Mois : août 2016

CATE CAMPBELL 6e DU 100 MÈTRES, VICTIME DE SES NERFS

ELLE AVAIT NAGÉ A DIX REPRISES PLUS VITE QUE LES CHAMPIONNES OLYMPIQUES DE RIO

Éric LAHMY

Vendredi 12 août 2016

Difficile de ne pas voir le 100 mètres féminin d’abord comme un retentissant échec de Cate Campbell. Et de ne pas voir, en filigrane, plaçant face à face la victoire de Simone Manuel et la 6e place de la recordwoman du monde, l’excellente forme générale de l’équipe US, sa réussite remarquable à ces Jeux, et la déroute (bon, le mot est trop fort, mais c’est presque ça) des « Dolphins ».

Encore hier, je me disais que les Australiens s’en sortaient mal, sauf Cate Campbell. Un peu oublieux que j’étais des perfs de Mackenzie Horton sur 400 mètres et de Kyle Chalmers sur 100 mètres. Et là, voici que mon improbable exception est effacée à son tour.

La première explication des contre-performances de Seebohm, de McEvoy et de Cate Campbell, proposée par Jacco Verhaeren est « mentale ». Ces nageurs se sont trouvés perdus en face de l’épreuve. Cate a approuvé. McEvoy a approuvé. Et Larkin a expliqué comment des pensées parasites, organisaient des peurs paralysantes, comment l’enjeu lui sautait à la gorge…

Cela arrive-t-il encore ? Il faut le croire. La pression olympique existe, le prestige de la course, ce côté achèvement, couronnement d’une carrière, que les Jeux représentent, peuvent rendre l’épreuve fort intimidante. Dara Torres a raconté dans son livre comment, en découvrant tout à coup, par un coup d’œil sur le stade nautique qui lui tait alors caché derrière une tente, les travées emplies de monde, le public surchauffé, elle avait complètement perdu contenance et s’était liquéfiée. C’est une expérience traumatisante, en face de laquelle tout raisonnement devient inutile…

Cate bafouilla son départ de façon une peu déconcertante. Sur le plot, elle effectue un balancement du corps, vers l’arrière, puis vers l’avant ; coup de pistolet, elle plonge, mais elle a bougé. On connait la férocité du règlement. La voici hantée par une idée : suis-je disqualifiée ? Malgré cela, elle est presque avec tout le monde en émergeant de la coulée, et accélère. Elle développe sa nage, sa puissance unique dans le sprint actuel. Passe en tête au virage. A-t-elle trop donné à ce moment là ? C’est aux 80 mètres que sa mécanique se dérègle, s’éparpille. Il n’y a plus personne. Elle disparait dans les profondeurs tandis que Manuel file vers la victoire, qu’Oleksiak, passée en 7e position au virage, revient en boulet. Battue, archi battue. Sixième à l’arrivée ! Dans son désarroi, Cate a de la chance. Elle trouve sa sœur Bronte, 4e de l’épreuve, aussi déçue, pour l’accompagner et la soutenir. Bronte, la championne du monde de Kazan, Cate la recordwoman du monde, qu’on attendait tout en haut et que les dieux de la compétition ont abandonné.

Simone Manuel a partagé la première place avec la jeune conquérante canadienne Penny Oleksiak, dans le temps de 52s70. C’est le deuxième ex-aequo du 100 mètres olympique, après celui de 1984, quand deux Américaines, Nancy Hogshead et  Carrie Steinseifer enlevèrent l’or. Seize ans plus tard, Gary Hall jr et Anthony Ervin avaient touché en même temps sur 50 mètres messieurs.

 Manuel avait mis de côté sa saison universitaire pour se consacrer à la préparation des Jeux olympiques. Elle n’aura pas abandonné pour rien ses études ! Quant à Oleksiak, elle l’a égalée avec la fougue et le talent d’une jeunesse triomphante. A seize ans, elle ajoute l’or du 100 mètres libre au bronze du 100 mètres papillon. C’est d’une certaine façon la doublure au féminin de Kyle Chalmers au 100 mètres messieurs !

C’est aussi, ai-je lu, à 16 ans et 2 mois, la plus jeune championne olympique de l’histoire… Sans avoir effectué de recherches sur la question, je précise vite fait que Sharon Stouder fut championne olympique du 100 mètres papillon, le 16 octobre 1964, à l’âge tendre de 15 ans, 11 mois et 16 jours, et qu’aux mêmes Jeux olympiques de 1964, la Russe Galina Prozumenchikova enleva le 200 brasse à 15 ans, 11 mois et 2 jours.

D’ailleurs, comme les Jeux se déroulent tous les quatre ans, bien des talents précoces n’ont pu se placer sous cet angle. Si des Jeux olympiques avaient eu lieu en 1966, Mark Spitz aurait pu gagner à 16 ans. Même chose pour Phelps si des Jeux avaient eu lieu en 2001, etc. Et si les Jeux olympiques avaient eu lieu en 1978, Tracy Caulkins aurait été quadruple championne olympique, etc.

Les deux filles, Manuel et Oleksiak, se retrouvaient donc, un peu serrées, et de façon tout à fait inattendue, sur la plus haute marche du podium. Pendant ce temps, je comptais le nombre de fois que Cate Campbell avait nagé plus vite que ces impudentes. Il y avait son record du monde à 52s06, le 2 juillet dernier à Brisbane, 52s33 et 52s34 le 28 juillet 2013 à Barcelone, 52s38 le 7 avril 2016 à Adelaïde, 52s38 encore le 20 mai 2016 à Tokyo, 52s41 le 7 avril 2016 à Adelaïde, 52s52 le 7 août 2015 à Kazan, 52s62 le 22 août 2014, 52s69 en 2015, 52s69 en 2013.

Soit dix fois à nager plus vite que les championnes olympiques.

Mais voilà, c’était à Rio, hier, qu’il fallait nager à cette vitesse…

Dans le 200 mètres dos messieurs, Ryan Murphy, 1’53s62, l’a emporté. Il s’offre donc le doublé du dos. Larkin, 1’53s96, a eu de la chance de toucher un centième devant le Russe Evgueny Rylov, auteur d’une belle dernière longueur et nouveau recordman d’Europe.

Michael Phelps, lui, a gagné sur 200 mètres quatre nages, laissant Kosouke Hagino, son second, à deux grosses secondes. Sachant combien Phelps avait du mal, dans le passé, en brasse, le fait qu’il ait littéralement laissé sur place Hagino dans ce style, après lui avoir pris une longueur entre le papillon et le dos, a bien dû faire sourire son entraîneur Bob Bowman. Il est vrai qu’entre-temps, Phelps avait pris le taureau par les cornes, travaillant la brasse au point d’avoir réalisé un temps de 2’11s sur 200 mètres !

