UN DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION, EST-CE INDISPENSABLE ?

Éric LAHMY

Mercredi 22 Février 2017

Si l’on essaie de comprendre ce qu’il s’est passé ces dernières années à la Fédération française de natation, autour des personnalités de Francis Luyce, le président, et de Louis-Frédéric Doyez, le directeur général (« général de quoi, me questionnait un interlocuteur, on se demande, sachant qu’il ne gère que 20% du budget fédéral », mais passons), il faut remonter à quelques années.

Quand Claude Fauquet devint le Directeur technique national, il s’évertua à installer auprès de chaque direction administrative, un technicien. En collant un « double » technique, bombardé du titre de référent, auprès de chaque administration, il cherchait à s’assurer que le travail fédéral reste bien orienté. Cette façon de procéder était innovatrice, dans la mesure où elle permettait de rompre avec un fonctionnement en parallèle d’une administration et d’une technique qui, comme toutes les parallèles qui se respectent dans la géométrie euclidienne, ne se rencontrent jamais.

Mais dans la vie, les parallèles s’affrontent !

Ce type de binôme ne survécut pas longtemps au départ de Fauquet. Son héritier, Christian Donzé, n’y croyait pas. Pourquoi ? Difficile à dire. Cela venait, m’assure-t-on, de ce que Donzé était resté un nageur, ne voulait rien être d’autre, et ne voyait sa fonction qu’à travers le prisme de la natation-course, rien d’autre.

Et donc, Donzé récusa ce modèle (aussi parce que cette stratégie lui était étrangère?) Les attelages technicien-administratif tombèrent en désuétude.

L’histoire des quatre années de la direction de Donzé, peut être vue, d’un certain point de vue, comme une reprise par Luyce (et Doyez) du terrain conquis par Fauquet, dont la personnalité, sous une apparence benoite, était d’une solidité à toute épreuve. Fauquet est il est vrai un homme de convictions. Donzé aussi, mais il ne parut pas avoir des nerfs assez solides pour tenir le choc. Et fasciné par son objectif d’excellence, il oublia de conforter sa position…

Peut-être  aussi (surtout ?) ne s’adossa-t-il pas résolument sur ses techniciens, comme Fauquet. Lorsqu’il fallut se coltiner les pesées de Luyce, soucieux de son statut de patron, et même de Doyez, qui lui, semblerait plutôt avoir poursuivi un but plus compliqué et à long terme, d’asseoir un pouvoir, Donzé ne sut donc trouver, dans la DTN, un collectif qui l’aurait ressourcé. Fauquet a pu être critiqué, mais ses techniciens à la fédé faisaient bloc derrière lui (sauf Donzé !) parce qu’il était, de son côté, capable de les défendre avec un formidable dévouement.

Tout le monde raconte qu’au moment du triomphe de Londres, quand tous « ses » techniciens auraient pu l’entourer d’enthousiasme, Donzé, pour n’avoir pas assez partagé, était, étonnamment esseulé.

C’est difficile à croire !

Donzé était assez mal considéré lors de sa nomination. Le lendemain de son adoubement, L’Equipe fit paraitre une interview de… Lionel Horter, le nouveau directeur de la natation de course, et expédia l’arrivée du nouveau DTN en trois lignes. Ceux qu’il devait diriger ne l’appréciaient guère, en raison des critiques qu’il avait émises contre Fauquet. On prétendait même que Luyce l’avait choisi en fonction de ses propos défavorables vis-à-vis de son prédécesseur…

En quatre ans, cependant, il remonta son handicap, se fabriqua une légitimité, que soulignèrent, aux Jeux de Londres, des résultats sans précédent de l’équipe de France.

Sa côte était en hausse, il était devenu médiatique, on s’arrachait ses entretiens, et il avait l’écoute du ministère des sports. Mais à la Fédé, son statut restait incroyablement faible. Une sourde animosité l’entourait. Il aurait eu de violents échanges de courriels avec Luyce, Bahon et Doyez. C’est du moins le point sur lequel s’accordent les témoins, dans la DTN, que j’ai pu interroger.

