois pour ne pas finir en fin de classement de la finale. Un très bon nageur, en France, pouvait même se qualifier ‘’à l’économie’’. Mais aux Jeux, aux mondiaux, aux Europe, ce n’est pas la même chanson. Pour préparer nos nageurs non pas seulement à accéder aux finales, mais à conquérir les podiums, nous avons mis en place aux championnats de France trois temps, crescendo, entre les séries et les finales, calculés en fonction des performances réalisées dans la haute compétition visée. Quelques années plus tard, dans certaines courses, avec la densité venant, le niveau est devenu tel que dans certaines courses, on n’a plus eu besoin de demander les trois temps de qualification : la compétition elle-même assurait la valeur de nos meilleurs représentants.

 

LE PROFIL TYPE DU CHAMPION, C’EST PRECOCITE PLUS LONGEVITE

« Une fois l’athlète qualifié, on l’accompagnait pour trouver une solution à tout ce qui pouvait nuire à sa performance. Il ne s’agissait pas d’assistanat, mais, dans les parages de la très haute compétition, de rendre les grandes performances possibles. »

Ayant été très exigeants avec les nageurs, l’encadrement devenait très exigeant avec lui-même. On se devait de réaliser des sans faute, et assurer à l’équipe de France les meilleures conditions.

Parallèlement, on s’efforçait de définir le profil type du champion, afin de le reconnaitre immédiatement et de l’accompagner, là encore par souci d’efficacité.

« Toujours dans cet esprit, je me suis demandé : c’est quoi, les profils de nos élites ? Quelle est leur histoire ? Mes observations m’ont permis de noter des corrélations instructives. Par exemple, aucun de nos très bons nageurs n’était resté plus de trois ans sur la liste Espoir, plus de trois ans sur la liste Jeune, plus de quatre ans sur l’ensemble listes Espoir et listes Jeune. Cela pour ceux qui mettaient le plus de temps ! Car j’en comptais 44% qui ne passaient pas par la liste Espoir, et accédaient directement aux listes jeunes, 28% ne passaient pas par la liste Jeune, 19% ne passaient ni par l’une ni par l’autre et s’en venaient directement dans le haut niveau ‘’adulte’’. Le profil type des grands nageurs, c’était progression rapide plus longévité.

« Je me souviens d’une anecdote. Une fille venait d’être barrée d’une liste Jeune à laquelle elle appartenait l’année précédente. L’entraîneur de club m’a expliqué que c’était une catastrophe, car sa disparition de la liste lui faisait perdre une aide importante pour elle. Je l’ai convaincu que, compte tenu du fait que le club ne lui assurait pas d’entraînement nécessaire, ce qu’elle faisait n’était pas du haut niveau. Il a accepté de l’envoyer à Font-Romeu. Quand j’ai donné son nom à Richard Martinez, « qui c’est ça », m’a-t-il dit ? Je lui ai répondu : « elle fait partie de la cible. » Elle a finalement participé aux Jeux Olympiques de Pékin sur 200 4 nages. »

La jeune fille en question, Cylia Vabre, est devenue entraineur à Lyon.

« J’aimais bien travailler là-dessus, le parcours de ces nageurs. Le contexte, l’évolution, les moyens de structurer le sport. Les carrières se sont allongées, il y a 40 ans, au sortir du lycée, la carrière était terminée. Physiquement, les nageurs n’étaient pas finis, mais leurs carrières s’arrêtaient. On a travaillé sur les Contrats d’Insertion Professionnelle, sur les décalages des examens en fonction des dates de compétitions. »

 

AVOIR DES RESSOURCES POUR TROIS

COURSES, C’EST JOUER LE TITRE


« Parmi les nombreux procès intentés à Claude, il y a eu celui de vouloir « tuer » les relais. C’était l’inverse, seulement on était exigeants, on prenait comme temps de référence celui permettant d’espérer la 5ème place  de la compétition ; on se disait en outre que le relais devait être homogène. Pourquoi ? Souvent, quand il y avait des nageurs de valeurs très différentes, les meilleurs n’avaient pas la même motivation pour faire les relais. Et on a donc développé des ‘’minima’’ individuels pour les relayeurs et les éventuels remplaçants, corollaires de cette exigence d’homogénéité. Au bout du compte, au milieu de cette polémique, on a fait médaille de bronze du 4x100m aux championnats du monde de Barcelone, en 2003.