JEUX DE RIO : BALANDIN BELMONTE, CHALMERS, ET TIMMERS HÉROS VAINQUEURS D’UNE « JOURNÉE DE DUPES »

RÉINTRODUCTION DU HASARD, ESPECE PLUS MENAÇANTE QUE MENACÉE, DANS LES COURSES DE NATATION

Éric LAHMY

Jeudi 11 août 2016

C’est une leçon de l’histoire de France qu’une défaillance coupable de l’Education Nationale a éliminé des programmes. Elle est restée sous le nom de « journée des dupes ». Un 11 novembre 1630, le roi Louis XIII, répondant à l’exigence de sa mère d’écarter Richelieu du pouvoir, prend la décision de renouveler la confiance à son ministre et contraint toute une cabale à la prison à l’exil.

Hier, les finales de natation ont offert un scénario aussi proche que possible qu’une journée des dupes, version aquatique. Trois épisodes qui se sont déroulés de façon tellement différente que ce qu’on en attendait ! Mais trois épisodes qui ont vivifié et renouvelé la natation de façon inattendue. Surpris ? Oui, mais on en redemande. Malgré toute l’admiration que provoquent chez nous les grandes équipes de natation, est l’estime que reçoivent les « favoris »,il est bon de voir les outsiders, qui plus est de nations outsiders elles-mêmes, monter sur les podiums.

BALANDINE CELUI QUE L’ON N’ATTENDAIT PAS

Tout commence, hier, par le 200 mètres brasse. Dans cette finale, sont présents les représentants des natations qui ont constamment dominé l’épreuve. Le Britannique Andrew Willis, qui aimerait jouer ici le rôle que joue Adam Peaty sur la demi-distance, et a réalisé le 2e temps de demi-finales ! Deux Japonais, dont Ippei Watanabe, qui a dominé les qualifications. L’Allemand Marco Koch, champion du monde sortant, désireux de s’emparer d’une nouvelle couronne. Les deux Américains, Josh Prenot et Kevin Cordes, qui tous deux également croient pouvoir ambitionner l’or.

Pendant cent cinquante mètres, c’est le second Japonais, Yasuhiro Koseki, à la ligne six, qui lance les opérations. Et de quelle manière ! Il dynamite la course, 29 secondes au 50 mètres, 1’0s85. Que veut-il, battre le record du monde de quatre secondes ? Jouer à Ledecky, version 200 brasse messieurs ? Derrière ce candidat au sacrifice, il n’y a personne pour l’accompagner dans son seppuku (le vrai nom japonais du hara-kiri). Tout ce qui compte dans cette finale passe une bonne longueur derrière, entre Prenot, 1’2s05, et Cordes, 1’2s49. Ah ! J’oubliais ; entre le fou furieux de devant et le peloton cauteleux de l’arrière, il y a, à la ligne huit, un Kazakh, isolé dans un monde à part, c’est où, déjà, le Kazakhstan ?, qui ne semble voir personne et que personne ne doit voir, et qui nage son deuxième 50 plus vite que tout le monde excepté Koseki. C’est Dimitry Balandin, au nom frôlant celui d’une marque de scotch whisky (21 ans d’âge !), un Hercule blond de un mètre quatre-vingt-quinze, qui vient de s’approprier, par cette deuxième longueur phénoménale d’audace entre sept dixième et une seconde un dixième sur le peloton. Pendant la troisième longueur, il va suivre Koseki, virer un petit mètre derrière lui, tout juste devant Prenot. L’approche de l’arrivée est dramatique. Koseki faiblit, se fait dévorer par la meute. Balandin résiste mieux, sauve l’or pour sept centièmes. Moins d’une seconde sépare le premier du dernier de la course. Le Russe Chupkov est en bronze, Koch, le vainqueur de Kazan l’an passé seulement 7e.

Il ne reste plus pour nous qu’à justifier cette surprise en consultant nos fiches. Balandin, voyons, ah ! Oui, il avait tout cassé en 2014 aux Jeux asiatiques, nageant la distance en 2’7s67, mais aussi gagné le 100 mètres brasse en 59s92 et le 50 mètres brasse en 27s78, et avait « humilié » les Japonais, laissant déjà à sa botte, comme c’est drôle, ce pauvre Koseki ! Autant dire qu’il avait déjà tout ce qu’il fallait, la vitesse, la résistance, il n’attendait plus que l’opportunité.

L’agence Reuters a titré son article « Balandin a nagé sous les radars pour gagner la première médaille d’or Kazakh ». J’aime bien !

MIREIA BELMONTE CELLE QUE L’ON N’ATTENDAIT PLUS

La journée des dupes a continué avec le 200 mètres papillon femmes. Il faudra noter quand même que depuis qu’un certain déraillement de leur train de dopeurs a été consommé (enfin, peut-être), les Chinoises sont beaucoup moins brillantes sur la distance. Et si le fabuleux record du monde 2’1s81, mêlé de polyuréthane et d’hormones de synthèse de Liu Zige, 2’1s81 et le solide record olympique de Jiao Liuyang, 2’4s06, tiennent toujours debout, les Chinoises version 2016 sont moins causantes, qui ont achevé à Rio la finale hors des médailles, 2’7s37 pour Yilin Zhou, 2’7s40 pour Yufei Zhang.

Nager sous influence n’est pas seulement tricher, et voler les autres de leurs sacrifices et de leurs efforts, c’est aussi arpenter la voie de la facilité et désapprendre la rigueur, la technique, oublier les savoirs, c’est donc déconstruire tout ce qui donne son sens et sa saveur au sport. Antoine Blondin disait que les dopés étaient dupés. Le maître du calembour avait souvent raison !

Depuis des années, les Australiens ne juraient que par Madeline Groves. C’est vrai qu’il faut voir la fille, un vrai prototype. Mais elle a été éjectée voici quelques jours de la finale du 100 mètres papillon, et ici, sur 200 papillon, « sa » distance, elle s’est fait blouser par Mireia Belmonte. Après ses soucis d’épaules, double bursite, la gentille Espagnole paraissait bien fragilisée, et sa saison trahissait à la fois son incroyable volonté, mais aussi une difficulté à retrouver son plein potentiel. Groves commit-elle l’erreur de partir trop vite ? Allez savoir, mais elle passait en tête, en 27s49 et 57s54. Au mur des 50 mètres, elle disposait quasiment d’une longueur sur les secondes, ex-æquo, de la distance, Belmonte et la toute jeune chinoise Zhang, 28s48 ! Aux 100 mètres, elle avait une avance d’une pleine seconde sur le temps de passage du record olympique de Jiao, 1’0s60 Résultat de cette stratégie, elle fut contrainte de freiner quelque peu, et six de ses sept adversaires nagèrent leur troisième longueur plus vite que Groves. Belmonte se retrouva devant au dernier virage, et la Japonaise Oshi se rapprochait diablement. Groves relança avec fougue, mais Belmonte tint bon et l’emportait  de trois centièmes – avec un nouveau record personnel, 2’4s85. Médaillée d’argent en 2012, Belmonte gagnait cBelmonte gagnait cette fois. Dupe, Groves l’avait sans doute été – de sa fougue.

