YANNICK AGNEL, LA LENTE ET IRRÉSISTIBLE PLONGÉE D’UN VAINQUEUR OLYMPIQUE

YANNICK AGNEL PERDU DANS QUEL BROUILLARD ?

Éric LAHMY

Mardi 9 Février 2016

AUCUN NAGEUR DANS L’HISTOIRE OLYMPIQUE DE LA COURSE, ENTRE 1968 ET 2012, N’A RÉUSSI À CONSERVER LE TITRE DU 200 MÈTRES. C’EST DIRE L’EXPLOIT QUE SERAIT UNE VICTOIRE D’AGNEL QUATRE ANS APRÈS LONDRES. MAIS TOUT CELA PARAIT LOIN. BIEN LOIN. TROP LOIN…

C’est l’image du boxeur sonné mais qui continue à simuler tous les gestes du combat. Il est là, « punch drunk ». Saoulé de coups. Cuit, incapable de filer un jab, ni d’en prendre un, mais pas sûr qu’il le sache vraiment. Il s’en doute cependant un peu, et c’est pour ça qu’il ne parait plus nulle part. Regarder ailleurs, faire comme si…

On l’écoute. Il a encore perdu récemment cinq kilos. Depuis deux ans, il a dû en perdre vingt avant de les reprendre. Mauvais signe parmi d’autres, cette tendance à faire du gras n’est pas une caractéristique du champion préparé sérieusement, en possession de ses moyens. Passé nageur de l’est, mais aussi nageur de lest ! Voilà qui est lourd de conséquences !

Quoi d’autre ? Il se « régale. » Il se « reconstruit. » Il est « en reconstruction. » On dirait quand même qu’il repose sans arrêt la première pierre de son édifice. Zéro compétition et silence radio. Ou plutôt non, il envoie des tweets du style tout va très bien madame la marquise. Une compète en Slovénie. Une photo de Phuket, en Thaïlande, où il s’est entraîné pendant un mois, et a sans doute visité Koh Tapu. Tous les grands nageurs foncent en stages d’altitude, lui c’est au bord de l’eau, au  niveau de la mer, VVF cinq étoiles… Un tweet allusif au « caturday » [le samedi comme-ci comme-chat qu’il a lancé chez Bowman et qui semble toujours l’amuser]… Enfin, des tweets, vous voyez, des petites miettes de vécu qui ne visent pas plus loin que le bout de son nez. Agaçant quand on se souvient de ce que ce jeune homme paraissait recéler de profondeur, de subtilité, de vivacité… Rendez-nous Yannick Agnel ! Bon, 153.000 followers…

Pour le reste, des entretiens, délivrés par le biais de RMC et BFM télé. De la com’ maquillée. Questions bateau, réponses sous-marin. Ça va ? « Oui ça va », ou « demandez à mon entraîneur… » Ouh, ça donne envie de lire, lui qui dévorait Gogol !

Le week-end passé, à Amiens, pour le meeting Camille-Muffat, Jeremy Stravius a nagé 50-100-200. A chaque compétition, explique-t-il, il apprend certaines choses, met en place des techniques, teste ses moyens, s’essaie à des trucs nouveaux. Il prépare les Jeux olympiques avec un entrain renouvelé. Florent Manaudou, lui, a laissé courir les 50 dos et papillon qu’il affectionne et s’est concentré sur 50 et 100 mètres. Lui aussi s’inquiète, travaille, met en chantier des mécanismes qu’il convient d’intégrer complètement. Je ne sais pas s’il y croit, mais au moins il s’en donne l’air. Il a explosé le 50 mètres, le 100 est encore un chantier, mais la direction est prise. Hosszu s’est multipliée, Sarah Sjöström aussi, Bonnet a nagé tout plein… Coralie Balmy a dévoré un 400 avec un bel appétit. Pothain déglingue ses records sur 400.

