Mois : septembre 2013

Gilbert Seyfried, l’homme tranquille

24 SEPTEMBRE 2013

En juillet 1967, je reçus une convocation à un stage de nageurs d’Île-de-France. J’étais étonné, je ne pensais pas mériter ce genre d’invitation. J’avais 23 ans, des journées embouteillées d’horaires de fac, de ‘’grandes écoles’’ et de bibliothèques, une saison de natation un peu plus sérieuse que les autres, et me classais en 20e position en France sur 100 et 200 mètres brasse. Toujours est-il que je me suis trouvé dans la voiture d’un monsieur aux yeux clairs et au sourire en coin que je ne connaissais pas, Gilbert Seyfried, entraîneur de la Stella, et nous avons pris la route de Montmélian. Les autres voitures étaient pilotées par Yves Moreau, un dirigeant de la Stella Sport de Saint-Maur et du Comité de l’Île-de-France dont les deux enfants étaient sélectionnés en équipe de France), par Paul Delannoy, un nageur de crawl, et par Raymond Césaire, le plus rapide sprinteur de l’époque.  L’hôtel où nous logions était situé en pleine campagne. Nous rejoignions la piscine de Montmélian en voitures, et Paul Delannoy, qui sera pendant trente ans directeur de la piscine de Châtillon-Malakoff, ne ménageait pas sa Cortina GT finition sport sur les routes en lacets de la Savoie. Un week-end, nous avons traversé en groupe le lac d’Aiguebelette. Paul n’en revenait pas, le lac d’Aiguebelette étant un lac d’eau chaude, une rareté.

Le nageur vedette de Gilbert était (avec Alain Hermitte, un bon sprinteur devenu un dirigeant influent de la natation dans sa région) Raymond Césaire, le Martiniquais de l’équipe de France, qui deviendrait entraîneur du Bataillon de Joinville et coule aujourd’hui des jours paisibles à Le Robert, dans son île natale ; Il nageait le 50 mètres plus vite que personne dans l’Hexagone, ne finissait pas très bien ses 100 mètres, et c’était le plus gentil garçon du monde ; Sylvie Moreau était une fille pleine de vie et Gilles, son frère, s’apprêtait à faire partie du relais quatre fois 200 mètres national ; était également là Gérard Wiesner, un nageur de papillon. Gilbert Seyfried basait ses entraînements sur son nageur vedette, et j’appris à l’occasion que le pur travail de sprint me faisait régresser ! Mais les gens qui étaient là n’avaient aucune prétention, personne ne la ramenait et je dois dire qu’en dehors de mes contre-performances, je n’en ai gardé que de bons souvenirs. Les Moreau et les Seyfried étaient des gens affables et avenants qui avaient l’amour de la vie et qui parvenaient à faire d’un stage une affaire de famille. Car il y avait là l’épouse de Gilbert, Marthe, qui était le charme personnifié, et leur enfant, un gamin qui allait devenir un bon décrypteur de la technique de la natation, Didier Seyfried !

Quelques années plus tard, je revins dans la natation comme journaliste à L’Equipe, et eus l’occasion de revoir Gilbert. Il y avait quelques bons nageurs à l’INSEP et il avait été nommé Directeur de la piscine ; quand je venais jeter un coup d’œil, je montrais patte blanche dans son bureau. On restait quelques minutes à papoter natation et il finissait toujours en me disant que j’étais ‘’ici’’ chez moi. Cétait tellement vrai que, certaines années, j’y nageais à l’heure du déjeuner. A l’INSEP, je suis ainsi passé voir des coachs de natation comme mon entraîneur Louis VanSteen, Bernard Pierre au plongeon, ou Françoise Schuller à la natation synchronisée ; et chaque fois, on se prenait quelques minutes, Gilbert et moi. Il avait parfois du mérite, parce qu’on est entré dans une chikaya, le Directeur technique et moi, et il ne faisait pas bon être vu en ma compagnie. Un jour, bien des années plus tard, Gilbert m’a annoncé qu’il prenait sa retraite. Je dois dire qu’il était en bien meilleure forme que sa piscine qui avait pris un méchant coup de vieux. Il m’expliqua les raisons de ce vieillissement accéléré. Dès sa prise de fonction, il avait demandé un petit budget afin d’assurer les réparations nécessaires à l’entretien de ce magnifique outil, dont le toit altier était fabriqué dans un bois imputrescible. « Avec 150.000 francs par an, la piscine serait restée impeccable. Je ne les ai jamais obtenus, ni rien du tout d’ailleurs. » En quelques années, d’une petite dégradation non réparée à l’autre, on était parvenu à un vrai désastre. Plus un carreau au sol, des pans de murs qui s’en allaient, des corrosions dans tous les sens, il y avait eu parfois des fils électriques qui pendaient du toit et menaçaient d’électrocuter les baigneurs. Gilbert me proposa d’aller visiter le sous-sol. Ce fut un spectacle déroutant. Il me montra une « chute » d’eau dont on ne savait d’où elle venait. Il y avait d’énormes tuyaux qui s’étaient effondrés au milieu d’un décor de bombardement.