CHALMERS, CELUI QUE LON N’ATTENDAIT PAS SI TÔT

Cela ne s’arrêta guère là. Le 100 mètres nage libre messieurs paraissait – plus ou moins – promis à Nathan Adrian. Le tenant du titre avait tellement bien manœuvré, tellement bien tenu les rênes depuis le début de la saison qu’il devait pouvoir gagner. A moins que l’Australien… Quel Australien, McEvoy, bien sûr, plus rapide nageur de 100 mètres nage libre hors polyuréthane de l’histoire. Mais voilà, c’était la journée des dupes et c’est le deuxième Australien qui l’a emporté. Course étrange : les deux juniors de l’épreuve, Chalmers et le Britannique Duncan Scott, passent derrière les autres. Ils sont jeunes il est vrai, mais aux âmes bien nées… Bref, ils nagent sans s’énerver. La victoire finale de Chalmers, c’est un retour effarant, 24s44, auquel rien ne résiste. Il battait le record du monde juniors, ce qui prouve que cette catégorie d’âge n’existe pas. Un « junior » en natation, c’est un jeune adulte! Et la médaille d’argent arrachée à Adrian (et Condorelli) par le nageur outre-quiévrain, Pieter Timmers, moi qui n’aime pas les histoires belges, avec tout ce qu’elles trimballent de méchanceté et de racisme, en voilà une qui me plait ! McEvoy, 7e, qui l’aurait placé là il y a seulement une semaine !

Finalement, au fond, on a tous été dupes. De quoi ? De cette croyance que les résultats d’une course se jouent sur nos bilans, que l’on voit l’avenir dans un rétroviseur ? C’est beaucoup ça. Et aussi : qu’une course est une course, finale olympique ou non ; et quand dans la densification croissante des performances, nul n’est à l’abri d’une défaillance, ni d’une bonne surprise. Les Grecs, qui adoraient les Jeux et connaissaient la vie, honoraient un Dieu, qu’ils appelaient le Kairos (l’opportunité qu’il faut saisir), et que les Romains ont transposé sous le signe de l’aléa. Balandin, Belmonte et Chalmers illustreraient bien une petite leçon de philo sur le sujet !

J.O. A RIO : SJÖSTRÖM A BIEN JOUÉ MAIS LEDECKY ÉTAIT TROP FORTE

Éric LAHMY

Mercredi 10 Août 2016

Ce n’est sans doute qu’une idée personnelle, mais jusqu’ici, la course la plus remarquable de ces Jeux a été le 200 mètres nage libre dames. On connait le résultat. L’Américaine Katie Ledecky l’a emporté devant la Suédoise Sarah Sjöström. Mais le niveau de cette finale olympique et le comportement de Sjöström en face de Ledecky, cette honnête et talentueuse tentative de l’emporter a rehaussé le statut de l’épreuve.

Ces deux candidates au statut de légendes de la natation s’étaient présentées au départ des séries, chacun avec une médaille d’or individuelle adornée d’un record du monde. Autant dire qu’elles faisaient monter les enjeux. Bien entendu, par rapport au 200 mètres, les exploits de Sjöström sur 100 mètres papillon et de Ledecky sur 400 mètres représentaient avant tout la certitude que les deux filles n’avaient pas raté leurs rendez-vous avec la forme.

L’Américaine, parce qu’elle avait été championne du monde un an plus tôt à Kazan et qu’elle n’avait cessé de progresser depuis, qui plus est à un niveau qui outrepassait de loin ce que les autres nageuses ont pu offrir ces derniers temps en termes d’excellence, était bien entendu la favorite.

Si le terrain de chasse privilégié de Ledecky reste le demi-fond – 400, 800 et 1500 mètres, cette ultime épreuve étant « non-olympique », Ledecky avait suffisamment apprivoisé la distance inferieure pour l’ajouter à son pré carré. Elle avait en outre montré d’importants progrès en termes de vitesse, sur 100 mètres, fait qui la rendait pratiquement imbattable sur 200.

Sjöström, elle, était à la fois tout aussi éclatante mais aussi un peu plus fragile. Disons que le 200 mètres représentait la distance limite supérieure où elle peut exister au niveau le plus élevé. Elle apparaissait comme capable d’un exploit, mais ne s’intéressait guère à se présenter dans une épreuve de championnat, en raison de l’exigence de nager non pas un mais bien trois fois l’épreuve en l’espace de 36 heures. Sous cet angle, le défi de Sjöström se présentait de façon compliquée, et c’est sans doute parce qu’elle était consciente de cela que, nageuse mondiale numéro un en 2013, 2014 et 2015. Cette dernière année, elle avait réalisé 1’54s31 au départ du relais national des mondiaux de Kazan, contre 1’55s64 lancée à Ledecky, à qui elle avait laissé le champ libre dans la course individuelle. Un an plus tôt, en 2014, quoique devançant Federica Pellegrini sur le papier, 1’55s05 contre 1’55s69, elle n’avait pas tenté l’aventure, et avait laissé le champ libre à l’Italienne aux championnats d’Europe de Berlin. Or dans le relais quatre fois 200 mètres, Sjöström avait nagé, lancée, 1’53s64, presque trois secondes plus vite que « la divina. »

On comprend ses entraîneurs, en Suède, qui la travaillaient au mental pour qu’elle tente une aventure qui pouvait lui valoir de belles satisfactions !

C’est en la voyant nager son 200 mètres des demi-finales, puis en notant ses passages qu’on se dit que Sjöström avait une stratégie. Elle n’utilisait pas d’entrée sa vitesse de base, et nageait une course équilibrée. Il lui fallait rester au contact de Ledecky puis après, disons les 150 mètres, tenter d’utiliser ce qui resterait de sa puissance de sprinteuse pour la déborder.

Certes, Ledecky a gagné, Sjöström n’a jamais pu la déborder. Elle a d’abord suivi Emma McKeon qui tentait énergiquement sa chance, mais a dû ensuite laisser Ledecky, que la Chinoise Shen Duo essayait de suivre, placer une accélération meurtrière, 28s43 entre 50 et 100 mètres, et s’est laissée devancer d’un mètre. Reprendre un mètre à Ledecky se révéla tâche impossible.

