Mois : août 2016

QUAND OPHÉLIE ASPORD CLAME SON « DÉGOÛT »

Samedi 20 août 2016

Interrogée hier par Bénédicte Saint-André sur le site Mediabask (*), la nageuse de longues distances Ophélie Aspord, qui, outre deux sixièmes places aux Jeux olympiques de Londres 2012 et aux mondiaux de Barcelone, l’année suivante, a participé à quatre championnats du monde et de nombreuses coupes du monde, s’est exprimée sur sa discipline et, après les Jeux de Rio, sur son sport et sa fédération. Et cela donne le point de vue qui suit : « Je suis dégoûtée, dit-elle, par le comportement de la Direction technique nationale. »

Aspord, qui découvre à dix ans la natation auprès de Patrick Carrey à l’Aviron Bayonnais et y reste licenciée après quinze années, et accède au plan international par le biais de l’eau libre en 2009 (elle nage alors au pôle France de Toulouse – entraîneur, Lucien Lacoste) après un passage à Bordeaux. L’attirent à la discipline le plein air, le milieu naturel, la variété des plans d’eau, des courants, du vent, des vagues, les températures variables, parfois limites, et la longue distance, le côté aventure… mais aussi la course en peloton, d’où l’importance d’une stratégie adaptative et du « charme » des contacts

Malgré les exigences de la discipline – 35 heures d’entraînement par semaine pendant 49 semaines – Aspord a trouvé le temps d’étudier. Aux Jeux de Londres, elle a été tout le temps dans le coup, et la plus jeune du groupe de tête…

En tant que l’une des plus jeunes nageuses, avec Haley Anderson (USA) dans cette discipline d’expérience et de maturité, une sixième place était bienvenue. Pourquoi arrêter dès lors avant Rio ? « Bien sûr, j’aurais voulu aller chercher cette médaille olympique à Rio, explique-t-elle. Mais je suis dégoûtée par le comportement de la Direction technique nationale (DTN) sur cette dernière olympiade. Lorsque la confiance est rompue, je pense qu’il n’y a plus rien à espérer. Le respect de l’athlète n’existe plus et je ne trouve plus ma place dans cet environnement si loin de ma vision du sport. »

Face aux résultats de Londres, Aspord est sévère : « Quel gâchis ! Bien loin des émotions de Londres, cette équipe ne nous a pas fait rêver. Mais ces résultats étaient malheureusement prévisibles au regard de la politique menée par la DTN, dans le mépris le plus total des sportifs. Deux exemples parmi tant d’autres : les critères de qualification –minima à réaliser, dates, et nombre de nageurs sélectionnés – sont établis en début de saison, afin de réussir sa planification. En eau libre, deux jours avant les championnats de France, un communiqué de la DTN venait indiquer leur modification. Les dés sont alors jetés, impossible de faire face en seulement deux jours.

« Concernant la natation course, même coup de théâtre. Des critères extrêmement durs ont été annoncés en début de saison. Bilan des championnats de France : seulement six nageurs qualifiés à titre individuel pour Rio. Et là encore, communiqué de la DTN : « 28 nageurs représenteront la France à Rio », sélectionnés « à titre individuel avec réalisation d’un temps pondéré » ou encore « au titre de l’optimisation des relais qualifiés ». Manque de lisibilité et non respect des règles annoncées, voilà le résultat ! »

Pour ce qui est de l’analyse prospective, elle se pose là, aussi, Aspord,  pour qui, « si cette équipe veut se relever, des changements seront nécessaires également au niveau des dirigeants. Le manque de relève est flagrant malgré de belles révélations, il faudra donc se concentrer sur ces jeunes pour qu’ils puissent briller à Tokyo. Mais, surtout, se projeter sur 2024 avec une nouvelle politique de formation plus en phase avec le travail des clubs. L’avenir de la natation française se construit dès aujourd’hui. »

Alors, Ophélie présidente ? Eh ! Que non, études achevées, elle entre à la Française des Jeux en tant que juriste de droit social. Mais on espère bien que cette championne, à un titre ou à un autre, ne soit pas perdue pour le sport… Eric Lahmy

(*) L’article de mediabask – https://fr-mg6.mail.yahoo.com/neo/launch?.rand=72st3tjk1553g#953766562

L’IDIOT DU VILLAGE OLYMPIQUE

Billet

La variété de la vie aquatique est étonnante. Nagent ainsi dans les océans des champions de l’intelligence, tels les cétacés, et les lamellibranches les plus obtus. Il en va de même dans les piscines.

Depuis plusieurs années maintenant, un flux d’infos en provenance des USA laissait supposer que Ryan Lochte, nageur d’exception, souffrait par ailleurs de certaines lacunes au plan du développement cérébral. Dans les milieux où l’on s’efforce de penser, aux USA – pays de Donald Trump, ne l’oublions pas -, on estime son quotient intellectuel, s’il pouvait s’inscrire, comme sur un thermomètre, en degrés, du côté de moins 273 : le zéro absolu. Ce qui ne parait pas l’empêcher d’être « hot », à preuve ses succès de télé-réalité. Sa théorie et sa pratique du mauvais goût ont permis à ce beau gosse mal fini quelque part de se classer, dans le monde insolite de la télé réalité, presque au niveau des sœurs Kardashian, ce qui situe la pointure du personnage.

Ses arguments, il est vrai, ne manquent pas. L’homme dispose de 130 paires de chaussures, dont sa préférée, a-t-il confié à John Mc Enroe, une horreur vert néon qui dit « Ryan » sur une semelle et « Lochte » sur l’autre. Les leit motiv qu’il éructe « houh, houh, yeah » forment une partie essentielle de son vocabulaire. [Un dictionnaire Ryan Lochte – Phiippe Lucas serait en préparation, long d’un quart de page]. Lochte, apologue de l’outrance et du mauvais goût, a martelé son souhait d’être la première personne à uriner dans la piscine du Mémorial Lincoln, à Washington. Cela, et quelques autres provocs, sont les signes de ce qu’il appelle son originalité. En 2012 ayant enlevé le 400 mètres quatre nages, il entendait monter sur le podium en ayant plaqué sur son sourire un dentier incrusté de diamants représentant un drapeau américain. Les dirigeants US l’incitèrent à recracher cette marque incisive de patriotisme sous prétexte qu’elle ne faisait pas partie de l’uniforme officiel de l’équipe nationale.

Régulièrement traité de « douchebag » –  appareillage utilisé pour la toilette intime féminine, mais qui, par métaphore signifie quelque chose comme blaireau ou connard -, ce débile léger, comme cela arrive parfois, paraît comme frôlé par l’aile du génie, par exemple quand il a prétendu être, je cite, « le Michael Phelps de la natation. » Mais il a fait fort pour son image, celle de son équipe et de son pays, avec cette troisième mi-temps de Rio de Janeiro où, dans une virée alcoolisée avec des potes de l’équipe US, Jimmy Feigen, 25ans, Jack Conger, 21 ans, et Gunnar Bentz, 20 ans, notre énergumène de 32 ans a participé à un relais des pissotières, détruit la porte des toilettes d’une station service, cherché querelle à l’employé qui entendait faire payer les dégâts et a fini par les tenir en joue, l’arme au poing ; enfin, il a prétendu avoir été attaqué par de faux policiers qui cherchaient à le détrousser.

Ayant réussi à quitter le Brésil avant que la justice ne réagisse, il devrait sortir indemne de l’aventure, selon certains observateurs, en raison surtout de sa teinte de peau. Un Lochte noir, aux States, aurait été médiatiquement lynché. Blanc, il sera lavé de tout soupçon. Nous laisserons la morale de cette histoire à Marina Hyde, chroniqueuse du Guardian, qui épiloguait au sujet de ce Phelps de la bêtise incarnée : « parce qu’avec ses plus jeunes compagnons de virée, il jouit du privilège du blanc, nous savons maintenant que Ryan va sortir indemne de cette histoire. Les commentateurs outragés qui tentent de lever un gant contre lui en seront pour leur peine. Avant de partir à Rio, Lochte exposait ses intentions : être célèbre ; être un styliste ; être un mannequin ; être une star de la télévision. Aucune de ces activités ne souffrira de ses méfaits au Brésil. Le premier monde civilisé n’est-il pas le lieu où d’innombrables idiots professionnels disposent de shows télévisés voués au spectacle des allers et retours de leur vie privée? Si je comprends bien, c’est ce qui nous différencie de l’animal. »

INTERDITS D’EMOTION

Cet été j’ai vu « The Shallows », un film dans lequel une surfeuse est attaquée par un requin qui est aux vrais requins  ce que Teddy Riner est à Mimi Mathy. Je ne crois pas qu’il passerait le contrôle antidopage, sauf au laboratoire de Moscou (le requin, pas Teddy Riner) !

Là-dessus, j’ai lu un article de Sciences et Avenir expliquant que de tels films sont nuisibles à la réputation des requins dont la population baisse dangereusement. Si vous me connaissez, vous ne vous étonnerez pas si j’ai immédiatement publié un commentaire de lecteur attirant l’attention sur un fait également très grave : le film « Jurassic World » a causé un tort considérable aux tyrannosaures qui ont de ce fait carrément disparu de la terre. Je me suis permis d’ajouter qu’à mon avis, ce n’était pas des films d’aventure outrageux qui faisaient du tort aux requins, mais bel et bien la consommation de soupes aux ailerons de requins dans le pays le plus peuplé du monde.
Je regrette de n’avoir pas insisté sur les cas dramatiques d’ « Alien » et de « Predator », dont le crédit s’est effondré au point que tous deux n’osent plus se présenter chez nous (pas une mauvaise chose). Mais je m’éloigne de mon sujet. Lequel est-il d’ailleurs ?

Oui, c’est cette propension générale de faire jaillir des sujets de morale à partir de prétextes erronés : ici, c’est un film préjudiciable à la réputation des requins, qui sont en fait des gentlemen des mers ; là, ce printemps, c’était un chanteur, Renaud, qui en accusait un autre, Jean-Jacques Goldman, de ne pas s’engager ; hier, c’était un entraîneur qui faisait les gros yeux à un nageur lequel, devenu commentateur, ne se contentait pas de fonctionner en ancien champion, et refusait la langue de bois ; je n’ai pas trop compris non plus pourquoi certains media tentent de ridiculiser tel Florent Manaudou ou Renaud Lavillénie parce qu’ils exprimaient leurs émotions. Ce sont des jeunes gens remarquables, qui voulaient tant gagner, qu’ils attendront un peu pour se satisfaire de l’argent. Moi je trouve qu’il nous en faudrait plus, des comme ça, cela me parait aussi louable de pleurer sur une médaille que de se satisfaire de son élimination en série.