Gilbert savait ce qu’il faisait. Il partait à la retraite, et ne craignait plus rien. Il se payait un plaisir qu’il avait dû réfréner longtemps en montrant à un journaliste de L’Equipe ces décombres dues à l’impéritie des gouvernants de l’Institut ou du ministère, qu’importe. Pendant toutes ces années, il avait été contraint de respecter l’omertà de l’administration qu’on appelle obligation de réserve et qui est soit dit en passant une des saloperies sans nom qui font marcher un pays sur la tête. Il ne me fallut guère de temps pour raconter sur huit colonnes du quotidien sportif ma visite du bassin et, c’est triste à dire, la réaction des responsables ne fut pas : « il faut faire quelque chose », mais « qui a vendu la mèche » ?

C’était Gilbert, il n’en avait plus rien à fiche, il faisait ses bagages et partait prendre une retraite bien méritée. Entre-temps, victime de ces inaptitudes d’administratifs ou des travers de la compatbilité publique, la piscine a nécessité au bout de vingt-cinq ans quinze millions de francs de réparations, quatre à cinq fois plus que ce que Gilbert avait proposé pour la maintenir, et on n’a plus pu nager pendant une année. Puis, à peine remise à neuf, malchance, elle est partie dans un incendie…

Vingt ans sont passés, et Gilbert Seyfried, le 24 août dernier, s’est éteint. Ses amis les Moreau l’avaient précédé de deux ou trois ans. Son départ clôture définitivement un chapitre de la natation « parisienne ». Quoi d’autre, sinon que c’était un chic type?

Eric LAHMY

Tous dopés, sauf moi

Billet

24 septembre 2013

Ben Johnson, le vainqueur éliminé du 100 mètres plat des Jeux olympiques de Séoul, en 1988 (il avait battu le record du monde avec 9’’79, mais la performance avait été effacée quand son dopage fut avéré), a exprimé des sentiments bienveillants envers  Lance Armstrong, le vainqueur déchu de sept Tours de France, qui, après une vie de mensonge et de cynisme, paie au prix fort ses turpitudes. On aimerait les laisser se cajoler et réconforter, ils vont si bien ensemble ! Mais l’état moral dans lequel se trouve le sport (et en loccurrence, le cyclisme et l’athlétisme)  est tel que, dans un cas comme dans l’autre, le sentiment que justice est faite ne prévaut pas. Un journaliste anglais, a interrogé un à un les sept autres finalistes de ce fameux 100 mètres de Séoul, Carl Lewis, Linford Christie, Calvin Smith, etc. Et chacun d’entre eux a exprimé sa conviction que tous les autres que lui-même étaient dopés. Fonctionnant dans un état d’esprit équivalent, les organisateurs du Tour de France n’ont pas voulu désigner vainqueurs des Tours de France les seconds d’Armstrong les années où il l’avait emporté. D’où cette incongruité du Tour qui fait que, disputé à cent reprises, il n’a été gagné que quatre-vingt-treize fois.

Eric Lahmy

Coûteuse justice.

24 septembre 2013

Altius, citius, fortius ! Plus haut, plus loin, plus fort. Les frais de justice olympique ne cessent de grimper, voilà un record qui passera inaperçu. En 2012, les dépenses occasionnées par les actions du Conseil International d’Arbitrage Sportif ont atteint 8,07 millions de dollars, soit €5,96 millions. Elles étaient de $4,85 millions, soit un progrès de 68% en un an. Maintenant, il est vrai que les dépenses de l’institution sont effectuées en francs suisses, et traduites dans cette forte monnaie, représentent une augmentation de seulement 51%. On aimerait bien savoir ce qui peut justifier de telles dépenses, mais enfin, si justice est faite !

COMBET [Bernard Marcel]

Natation. (Montpellier, 21 septembre 1953-). France. Il apprit à nager dans sa ville natale, mais son père, vendeur de voitures, bougeant beaucoup, Bernard nagea à Marseille (1960-1962), à Toulouse (1963) puis à nouveau à Marseille, au CNM, club auquel il adhéra, comme nageur puis entraîneur, jusqu’en 1991. Il fut le meilleur nageur de brasse français de son époque, battant cinq records sur 100 mètres et 200 mètres brasse, et réussissant le 5e temps mondial en 1975 (1’5’’66). Finaliste européen en 1974, puis mondial en 1975. Après une coupure de quelques années, il revint à la natation, comme entraîneur, à Chalons, au Cannet, à l’île Maurice, puis à Melun et à Annecy.