Passages :

Ledecky, 27s00, 55s43 (28s43), 1’24s55 (29s12), 1’53s73 (29s18)

Sjöström, 26s84, 55s86 (29s02), 1’24s95 (29s09), 1’54s08 (29s13)

McKeon, 26s64, 55s37 (28s73), 1’25s17 (29s80), 1’54s92 (29s75)

Pellegrini, 27s09, 56s45 (29s36), 1’25s84 (29s39), 1’55s18 (29s34)

Shen Duo, 27s07, 55s90 (28s83), 1’25s67 (29s77), 1’55s25 (29s58)

Barratt, 27s35, 56s40 (29s05), 1’26s02 (29s62), 1’55s25 (29s23)

Charlotte Bonnet, 8e, 26s95, 56s43, 1’2628, 1’56s29.

CAMILLE LACOURT, 5e SUR 100 METRES DOS, EST-CE UNE SI GROSSE DÉCEPTION,

Éric LAHMY

Mardi 9 août 2016

La cinquième place de Camille Lacourt lundi sur 100 mètres dos a été accueillie comme une grosse déconvenue, un échec cuisant. Certes, quand on court derrière l’or, il y a de ça. Et quand on effectue une ultime tentative olympique après le raté de Londres, en 2012, c’est le sentiment qui prédomine. Lacourt a connu une carrière brillante en championnats du monde et en-dessous aux Jeux. Mais après le premier sentiment d’échec – Camille ne fut jamais dans la course aux médailles – on a le droit aussi de relativiser. En cours de saison, il n’a guère brillé, et même laissé percer quelques inquiétudes. Il a connu pas mal de déboires de santé ces dernières années. Par ailleurs, il était le plus ancien des finalistes. L’âge respectif des nageurs présents pour la course au titre : Ryan Murphy, 1er, 21 ans et un mois ; Xu Jiayu, 2e, 20 ans et 11 mois ; David Plummer, 3e, 30 ans et huit mois 29 jours ; Mitchell Larkin, 4e, 23 ans et un mois ; Camille Lacourt, 5e, 31 ans 3 mois ; Evgueny Rylov, 6e, 19 ans, 10 mois et demi ; Ryosuke Irie, 7e, 26 ans, 7 mois ; Robert Glinta, 8e , 19 ans, 3 mois et demi.

Les deux premiers de la course se situent donc parmi les plus jeunes finalistes, le troisième est précédé, en âge, par le seul Lacourt… Certes, il est difficile de dire en natation quand l’âge va commencer à jouer contre vous, tous les précédents existent ! Mais on peut dire qu’au-delà de vingt-six ou vingt-sept ans, il ne constitue pas un avantage…

Par ailleurs, il faut bien se dire que la course regorge de « déçus », autant parmi les absents (une pensée pour Matt Grevers, le champion olympique en titre, victimes des « trials » US). Bien sûr, le doublé US doit être ressenti comme un triomphe outre-Atlantique… Murphy était très attendu, depuis le temps que les media US nous le présentaient comme le futur patron, eh ! bien voilà qui est fait. C’est la 6e fois consécutive que les Américains enlèvent l’or de la course… c’est dire : 24 ans d’invincibilité, depuis Jeff Rouse, Atlanta 1996, Lenny Krayzelburg, Sydney 2000, Aaron Peirsol, Athènes 2004 et Pékin 2008, Matt Grevers Londres 2012. Difficile de faire mieux.

Que dire en revanche de Mitchell Larkin, champion du monde 2015 à Kazan, couronné de surcroît par la FINA meilleur nageur du monde, ici 4e ? C’est une « belle histoire » qui s’envole pour les Australiens, avec Larkin et Seebohm, les deux champions du dos de Kazan, qui formaient depuis quelques mois un couple à la ville. Tous deux hors des médailles, il faut croire que l’amour et le sport ne font pas bon ménage…

100 mètres dos : 1. Ryan Murphy, USA, 51s97 ; 2. Xu Jiayu, CHN, 52s31 ; 3. David Plummer, USA, 52s40 ; 3. Mitchell Larkin, AUS, 52s43; 5. Camille LACOURT, FRA, 52s70; 6. Evgeny Rylov, RUS, 52s74; 7. Ryosuke Irie, JPN, 53s42; 8. Robert Glinta, ROU, 53s50.

SILENCE LES NAGEURS

LES DOPÉS ONT PASSÉ LEUR BACH!

Eric LAHMY

Mardi 9 août 2016

Tiens, on n’entend pas les dirigeants internationaux. Enfin, pas trop. La grande embrassade de Cornel Marculescu venu à la rescousse de Sun Yang en se jetant dans ses bras après la victoire du chinois sdans le 200 mètres des Jeux olympiques de Rio est une façon de s’exprimer clairement.

De vous à moi, il me vient à l’esprit que Marculescu aurait pu se shooter pendant sa carrière, mais bon ce n’est qu’une idée. Voilà pour le directeur de la FINA. Le mois dernier, Cesar Maglione, l’antiquité qui préside la Fédération avait estimé que les auteurs du rapport de l’association mondiale anti-dopage accablant la Russie avaient outrepassé leurs droits en publiant leurs découvertes. C’était, expliquait-il, au mouvement olympique (CIO plus Fédérations internationales) de régler cette affaire (dans la discrétion qui s’impose)… Le CIO, c’est Thomas Bach, et ça ne respire pas la transparence… D’aucuns pensent d’ailleurs que régler signifie « enterrer » en l’occurrence, mais ce sont de mauvais esprits.

Parmi ces mauvais esprits, des gens comme Camille Lacourt, Michael Phelps, Lilly King, Mackenzie Horton (soutenu par son comité olympique). Alors, comme dirait Maglione, est-ce à eux de s’élever ainsi ? La réponse est (certes vous pouvez penser autrement) définitivement oui, à mes yeux. Parce que, comme Craig Lord ne cesse de le marteler semaine après semaine depuis des années, ayant pris ainsi le relais de Nick Thierry et de Karine Helmstaedt, la coupe déborde. Cela fait maintenant quarante-cinq ans que le lourd dopage d’Etat a fait son entrée dans la natation de compétition.

Presqu’un demi-siècle!, que la RDA, la Russie, de nombreuses nations de l’Est, la Chine et d’autres ont dopé leurs nageurs, ont remporté des tas de médailles, et, découverts ou pas, n’ont jamais été inquiétés, jamais officiellement remis en cause. Relisez les palmarès mondiaux et olympiques. Des nageurs convaincus de dopage, disposant des dossiers aussi sulfureux qu’incontestables, sont toujours là, par dizaines. Ils ou elles ont nagé dans les années 70, 80, 90, 2000, nous sommes en 2010 et les voyous cyniques se renouvellent, sont toujours là, la FINA enterre les dossiers, cède devant leurs exigences, les défend de façon opiniâtre, les soutient, les applaudit. La FINA a gravement échoué. Parce que ses priorité ne sont pas dans une exigence de sport propre.