Cela me rappelle une anecdote racontée par la tenniswoman Billie Jean King, qui évoquait le tempérament de gagneurs des Australiens. La bande était reçue par un joueur qui a présenté des amuse-gueules dans un joli plateau d’argent. « C’est quoi », lui a demandé quelqu’un ? « C’est ce que j’ai reçu pour avoir fini deuxième de tel tournoi », répond le gars. Et, raconte Billie Jean, écoutant cela, tous les joueurs présents entourèrent le bel objet et… pissèrent dedans en chahutant : « pas de trophées pour les deuxièmes. »  Un peu Australiens, Manaudou et Lavillénie ?

Eric LAHMY

« FRANCIS LUYCE S’EST VOULU LE RESPONSABLE. IL DOIT DÉMISSIONNER » : CLAUDE FAUQUET

IL FAUT TOUT CHANGER : LES HOMMES, LA GOUVERNANCE, ET LE MODE D’ÉLECTION

« Il n’est pas une vérité qui ne porte avec elle son amertume » (Albert CAMUS)

HUIT ANS DE POLITIQUE FRANCIS LUYCE ABOUTISSENT AU NAUFRAGE DE L’ÉQUIPE DE FRANCE À RIO, ET LE PIRE EFFET DE L’ACTION PRÉSIDENTIELLE RESTE À VENIR : PAS DE RELÈVE OU PRESQUE. IL EST TEMPS DE LE REMERCIER MAIS SURTOUT DE RETROUVER UNE VRAIE POLITIQUE POUR LA NATATION FRANÇAISE. CLAUDE FAUQUET, QUI AVAIT CONDUIT JUSQU’EN 2008 UNE ACTION EXEMPLAIRE, EXAMINE LES DÉCOMBRES.

Ayant quitté son poste de DTN en 2008 après avoir guidé la natation française depuis la situation difficile dans laquelle elle se trouvait à la fin du siècle dernier jusqu’à des résultats exemplaires et sans précédent, Claude Fauquet n’a pas manqué d’occupations. Conseiller du ministre des sports, puis directeur adjoint de l’Institut National des Sports, de l’Expertise et de la Performance, dans le bois de Vincennes, où il était chargé de la préparation olympique et paralympique jusqu’à l’âge de la retraite, il s’est partagé depuis entre une activité de conseil, la présidence du club de natation d’Abbeville, celle du Comité Régional Olympique et Sportif de Picardie, et, dans ses moments de loisir, dans celle, éminemment distrayante, de pêcheur à la mouche. A 69 ans, il ne dételle donc pas, bien qu’il se trouve dans une situation plus tranquille qu’à l’époque où il se devait de fréquenter ces grands nerveux, Francis Luyce, Philippe Lucas et Romain Barnier.

Pendant ces huit années, il a gardé le silence sur l’actualité de la natation française. Mais là, voilà que les nuages, lesquels s’amoncelaient depuis quelques temps, parfois en raison des résultats, beaucoup plus en raison de ce qu’on pourrait appeler sévèrement des dysfonctionnements, ou, si l’on est plus indulgent, des symptômes. Je veux parler de la nomination agitée du DTN actuel ou encore, depuis les championnats de France de Montpellier, la confusion autour des sombres manœuvres qui ont entouré la sélection olympique, voire dans le classement du 200 mètres nage libre des championnats.

Mais aujourd’hui, il décide de prendre la parole, car la natation française à qui il a tant apporté en termes de sérénité et de structuration, cette natation coule. L’héritage a été dilapidé par les choix de Francis Luyce.

Vous avez assisté comme tous ceux qui suivent les Jeux, au spectacle de la natation française à Rio. Résultat, aucune victoire, deux médailles d’argent (quand même) qui auraient pu être trois sans l’amère disqualification d’Aurélie Muller, une de bronze pour l’eau libre, et pour couronner le tout des polémiques et des querelles qui ont enlaidi le tableau entre entraîneurs et entre nageurs : bête ‘’accrochage’’ entre Lionel Horter et le Marseillais Mathieu Burban qui se disputaient une ligne d’eau (on aurait trouvé cela regrettable entre un coach russe et un technicien ukrainien, alors entre deux Français, c’est vachement malin), affaire Yannick Agnel, agression verbale dont on aurait pu se passer de Romain Barnier contre Alain Bernard, le champion olympique du 100 mètres qui commentait la natation pour Canal+ et avait suggéré qu’il y avait eu une gestion fautive  de l’encadrement du relais quatre fois 200 mètres (Stéphane Lecat avait répondu, lui, de façon que je trouve convaincante en exposant le problème tel qu’il s’était posé à lui).

Claude Fauquet est bien entendu parfaitement au courant de tout cela, mais il estime qu’une réflexion constructive, dirigée vers l’avenir, ne doit pas se laisser distraire par l’anecdote. Il ne s’agit pas forcément de broutilles, mais il n’y veut voir que des indices, qui, sous l’énorme loupe médiatique des Jeux, ont pris l’allure effarante de l’araignée posée sur le télescope de Tintin dans l’Étoile mystérieuse.

 

LE DÉBAT, OUI ; LE DÉBALLAGE, NON

Claude FAUQUET: « Je ne veux pas me mêler aux polémiques, insiste-t-il. Cela ne m’intéresse pas. Des dérapages comme on en a vu, cela arrive tout le temps, c’est inévitable ; il arrive parfois comme ça que des gens se conduisent de façon regrettable dans des circonstances contraignantes comme celles des Jeux, parce qu’ils n’ont pas trop résisté à l’énorme pression, à l’enjeu qu’ils représentent pour les acteurs de la compétition. Ce sont de bonnes anecdotes peut-être, mais je n’entre pas dedans ; je ne trouve là rien qui aide à se poser les vraies questions pour reconstruire quelque chose de solide.

« Je ne me suis pas exprimé depuis huit ans, si ce n’est avec toi, quand j’avais évoqué mon expérience à la DTN de la Fédération et donc sans toucher à l’actualité d’alors. Et puis mon équipe – je dis : mon équipe parce que nous avons eu l’habitude de travailler en équipe – n’a pas la prétention de détenir la vérité. Chacun a le droit de choisir son chemin et il me paraissait essentiel de laisser les gens en place travailler. »

Après ces huit années, compte tenu des événements survenus pendant deux Olympiades, les résultats de Rio, qui portent avec eux la nostalgie, mais aussi le sentiment très fort que la relève n’est pas là, Claude a décidé de situer les enjeux, comme il l’a fait d’ailleurs avec clarté et la hauteur de vue qu’on lui connait devant Benoit Lallement dans un article du « Parisien-Aujourd’hui en France » [que l’auteur de ce blog s’est permis de piller sans vergogne]…

Claude FAUQUET: « Aujourd’hui, l’équipe nationale est arrivée  au bout d’un processus, dit-il. La natation continuera certes quand même d’exister un peu, de vivoter et d’obtenir quelques résultats parce qu’il y a quand même des gens dans les clubs qui travaillent, mais si l’on veut des résultats qui répondent à une vraie ambition, on a besoin d’une autre politique.

« Il me parait nécessaire d’élever le débat. Chercher à se poser les bonnes questions, celles qui font progresser, parce qu’on n’arrivera à rien si l’on sen tient à tout ce déballage. »

Q.: Le constat d’abord. Qu’est-ce qui a fait que la natation française se trouve dans cette situation ?

FRANCIS LUYCE A VOULU ETRE TENU POUR RESPONSABLE DE LA RÉUSSITE, IL L’EST DONC AUSSI DE L’ÉCHEC

Claude FAUQUET: « Je crois que la Fédération Française de Natation a un problème avec le pouvoir. Il y a une forme de gouvernance qu’a imposée le président de la Fédération, Francis Luyce. « Quant, à mon départ, Luyce dit : « plus jamais de Fauquet », quand il convoque la D.T.N. et dit, « c’est moi, le patron», il opte pour une forme de pouvoir personnel qui fait de lui le responsable de la politique, et donc de son bilan, réussite ou échec. Or, au bout de huit ans, le bilan tel qu’il apparait, c’est que la natation française n’est plus ce qu’elle était. Elle a plongé en médailles, en finales, en performances en général, et perdu dix places au classement des nations. Le moment est donc venu pour Luyce, qui s’est carrément mis en avant et s’est tellement voulu seul décisionnaire, d’assumer ses choix.

« Quant à nous, nous aimerions comprendre ce qu’a été sa politique, essayer de voir ce qui l’a conduit à choisir comme directeurs techniques nationaux Christian Donzé (de 2008 à son décès brutal en 2012), Lionel Horter (2012-octobre 2014) puis Jacques Favre (depuis février 2015) après le bref intermède Patrick Deléaval qui assurait les affaires courantes. Il ne s’agit pas des personnes elles-mêmes, mais il y a une vraie rupture quand tu ne prends pas comme directeur technique quelqu’un de l’équipe précédente. Or, il faut amener une continuité pour assurer le progrès. J’ai écrit à Francis Luyce en 2012 que chaque fois qu’on balkanise la DTN, on met en péril la pérennité du haut-niveau.

« Cette façon de Luyce de se poser, compte tenu aussi de sa façon de procéder, de peser sur les choix, cela donne quoi ? D’abord, il analyse toutes les initiatives de la Direction technique en fonction de leur impact politique, initiatives qu’il rejette comme inintéressantes, ou superflues si elles peuvent le mettre en danger électoralement ; ensuite, surtout, il conduit les gens de qualité à conserver le silence, et observer un état de non dit permanent dans un climat inquiet et suspicieux où chaque question posée va être perçue comme une attaque et non pas comme un élément du débat. »

 « Par ailleurs, j’ai toujours été opposé au fait de donner des responsabilités  de DTN à des gens impliqués dans des structures locales (c’est le cas d’Horter à Mulhouse et de Favre à Marseille). Ça pose des problèmes fondamentaux d’éthique et affaiblit leur position.

« Le président a fait de tels choix. Maintenant, il doit les assumer. »

L’avenir se présente mal. Si l’on croit que l’équipe des Jeux a manqué le coche, on se rend mal compte de ce qui l’attend dans le futur. On n’a plus d’élite, mais aussi plus de jeunes. Plus d’avenir. Plus rien. Ceux qui vont former la prochaine équipe de France sont loin du niveau de leurs prédécesseurs. D’aucuns suggèrent qu’il s’agirait seulement d’un problème générationnel, que les doués ne sont pas au rendez-vous.

Claude FAUQUET: « Bien entendu, je ne nie pas qu’il puisse y avoir des générations de nageurs de valeurs différentes, mais ce n’est pas de cette façon que je raisonne. L’action de la politique fédérale se situe à un autre étage. Elle doit permettre d’anticiper,  de créer les conditions d’une pérennité d’un niveau moyen le plus élevé possible. La question est : à quel niveau se situera-t-on quand ça n’ira pas bien…

« Cette anticipation doit se traduire par des actions de formation des espoirs français à l’exigence internationale et au-delà de la simple participation aux compétitions de leur catégorie.

