Mois : septembre 2016

ROB DERBYSHIRE, POLOISTE, NAGEUR ET ET PREMIER HOMME DE LA « SYNCHRO »

Lundi 26 septembre 2016

DERBYSHIRE [John Henry « Rob »]. Natation, water polo. (Manchester, 29 novembre 1878-Forge Baslow, Derbyshire, 30 juillet 1938). Champion olympique de water-polo (1900) et du quatre fois 200 mètres (avec Willy Foster, Henry Taylor et Paul Radmilovic, en 1908), argent du quatre fois 250 mètres (1906). Élève de Trudgen, fils d’un « superintendant » des Osborne Street Baths, les bains de sa ville natale, en novembre 1897, à Glasgow, “il nage le 100 yards en une minute juste, mais la faible longueur du bassin, 20 yards soit un peu plus de 18 mètres, fait que l’on ne retiendra pas cette performance comme marquant la fin de l’over sur la distance classique du sprint” (Oppenheim, Des Nageurs et des Records, 1961). Son père, qui est aussi son inspirateur, l’utilise, à trois ans, comme son « périscope » dans une démonstration de nage sous-marine. Surnommé « le petit Robin », il conservera ce sobriquet toute sa vie. A quatorze et quinze ans, en 1893 et 1894, il remportera les premiers titres de champion du Yorkshire de natation ornementale, ce qui en fait l’ancêtre de la natation synchronisée, sport alors réservé aux hommes. Sa vitesse de nage lui permit de briller dans les matches de water-polo, et d’être présent dans l’équipe britannique de 1896 à 1900. En 1902, il affronta Freddy Lane, vainqueur, et Dick Cavill dans une course mémorable. Les trois hommes durent revenir des vestiaires à trois reprises pour répondre à l’enthousiasme des spectateurs. Rob deviendra directeur de piscines à Manchester et Londres, coach de l’équipe olympique de 1928, manager de celle de 1936. Eric Lahmy

LUDOVIC DEPICKERE, 20 ANS EN HAUT DE L’AFFICHE

DEPICKÈRE [Ludovic Fernand]. Natation. (Roubaix, 29 juillet 1969-). France. Fils d’un directeur de piscine (René) et d’un maître-nageur (Marie-José) qui le mettent à l’eau à l’âge de trois semaines, lui font disputer sa première compétition à quatre ans et demi  et lui servent tour à tour d’entraîneurs, il n’échappe pas à un destin de nageur, à Roubaix, puis à Wattrelos. D’une carrière de plus de vingt ans, il ramène huit titres de champion de France : 100 mètres (50s71, hiver 1996), 200 mètres (1’51s11, été 1988), 50 mètres papillon (25s64, hiver 1986), 100 mètres papillon (56s25, hiver 1986 ; 55s21, record de France, été 1986 ; 55s39, hiver 1987, 55s51, hiver 1988 ; 54s86, été 1988), titres auxquelles doivent s’ajouter 13 argents et 12 bronzes ; un titre de champion d’Europe junior (1985) sur 100 mètres papillon. Présent dans l’équipe de France dans trois Jeux olympiques, à Séoul 1988, Barcelone 1992 et Atlanta 1996,  est finaliste olympique sur 4 fois 200 mètres, européen et mondial sur 4 fois 100 mètres. Il est devenu éducateur sportif, puis responsable du suivi technique du patrimoine sportif de Wattrelos.

CLARA « CLARE » DENNIS, AUSTRALIE, GOLDEN GIRL DES ANNEES ’30

Eric LAHMY

Dimanche 25 septembre 2016

DENNIS [Clara, « Clare »]. Natation. (Burwood, Nouvelles-Galles-du-Sud, 7 mars 1916-Manly, 5 juin 1971). Australie. Championne olympique du 200 mètres brasse (3’6’’3) aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1932, championne du Commonwealth en 1934, recordwoman du monde du 100 et du 200 mètres brasse, championne d’Australie en 1931, 1933, 1934 et 1935, et recordwoman des Etats-Unis, Clare Dennis nage dans une époque où le programme de natation est balbutiant : pas de championnats du monde (qui débuteront en 1973, deux ans après sa mort, à 55 ans).

Elle constitue aussi à elle seule une époque de la natation australienne. Entre les deux grandes périodes des antipodes, celle qui part des années 1880 et couvre les quinze premières années du 20e siècle, et celle qui va de 1956 à aujourd’hui, il y a un creux que Clara Dennis parait devoir combler à elle toute seule.

