Mois : février 2015

L’ITALIE LOIN DEVANT LA FRANCE?

Par ERIC LAHMY                                Samedi 28 Février 2015

Les Italiens ont produit une étude comptable basée sur le bilan mondial 2014 de natation et sont très satisfaits de s’être retrouvé à une flatteuse 6e place. Ce classement intéresse aussi les Français. Ils sont très loin derrière!

La Federnuoto (Fédération Italienne de Natation) a publié sur son site une étude basée sur le bilan mondial (1er octobre 2013-30 septembre 2014). Il apparait que l’Italie s’y situe en sixième position pour ce qui concerne les présences de nageurs entre la 1ere et la 8eme place du bilan, en grand bassin (50 mètres). Les pays qui la devancent sont les Etats-Unis d’Amérique, l’Australie, la Grande-Bretagne (comme cela avait été signalé dans ce site, l’un des pays émergents), le Japon et la Chine. Un autre classement se base non plus sur les huit premiers mais sur les huit suivants (de 9e à 16e), ce qui correspond bien sûr à des positions de demi-finalistes.

Les présences italiennes dans les huit premiers mondiaux de chaque épreuve du programme de la FINA sont celles qui suivent: 200 libre dames, Federica Pellegrini (4) 400 libre dames, Federica Pellegrini (5) 800 libre messieurs, Gabriele Detti (1) 800 libre messieurs, Gregorio Paltrinieri (2) 1500 libre messieurs, Gregorio Paltrinieri (1) 1500 libre messieurs, Gabriele Detti (7) 1500 libre dames, Martina Rita Caramignoli (8) 50 dos messieurs, Niccolò Bonacchi (6) 50 brasse messieurs, Andrea Toniato (7) 50 papillon dames, Silvia Di Pietro (6)

Les présences italiennes entre la 9e et la 16e place sont: 100 libre messieurs, Luca Leonardi (12) 100 libre messieurs, M Luca Dotto (16) 400 libre messieurs, Andrea Mitchell D’Arrigo (12) 50 dos dames, Arianna Barbieri (16) 100 dos messieurs, Christopher Ciccarese (13) 100 dos messieurs, Niccolò Bonacchi (14) 100 dos dames, Arianna Barbieri (16) 200 dos messieurs, Christopher Ciccarese (15) 200 dos dames, Federica Pellegrini (11) 50 brasse messieurs, Mattia Pesce (13) 50 brasse dames, Lisa Fissneider (16) 100 brasse messieurs, Fabio Scozzoli (16) 100 brasse dames, Arianna Castiglioni (13) 200 brasse messieurs, Luca Pizzini (15) 200 brasse dames, Elisa Celli (16) 50 papillon messieurs, Piero Codia (13) 100 papillon dames, Ilaria Bianchi (9) 100 papillon dames, Elena Di Liddo (10) 200 papillon dames, Stefania Pirozzi (14)

En attribuant un point par présence d’un nageur dans les dix-sept finales, le classement qu’obtiennent les Italiens est le suivant:

1. USA, 47, 27; 2. AUSTRALIE, 42, 25; 3. GRANDE-BRETAGNE, 28, 19; 4. JAPON, 22, 12; 5. CHINE, 19, 12; 6. ITALIE, 10, 7; 7. BRÉSIL, 9, 7; 8. DANEMARK, 9, 5; 9. HONGRIE, 9, 4; 10. RUSSIE, 8, 5; 11. ESPAGNE, 8, 4; 12. SUEDE, 7, 3; 13. CANADA, 7, 5; 14. PAYS-BAS, 6, 4; 15. FRANCE, 5, 3; 16. ALLEMAGNE, 5, 4; 17. RÉPUBLIQUE SUD AFRICAINE, 6, 3; 18. NOUVELLE- ZÉLANDE, 3, 1; 19. LITUANIE, 3, 3; 20. POLOGNE, 3, 3; 21. BIÉLORUSSIE, 2, 2; 22. SERBIE, 2, 2; 23. BAHRAIN, 2, 1; 24. CORÉE, 2, 1; 25. ILES FÉROÉ, 2, 1; 26.JAMAIQUE, 1, 1;  27. KAZHAKSTAN, 1, 1; 28. UKRAINE, 1, 1; 29. SINGAPOUR, 1, 1.

Tel que présenté par nos amis italiens, le classement entre le 9e et le 16e nageur, donne les résultats suivants. Ce tableau est tout de même moins significatif que celui des finalistes, ne serait-ce que plus on trouve de nageurs d’un pays dans les 8 premiers, moins il a de chances relatives d’en placer dans les 8 suivants. Par ailleurs, donner la même importance à une place de premier ou de huitième d’un côté, de neuvième et de seizième de l’autre, ne nous parait pas très réaliste. Imaginons qu’un pays aurait classé dix-sept nageurs en tête des bilans, et un autre dix-sept nageurs en huitième place, ils seraient ex-aequo dans ce classement. Disons donc que ce tableau est seulement indicatif.

Il est aussi inquiétant pour les Français, quinzièmes, qui s’en sont sortis jusqu’ici surtout grâce, nous semble-t-il, au très bon management de l’équipe nationale dans les grands événements. Ici, autant la louve italienne a le pelage lustré, autant le coq gaulois parait déplumé. Pourvu que la préparation à la française, qui a fait quelques miracles ces dernières années, ne nous lâche pas à Kazan, aux prochains mondiaux!
Le classement pour des demi-finalistes:

1.GRANDE-BRETAGNE, 19, 17; 2. ITALIE, 18, 16; 3. RUSSIE, 18, 15; 4. USA, 15, 12; 5. CHINE, 14, 12; 6. JAPON, 12, 12; 7. ALLEMAGNE, 12, 11; 8. AUSTRALIE, 11, 11; 9. HONGRIE, 11, 8; 10.FRANCE, 10, 9; 11. CANADA, 9, 8; 12. ESPAGNE, 7, 6; 13. PAYS-BAS, 6, 5; 14. BRÉSIL, 5, 5; 15. DANEMARK, 4, 3; 16. SUEDE, 3, 3; 17. BIÉLORUSSIE, 3, 2; 18. POLOGNE, 3, 2; 19. RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE, 2, 2; 20. UKRAINE, 2, 2; 21 LITUANIE, 2, 2; 22. NOUVELLE-ZÉLANDE, 2, 1; 23. JAMAIQUE, 1, 1; 24. CORÉE, 1, 1; 25. KAZAKHSTAN, 1, 1.

COMMENT GAGNER UN MILLIARD SANS SE FATIGUER

Samedi 28 Février 2015

Alors que la Fédération Internationale de Natation cherche la ville qui remplacera à l’organisation des Mondiaux 2017, Guadalajara, au Mexique, s’étant récusée pour des raisons financières, nous vient de Rio de Janeiro la nouvelle que le Comité International Olympique a accepté un certain nombre de propositions effectuées par Tokyo, concernant les Jeux olympiques de 2020, qui devraient permettre autour de un millions de dollars US d’économies (soir 890 millions d’Euros).

Pour ce faire, plusieurs sports ont été déménagés (basket, canoë-slalom, sports équestres) dans d’autres lieux que les arènes sportives temporaires qui avaient été prévues. En basket, on fera du neuf avec du vieux, et les compétitions se tiendront dans l’enceinte de 37.000 places de la Super Arène de Saitama, qui avait accueilli les mondiaux 2006. Même retour aux sources pour les jeux équestres, prévus désormais au Parc Baji, à 50 minutes du centre-ville, et où évoluèrent les cavaliers aux Jeux olympiques (de Tokyo bien sûr) en 1964. La tenue du canoë-slalom du Parc Kazai Tinkai à quelques centaines de mètres de là apaisera les inquiétudes des protestataires environnementaux.

Le plan original des Jeux prévoyait que les compétitions se tiendraient toutes à 8 km du village olympique. Mais un milliard de dollars vaut bien les inconvénients mineurs de déplacer un peu plus loin que prévu pendant quelques jours les spectateurs, a déclaré Christophe Dubi, le Directeur exécutif des Jeux olympiques du CIO. Discours intéressant dans la mesure où il montre un tournant dans les exigences d’un organisme assez rigide quant à la perfection et le luxe exigé des cités organisatrices. On peu penser que les mésaventures vécues avec les forfaits de villes organisatrices des Jeux d’hiver et le peu d’enthousiasme parmi les villes candidates a fait réfléchir à Lausanne. D’autres changements pourvoyeurs d’économies supplémentaires sont actuellement négociés avec d’autres sports, badminton, cyclisme, escrime, voile et taekwondo. On estime que 10 sur les 27 stades et lieux d’implantation des Jeux pourraient être déplacés. Un programme complet dans ce sens sera présenté en avril au CIO à Lausanne, a-t-on fait savoir au CIO on l’on a assuré que l’expérience des participants sera la même et que l’intégrité des Jeux sera respectée.

Le temps des dépenses somptuaires est-il passé?

LA PERLE RARE QUE LA FRANCE A RATÉE

pAR ERIC LAHMY             Vendredi 27 Fevrier 2015

D’un certain point de vue, Sharon Rouwendaal est la nageuse que la France a raté. Attention, la jeune fille (1,72m, 64kg) va bien, merci pour elle, comme championne, elle se pose là, et son entraîneur, qui n’est autre que Philippe Lucas (beaucoup de succès auprès des filles, Philippe) a l’air de faire du bon travail avec elle. La revue américaine Swimming World ne l’a-t-elle pas nommée nageuse d’eau libre numéro une de l’année 2014 ? Il n’empêche : elle a longtemps suggéré qu’elle aurait bien aimé nager pour la France et cette perspective parait désormais bouchée.

Née le 9 septembre 1993 à Barrn, Utrecht, aux Pays-Bas 1,72m, 64kg, Sharon dispose donc, en termes de gabarit, D’UN parfait outillage. Mais elle n’a pas que ça. Licenciée dans son pays à l’Eiffel Swimmers PSV d’Eindhoven, en France à Sarcelles, mais nageant à Narbonne, elle s’est trouvée longtemps écartelée entre ses divers dons d’un côté, son dilemme national de l’autre.

Van Rouwendaal a connu une année à succès à la fois dans la piscine et en eau libre, et la couronne que Swimming World lui a décernée, elle la doit à son titre de championne d’Europe des 10 kilomètres, gagné à Berlin avec une certaine maestria. Après ce succès obtenu d’entrée des championnats, elle dut attendre une semaine pour s’aligner sur 400 mètres, où elle termina deuxième, derrière la Britannique Jazmin mais devant l’Espagnole Mireia Belmonte. Sur une distance qui apparaissait comme du sprint pour elle, c’était très méritoire.

Bien des gens dans la natation française connaissent les affinités de Sharon avec la France. Cette charmante blonde a passé une grande partie de sa jeunesse dans le pays de Descartes. Elle retourna aux Pays-Bas en 2008, arracha les titres nationaux du 800 mètres et du 1500 mètres, puis, dans la foulée, conquit ses premières médailles internationales, aux championnats d’Europe juniors de Belgrade, où elle triompha sur 1500 mètres avec un nouveau record absolu des Pays-Bas. Suivit une rafle sur les médailles de bronze des 200 mètres, 400 mètres et 800 mètres libre.

OUEST-FRANCE CHANTE LA NOUVELLE MANAUDOU

L’année suivante, toujours dans les rangs des juniors, elle devint championne d’Europe du 400 mètres à Prague. En 2010, aux championnats d’Europe petit bassin, elle finit 2e des 100 et 200 mètres dos. En 2013, elle fut également 3e du 800 mètres, toujours en Europe et en petit bassin, à Herning, au Danemark, sur 800 mètres. Mais n’anticipons pas.

Sharon a d’abord été passionnée d’athlétisme et de triathlon, puis elle a bifurqué à 13 ans vers la natation. Entre 7  et 16 ans (2000 et 2009), elle a vécu en France, où elle a fait ses premières armes de nageuse, puis s’est aguerrie. A 16 ans, retour aux Pays-Bas, elle a un niveau suffisant pour signer dans le club le plus huppé du pays et avec le programme Topsport, qui va lui assurer un niveau de préparation d’élite.

Rien d’étonnant : dès avril 2008, le quotidien Ouest-France la signale à ses lecteurs sous un titre éloquent : La Nouvelle Laure Manaudou S’Appelle Sharon Van Rouwendaal.

Sous la plume de l’envoyé spécial d’Ouest-France, Jean-Luc Pellizza, on apprend alors que la jeune fille est « une crevette speedée qui file comme une possédée. Sharon Van Rouwendaal, 14 ans, 1,67 m de détermination farouche et de talent, est un de ces phénomènes qui poussent parfois dans les bassins. Voir une minime toute frétillante taper les « grandes » avec une telle aisance fait forcément fantasmer. On lui prédit un avenir de star et des médailles comme s’il en pleuvait. Un dans l’oeil de qui elle a forcément tapé, c’est Philippe Lucas. »

Un an plus tôt, en 2007, Sharon a quitté les PTT de Périgueux où elle était entraînée par Cédric Moncet, pour rejoindre le Cercle des Nageurs de Braud et Saint-Louis, basé en Gironde, et qu’entraîne Alexis Pannier, un fou de natation, le père d’Anthony, qui est alors un espoir du 1500 mètres ; et puis elle va nager de temps en temps à Narbonne avec Lucas.