…Agnel, lui, cela fait trois ans que son projet s’émiette, que sa stratégie se consume, qu’il nage de moins en moins longtemps, de moins en moins vite, que sa nage s’est déconstruite, pour ne pas dire détruite. C’est l’abonné absent, le nageur fictif, ou abstrait… On ne sait pas où il est, mais on sait où il n’est pas. A la place qui est censée être sienne.

Il restera sans doute le meilleur nageur français de tous les temps (champion olympique et du monde, et de relais), et aussi cet immense sourire, et sa gentille famille recomposée, et des messages qui allaient droit au cœur, on ne lui enlèvera pas ça de sitôt. Mais il aura été en même temps une étoile filante, et, aujourd’hui, ressemble de plus en plus à un vieux roi du ring qui retarde au maximum l’instant de remettre sa ceinture en jeu, ou la Du Barry au pied de l’échafaud: « encore un instant monsieur le bourreau. »

 JAMAIS REMIS DE SON DIVORCE NICOIS

Les ennuis commencent après les Jeux. Le mauvais côté de sa relation avec son entraîneur niçois éclate. Fabrice Pellerin explique depuis toujours à ses nageurs que les Jeux ne sont qu’une épreuve parmi d’autres. C’est une bonne façon de démystifier l’ogre olympique, que de faire croire qu’il n’a rien de spécial.

Mais après la razzia de Londres, Pellerin persiste et signe, il a dû finir par croire à son pieux mensonge. Ô Niçois qui mal y pense! Le coach a oublié la vérité. Les Jeux ne sont pas une épreuve parmi d’autres, pour une raison bien simple : parce que des milliards de personnes les scrutent pour des millions qui regardent les mondiaux et cinq mille trois vingt-cinq la Coupe du monde FINA qui ne sert qu’à bombarder HOSSZU nageuse FINA de l’année en lieu et place de Katie LEDECKY. Les Jeux ne sont pas une compétition comme une autre, il sont LA compétition qui compte. La seule.

Et le voilà, Pellerin, qui exige de ses nageurs qu’ils reprennent l’entraînement le plus vite possible, tout de suite après Londres ; cette erreur d’un des plus fins techniciens au monde, je ne sais pas pourquoi mais tous les entraîneurs qui ont réussi l’ont partagée, Lucas avec Manaudou, Auguin avec Bernard ont voulu aussi que leurs élèves ne s’arrêtent pas. A l’arrivée, tous les champions ainsi sur-sollicités, asphyxiés d’effort, ont abandonné : même Camille Muffat a sans doute raté, en 2013, le mondial par manque de fraîcheur, pour n’avoir pas coupé les mois de l’hiver 2012…

Cette erreur récidivante des coaches est-elle généralisée dans le monde ? Non, a l’air de dire Marc Begotti : « un jour je parlais avec l’entraîneur de Kristin Otto et Stellmach ; en RDA, me disait-il, quand un nageur avait fini une olympiade et on savait qu’il irait au bout de la suivante, on le mettait au repos pendant six mois; ça m’a semblé une idée intéressante. »

Muffat avait un long passé derrière elle et peut-être aurait-elle de toute façon passé la main avant Rio. Pas Agnel. Mieux géré dans le temps, il aurait dû pouvoir redémarrer. Il quitte Nice, excédé par sa relation avec Pellerin, après avoir claqué la porte. Et commet (le crois) l’erreur de rejoindre le coach de Phelps, Bob Bowman, où sa technique commence à partir en quenouille pour des raisons difficiles à expliciter sauf à admettre que « le meilleur entraîneur du monde » est incapable de voir qu’un nageur perd sa précision gestuelle.

Mais aussi (surtout?), Agnel entre dans un mode de vie de « professionnel » de la natation qui, me semble-t-il, ne peut pas lui convenir. A moins qu’on se soit complètement trompé à son sujet. Ce garçon parait trop cultivé, trop cérébral pour se construire dans des « aller et retour » de piscine. D’aucuns se complaisent dans ce mode de vie. Mais lui ?