« Un exemple : les nageurs doivent être aguerris, préparés. Quand j’étais directeur des équipes de France, je me souviens avoir emmené les Solenne Figues, les Romain Barnier, Simon Dufour, toute une équipe aux USA, au Canada, pour y disputer leurs championnats. Ils y apprenaient la compétition internationale, la confrontation aux meilleurs nageurs, le décalage horaire, la fatigue du voyage, les appels dans une langue étrangère, la nourriture, toutes choses qu’ils ne rencontraient pas en restant à la maison. C’était les aguerrir, et c’est ce qu’il convient de faire avec les jeunes, ceux qui arrivent. On doit les préparer à ce qui les attend.

« Là, aujourd’hui, il n’y a pas de terreau. Quand, à Barcelone, aux championnats du monde 2003, j’ai envoyé une équipe avec seulement Manaudou et Figues chez les filles (1), on en a beaucoup parlé ; mais pendant ce temps, il y avait une équipe complète qui s’en allait au championnat des USA à peu près aux mêmes dates, et c’est là que Malia Metella est devenue, à College Park le 9 août 2003, championne des USA sur 50 mètres en battant le record de France de Catherine Plewinski. »

Q: Comment Francis Luyce doit-il assumer ?

Claude FAUQUET: « Dans le cas actuel, c’est simple : il s’est exposé, s’est déclaré responsable ; il doit donc reconnaître ses erreurs ou démissionner. En fait, Francis Luyce n’a que deux choix : soit il s’entoure de gens compétents, soit il démissionne. »

 COMMENT CREER UNE NOUVELLE DYNAMIQUE


Claude FAUQUET: « Il faut changer les hommes et faire émerger des talents aux postes de responsabilités. Mais il faut aussi revoir entièrement le mode de gouvernance qui devrait prendre en compte l’ensemble des 5 disciplines olympiques  et surtout changer le mode d’élection. »

Q: Vous verriez-vous dans un tel rôle?

Claude FAUQUET: « Je ne suis pas partant, mais il faut que la FFN se renouvelle profondément. Ensuite, si les nouveaux responsables pensent que je peux leur apporter quelque chose, je serai à leur côté. »

Q.: Il y a quand même beaucoup de questions qui se posent ailleurs qu’à la fédé ! Les clubs ont une vie difficile…

Claude FAUQUET: « Jean Paul Clemençon à qui je dois beaucoup disait que nous étions une fédération de clubs. Il semble que nous l’ayons oublié.

« Je suis président de club, autant dire que ça, je le sais et le vis au quotidien. Il y a beaucoup de souci à ce niveau ? D’abord les collectivités locales qui se désengagent. Par ailleurs, la tendance est à la privatisation des piscines. Là-dessus, s’ajoute que des activités multiples se rajoutent, certaines ayant été orchestrées par la Fédération elle-même, dans le but, plutôt louable d’ailleurs, d’animer et aussi de rapporter des moyens, éveil aquatique, école de natation française, natation-santé, nager grandeur nature, natation estivale, nager forme bien être, les opérations savoir nager, mais elles retombent sur le même homme, l’entraîneur en général ; quand il sort de ces activités, comment voulez-vous qu’il organise dans les meilleures conditions deux entraînements par jour ? La qualité de son travail va immanquablement s’en ressentir. »

Q.: Dans ces conditions, que va devenir la natation française ? Va-t-elle sombrer à l’international ?

Claude FAUQUET: « Le risque, c’est que, lorsque l’organisation n’est pas portée par un sens du partage, les intérêts individuels reviennent de manière très forte. C’est ce qui se passe. Du coup, les athlètes et les entraîneurs, très sensibles à la qualité de l’environnement, ne peuvent pas s’épanouir. Peut-être que le centième qui manque à l’arrivée d’une course, il faut le chercher là-dedans… »

Q.: Un centième, c’est ce qui a manqué à Manaudou en finale du 50 mètres par exemple ?

Claude FAUQUET: « Je ne veux pas parler de cas particuliers. Mais les choses doivent se passer le plus sereinement possible. »

Q.: Avez-vous l’impression que l’exigence et l’intransigeance, deux piliers de la réussite quand vous étiez aux responsabilités, s’étiolent ? 

Claude FAUQUET: « Les critères de sélections que nous avions instaurés fin 1996 après les Jeux d’Atlanta, des Jeux à zéro médaille, n’étaient qu’un élément du projet, une manière de faire comprendre ce qu’était notre natation. Nous avions travaillé dans tous les secteurs qui nous paraissaient faire sens en termes de réussite, la technique, l’instauration des séries, un gros effort… Le fruit de ce travail, nous ne l’avons touché, aux Jeux, qu’en 2004. Il faut du temps pour amener une prise de conscience de ce qu’est le niveau des Jeux. A Rio, j’entends des nageurs, sans leur en vouloir, qui sont dans le déni, qui se défendent d’avoir nagé loin des finales en disant prendre de l’expérience. Je n’y crois pas. On peut sans doute arriver au haut niveau par d’autres voies, mais là, on n’y est plus. »

Q.: CONSTRUIRE UNE EQUIPE DE HAUT NIVEAU, ÇA PREND BEAUCOUP DE TEMPS, ET EN PLUS ÇA RESTE TRES FRAGILE, SEMBLE-T-IL ?

Claude FAUQUET: « L’apogée de Londres, en 2012 (7 médailles dont 4 en or) a été extraordinaire. C’est quand ça fonctionne qu’il faut se remettre en cause. En 2008, aux Jeux de Pékin (six médailles dont une en or), j’étais persuadé que la remise en cause que je voulais porter ne se ferait pas. Je suis parti… J’avais pourtant proposé des pistes. »

Q.: Lesquelles ?

Claude FAUQUET: « La mise en place d’un système pour remplacer les critères de sélection. Pour que l’opposition de nageurs devienne un élément fondamental de progrès. Pour que les confrontations génèrent les performances et non plus l’inverse.

« Quand je suis parti, je m’étais donné pour objectif de battre les Australiens, (2) qui étaient une des natations les plus fortes, en fait la deuxième du monde ; on avait cogité sur comment les battre. C’est de là qu’était venue l’idée des quotas. J’avais remplacé les critères de sélection chronométrique par des quotas. Le nombre de sélectionnés d’une saison dépendrait des résultats obtenus la saison précédente. J’espérais bien susciter une émulation…

« Mais il s’est entre-temps passé une chose navrante, l’évolution de la natation française a fait que cette proposition que mon équipe avait  mise en chantier avant mon départ, cette proposition est devenue obsolète. De quoi s’agit-il ? Philippe Dumoulin, expert de ces questions, a effectué alors le travail statistique concernant ce phénomène. La densité du haut niveau, dans ces huit années, a diminué de plus en plus jusqu’à devenir catastrophique. Les chiffres ne manquent pas, ils se situent au niveau des qualifiés aux Jeux olympiques au regard des minima A, édictés par la FINA. Que disent-ils ? Qu’à Pékin, nous avions 33 nageurs qui se sélectionnaient au regard des minima FINA : 27 individuels et 6 en relais. Quatre ans plus tard, à Londres, nous trouvions 29 nageurs « sous » les minima FINA, mais seulement 14 individuels et 15 en relais.  En outre, aux sélections pour Pékin, on comptait à 22 reprises des nageurs qui avaient fait les minima mais n’ont pas été sélectionnés parce qu’ils n’étaient pas dans les deux premiers. Ils n’étaient plus que huit à Londres. Derrière l’apparence de la bonne santé éclatante de notre natation à Londres, qui ne tenait qu’aux exploits des Niçois, nous avions moitié moins de sélectionnés individuels selon les critères FINA. Il s’agissait donc d’un très net affaiblissement de notre compétitivité…

« On voit donc dès 2012 une lente destruction de la densité de notre natation. C’est un gratte-ciel dont les fondations s’affaissent. C’est le système qui est destructeur, parce qu’il ne tient pas compte de tous les éléments, alors que dans le haut niveau tout est important. » 

Q.: La DTN entend mettre fin aux critères de sélection, sous le prétexte qu’il est impossible d’avoir deux pics de performances dans la saison, aux championnats de France et lors du rendez-vous international.

Claude FAUQUET: « Dans le sport de haut niveau, il n’y a qu’une réponse qui vaut : c’est le résultat final. . On voit ce que cela donne à ce jour… Mille exemples dans la compétition, à l’international, le démontrent : tu peux nager au sommet avec deux pics dans la saison. Mais la première question à poser aujourd’hui n’est pas celle de la planification, mais celle de la reprise de confiance  pour l’équipe de France. Les nageurs, dans leurs réactions, expriment un désarroi incroyable. Ils ont envie de vivre quelque chose de joyeux, d’être acteurs, pas spectateurs… On avait fait exactement ce constat à la sortie des Jeux de 1996. On avait décidé de mettre des choses en place en se disant : « plus jamais ça. » Et vingt ans après, on se retrouve dans la même situation. Alors, me semble-t-il, il faut définir les bases: faut-il reconstruire ? Avec quels nageurs, quels entraîneurs, quelles stratégies, quels moyens ? Le temps presse. »

Q.: Êtes-vous surpris ?

Claude FAUQUET: « J’aurais voulu l’être… En voyant ce qui se mettait en place, j’étais convaincu que ça ne se passerait pas correctement, mais je ne voulais pas le croire. Hélas, mon intuition a été confirmée… »

(Recueilli par Éric LAHMY)

 

(1). L’équipe de France était composée de Julien Sicot 50m, (5e), Frédéric Bousquet (50m, 10e, 100m, 6e), Romain Barnier (100m, 21e), Nicolas Rostoucher (400m, 12e, 400m4 nages, disqualifié), Simon Dufour (100m dos, 11e, 200m dos, 3e), Hugues Duboscq (100m brasse, 8e), Yohann Bernard, 200m brasse, 11e), Franck Esposito (100m papillon, 7e, 200m papillon, 27e)  Le 4 fois 100m, achevé par un Bousquet transcendant, 47s03 lancé, a terminé 3e. Le 4 fois 100 m 4 nages 4e. Côté filles, Solenne Figues, 100m (12e), 200m, (5e) et Laure Manaudou, 400m (13e), 800m (19e ), 50m dos, (7e ), 100 m dos (11e ).

(2). La France se situait loin derrière l’Australie en termes d’or olympique avec une victoire contre six, et n’était que neuvième ; mais avec six médailles, elle n’était devancée que par les USA, 31 médailles, et l’Australie, 20 médailles, et se trouvait en situation d’ex-aequo avec la Grande-Bretagne et la Chine et devant le Japon, etc. C’eut donc été un beau défi.