Je sais. Le dopage n’a pas été seulement l’affaire des nations que je viens de désigner. Il a été pratiqué ailleurs. Chez nous. Dans tous les pays. La tentation du dopage est généralisée et on estime qu’un million de jeunes (culturistes, athlètes, joueurs professionnels, sans parler de ceux qui cherchent un plus dans leur vie sexuelle) utilisent des stéroïdes anabolisants aux USA. Je ne vais pas vous parler du cyclisme, quand même. L’athlétisme est lourdement touché par le mal. La natation non. Sans doute parce que le sport s’adresse à de très jeunes pratiquants, que leur dopage serait désastreux et que les parents ne les entraîneraient plus dans les piscines. Dans nos pays, le dopage a été énergiquement combattu. En Russie, il reste prévalent, et demeure vigoureux en Chine. L’Espagne a connu des jours sombres… Ceux qui sont contraints à rester propres veulent au moins se trouver à égalité de chances.

Le match est serré. Le sort du sport en est l’enjeu.

JEUX OLYMPIQUES DE RIO : LILLY KING ENTRE SAINTE COLERE ET MISSION SACRÉE

GAGNER CERTES MAIS AUSSI – SURTOUT – « EMPÊCHER EFIMOVA DE PASSER »

Éric LAHMY

Mardi 9 août 2016

Peut-on gagner les Jeux olympiques dans la colère ? Oui, à condition de savoir la gérer, la canaliser dans le bon sens. C’est semble-t-il ce qui est arrivé à Lilly King, la gagnante du 100 mètres brasse dames. King est une nageuse neuve, elle n’a vraiment fait son chemin que l’hiver dernier, quand elle est devenue l’une des trois étoiles – avec Olivia Smoliga et Kelsi Worrell – des championnats universitaires NCAA, gagnant les 100 et 200 yards brasse. Sur la plus courte distance, elle avait effacé à deux fois le record, l’amenant à 57s15 puis à 56s85, un mois après avoir nagé deux fois dans la même journée en 57s35 à Ann Arbor. La limite précédente appartenait à Breeja Larson avec 57s23 en 2014.

Sur 200 yards, sa marge était impressionnante. Elle s’était qualifiée à l’économie. Puis en finale, employant un style moiti rageur, moitié dédaigneux, elle avait touché en 2’3s59 (record, bien sûr) avec deux longueurs d’avance sur sa suivante.

 Mais d’ores et déjà, entre le 17 et le 20 mars à la piscine de Georgia Tech, à Atlanta, pendant qu’elle passait à sa moulinette les records américains en petit bassin, on la savait songeant à dépasser le petit bassin et dirigeant son regard vers les Jeux olympiques de Rio, pour lesquels elle voulait se qualifier avant de les gagner.

De son propre aveu, l’espiègle Lilly s’était efforcée de rester concentrée sur son sujet, les finales NCAA, mais, ajoutait-elle, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir une pensée pour les Jeux de Rio, via les sélections d’Omaha, Nebraska, du 26 juin au 3 juillet. En grand bassin, elle n’était encore « que » la 3e Américaine, et il fallait donc qu’elle déloge une nageuse pour obtenir son visa pour le Brésil.

LA RÉINSERTION DES NAGEURS DOPÉS, SUPERBE OPÉRATION DES CYNIQUES DU CIO ET DE LA FINA

Les trials s’étant bien déroulés, restait l’étape olympique finale.

LES ROUBLARDS ADORENT LE DIEU ROUBLE

Rio fut le théâtre d’un énorme coup de fouet mental pour les nageurs engagés. Une affaire de cynisme et de corruption incroyable, aboutissant à la réinsertion des nageurs du système de dopage russe, y compris les « dopés » avérés et récents du dit système. Poser la question du pourquoi de ces retours en grâce des tricheurs professionnels est en soi une naïveté : il s’agissait pour les escrocs qui gouvernent la haute compétition de ne pas tarir le flot de pognon sale qui irrigue le sport. Les Russes, les Chinois, plus que tous autres, paient cher pour organiser des compétitions qui leur servent comme supports de prestige. Leurs systèmes économiques, guère alourdis par des considérants de sécurité sociale et basés sur des comptabilités publiques qui ignorent les déficits, peuvent payer des prix extravagants qui correspondent à l’autre extravagance, celles des coûts olympiques (sous cet angle, il n’est pas interdit de penser que l’obtention des Jeux olympiques par Paris sera une catastrophe – sauf pour une caste de dirigeants et de fonctionnaires, soit dit en passant). Bref, pour ne pas dériver de notre sujet, disons que les roublards de la FINA et du CIO adorent le rouble. L’avantage de ce dernier incident est de nous montrer que le roi olympique est nu.

Pour la brasse, le résultat de ce blanchiment d’athlètes contre blanchiment d’argent était assez pharamineux. il s’agissait rien moins quedu retour assez hallucinant de la madone des intoxiqués, Julia Efimova, physique de déesse et psychisme ébréché récidiviste de la molécule interdite. Lilly King se montra outrée et promit de ne pas laisser la Russe l’emporter. En séries, elle la devança d’une centième (1’5s78 contre 1’5s79), ce qui veut dire de rien du tout, les deux filles nageant dans deux séries différentes. Même chose en demi finales, Efimova ayant enlevé la sienne en 1’5s72 (devant Ruta Meilutyte, la championne olympique sortante, un peu affadie depuis un an ou deux, 1’6s44), King trouva le moyen de la devancer de deux centièmes, soit trois théoriques centimètres, en 1’5s70, dans la seconde demi, devant elle, la Chinoise Shi Jingling. Mais surtout, elle se lança dans un commentaire assassin, une relative nouveauté dans le genre dans les compétitions olympiques en général et de natation en particulier, où la mode a été toujours plus ou moins de fleurir l’adversaire et de lui trouver toutes les vertus. King expliqua qu’elle ferait de son mieux en finale pour les Etats-Unis (certes) et pour empêcher miss Efimova de monter sur la plus haute marche.

L’AFFRONTEMENT DE DEUX COLERES

J’imagine que la finale opposa deux colères, la sainte colère de la Sainte Russie et celle des USA, retour de guerre froide aux dimensions de deux lignes d’eau centrales d’un bassin olympique, car je ne puis croire qu’Efimova ne fut pas informée des déclarations belliqueuses de l’Américaine, ni que ses accompagnateurs ne lui aient pas monté le bourrichon avant la course.