Nul n’ose le dire. Mais beaucoup de gens dans la natation croient qu’Agnel est fini. Qu’il ne retrouvera pas ses performances, et de loin, au moins d’ici les Jeux. Que son absence est le signe incontournable d’une perte de confiance, d’une incapacité à conserver sa nage.

Pourquoi ne pas le dire ? Par crainte de paraître idiot! Si jamais Agnel craquait un 200 mètres en 1’44.-1’45. aux championnats de France, de quoi aurions-nous l’air? Mais je veux bien être comme la lune (et d’ailleurs très heureux de l’être) si cela arrive…

Pour expliquer ce qui arrive probablement à Agnel, et pourquoi cet événement butte sur des non-dits, je vais utiliser deux histoires que je sors de mon chapeau.

QUAND MARY-LOU RETTON NE CESSAIT PAS DE NE PAS S’ENTRAINER

1)…Celle de la gymnaste américaine Mary-Lou Retton. Retton est devenue une gloire nationale US en triomphant aux Jeux olympiques de 1984. En 1987, une stagiaire de L’Equipe, ancienne gymnaste, rencontre des copines US au Grand Prix de Paris. Les filles lui racontent que Retton ne s’entraîne pas et n’ira pas aux Jeux de Séoul.  SCOOP! Notre stagiaire envoie l’info. A l’agence France Presse, vexés comme des poux de s’être fait griller, on émet une réaction outragée et rapporte un démenti encore plus outragée de l’agent de la gymnaste qui s’entraîne, dit-il, et sera bel et bien présente aux Jeux de Séoul. Au lieu de défendre son informatrice, L’Equipe passe piteusement la dépêche de l’AFP. Et la stagiaire se fait savonner par les ahuris du « groupe olympique » du quotidien du sport. Or Retton a bel et bien cessé de s’entraîner. Mais ses contrats de sponsoring et les copieuses mensualités qui y sont attachées sont liés à sa poursuite de l’activité. Retton annoncera sa retraite, forcée et contrainte, deux ans après l’avoir prise, le jour même des « trials » US 1988, où elle déclare forfait. La pigiste sanctionnée pour avoir bien travaillé a entre-temps claqué la porte du quotidien. Elle vit à Melbourne, en Australie, où elle enseigne le français.

QUAND MICHAEL PHELPS NE VOULAIT PLUS

2)…L’affaire Tyler Clary-Michael Phelps.

Cette affaire est bien racontée par Jim Alexander dans The Press-Enterprise du 16 novembre 2015. Clary, le champion olympique de Londres, un mois avant d’arracher son titre, créa, en juillet 2012, un choc national, quand il affirma que Michael Phelps, qu’il avait côtoyé à Michigan, n’avait montré aucun empressement à s’entraîner.

L’article une fois publié, Clary tenta une marche arrière presque immédiate. L’ampleur que prenaient ses propos, les hurlements de son propre agent, le fait qu’il devrait nager en camp d’entraînement avec Phelps, sont autant de bonnes raisons pour rentrer dans sa coquille.