Christian Donzé s’était en outre aliéné Luyce en raison d’un incident assez modeste, mais auquel le président accorda une grande importance. De quoi s’agit-il ?

Luyce en avait particulièrement voulu au DTN au sujet de Séverine Rosset. Que s’était-il passé ? Conseillère technique régionale du Nord, la région gérée par Luyce, Séverine avait démissionné pour assumer la fonction de directrice nationale de la natation marocaine. Quand elle décida de revenir en France, elle le fit sans que Luyce ne l’apprenne, et Donzé l’installa discrètement sur un poste de CTR en Bourgogne, la région dont elle était originaire. Luyce, surpris, affirma sans rire à son DTN qu’il ne lui « pardonnerait jamais » cette félonie.

Beaucoup plus pesant, Luyce refusa de prolonger le contrat de Donzé malgré ses succès londoniens, et parut s’amuser quand il affirma qu’il laisserait à son successeur le soin de décider s’il le reprendrait ! Le successeur, c’était Luyce, qui était le seul candidat à sa réélection! Mais toujours est-il que Donzé, le DTN français le plus bardé de médailles des Jeux olympiques de Londres, tous sports confondus, à Noël, retourna dans sa famille sans savoir s’il avait toujours son job. Le malheur voulut qu’il succombe d’une crise cardiaque lors d’une course de VTT. On mit en avant des antécédents familiaux pour expliquer cette tragique fin de parcours, mais les stress de ses dernières semaines d’existence ne firent rien pour épargner son cœur, et éclairèrent sur les belles qualités managériales de Luyce, patron reconnaissant et généreux vis-à-vis des serviteurs de la natation.

Après Donzé, ni Lionel Horter, ni Jacques Favre ne purent rien pour asseoir la Direction technique nationale. C’est alors que la méthode lancée par Fauquet qui revenait à doubler tout administratif d’un technicien, fut reprise, ou retournée. Doyez aurait collé auprès des services techniques un administratif.

Assurer une double représentation, accoler à chaque responsable technique un responsable administratif, cela peut-il soit vider les techniciens de leurs attributions, soit les contenir, les empêcher de travailler ? Est-ce instaurer une double loyauté, vis-à-vis du DG face au DTN?

Peut-on y voir une augmentation du pouvoir du directeur général, voire, comme j’ai pu l’entendre dire, une vampirisation de la DTN ?

Rien n’est sûr dans ce domaine, et certains référents administratifs auprès des techniciens  insufflent en fait une valeur ajoutée décisive au fonctionnement. D’assez remarquables personnes comme Joëlle Laville (vie de l’athlète), Catherine Arribe (formation) et Florence Garnier (recherche) amènent un plus dont tout le monde parait se féliciter. Il y en a d’autres, mais je ne puis vous parler que de ceux que je connais ou qui m’ont été chaudement recommandés. (J‘ai aussi rencontré ou n’ai eu qu’à me féliciter de l’efficacité dans leurs services, de Nicolas Menanteau, Charlotte Despreaux, et, il y a plus longtemps que ça, de Sophie Lardillat et de Dany Salles). (Il parait équitable de rappeler qu’un grand nombre de ces compétences ont été engagées par Doyez)…   

Il est en fait difficile de trouver vertueux un système lancé par le directeur technique et pernicieux ce même système quand proposé par le D.G, quelle que soit la méfiance qu’il inspire ici ou là.

C’est dans d’autres domaines qu’à mon avis Doyez, homme des plus compliqués, peut être répréhensible.

Mais bien entendu, on ne saurait ignorer combien les relations paraissent parfois difficiles à l’intérieur de la fédération, en haut de la hiérarchie, où le ménage à trois élus, technique, administratifs n’est pas aussi harmonieux qu’il pourrait – et devrait l’être.

C’est tellement vrai que Claude Fauquet n’avait pas souhaité la présence d’un directeur général auprès de lui. Et que, parmi les candidats DTN de 2012, l’un des plus sérieux d’entre eux avait proposé un plan d’action qui se passait de l’existence d’un Directeur général touche à tout. Dans ce projet, une direction des relations humaines aurait géré l’essentiel de ce qui fait le petit empire de Doyez, sans les empiètements.

 

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