 « C’est du très bon, du très costaud, affirme le coach à notre confrère. Elle a commencé à travailler plus tôt le demi-fond et, surtout, bosser ne lui fait pas peur. Pour ça qu’elle est meilleure que Laure à son âge, même si elle est moins grande de 10 cm ». On se dit qu’une nageuse qui parvient à épater Lucas sous l’angle de la détermination et du courage au travail doit en effet être particulièrement solide mentalement. Lucas a remarqué l’encore fragile Sharon lors de stages à Canet. La petite demoiselle, qui depuis a pris de la taille et des muscles, est insatiable dès qu’il s’agit de faire des allers et retours dans une baignoire surdimensionnée (selon l’expression d’Yannick Agnel). Lucas se positionne assez près de cette ondine de caractère qui l’intéresse au plus haut point, et sa chance est d’être proche d’Alexis Pannier. Sharon habite à l’époque chez Pannier, à Braud-et-Saint-Louis, près de Bordeaux, depuis un an.

« Je l’adore, déclare alors Pannier à Pellizza. Sa jeune locataire encaisse fort bien les 80 kilomètres d’entraînement qu’il lui impose par semaine. Il y a tellement de belles choses dans elle. Elle sait ce qu’elle veut, comment y arriver. Sharon est très réfléchie ».

Quant à Sharon, à l’époque, elle se demande pour quel pays elle va nager. Ses parents envisagent une naturalisation française… Une idée qui la séduit :« j’ai passé la moitié de ma vie ici, et je me sens Française. Je suis arrivée à 7 ans quand mes parents sont venus vivre près de Périgueux. Je ne veux pas nager pour un autre pays, car ici c’est chez moi », dit-elle alors.

TROP TÔT POUR DEVENIR FRANÇAISE

La Fédération française de natation a-t-elle alors un œil sur elle ? Oh ! Que oui…Elle a même cherché à la faire naturaliser tout de suite. De bonne guerre mais… Trop jeune. La demoiselle devra en faire la demande à 16 ans. Et elle n’en a alors pas quinze. C’est ça la natation. Un sport où l’on peut rencontrer une Katie Ledecky championne olympique qui n’a le droit ni de voter, ni de conduire une automobile… « Mais je voulais aller à Pékin. »Alors adieu la France ? Elle ne peut courir que sous les couleurs des Pays-Bas. Il lui suffira de nager un 800 mètres en 8′ 35’’98. Mais ce ne sera pas pour cette année.

En 2008, à défaut de visiter la Chine, elle est championne d’Europe de la jeunesse, détient le record néerlandais du 100 mètres dos. Encore un an, et la voilà aux Pays-Bas, à nager dur à Eindhoven avec Jeanet Mulder  (qui entraîna Ranomi Kromowidjojo).  S’étant qualifiée, en 2010, pour les championnats d’Europe de Budapest, elle passa sous la férule de Jacco Verhaeren. Elle y sera 8e du 100 mètres dos en 1’1’’79, 5e du 200 mètres dos en 2’11’’56…

2011. Sharon continue de progresser. Les mondiaux 2011 de Shanghai viennent à point pour étalonner son évolution. Sur 100 mètres dos, ses 1’0’’61 (9e)et ses 1’0’’14 (12e ex-aequo) en demi marquent son développement, mais ne suffisent pas à la distinguer suffisamment dans une épreuve où désormais la minute ne suffit plus… Sur 200 mètres dos, elle fait honneur à sa résistance : toujours seulement 9e avec 2’9’’65 en séries, qualifiée en finale avec le 6e temps, 2’8’’42 (à un centième d’Alexianne Castel), elle arrache le bronze en finale, en 2’7’’78, derrière Melissa Franklin, 2’5’’10, l’Australienne Belinda Hocking, 2’6’’06, et tout juste devant l’Ukrainienne Daryna Zevina, 2’7’’82. Mais aucune présence de Sharon dans les épreuves de 400 mètres, 800 mètres, 1500 mètres. La demi-fondeuse a fondu.

La dossiste va-t-elle s’affirmer ? Que nenni. Aux Jeux olympiques, elle n’est pas engagée sur 100 mètres dos, finit 16e des séries sur la distance double en 2’10’’60 et 11e des demi en 2’9’’50. Privée de finale ! Dans le relais quatre nages, manquant totalement de vitesse, elle plombe toutes les chances de l’équipe qui échoue à la 6e place malgré une monumentale Kromowidjojo qui récupère une grosse longueur sur les Danoises. On cherchera en vain une trace de la présence de Sharon aux mondiaux 2013. Après la demi-fondeuse fondue, voici la dossiste volatilisée. Rien ne va plus. Sharon est inscrite aux abonnées absentes.

Elle effectue une petite remontée aux Europe petit bassin de décembre 2013, à Herning. Qui marque son retour en demi-fond. Nage libre : 3e du 800 mètres nagé en finales directes en 8’14’’23, assez loin de Mireia Belmonte Garcia, 8’5’’18, et de Lotte Friis, 8’8’’78, toutes dans la 3e série, et devant Jazmin Carlin, 8’16’’91, qui a nagé dans la première série. Pas de quoi s’accrocher aux rideaux, mais un petit frémissement. D’autant que Sharon passe sous les 4’ au 400 où elle passe assez près de la médaille, en 3’59’’22, derrière Belmonte, 3’56’’14, Friis, 3’58’’35 et Federica Pellegrini, 3’58’’90. Elle ne prend pas le départ du 200 mètres où son manque de vitesse de base l’aurait condamnée à jouer les utilités… et rate la qualification en finale du 200 mètres dos où son temps, 2’11’’18, très loin des leaders, ne lui vaut que la 14e place.

Revenue en France, Sharon a rejoint Philippe Lucas. Elle pense avoir besoin d’un coach intransigeant, qui demande beaucoup de travail. Il est des tempéraments comme ça, qui ne s’expriment jamais mieux qu’à travers un développement de leurs capacités de résistance et d’endurance et qui se sentent frustrés quand on les en prive. La grande Shane Gould avait marqué un certain dépit quand elle avait nagé aux Etats-Unis, après les Jeux olympiques de 1972 dont elle avait été la grande triomphatrice. Les séances de Nort Thornton, à côté de ce qu’elle subissait avec Forbes Carlile, lui semblaient être de la roupie de sansonnet, et elle en aurait redemandé. Je ne sais dans quelle mesure Katinka Hosszu n’a-t-elle pas reproché la même chose à USC chez David Salo, quand elle se fut « plantée » aux Jeux de Londres.

LA DÉSOBÉISSANCE PEUT ÊTRE BONNE CONSEILLÈRE

Avec Lucas, cette sensation de ne pas en faire assez, inscrite dans ses muscles, on imagine mal qu’elle ait perduré. A Narbonne, où Lucas a  élu domicile tout en étant licencié à Sarcelles, elle s’en donne à cœur joie. Et les résultats arrivent. Aux championnats d’Europe 2014, elle titille Jazmin Carlin sur 400 mètres en 4’3’’76 contre 4’3’’24 et passe devant deux divas, Belmonte et Pellegrini. Sur 800 mètres, elle est 5e en 8’28’’28. Et sur 1500, elle n’a pu se qualifier pour la finale, finissant 9e des séries en 16’26’’53. Contrecoup sans doute de sa victoire, sept et neuf jours plus tôt, dans le 10 kilomètres (épreuve olympique). Un formidable exploit, car elle s’est jouée au sprint de la championne olympique hongroise Eva Risztov au monstrueux palmarès (58 titres hongrois), laquelle a devancé l’Italienne Aurora Ponselé et la Française Aurélie Muller. Victoire de l’instinct qui contraint Sharon à désobéir à Lucas. Celui-ci lui a donné comme consigne de « partir » aux cinq kilomètres. Mais Van Rouwendaal sent alors qu’elle ne pourra pas créer le trou et choisit l’attentisme. Stratégie gagnante ! Le coach ne lui en voudra pas, qui vantera son intelligence.

La fin de l’année a quelque chose d’une apothéose pour Sharon Van Rouwendaal. Qui, aux championnats du monde en petit bassin, à Doha, au mois de décembre, monte sur les podiums du 400 mètres (2e en 3’57’’76) et du 800 mètres (3e en 8’8’’17), et connait les honneurs de la première place avec le relais quatre fois 200 mètres des Néerlandaises, lequel relais bat le record du monde en 7’32’’85. C’est une course étonnante. Les Néerlandaises présentent une équipe assez intimidante, mais dont le point faible n’est autre que Sharon Van Rouwendaal. La stratégie consiste à la faire partir dernière après lui avoir assuré un maximum d’avance. Dès les séries, Sharon a réalisé un exploit, nageant son parcours en 1’54’’14, rassurant pour ses copines. En finale, ça démarre moyen : Inge Dekker finit son parcours 6e très loin de la Chinoise. Mais derrière, les Néerlandaises ont placé leur atout maître, Femke Heemskerk qui va nager 1’51’’22, le plus rapide des vingt-quatre 200 mètres lancé de cette finale. Les Chinoises sont à deux longueurs. Kromowidjojo suit avec un solide 1’54’’17. Les Chinoises à deux longueurs et demi. Mais que va faire Sharon, qui va devoir « manager » avec Shen Duo la Chinoise du 200 mètres, vainqueur de la course des Jeux asiatiques. Mais Shen n’existera pas, car Van Rouwendaal, remontée comme une pendule, signe un éloquent 1’52’’73 ! A l’interview, Kromowidjojo en majesté ne cessait de féliciter Rouwendaal, qui avait réussi brillamment son examen de passage d’équipière, elle qui a si souvent vécu dans la solitude de la nageuse de fond.

TROP TARD POUR DEVENIR FRANçAISE

Pour Sharon Ban Rouwendaal, ce relais royal signifiait qu’elle n’avait rien perdu en ne changeant pas de nationalité. Car la course lui offre une chance de médaille olympique dont l’équivalent français, orphelin de Camille Muffat, est désormais assez loin.  

Depuis, Van Rouwendaal a montré qu’elle disposait peut-être du registre le plus étonnant de la natation actuelle (si l’on se permet d’oublier un instant ce que pourrait faire dans ce domaine de l’éclectisme la terrifiante Katie Ledecky). A Perth, en Australie, cinq semaines après son relais marquant, elle a marqué une nouvelle fois son territoire de chasse, et infligé une nouvelle défaite, sur 10 kilomètres, à quelques éléments les plus douées et les plus ambitieuses du marathon nautique, la Britannique Keri-Ann Payne, l’Américaine Rebecca Mann, et les Australiennes Mel Gorman, Chelsea Gubecka et Kareena Lee

Cette capacité de passer du bassin fermé à l’eau libre, sans doute pas unique (n’est-ce pas, Oussama Mellouli ?) doit être quand même la marque de sacrés nageurs. La voilà donc, en théorie, dans la course sur trois épreuves aux Jeux olympiques de Rio 2016 : il s’agit bien entendu du 400m, du 800 et des dix kilomètres. Sans oublier le quatre fois 200m…

Cette possibilité reste pour l’instant théorique, dans la mesure où, dans le programme des Jeux tel qu’il est proposé par les organisateurs, la longue distance se disputera pendant les deux premiers jours des courses en piscine. Si les choses ne changent pas, Van Rouwendaal sera de ceux qui devront faire des choix douloureux. Si les nageurs de piscine préfèreront la piscine, les courses d’eau libre seront affaiblies…

Il fut un temps où la possibilité pour Phelps de multiplier les exploits aux Jeux de Pékin, avait conduit les édiles de la FINA, à reformater leur programme pour faciliter le parcours de l’Américain. Ils n’avaient en rien aidé, en revanche, Katie Hoff, autre ambitieuse pluridisciplinaire, d’en faire autant. N’espérons pas trop de voir les dirigeants mondiaux se pencher sur les soucis de la Néerlandaise…  

DOPAGE : UN COMPTE A DORMIR DEBOUT ?

