UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE… ET PLUS PARTICULIÈREMENT TRÈS ITALIENNE

UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE… ET PLUS PARTICULIÈREMENT TRÈS ITALIENNE

Éric LAHMY

Vendredi 10 Août 2018

Les épreuves de natation des championnats d’Europe 2018 se sont achevées à Glasgow. Collectivement, la Russie a devancé les Britanniques et les Italiens.

Les Français se sont relativement bien défendus et ont été plus présents que d’aucuns ne l’imaginaient au plan des finales.

Mehdy METELLA a défendu, seul, l’honneur de l’équipe masculine, et s’il n’a pas gagné, il s’est montré, si l’on peut se permettre l’expression, solide en défense.

Charlotte BONNET n’a pas déçu les attentes. Elle a gagné le 200 libre avec autorité, enlevé le bronze sur 100 libre et a été l’inspiratrice des relais dont l’état était pathétique au sortir des Jeux olympiques. Son action dans la victoire sur 4 fois 100 mètres est à tous points de vue fondatrice, qui nous rappelait le magnifique comportement de Camille MUFFAT.

Dans cette dernière journée, les aventures de Sarah SJÖSTRÖM se sont achevées heureusement. La Suédoise épingle un énième titre européen, sur 50 papillon cette fois. Sarah est loin de son record du monde, 24s43, établi maintenant voici quatre ans. Mais avec ses 25s16 de la journée, elle devance d’un bon mètre la Danoise Emilie BECKMAN et la Belge Kimberley BUYS, 25s72 et 25s74. Mélanie HENIQUE, 25s84, est 5e, devant Ranomi KROMOWIDJOJO qui n’a donc rien gagné à préférer ce 50 papillon au 100 libre. La double championne olympique néerlandaise de Londres, en 2012, qui fêtera ses vingt-huit printemps le 20 août, est loin de sa forme de l’été dernier. Décadence ou rupture avant de se relancer vers une quatrième campagne olympique ?

BEN PROUD DEVANT CAELEB DRESSEL ET FLORENT MANAUDOU

Passons à Ben PROUD ? Ce fier Britannique de 23 ans, bâti comme un Dreadnough (cuirassé), est-il la réponse européenne à Caeleb DRESSEL et à Michael ANDREW ? Il n’y a rien de mieux, en tout cas, sur le continent. PROUD n’est pas toujours très régulier (dans une course il est vrai incertaine), il établit un record des championnats en demi-finales, avec 21s11, puis il est un peu fragilisé en finale où il gagne certes, mais seulement en 21s34, d’un rien, dix centièmes, devant le Grec d’origine bulgare Kristian GKOLOMEEV, tandis que l’Italie place Andrea VERGANI sur ce podium de véloces. Avec son 1,78m pour 70kg, VERGANI n’en rejoint pas moins sur l’estrade, destroyer parmi les dreadnoughs, les 1,91m de PROUD et le 1,98m de GKOLOMEEV.

Les 21s11 de PROUD lui donnent le 50 mètres le plus rapide de l’ère textile (Florent MANAUDOU, par exemple, avait amené son record à 21s19, Caeleb DRESSEL a nagé 21s15). Les records sont détenus depuis 2009 par Cesar CIELO et Frédérick BOUSQUET avec 20s92 et 20s94.

PROUD, peut-être en raison de sa structure physique – ou de son enthousiasme dans le travail au sol – est un bloc de muscles de 92kg pour 1,91m, une version légèrement réduite de Florent MANAUDOU et de ses 102kg pour 1,99m. Ces caractéristiques, sans doute, mais très certainement aussi ses programmes d’entraînement, jouent dans le fait qu’il est beaucoup moins causant sur 100 mètres (48s52 quand même). PROUD a eu, en outre, une vie de nageur assez intéressante. Comme beaucoup plus de Britanniques qu’on ne le sait chez nous, il a prospéré loin des côtes d’Albion. Il a passé sa prime jeunesse à Kuala Lumpur, fut champion de Malaisie alors qu’il n’avait pas quinze ans et nagea à Phuket alors que la destination était encore mal connue des nageurs en mal d’exotisme. Entraîné à partir de seize ans à Plymouth par John RUDD, il a rejoint depuis l’Energy Standard, en Turquie.