Trois années plus tard, en octobre 2015, Michael Phelps donnera pourtant raison à l’analyse de Clary dans une interview à la revue Sports Illustrated. « Après 2008, j’étais mentalement cuit. Je n’en voulais plus. Mais je savais aussi que je ne pouvais pas m’arrêter. Je me suis donc forcé à faire quelque chose que je ne voulais pas faire en réalité, continuer à nager. Pendant cette période de quatre ans, je manquais en moyenne deux séances par semaine. Pourquoi ? Je ne voulais pas y aller. Pas question. Qu’ils crèvent! Je dors. Je saute vendredi et me paie un long week-end.” Or c’est assez exactement de cet état d’esprit chez Phelps qu’a témoigné Clary trois ans plus tôt. « J’ai vu un vrai manque de préparation chez lui. Au départ, c’était un nageur qui ne voulait pas se trouver là. Ils peuvent évoquer tous ces buts, et leurs plans, et leur préparation. J’ai vu. Et aucun rapport. Il était quelqu’un à qui on avait demandé de prendre des coups depuis trop longtemps. Et le fait qu’il est qui il est, et qu’il a fait ce qu’il a fait, constitue un obstacle mental sévère pour beaucoup de monde. On voit cela dans beaucoup de sports, et c’est toujours la même histoire. Les reporters arrivent et on leur répond, « oh yeah, j’ai tellement travaillé, j’ai tel et tel but, bla bla bla bla. » Maintenant allez-y incognito, suivez un seul entraînement en cachette. Un seul entrainement, pas plus. Cela suffit. Vous voyez la différence dans l’éthique de travail. »

Vous aurez compris: le scandale n’et pas que le roi soit nu, mais de dire qu’il est nu; le champion, ce roi de notre temps, est intouchable et sacré. Et l’ère professionnelle a changé la donne des carrières. Dans le passé, on arrêtait sa carrière quand on l’avait décidé. Aujourd’hui, on arrête et on fait semblant de continuer tant que ça arrange tout le monde et le tiroir-caisse par-dessus le marché.

L’affaire Agnel pourrait bien ressembler à ce piège de silences distillés. Aucune vraie information ne le concernant, mais de la communication, orchestrée par des gourous. La communication ? Ce cancer de l’information, ce vomi qu’on vous fourgue pour aliments.

J’oubliais de préciser. L’entraînement d’Agnel, à Mulhouse et ailleurs, s’effectue à huis clos. Les journalistes n’y sont pas les bienvenus.

UNE SORTE DE MALEDICTION

En général, il n’y a aucune sévérité dans ce soupçon de carence que font tous ceux qui ne croient pas au retour d’Agnel. Bien au contraire. On trouve des raisons, on dit comprendre. « Laure Manaudou, Alain Bernard, Camille Muffat, Yannick Agnel montrent combien il est difficile, en France, pour un champion olympique de natation, de rebondir, » me disait en l’espèce Jean-Christophe Sarnin. Lui qui a manqué d’un rien le titre mondial du 200 mètres brasse en 1998, devenu entraîneur en Suisse, est sûr d’une chose : « en gagnant à Londres, il a vécu quelque chose de tellement extraordinaire, de tellement satisfaisant, qu’il lui devient terriblement difficile de rebondir. »

D’autres rejoignent Sarnin en focalisant sur la quasi-impossibilité de gagner deux titres olympiques de suite, et parlent, pour les champions français, d’une sorte de « malédiction ». Je n’y crois pas trop, et le contre-exemple s’appelle Florent Manaudou, toujours dans le coup. Une chose vraie, c’est que les exemples en sens contraire de Phelps, Lochte, Coughlin, ne sont pas nombreux. Habituellement, un champion olympique ne conserve pas son titre quatre ans plus tard. Ce qui est encore plus vrai en nage libre…

Les nageurs qui ont depuis 1948 conservé leur titre olympique en nage libre sont tous des monstres sacrés: Alexandr Popov et Gary Hall sur 50 mètres, Popov et Van Den Hoogenband sur 100 mètres, Murray Rose et Ian Thorpe sur 400 mètres, Michael Burton, Vladimir Salknikov, Kieren Perkins et Grant Hackett sur 1500 mètres. Dans les spécialités, David Theile, Roland Matthes et Aaron Peirsol sur 100 mètres dos, Roland Matthes sur 200 mètres dos, Kosuke Kitajima sur 100 mètres brasse et sur 200 mètres brasse, Michael Phelps sur 100 mètres papillon (trois fois),  et sur 200 mètres papillon, Tamas Darny et Michael Phelps (encore trois fois, le bougre) sur 200 mètres quatre nages, Tamas Darny, Tom Dolan, Michael Phelps sur 400 mètres quatre nages.