De ce combat de béliers, King sortit gagnante. Efimova, deuxième à un mètre, subit l’assaut de la seconde américaine, Katie Meili, laquelle échoua à une main de l’argent et sortit de la course joliment bronzée. Meilie, c’est une histoire en elle-même, celle d’une fille qui s’est épanouie sur le tard, sourire adorable certes, quoiqu’il ne fasse pas avancer vite, et moyens physiques juste normaux (1,70m, 60kg), mais dotée d’une passion que rien ne déraille ou ne submerge. Je vous conseille de lire son histoire parue dans le Charlotte Observer, intitulée « la nageuse olympique qui venait de nulle part » et qui, de vous à moi, présente une fille assez craquante : http://www.charlotteobserver.com/sports/spt-columns-blogs/scott-fowler/article93942052.html

UNE VERITABLE ETUDIANTE DU SPORT

Mais revenons à Lilly King, que j’ai longuement présentée cet hiver. Ses vœux olympiques, elles les a prononcés voici assez longtemps, quand, à douze ans, élève de l’école secondaire Reitz et licenciée au club des Newburg Sea Creatures, et fille d’un athlète devenu dessinateur industriel et d’une nageuse devenue enseignante,  elle se présenta à ses premières compétitions de groupes d’âge de l’Indiana. Record US junior du 100 yards brasse battu en en 1973, 58s67, puis 6e des championnats nationaux (adultes) 2014, double médaillée d’or des Pan Pacific juniors à Maui en 2014, 3e des Jeux universitaires l’été passé, la jeune fille de 19 ans, née le 10 février 1997 à Evansville n’a cessé de progresser.

Son coach du temps des Newburg Sea Creatures, John Hart, notait l’intérêt que Lilly portait à son sport : « je pense, disait-il, qu’elle a les instruments nécessaires pour devenir une des meilleures nageuses du pays, et même internationale. Elle semble toujours savoir ce qui se passe dans le monde de la natation. Elle est curieuse de la technique utilisée par les bons nageurs. C’est une véritable étudiante du sport. » Ce n’est pas tout, ajoute son père, Mark : « c’est une fille positive. Une chose que j’admire chez elle, si quelque chose ne va pas, elle la met de côté. Elle n’est pas dans la négativité. Elle sait ce qu’il faut pour avancer. » Quant à David Baumeyer, son coach à Reitz, il note son sérieux, son implication : « c’est l’athlète que vous rencontrez une fois dans votre vie. Elle est toujours en avance, jamais en retard. Elle travaille bien avec les autres jeunes, elle les améliore. Elle aime prendre du temps, après son entraînement, pour aider les autres avec leur technique. C’est un plaisir de l’avoir autour. »

Sa mère, Ginny, raconte la première expérience de Lilly dans une grande compétition. En janvier 2012, elle se trouve à Austin, au Texas. Quelques-uns des plus grands noms de la natation étaient là. « Tous ces grands fauves nageaient ? Ce fut une expérience amusante. Lilly a beaucoup de confiance en soi. Nous sommes arrivées tôt, nous nous asseyons dans les gradins, et voilà que Michael Phelps, Missy Franklin, Ryan Lochte arrivent, s’assoient à côté d’elle. Et là elle se met à paniquer, et a tout l’air de se dire : je ne suis pas supposée être assise ici. A la fin du week-end, elle avait assimilé la situation. Il lui a juste fallu deux jours pour s’habituer. » Lilly elle-même se souvient de l’anecdote : « les internationaux avaient une place pour eux, limitée par une corde, ils n’étaient pas arrivés et je m’étais assise près de cette corde. Contente d’être là. Et puis ils sont arrivés, et là, je suis devenue nerveuse, je me disais, il faut que je m’éloigne. Je n’ai jamais été aussi frappée que par ces légendes. Il y avait plein de jeunes dont d’étaient le premier meeting. Ils voulaient des autographes. Moi non. C’était des nageurs, ils étaient là pour nager, et on devait respecter leur espace. »

« Je n’ai jamais vu une nageuse détester autant perdre », explique un autre de ses entraîneurs, Michael Chapman. Sa première victoire, a douze ans, a été un signal pour elle, de la qualité qu’elle peut atteindre. »

 Elle a choisi d’être Hoosier parce qu’elle avait été frappée par l’amitié qui courait entre les filles. “Il y a un risque de fortes jalousies entre les filles qui me parait ne pas exister. Elles sont compétitives mais liées. » Entre l’école et l’Université, elle a noté une différence: alors qu’elle nageait beaucoup, Ray Looze, le coach d’Indiana, fait beaucoup travailler aux poids et au rameur. “Lilly est très douée, surtout de par ses qualités athlétiques, son explosivité. C’est aussi une compétitrice sans peur. Elle ne craint de rencontrer personne, quand et où que ce soit. »

On l’a vu cet hiver à Atlanta. Et cet été à Rio de Janeiro. 

J.O. A RIO : 400 MÈTRES QUATRE NAGES MESSIEURS, HAGINO N’A PAS TREMBLÉ

ÊTRE ATTENDU ET GAGNER, C’EST QU’A RÊUSSI À RIO KOSOUKE HAGINO, VAINQUEUR SUR 400 METRES QUATRE NAGES DE LA 17eme MÊDAILLE D’OR OLYMPIQUE JAPONAISE EN NATATION DE L’HISTOIRE. IL A DEVANCÉ CHASE KALISZ, USA, ET SON AMI D’ENFANCE ET COPAIN D’ENTRAÎNEMENT  DAYA SETO, LE DOUBLE CHAMPION DU MONDE DE L’OLYMPIADE. LES NAGEURS US N’AVAIENT PAS PERDU UN TITRE SUR LA DISTANCE DEPUIS 1992

Éric LAHMY

8 aoùt 2016

La victoire de Kosuke Hagino sur 400 mètres quatre nages n’a pas fait un pli, ce premier soir des Jeux olympiques de Rio. Hagino avait été clair, quelques jours plus tôt : il était dans la meilleure forme de sa vie, et ne l’avait pas caché.

Le défi n’était pas tant celui de son compatriote Daya Seto, pourtant double champion du monde, 2013 à Barcelone, et 2015 Kazan, que celui de l’Américain Chase Kalisz, qui s’était,  il est vrai, régulièrement classé sur les podiums pendant l’olympiade, 2e à Barcelone, et 3e à Kazan 2015, et connaissait également la forme de sa vie.