COMBé [Joseph de]

Natation, water-polo. (19 juin 1901-1965). Belgique. Il remporte deux médailles d’argent aux Jeux de Paris, en 1924, l’une dans le 200 mètres brasse où, en l’absence des Allemands Rademacher et Sommer, il termine derrière Robert Skelton, vainqueur en 2’56’’6. Il devance en 2’59’’2 le deuxième Américain, Bill Kirschbaum, 3’1’’ ; l’autre médaille avec l’équipe belge dans le tournoi de water-polo. Il enlève encore une médaille, de bronze cette fois, en water-polo, aux Jeux d’Amsterdam, en 1928.

COLWYN [Cecil]

Natation. (Port Elizabeth, Province du Cap, Afrique du Sud, 193?- Canada, 2012). Canada. Entraîneur de natation d’Afrique du Sud, où il introduisit les groups d’âge et coacha les nageurs de chaque équipe olympique, de 1945 à 1971. Il fonda l’association des entraineurs professionnels de natation sud-africains. Ses nageurs améliorèrent quatre records mondiaux et remportèrent 45 titres de champions d’Afrique du Sud. Il enseigna en Australie en 1971 et 1972, devint Directeur technique du Canada (1973-1977), où il installa le TAG (top age-group, groupe d’âge d’élite) et un programme d’identification des rencontres de natation. Il fut le premier à conduire une recherche approfondie sur la dynamique des fluides en natation (théorie du vortex) et mise en forme fonctionnelle. Il a écrit plus d’une centaine d’articles et trois livres de référence, Cecil Colwin On Swimming (1969), Introduction To Swimming Coaching (1977), et Swimming Into the 21st Century (1991). Il a publié le Manuel Canadien du Programme de Certification (niveaux 1, 2 et 3). Connu pour ses travaux sur les aspects techniques et historiques de la natation, il a été à la fois un entraîneur, un maître de nage, un administrateur, éducateur, confériencier, chercheur, auteur, caricaturiste et illustrateur. Il a servi dans trois continents, Afrique, Australie et Amérique du Nord. Pendant ses 26 ans de service en Afrique du Sud, il plaça des nageurs dans toutes les équipes olympiques jusqu’au bannissement de l’Afrique du Sud des Jeux olympiques. En 1956, l’équipe nationale olympique était formée exclusivement de ses élèves, les relayeuses du 4 fois 100 mètres, 3e, y compris. Avant qu’il ne quitte le pays, quatre de ses nageurs (dont Ann Fairlie en dos) avaient battu des records mondiaux. Au Canada, sous son impulsion, l’équipe canadienne améliora son pourcentage de finalistes de 5 à 15,4% entre les Jeux olympiques de 1972 et de 1976.

COLELLA [Lynn Ann]

Natation. (Seattle, Washington State, 13 juin 1950- ). États-Unis. Médaillée d’or des 200 mètres brasse et 200 mètres papillon aux Jeux Panaméricains 1971, médaille d’argent olympique du 200 papillon aux Jeux de Munich en 1972, 3e des championnats du monde 1973 (Belgrade) sur 200 brasse et 200 papillon, elle appartient successivement aux clubs de natation de Cascade et de Totem Lakes, avant de rejoindre l’Université de Washington. Son frère cadet Rick COLELLA (14 décembre 1951-) enleva le 200 mètres brasse aux Panaméricains en 1971 et le bronze du 400 mètres quatre nages en 1973 à Belgrade. Il fut 2e du 200 mètres brasse et vainqueur avec le relais quatre nages du championnat du monde 1975 derrière le Britannique David Wilkie, enleva quatre médailles d’or aux Jeux Panaméricains 1975 de Mexico –  100 mètres et 200 mètres brasse, 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages – et le bronze du 200 mètres brasse des Jeux de Montréal, en 1976. Entraîné par John Tallman, Bob Miller et Earl Ellis, il enlève six titres nationaux US et, grâce à son talent versatile, gagne à trois reprises le trophée offert au nageur qui marque le plus grand nombre de points

COHEN [Tiffany Lisa]