Finalement, il y en a un certain nombre. Mais il n’est peut-être pas inintéressant de noter que personne, même pas des monuments comme Phelps, Spitz ou Gross, ni même Thorpe ou Van Den Hoogenband, n’a réussi à conserver son titre olympique sur 200 mètres nage libre !

Le programme de la course ne démarre qu’en 1968. Auparavant, les nageurs de 200 mètres devaient se contenter, aux Jeux olympiques, de s’exprimer sur quatre fois 200 mètres. En 2000 et 2004, deux nageurs intervertissent leurs places, Peter Van Der Hoogenband, vainqueur en 2000, et Ian Thorpe, vainqueur en 2004… Tous deux se sont interdits l’un l’autre d’effectuer le doublé.

Si Agnel ne gagne pas à Rio, il sera donc en bonne compagnie. Mais la vraie question est : sera-t-il seulement à Rio ?

 

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14 comments:

  1. Aigues

    Et pourquoi le 200m serait plus dur à conserver d’une olympiade à l’autre? Ses spécificités techniques à mi-chemin entre le sprint et l’endurance (il faudrait si on retrouve quelque chose de comparable en athlé)? Le fait qu’il concerne à la fois les cracks du 100 et du 400, et qu’il soit donc plus relevé? En 2016 cela ne me parait pourtant pas la course la plus dure à gagner – chez les hommes du moins.

    1. admin *

      Vous savez peut-être que je crois beaucoup à la fonction aléatoire. Je ne sais pas si le 200 mètres est plus difficile à conserver que les autres courses, mais l’histoire de la natation nous dit ça. Peut-être parce que c’est une distance carrefour où se rencontrent les nageurs prolongés et les demi-fondeurs les plus rapides? C’est ce qui se passe entre Van Den Hoogenband et Thorpe, l’un le grand sprinter l’autre le top demi-fondeur: ça fait des étincelles deux fois, en 2000 et 2004, mais avec des résultats différents. Regardez le 1500 mètres, la course la plus difficile, en termes de mental et de travail, or c’est là que Burton, 1968-72, Salnikov, 80-88,Perkins, 92-96 et Hackett, 00-04, doublent, et si les dirigeants australiens n’étaient pas aussi idiots, Rose aurait, comme Salnikov, doublé (56-64) à huit ans de distance! Possible que la course de 1500 soit si difficile que très peu s’y risquent puis s’y « installent »?

  2. buroni

    Bonjour, autant je lisais votre plume sur ce long fleuve tranquille, autant aujourd’hui j’ai cette impression qu’il a rencontré un barrage. je vous trouve très sévère avec Mr Agnel mais dans le domaine du sport il a réussi de manière exceptionnelle et c’est une perspective unique dans sa vie, qui va lui permettre d’escalader des montagnes que d’autres n’oseront pas gravir ou plutôt nager sur ce long fleuve tranquille. Cela demande de la volonté, de la détermination, de la discipline et des sacrifices. Si on met tout ça ensemble, et même si on ne gagne pas, on ne peut pas perdre. Je regarderai ce grand gaillard à Rio en me disant qu’il a peut être subi des échecs après Barcelone mais n’est ce pas pour ça qu’il va réussir. Mark Spitz disait
    « Si vous échouez à vous préparer, vous vous préparez à échouer. » moi je pense « s’il s’entraine à se préparer comme il le fait, préparez-vous à ce qu’il gagne » et en 2016 il est éventuellement possible que je reprenne ce long fleuve tranquille en vous relisant.

