UNE ÉQUIPE DE FRANCE FRAGILE COMME UN ESPOIR

Éric LAHMY

Lundi 29 Mai 2017

On se fascine un peu sur les noms des nageurs sélectionnés pour les mondiaux de Budapest, et c’est vrai qu’on ne risque pas de s’encombrer de médailles au retour.

Ces sélectionnés français, tels que les désignent les critères de qualification, sont :

Geoffroy MATHIEU, Stade Clermont Natation, 200 dos. 1’57s04, 11e mondial

Charlotte BONNET, Nice Olympique, 200 libre, 100 libre.

Aurélie MULLER, Sarreguemines, 1500 mètres.

Béryl GASTALDELLO, Marseille, 100 papillon, 100 dos.

Mehdy METELLA, Marseille, 100 libre, 100 papillon.

Jérémy STRAVIUS, Amiens, 50 dos.

Camille LACOURT, Marseille, 50 dos.

Mathilde CINI, Valence, 100 dos.

Mélanie HENIQUE, Amiens, 50 papillon.

 ***Geoffroy MATHIEU, auteur du coup d’éclat qu’on sait sur 200 dos, en 1’57s04, ne devrait pas, sur le papier, entrer en finale des championnats du monde. Devant lui, que du lourd : 1). Evgeny RYLOV, Russie, 1’53s81, 2). Jiayu XU, Chine, 1’55s03, 3). Kliment KOLESNIKOV, Russie, 1’55s49 (record du monde juniors), 4). GuangYuan LI, Chine, 1’55s53, 5). Jacob PEBLEY, USA (1), 1’55s56, 6). Ryan MURPHY (1), USA, 1’55s82, 7). Kosuke HAGINO, Japon, 1’56s39, 8). Matteo RESTIVO, Italie, 1’56s66, et 9). Joshua BEAVER, Australie, 1’56s95, ne  lâcheront rien, ce sont presque tous des vieux pros, renards de l’olympiade passée, et on ne peut espérer une défaillance collective dans ce groupe talentueux. Geoffroy, à Strasbourg, a épaté son monde et gagné deux secondes en une course, ce qui est magnifique, mais on ne peut espérer un progrès équivalent à sa prochaine sortie (on aimerait, car ce serait la source d’une possible médaille !).

Et puis il devra faire attention derrière lui, où se serre une phalange aussi compacte : Ryosule IRIE, Japon, un ancien recordman du monde, 1’57s06, Danas RAPSYS, Lituanie, 1’57s08, Adam TELEDGY, Hongrie, 1’57s08, Christian DIENER, Allemagne, 1’57s54, je ne vais pas tous les citer, vous les trouverez tous alignés et prêts à mordre dans le Swim World Rankings de Tyr, qu’accueille le site de Swim Swam – https://swimswam.com/ranking/2016-2017-lcm-men-200-back/ – j’en compte onze, à deux par nations, à une seconde ou moins,, et parfois beaucoup moins, de lui.

***Charlotte BONNET est superbement placée sur 200 mètres avec son temps de 1’55s80, troisième derrière Michelle COLEMAN, Suède, 1’55s64, et Emma McKEON, Australie, 1’55s68. Alors, médaillable ? La réponse est résolument normande : ni oui, ni non. N’ayant pas tendance à croire au Père Noël, je n’imagine pas aisément Charlotte devançant à Budapest Federica PELLEGRINI, l’Italienne, et Katie LEDECKY, l’Américaine, qui la suivent actuellement sur le bilan de l’année avec 1’55s94 et 1’56s26. Mais bon, PELLEGRINI a un an de plus qu’en 2016, et l’âge ne joue plus en sa faveur. De plus, en sport, le statut ne vous protège pas, et quand quelqu’un outrepasse la limite d’âge ou la tolérance de son organisme ou de son mental, cela se constate d’un seul coup, on l’a vu chez nous avec BOUSQUET, GILOT ou LACOURT qui ne se survit plus que sur 50 dos, en Australie avec Cate CAMPBELL, avec Emily SEEBOHM, aux USA avec Missy FRANKLIN, en Lituanie avec Ruta MEILUTYTE. L’Italienne n’est d’ailleurs pas sortie par la grande porte des Jeux, et on ne sait pas si sa persistance ne sera pas qualifiée d’entêtement en août prochain.

En revanche, sans pouvoir vous dire s’il y aura des surprises à Budapest, on peut craindre que les très jeunes Asiatiques, Rikako IKEE, Japon, 1’56s33, Duo SHEN et Yanhan AL, Chine, 1’56s71 et 1’56s72 ne montrent de nouveaux progrès (en fait, on trouve quatre Chinoises compactées, BingJie LI nageant 1’56s74 et Zixuan LIU 1’57s06, et je crois savoir qui va gagner sur quatre fois 200 à Budapest). Une bonne nouvelle pour la Niçoise, c’est que Sarah SJÖSTRÖM a laissé tomber le 200 mètres pour se concentrer sur ses courses fortes, 50 et 100 mètres papillon et crawl. Et Femke HEEMSKERK a un peu baissé la garde…

Ce qui parait sûr (pour autant qu’on puisse être sûr de quelque chose) c’est que BONNET, un modèle de perfectionnisme et de professionnalisme, va tout faire pour monter le plus haut dans cette course et qu’elle ne manque pas d’atouts à faire valoir. A suivre…

***Aurélie MULLER, avec 16’24s34 à Strasbourg, est 14e mondiale de la saison au 1500. C’est dire qu’elle n’a guère de chance de finale, d’autant que les deux Américaines ne se sont pas produites encore. De chic, je ne crois pas qu’elle nagera l’épreuve à Budapest, si cela peut contrarier le moins du monde ses chances en eau libre, son vrai domaine. C’est vrai aussi que les grands « fondeurs » disposent de capacités physiques et mentales hors-normes qui leur font tolérer des efforts qui nous laisseraient, vous et moi (surtout moi, d’ailleurs) hors de la route, les bras en croix et cul par-dessus tête !

