TRIALS U.S. À INDIANAPOLIS (4) SPÉCIALITÉS DAMES : LILLY LA TIGRESSE TRIPLE EN BRASSE ET PRÉPARE SA GUERRE CONTRE EFIMOVA. KATHLEEN BAKER EN DOS MAJEUR

Éric LAHMY

Dimanche 2 juillet 2017

50 dos (29 juin) : 1. Hannah STEVENS, 27s63 ; 2. Kathleen BAKER, 27s69; 3 Ali DE LOOF, 27s89 (en série, 27s82); 4. Courtney CALDWELL, 28s16; 5. Amy BILQUIST, 28s25; 6. Grace ARIOLA, 28s43. Finale B: Haley HYNES, 28s50. En série, Caroline BALDWIN, 28s51.

***« Tigresse » (au regard de biche) du Missouri, où elle étudie pour devenir instit et nage les courses de vitesse en crawl et en dos sous la férule de Greg RHODENBAUGH, ancien nageur de l’équipe US, coach depuis trente ans et père de huit ans (un gars qui ne perd pas de temps), Hannah STEVENS, de Lexington, Ohio, obtient son ticket pour Budapest. 3e du 100 dos, où elle a été devancée par Kathleen BAKER et Olivia SMOLIGA, elle s’impose sur la longueur de bassin. Jusqu’ici, c’est la fille toujours placée jamais vainqueur des grosses compétitions (5e des trials olympiques pour Rio en 2016). Mais l’essentiel de sa carrière se passe en petit bassin et cette fille dotée d’une nage longue est désavantagée dans les virages, face aux artistes de la culbute : une course sans aucun virage lui convient parfaitement.

 100 dos (30 juin) : 1. Kathleen BAKER, 58s57 ; 2. Olivia SMOLIGA, 59s17; 3. Hannah STEVENS, 59s74; 4. Ali DE LOOF, 59s77; 5. Regan SMITH, 59s85 (en série, 59s70); 6. Caroline BALDWIN, 1’0s37 (en série, 1’0s34); 7. Bridgette ALEXANDER, 1’0s64 (en série, 1’0s50); 8. Claire ADAMS, 1’0s67 (en série, 1’0s42). Finale B: 1. Elise HAAN, 1’0s02; 2. Lisa BRATTON, 1’0s53; 3. Grace ARIOLA, 1’0s66; 4. Amy BILQUIST, 1’0s79 (en série, 1’0s63); 5. Kylie STEWART, 1’0s80 (en série, 1’0s69); 6. Lucie NORDMANN, 1’1s01 (en série, 1’0s87); 7. Allie HOWE, 1’1s16 (en série, 1’1s01); 8. Asia SEIDT, 1’1s20 (en série, 1’0s77). Finale C: 1. Alex WALSH, 1’1s10.

***BAKER est une nageuse de gabarit moyen, 1,73m, mais très talentueuse. Affectée d’une maladie de Crohn depuis 2010 (elle a alors treize ans), elle n’en réussit pas une carrière épatante, a nagé aux PanPacifics 2014, aux mondiaux de Kazan 2015, et a enlevé la médaille d’argent du 100 dos des Jeux olympiques derrière Katinka Hosszu, à Rio, cassant à l’occasion pour la première fois les 59 secondes avec 58s75. La voilà qui fait encore mieux. Si les jeux vidéo (son deuxième talent) ne nuisent pas à ses perfs, elle devrait chercher noise aux Emily SEEBHOM, Katinka HOSSZU, FU Yanhui et autres Kylie MASSE.

Avec cette victoire, BAKER, déjà 2e du 50 dos et gagnante du 200 dos, s’assure le pleine emploi aux mondiaux de Budapest.