    1. admin *

      Je crois que ce n’est pas un bon papier, en effet, que j’ai écrit là, je me suis agacé en le relisant de voir à quel point je m’étais planté, entre des suppositions qui m’apparaissent maintenant gratuites et une faible analyse des récentes « prestations » de Yannick Agnel…
      Pour tout vous dire, je m’étonnais que personne ne m’en fasse jusqu’ici la remarque! Je vous remercie donc de vos commentaires… Mais bon, je ne l’ai pas enlevé, j’aurais trouvé ça hypocrite. Je pense qu’Agnel peut encore gagner, et s’il perd, il n’aura pas démérité pour autant. Il mène sa carrière à sa façon!
      Je laisse donc ce papier raté en place ne serait-ce que pour m’énerver contre moi-même, mais je me réserve d’en écrire un (ou plusieurs) autre(s) plus en rapport avec les mérites de Yannick qui est sûrement un des remarquables sportifs de notre époque et offre, je crois, la meilleure « image » qu’on puisse rêver pour la natation…

  3. arnault

    Pitoyable votre article. J’ai eu l’occasion de vous rencontrer et je suis très étonné de vos propos. Vous qui critiquiez « L’ÉQUIPE » d’aujourd’hui , ces journaliste actuels qui ne font que du sensationnel et non plus de « vrai article ». Vous faites parti de quel coté actuellement Mr LAHMY ?

    1. admin *

      Ah! Un deuxième qui se réveille. Je me demandais quand un lecteur attaquerait cet article? Comme je l’ai dit un peu plus haut à M. Buroni, je suis d’accord avec ceux qui l’étrilleront.
      Cela dit… Je suis seulement un journaliste solitaire qui peut rater un article, et qui peut le publier sans en voir les défauts. Je crois que cela ne m’arrive pas souvent! Je ne suis pas un mauvais journaliste parce que j’écris un mauvais article, seulement je ne suis pas toujours aussi bon que je crois parfois l’être.
      Autre chose. Vous ai-je dit que L’EQUIPE d’aujourd’hui ne fait que du sensationnel? J’ai appartenu à ce journal pendant 42 ans et le problème est plus complexe. L’EQUIPE, depuis un nombre considérable d’années, souffre seulement d’un excès d’editing, avec des « éditeurs » mi fachos, mi paranos, qui ne font pas confiance à l’envoyé spécial et lui indiquent « où » et « comment » il doit faire. Je me souviens encore d’un barbu vendeur de soupe qui avait changé dans un de mes articles le nom d’Alexei Voevoda pour celui de Mike Tyson, parce que Voevoda, pousseur de bob médaillé olympique et champion du monde des arm wrestlers, ce n’était pas assez « L’Equipe » pour lui et que Tyson est plus vendeur! Cet abruti est toujours dans l’ours de L’Equipe magazine.
      Après ça, il y a de mauvais éditeurs et de bons éditeurs…
      Maintenant, si j’avais eu un relecteur pour l’article incriminé, cela m’aurait aidé à en voir les défauts. Il faut seulement que j’attende plus longtemps avant de publier…

  4. seb

    Vous n’allez pas être d’accord avec moi car je ne compte pas étriller votre article, même si parfois il est un peu virulent. Vous mettez le doigt où ça fait mal, est ce que Yannick Agnel s’est vraiment mis dans les meilleures dispositions pour conserver son titre olympique d’autant que personne ne l’a jamais fait sur le 200.
    En tant que commentateur de l’actualité de la natation il est tout à fait légitime que vous posiez la question sur l’état de forme et de préparation d’Agnel, surtout que depuis qu’il est avec Horter il cultive le secret. J’ai d’ailleurs du mal à comprendre comment est ce que l’on peut organiser des entraînements à huis clos, peut être pense-t-il que les journalistes de l’Equipe vont passer leurs journées au bord du bassin? le contraste est saisissant quand on voit dave salo qui tweete presque quotidiennement ses entraînements et des vidéos de ses nageurs. Je ne comprends pas non plus cet évitement de la compétition, où se trouve le plaisir de nager si on ne peut jamais se tester.
    En tout cas, continuez à aborder les sujets qui fâchent surtout avec autant de fonds et de références que dans cet article.