Hagino n’a pas l’habitude de prendre le 400 mètres quatre nages avec des pincettes. Il part à fond, creuse le maximum d’écart possible entre le papillon et le dos, et se met ensuite en mode survie. C’est exactement le genre de choses qui lui a parfois coûté cher dans le passé, et qu’il a réitéré à Rio, mais, cette fois, victorieusement. Ses temps de passage : Hagino, 55s57, 1’57s73, 3’7s87, 4’6s05 : soit 55s57 en papillon, 1’2s16 en dos, 1’10s14 en brasse, 58s18 en crawl.

Alors que Daya Seto, son ami d’enfance, était attendu dans ce rôle, ce fut Chase Kalisz qui lui porta la contestation, par un parcours de brasse tonitruant (1’8s17), parait-il sans précédent dans cette course. Voire, il est vrai que ni Phelps, ni Lochte, qui furent les maîtres de la discipline, ne s’imposaient en quatre nages par leur parcours en brasse. Kalisz était dépassé de quatre secondes à l’issue du dos et pouvait alors être considéré comme mort et enterré par les deux Nippons qui menaient la danse, mais alors que la brasse est le faible de Hagino, l’Américain refit une bonne moitié de son retard avant de virer pour le parcours de crawl. Quoique lui-même crawleur de valeur supérieure à Kalisz, Hagino s’était tellement fusillé la santé dans ses six premières longueurs que cette primauté s’imprimait désormais en négatif. Kalisz remontait. Il fallait tenir. Hagino eut le mérite de ne pas se défaire, mais il s’en est fallu de peu. Ses 58s18, après un virage de brasse, valent autour de 57s50, et signalent, pour un garçon de son envergure, sinon un désarroi, du moins une certaine lassitude. Mais il gagnait avec le 3e temps mondial hors combinaison polyuréthane.

Hagino devint le premier non-Américain à gagner un 400 mètres quatre nages olympiques depuis que Tamas Darnyi l’emporta en 1992. Les vainqueurs US furent respectivement Tom Dolan en 1996 à Atlanta et en 2000 à Sydney, Michael Phelps en 2004 et en 2008 et Ryan Lochte en 2012 (cette dernière année, Hagino s’était qualifié avec le meilleur temps avant de finir 3e en finale).

RIO (2) 400 mètres nage libre : MACK HORTON BAT SUN YANG A SES PROPRES JEUX

A FINISSEUR FINISSEUR ET DEMI: MACK N’A PAS FAIBLI!

MACKENZIE HORTON A ENLEVE A RIO DE JANEIRO LE SIXIEME TITRE OLYMPIQUE SUR 400 METRES NAGE LIBRE MESSIEURS GAGNE PAR UN AUSTRALIEN, APRES MURRAY ROSE, A MELBOURNE EN 1956 ET A ROME EN 1960, BRAD COOPER A MUNICH EN 1972, ET IAN THORPE EN 2000 ET 2004.

Eric LAHMY

Lundi 8 août 2016

Ce 400 mètres nage libre me donne la vague impression que les Jeux olympiques de Rio ont dores et déjà couronné le meilleur nageur des Jeux. Mackenzie Horton a nagé un 400 mètres atypique et férocement tactique.

Le Britannique James Guy choisit une tactique extrêmement dangereuse, laquelle paie rarement au niveau le plus élevé de compétition, celle du panache. Il passait en tête jusqu’aux 300 mètres, 53s70, 1’50s23 (56s53), 2’47s79 (57s56), mais il est sûr qu’après la mi-course, son allure le laissait sous la menace des gros bras de Mackenzie Horton et de ceux, arachnéens, du chinois Sun Yang, célèbre « finisseur » devant l’Eternel, lequel tentait le rare exploit de conserver son titre olympique sur 400 mètres, fait que seuls ont réussi jusqu’ici deux Australiens, Murray Rose et Ian Thorpe.

On sait tous maintenant qu’il fallait un troisième nageur des Antipodes pour prévenir Yang, lequel fut quand même très près de réussir. Toujours est-il qu’Horton fut à la hauteur de la tâche. Rien d’étonnant là-dedans, Horton était bien le favori. Sauf que le jeune « Dolphin » a nagé à l’encontre de sa stratégie habituelle (partir vite) et qu’il a retrouvé les ressources physiques et mentales nécessaires pour dompter Sun dans son exercice préféré, qui est de déborder tout le monde dans une fin de course de phénomène… Mackenzie, 53s54, et Yang, 53s62,  terminèrent leurs 400 mètres un peu plus vite que James avait commencé le sien, en 53s70.  Detti se joignit à la curée, et les deux Américains, Conor Dwyer, qui serraient James, se firent également déposséder de leurs rêves de médailles.

Une autre satisfaction pour Horton. Après ses contre-performances des championnats du monde de Kazan, l’an dernier, des mois, avant qu’on ne s’aperçoive qu’elles avaient été causées par un virus intestinal qui l’avait considérablement  affaibli, d’aucuns s’étaient mis à douter de ses qualités compétitives ou avaient même mis en doute le diagnostic. Qu’ils se rassurent. Mack résiste à la pression (peut-même un peu mieux que beaucoup d’autres !

Un Français, Pothain, par un exploit personnel, parvint à se hisser en finale. Grosse surprise car il laissait sur le carreau quelques solides concurrents. Il ne put rééditer sa performance et finit assez loin, mais avait atteint un des buts qui lui étaient proposés à Rio.

La course fut précédée par un incident entre les deux premiers. Sun, dans le bassin, avait voulu saluer Horton, qui l’a ignoré, Sun l’a aspergé d’eau, Horton a laissé courir. Interrogé par la presse, il a tout simplement expliqué qu’il n’avait pas de temps à perdre avec un tricheur du dopage. Les Chinois ont exigé des excuses. Les Australiens sont arrivés au soutien de leur champion olympique. Dans le passé, une guerre mondiale a débuté pour moins que ça. Ici on se contentera d’une bataille de bombes à eau et de gobe la goutte.

Mais ils ont raison les Chinois. Traiter un nageur dopé de nageur dopé, quel manque de courtoisie. Ces Australiens ne savent pas se tenir.

Mack Horton, 54s06 (4), 1’51s19 (3), 2’48s01 (2), 3’41s55 (1) : 54s06, 57s13, 56s82, 53s54

Sun Yang, 54s52 (7), 1’51s67 (7), 2’48s06 (3), 3’41s68 (2): 54s52, 57s15, 56s39, 53s62

Gabriele Detti, 54s67 (8), 1’51s84 (8), 2’48s62 (6), 3’43s49 (3): 54s67, 57s17, 56s98, 54s67

RIO (1): KALISZ, SETO DEVANT POUR LA FINALE DU 400 4 NAGES. ET KOSOUKE HAGINO ? MÊME PAS PEUR !