« Nos nageurs ont ainsi appris à se préparer à une date précise. Ils ont appris à faire trois performances à la suite, donc à avoir des ressources pour la 3eme course, celle pour le titre.

« Aux USA, on nous disait toujours : les deux premiers des sélections sont qualifiés. En fait, c’était très différent. Il y avait un quota de places. Seul le 1er était qualifié et les 4 premiers du 100m et du 200 m NL pour les relais. Ensuite, en fonction des places restantes, les seconds des épreuves individuelles, départagés le cas échéant en fonction des rankings internationaux, étaient sélectionnés ; ils remplissaient ensuite les vides avec les remplaçants pour les relais. Après ça, Phelps et quelques autres nageurs et nageuses ayant gagné plusieurs courses, c’est vrai que tous les seconds ont été pris. »

Le département de la vie de l’athlète cherchait tous les moyens de soutenir les équipes et leur encadrement :

« Je rassemblais toutes les informations, pour constituer chaque année le  ‘’Dossier athlètes de haut niveau’’, assurant la transparence dans le traitement de nos 5 disciplines. Je produisais aussi ‘’le guide de la délégation’’ pour les compétitions les plus importantes,  Toutes les informations connues y figuraient, car je considérais que l’information est faite pour être partagée. On a effectué des analyses techniques de nageurs sur vidéos, à partir de 2002 à Berlin, où toute une équipe était à pied d’œuvre. Des enregistrements vidéo étaient réalisés aussi. Frédéric Barale et moi faisions la même chose pour le plongeon, la natation synchronisée, le water polo. Au début, les cadres de la synchro nous disaient : « on sait faire ça nous-mêmes, on a l’habitude. » On a continué à filmer, l’encadrement a vu ensuite et apprécié nos images. Elles sont devenues demandeuses cela leur permettait d’être plus concentrées sur les prestations des nageuses. »

 

EVITER UN SENTIMENT D’ECHEC

CHEZ CEUX QUI S’ARRETAIENT

« En analysant les résultats des équipes de natation synchronisée et les carrières des ballerines, on a établi une corrélation entre le niveau et la valeur des équipes. C’était frappant, en 2004 : 100% des Russes, championnes olympiques étaient présentes aux Jeux précédents et au 1er championnat du Monde de l’olympiade nouvelle, contre 87% pour le Japon deuxième équipe, 66% pour les USA troisième. La corrélation était donc très forte, qu’inversaient seulement des choses très identifiables. Notre équipe, avec 22%, n’était pas qualifiée.

« C’était important pour autre chose que l’ambition de la réussite : expliquer aux ballerines qui nous quittaient sans avoir atteint leurs objectifs qu’elles ne devaient avoir aucun sentiment d’échec. Plusieurs d’entre elles arrêtaient après ‘’l’échec de cet été’’. Nous mettions en lumière leur faible longévité sportive ; elles-mêmes, répondant à nos questions, affirmaient qu’il fallait au moins 4 ans de travail en commun pour espérer se qualifier aux Jeux Olympiques et au moins deux fois plus pour nourrir une ambition de podium ! Le fait qu’elles ne pouvaient y accéder avec un investissement de deux ans en équipe de France, leur faisait comprendre qu’elles n’étaient pas en échec ; il s’agissait en réalité d’une carrière inachevée ; il me semblait important qu’elles en prennent conscience, et qu’elles n’arrêtent pas une carrière honorable sur un sentiment d’échec.