POUR CES LABORATOIRES, CRIER AU DOPAGE GENERALISE, C’EST UNE FACON DETOURNEE DE DEMANDER PLUS D’ARGENT

Par Eric LAHMY

Mercredi 25 Février 2015

Entre le “tous dopés” des uns et “un sport propre” des autres, je ne sais pas pour vous, mais j’ai toujours navigué dans un brouillard de convictions. C’est sans doute ce brouillard qui m’a permis de continuer à m’intéresser à la compétition. Les illusions d’un « sport propre » m’habitaient (comme sans doute beaucoup de jeunes, j’ignorais l’existence de moyens de se doper). Mais peut-être manquai-je d’imagination ! Quand, étudiant nageur, mon entraîneur m’avait recommandé de prendre de la striadyne, un vaso-dilatateur, que, dans mon souvenir, j’avais refusé d’ingurgiter, ou quand, de ma propre initiative, je consommais du Guronsan, une vitamine C effervescente au goût d’orange contenant de la caféine (plus pour me soutenir dans mes études que pour nager d’ailleurs), j’aurais été très étonné de savoir que ces produits d’apparence anodine seraient un jour inscrits dans des listes de produits dopants !

Une toute récente étude néerlandaise publiée dans Sports Medicine de janvier 2015 prétend que la prévalence du dopage dans le sport d’élite s’inscrit dans une fourchette (trop large pour être prise au sérieux ?) de 14 à 39 pour cent – mais, malgré l’imprécision dans sa précision, je me dis que jusqu’ici, jamais l’on avait envisagé une telle étendue du problème – très au-dessus de ce qu’on croyait, et pour ainsi dire catastrophique …

Sur quoi se base une telle conclusion? Sur deux études utilisant des méthodes très différentes. La première a comparé 7.000 tests sanguins prélevés entre 2001 et 2010 chez 2700 pratiquants d’élite de l’athlétisme avec des lectures effectuées à la fois sur des dopés et des non-dopés également répertoriés. Il est apparu que 14 pour cent des athlètes d’élite montraient un taux d’hémoglobine élevé. Pourraient-ils s’être engagés dans une quelconque manipulation sanguine ? C’est ce que supposent les auteurs de cette recherche. Ce travail était centré sur le dopage sanguin seul et s’était désintéressé du « reste ». Le passeport stéroïdien ne devrait pas permettre d’étude sur les prises d’anabolisants avant quelques années.

AUCUNE PREUVE DE DOPAGE

La deuxième étude effectuée par Olivier De Hon, directeur des affaires scientifiques de Dopingautoriteit, l’organisation néerlandaise anti-dopage (NADO), et ses confrères, consiste en une technique de réponse aléatoire dite RRT dans laquelle on questionne un groupe : en l’occurrence 400 athlètes allemands de niveau olympique en 2007. Le principe de cette technique de questionnement, utilisée dans les affaires criminelles, permettrait d’éliminer les réponses évasives et de compenser les répugnances à répondre franchement à une question directe en associant la question qui fâche à une autre anodine et dont la portée peut être déduite de façon mathématique. De vous à moi, je n’y ai rien compris mais d’après De Hon, la proportion d’athlètes qui ont admis ainsi implicitement (1) s’être dopés se situait dans une fourchette large) de 20 à 39%.

Un que ce rapport n’a pas impressionné, c’est Frédéric Nordmann, ancien nageur et hockeyeur sur gazon, qui a longtemps travaillé et s’est souvent exprimé sur les questions du dopage; des taux d’hémoglobine élevés, nous explique-t-il, ne sont en rien la preuve d’un dopage. « Entre trois et quatre virgule cinq pour cent des citoyens présentent naturellement des taux plus élevés que les normes établies. De plus, des dosages sur des gens qui s’entraînent en altitude vont vous donner là aussi des chiffres hors-normes. Ajoutez ces deux populations, et vous n’êtes pas bien loin des quatorze pour cent dénoncés par l’étude ! Maintenant, pour ce qui concerne le test de réponse aléatoire, il me semble relever de la psychiatrie cognitive, dont raffolent les Américains, mais qui ne correspond pas à notre approche. » On ne saurait être plus dubitatif que Nordmann selon qui l’urgence serait de poser la question du dopage dans l’entreprise : « le sport est à l’image de ce qui se passe dans le monde ; si la réflexion concernant les produits a bien été menée dans l’aviation et dans l’armée, il n’en va pas de même pour certaines professions, ainsi les routiers. »

C’EST FOU? OU C’EST FLOU?

Quoiqu’il en soit, interrogé par le journaliste britannique David Owen, pour le site britannique insidethegames, De Hon a regretté la minceur des informations courant sur la question du dopage, et en a appelé aux gouvernements pour qu’ils permettent une meilleure connaissance du phénomène. « Notre conclusion est que la fourchette 14-39 est la meilleure estimation qu’on puisse avoir aujourd’hui, a continué De Hon, pour qui cette imprécision était le signe d’une vraie méconnaissance de la pratique dopante et de son étendue. « Si les organismes gouvernementaux étaient plus actifs et plus transparents dans ce domaine, nous serions en mesure de nous faire une meilleure idée de la vraie prévalence du dopage dans le sport. » Maintenant, avouer son ignorance et publier de tels chiffres, qu’est-ce que cela peut signifier? Un effet d’annonce? Ou une vraie inquiétude? Et ces chiffres fous sont-ils autre chose que des chiffres flous? Il y a un côté « je ne sais rien mais je dirai tout » assez décevant dans tout cela.

Déjà, il y a trois ans, David Howman, directeur général de l’Agence mondiale anti-dopage (WADA) avait suggéré que, si le nombre des dopés avait été évalué à un ou deux pour cent des sportifs, des recherches récentes suggéraient de retenir plutôt un nombre à deux chiffres. Mais, ajoutait-il, les incertitudes restaient nombreuses, et, donc, impossible de savoir si le dopage gagnait ou perdait du terrain, si la politique menée est efficace, si l’argent employé dans cette lutte était bien dépensé et si les désagréments que vivaient les sportifs contrôlés régulièrement en valaient la peine. Pour De Hon, comme ses confrères Harm Kuipers et Maarten van Bottenbourg, des Universités de Maastricht et d’Utrecht, les autorités ont une responsabilité morale  dans l’impact des contrôles sur les champions ; d’autres études non publiées ont été menées sur la question, dont ils souhaitent qu’elles soient rendues publiques. Un jour, ont-ils ajouté, on devrait pouvoir mesurer les taux de certains produits à travers l’analyse chimique des égouts dans les centres d’entrainement !

Quel bonheur! Passera-t-on ainsi, sans crier gare, du goût du sport à l’égout du sport ?

(1) Le implicitement est ajouté par moi. E.L.

MONDIAUX 2017 A BUDAPEST OU SINGAPOUR ?

Lundi 23 Février 2015

Si les candidatures ne se pressent pas pour prendre la relève après le forfait de Guadalajara, Mexique, à l’organisation des mondiaux 2017 de natation, il semble qu’une liste succincte des lieux possibles d’implantation se met en place : Budapest, Singapour ou une ville australienne…

La Hongrie et Singapour émergent comme candidats potentiels à l’organisation des championnats du monde 2017, en remplacement de Guadalajara, au Mexique, candidate désignée qui a jeté l’éponge ce 18 Février, dit-on à Lausanne, au siège social de la Fédération Internationale (FINA).

Une nouvelle fois, c’est la chute des prix du pétrole (dont le Mexique était en 2013 le 9e producteur du monde) qui a été accusée, la chute des prix étant bien entendu une mauvaise affaire pour les producteurs (privatisés depuis 2013 au Mexique) de ce liquide toxique à tout point de vue mais indispensable et rémunérateur. La Grande-Bretagne et les USA, sollicités, ont fait savoir qu’ils n’étaient pas intéressés en raison des courts délais d’organisation et les coûts élevés d’une telle compétition. Un candidat s’est fait connaître, c’est Singapour. Pour The New Paper, un tabloïd de Singapour, qui cite Jose Raymond, le vice-président de la Singapore Swimming Association, la ville serait intéressée à certaines conditions : « une étude détaillée, une analyse des exigences de l’événement et le budget » devraient être produit avant de soumettre un dossier de candidature.

Singapour accueille cette année les mondiaux juniors de natation. Mais les organisateurs potentiels paraissent inquiets du prix de revient et de la lourdeur du programme complet des mondiaux, qui s’est considérablement étoffé ces dernières années. Ce programme est-il « riche » ou frise-t-il l’apoplexie ? A vous de choisir. Toujours est-il qu’entre les 37 épreuves des premiers Mondiaux de Belgrade, en 1973, et les 68 courses et concours disputés aux derniers mondiaux, à Barcelone en 2013, ce programme a presque doublé. Mais il n’y a pas que cela, et c’est toute une suite d’exigences, voire de gourmandises, de la FINA vis-à-vis des candidats qui pèse finalement sur l’organisation.

Une autre ville pourrait se présenter, qui n’est autre que Budapest. Selon le site US SwimSwam, Tamas Gyarfas, le président de la Fédération hongroise de natation, aurait même évoqué la possibilité d’intervertir les années d’organisation par la capitale hongroise, 2017 pour les mondiaux juniors et 2021 pour les mondiaux seniors. Cette interversion permettrait à la FINA d’effectuer en temps la recherche pour l’année 2021 (mais se poserait alors l’organisation des mondiaux juniors). Budapest, dont on dit par ailleurs, qu’elle envisage une candidature à l’organisation des Jeux olympiques (qui rendrait grâce à la tradition sportive très vivace de ce pays), pourrait démontrer à travers des mondiaux disputés en 2017, c’est-à-dire avant le choix de la ville organisatrice des Jeux de 2024, sa capacité à gérer un grand spectacle sportif.

D’après le Directeur exécutif de la FINA, Cornel Marculescu, l’Australie pourrait être considérée comme une option sérieuse. La FINA entend proposer « quelque chose de concret » au sujet des mondiaux 2017 d’ici une semaine ou deux.

COMMENT LES NAGEURS ACCEDENT AUX MEDAILLES OLYMPIQUES

Par Philippe HELLARD et Robin PLATT

Etude Document réalisé à partir de l’étude des carrières de 2800 nageurs.

1. Les épreuves de demi‐fond.

Dans les épreuves de demi‐fond, 800 mètres nage libre filles et 1500 mètres nage libre garçons, les filles rentrent en moyenne dans les 100 meilleures Mondiales à 17,5 ans (+/‐ 2,5 ans) et les garçons à 19 ans (+/‐2,5 ans). Le rang d’entrée pour les non finalistes est le 64eme, le 35eme  pour les finalistes et le 25eme (+/‐ 20 places) pour les médaillés Olympiques. Les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu autour de 19 ans (+/‐ 2 ans) pour les filles et de 20 ans (+/‐ 2 ans) chez les garçons. Au cours de cette progression, les filles et les garçons médaillés aux Jeux Olympiques et aux championnats du Monde gagnent environ 25 places (+/‐ 20 places) au classement Mondial alors que les finalistes gagnent 15 places et les non finalistes 10 places. A deux ans des Jeux Olympiques les médaillées sont dans les 15 premiers Mondiaux (+/‐ 10 places) et dans les 5 premiers Mondiaux (+/‐ 5 places) à une année des Jeux Olympiques. La première médaille Olympique est obtenue en moyenne à 19 ans chez les filles et 20 ans chez les garçons. Les médaillés Olympiques ont une carrière plus longue dans les 100 meilleurs Mondiaux, 24,3 ans pour les médaillés contre 21 ans pour les non finalistes. Le nombre de régression n’influence pas les chances d’accès aux médailles Olympiques.

INTERPRETATIONS

 Les dispersions sont considérables, ce qui signifie qu’au‐delà des tendances moyennes de nombreux schémas sont observés.

 Les filles rentrent dans les 100 meilleures Mondiales un an plus tôt que les garçons.

 Les médaillés Olympiques accèdent au niveau de la trentième place, c’est le facteur talent, dans les deux ans suivant cette accession elles (ils) progressent d’environ 25 places (c’est le facteur qualité de l’entraînement et entraînabilité). A deux ans des JO, les médaillés sont autour des 15 meilleurs Mondiaux et dans les 5 meilleurs Mondiaux l’année des Jeux Olympiques (c’est le facteur qualité de la préparation Olympique).

 Les carrières des médaillés Olympiques durent plus longtemps  et le nombre de régressions n’a que peu d’influence sur les chances de succès.

Ce que nous pensons :

 Dans les épreuves de demi‐fond‐comme dans les épreuves de sprint la base de nageurs doit être la plus élevée possible à 14, 15, 16 ans. Une augmentation importante du volume à 17, 18, 19 ans, doit conduire les nageuses et nageurs au plus près de la trentième place mondiale. Dans les 1 à 3 années qui suivent une nouvelle augmentation du volume et de l’intensité doit conduire les nageurs dans les 5 à 10 meilleurs Mondiaux 1 an avant les Jeux Olympiques.