Samedi 6 Août 2016

Chase Kalisz, USA, réalise le meilleur temps des séries du 400 mètres quatre nages, à l’issue d’une course serrée contre le champion du monde 2013 et 2015 japonais, Daya Seto. Kalisz avait été 3e des mondiaux de Kazan, voici douze mois. Il s’était alors déjà qualifié avec le meilleur temps, mais en trois secondes moins vite qu’à Rio.

La surprise est l’élimination du Hongrois David Verraszto, lequel avait gagné l’argent à Kazan avec 4’9s90, et s’était qualifié en 4’11s99 alors qu’ici, il est resté scotché avec un temps moins rapide de trois grosses secondes

Le second Japonais, Kosouke Hagino, qui reste du haut de son 1,75m le favori de la course, réussit le 3e temps général, 4’10s exactement, sans avoir eu à s’employer ou dévoiler ses batteries, et ne parait pas douter de sa victoire. C’en est presque arrogant, en tout cas très sûr de soi. Il lui faudra, a-t-il expliqué, filer dans les quinze derniers mètres pour se mettre à l’abri des « longs bras » de l’Américain de service, lequel mesure il est vrai 1,94m…

Mais attention, Kalisz et Seto ont nagé en séries plus vite que le dit Seto, vainqueur en finale à Kazan en 4’8s50. Pour le reste, on assiste à un renouvellement assez important par rapport à Kazan

400 mètres 4 nages

Sont qualifies pour la finale: Chase Kalisz, USA, 4’8s12; Daya Seto, JPN, 4’8s47; Kosouke Hagino, JPN, 4’10s00 ; Jay Litherland, USA, 4’11s10; Max Litchfield, GBR, 4’11s95; Thomas Fraser-Holmes, AUS, 4’12s51; Travis Mahoney, AUS, 4’13s37; Joan Luis Pons Ramon, 4’13s55

(Sont éliminés en séries): 9. Richard Nagy, SLV, 4’13s87; 10. Wang Shun, CHN, 4’14s46; 11. Gergely Gyurta, HUN, 4’14s81; 12. David Verraszto, HUN, 4’15s04; 13 Jeremy Desplanches, SWI, 4’15s46; 14 Alexis Santos, POR, 4’15s84.

LE 50 MÈTRES RATÉ DE THEODORA GIARENI, VIRÉE POUR DOPAGE

POURQUOI NE PAS COMPTER SUR LA GRÈCE POUR LUBRIFIER UN SPORT PROPRE

Éric LAHMY

Samedi 6 août 2016

La nageuse grecque Theodora Giareni  n’était pas censée faire trop de vagues à Rio. Engagée sur 50 mètres nage libre, la sprinteuse de 26 ans n’était même pas censée dépasser le cap des demi-finales mais sait-on jamais ? Elle n’a pas eu le temps de se mettre à l’eau, ayant eu le privilège, partagé avec les Russes que l’on sait, d’être interdite de nager pour dopage. Son contrôle positif, effectué à Athènes, lui a juste permis de faire un double survol de l’océan Atlantique sans parler de la Méditerranée ou de l’Espagne, entre Athènes et Rio, ce qui est une performance sachant qu’elle n’a pas pu même nager sa fichue longueur de bassin.

Deuxième cas de dopage grec avant que ne débutent les compétitions de Rio de Janeiro, le premier étant Dimitri Regas, un athlète, (un sport gravement atteint).

La Grèce dispose d’un sport beaucoup plus ravagé par le dopage qu’on ne le croit. Il n’y a pas que les nations puissantes qui fautent, et la Russie et la Chine ne sont, si l’on ose dire, que des porte-fanions dans ce domaine !

On se souvient peut-être des cas des sprinters Kenteris et de Thannou, pris la main dans le sac à la veille des Jeux de 2004. Konstadinos Kenteris, champion olympique du 200 mètres plat à Sydney en 2000 où d’aucuns avaient noté qu’il était le seul blanc de la finale. Mais il s’agissait d’un blanc sale ; Kenteris marchait aux stéroïdes. Ekaterina Thannou avait été le sujet d’un étrange micmac avec fausses déclarations à la police, et marchait en fait aux mêmes produits que Kenteris. Le tort des Grecs n’était pas seulement de se doper, mais de se faire prendre, l’état de l’athlétisme mondial en général et, entre autres du sprint US, étant terrifiant dans le domaine.

Les Grecs disposent d’une frontière avec la Bulgarie, et je crois que cela a occasionné des cousinages et des échanges d’informations très intéressants sur certains modes de préparation du côté de Sofia. Les Bulgares ont été dans les années 1970 des ténors dans le dopage des haltérophiles, et leur « entraîneur » Ivan Abaidjev, surnommé « le boucher » sans doute pour le côté attendrissant de ses méthodes, y allait de tellement bon cœur avec les « produits », qu’il effrayait les Russes lesquels n’étaient pourtant pas des enfants de chœur dans le domaine. Ce tueur, que j’avais interviewé, prétendait que le secret de ses athlètes était « le lait d’abeilles. » On avait pensé qu’il s’agissait de la gelée royale ! Et on trouvait qu’en plus il avait de l’humour. Les membres de l’équipe de France, Pierre Gourrier, Yvon Coussin (décédé voici quelques années) s’étaient laissé dire que les haltérophiles grecs avaient suivi ainsi l’enterrement de plus d’un tout jeune haltérophile bulgare ( fait qui nous rappelle qu’un sport propre n’est pas une fantaisie de dirigeants ou de journalistes, mais ressort d’une mission de santé publique).

Ces décès dont ils savaient pourtant ce qu’ils signifiaient n’empêchaient pas les Grecs d’aller se faire voir chez les Bulgares. Vers 1976, pratiquement toute l’équipe d’haltérophilie avait été prise dans des contrôles de dopage aux Jeux olympiques de Montréal, et le président de la Fédération grec décida de prendre le taureau par les cornes. Il annonça que toute la vieille équipe était virée et qu’il repartait avec un groupe de jeunes, tous plus propres que propre.

Le printemps suivant, je me trouvais en Suisse à l’occasion d’une petite compétition intra-européenne d’haltérophilie, les Six Nations, quand, souffrant sans doute d’une migraine, je  sortis chercher ude l’aspririne en pharmacie. Je trouvais là toute l’équipe grecque d’haltérophilie en rang d’oignon, comme les frères Dalton, du poids coqs de 56kg au lourd de 110kg, devant le comptoir, à l’écoute d’une charmante pharmacienne laquelle avait disposé une quantité industrielle de fiole, flacons, et leur expliquait : « là vous avez du dianabol, là c’est du dianavit, là c’est du stromba. Ici c’est quatre cachets par jour, là une piqure par quinzaine. » La jeune équipe d’haltérophilie super-propre de Grèce écoutait comme un seul homme et je me dis que son distingué président avait des soucis à se faire…