200 dos (28 juin): 1. Kathleen BAKER, 2’6s38; 2. Regan SMITH, 2’8s55; 3. Asia SEIDT, 2’8s99; 4. Bridgette ALEXANDER, 2’10s10 (en série, 2’9s44). Finale B: 1. Lucie NORDMANN, 2’10s35; 2. Alex WALSH, 2’10s71; 3. Tevyn WADDELL, 2’10s86. En série, Lisa BRATTON, 2’9s85; Asia SEIDT, 2’9s95; Hali FLICKINGER, 2’10s21; Kylie STEWART, 2’10s34; Alex SUMNER, 2’10s36; Melissa POSTOLL, 2’10s62.

***Voici BAKER numéro une mondiale, et donc l’une des concurrentes majeures pour le titre à Budapest. L’an passé, elle s’exhibait au 25e rang de la distance avec 2’9s36, autant dire qu’elle n’existait pas au niveau olympique. C’est fou ce que trois secondes de mieux peuvent changer la vie. L’an dernier, seule Maya DI RADO, 2’5s99, et Katinka HOSSZU, 2’6s03, ont nagé plus vite sur la distance.

 50 brasse (29 juin) : 1. Lilly KING, 29s66 (record US et Américain; ancien, Jessica HARDY, 7 août 2009, 29s80); 2. Katie MEILI, 30s11; 3. Molly HANNIS, 30s24; 4. Nathalie PIERCE, 30s89; 5. Jorie CANETA, 30s99 (en séries, 30s85); 6. Andrea COTTRELL, 31s06; 7. Katharine ROSS, 31s10. Finale B: 1. Emily WEISS, 31s11.

***Ses succès olympiques n’ont pas ôté son agressivité à Lilly KING, qui passe, avec son nouveau record US, Julia EFIMOVA (et ses 29s88), la Russe qu’elle avait assez copieusement insulté l’an passé et juré qu’elle ne passerait pas devant elle. Les deux sont les seules, cette saison, sous les 30 secondes, et leur présence à Budapest devrait préluder à des nouveaux crêpages de chignon. En attendant la grande Russe, KING s’est fait la main sur sa petite compatriote Katie MEILI !

100 brasse (30 juin): 1. Lilly KING, 1’4s95; 2. Katie MEILI, 1’5s51; 3. Bethany GALAT, 1’6s72; 4. Molly HANNIS, 1’7s11; 5. Breeja LARSON, 1’7s61; 6. Andrea COTTRELL, 1’7s77; 7. Miranda TUCKER, 1’7s88. Finale B: 1. Melanie MARGALIS, 1’7s87.

***Lilly la tigresse frappe encore; Katie MEILI croyait pouvoir inquiéter la championne olympique, et elle a tout fait pour la surprendre. Sauf que miss KING partait comme si elle avait le feu et la devançait déjà nettement au mur (30s15 contre 30s65). Il y avait bien huit nageurs dans la baille, mais la course était entre ses deux, Molly HANNIS, qui virait en 31s22, 3e, était déjà un peu larguée. Meili eut beau se battre dans son retour, elle ne put que maintenir la brèche. KING conservait son avance.

200 brasse (28 juin): 1. Lilly KING, 2’21s81; 2. Bethany GALAT, 2’22s24; 3. Miranda TUCKER, 2’25s82; 4. Kayla BRUMBAUM, 2’25s85; 5. Vanessa PEARL, 2’25s97; 6. Vanessa COTTRELL, 2’26s50; 7. Katie MEILI, 2’26s71.

***Cela devait être un duel, comme dans l’Ouest mythique, Gary Cooper versus Burt Lancaster à la fin de Vera Cruz. Version féminisée dans l’air du temps, Lilly KING face à Katie MEILIE. C’est leur première rencontre en brasse à ces trials d’Indianapolis… Mais au bout, elle évoquera moins le western classique que les éternels affrontements de Coyote contre Road Runner. MEILI doit croire en ses chances. Le 5 mai dernier, n’a-t-elle pas atomisé, façon de dire, KING, à Atlanta, sur la distance, en 2’23s18 contre 2’25s90 ? Mais ici, ce n’est pas la même KING, qui part comme un tambour… Les cent premiers mètres, MEILI tente bien de s’accrocher, ou au moins d’assurer la deuxième place qualificative pour Budapest… KING mène à son allure, 1’8s18 au virage, MEILI est alors nette deuxième, 1’8s82 devant Bethany GALAT comme scotchée en troisième position. Mais tout à coup, le fameux Grand Piano venu de nulle part pour aplatir Coyote se met à dégringoler du ciel, et MEILI a l’air de le réceptionner de plein fouet. En moins d’une minute, elle passe de la 2e à la 7e place, perd dans la dernière longueur plus de cinq mètres sur KING. GALAT était, dans un passé proche, cette fille d’Indiana qui battait la petite Lilly à chaque course avant d’aller nager en université à Texas A&M. Entre-temps, KING a gagné des biceps, mais à la différence de 2016 où elle manqua l’équipe olympique, voici GALAT en route vers les mondiaux.