COUP D’OEIL TARDIF ET NAVRÉ SUR UNE DISQUALIFICATION

Éric LAHMY

Jeudi 18 août 2016

Depuis ce matin où j’ai revu en toute sérénité et repassé calmement le film de l’arrivée du 10 kilomètres féminin des Jeux de Rio, j’ai décidé de ne plus me parler. Il faut dire que je suis italien du côté de ma mère, et en moi le français ne parle plus à l’italien. Carrément fâché.Je me fais la gueule.

 Je ne crois pas être excessivement subjectif –  même si je reconnais qu’en ce qui concerne Aurélie Muller, mon enthousiasme est bien ancré. Cette nageuse est trop… –  mais j’aurais tendance à partager les fureurs de Stéphane Lecat.

Quand j’ai appris son élimination, ma première idée était qu’elle avait sans doute remis ça à un mauvais moment (elle avait été éliminée dans le passé pour s’être fait respecter dans une course). Mais après ma vision de la vidéo et tous les retours sur image que permet cet outil, je ne saisis plus trop.

Muller a-t-elle « gêné » ou « coulé » l’Italienne ? Dix secondes après que Van Rouwendaal ait touché, Muller et Bruni, dans leur sprint, se rapprochent l’une de l’autre et se touchent. Or que se passe-t-il ? C’est Aurélie Muller, à gauche à l’image, qui, des deux, s’écarte,  et bifurque légèrement mais très nettement sur la gauche pour s’éloigner de Bruni. Si elle avait accepté de nager « dans » Bruni, on ne sait ce qui se passait (elle était deuxième, sans doute), mais son réflexe de changer sa trajectoire lui est venu sans doute naturellement, par réflexe.

L’ennui, c’est qu’on se trouve à quelques mètres de l’arrivée, laquelle,  définie par les lignes de bouchons qui lui donnent  une forme d’entonnoir ou plutôt de trapèze, a été mal posée. La direction que suit Muller pour éviter de nager trop près de Bruni, mène totalement à gauche du passage de l’arrivée, le long de la ligne des bouées, qui balisent l’aire en se rétrécissant de plus en plus jusqu’au mur suspendu où s’effectuent les touches de l’arrivée. Or ici, ces lignes de bouées ne rejoignent pas la ligne d’arrivée, mais se perdent DERRIERE, sur la gauche, un énorme boudin qui participe à l’appareillage de flottaison de l’aire. Vous restez trop près de ces lignes, vous vous trouvez hors limites ! Un piège en mer !

 Muller, à un moment, donne même l’impression d’aller se planter sur ce boudin, mais parvient avec maestria, de justesse, à éviter l’obstacle, mais comme l’Italienne entre-temps s’est elle aussi défaussée sur la gauche, ce qui a pour effet de fermer le chemin de la Française (et je ne serais pas étonné que cette bonne copine l’ait fait volontairement), Aurélie se trouve en peine et on est à deux mètres de l’arrivée. Alors il parait qu’il y a un incident. Peut-être mais… Le choix d’Aurélie, c’est entre « gêner » Bruni et partir dans le décor. Aussi, ce qui se passe ensuite, c’est sûr, c’est que pour toucher la ligne suspendue au-dessus des têtes, Muller, par manque de place, a l’air de passer sur l’Italienne, mais je n’y vois pas malice, seulement deux bras levés, l’un français, l’autre italien, tâtonnants, fébriles, vers la barre de chronométrage. S’appuie-t-elle franchement sur Bruni ? La tête de l’Italienne, il est vrai, disparait une fraction de seconde, mais si vous suivez son bras, j’ai le sentiment que son mouvement ne subit aucune rupture. L’Italienne ne donne à aucun moment l’impression d’être stoppée dans son action ; troisième elle était, troisième elle touche ; elle touche en fait quasi en même temps que Muller (le chrono donne alors Bruni 3e à 0s08). Immédiatement après avoir touché, Bruni se tourne vers Muller (peut-être furieuse?) tandis que celle-ci passe sous la ligne, hors du champ de vision.

Je ne vois là lieu à aucune disqualification, mais qui suis-je ? Bruni a gêné Muller mais involontairement, Muller a tout de suite dévié pour éviter qu’elle ne se heurtent encore, et elle a failli sortir de la course en raison du dessin non règlementaire de l’arrivée (on se demande comment cela est possible aux Jeux olympiques). Enfin, nager pendant 9999,50 mètres et être disqualifiée en touchant à l’arrivée sur un mouvement discutable en situation d’égarement, je trouve cela particulièrement cruel. Je n’aimerais pas être le juge qui a pris cette décision.

Vu d’Italie, pas de commentaires. Muller a été disqualifiée, point final. Ah ! Oui, Rachele Bruni, la-première-athlète-italienne-à-avoir-affiché-son-homosexualité, dédie sa médaille d’argent à sa compagne Diletta. Huffington Post en Italie juge approprié de voir dans cette médaille d’argent, je cite « une médaille contre les préjudices que subissent les homosexuels. » C’est tout ce qu’ils ont retenu de l’anecdote ? Je ne sais pas si ça va rasséréner Muller, d’avoir aidé à ce combat et à cette exaltante reconnaissance.

MON ÉPOQUE POKÉMON

Eric LAHMY

Mercredi 17 août 2016

Je me trouvais le mois denier à Montréal quand la chasse aux Pokémon a été lancée. Je puis vous confirmer que ça été une affaire planétaire. Toute une jeunesse sur les dents ! Je ne comprenais pas plus que la ministre française Laurence Rossignol condamnée pour crise de lèse jeunesse par tous les beaux intellectuels qui abondent sur les réseaux sociaux, sans parler de la démagogie médiatique réunie, pour avoir dit une chose peut-être discutable, mais sensée. Comme j’ai un fils qui, tabernacle, se lançait dans la chasse, j’ai essayé de saisir les enjeux. Il m’a dit que cette épidémie touchait les gens de son âge (21 ans) parce qu’enfants à l’ère des Pokémon. Pour lui, cela  relevait de la nostalgie. A son avis, il y avait plusieurs avantages dans ce truc. Un, cela faisait sortir les jeunes plutôt que de rester enfermés devant leur écran ; deux ils se reconnaissaient dans la rue à leur comportement, et se mettaient à converser, à se filer des tuyaux.

En réfléchissant, je me suis dit que mon époque Pokémon, je l’ai vécue aussi, mais bien entendu avec un autre véhicule. C’était le journal de Spirou ! Entre mes dix et vingt ans, cet hebdomadaire belge a représenté un intérêt qui pouvait frôler le fanatisme. Dans Spirou, je me passionnais surtout pour les aventures de Buck Danny, un as de l’aviation, et mon meilleur ami, pour celles de Spirou et Fantasio (et Spip, et le Marsupilami, et le comte de Champignac.)… Je ne sais pas si c’était plus « culturel » que les Pokémon, sans doute quand même. D’abord mon ami, Georges Mifsud, est devenu professeur de dessin et aussi un sacrément bon caricaturiste ! Moi, ça m’a apporté un jour ma meilleure note en histoire, parce que j’avais lu dans une série du journal, Les Belles Histoires de l’Oncle Paul, une biographie d’Hannibal qui dépassait largement la leçon du livre d’histoire. Hannibal a fait fort dans mon devoir. Pour le reste, difficile à dire, mais encore aujourd’hui je vous donnerai par cœur les titres des 20 ou 25 premiers albums de Buck Danny et le nombre exact de vignettes dans chacun des dits albums. Bref, j’étais fada, t ce côté s’est déplacé vers mes fantasmes aquatiques. Aussi je ne vais pas trop me mouiller pour conspuer la dérive mentale de la manie Pokémon. Ma liste de nageurs préférés, dans le genre, se compare aisément à celle des 718 Pokémon des sept générations successives !

PROFILS EN COURAGE : CES MALADES QUI FURENT CHAMPIONS OLYMPIQUES

Éric LAHMY

Lundi 15 août 2016

LA TOLÉRANCE AU MAL EST UNE CHOSE BIZARRE. IMPOSSIBLE A MESURER DE FAÇON AUTRE QUE SUBJECTIVE. ON A VU À RIO CE NAGEUR, VICTIME D’UN RHUME, SE FAIRE PORTER PÂLE AU DÉPART D’UN RELAIS QUATRE FOIS 200 MÈTRES QUI DEVAIT QUALIFIER L’ÉQUIPE DE FRANCE EN FINALE ET DONT LES ÉQUIPIERS ESPÉRAIENT, AVEC UN PEU DE CHANCE, QU’IL IRAIT CHERCHER UNE MÉDAILLE. ET VOUS EN AVEZ D’AUTRES QUI SE BATTENT EN GUERRIERS MÊME QUAND TOUT VA MAL.

PETITE PROMENADE PARMI CES PUGNACES…

Il y aura bientôt un siècle, développant des idées sur le sport, Jean Giraudoux avait affirmé que le goût  du sport était « une épidémie de santé. » Belle formule, mais qui n’est juste que si l’on accepte d’appeler santé (absence de maladie) ce qui est seulement la forme physique (vigueur fonctionnelle créée par l’entraînement).

Bien des champions ont pu être des gens malades, parfois même handicapés par leurs maux. Je ne parle pas de ceux qui pratiquent dans le cadre du handisport, dont l’incapacité est prise en compte, mais de sportifs qui sont atteints dans leur pratiqué par un souci qu’ils sont contraints de soigner. Champions diabétiques par exemple. Aujourd’hui, il est devenu banal de considérer que le sport est un excellent moyen de contenir un diabète, mais n’en fut pas toujours ainsi. Il y a un demi-siècle, par exemple, des médecins bannissaient l’activité physique pour ceux qui étaient atteints. Cela n’empêcha pas des légendes du sport comme Billie Jean King, Arthur Ashe et Bill Talbert (tennis) ou Joe Frazier et Ray Sugar Robinson (boxe) d’en être affectés.

Le premier athlète à remporter quatre médailles consécutives dans son épreuve, le lancer du disque, s’appelait Al Oerter (le second, Carl Lewis, en saut en longueur). En 1964, pour sa troisième médaille d’or, Oerter se présenta handicapé par un pincement vertébral et un cartilage déchiré à une côte, blessure qu’il s’était donnée quelques jours avant l’épreuve. Il lança contre l’avis des médecins, le torse sanglé, et gagna.

A Rio de Janeiro, on a vu un visage familier de la compétition depuis plus de dix ans, Inge Dekker, nager joliment bien après avoir été opérée d’un cancer de l’utérus. Demi-finaliste du 50 mètres, la grande Néerlandaise a nagé en séries et en finales du relais quatre fois 100 mètres (cinquième).