2. Les épreuves de sprint.

Dans les épreuves de sprint ,100 nage libre, les filles rentrent en moyenne dans les 100 meilleures Mondiales à 19 ans (+/‐ 2 ans) et les garçons à 21 ans (+/‐2,5 ans). Le rang d’entrée pour les non finalistes est le 65e, entre le 40e et le 35e pour les finalistes et le 30e (+/‐ 20 places) pour les médaillés Olympiques. Pour les médaillés Olympiques, les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu 3 ans après l’entrée dans le ranking Mondial autour de 22 ans (+/‐ 2 ans) pour les filles et de 23 ans (+/‐ 2 ans) chez les garçons. Au cours de cette progression les filles et les garçons médaillés aux Jeux Olympiques et aux championnats du Monde gagnent entre 25 et 30 places (+/‐ 20 places) au classement Mondial alors que les finalistes gagnent entre 10 et 15 places et les non finalistes moins de 10 places. A deux ans des Jeux Olympiques les médaillées sont dans les 20 premiers Mondiaux (+/‐ 10 places) et dans les 8 premiers Mondiaux (+/‐ 5 places) à une année des Jeux Olympiques. La première médaille Olympique est obtenue en moyenne à 22 ans chez les filles et à 23 ans chez les garçons. Les médaillés Olympiques ont une carrière plus longue dans les 100 meilleurs Mondiaux. L’âge de sortie des rankings est de 26 ans pour les médaillés contre 22 ans pour les non finalistes. Au cours de ces nombreuses années les évolutions de carrière sont non linéaires pour les médaillées alternant plusieurs progressions et régressions. Le nombre de régression n’influence pas les chances d’accès aux médailles Olympiques.

IINTERPRETATIONS

 Les dispersions sont considérables, ce qui signifie qu’au‐delà des tendances moyennes de nombreux schémas sont observés.

 Les filles rentrent dans les 100 meilleures Mondiales 1 an plus tôt que les garçons mais les sprinters rentrent en moyenne dans les 100 meilleurs Mondiaux 2 ans plus tard comparativement aux nageurs de demi‐fond (Maturation probable du système anaérobie et développement de la force).

 Les médaillés Olympiques accèdent au niveau de la trentième place, c’est le facteur talent, dans les trois ans suivant cette accession elles (ils) progressent d’environ 25 places (c’est le facteur qualité de l’entraînement et entraînabilité).

 La durée de la plus forte progression est plus longue chez les sprinteuses et sprinters comparativement aux nageuses et nageurs de demi‐fond (3 ans contre 2 ans). C’est sans doute le temps nécessaire au développement des qualités de force et du système anaérobie.

 A deux ans des JO, les médaillés sont autour des 20 meilleurs Mondiaux et dans les 8 meilleurs Mondiaux l’année des Jeux Olympiques (c’est le facteur qualité de la préparation Olympique).

 Les carrières des médaillés Olympiques durent longtemps (environ 6 ans) et le nombre de régressions n’a que peu d’influence sur les chances d’obtention d’une médaille Olympique.

45% des médailles sont obtenues au cours de la seconde Olympiade pour les sprinters.

Ce que nous pensons :

Dans les épreuves de demi‐fond‐comme dans les épreuves de sprint la base de nageurs doit être la plus importante possible à 15, 16, 17, 18 ans. Une augmentation importante du volume à 19, 20, 21 ans doit conduire les nageuses et nageurs au plus près de la trentième place Mondiale. Au cours des

3 années qui suivent une nouvelle augmentation du volume, de l’intensité et du travail à sec doit conduire les nageurs dans les 5 à 10 meilleurs Mondiaux 1 an avant les Jeux Olympiques. Les carrières doivent être aménagées pour durer longtemps. Les médailles Olympiques chez les sprinters sont souvent obtenues au cours de la seconde Olympiade.

Note de bas de page   Par Eric LAHMY

Samedi 21 Février 2015

Travail d’un intérêt sociologique, voire stratégique. Montrant comment on accède à l’excellence, ce profil statistique d’une population de nageurs de haut niveau peut donner l’idée d’une façon de procéder, ou d’accompagner les carrières de jeunes espoirs de façon qu’ils suivent cette évolution à condition d’interpréter correctement les données. Savoir quand il faut appuyer sur le champignon, connaître les virages dangereux, bref ce qu’on peut savoir d’une topologie de carrière est toujours intéressant.

Dans l’ensemble, l’étude confirme certaines impressions anciennes, qui avaient conduit par exemple à créer une différence dans les catégories d’âge entre filles et garçons. Dans les années 1960, les différences d’âge dans les accès au haut niveau étaient plus proches de deux ans que d’un an. Cela était-il dû, comme je le crois, au poids de la natation américaine et à la faible possibilité pour les nageuses de ce pays dominant de continuer à nager au plus haut niveau au-delà du lycée (18 ans) alors que les garçons disposaient de quatre années de carrière de plus grâce aux bourses universitaires ? Aujourd’hui la natation américaine n’est plus aussi dominante, le « Titre IX » a permis d’offrir des possibilités comparables aux filles et aux garçons, et des carrières « professionnelles ». Ces trois facteurs ont contribué à rallonger les carrières des nageuses, et, donc, à rendre un peu plus difficile l’entrée des jeunes dans l’élite (il est évident qu’une Dara Torres, 41 ans, une Thérèse Alshammar, 30 ans et plus, un Katinka Hosszu) « prennent » des places de jeunes ou bloquent des places dans le top niveau. Reste que la femme atteint sa maturité physiologique et sportive (et serai-je tenté de dire, intellectuelle et émotionnelle) plus tôt que l’homme.

Dans les détails, il est difficile de se faire une opinion. Exemple d’une donnée brute : « Pour les médaillés Olympiques, les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu 3 ans après l’entrée dans le ranking Mondial autour de 22 ans (+/ 2 ans) pour les filles et de 23 ans (+/ 2 ans) chez les garçons ». Que veut dire ce type de profil ? Est-ce qu’une fois ayant accédé au ranking mondial, les filles et les garçons ont du mal à repartir en avant ? Dans la compétition, et dans le ranking en particulier, l’excellence est située en fonction des autres, c’est la compétition qui va décider si vous êtes bon… Y a-t-il une hésitation du nageur avant de se donner les moyens ? Y a-t-il des freins sociologiques (essentiellement d’études), les filles et les garçons cherchant à se prémunir sur le plan diplôme avant de se donner au sport (d’où l’âge, 22 ans, du redémarrage, qui correspond à la fin d’un cycle d’études ? Il y a aussi l’importance de l’année olympique. Prenons le cas de Melissa Franklin, qui depuis 2012 se contente de se maintenir au plus haut niveau sans vraiment progresser, mais qui va mettre tous les atouts de son côté en 2016, passer pro après avoir retardé de deux ou trois ans ce passage, pour se dédier à la natation…

ADIEU GUADALAJARA

Samedi 21 Février 2015

Guadalajara, au Mexique, a renoncé à organiser comme prévu les championnats du monde 2017 de natation, a communiqué la FINA, où l’on s’est déclaré bien ennuyés et où l’on cherche en urgence une solution, compte tenu notamment des délais qu’exige la mise en place d’une compétition d’une telle envergure.

Les candidats à l’organisation ont déclaré qu’il ne leur a pas été possible de réunir la somme de 100 millions de dollars attachée à cette organisation.

Ces sommes devaient provenir de fonds fédéraux mexicains qui se sont désistés, en raison de la baisse des prix pétroliers. Le Mexique devra payer une amende de 5 millions à la FINA, à quoi s’ajoutent 9,5 millions déjà dépensés sur le budget.

Les compétitions étaient censées se dérouler sur les sites qui avaient accueilli les Jeux Panaméricains en 2011 : le centre aquatique Scotiabank pour la natation, le plongeon et la synchro ; Puerto Vallarta pour l’eau libre, et le complexe tennistique Telcel pour le water-polo..

Guadalajara avait obtenu cette organisation, prévue du 15 au 30 juillet 2017, à l’occasion du Congrès biennal 2011 de la FINA, tenu le 15 juillet à Shanghai, où se tenaient des championnats mondiaux. Guadalajara l’avait emporté devant Hong-Kong, tandis que Guangzhou (Chine) et Montréal (Canada) avaient retiré leurs candidatures peu de temps avant le vote.

Contactée par notre confrère Swimming World, l’association américaine USA Swimming a affirmé qu’elle ne serait pas intéressée par une organisation qui requiert des sacrifices financiers devenus exorbitants : « il nous est impossible de considérer sérieusement une telle éventualité », a déclaré notamment son directeur exécutif Chuck Wielgus. John Leonard, le Directeur exécutif des Associations d’entraîneurs américains et mondiaux, s’est montré plus précisément critique du positionnement de la FINA : « c’est sûrement un triste événement pour nos amis mexicains, a-t-il affirmé. Mais on les comprend, parce que la FINA a monté les prix d’un championnat du monde au-delà de ce qu’une démocratie considèrerait prudent de payer pour un événement sportif. La FINA restera embourbée dans ses relations avec des gouvernements autocratiques dont l’élite dirigeante peut prendre la décision de surpayer une épreuve sportive parce qu’elle estime qu’il y a du prestige à l’organiser ; celai signifie que la FINA et les démocraties n’ont plus rien à se dire. Censée tous nous représenter, la FINA n’a rien de bon à nous offrir, elle est surtout bonne à se remplir ses propres poches. Son expertise est là. »

Il parait en tout cas que les volontés organisatrices semblent avoir du mal à s’aligner sur le prix toujours croissant demandé par des institutions comme la FINA sur leurs « produits ». Quand les Jeux olympiques et les Coupes du monde de football sont trop chères pour les candidats, des mondiaux de natation pourraient être attractifs pour des organisateurs potentiels à condition de ne pas suivre l’inflation. Se positionner produit de luxe, et installer une « spirale » inflationniste, comme la FINA parait le faire pour les grandes dates de son calendrier, peut s’avérer finalement contre productif. On appelle cela la loi de l’offre et de la demande. La remarque de John Leonard parait juste concernant le juste prix à payer pour accueillir un championnat et les régimes qui sont prêts à produire cet effort, mais il est vrai aussi que la « crise » est passée par là.

Et la crise, aujourd’hui: nous dit que le sport est devenu trop cher!

Les mondiaux 2019 sont prévus à Gwangjiu, en Corée du Sud, et en 2021 à Budapest, Hongrie.

CET EXTRAORDINAIRE MURRAY ROSE

 

Iain Murray ROSE.(Birmingham, Angleterre, le 6 janvier 1939-Sydney, Australie, 15 avril 2012). Australie.

(Cette article est une édition augmentée d’un article  de Galaxie Natation d’avril 2013)

Par ERIC LAHMY

Dans les années 1950, Groucho Marx, l’auteur scénariste acteur et réalisateur des films comiques des Marx Brothers, dont les stars étaient ses frères Harpo et Zeppo, tenait une émission télé intitulée « You Bet Your Life » dans laquelle il recevait des couples montés de toutes pièces – une fille et un garçon – qui après s’être présentés tentaient de répondre à des questions de culture générale. Le soir du 20 mars  1958, Groucho reçut Ziva Rodann, la star du film Le Dernier Train de Gun Hill, et un jeune homme blond extrêmement beau et fort réservé qui se présenta d’une voix douce comme nageur et étudiant, et, végétarien, se nourrissait de fruits, de légumes, de noix, de céréales, de yaourt et de laitages, enfin qu’il n’avait pas le temps d’avoir une petite amie.

Groucho, après l’avoir invité à venir dans sa piscine, sans oublier, ajouta-t-il, d’« apportez votre eau avec vous », s’interrogea : « donc vous ne mangez pas de steaks, pas de sucreries, vous ne buvez pas, vous ne fumez pas, vous n’avez pas de fille, vous ne sortez pas le soir… Dites-moi : quand vous nagez, vous n’avez jamais l’envie de vous noyer ? »

Deux ans plus tôt, en l’espace de quelques jours du mois de décembre 1956, aux Jeux olympiques de Melbourne, Murray Rose – car c’est le nom de cet invité à la beauté presque irréelle – avait enlevé trois médailles d’or (sur les sept titres du programme de natation), gagnant le 400 mètres, le 1500 mètres et, avec l’équipe australienne, le 4 fois 200 mètres. Ces exploits en firent, de manière quasi instantanée, un héros national et le meilleur nageur de son temps.

Son physique (1,85m, 78kg), sa beauté diaphane, sa blondeur, son apparence de sérieux et sa maturité intellectuelle, à dix-sept ans – il était le plus jeune vainqueur olympique des Jeux de Melbourne – ajoutèrent à son prestige. Murray irradiait une noblesse d’attitude et de sentiments qui marquait les gens qui l’approchaient. Sa réserve naturelle le rendait parfois secret, ou du moins mystérieux. Ce n’est pas qu’il cachait quoique ce soit, il semblait toujours prêt à répondre aux questions, souriait, voire riait souvent, mais il ne se mettait pas beaucoup en avant.