 50 papillon (28 juin) : 1. Kelsi WORRELL, 25s69.

***Une des rares épreuves « médiocres », au niveau des temps réalisés. Médiocrité à laquelle échappe, certes, Kelsi WORRELL, laquelle, maintenant, va se trouver à l’épreuve de Sarah SJÖSTRÖM et de ses 24s96, cette année, si ce n’est de ses 24s43 (en 2014) sur la distance. Ça risque d’être une autre paire de manches !

 100 papillon (29 juin) : 1. Kelsi WORRELL, 57s38 ; 2. Sarah GIBSON, 57s96; 3. Mallory COMERFORD, 57s97; 4. Amanda KENDALL, 58s32; 5. Helen MOFFITT, 58s40 (en séries, 58s24); 6. Katie McLAUGHLIN, 58s49. En séries, Sarah GIBSON, 58s41.

***Kelsi WORRELL, qui domine assez largement l’épreuve aux USA depuis que Dana VOLLMER a décidé de faire un deuxième enfant, n’est que 7e au monde. Avec ce qu’ont fait cette saison Sarah SJÖSTRÖM, 55s76, pas loin des 55s48 de son record du monde et olympique, et Rikako IKEE, 56s89, on a l’impression que la course, à Budapest, sera pour la 3e place. WORRELL se situe dans un « paquet » de nageuses que séparent trois dixièmes de seconde et qui pourront se disputer le bronze. Mais notre favorite pour le troisième métal reste Emma McKEON.

 200 papillon (27 juin): 1. Hali FLICKINGER, 2’7s60; 2. Dakota LUTHER, 2’8s71.

***Une course où s’opère une forte redistribution des cartes, et où pointent en haut une Allemande de l’Ouest, Franziska HENTKE, 2’6s18, et une jeune Japonaise, Suzuka HASEGAWA, 2’6s29. Suivent une dizaine de filles que ne sépare qu’une seconde, dont FLICKINGER, 10e mondiale 2017 avec ses 2’7s60. FLICKINGER (également très forte dossiste, 2’10s56 à l’Arena s’Atlanta, 2’10s21 ici en séries à Indianapolis) avait fini 7e du 200 papillon aux Jeux de Rio.

2e et qualifiée pour Budapest, Dakota LUTHER est la fille de Whitney HEDGEPETH, une triple médaillée olympique (en 1996, argent du 100 et du 200 dos derrière respectivement Beth Besford et Krisztina Egerszegi, or du relais quatre nages dont elle nage les séries). Devenue coach des Longhorn Aquatics et, en 2013, élevée au rang d’entraîneur de l’année des masters des Etats-Unis, HEDGEPETH n’en tente pas moins d’écarter son aînée de la natation en la mettant dans tous les autres sports (« Elle me remerciera de lui avoir évité ce pensum qu’est nager », professait-elle, elle qui savait de quoi il retournait). En vain, l’atavisme aquatique parle ; à dix-sept ans, coachée par Brendan HANSEN, un nageur de brasse mythique, sextuple médaillé olympique, Dakota arrive vite. Elle effectue un grand bond en avant, de 17e des trials olympiques l’an passé à 2e à l’Indianapolis Natatorium. « J’ai cru en mes chances quand j’ai su que Cammile ADAMS ne nagerait pas », a-t-elle confié à Karen CROUSE, petite nageuse devenue grande journaliste du New York Times, à qui j’emprunte ces détails. L’an prochain, elle (Dakota, pas Karen) nagera avec l’Université de Georgie.