PIERO CADIA ET MEHDY METELLA SUR LES AILES DU PAPILLON

Après la Deuxième Guerre mondiale, feu l’empire français a donné ses meilleurs nageurs à la France. Entre David WILKIE et Ben PROUD, l’empire britannique continue de fournir…

Sur 100 mètres papillon, Mehdy METELLA a encore trouvé un super pour le devancer. La « gagne » revient à l’Italien Piero CODIA. A vingt-huit ans, CODIA n’a rien d’une révélation, plutôt la révélation d’une équipe transalpine particulièrement en verve et qui ne le cède en termes de succès que face à la puissante Russie et aux Britanniques très désireux de briller sur leur sol. CODIA s’est qualifié encore plus douloureusement que METELLA, en dernière place pour tout dire, et il hérite de la ligne 8. En finale, il ne fait pas les choses à moitié, et il gagne très largement, frôlant en 50s64 le record d’Europe, 50s62, de Kristof MILAK, lequel représente certainement la déception de cette course, où James GUY, en 51s42 contre 51s51, l’éjecte de la troisième place du podium.

Le papillon s’est donc gagné par les ailes, car METELLA, 2e, nageait, lui, à la ligne un, tandis que Laszlo CSEH, qui évoluait à la ligne 4, celle des vainqueurs, finit bon dernier… C’est ce qui s’appelle : être pris en tenaille. Et les derniers seront les premiers, n’est-il pas vrai.

MARGHERITA PANZIERA EFFACE KRISTINA EGERSZEGI

Le 200 dos dames a offert aux championnats d’Europe une bien belle championne : Margherita PANZIERA, qui s’est jouée de la concurrence incarnée par un bloc du centre et de l’Est impressionnant. PANZIERA n’a pas traîné en route, elle a mené sa barque et la course avec une superbe énergie et Daria K USTINOVA, qui pouvait passer pour la favorite, a bien été contrainte de la laisser partir. PANZIERA a l’air toute fluette, et elle n’est certes pas épaisse, mais mesure son 1,80 (pour 65kg, annonce sa biographie de la Fédération italienne).

Les Italiens nous disent qu’elle est fiancée à Simone RUFFINI, champion du monde des 25 kilomètres en 2015, remarquable par ailleurs par sa coiffure de Huron sur le sentier de la guerre (ce qui, associé à ses lunettes de myope sur le nez, est d’un très bel effet).

Quoiqu’il en soit, PANZIERA, dans une forme éclatante, se qualifie aisément, et améliore un vieux record des championnats, celui qu’établit avec 2’6s62 en 1991 Kristina EGERSZEGY. PANZIERA n’était pas même alors un songe de ses parents ! Elle qui a fêté avec éclat et trois jours d’avance son 23e anniversaire (étant née le 12 août 1995) avait brillé jusqu’ici au niveau des Jeux méditerranéens. La voici qui accède à la cour des grands.

SIMONA QUADARELLA EST BIEN LA REINE DU DEMI-FOND EUROPEEN

Au niveau italien, PANZIERA ne le cède que face à Simona QUADARELLA, laquelle, forte de victoires décisives sur 1500 et 800, s’empare maintenant du 400 mètres comme pour parachever une grande journée pour les vert blanc rouge. Elle doit maîtriser pour cela les seize ans de la Magyar Ajna KESELY, laquelle mène jusqu’à l’approche du dernier virage, et résiste jusqu’au bout : QUADARELLA l’emporte en 4’3s35 contre 4’3s57, et s’impose avec trois titres individuels de nage libre (et surtout le doublé 400-1500) comme la grande nageuse de ces championnats d’Europe avec SJÖSTRÖM bien entendu.

Quarante ans après son père, Zoltan, David VERRASZTO écume le 400 quatre nages. Zoltan avait été recordman du monde, médaillé olympique. David est champion d’Europe. Il a évincé à la loyale son seul rival de la finale, le Britannique David LITCHFIELD, d’un bras, en 4’10s65 contre 4’11s

Dans le relais quatre nages, forts de l’arme absolue que représente Adam PEATY, les Britanniques ont plié une équipe russe, desservie par une contre-performance de CHUPKOV en brasse – 1’0s4 lancé alors qu’il a nagé 59s au start – , et terminé en 3’30s44, battant le record des championnats, établi avec 3’31s32 par les Français en 2010 !