PLUS FORT QUE JOHNNY WEISSMULLER

Les exploits de Melbourne n’étaient qu’un début : Murray allait durer, dans un sport où les cracks, l’amateurisme aidant, ne faisaient le plus souvent que passer. En 1964, neuf ans après son apparition au firmament (il était dès 16 ans, en 1955, l’un des nageurs de 400 mètres les mieux placés sur l’échelle mondiale), il tenait la place et battait toujours des records, roc inexpugnable contre lequel les vagues nouvelles se brisaient sans rémission. Guère étonnant, devant cette ténacité au sommet de la hiérarchie si, dès 1962, après une gerbe d’exploits du champion, deux des entraîneurs US de cette époque les plus réputés d’Amérique et donc du monde, Bob Kiputh, de l’Université de Yale, et Gus Stager, coach de Michigan et de l’équipe des USA, déclarèrent que Murray Rose était « le plus grand nageur du siècle, plus grand que Johnny Weissmuller. »

Fin 1999, il était encore classé 4e nageur des cent années écoulées par la revue Swimming World. Depuis, d’autres classements l’ont fait glisser dans la hiérarchie : la nouvelle vague couvre l’ancienne, et puis difficile pour un pur amateur, dans un programme de natation (masculin) à sept (1956) et huit (1960) courses et privé de championnats du monde, de tenir son rang au palmarès face à des nageurs qui disposent de seize épreuves olympiques et deux fois dix-neuf opportunités de nager dans les deux championnats du monde de l’olympiade. Mais si l’on juge non pas en termes de statistiques et de décomptes de médailles, mais en termes de domination sur le sport, Murray, qui pouvait être considéré comme le meilleur nageur du monde en 1956, en 1957, en 1960, en 1962 et, avec un astérisque, en 1964, n’a pas de rival dans la natation amateur sauf peut-être Michaël Gross et se compare à Phelps, Thorpe, Lochte, tous professionnels qui ne faisaient que nager…

UNE TECHNIQUE TRES ETUDIEE

Murray Rose, qui était né en Ecosse, devint Australien par accident. Ses parents, pressentant l’avènement de la Deuxième Guerre mondiale, décidèrent de se rendre en Australie ; quand le conflit fut déclaré, ils s’installèrent dans un faubourg de Sydney sans un sou en poche en attendant la fin des hostilités. Son père, Ian, trouva vite un travail dans le marketing et la publicité. Murray pataugeait à un an sur le rivage du Pacifique. Il avait cinq ans et jouait sur le bord de l’océan avec un petit yacht, son jouet préféré, quand le yacht prit le vent et s’éloigna vers le large. Un homme en kayak, voyant le désespoir du gamin, lui ramena le yacht… et lui dit en souriant : « et maintenant, petit gars, il faut que tu apprennes à nager ».

Ses parents l’amenèrent à un certain Sam Herford, un coach local, qui leur proposa un forfait de quinze leçons. Herford était un ancien boxeur, ce dont témoignaient son visage martelé et son nez cassé, mais il s’y connaissait suffisamment en natation pour comprendre assez vite que cet enfant sage était une « graine de champion » ; pas très convaincus ni même au fond intéressés par la perspective, Ian et Eileen, ses parents, le confièrent quand même à ses soins parce que le petit aimait ça. Herford allait l’amener du degré zéro jusqu’au plus haut niveau. S’il faut en croire Sports Illustrated, c’est Herford qui l’aida à peaufiner une particularité dans sa technique que certains observateurs appelaient sa ‘’signature’’ : une pause d’une fraction de seconde dans son action, au moment où il posait dans l’eau son bras droit tendu en avant, et prenait sa respiration du côté gauche, et pendant laquelle son corps était totalement relâché, avant que le bras prenne l’eau pendant que la jambe fouettait, et exprimait sa puissance.

Moins impressionnés par cette particularité, certains, des Français notamment, disaient qu’il « boitait » dans l’eau. [Mais c’était en 1960, et la nage de Rose, entrainé alors par Peter Daland, avait évolué]. On distingue ce « temps cassé » (broken tempo) dans les images du 400 mètres des Jeux de Rome, qu’on peut voir dans le reportage de 52 minutes, « Murray Rose : life is worth swimming » sur You Tube. Murray était supposé ne pas avoir de battement, ce qui est faux. Il économisait ses jambes dans les phases de train d’un 1500 mètres, mais changeait le rythme de ses battements selon les distances et les exigences tactiques. Disons cependant que le battement ne paraissait pas être son arme maîtresse, malgré une bonne souplesse de chevilles qui lui permettait de fouetter efficacement, à la fois diagonalement et vers le bas.

Selon la distance parcourue, il pouvait passer d’un battement à deux temps (1500 mètres) à un quatre temps (400 mètres) et, sur 100 et 200 mètres, un cinq temps irrégulier (Forbes Carlile). Selon les préceptes de l’école australienne, sa propulsion était principalement assurée par son attaque de bras. Rose était posé bien à plat dans l’eau, et n’aurait sans doute pas eu à changer grand’ chose dans sa position s’il avait nagé après l’an 2000. D’après Carlile, sa technique évolua entre 1957 et 1962 ; dans un premier temps, son bras, à peine touchée l’eau, s’enfonçait immédiatement et tirait ; en 1962, Rose s’octroyait un temps de glissée, bras bien tendu vers l’avant, avant la traction, ce qui allongeait la distance parcourue par coup de bras. Son retour aérien coude plié se faisait épaule assez haute pour que le poids du bras soit transmis comme si le bras était tendu au-dessus de l’épaule, afin d’éviter toute tension musculaire inutile. Pour cela, Rose s’octroyait un fort roulis des épaules.

GUERI PAR L’HYPNOSE

Dès 1955, à seize ans, Murray, qui battait des records de jeunes depuis des années, accéda au sommet des listes mondiales (en grand bassin) avec un temps de 4’37’’2 au 400 mètres qui améliorait le record d’Australie et le classait en virtuel leader mondial sur la distance. L’année des Jeux, il opéra une vraie révolution dans ses performances. Après avoir nagé en février 4’33’’, puis 4’31’’, temps qui frôlait le meilleur temps mondial en grand bassin (4’30’’7) que détenait le Français Jean Boiteux depuis la finale des Jeux d’Helsinki, il pulvérisa cette marque, avec 4’27’’ en octobre, deux mois avant l’échéance olympique. Il nagea aussi en 17’59’’5 sur 1500 mètres, record du monde qui en fit le premier nageur sous les 18’.

C’était une nouveauté. Au début de sa carrière, Murray ne pouvait pas exprimer sa valeur sur 1500 mètres. Au milieu de la course, des douleurs intolérables s’installaient. Appelées « névralgie du diaphragme », ces douleurs violentes ressenties dans la poitrine « étaient totalement inhibitrices, a expliqué Murray Rose, quand on essayait de pousser pour se relancer dans les virages. » Il fut guéri à l’issue d’une « séance remarquable d’hypnotisme » menée par Forbes Carlile avant les championnats d’Australie 1955.

Aux Jeux de Melbourne, Rose fut sans rival sur 400 mètres : il mena une « course d’attente en avant », passant en 1’3’’1, 2’11’’6 (1’8’’5), 3’20’’5 (1’8’’9), avant de terminer en 1’6’’8, avec 3’’1 d’avance sur son second, le Japonais Tsuyoshi Yamanaka, en 4’27’’3 contre 4’31’’4. Sur 1500 mètres, sa tâche s’avéra plus difficile. Après qu’il ait battu en séries Yamanaka (c’était une habitude, il l’avait aussi devancé en séries du 400 mètres) d’une main, en 18’4’’1 contre 18’4’’3, il assista à la chute de son record du monde. L’Américain McBreen, dans la série suivante, réussit un temps de 17’52’’9 qui effaçait Rose des tablettes et projetait son auteur au rang de favori. Mais en finale, McBreen ne put, de loin, rééditer son exploit. Rose suivit avec une apparente aisance de sa nage longue l’action de l’Américain courte et très rythmée, pendant neuf cents mètres, lança une attaque soudaine, prit assez vite un ascendant de plusieurs mètres, et résista fort bien à un retour spectaculaire de… Yamanaka, le Japonais qui avaitl lâché McBreen à la dérive. Rose l’emporta en 17’58’’9, contre 18’0’’3 au Japonais qu’il devança pour la quatrième fois en quatre courses olympique, deux séries et deux finales.

L’ANNIVERSAIRE DE PEARL HARBOUR

Par une coïncidence qui n’échappa guère à la presse, cette victoire d’un Australien sur un Japonais, avait été acquise un 7 décembre, jour anniversaire de l’attaque de Pearl Harbour, quinze ans plus tôt. Le fait prit un sens quasi-mythique dans le pays continent, puis dans le monde. La présence amicale et sereine de Rose et de Yamanaka, un Australien et un Nippon, qui souriaient et se félicitaient sur un même podium, fut perçue comme un symbole de la réconciliation de deux nations qui avaient été des ennemies mortelles.

En 1957, Murray Rose confirma son statut en demi-fond et fut encore le meilleur nageur de l’année. Il amena aux championnats d’Australie le record du 400 mètres à 4’25’’9 au passage d’un 440 yards en 4’27’’1 (RM). Il améliora aussi son temps du 1500 mètres d’un dixième, en 17’58’’8, au passage d’un 1650 yards en 18’5’’8, également record mondial. Peu après, ses parents, après dix-huit ans passés en Australie, décidèrent d’émigrer. Le pays n’offrait pas à leur fils de possibilités de nager et d’étudier dans de bonnes conditions. Seul le système universitaire américain était adapté à un tel double impératif. 

Jusqu’alors, seul un autre Australien, John Marshall, en 1948, avait signé dans une Université américaine, à Yale. L’année suivante, il avait révolutionné les records du monde de demi-fond. Cette fois, les Universités US se disputèrent la présence de Rose qui, après avoir envisagé de se poser à Stanford, préféra finalement rejoindre l’University of Southern Californie, où l’attirait le climat de la Californie et le fait que, passionné de théâtre, il projetait une carrière d’acteur. Or Los Angeles était la capitale du cinéma; en outre, Murray fut séduit par le programme du jeune et ambitieux entraîneur d’USC, Peter Daland, et ses parents par la promesse qu’il pourrait continuer de suivre son régime alimentaire végétarien. Les Rose s’installèrent donc en Californie. En 1958, Rose, qu’avait rejoint Jon Henricks, le champion olympique australien du 100 mètres, poursuivit de solides études de marketing, joua au théâtre de l’Université, et domina comme en se jouant le demi-fond américain. Il amena ses records à 4’24’’5 puis 4’23’’8 au 400 mètres et à 17’46’’7 au 1500 mètres.

Mais il ne s’agissait plus de records mondiaux. Son compatriote John Konrads, de trois ans son cadet, nageant en Australie, amena, au début 1958, le temps du 400 mètres à 4’21’’8 et celui du 1500 mètres à 17’28’’7. En 1959, un véritable duel se joua entre Konrads et Yamanaka, provoquant une chute en cascade de records du monde sur 200 mètres et 400 mètres. Konrads nagea en 2’3 » et 4’19’’ en janvier 1959; Yamanaka répondit en juillet par des temps de 2’1 »6 au 200 mètres et 4’16’’6 sur 400 mètres. Rose, qui progressait à son rythme, nageait, lui, en 4’22’’9 et 17’46 »6, et, pour tout dire, paraissait largué. En février 1960, John Konrads réussit un bouquet de performances éblouissantes : il battit tous les records du monde du demi-fond : 220 yards (2’1’’6), 440 yards (4’15’’9), 1650 yards (17’11’’). Ces temps effaçaient les records « métriques » équivalents. Konrads se permit en outre, aux championnats des Nouvelles-Galles-du-Sud, de battre le recordman du monde du 100 mètres, John Devitt, sur sa distance favorite, en 55’’9.

VICTIME DE LA MUSCULATION

Perçu dès lors à 21 ans comme un has-been, Murray décida quand même de nager aux Jeux de Rome. Konrads paraissait invincible, et Yamanaka hors de portée. Presque seul en face de l’opinion générale, Sam Herford, son entraîneur australien, déclara, après les intimidants records de Konrads, sa certitude que Murray Rose gagnerait le 400 mètres et le 1500 mètres aux Jeux de Rome. Il justifiait cette prédiction en affirmant : « Murray n’a jamais été poussé et il améliorera facilement tous ses records personnels. » Tel était le respect qu’inspirait Rose que Yamanaka, quand il fut interrogé au sujet de Konrads et des Jeux olympiques, déclara qu’il était bien plus inquiet de ce que ferait Rose à Rome.