200 4 nages (1erjuillet): 1. Melanie MARGALIS, 2’9s57; 2. Madisyn COX, 2’9s69; 3. Ella EASTIN, 2’10s89; 4. Alex WALSH, 2’12s36; 5. Bethany GALAT, 2’12s66. Finale B: Katie DRABOT, 2’12s82.

***MARGALIS, à 25 ans sonnés, n’est pas une néophyte, championne du monde universitaire à Kazan en 2013, championne olympique du relais quatre fois 200 mètres en 2016 à Rio où elle a également fini 4e du 200 quatre nages. Bref, elle était sinon la, du moins l’une des favorites de l’épreuve. Ce qui lui fait regretter le temps où elle était l’ « underdog », l’outsider, celle qu’on ne voyait pas arriver. Qu’elle ne s’inquiète pas, avec Katinka HOSSZU, Sidney PICKREM et Yui OHHASHI dans le bassin, elle va retrouver à Budapest son rôle préféré… Madisyn COX, également qualifiée, est une « revenante » de 22 ans, battue dans toutes ses courses des trials olympiques, et notamment sur 200 quatre nages où, 2e aux 150, elle se retrouva 4e à l’arrivée. COX espère toujours faire un jour sa médecine, mais a rempilé, objectif Tokyo Olympiades 2020… Passion natation!

400 4 nages (29 juin): 1. Leah SMITH, 4’33s86; 2. Elizabeth BEISEL, 4’38s55; 3. Brooke FORDE, 4’39s19; 4. Ally McHUGH, 4’40s25; 5. Madisyn COX, 4’40s39. Finale B: 1. Allie SZEKELY, 4’40s87 ; 2. Emma BARKSDALE, 4’42s04. En séries, Ella EASTIN, 4’40s56 ; Brooke ZEIGER, 4’43s09.

Passages de SMITH : 1’3s79 ; 2’12s21 (1’8s42) ; 3’32s30 (1’20s09); 4’33s86 (1’1s56).

***Bethany GALAT et Ella EASTIN disqualifiées pour avoir joué les malignes et utilisé le virage de LOCHTE, admis en dos et interdit en quatre nages, où l’on sanctionne le fait de « nager plus du quart de la course en dos ». Cette double sanction réintègre la « vieille » Elisabeth BEISEL dans l’équipe US, auprès de Leah SMITH, qui est la surprise du jour. Dramatique pour EASTIN, qui avait touché deuxième à l’arrivée, en 4’36s96, battu son record personnel de deux secondes, et que tout le monde voyait donc qualifiée pour Budapest, ce qui eut constitué son premier déplacement dans la « grande » équipe US aux mondiaux – moins grave pour GALAT qui ne serait pas passée et s’était d’ailleurs qualifiée dans le 200 brasse.

Cette disqualification a fait quelque foin dans le Landerneau, je vous épargne les commentaires, sauf celui de Maya Di Rado, qui a bien résumé le problème quand elle a tweeté à ce sujet : « les règles sont les règles. Je comprends. Mais celle-ci est inégalement appliquée, réactionnaire, et une mauvaise solution pour un non-problème. »

SMITH, elle, connue pour ses démêlés récents avec une certaine Katie LEDECKY, a dû insister pour s’essayer dans les quatre nages, où même son coach ne lui accordait guère de chances, en raison de ses « carences » supposées en dos et en brasse. Coup d’essai, coup de maître. Elle a bien fait attention à ne pas trop appuyer sur les jambes en dos, et la brasse s’est passée mieux que prévu. Elle a touché avant la nage libre avec trois à cinq secondes d’avance, et, en crawl, elle a éparpillé tout le monde ! Maintenant, voyons ce que ça donnera contre HOSSZU et OHHASHI !

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