« Claude Fauquet, pour l’entraînement, s’appuyait sur le Directeur des équipes de France (2). Moi, j’avais en charge l’organisation. Je partais autant de fois que nécessaire pour veiller à des tas de choses. Le but : informer, analyser, faire des choix. Trouver et transmettre toutes les informations nécessaires sur le pays. Aucun détail, tout était important y compris… comment prendre les taxis, comment téléphoner, les conversions de la monnaie, les circuits qu’emprunteraient les nageurs et les entraîneurs dans les piscines afin qu’ils ne découvrent pas tout cela en arrivant. TOUT devait être connu. Je me souviens, à Athènes, qu’Odile Petit m’a dit : « quand je suis arrivée, j’avais l’impression de tout connaître. », le but était atteint. Tout un chacun connaissait son n° de vol ainsi que les horaires, les dates d’arrivée et de départ de tous, etc. Aux Jeux de Pékin, nous avions fait un tel travail de préparation que, pour une réunion organisée par le CNOSF pour tous les Présidents et DTN, un des intervenants avait sollicité notre document pour son intervention et ne s’en était pas caché. Francis Luyce était fier que le rapport issu de la Fédération de natation soit utilisé pour l’ensemble de la délégation olympique française.

 

CLAUDE FAUQUET FAISAIT VIVRE

NOS IDEES. TRAVAILLER AVEC LUI

ETAIT UN BONHEUR

« Par exemple, il était mentionné que pour le voyage en avion en direction de Pékin, il était essentiel que les nageurs puissent dormir un maximum de temps après le repas. Or, pour assurer la meilleure récupération, les meilleures conditions de voyage, il fallait que les nageurs soient en business class. Ce que la fédération a accepté. Nous avions aussi décidé que nous aurions un stage d’une semaine avant les Jeux. Claude avait un mauvais souvenir du Japon, qu’on a écarté. On a fait des repérages, et on a fini par choisir une ville, Dalian, à une heure quinze d’avion de Pékin, au nord-est, en bord de mer. Nous les avons contacté, leur avons fait part de nos souhaits, et ils nous ont répondu : ‘’vous serez reçus comme des chefs d’Etat.’’ On a trouvé ça marrant mais… nous fûmes réellement reçus comme des chefs d’Etat. Notre stage s’est déroulé dans des conditions incroyables. Les Chinois sont venus nous attendre à l’aéroport, et nous ont conduits à l’hôtel dans des bus privés par une route neutralisée, précédés par des voitures à gyrophares. On ne pouvait pas demander quoique ce soit sans l’obtenir. Ils ont mis deux étages de l’hôtel à notre disposition pour qu’aucun autre client ne puisse nous gêner.

« Pendant la compétition, nous étions tous munis de talkie-walkie pour communiquer. Je restais sur l’organisation. Nous avions un véhicule d’urgence. L’un d’entre nous, habituellement Patrick Deléaval ou Jean Louis Morin, se posait près de la chambre d’appel, avec un sac, pour le cas où un nageur avait besoin de lunettes neuves. Bref, chacun avait son rôle.

« Tout cela a été possible parce que Claude s’accaparait les choses, n’enterrait pas nos suggestions, il les faisait vivre. C’était du bonheur de travailler avec lui. »

 L’après Fauquet s’est fait sans ses principaux adjoints, et d’aucuns se sont inquiétés que ses principes ont été un peu oubliés.

« Des sélections françaises devait résulter une équipe homogène. Ce système n’a pas été poursuivi par l’équipe actuelle, et on a desserré les qualifications. A Rome, aux mondiaux 2011, il y a eu comme cela six sélectionnés qui n’ont pas nagé, ce qui n’est jamais bon. Et le système de sélection pour les Jeux de Londres a frôlé la correctionnelle. Du fait de l’erreur d’avoir inscrit en amont certains nageurs, il s’en est fallu de peu, en raison des quotas édictés par la Fédération Internationale, que Clément Lefert (or sur 4x100m et argent sur 4x200m) ne puisse nager ! » Ces choses là peuvent arriver, même si ce sont des anecdotes. Mais ce n’est par un Philippe Dumoulin qui aurait laissé passer une telle boulette !