Ayant achevé son semestre à l’Université en mai 1960, Murray retourna en Australie et se mit en demeure de nager. Sa mère, qui s’occupait de l’intendance et de son alimentation, l’accompagnait. Une lubie d’entraîneur manqua de provoquer une faillite générale des Aussies, et plomba plus particulièrement les performances de Rose. Don Talbot, l’entraîneur de John Konrads, insista pour que les Australiens incluent des séances de poids et haltères à leur programme ; pour Murray Rose, le résultat fut une catastrophe : après quelques semaines passées à nager, dormir et soulever de la fonte, Murray vit son poids de corps passer de 165 livres (75kg) à 195 livres (88,5kg). Treize kilos cinq cents de muscles, l’idéal pour se présenter au Plus Bel Apollon d’Australie, sans doute, mais un surpoids qui affectait sa position dans l’eau, sa technique, son relâchement, son endurance. On rectifia le tir, mais aux Jeux de Rome, Rose était encore bien trop lourd.

En face de ces contrariétés (équivalentes à celles que vécut Yannick Agnel dans son année américaine en 2014), le meilleur compétiteur du monde resta zen, droit dans ses bottes et totalement concentré sur son objectif. Il allait triompher des grands favoris sur 400 mètres, Konrads,  recordman du monde, Yamanaka et Sommers, à l’issue d’une course d’anthologie, où sa science du train et son sang-froid firent merveille. John Devitt et Jon Henricks, les champions australiens, interrogés un demi-siècle plus tard, assurent que pour leur part, ils pensaient à l’époque que Rose allait gagner. Mais ce qui les choqua à l’arrivée, ce fut la façon dont il s’y prit. « Après cinquante années de Jeux olympiques, c’est la plus belle victoire de natation qu’il m’ait été donné de voir », assurait John Devitt en 2012, l’air encore sous le choc de la démonstration à laquelle il avait assisté 52 ans plus tôt

Que s’était-il passé ? Seul (avec l’Ecossais Ian Black) à ne pas s’affoler quand l’Américain Sommers se lança à un rythme infernal, Rose revint se placer vers les trois hommes de tête à mi-course, vira en 4e position à 0’’4 du premier, et lança une contre-attaque au moment où les leaders ressentirent le besoin de ralentir. Non seulement il gagna, mais il termina (en 4’18’’3) avec une avance de 3’’1, soit cinq mètres, exactement comme à Melbourne, sur Yamanaka, alors qu’au départ, sur le papier, il était 4e, à 5’’5 de Konrads, 4’’8 de Yamanaka et 2’’2 de Sommers… Il améliorait son record personnel vieux d’un mois de trois secondes! Yamanaka, qui avait été crédité d’un temps de 4’19’’4 à l’entrainement quelques jours plus tôt ne put faire mieux que 4’21’’4. Rose devint le seul nageur de l’histoire à avoir conservé le titre olympique sur la distance (exploit réédité 36 ans plus tard par Ian Thorpe).

En revanche, sa surabondance de muscles lui coûta probablement le titre du 1500 mètres où il ne put battre Konrads. Rose fit, cette fois, peut-être, l’erreur de laisser Konrads, Breen et Yamanaka le décoller et le devancer de plusieurs mètres à mi-course (en 9’13’’6 contre 9’17’’4 aux 800 mètres). Rose revint bien sur Breen et Yamanaka, les déposa, mais, encore sept mètres derrière Konrads aux 1300 mètres, il ne put refaire que la moitié de son retard.

LA REVANCHE DE YAMANAKA

Après le triomphe du 400 mètres, cette défaite sur 1500 mètres fut presque perçue comme un échec (et plus particulièrement par lui-même), mais, dominé de 30’’ sur le papier, il améliora son record personnel de 19’’ et termina à seulement 2’’1 de Konrads, en 17’21’’7 contre 17’19’’6. Autant dire que le coup était passé près ! Rose participa aussi au relais (en bronze) sur quatre fois 200 mètres, sur lequel pesa l’absence de Jon Henricks, malade et… très occupé par sa vie amoureuse (il s’était marié en grand secret à Rome avec sa fiancée américaine).

1961. Son grand rival Yamanaka s’était promis de « battre Murray Rose avant de mourir. » Il parvint à son but, infligeant deux défaites à l’Australien, deux fois, aux championnats US: sur 200 mètres (en 2’0’’4 contre 2’0’’9) où il dut battre pour cela le record du monde  et sur 400 mètres (en 4’17’’5 contre 4’17’’8). Rose améliora quand même ses records sur les deux distances et innova en nageant le 100 mètres – où il frôla l’accession en finale (en 56’’1 contre 56 » au dernier qualifié). Mais certes, ce n’était pas du niveau du meilleur nageur du monde… Etait-ce, à vingt deux ans, le crépuscule de sa carrière ?

Son déclin sembla se confirmer quand Rose connut un hiver 1962 difficile. Très pris par ses études et le rôle titre dans Hamlet avec la troupe théâtrale de l’USC, son entraînement « minimisé », il fut battu aux championnats US sur toutes les distances par un jeune colosse, guerrier du water-polo qui ne détestait pas rouler des mécaniques, Roy Saari. Mais Rose décida de reprendre la main, et il retrouva sa position dominante l’été venu ; avec un peu plus d’un mois de préparation sérieuse, ayant rejoint le poids de forme de ses 17 ans, 77,5kg, il effectua sa meilleure année depuis 1957 : aux championnats des Etats-Unis, il enleva facilement le 400 et le 1500 mètres avec de nouveaux records personnels – 4’17’’2 puis 4’16’’1 au 400 mètres, 17’16’’7 puis 17’15’’7 au 1500 mètres, meilleurs temps mondiaux en eau douce. Il triompha avec quatre titres – 440 yards, 1650 yards, 4×110 yards et 4×220 yards – aux Jeux du Commonwealth. Il effaça aussi les records mondiaux de Konrads sur 400 mètres en 4’13’’4 et sur 800 mètres en 8’51’’5, et s’en alla égaler, sur 200 mètres, les 2’0’’4 de Yamanaka et Schollander. A cette époque, les records du monde égalés n’étaient pas pris en compte, et c’est pourquoi on ne trouve pas le nom de Rose sur la liste des recordmen du 200 mètres. Mais il l’aurait été selon les normes appliquées quelques années plus tard et toujours en vigueur aujourd’hui.

Rose s’abstint de compétition en 1963, année où, tout jeune marié et diplôme en poche, il cherchait à s’imposer dans une carrière d’acteur. Même si, en 1962, Murray avait laissé à quelques observateurs l’impression de ‘’surveiller la situation’’ et de méditer une troisième aventure olympique, on songea qu’il avait tourné la page. Mais il n’avait pris là qu’une année sabbatique!

UNE FORME EXTRAORDINAIRE

Fin 1963, Murray Rose décrocha un rôle dans un film de surf, où Fabian et Tab Hunter se partageaient la vedette masculine, Ride the Wild Surf, qui fut tourné à Hawaii en février 1964. Ce film, où il était enrôlé en neuvième position (c’est bien la première fois qu’il ratait la finale), le prévint de participer aux championnats d’Australie, qui se tenaient traditionnellement à la même époque.

Pour une raison assez extravagante, les dirigeants australiens s’entêtaient à faire des championnats une étape essentielle du processus de sélection pour les Jeux olympiques de Tokyo qui se jouaient huit mois plus tard. Qui n’était pas à ces championnats, avaient-ils édicté, ne pouvait disputer les  vrais « trials », au mois de septembre. C’était une mesure directive assez absurde, même si prise pour donner du poids à ces championnats, mais la Fédération avait tout pouvoir. Rose se trouvait coincé, car il ne pouvait plaquer son premier job en plein tournage pour venir nager. La Fédération se montra obtusément intraitable. Mais même si cela avait été possible, les dirigeants n’avaient pas songé à le prévenir que son absence anéantirait toute chance de nager aux Jeux. Il est vrai qu’il n’était que le meilleur nageur au monde!

Or, six mois plus tard, au début du mois d’août, Rose, après seulement huit semaines d’entraînement spécifique, retrouva ce qu’il désigna lui-même comme une « forme extraordinaire. » Aux championnats des Etats-Unis, il enleva le titre du 1500 mètres avec un nouveau record du monde (17’1’’8), termina 2e du 400 mètres derrière un Schollander intouchable (4’15’’7 contre 4’12’’7, record du monde) et finit 4e du 200 mètres en 2’1’’8. A ce moment, il apparaissait très résistant, mais manquait de vitesse. A son avis, « j’étais alors lent sur 200 mètres, et pouvais nager un 400 mètres correct, un bon 1500 mètres et un sacré 5000 mètres », dit-il. Rose lui-même évoqua trois raisons à ça. La première, qu’il n’expliquait pas, était qu’il ne parvenait pas à nager aussi vite qu’il l’aurait dû. La seconde était qu’il avait rejoint son meilleur poids, 78 kilos ; enfin, dans sa préparation, la vitesse apparaissait toujours en dernier. Tout laisse croire que Rose, auprès de Sam Herford, aurait effectué les réglages nécessaires dans les dix semaines qui le séparaient des Jeux, mais nul ne pourra dire quelle vitesse de base il aurait atteint. C’était un élément important sur 400 mètres, où son principal adversaire, Schollander, disposait d’un avantage intimidant en terme de vitesse, ayant pulvérisé en août le record du monde du 200 mètres (1’57’’6) et nagé 1’55’’6 lancé, aux Jeux, soit quatre secondes plus vite que le Rose de 1962. Schollander avait aussi été cette année là le champion olympique du 100 mètres en 53’’4 !

Rose, banni des Jeux olympiques par ses dirigeants, continua de nager pour le plaisir, et remporta trois titres, sur 220 yards, 440 yards et 1650 yards, aux championnats du Canada, où il s’empara aussi du record du monde sur 880 yards (8’55’’5). Ses dirigeants, malgré ces nouveaux résultats, s’obstinèrent à ne pas l’inclure dans l’équipe olympique, que sa présence aurait considérablement renforcée. Il aurait été le grand favori du 1500 mètres, un redoutable outsider pour Schollander sur 400 mètres, et sa présence aurait apporté un bonus d’au moins trois secondes au relais australien quatre fois 200 mètres. C’était un mauvais coup pour ce nageur unique, ainsi qu’une décision incompréhensible, contraire aux intérêts de l’équipe d’Australie.

UNE DECISION « DEGOUTANTE »

Mais surtout, comme le releva le fameux journaliste Al Schoenfeld, rédacteur en chef de la revue US Swimming World, la décision des dirigeants australiens se fit en contradiction avec la Charte olympique, laquelle prévoyait alors que la pratique sportive ne pouvait, selon les règles de l’amateurisme en vigueur, empiéter sur l’exercice de sa profession par le sportif. Les dirigeants australiens mirent en avant pour justifier leur décision, qu’en exigeant des nageurs qu’ils se produisent aux championnats, ils s’efforçaient d’agrandir le prestige de la natation dans le pays; ils donnèrent les exemples de nageurs, comme John Konrads ou Kevin Berry, qui, étudiants aux USA, firent le voyage en Australie pour se conformer à l’obligation de nager aux championnats nationaux. Berry, pendant son séjour, gagnait sa vie en servant et en faisant la plonge dans un restaurant. Mais l’exemple de Berry ne pouvait s’appliquer à Rose, qui n’était pas, lui, un étudiant de 19 ans qui mettait un semestre ou une année d’études entre parenthèses, mais un homme de 25 ans marié, père de la petite  Somerset,  fille de son épouse Bobbie, et qu’il avait adoptée. Il avait charge d’âmes et entrait dans la vie professionnelle ! Appliquer tel quel à Murray Rose, en 1964, le règlement abusif des sélections australiennes, c’était donc trahir les règles de l’amateurisme en vigueur ! Tout le petit monde qui faisait la natation de l’époque, nageurs, entraîneurs, dirigeants, médias, bref l’opinion, fut choqué par l’arrogance imbécile que constituait la non-sélection du meilleur nageur du monde, au zénith de sa forme, aux troisièmes Jeux olympiques de sa carrière.

Un groupe de convaincus proposa de faire nager quand même Rose, avec un statut d’individuel, aux Jeux olympiques de Tokyo. Mais ce statut n’existait pas, et la tentative avorta !

Cinquante ans après, la révoltante non-sélection de Murray Rose continuait de faire des vagues aux Antipodes. « Ce fut la décision d’une direction devenue folle« , déclara en 2012 John Coates, membre australien du Comité International Olympique. Plus poétiquement, Dawn Fraser qualifia les dirigeants de l’époque de « têtes de mules qui n’écoutaient rien. Ne pas le qualifier, ne pas prendre en compte ses temps réussis en Amérique, fut une décision dégoutante. Il était le meilleur au monde et il aurait sans aucun doute gagné le 1500 mètres aux Jeux de Tokyo. »

Quelques-uns de ceux qui avaient participé à ce déni de nager, se réfugiant derrière la règle, affirmèrent pourtant que la Fédération avait pris la bonne décision. Ainsi David Dickson, le capitaine des nageurs à Tokyo, qui me le dit en face, en 1977. John Konrads a étrangement soutenu que Rose avait « engagé le bras de fer » avec sa Fédération, chose on ne peut moins probable. Konrads lui-même, peu entraîné, hors de forme et la tête ailleurs, avait été sélectionné à Tokyo où il fut l’ombre de lui-même parce que, gentil garçon, il avait pris l’avion pour l’Australie. Drôles de critères ! Et le premier d’entre tous avait été privé de ses troisièmes Jeux et d’une perspective historique unique : gagner un ou des titres à trois Jeux olympiques consécutifs. Une bande de lourdauds imbus de leur autorité et leurs complices avaient réussi leur coup, et empêché un exploit historique!