Natation. (Culver City, Californie, 11 juin 1966-). États-Unis. Double championne olympique, cette grande et mince (1,73m, 55kg) américaine enlève les titres des 400 mètres et 800 mètres aux Jeux de Los Angeles en 1984, et une médaille de bronze (400 mètres) aux mondiaux en 1982. Aux Jeux, sa domination sur 400 mètres est totale. Son temps, 4’7’’10, record olympique et américain, lui donne trois secondes d’avance sur la deuxième, Sarah Hardcastle, 4’10’’27 (June Croft, 3e en 4’11’’49). Son temps, sur 800 mètres, 8’24’’96, frole le record du monde de l’Australienne Tracey Wickham, 8’24’’63. Elle devance sa seconde, Michelle Richardson, de près de dix mètres. Elle s’est affirmée comme la meilleure nageuse de distance des états-Unis en 1981, quand elle a remporté sur 400 mètres le premier des 14 titres américains de sa carrière. Vainqueur des 500, 1000 et 1650 yards indoor en 1982 et en 1983 (et 200 mètres cette dernière année), toujours en 1983, elle s’attribue, l’été, les médailles d’or du 800 mètres et du 1500 mètres aux championnats des états-Unis puis aux Jeux Panaméricains. Après les Jeux de 1984, devenue universitaire, elle nage pour la Floride et conquiert plusieurs autres titres. Encore championne des états-Unis d’été sur 400 mètres, 800 mètres et 200 mètres papillon, sa défaite, devant Janet Evans, en 1987, entraîne son départ à la retraite. Cet abandon, à un an des Jeux, est haté par le fait que Tiffany souffre alors de troubles de l’alimentation de caractère boulimique, sans doute provoqués au moins en partie par l’attitude intolérante des entraineurs au sujet des problèmes de poids de leurs nageuses.

COCHRANE [Ryan]

Natation. (Victoria, Columbia, 29 octobre 1988-). Canada. Coach : Randy Bennett. Issu d’une famille très sportive, doté d’un frère jumeau qui brille dans plusieurs sports et d’un cadet qui pourrait le suivre dans la carrière de nageur, il débute en camp de natation avec Paul Block et fait très vite de la compétition. Athlète grand et fin, 1,93m, 82,5kg, il est 3e du 1500 mètres (14’40’’84 en séries) des Jeux de Pékin en 2008 derrière Mellouli et Hackett ; un excellent 3’44’’85 au 400 mètres, course marquée par une incroyable densité, ne lui donne guère mieux que le 9e temps, premier éliminé. Doublé médaillé en demi-fond aux Mondiaux 2009, à Rome, où il enlève le bronze du 800 mètres (7’41’’92) et l’argent du 1500 mètres (14’’41’’38). Il gagne deux médailles d’or, 400 mètres (3’48’’48) et 1500 mètres (15’1’’49), aux Jeux du Commonwealth 2010, à Dehli. Un an plus tard, aux mondiaux 2011 de Shanghai, il est 2e du 800 mètres (7’41’’86) et du 1500 mètres (14’44’’46), à chaque fois derrière Yang, 7’38’’57 et 14’34’’14, record mondial, 5e du 400 mètres (3’45’’17). Aux Jeux olympique de Londres, en 2012, il est 2e en 14’39’’63, record national derrière l’intouchable Sun Yang, qui grignote sur son record du monde en 14’31’’02. Cochrane devance Mellouli, 3e à moins d’une longueur de corps en 14’40’’31. Comme à Pékin quatre ans plus tot, il est évincé de la finale du 400 mètres, cette fois pour un centième de seconde, en 3’47’’26 ! Cette disqualification ne va pas sans une certaine dramaturgie. Le Coréen Park a été en effet disqualifié, puis requalifié par un jury d’appel, ce qui écarte Cochrane de la finale après qu’il en ait fait partie. En 2013, aux mondiaux de Barcelone, il finit 4e du 400 mètres (3’45’’02) derrière Sun Yang, hagino et Jaeger, 3e du 800 mètres (7’43’’70) derrière Yang et Michael McBroom, 2e du 1500 mètres derrière Yang, 14’42’’48 contre 14’41’’15.

COAN [Andrew B. « Andy »]

Natation.(Fort Lauderdale, 1958 ?-).États-Unis. Entraîné par Ray Bussard à Knoxville, dans le Tennessee, ce sprinter précoce était encore écolier à Pine Crest High School quand il devint recordman (51’’11) et champion du monde (51’’25, Cali, Colombie) du 100 mètres en 1975. Tours à Cali, il remporta aussi les titres mondiaux du 4 fois 100 mètres (record du monde) et du 4 fois 100 mètres quatre nages. Cette même année, il enleva le titre US des 100 yards. Diplômé de Pine Crest, il signa à l’Université de Tennessee. Il enleva sept titres NCAA (universitaires) dont deux doublés, 50 et 100 yards (ainsi en 1978), et 100 et 200 yards. Il ne put se qualifier pour les Jeux olympiques de Montréal en 1976.