GARY HALL, DIX MÉDAILLES OLYMPIQUES POUR UN DIABETIQUE DE TYPE 1

Anthony Ervin, l’insolite vainqueur de Florent Manaudou à Rio, avait déjà fait fort douze ans plus tôt : il avait gagné la même épreuve du 50 mètres ex-æquo avec Gary Hall jr. Or celui-ci était un diabétique (et un vrai personnage, haut en couleurs), contraint depuis 1999, donc un an avant sa victoire de Sydney 2000, de se piquer quotidiennement à l’insuline pour ne pas sombrer dans le coma. Gary Hall jr a été (comme son père) l’un des plus grands sprinters de la natation, comptant dix médailles olympiques, l’adversaire n°1 d’Alexandr Popov et à nouveau champion olympique du 50 mètres, seul cette fois, aux Jeux d’Athènes. Pas mal pour un grand malade.

Lorsque la malchanceuse tenniswoman Maria Sharapova annonça qu’elle était positive à un produit récemment placé sur la liste des interdits, le meldonium, elle expliqua qu’elle prenait cette molécule depuis dix années pour soigner « des grippes, un manque de magnésium, une arythmie cardiaque et des cas de diabète » (inhérents à sa famille). Quand on sait qu’elle a été n° 1 mondiale avec ces soucis…

LES SIX JOURS POUR NAGER DE JEFF FARRELL

Au cours de l’hiver 1960, le livre de Jeff Farrell, « Six Days To Swim », fut presque un best-seller. Jeff Farrell y racontait une histoire insolite, celle d’un compte à rebours haletant. Mais commençons par le commencement. Farrell, un enseigne de l’US Navy est devenu à 23 ans, le roi du sprint mondial. Vainqueur l’année précédente du 100 mètres des Jeux panaméricains, il se présente comme le meilleur sprinteur de la planète depuis qu’aux championnats des Etats-Unis, il a frôlé le record du monde de l’Australien John Devitt, en 54s8 contre 54s6. Les sélections olympiques ont lieu la semaine suivante, et Farrell se prépare à s’y présenter en grand favori sur 100 mètres et 200 mètres, une course non olympique mais qui ouvre la porte du relais quatre fois 200 mètres. Mais, le dernier soir des championnats, il est hospitalisé en urgence, et l’on diagnostique une appendicite aigüe. Il faut l’opérer immédiatement. Le comité de sélection olympique se penche sur son cas et lui propose d’effectuer un test deux semaines après les trials, et de l’intégrer dans l’équipe si son temps surpasse celui du 6e de la finale des sélections. Farrell a une autre idée : il veut nager les sélections. Il aura six jours pour se remettre de l’opération. Le chirurgien qui l’opère, mis dans le coup, suit Farrell quand, deux jours après l’opération, l’abdomen serré dans un bandage, celui-ci s’immerge dans le petit bassin attenant à la clinique. Six jours plus tard, il nage une seconde trois dixièmes moins vite qu’aux championnats et rate sa sélection d’un dixième pour trois raisons, racontera-t-il : un départ prudent, presque sans élan, de crainte de l’éventration ; une trop grande confiant en soi ; une perte de concentration qui fait qu’il touche la ligne d’eau à quinze mètres du mur. Il refusera la proposition du comité, qui, « vu les circonstances », lui offre de nager dans la course individuelle à la place du 2e, Bruce Hunter. Il explique qu’ayant joué et perdu, il « n’aimerait pas faire à quelqu’un d’autre ce qu’il n’aimerait pas qu’on lui fasse. » Il est intégré dans les relais quatre fois 200 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages et ramène deux médailles d’or des Jeux de Rome.  Lance Larson, vainqueur sans doute volé de la victoire par les juges à Rome (il a touché un dixième de seconde avant l’Australien Devitt qui est déclaré vainqueur) a toujours estimé que Devitt était meilleur que lui sur 100 mètres libre.

Farrell, que le chroniqueur François Oppenheim comptait parmi les auteurs des gestes chevaleresques de la natation, était aussi l’un des nombreux nageurs qui furent capables de se surpasser alors que la maladie les frappait au plus mauvais moment.

Un autre nageur américain, Dick Roth, connut un ennui équivalent à celui de Farrell. Dick Roth était un membre de cette étonnante équipe de natation que George Haines coachait à Santa-Clara l’année des Jeux olympiques de Tokyo, en 1964, et dont je crois bien qu’elle aurait pu matcher le reste du monde. Elle était emmenée par des garçons comme Don Schollander, champion olympique du 100 mètres, recordman du monde du 200 mètres, champion olympique et recordman du monde du 400 mètres, et par Steve Clark, recordman du monde du 100 mètres, et des filles comme Donna De Varona, ex-recordwoman du monde du 100 mètres dos et championne olympique du 400 mètres quatre nages. Roth, seize ans, régnait sur les quatre nages.

DICK ROTH BAT LE RECORD DU MONDE ENTRE DEUX CRISES D’APPENDICITE

Voici l’histoire telle que la raconte San Scott pour la revue des Stanford Alumni :

“Dick Roth arriva à Tokyo avec toutes les raisons d’être confiant. Le jeune homme de dix-sept ans détenait le record du monde du 400 mètres quatre nages où il n’avait pas été battu pendant plus d’un an. Mais Il tomba malade après la cérémonie d’ouverture et les médecins ordonnèrent une opération de l’appendicite en urgence. Il fut transporté dans une base militaire américaine pour être opéré, mais refusa à la dernière minute de signer son consentement, bloquant la procédure. Il voulait toujours nager. Ses parents furent alertés, mais il les supplia de son lit roulant d’hôpital de lui laisser sa chance. Ses parents obtinrent des médecins qu’ils cherchent à contrôler le niveau de l’infection. Dans la deuxième série, Roth fut largement battu par le Canadien Sandy Gilchrist, et nagea neuf secondes moins vite que le vainqueur de la première série, Carl Robie, et l’affaire se présentait mal. Le matin de la finale, épuisé par le manque de sommeil et affaibli par une diète à base de Jell-O et de punch hawaïen était d’autant plus assuré de sa défaite qu’il pouvait voir son camarade de chambre, le Robie en question, pioncer comme un ange !

Afin de se distraire, Roth alluma le poste de radio juste alors que se déroulait la course de 10.000 mètres olympique. Un quasi-inconnu, Billy Mills, un marine issu d’une réserve indienne à Pine Ridge, collait aux leaders de la course. Il parut lâché dans la courbe finale mais quand les meneurs lancèrent leur sprint, Mills se jeta dans un mouvement explosif, prit la tête à vingt mètres du but et améliora son record personnel de quelques cinquante secondes. Cette performance réveilla chez Roth le désir d’aller ce jour-ci au bout de lui-même. Huit heures plus tard, Roth enleva le titre olympique et améliora son record du monde de trois secondes, un temps qui tint debout pendant quatre ans. Trois semaines plus tard, les médecins de Stanford l’opérèrent de l’appendicite. »

S’il faut en croire une constatation de Dawn Fraser, les nageurs sont souvent victimes de blessures et d’accidents de santé. Elle-même n’arrêtait pas de tomber malade, et nageait constamment à travers divers embarras et autres blessures. Si vous relisez les biographies des sœurs Campbell, vous voyez qu’elles n’ont cessé, tout en préparant leurs championnats, d’avoir à prévenir ou à soigner des kyrielles de bobos. Les ennuis affectent particulièrement leurs hanches, c’est à croire que ces hanches minces, tellement avantageuses en termes de natation, recèlent quelques inconvénients. Je me demande ce qu’en dirait un médecin.

On a vu l’an passé Mackenzie Horton, autre Australien, nager à travers tous les championnats du monde de Kazan et collectionner les contre-performances alors qu’il était (sans le savoir) victime d’un virus.

KATHLEEN BAKER DOIT SE PIQUER DEUX FOIS PAR SEMAINE

On sait aujourd’hui que Kathleen Baker, la jeune Américaine médaillée d’argent du 100 mètres dos des Jeux de Rio de Janeiro derrière Katinka Hosszu, est, depuis l’âge de treize ans, victime d’une affectation lourde, le mal de Crohn, une maladie inflammatoire de l’intestin, chronique et inguérissable, dont les causes restent inconnues à ce jour. Le Crohn est un mal qui fatigue, provoque des amaigrissements, de la fièvre et des manifestations articulaires, cutanées et oculaires, avec risques d’occlusions intestinales. Baker, qui a connu des épisodes douloureux et a cru sa carrière sportive terminée, est contrainte de se piquer elle-même, à raison de deux injections par semaine. Même si d’autres sportifs professionnels portent une maladie de Crohn, ses succès ont eu l’air d’étonner son propre médecin traitant. Quand il apprit que Kathleen s’était qualifiée dans l’équipe olympique, il était à la fois tellement étonné et content qu’ « il téléphona à sa femme et à ses parents avant de partager la nouvelle avec le personnel de l’hôpital, comme si Baker était sa propre fille. »l 

LES DOULEURS ABDOMINALES DE SIOBHAN MARIE O’CONNOR

Siobhan Marie O’Connor (Grande-Bretagne), une des meilleures spécialistes sur 200 mètres quatre nages, et finit 2e de la course des Jeux olympiques de Rio où elle porta hardiment la contestation à Katinka Hosszu,  souffre, elle, de colite ulcérative. Il s’agit d’une affection si douloureuse que, quand Steve Redgrave, le rameur le plus médaillé de l’histoire, en montra tous les symptômes, les médecins écartèrent l’hypothèse qu’il en soit affecté. Ils croyaient impossible qu’il ait pu se hisser aussi haut dans son sport en portant ce mal. O’Connor, qui avait débouché dans le monde de la haute compétition aux Jeux de Londres, à seize ans, doit compter, chaque jour de sa vie de nageuse, avec un système immunitaire défaillant, et des accès de fatigue. De son côté, Ross Murdoch, dauphin de Peaty en brasse, a dû surmonter beaucoup de doutes, retour d’une mononucléose, pour gagner à Glasgow, aux derniers Jeux du Commonwealth. « Mon coach, Ben Higson, dit toujours qu’on ne s’entraîne pas pour nager notre record dans le meilleur des jours, mais pour atteindre le podium dans le pire des jours. » a-t-il expliqué.

On sait assez peu que Federica Pellegrini a souffert de spasmes des bronches qui l’ont parfois contrainte de s’arrêter en pleine course, asphyxiée. Ses bronches ne fonctionnaient plus qu’à cinquante pour cent. Le mal était provoqué par des moisissures de piscines. Elle a été soignée à la métacholine. L’inquiétude de retrouver ces symptômes provoqua les crises d’angoisse célèbres de cette pauvre Federica, et il fallut dès lors traiter ces angoisses, qui l’empêchèrent de nager sa série de 400 mètres aux championnats d’hiver 2009 dans un climat de crise de nerfs qu’on imagine. Un coach mental parvint à la libérer de ses frayeurs, notamment par des simulations de course à l’entraînement. En France, Stephan Caron dut surmonter des tachycardies qui le prenaient en pleine course mais heureusement ne surgirent jamais durant ses grandes courses aux Jeux olympiques ou en championnats du monde et d’Europe.