LE NAGEUR DES ROIS ET LE ROI DES NAGEURS

Murray Rose n’était pas qu’un nageur mythique. Sa personnalité ne laissait pas indifférent. Homme aimable, d’un calme imperturbable, toujours courtois et de sang-froid, cultivé, nourri de philosophie grecque et orientale (il avait étudié le grec et le latin), il fut un ambassadeur de son pays et de la natation. Dire que toutes les nageuses (et même celles qui ne nageaient pas) le couvaient de l’œil est un euphémisme. Sa gentillesse, toute son attitude, firent une impression profonde aux Français en stage à Los Angeles ; à Philip d’Edimbourg, époux de la Reine Elisabeth d’Angleterre, qui l’invita à plusieurs reprises dans les réceptions officielles, et se lançait avec lui dans de longues conversations ; et jusqu’au Prix Nobel de littérature Patrick White, qui raconte avec humour, dans ses mémoires de 1981, Flaws in the Glass (en français Des Défauts dans le Miroir), comment, dix-huit ans plus tôt, un « charmant nageur » avait sauvé de l’ennui un déjeuner officiel offert par la Reine sur le yacht Britannia ; ou bien encore Robert McGregor, recordman du monde des 110 yards écossais et médaillé olympique du 100 mètres à Tokyo, qui l’avait rencontré aux Jeux du Commonwealth, en 1962, et expliqua dans son livre de mémoires les raisons pour lesquelles l’Australien devint son modèle : « Ce fut une bonne chose de rencontrer Murray Rose ;… dans toutes les autres occasions où je le croiserais à travers le monde il apparut comme un parfait ambassadeur du sport. Il était amical, approchable et extrêmement serviable, et ce dès notre première rencontre, et quoique pas le moins du monde collet monté, il semblait savoir néanmoins où tracer la ligne de modération en toutes choses. Il s’était ajusté remarquablement bien à l’attention constante que les prouesses sportives, en l’occurrence en natation, peuvent imposer à une jeune personne en développement. Je décidai sans vergogne de modeler mon comportement sur le sien et fus enchanté de nouer des liens d’amitié avec lui. »

Son régime diététique ne laissait d’intriguer. Rose était végétarien de naissance. Son père, Ian Falconer Rose, était gravement malade, rhumatisme articulaire aigu, et n’était pas censé vivre vieux. Murray avait un an quand un médecin ordonna à ce jeune papa d’écarter viandes, volailles et poisson de sa table, et son état s’en trouva très amélioré. Sa femme, puis le bébé suivirent le mouvement. Quand le gamin se mit à nager, et ce de plus en plus vite, Ils cherchèrent les produits végétariens les mieux adaptés aux besoins énergétiques d’un champion et arrêtèrent leur choix sur le millet (la céréale la moins acide), le sésame, la halva, les graines de tournesol, les pignons de pin, les noix, noisettes, amandes, etc., des fruits secs, la confiture d’églantine, les algues marines, le yaourt. Ces habitudes alimentaires intriguèrent beaucoup les médias australiens. Un mythe tenace de nos sociétés prétend qu’on ne peut subvenir aux besoins protidiques en l’absence de viande ou de poisson, alors que les grands herbivores comme les éléphants démontrent le contraire en fabriquant de la viande à la tonne avec de l’herbe depuis des millions d’années! Quand, en janvier 1955, Rose battit le record national du 400 mètres de Gary Chapman, le titre d’un hebdomadaire fut : « un grand jour pour les algues » ! Peut-être sous l’influence de sa seconde épouse, Jodi, Murray abandonna les principes végétariens vers l’âge de cinquante ans. Il semble en tout cas que cet adieu aux algues marines ait coïncidé avec son mariage.

CE RECORDMAN QUI DETESTAIT NAGER VITE

Même s’il se montrait peu empressé à battre les records du monde, et déclarait même « détester nager vite », Rose fut le premier nageur à moins de 18’ au 1500 mètres (17’59’’5) en 1956, et, huit ans plus tard, en 17’1 »8, le dernier recordman du monde de la distance à plus de 17’ ; il battit le record du monde du 400 mètres, en 1956 (4’27’’), en 1957 (4’25’’9) et en 1962 (4’13’’4), celui du 800 mètres en 1962 (8’51’’5). Cette année 1962, il égala sur 200 mètres en 2’0’’4 le record du monde que détenait Yamanaka et que Schollander avait égalé quelques semaines avant lui. Il établit également des records du monde sur 440 yards (4’27’’1 en 1957), sur 880 yards (9’34’’3 en 1956 et 8’55’’5 en 1964), sur 1650 yards (18’5’’8 en 1957), et aida à établir des meilleures marques mondiales dans les relais 4×110 yards (3’45’’1 et 3’43’’9 en 1962), 4×200 mètres (8’23’’8 en finale olympique en 1956), et 4×220 yards (8’16’’6 et 8’13’’4 en 1962).

On a dit en 1964, quand il eut battu en 17’1’’8 le record mondial du 1500 mètres, qu’il avait cherché à attirer l’attention des sélectionneurs australiens par cet exploit. Il n’en fut rien. Rose envisageait une course stratégique contre Roy Saari (détenteur du record en 17’5’’5) aux alentours de 17’15’’, mais dans une série « faible » de ce 1500 mètres (qui se disputait selon le principe des finales directes), un nageur de Santa-Clara, Mike Wall, approcha le record du monde, en 17’6’’6. Il fallait donc nager plus vite que ça pour l’emporter. Rose dut changer ses plans ; Peter Daland m’a assuré que Rose jeta sa serviette de bain avec un air de dépit et lança : « il va falloir nager vite, et je déteste nager vite. » Il louvoya pourtant jusqu’aux 600 mètres, avant de comprendre que Saari était hors du coup. Il n’opta un rythme record qu’à partir de là, et il n’y eut plus de course qu’entre Murray Rose et le temps de Mike Wall. Il gagna en 17’1’’8.

Rose, s’il avait nagé aux Jeux de Tokyo, aurait probablement amélioré ces temps. Il se préparait à nager « entre 16’45 » et 16’50 » » au 1500 mètres, et d’aucuns ont affirmé que, s’il avait été sur 400 mètres, la course aurait été nagée en moins de 4’10’’. Si cela est vrai, alors il aurait battu Schollander…

LE STRATEGE SUPRÊME

Plus que tout, c’est sa qualité de compétiteur qui attirait l’attention et l’admiration générale. Il ne se montrait pas agressif comme ses adversaires directs, Don Schollander et Roy Saari, qui pouvaient chercher à décontenancer l’adversaire par des remarques, voire des attitudes menaçantes. Murray était bien plus subtil. Il adoptait une attitude détachée, absente, qui masquait sa détermination, et sa redoutable force de concentration ; par son comportement, ses fausses distractions, une façon de l’ignorer, il avait perturbé John Konrads aux Jeux de Rome ; il ne se lançait jamais dans l’eau sans avoir choisi une stratégie. Il aimait les courses tactiques, d’attente, qu’il gagnait d’une main, les variations de rythme en course qui déconcentraient ou désorientaient l’adversaire, le faisaient passer d’un sentiment de maîtrise quand Rose calmait le train à un état de panique quand Rose accélérait ; cette façon de planifier sa course le laissait insensible aux tentatives de déstabilisation, comme celle d’Allan Sommers dans le 400 mètres de Rome ; pendant que les autres favoris sur-réagissaient au démarrage intempestif de l’Américain, il suivit son plan, procédant à des accélérations « tactiques » au moment où il en sentait l’opportunité ; parfois, en amont de l’épreuve, il laissait planer des doutes sur sa forme physique, parfois il se faisait croire plus fort qu’il n’était, son coach lançant des temps fantaisistes lors de courses chronométrées à l’entraînement. Ces jeux d’influence déroutaient l’adversaire qui se laissait parfois prendre au piège, et finissait par s’inquiéter plus de ce qu’allait inventer Rose que de sa propre course. Rarement (ainsi en 1961, sur 400 mètres, un choix qui ne fut pas couronné de succès, Yamanaka le débordant au final), il lançait la course. McBreen, son adversaire malheureux des Jeux de 1956, prétendait que Murray Rose n’avait jamais raté une course de sa vie. « Il fut phénoménal, » ajoutait-il. Les coaches US, subjugués par sa façon de courir (« pendant ces années, la question qu’on se posait avant les championnats était: qu’est-ce que Murray Rose va nous faire? »), estimaient que sa stratégie en course correspondait à un avantage chronométrique de deux secondes sur 400 mètres, et qu’à valeur physique égale, il était imbattable. Il travaillait ses variations de rythme à l’entraînement, jouant à accélérer et à ralentir, se servant de ses compagnons d’entraînement comme de lièvres. Il prétendait d’ailleurs que ces jeux lui permettaient de combattre l’ennui des longues séances de demi-fond. Il reproduisait ces stratégies en compétition, parvenant souvent à perturber ses adversaires, à rompre leur concentration, à coups de changements de rythme permanents. En donnant l’impression de ne pas se préoccuper des autres, il les amenait à s’inquiéter de ce que lui ferait. Il n’avait pas son pareil pour freiner un adversaire. Il nageait une demi-longueur derrière lui et jouait de petites variations dans sa vitesse, tactique qu’il utilisa jusqu’au 800 mètres du 1500 mètres des Jeux de Melbourne, avant d’attaquer subitement et de prendre le large… Il affirmait qu’il ne nageait jamais sans penser, et, prétendaient ses amis, en face de Murray Rose, on avait affaire au nageur et au penseur. Nager Murray Rose, c’était nager seul contre deux! Chacune de ses courses était un chef d’œuvre accompli, la marque d’une intelligence toujours en éveil entre deux lignes d’eau.

Aussi amusant que cela puisse paraître, quand Murray Rose reprit la natation à 40 ans passé, et jusqu’à quelques mois de sa mort, il continua de jouer ainsi. En 2009, un jeune nageur de masters de 37 ans, qui évoluait dans une ligne adjacente à la sienne, était intrigué par ce « vieux type » qui entrait dans l’eau avant out le monde, sortait après tout le monde et nageait étonnamment vite pour son âge. Un de ses voisins lui expliqua que le vieux type était « le roi de la natation » (the swimming royalty) en personne. Peu après, le « masters » en question fut étonné de voir que Rose malgré un handicap de trente ans d’âge, virait un mètre derrière lui, se retrouvait un mètre devant après le virage, freinait puis accélérait, bref, jouait avec lui ou peut-être même se jouait de lui. Il en parla à sa femme et à un autre nageur qui le rassurèrent : pourquoi le grand Murray Rose lui jouerait-il des tours ? Un beau matin, se rendant à son travail en voiture, il écouta à sa radio l’interview du « vieux type ». Au journaliste qui lui demandait comment il survivait aux interminables entraînements pendant sa carrière, « en jouant à des jeux », répondit-il. Notre jeune masters, à son entraînement suivant, posa la question qui le tenaillait : « dites-moi, Murray, jouez-vous à des jeux avec moi, dans l’eau ? » Le visage de Rose se barra d’un sourire pendant qu’il répondait : « peut-être, mon cher, peut-être. »

Jusqu’au bout, Rose chercha à s’améliorer. A soixante ans passés, il suivit des stages de son amie Shane Gould et du mari de celle-ci, Milt Nelms, un maître de nage fameux pour avoir remis de l’ordre dans la technique de Ian Thorpe en l’entraînant dans les vagues et en pleine mer. Ce goût de la recherche donnait parfois des résultats désopilants. Il nageait un jour avec Peter Colqhoun,  un jeune surfeur de Bondi Beach de la moitié de son âge: « d’un coup, je me trouvai vingt cinq mètres derrière lui. Je m’étonnais: comment avait-il fait ça? Oh, me dit-il, j’essayai une autre façon de passer le main. Quoi, Murray, à soixante-dix ans, cherchait encore à améliorer sa nage? Cet homme est un artiste! »

UN LIVRE DE PAPA, UN LIVRE DE MAMAN

Amené aux titres olympiques par Sam Herford, à Sydney, il fit carrière, on l’a dit, à partir de 1957, aux Etats-Unis, à l’Université de Californie du Sud, qu’entraînait Peter Daland. Daland, remarquable meneur d’hommes, n’était pas un foudre de technique, mais cela n’empêcha pas Rose de trouver les moyens d’évoluer dans sa nage. Aux USA, il remporta deux titres américains en piscine d’hiver, cinq d’été et cinq titres universitaires (NCAA). Il aurait fait mieux si, en 1959, l’USC de Peter Daland n’avait été interdite de championnats NCAA pour une embrouille qu’avait commis le coach et qui avait manqué lui faire perdre son poste! En 1961, Rose remporta le plus aisément le championnats des USA de grand fond en 1h25′. Fait rare, peut-être unique, ses parents, qui adoraient ce fils unique (dans plus d’un sens du terme) ont écrit chacun un livre le concernant! Son père, Ian Falconer Rose, exposa dans Faith, Love and Seaweed, la diététique de Murray Rose, qui devint une bible du végétarisme de l’époque ; sa mère, Eileen, née Folwell, raconta dans  The Torch Within, la carrière du champion.