***Béryl GASTALDELLO est 16e des listes sur 100 mètres dos. Son horizon le plus haut est donc celui d’une accession en demi-finales. Autant aux mondiaux de Kazan en 2015 qu’aux Jeux de Rio en 2016, pour des raisons que je ne peux élucider, Béryl ne s’est pas distinguée par sa capacité à se transcender à l’international. Elle est doublée sur la distance par ***CINI, qui est bien trop éloignée pour espérer passer en demi, sauf exploit bien entendu. Même situation de GASTALDELLO, par rapport à la grande compétition, sur 100 papillon, où elle réalise cependant à Strasbourg son record personnel (58s03, 15ème).

***Avec 48s23 sur 100 mètres libre, Mehdy METELLA, 6e mondial de la saison, ne s’est pas seulement imposé parmi le sprint français en raison de la régression générale due à la disparition d’une génération de surdoués. Le front a reculé, mais lui avance… Seules les deux têtes de séries, Duncan SCOTT, Grande-Bretagne, 47s90, et Duncan McEVOY, Australie, 47s91, sont hors de portée, même si autant Nathan ADRIAN, USA, 48s18, et Kyle CHALMERS, Australie, 48s20, – deux champions olympiques – sans oublier le Brésilien de l’année, Gabriel SILVA SANTOS, 48s11, ne peuvent être dédaignés. Beaucoup de monde derrière, mais METELLA a toutes ses chances d’aller en finale, et après, la course décidera.

Position également flatteuse du Guyanais de Marseille sur 100 papillon, 51s36, 3eme derrière Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 51s29, et Zhuhao LI, Chine, 51s34. Ici encore, du beau monde, le champion olympique singapourien Joseph SCHOOLING en tête, qui a déclaré son intention, cette saison, de s’attaquer au record du monde, et les Américains, ne se sont pas exprimés, mais enfin METELLA est bien positionné.

***Camille LACOURT, 24s60, se situe 4e du 50 dos. Le devancent Jiayu XU, Chine, 24s42, Evgeny RYLOV, Russie, 24s52 et Junya KOGA, Japon, 24s53. Jérémy STRAVIUS, lui, est 6e avec 24s73, mais il n’est pas sûr qu’il nagera à Budapest, étant de plus en plus intéressé par son projet de reconversion amiénois dans un ensemble restaurant, piste de karting et terrain de bulle football (ou, au choix, bubble football, bubble soccer, bubble bump).

***Mélanie HENIQUE, 50 papillon, est 5e ex-aequo de l’année (avec Ying LU, Chine), avec 25s85, derrière Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 24s96, Rikako IKEE, Japon, 25s51 (record du monde junior), Kimberley BUYS, Belgique, 25s78, Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 25s84

(1). Les Américains ne seront sélectionnés qu’à leurs championnats nationaux, où ils sont susceptibles de nager plus vite. Il est très possible que ce seront ces deux hommes, nettement détachés…

Ces articles peuvent vous intéresser:


Also published on Medium.

4 comments:

  1. SANTAMANS ANDRE

    Dans votre short-list, il manque une nageuse qu’on ne voit jamais : normal, elle est « l’Arlésienne » de l’équipe de France !

    1. Eric Lahmy *

      ANNA(cri)!!!!! Vous ai-je oubliée ? Impardonnable… J’ai dû ne pas voir votre nom dans les différents communiqués fédéraux ! Est-ce freudien ? Vous devez me troubler, chaque fois que vous êtes en cause, je les accumule, je ne sais pas quel sens donner à ça (c’est grave, docteur ?). Mais ma distraction légendaire va en sortir renforcée!!
      Comment réparer ça ? Essayons…
      ***Anna SANTAMANS, avec 24s71, se positionne 9e du bilan 2017, 8e à deux nageuses par nation, ce qui signifie qu’elle peut accéder en finale, sur le papier. Mais chacun sait qu’en natation, le papier se mouille et devient peu lisible. Alors ? Pour les deux premières, Sarah SJÖSTRÖM, 23s83, et Pernille BLUME, 24s14, elles sont vraiment hors d’atteinte. Après, ce n’est pas de la tarte non plus, avec Ranomi KROMOWIDJOJO, la championne olympique de 2012 qui conserve de beaux restes (24s34). Dans le passé, si l’on excepte l’an passé, où je crois qu’aucun membre de l’équipe de France n’a été très serein, SANTAMANS s’est débrouillée pour retrouver son niveau en grande compétition (championnats d’Europe de Berlin en 2014, finaliste, mondiaux de Kazan en 2015, demi-finaliste). On note qu’Anna n’a pas trop souffert de son passage de Nice à Marseille. Ce sera peut-être à Budapest le moment de battre son record 24s59 et de repeindre à neuf le record de France, 24s58, de Malia METELLA? C’est sans doute ce qu’il faudra faire, pour revendiquer une finale, d’autant qu’une autre Américaine que Simone MANUEL (qui la précède pour l’instant) peut lui passer devant aux fameux « trials ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


sept + 2 =