Kieren Perkins, double champion olympique sur 1500 mètres en 1992 et 1996, et recordman du monde sur 400 mètres libre, a nagé une grande partie de sa carrière en souffrant de névralgie phrénique. On a fait grand cas de sa défaite, face à Hackett, aux Jeux olympiques de Sydney, en 2000, et expliqué qu’il lui avait manqué un an supplémentaire d’entraînement. Tout semble indiquer qu’il n’en était rien. Perkins nageait plus vite que Hackett, mais ne pouvait virer correctement. Des analyses nées d’un film de la finale olympique auraient démontré que Perkins avait perdu une vingtaine de secondes dans les virages. Le commentateur australien de la course en avait d’ailleurs fait la remarque : Perkins revenait un peu sur Hackett qui le dévorait littéralement dans les virages.

La névralgie du diaphragme provoque des douleurs intolérables qui s’installent au milieu de la course. Murray Rose, quarante-cinq ans plus tôt, avait souffert du même symptôme, qui était, disait-il « totalement inhibiteur quand on poussait pour se relancer dans les virages », mais avait été guéri, lui, à l’issue d’une séance d’hypnotisme menée par Forbes Carlile avant les championnats d’Australie 1955. Il remporta le titre olympique en 1956 et améliorait encore le record du monde de la distance, huit ans plus tard lors du championnat des Etats-Unis 1964.

LA MALADIE GAGNANTE DE MICHAEL PHELPS

Il est aussi, de façon étonnante, des maladies qui avantagent les sportifs. Ou au moins une, l’hémochromatose, maladie grave liée à une hyper absorption du fer. Si ce mal frappe une personne sur 300, sa fréquence est, croit-on savoir, deux fois plus élevée chez le sportif de haut niveau. Le fer, absorbé dans la digestion st pour 10% aide à fabriquer des globules rouges. Une hormone, l’hepcidine, régule le taux de fer disponible. Un gène régulateur de la libération d’hepcidine, HFE, peut, dans certains cas, muter. Si une personne possède une mutation à la fois sur le chromosome de sa mère et sur celui de son père, il risque d’accumuler du fer dans ses organes. Or 80 pour cent des athlètes de disciplines très énergétiques, présentent au moins une mutation de ce gène. Dès lors, ils disposent d’un avantage naturel, transportent mieux leur oxygène, récupèrent mieux. On sait par ailleurs que des nageurs comme Michael Phelps ou Camille Lacourt ont été considérés comme hyperactifs, mais on peut penser que ranger l’hyperactivité parmi les maladies est une aberration de notre époque. Il n’empêche : Phelps était soigné à la ritaline pendant sa jeunesse, et ses facultés de récupération étaient phénoménales.

Parfois, c’est le mal qui l’emporte, et c’est alors une contre-performance. On l’a vu avec Lara Grangeon qui s’est plaint de la climatisation à Rio. C’est le cas de la championne du Commonwealth néo-zélandaise Lauren Boyle, malade et blessée dans les jours qui ont précédé ses jeux. Présentée sur 400 et 800 mètres, elle a terminé loin en séries. Ça a fait dans son pays un foin assez équivalent à celui qu’a provoqué Yannick Agnel en France, je vous passe les détails. 

 

LES NAGEURS FRANÇAIX AUX JEUX, CHRONIQUE D’UNE DÉCEPTION A DÉFAUT D’UN DÉSASTRE

Éric LAHMY

Dimanche 14 août 2016

C’était une défaite annoncée. Ici, sur ce site. Sincèrement, ça ne me procure aucun plaisir. Il y a les nageurs, leur travail fanatique, leurs rêves dorés et chlorés. Il y a les entraîneurs, qui font un drôle de métier, qui se tapent des dix heures par jour sur les bords des bassins, à se faire bouffer les poumons par le chlore, et à chercher à faire mieux dans une compétition qui prend parfois des aspects terribles d’intensité. Plutôt que d’épiloguer, ou de chercher de grandes explications sous forme de synthèses parfois impossibles, j’ai choisi de commenter épreuve par épreuve. Pour le reste, on verra plus tard.

50 mètres : Florent Manaudou d’argent ou Florent Manaudou battu ? Tout est dans la nuance. Le Marseillais a fait une belle course. Il s’est déçu, mais il ne nous a pas déçu. Il a fait des bons jeux, un relais quatre fois 100 mètres, et sa demi-finale du 50 mètres en 21s32 a montré qu’il était prêt. A la limite, sa désolation après sa si courte défaite était d’une spontanéité rafraichissante… Tels sont les aléas de la course, je vais écrire une phrase qui me dérange moi-même un petit peu et que vous avez le droit de réfuter : il n’a pas été battu par plus fort que lui. Il prétend lui-même n’avoir pas produit une course parfaite, avoir un peu foiré sa reprise de nage, étant trop haut sur l’eau, et puis d’avoir cogité. Ça va tellement vite, un 50 mètres !

100 mètres : Le « meilleur sprint du monde », place à laquelle ses places sur le bilan d’avant les Jeux le situait, ne peut poser ses représentants mieux qu’aux 14et et 18e places en séries des Jeux. Allez analyser ça. Cela dit, les performances ne sont pas horribles, 48s57 pour Mignon (ex-aequo avec Nin Zetao) et 48s62 pour Stravius, mais voilà, c’est un mètre moins vite qu’aux championnats de France, et insuffisant dans le contexte brûlant de Rio. Ce qui est arrivé à Cate Campbell nous permet de relativiser.

200 mètres : Stravius, 11e des séries, 1’46s67, doit se sentir un peu court. Il « scratche » la demi-finale. Il doit savoir qu’il ne passera pas. Et le champion olympique sortant ? 1’47s35, 19e, cela s’appelle sortir par la petite porte. Cela serait plus supportable si Agnel n’avait pas cessé, toute la saison suivante, de nous bassiner avec ses « demain on rase gratis » et ses systématiques déclarations d’autosatisfaction après chaque course où on le voyait plafonner. Jusqu’à une semaine du début, où il estimait qu’il allait s’en sortir avec une ou deux médailles, il a professé une sorte d’optimisme qu’on dirait de commande, au lieu d’analyser la situation. Vu la forme affichée par Pothain, on eut préféré que ce soit lui qui nage. Cela nous aurait peut-être évité quelques numéros d’acteur.

400 mètres : Pothain, 3’45s43 en séries, pulvérise son record pour accéder à la finale. Derrière, des pointures comme Vogel, Park, Cochrane, Stjepanovic. Mais la finale, c’est trop pour lui. Bon dernier, mais cette accession à la finale était presque inespérée, donc on dira que c’était du beau travail… Pothain n’est pas à proprement parler un jeune, en raison de sa maturation lente, mais il a un vrai talent, l’éthique de travail, un entraîneur qui gagnerait à être connu…

1500 mètres : Après quinze ans à vivre sur le sprint, la natation française s’est-elle trouvée des éléments de demi-fond ? On le souhaite. Je n’ai rien contre le sprint, mais le creuset de la natation, c’est quand même la distance, il y a des qualités qui se développent pleinement à travers un certain volume de travail.  

100 mètres dos : Camille Lacourt. En séries, il fait le meilleur temps – mais 52s96…, et d’aucuns se disent, on va voir ce qu’on va voir. Las ! 5e de la finale où, parti prudemment il ne jouera aucun rôle. Son retour en 26s92, le 3e de cette finale, ne lui vaut pas de reprendre une place. Son temps final, 52s70, n’a rien de déshonorant, mais voilà… 52s72 en demi-finale, 4e il perd donc une place en finale. Camille aurait espéré une fin de carrière adornée d’un podium, mais ça ne rigolait pas pour les Français… Murphy était hors d’atteinte et derrière ça s’est battu pour chaque place.

100 mètres papillon : Mehdy Metella voulait nager plus vite que Phelps, mais celui-ci avait trouvé une partie de sa flamme passée. Et le Singapourien Schooling, qu’Eddie Reese, le coach « mythique » de la NCAA, présentait comme « le nageur le plus doué » qu’il « n’avait jamais vu » est devenu le nouveau super-crack de la natation. Mehdy, c’est quand même mission accomplie, parce qu’il a passé les séries, passé les demi-finales et fini 6e derrière un super, Schooling, trois anciennes gloires ex-aequo, Phelps, Cseh et Le Clos, ainsi qu’un nageur d’avenir qui bat le record du monde junior, le Chinois Li Zhuaho.

4 fois 100 mètres : Le relais français perd, ce qui n’est pas grave, même si les garçons ont ressenti une blessure au niveau de leur orgueil national. Deuxième, c’est quand même du haut de gamme, d’autant que, un, les Américains n’étaient pas facilement prenables, deux, les champions olympiques et du monde sortants devaient se fader les Australiens – dont certains ont raté leur préparation terminale – et les Russes, mission accomplie sous cet angle. Une question quand même : pourquoi se priver de Mignon ? Pour favoriser l’injection d’un Fabien Gilot qui avait pourtant montré, en saison, qu’il était sur la pente descendante ? Avec le Mignon qu’on a vu en séries et en demis du 100 mètres, les Français pouvaient passer les Américains, Le potentiel de Mignon était meilleur.

4 fois 200 mètres : Pothain, 1’46s56, Mallet, 1’47s60, Bourelly, 1’48s62 et Joly, 1’50s93, totalisent un bien faible 7’13s71, à 4s57 de l’accession en finale. Certes, la non-participation de Stravius et de Mignon, retenus par le 100 mètres nage libre a condamné d’entrée ce relais à la participation sans gloire. Pour le reste on vous renvoie à toute la polémique qu’a soulevée ce relais…

DAMES

100 mètres : la course a lieu après le 200 et Charlotte Bonnet a peut-être souffert d’un programme où elle était beaucoup requise.

200 mètres : Charlotte Bonnet, 4e des séries en 1’56s26, 7e des demi-finales en 1’56s38, pourra se vanter d’avoir devancé Missy Franklin en perdition, ou encore Femke Heemskerk pour qui le régime Lucas n’a pas représenté un plus. Coralie Balmy, 23e en 1’58s83, que dire ?

400 mètres : Coralie Balmy, 8e en 4’6s98, a maintenu une fière allure jusqu’aux deux cents, et a fini loin de son temps des séries, 4’3s40. Déception donc car je crois qu’elle visait haut… Je pourrai toujours dire qu’elle était devant Lotte Friis et Lauren Boyle, ou encore qu’elle est la 3e Européenne de la course derrière Carlin et Kapas, mais je ne crois pas que cela va la rasséréner.