    1. admin *

      En effet, c’est le ton que j’ai employé qui m’a déçu à la relecture. Je me suis dit: « et tu aimes le garçon, qu’Est-ce que ça serait si tu ne l’aimais pas? » Pour le reste, qu’Est-ce que je voulais dire? Que Agnel nage 1’43 en 2012, 1’44 en 2013, 1’45 en 2014, et frôle 1’46. en 2015. Et qu’il ne reste que l’espoir qu’il inverse la tendance en 2016. Bien entendu, on le lui souhaite parce que l’homme est épatant.

  5. Marc

    Yannick Agnel est un type bien qui a été un très grand champion, type bien il le restera.
    Votre article ne me choque pas. En qualité de journaliste, vous avez le droit de vous interroger sur le champion, et même si vous mettez un peu « les pieds dans la choucroute », votre article pose quelques questions qui, je l’espère, intéressent les techniciens responsables du haut niveau.

    En effet soit Yannick Agnel est en passe de renouer avec la très haute performance, (ce que j’espère très fort, je suis fan), et il vous montrera que vous vous êtes inquiété pour rien et ce n’est pas grave ; soit la « reconstruction » aura échoué. (…Mais de quelle type de reconstruction s’agissait-il ?)
    Dans ce dernier cas, Yannick et son entourage le pressentent déjà mais font comme si tout allait bien, et cela serait dommageable, car il existe sans doute des solutions pour en diagnostiquer les raisons et pour inverser le processus.

    En 2008, les analyses de course de Laure Manaudou aux championnats de France mettaient en évidence que si Laure ne changeait rien c’était « plié » pour elle aux Jeux Olympiques de Pékin.
    Le contexte a fait que ce problème n’a jamais été bien posé (les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes) pour tenter de trouver des solutions… et tout le monde (entraîneurs, dirigeants, media) a continué à vouloir espérer que le talent de Laure allait lui permettre de s’en sortir.

    1. admin *

      Merci de votre intervention. Je me demandais ce que vous (et quelques autres) pouviez en penser. Maintenant, on n’a plus beaucoup de temps à attendre pour avoir la première partie de la réponse en deux temps à ces questions, celle de Montpellier en attendant Rio. Tout peut arriver…

  6. Baigneur

    Merci pour votre article et votre site. Il (votre article) a vraiment le mérite de pointer du doigt et mettre à jour un éventuel ‘système’ (celui de la fin de carrière « différée » – pour faire court – mais finalement humain) et celui, conjoint, d’un éventuel manque de lucidité de la part de l’encadrement français.
    Mais l’article n’aborde pas deux sujets, celui de l’intention du nageur et celui de la responsabilité du coach de Phelps. Pour avoir vu, et déchiffrer à ma manière, les vidéos d’Agnel à Baltimore, je pense qu’il (Agnel) est parti « à fond » dans l’aventure et qu’il n’avait à cette époque aucun désir de freiner sa progression ou de remettre en question son évolution dans la natation. Je me souviens d’un commentaire de Bowman, disant enthousiaste qu’il était scié de voir Agnel ingurgiter tout l’entraînement et les consignes qu’il lui donnait. Je pense que la FFN devrait engager un procès – dont les US sont friands – contre Bowman pour « spoil de champion du monde et double champion olympique » ou pour « tentative de déstabilisation d’une intelligence ennemie » . Derrière le petit trait d’humour se cache tout de même une réalité, celle d’un nageur qui malgré sa motivation sort moins bon de la main d’un entraîneur que lorsqu’il y est rentré et, avis de personnel, le statut overreated d’un Bowman dont l’élève a sans doute fait plus pour lui que l’inverse (cqfd).