Ces parents dévoués et enthousiastes, furent en quelque sorte ses managers : ils l’accompagnaient dans toutes les occasions importantes (ainsi aux Jeux olympiques) : son père partait à la recherche de sa nourriture, sa mère s’occupait de sa cuisine et le massait avant l’épreuve. Ainsi, les Jeux olympiques de Rome leur coutèrent une petite fortune. Mais l’exploit (d’Eileen Rose) fut d’affronter les dirigeants australiens et d’obtenir que Murray ne dorme pas au village olympique! Il n’est pas impossible que ces particularités l’aient desservi dans l’affaire de la non-sélection pour les Jeux olympiques de Tokyo : « Je crois que Syd Grange n’aimait pas Murray Rose », me confia un jour Peter Daland. Comme Rose était fort aimable, la seule chose que Grange aurait pu détester chez lui était ces originalités dictées par son alimentation…

…Dont l’un des effets secondaires était que Rose ne vivait pas souvent dans l’équipe d’Australie. Ses équipiers adoraient le charrier sur ses préférences alimentaires, le couvrant de sobriquets comme « Ah ! Voici la Flèche Verte » ou encore « L’Algue Eclair ». Henricks, après la mort de Rose, un demi-siècle plus tard, évoquait ces railleries que Rose acceptait avec une bonne grâce extraordinaire. Adepte du philosophe indien Jiddu Krishnamurti, il en avait retenu les leçons.

Murray Rose avait une vision particulière de son sport, qu’il adorait, et qu’il retrouva avec délices en 1983, quand il enleva des titres mondiaux masters dans des temps équivalents à ceux qu’il avait réussi en 1958. Il évoquait dans le fait de nager une expérience intensément sensuelle, une succession rythmique de sons, tandis que les mains coupent à travers l’eau, laquelle, passant sous le corps, forme une vague sur les deux côtés du visage. Avant une course, il écoutait « In the Mood », de Glenn Miller, dans lequel il retrouvait le rythme qu’il voulait donner à sa nage. Quand le père de Kieren Perkins organisa une rencontre de son jeune champion de fils avec Rose, ce dernier lui décrivit longuement ce qu’il allait trouver (et affronter) aux Jeux olympiques, et l’attitude qu’il devait respecter. Il insista sur l’obligation de conserver son rythme de nage, de se concentrer sur son tempo et de ne jamais le quitter. Perkins, qui tenait Rose pour son mentor, assure que ces précieux conseils, concernant l’attitude mentale qu’il devait adopter aux Jeux olympiques (« non pas une assurance aveugle, mais une calme confiance en soi ») furent des clés de sa victoire aux Jeux.

LA FIN D’UN GRAND HOMME

Carrière achevée, Murray Rose, qui faisait du théâtre, tenta, sans grand succès, sa chance dans le cinéma. Outre Ride the Wild Surf, le film de 1964 qui lui avait coûté sa sélection olympique de Tokyo, il participa en 1967 à Ice Station Zebra, un opus ambitieux de la Metro Goldwyn Mayer gorgé de stars emmenées par Rock Hudson. Rose admettait que le métier d’acteur ne l’avait pas assez captivé pour qu’il s’y consacre sérieusement. D’après ses amis, il comprit très vite qu’il n’y serait pas dominateur. Homme tranquille, humble, réservé, presque trop beau, trop gentleman, peut-être ne possédait-il pas ce sens « histrionique », comme aurait dit Vittorio Gassmann, qui est une composante essentielle de ce qu’on appelle la performance d’acteur ? Lui qui avait joué avec fougue le rôle titre dans Macbeth avec la troupe théâtrale de l’USC, ne fit pas une impression profonde au cinéma. Il fut consultant sportif pour la chaîne de télévision ABC, puis responsable du marketing et vice-président du stade de l’équipe de basket-ball des Lakers de Los Angeles (qui était alors la deuxième franchise sportive au monde après Manchester United).

Murray Rose, qui s’était séparé en 1983 de Bobbie Whitby, dont il avait adopté la fille, Somerset, née en 1963, se remaria en 1988 avec une ballerine, chorégraphe et enseignante, Jodi Wintz. Le couple s’installa à Sydney en 1994 avec leur fils, Trevor, né en 1991. Là, Murray retrouva ses souvenirs d’enfance et ses repères australiens. Il travailla avec une organisation offrant des leçons de natation aux enfants handicapés physiques et mentaux, s’appuyant sur les bénéfices d’une course de traversée en mer, le Malabar Swim, à laquelle son entregent donna une audience grandissante. Il fut l’un des huit porteurs du drapeau olympique de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Sydney en 2000. Toujours un très fort compétiteur, Murray n’hésitait pas à s’engager dans des courses en mer. A l’approche des Jeux, fut organisée une course en eau libre réunissant de vieilles gloires olympiques, dont certains étaient plus jeunes que lui de dix ou vingt ans. Devenez qui l’emporta? Un jour, il donna son engagement au téléphone, et son nom fut mal saisi. Il fut supposé disputer la course sous le nom de (madame) Rose Murray. « Ce jour là, disait-il en riant, j’ai gagné la course messieurs et la course dames. » Qui dit mieux?

Il avait connu dans ses dernières années des ennuis de santé mineurs (tremblements des mains et de la tête, douleurs à un pied qui entravaient sa marche et sa nage), avant qu’une leucémie, diagnostiquée le 31 janvier 2012, jour anniversaire de sa mère, ne l’emporte en dix semaines.

Quand il se sut condamné, Rose réagit en adepte de Krishnamurti. Il retira les affaires de son casier à Bondi Beach, où il nageait en mer, et à la piscine qu’il fréquentait, décommanda calmement ses dernières obligations, liées à une traversée de l’Hellespont, que Lord Byron avait franchi deux siècles plus tôt, et fit savoir qu’il ne serait pas au départ de son cher Malabar Swim. Puis il rentra chez lui, arrangea les détails de ses obsèques, confia sa famille à John Devitt, l’ami d’une vie, et se mit en devoir d’écrire à sa femme et à son fils une série de lettres à ouvrir après sa mort pour « transcender les limitation de la vie » et adoucir le sentiment de son absence, et affronta l’inéluctable: « chaque semaine, je sens que je m’éteins un peu plus alors que je nous nous dirigeons vers une invitation qui ne peut être refusée. » « Nous ne savons pas vivre parce que nous ne savons pas mourir », disait-il aussi. Devant une telle sérénité, une telle force face au destin, John Konrads ne put s’empêcher de remarquer que son adversaire et équipier des Jeux olympiques de 1964 était un grand homme…

Ainsi s’acheva la vie de celui que Lucien Zins avait appelé un jour « la perfection. » Personnellement, l’auteur de ces lignes avait été frappé par cette dimension de Murray Rose en 1964, et ce sentiment d’un être à part ne cessa de grandir à travers les années. Murray Rose fut le nageur, et l’homme, qui n’a jamais déçu. Dans les dernières années, il avait rédigé un ouvrage de souvenirs et de réflexions sur la natation, Life Is Worth Swimming, (la vie vaut d’être nagée) qui a été publié par son épouse. Il est commercialisé notamment par l’International Swimming Hall of Fame de Fort-Lauderdale.

 

 

RAOUT FRANCAIS FACE AU MONTENEGRO

Water-polo

Mercredi 19 Février 2015

Cinquième tour des préliminaires européennes du tournoi FINA World League de Water polo, ce 17 Février 2015. Dans le groupe C auquel appartient la France, le Montenegro l’a emporté à Budva 13 à 7 contre le Sept « tricolore ». Face à ce redoutable adversaire et l’un des favoris de la compétition d’ensemble, les Français ont eu le mérite de trouver à sept reprises le chemin des filets. Le détail du score donne une idée du profil du match, à l’avantage des Français dans le premier quart-temps avant de s’inverser : 1-2 ; 5-2 ; 3-2, 4-1). Après la rencontre, le coach monténégrin Ranko Perovic interprétait ces résultats : « dans le premier quart, nous avons lutté pour trouver notre jeu. Puis nous avons consolidé en défense et joué solidement. Maintenant, nous attendons la confrontation avec l’Italie. J’espère que nous ne reproduirons pas notre échec de la première rencontre. Nikola Janovic, le capitaine montenegrin, notait pour sa part que « la France est une équipe qui doit être appréhendée sérieusement. Nous étions un peu relâchés à l’entame du match. C’est bon de gagner. Ces matches sont importants pour les jeunes joueurs qui peuvent démontrer qu’on peut compter sur eux. »

Dans le groupe A, les champions du monde en titre hongrois arrachèrent d’un but leur quatrième victoire de rang devant leur hôte la Slovaquie12-13 (2-1, 2-3, 3-5, 5-4), à Kosice. A Bucarest, les visiteurs grecs l’emportent devant la Roumanie12-18 (2-3, 3-4, 4-7, 3-4). Dans le groupe B, la Serbie, septuple vainqueur de la Ligue mondiale, n’a pas montré le moindre signe de faiblesse, battant l’Espagne 9-15 (3-2, 2-2, 2-5, 2-6) à Madrid. Entrant dans le match avec une grande volonté de vaincre, comme l’affirmait leur entraîneur Dejean Savic, ils partirent du mauvais pied, puis changèrent la « défense 5-2 » avant d’accélérer la rythme et de montrer des qualités en attaque. Gabi Hernandez, qui dirigeait l’équipe perdante, y voyait une leçon pour l’avenir ; il se félicitait tout de même de l’attitude de l’équipe dans la première moitié du temps de jeu. « Et puis nous avons fait des fautes et cela, contre une équipe comme la Serbie qui est la meilleure du monde, nous a coûté sur la fin. »

A Stuttgart, l’Allemagne se voyait infliger un 7-11 face aux visiteurs russes(1-2, 3-2, 1-3, 2-4). Deuxième du groupe C, l’Italie balayait la Turquie 3-16 (1-3, 0-4, 1-5, 1-4) à Istanbul.

La Hongrie, la Serbie et la Croatie mènent leur groupe respectif avec 12 points.

Hier et aujourd’hui, deux matches: l’Italie qui reçoit la France à Lodi et la Croatie rencontre les Turcs à Istanbul.

CANSwim : rien qu’une bonne idée

Mercredi 23 FEVRIER 2015

C’est un jeu de mot. C’est aussi un slogan, et le titre d’un concept de la natation canadienne. Pas présenté ici pour inspirer les Français, qui ont leur approche de la natation des jeunes, mais après tout pourquoi pas ?

Son nom ? CAN Swim. Le jeu de mot vient bien sûr de ce que Can signifie « pouvoir » mais est aussi le sigle du Canada. Et swim, comme chacun sait veut dire nager. Richard Pound, l’un des grands dirigeants olympiques canadiens, ancien champion du Commonwealth du 100 mètres, présente ce concept de la façon suivante, reliant habilement l’apprentissage de la nage avec la perspective d’une pratique d’élite.

« Aucun parent n’enrôle ses enfants dans des leçons de natation en pensant qu’ils seront des nageurs olympiques. Nous le faisons tous pour les mêmes raisons. Nous voulons que nos enfants soient en sécurité et puissent s’amuser pleinement dans l’eau. C’est ce que le mouvement CANSwim leur offre quand nous atteignons notre objectif d’enseigner à nager à tous les enfants canadiens ! Non seulement nous réduirons les noyades, tragiques et évitables qui surviennent chaque année, nous accroitrons le niveau de la santé et de la condition physique de notre jeunesse et jouerons un rôle essentiel dans la lutte contre l’obésité à laquelle notre société fait face.

Le mouvement CANSwim réussira en partie par la force de nos donations d’entreprises. 100% de chaque dollar ira vers notre but d’enseigner à chaque enfant du Canada comment nager et à la mission Nager pour Vaincre de Natation Canada : Gagner pour la Vie.

Indirectement, certes, le mouvement CAN Swim accroitra aussi la taille du capital talent de l’équipe olympique canadienne de natation. On ne sait jamais… si vos enfants aiment nager, vous pourriez être surpris ce qu’ils pourraient réaliser.

Sincèrement, Richard Pound »