100 m papillon : Marie Wattel, 58s90, 24e , et Béryl Gastadello, 58s93, 25e dans le même ordre qu’aux France, trop loin pour la demi-finale (58s15) sans parler de la finale (57s51). A Montpellier, elles avaient nagé 58s38 et 58s48

 200 mètres papillon : Lara Grangeon, 18e, 2’9s69, rate d’assez peu l’entrée en demi-finales de 0s49. A 2’7s87, son temps de Montpellier, elle passait… L’accession à la finale se serait alors jouée à 2’7s22. Décidément les Jeux olympiques ne conviennent pas à la Néo-Calédonienne, déjà échaudée à Londres, où elle avait fini 18e à 4 secondes de son record (et convient-il de dire, 8 secondes de l’accession à la finale) sur 400 quatre nages.

200 mètres quatre nages : Fantine Lesaffre, 30e ex-aequo, en 2’15s71. Rappelez-moi, pourquoi a-t-elle été retenue à Rio, déjà ?

400 mètres quatre nages : Lara Grangeon finit 22e en 4’43s98, Lesaffre 24e en 4’44s47. La dernière qualifiée en finale, la Canadienne Emily Overholt, 4’36s54, les précède de sept et huit secondes. Grangeon s’est plaint de la climatisation qui lui a donné une « rhino-pharyngite ». Qu’on ne me parle plus de ça !

4 fois 100 mètres : la France se qualifie 8e en 3’36s85. En finale, les quatre filles, Gastaldello, Bonnet, Cini et Santamans, refont leus temps ou un peu moins bien mais passent le Japon. D’une certaine façon, c’est mission accomplie .

4 fois 200 mètres : Coralie Balmy, 1’57s38, lance l’affaire plutôt bien, mais immédiatement après, le parcours de Cloé Hache, 2’1s52, à deux secondes de son temps de Montpellier (1’59s70) met l’équipe dans les lointains. Bonnet, 1’58s15, à deux secondes et demie en-dessous de son potentiel, et Margaux Fabre, méritante, 1’58s50, son meilleur niveau, ne peuvent reprendre un handicap qui sera de plus de deux secondes sur le temps de qualification, 7’53s43 contre 7’55s55.

ANTHONY ERVIN, LE SURPRENANT VAINQUEUR DE FLORENT MANAUDOU

16 ANS APRES SYDNEY IL DEVIENT LE PLUS VIEIL « OLYMPIONIQUE » DE NATATION

Éric LAHMY

Vendredi 13 août 2016

Sur 50 mètres, donc, Florent Manaudou… oui, Florent Manaudou d’argent ou Florent Manaudou battu ? A voir sa tête après la course des Jeux olympiques de Rio, lui pencherait pour la deuxième façon de présenter les choses. Il en fait un drame, et plus encore Laure, sa sœur, effondrée, en larmes ! On le comprend. Il a tellement dominé, depuis les Jeux, à l’exception de 2013, année où il avait pas mal flotté. Jusqu’à cette demi-finale ravagée en 21s32 et où il s’était dit – on s’était dit : « c’est le retour du patron. » Depuis le temps que Florent nageait pour ne pas perdre, voilà, ça lui est arrivé au pire moment ! Il Se cherche des explications. Mauvaise reprise de nage. Pourtant, aux 25, il m’a paru en tête ?

Ervin, son vainqueur, c’est quand même une drôle d’aventure, marquée par une maladie rare, des hallucinogènes, du tabac, le rock and roll, des motos rapides… Il commence pourtant co-champion olympique du 50, déjà, en 2000 avec cet ineffable Gary Hall jr, est encore champion du monde 2001 au Japon.

Après un résultat insatisfaisant en 2003, 17e ex-aequo, et fatigué de nager, suite à quatre années à l’Université de Californie non consacrées par un diplôme, il rejoint Brooklyn où il passe son temps à gratter de la guitare dans un orchestre, à enseigner aux jeunes enfants dans l’école de natation créée à TriBeca par un copain de Cal, l’ancien champion d’Allemagne Lars Merseburg, bref à prendre la vie du bon côté, voire du côté de la cocaïne et du LSD, tout en pratiquant le bouddhisme zen. Mais parfois, il disjoncte, tente même de se suicider pour ne plus avoir à subir son syndrome Jules de la Tourette, une maladie incurable marquée par des tics et mouvements incontrôlables.

La presse américaine, laquelle ne peut s’empêcher de commenter les origines des gens quand ils ne sont pas de purs WASP, ce qui est le cas de ce melting pot ambulant, un tiers juif ashkénaze, un tiers africain, un tiers indien américain, (et extrêmement tatoué sur les épaules et les bras), la presse donc, qui ne cesse de s’émerveiller de la couleur de peau de Simone Manuel, n’oublie jamais de rappeler son arbre généalogique.

Le gars ne manque pas d’émotion. Après le tsunami qui, après Noël 2004, ravagea les côtes de l’océan Indien, tuant 280.000 personnes, il obtient 17.000 dollars de la vente de sa médaille d’or olympique, qu’il envoie aux survivants du massacre.

En 2010, Ervin retourne à Berkeley, achève ses études, nageant pour se sentir bien pendant qu’il prépare – enfin – son diplôme. Plus il nage, plus il va vite. Et le virus de la compétition le reprend. On le retrouve aux « trials » 2012, 2e (et donc qualifié pour Londres) derrière Cullen Jones avec 21s59, son record personne datant de Sydney, 21s80, battu. 5e aux Jeux de Londres, 21s78, puis 6e en 2013 aux mondiaux de Barcelone, 21s65, après avoir nagé 21s42 en demi-finales. Le voilà devenu à Rio, nous dit-on, le plus vieux champion olympique de natation.

Si Florent prend exemple sur lui, on devrait revoir le Marseillais à Tokyo en 2020, mais aussi en 2024 et 2028. Il n’a pas l’air de vouloir, mais changera peut-être d’avis.

LEDECKY QUI RIT, KATIE QUI PLEURE (DE JOIE ?)

Katie Ledecky a pleuré. C’était sa dernière course des Jeux et elle a dézingué le record du monde du 800 mètres. Elle a tellement aimé ces quatre années depuis Londres que, sur le podium, et à la conférence de presse, envahie par l’émotion, elle laissait couler ses larmes et avait du mal à s’exprimer. Elle a confié que les soirs précédents, elle pleurait seule, dans son lit, en pensant que ça allait finir bientôt. La nuit où Simone Manuel a gagné le titre du 100 mètres, ce qui l’a fait rentrer tard – les deux filles partagent la même chambre – Katie a attendu patiemment. « Je n’allais quand même pas m’endormir sans t’embrasser », lui a-t-elle dit. Cette géante du sport est une jeune fille toute simple, un peu timide, mais passionnée.

Sa course ? Ledeckienne, c’est-à-dire phénoménale, en 8’4s79, passage en 4’1s98, avec ça, compte tenu du virage au pied, elle était championne olympique du 400 mètres devant Jazz Carlin qui a fait de bons Jeux olympiques après avoir tellement douté, et a décroché Boglarka Kapas en partant plus tôt qu’elle, aux 700 mètres. Ledecky, elle, a été la seule à descendre ses longueurs de bassin régulièrement en moins de 31 secondes. Elle a mis plus de distance entre elle et Carlin, deuxième, qu’entre Carlin et la 8e et dernière de la course, c’est vous dire si Ledecky est hors norme.

HOSSZU RATE SA 4E MARCHE : LE DOS A DI RADO

Sa seule rivale au titre de meilleure nageuse des Jeux, la Hongroise Katinka Hosszu, s’attaquait, après ses victoires à répétition sur 200 et 400 quatre nages et 100 mètres dos (cette troisième constituant une certaine surprise), à sa quatrième course individuelle (elle avait abandonné ses prétentions sur 200 mètres papillon). Eh ! bien Hosszu a fini 2e, battue au sprint par Maya DiRado qui, après l’avoir suivie comme son ombre, est parvenue à la doubler. Maya, qui, ce 9 septembre, travaillera pour McKinsey à analyser les programmes de modules analytiques et a prévu aussi la date de son mariage, remonta sur la fin tandis que Katinka, qui menait tout du long, ne put contrer. Il s’en est fallu de 9 centièmes. Ce n’est pas tant que DiRado se montra irrésistible, Ustinova, pour la 4e place, finissait une seconde (31s79 contre 32s79) plus vite que l’Américaine. Mais Hosszu était carbonisée. La finale, qui comprenait aussi une vieille gloire, Kirsty Coventry, n’était pourtant pas très rapide, le titre se joua presque deux secondes moins vite, 2’5s99 contre 2’4s06 (Melissa Franklin) qu’à Londres. Mais la course avait englouti les espoirs de Franklin et  de Seebohm, respectivement 2e et 1e l’an passé aux mondiaux de Kazan.

TROIS VIEUX PAGES D’ARGENT POUR UN PAPILLON D’OR

Sur 100 mètres papillon, Mehdy Metella a terminé 6e. L’épreuve a donné lieu à un ironique passage de témoin entre l’ancienne et la nouvelle génération. Schooling, le Singapourien d’Eddie Reese, a fait la différence avec les trois anciens ténors de la spécialité, l’Américain Phelps, le Sud-Africain Le Clos et le Hongrois Cseh. Il mène de bout en bout, bat le record olympique de Phelps, 50s39 contre 50s58. Ses trois suivants touchent dans le même centième : 51s14. Un gag. Un vainqueur, trois dauphins, à égalité sur le podium !

Dans les séries du 1500 mètres, où l’on a compte treize nageurs sous les 15 minutes, et assisté au naufrage de Sun Yang, 16e au total, Damien Joly a superbement nagé, il bat le record de France, et, en 14’48s90, a presque fait jeu égal avec Willimovski, 14’48s23, Horton, 14’48s47 et Detti, 14’48s68 dans la cinquième série. Dans la sixième, Paltrinieri et Connor Jaeger, les deux premiers des mondiaux de Kazan, ont fait mieux : 14’44s51 et 14’45s74…  

YANNICK AGNEL OU COMMENT ENRHUMER UN RELAIS ET PLANTER SES COPAINS

Éric LAHMY

Samedi 13 août 2016

Toute cette salade autour du relais quatre fois 200 mètres français de Rio, ça vous fait songer à quoi ?  Pothain, 1’46s56, Mallet, 1’47s60, Bourelly, 1’48s62 et Joly, 1’50s93, totalisent un faible 7’13s71, à 4s57 de l’accession en finale. Certes, la non-participation de Stravius et de Mignon, retenus par d’autres obligations, a considérablement affaibli l’équipe. Et Agnel ? Il n’était pas là. Absent, non excusé. Les relayeurs lui sont tombés sur le paletot après la course, et ont parlé d’abandon, c’est-à-dire de trahison du relais. Dans une insolite conférence de presse, « 40° de fièvre », plaide Yannick ; il était au lit, trop mal, la veille au soir, quand « la DTN a décidé » de le remplacer par un Joly pris de court, pas rasé, mal concentré. Lui, il était prêt à nager. Vous êtes convaincus ?