Avant l’accident cardiaque qui l’a terrassé, Christian Donzé avait laissé échapper des propos intrigants concernant ses choix techniques, dans une interview de presse dans laquelle il analysait les raisons du triomphe de Londres. Tout cela est dû, expliquait-il : « à une belle génération de nageurs et d’entraîneurs, à des critères de sélection bien établis, à d’excellents stages, à un projet olympique sur 2 ans, à la valorisation des entraîneurs. » Jusque là pourquoi pas. Mais, ajoutait le DTN, « j’ai beaucoup lu et entendu dire depuis 2009, que la natation française avait profité de l’exigence de Claude Fauquet. Je n’ai rien contre Claude Fauquet, mais j’ai diminué les exigences des critères de sélections ; j’ai adapté progressivement ces exigences au contexte de l’équipe de France. En quelque sorte, j’ai fait l’opposé de ce qu’il proposait. »

D’aucuns se sont étonnés d’entendre Donzé se vanter d’avoir détricoté le travail de son prédécesseur. Par ailleurs, la part que revendiquait le DTN dans les victoires d’Agnel et de Muffat peut être perçue comme marginale. « Il aurait pu faire n’importe quoi, rien n’aurait pu empêcher Yannick Agnel et Camille Muffat de devenir champions olympiques, nous confiait un entraineur : « même s’ils avaient fait partie de l’équipe de Namibie, ces deux là auraient gagné. » Probablement… Un point de vue qu’on peut reproduire aussi pour Florent Manaudou, avec cette différence qu’à son sujet, personne n’avait vu venir le colosse marseillais, qui, quelques mois auparavant, nageait encore à Ambérieu.

Il est important de prendre date au sujet d’une autre décision du regretté successeur de Claude Fauquet à la tète de la DTN, celle d’avoir modifié les critères de sélection (qu’il qualifiait de « bien établis ») après les qualifications aux championnats de France. Ces critères modifiés auront un impact à moyen terme : en les recevant, les nageurs et les entraineurs ont pris note que le Directeur technique national ne croyait pas en ce qu’il proposait. On sait ce que l’intransigeance de Fauquet, aussi détestable a-t-elle pu paraitre à beaucoup, a finalement produit.

On ne peut savoir si Donzé, si le sort funeste ne l’avait frappé, se serait figé dans cette attitude, dictée sans doute par sa faible capacité de résistance aux pressions d’un Comité directeur atteint par la limite d’âge et à un président qui a décidé que rien n’était aussi important que d’être élu et réélu ad vitam aeternam. Mais on imagine qu’elle produira, si elle n’est pas combattue immédiatement, des dégâts impossibles à apprécier dans l’immédiat, mais dont l’impact futur est certain. Un nageur du groupe « relève » qui avait raté sa qualification aux Jeux a dit, en prenant connaissance de la liste des repêchés, sur laquelle il ne figurait pas : « j’ai la sensation d’avoir raté une deuxième fois ma qualification. » Soumettre des nageurs à des critères difficiles, mais qui induisent l’excellence, pour ensuite leur dire après les épreuves de sélection que ces critères sont revus à la baisse, est faire entrer une forme d’incertitude, de flou, mais aussi un soupçon d’incompétence. Clément Lefert, quoique qualifié pour les Jeux de Londres, avait manifesté à ce sujet une certaine frustration.

 

(1)  Avec Barnier, Sicot, Gilot et Bousquet.

(2)  Lucien Lacoste, puis Marc Begotti.

 

 

Prochain article : L’invention du bien nager.