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4 comments:

  1. bernardddemure

    Au delà des mérites de quelques nageurs (en fait surtout nageuses) françaises, des commentaires pas trop positifs peuvent être faits concernant les résultats de cette équipe:

    1. Bien peu de nageurs ont amélioré leurs performances par rapport aux championnats de France. Cela est-il du à un blocage psychologique de certains nageurs face à la compétition internationale ou à une préparation finale de qualité insuffisante?

    2. Les médailles sont l’arbre qui cache la forêt. Le classement de la France par nombre de finalistes est seulement 7ième avec 17 finalistes, derrière l’Italie (44) , la Russie (43), la Grande Bretagne (37), l’Allemagne (33), la Hongrie (23), et la Hollande (19). Cela démontre la faible densité de notre natation qui n’existe qu’au travers de quelques stars.

    3. La natation masculine s’est totalement effondrée, comme le démontrent les mauvais résultats des relais (quand on pouvait en présenter!).

    En bref, j’espère que l’on entendra plus le tocsin à la FFN et auprès des entraîneurs que les cocoricos.

    Pour terminer sur une note positive, la seule bonne chose de la saison fut les critériums des moins de 15 ans avec ses nombreuses mpf et l’émergence de nouveaux clubs. La natation française a vraiment besoin de sang neuf… Reste à savoir si cela arrivera à l’éclosion.

    1. Eric Lahmy *

      Merci à vous, Bernard.
      Pour une fois que ce n’est pas moi le plus pessimiste, je ne vais pas laisser passer cela. Mais je crois que vous avez raison. Cependant, je pense que des bémols ne seraient pas superflus. Un, qui s’attendait à mieux de cette équipe de France ? Deux, est-ce qu’on croyait que les garçons allaient faire mieux que ça ? Trois, qui aurait parié sur l’or des filles du 4 fois 100 mètres ?
      Il y a quand même selon moi deux bonnes nouvelles dans cette équipe : Fantine Lesaffre et le relais quatre fois 100…
      Il y a peut-être aussi un retour au calme, une certaine considération des nageurs. Cela ne peut donner des titres et des records du jour au lendemain.
      Absolument d’accord avec vous pour ce qui concerne le résultat quelconque de beaucoup de nageurs. Maintenant, je retrouve les idées de Claude Fauquet, selon qui les nageurs qui ne se sentent pas au niveau de la compétition vont moins s’impliquer. D’ailleurs, nos plus grosses pointures n’ont pas flanché…
      Les responsables pourront également cogiter sur ces minima du matin, certes une innovation. Bon, pas bon ? Qu’en pense-t-on dans la natation ??? Richard Martinez va-t-il revenir dessus ?
      Je ne puis de loin dire ce qui n’a pas marché, préparation une peu ratée, gestion de l’équipe un peu moins efficace, un peu de manque de réussite difficile à expliquer ; c’est un secret que doivent se chuchoter quelques happy few. Mais quand une moitié de l’équipe arrive en sachant qu’elle ne va pas performer, il ne faut pas s’étonner quand elle ne performe pas !

  2. Doug

    A noter le monumental 1’03’95 de Yuliya Efimova (start de 0,28) dans le relais 4×100 4N, il y avait des gars à 1’01… A ajouter à son triplé en brasse. Elle a certes « trempé » dans des affaires où les produits incriminés sont prohibés, et a été miraculeusement blanchi… Mais quelle technique, quelle maîtrise !

    1. Eric Lahmy *

      Oui, tout cela est bien vrai, je suis d’accord avec vous, et comme SWIM VORTEX n’est plus là pour la poursuivre d’une vindicte éternelle, nous ne mettrons pas d’astérisque à son nom. Mais j’avoue qu’après avoir beaucoup applaudi cette rayonnante jeune femme, j’ai aujourd’hui un peu de mal… Je pardonne mais je ne parviens pas à oublier et je préfère Meilutyte…
      Vous savez, c’est comme quand on perd la foi.

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