J’aime bien ce côté Ponce Pilate d’Agnel. C’est pas moi, dit-il en l’espèce, « c’est la DTN, ils ont décidé,  j’étais pris de court, c’était trop tard, quand je l’ai appris, le matin de l’épreuve. J’étais prêt à nager ! » Vous croyez ce roman, vous ?

Son absence en séries a, donc, été des plus mal ressenties par ses équipiers, dont la colère a fait des étincelles. Il n’est pas sûr que la présence d’Agnel aurait changé le résultat final, mais qui sait ?

Pothain, Mignon ou Bourrelly, Stravius et Agnel se seraient sans doute qualifiés. La faute, vue sous cet angle, est donc moins celle d’Agnel que du choix de la DTN qui croit que la France peut comme les USA se qualifier avec des remplaçants. D’un autre côté, Stravius et Mignon nageaient ce jour là le 100 mètres.

Mais il n’y a pas que ça. Il n’est pas clair sur ce coup, Yannick. Cela fait quelque temps d’ailleurs qu’on ne reconnait pas le garçon, qu’on croyait intelligent, mais qui parait prendre un malin plaisir à mettre ses capacités intellectuelles au service de manipulations qui arrangent ses affaires. Agnel développerait-il un côté retors ?

D’aucuns avaient déjà ressenti avec agacement l’affaire du classement du 200 mètres des France à Montpellier. Je crois qu’il aurait alors dû refuser de remplacer Pothain, Agnel. On ne lui en aurait pas trop voulu d’accepter la généreuse proposition de Pothain, son vainqueur, de lui offrir sa place, s’il ne s’était pas agi de l’aboutissement d’un de ces mouvements sinueux dont est coutumier son clan.

Cet abandon par Pothain de ses prérogatives lui avait été extorqué sur le vif aux championnats de France par la façon dont on a présenté les choses (« on » étant le groupe des Mulhousiens autour de Lionel Horter, épaulé par Jacques Favre, et appuyé par la télévision, dont la commentatrice, Sophie Kamoun, est ne l’oublions pas, également, l’agent d’Agnel).

Bref, la totale. Cette chère Sophie avait joué un jeu très « astucieux » en l’affaire sans paraître se rendre compte du conflit d’intérêt que représentait sa suggestion à l’antenne qu’Agnel avait fini deuxième et non troisième de la course et le fait qu’elle prenait des commissions d’agent sur les contrats du nageur, dont les montants sont liés à ses résultats. S’en est suivi un siège en règle de Pothain, lequel, bien embobiné,  a fini par abandonner comme il n’était pas du tout obligé de le faire sa place aux vestiges du champion olympique de Londres.

Après les France, Agnel a fait quelque chose de très remarquable, dans la ligne, d’ailleurs, de son baratin de ces trois dernières années. Il a positivé à tous crins. Une performance de merde ? « Super. Tout va bien ». Il se traîne ? « On a bien travaillé. » Une course totalement ratée : « j’ai retrouvé mes sensations, ça approche. » Il frôle la trentième ou cinquantième place dans le monde ? « L’important, c’est que je me régale à l’entraînement. » Et pour finir, juste avant les Jeux : « je vais essayer de ramener une ou pourquoi pas deux médailles des Jeux. » C’est demain on rase gratis, version les pieds dans l’eau.

Monsieur vend du vent !

LE MEDIA TRAINING OU L’ART DE SE MOQUER DU MONDE

Je crois qu’Agnel n’a pas arrêté de nous prendre pour ce que je vais finir par penser qu’il est en train de devenir à grande vitesse. Ça s’écrit en trois lettres et c’est de l’excellent français. A preuve ces dernières conférences de presse. Il la joue calme, serein, style dompteur de media, et devant mon écran télé, en l’écoutant, je sens naître de vagues envies de meurtre. Un confrère lui demande (un peu sèchement) de s’expliquer. « Tu as vu le ton que tu emploies », rétorque l’impétrant ? Ça a deux avantages. Un, il s’exerce à dominer l’auditoire, deux il ne répond pas. On le met devant ses responsabilités et ses incohérences ? Il se rebelle : « eh, les gars, aujourd’hui, il y a cent personnes qui ont été tuées en Afghanistan. » Encore un propos sans aucun rapport avec ce qu’on lui demande et une question à la trappe. Il se fiche vraiment du monde, avec son art de se défiler. Poisson dans l’eau, et sur terre une anguille. C’est quoi cette attitude ? Cette non réponse, cette façon d’agiter un foulard rouge ailleurs pour détourner l’attention, comme Camille Lacourt l’a si bien fait au sortir de son 100 mètres dos, quand il a feint de péter les plombs au sujet du dopage des Russes et des Chinois dont il n’avait jamais soufflé mot de toute sa carrière, vu qu’il n’en avait rien à cirer ? Mais voilà, sa sortie, son ton scandalisé, ça lui a quand même permis de ne pas expliquer sa  contre-performance…

Favre appelle ça du media training. Favre a trouvé que les relayeurs avaient besoin de media training ! Ça veut dire quoi ? Que Favre a trouvé lui aussi la réponse à côté pour zapper la question qui fâche. C’est comme le président de la FINA, quand on lui demande des comptes sur les dopés de la natation : la commission  de l’anti-dopage a outrepassé ses droits en publiant son rapport. Il explique aux journalistes que personne n’aurait dû savoir que les Russes dopaient comme des fous…

C’est toute cette gymnastique du dilatoire et du mensonge qui enseigne à noyer le poisson, et où l’interview se réduit à un art, décevant, de l’esquive. Favre est un champion dans cette façon de se poser toujours à côté de son discours, et de produire des phrases creuses autant que verbeuses accolées d’épithètes vides. Et ça se croit malin alors que ça pue à trois kilomètres !

L’ART DE  VIVRE SUR LE POGNON DES SPONSORS EN RATANT SES DEUX COURSES PAR AN

Quand à côté de cela j’entends Melissa Franklin, sa pureté, son authenticité, alors qu’elle vit une étonnante humiliation de championne, je ressens une telle admiration pour cette belle personne, cet être d’élite pétrie d’élégance morale, et tant de gène vis-à-vis de ces roublards si fiers de nous enfumer ! Heureusement, on a aussi Jérémie, on a Florent, ou Fabien, et Coralie, et Charlotte, comme on a eu Alain Bernard ou Frank Esposito pour nous aider à mieux respirer.

Maintenant, pourquoi font-ils cela ? Par vice ? Ou par nécessité de désinformer ? Un peu les deux. Vivre tordu devient un métier. Quand vous avez des poètes comme Horter et Kamoun dans le coup, il faut chercher l’intérêt. Il est très simple. Dire que tout va bien quand tout va mal, faire croire qu’on est dans le plan alors qu’en fait on va dans le mur, c’est une lèpre qui s’appelle communiquer ; ça interdit d’être spontané, de dire la vérité, d’émettre un sentiment authentique, comme Pothain et ses copains l’ont fait. Ça s’adresse essentiellement aux sponsors privés et publics, qui crachent au bassinet, très cher, pour nos valeureux champions.

Ces affreux sponsors ont monté des contrats sous condition. Ils veulent bien payer (un Agnel gagne des centaines de milliers d’euros pour rater deux courses par an), mais à géométrie variable. Être sélectionné pour une épreuve individuelle donne droit à beaucoup plus que si l’on n’est retenu qu’en relais. On comprend avec ces contrats gigognes, dès lors, l’importance, pour la galaxie Agnel en l’occurrence, et pour les autres, qu’il nage l’épreuve olympique individuelle, car il y a de la galette en jeu, les sponsors crachent, le nageur touche plus, l’agent touche plus, le club qui a monté l’opération Agnel à Mulhouse sur de l’argent public touche plus.

COMMENT VOLER SA SELECTION A POTHAIN, PUIS LE LAISSER TOMBER DANS LE RELAIS

Alors, à l’arrivée de ce malheureux 200 mètres des France de Montpellier où Agnel est devant mais touche derrière, on hurle au scandale, au jamais vu, parce qu’il y a des milliers d’euros qui s’envolent, on passe donc des images télé sous des angles difficiles, on montre à Pothain « tu vois, tu es troisième », le brave garçon n’y voit que de l’eau et en toute bonne foi offre sa place. La DTN, comme par hasard, qui a accompagné le mouvement, applaudit et on se trouve dès lors dans le processus espéré : le champion olympique de Londres va défendre son titre à Rio ! Chouette !!

Une fois à Rio, Agnel montre qu’il est toujours à plat. Sa performance des séries du 200 mètres étonne ceux qui ont cru à ses constantes rodomontades. Or elle est dans sa moyenne de l’année. Mais il peut encore sauver sa sortie. Se battre. Pour le relais. Mais monsieur Agnel ne veut pas nager ce relais qui l’ennuie. Il veut achever Rio en mode touriste. Donc il invente une énorme fatigue née d’une terrifiante rhino-pharyngite. C’est en effet une maladie d’une férocité rare, qu’on appelle plus communément un rhume.

Donc voilà Agnel, victime d’un rhume, malade imaginaire, au lit avec 40 de fièvre. Deux degrés de plus, il était mort ! Pauvre garçon, il l’a échappée belle.

Alors, bien sûr, dans un contexte aussi douloureux, il se tâte. « Je ne nagerai pas. » « Oui, peut-être » « Après tout, non », jusqu’à ce que la veille au soir du relais, la DTN décide en catastrophe de désigner un remplaçant. Joly, convoqué à toute blinde, et qui flingue sans doute ses chances sur 1500 mètres, effectue un rasage dans la nuit. Merci Agnel…

Pothain rappellera justement, lui, qu’il a nagé aux Europe avec une mononucléose, dont le rapport, à l’échelle de Richter des maladies et surtout des séquelles, doit représenter une centaine de rhino-pharyngites empilées ! Comparez Pothain et Agnel et dites-moi lequel est le champion.

Quand les copains le désignent, Agnel, en conférence de presse, prend son air indigné : « je n’ai jamais lâché un relais. »

Si, il en a lâché un. A Rio.

Bon, tout ça pour vous dire que Yannick Agnel a raté sa sortie…

Ah ! J’oubliais, cher Jordan Pothain, essayez d’éviter tout media training, ça vous rendrait décevant