  7. Baigneur

    Merci pour votre article et votre site. Il (votre article) a vraiment le mérite de pointer du doigt et mettre à jour un éventuel ‘système’ (celui de la fin de carrière « différée » – pour faire court – mais finalement humain) et celui, conjoint, d’un éventuel manque de lucidité de la part de l’encadrement français.
    Mais l’article n’aborde pas deux sujets, celui de l’intention du nageur et celui de la responsabilité du coach de Phelps. Pour avoir vu et déchiffrer à ma manière, les vidéos d’Agnel à Baltimore, je pense qu’il (Agnel) est parti « à fond » dans l’aventure et qu’il n’avait à cette époque aucun désir de freiner sa progression ou de remettre en question son évolution dans la natation. Je me souviens d’un commentaire de Bowman, disant enthousiaste qu’il était scié de voir Agnel ingurgiter tout l’entraînement et les consignes qu’il lui donnait. Je pense que la FFN devrait engager un procès – dont les US sont friands – contre Bowman pour « spoil de champion du monde et double champion olympique » ou pour « tentative de déstabilisation d’une intelligence ennemie » . Derrière le petit trait d’humour se cache tout de même une réalité et un tabou, celle d’un nageur qui malgré sa motivation sort moins bon de la main d’un entraîneur que lorsqu’il y est rentré et celui du statut overreated d’un entraîneur dont l’illustre élève a sans doute fait la renommée, plutôt que l’inverse.

    1. admin *

      Si j’ai eu raison d’écrire cet article, je n’ai jamais été aussi mécontent d’avoir raison.
      Maintenant, sur les deux questions que vous soulevez, il en est une qui est compliquée, elle concerne la position subjective d’AGNEL. Je crois comme vous qu’il est parti dans l’enthousiasme aux USA. Il ne se voyait pas en France, pour mettre de la distance vis-à-vis de Pellerin, j’imagine.
      Par ailleurs, il se voulait professionnel de la natation, mettait l’accent là-dessus, et ce n’était certainement pas pour s’endormir sur ses lauriers. D’aucuns m’affirment de ci, de là, que cependant Agnel n’est pas facile à gérer, qu’il fait ce qu’il veut, alors…, je ne sais pas où cela nous mène. Quoiqu’il en soit, cette sincérité, cet enthousiasme, font de sa désillusion une cruelle mésaventure.
      Agnel a été victime de cet enthousiasme, aux USA, en allant chercher des surdoués surentraînés comme Mellouli et Phelps et de répondre aux défis quotidiens à l’entraînement de ces deux là, qui plus est en quatre nages, où il est quelconque alors que tous deux sont des cadors de l’exercice, et qu’à Nice, Yannick était presque toujours le numéro un. Si responsabilité de Bowman il y a, elle est double : 1) de n’avoir pas vu qu’Agnel se flinguait à répondre aux défis des autres nageurs, et de ne pas l’avoir mis à l’abri, comme souvent les grands entraîneurs le font dans ces cas (mes références sont vieilles et je m’en excuse, mais c’était Haines avec Schollander-Spitz, Jochums avec Shaw-Furniss, Touretski avec Popov-Klim). Je ne serais pas étonné que Simon Cusack prenne soin ainsi de Cate et de Bronte, que Barnier en fasse autant avec ses sprinters, Lucas avec ses fondeuses, etc…
      2) On peut se demander comment un coach de la réputation de Bowman n’a pas été fichu de redresser la technique d’Agnel quand elle s’effilochait ! Et si Pellerin n’avait pas raison quand il déclarait ne voir en Yannick que ses fautes techniques, même si cela vexait l’intéressé !

  8. Seb

    Très bon article qui prend Un peu plus de sens maintenant. Certes vous n’avez pas ménagé Y. Agnel sur la forme, mais le fond était on ne peut plus limpide et véridique. L’histoire d’un garçon au bout du rouleau, peut être devenu un peu mégalo. Pour des raisons qu’on imagine parfaitement.
    La constance et les sacrifices font la différence entre un grand sportif et un champion. À 24 ans Y. Agnel restera pour moi un de ceux de la première catégorie, malheureusement. Quel gachis.
    Amicalement.

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