Troisième d’une famille de six enfants, elle a sept ans quand ses parents (son père, Alec, est officier de police) s’aperçoivent qu’elle est beaucoup plus intéressée par le sport (ainsi le cricket où elle n’hésite pas à affronter les garçons) que par les études.

C’est un « tomboy », un garçon manqué, pleine d’énergie, et elle veut accompagner son père où qu’il aille. Celui-ci accepte à condition qu’elle apprenne à nager (ils vivent devant la plage de Clovelly, un faubourg de Sydney, autant dire que les plaisirs aquatiques y sont nombreux et les risques de noyade réels). Alec a été un bon nageur. D’entrée, Clara se met à nager en chien. Elle rejoint sa sœur ainée Thora au club féminin, le Sydney Ladies’ Swimming Club [Thora a été sélectionnée pour les Jeux de 1928, mais n’a pu s’y rendre, on a estimé qu’elle était trop jeune pour un si long voyage].

Pour ce faire, Clare a dû suivre l’injonction paternelle, et traverser la baie de Clovelly par ses propres moyens. Clare triche un peu, effectue une partie de la distance avec un pied sur le sol. Une fois au club, on la livre d’emblée à un bassin de 33 yards, où elle patauge et manque de couler après quelques mètres.

Les dix années qui suivent ces débuts on ne peut moins fracassants, Clare gagne de nombreuses courses, et cela toujours en « crawl ». Déclassée pour avoir interféré avec d’autres nageurs pour le titre des Nouvelles Galles du Sud qui se jouait aux Ramsgate Baths de Sydney comme presque toujours au bord de la mer (un courant avait causé une dérive de plusieurs nageurs).

Frustrée, désireuse d’enlever une course, elle s’engage sur un 220 yards brasse, à Bondi, et découvre ainsi par hasard quel est son meilleur  style. Elle touche la première, est encore disqualifiée pour avoir touché le mur d’arrivée d’une seule main, atavisme de crawleuse dont elle devra se débarrasser dans le style des grenouilles. Malgré cela, elle a nagé plus vite que le record de l’Etat, c’est donc un coup d’essai, coup de maître, et la révélation d’un talent spécifique…

Au cours de la saison 1931-32, elle domine les courses de brasse en Australie, et n’a pas encore seize ans quand elle bat, le 18 janvier 1932, le record du monde du 200 en 3’8s4 (en bassin de 25 mètres). Ce fait la qualifie pour les Jeux de Los Angeles. Trois mois plus tard, l’Allemande Lisa Rocke nage la distance en 3’8s2 (mais ne sera pas envoyée aux Jeux de Los Angeles) mais c’est surtout Else Jacobsen qui fait la différence, nageant 3’3s4 à Stockholm  le 11 mai dans un bassin de 25 yards.

Clare se rend aux Jeux sur un fond alimenté par son père et ses collègues de la police locale…

Arrivée sur les lieux, Clare doit guérir d’une balafre à un pied qu’elle s’est donnée en heurtant un plot et qui s’infecte chaque fois qu’elle va dans l’eau. Elle nage pas pendant dix jours, puis reprend sa préparation à raison de deux séances par jour.

Clare bat le record olympique en séries (3’8’’2). Elle a manqué d’un rien la disqualification. On lui reproche de porter un costume de bain (Speedo) qui est jugé non réglementaire, parce qu’il montrerait trop les épaules. Comme quoi, chaque époque a ses soucis avec les tenues de bain…

Après cette qualification facile, Buster Crabbe, le meilleur nageur US de l’époque, champion olympique sur 400 mètres, qui a l’œil, a remarqué cette grande fille, vite célèbre en Australie pour sa beauté athlétique, et noté qu’elle dispose d’une nage rapide mais ignore tout des finesses du départ et du virage, où elle laisse de précieuses secondes. Il la conseille. Après le plongeon, il lui dit d’effectuer trois brasses sous l’eau. Il lui conseille aussi de nager devant, de passer à chaque virage en tête pour impressionner ses adversaires.

La finale se réduit pendant plus de cent cinquante mètres à un duel entre elle-même et la toute jeune recordwoman du monde danoise Else Jacobsen, douze ans, qui restera la plus jeune médaillée de l’histoire de la natation. Dans la dernière longueur, Jacobsen faiblit légèrement, est passée par la Japonaise Hideko Maehata qui attaque.

Clare Dennis l’emporte d’un dixième, 3’6’’3 contre 3’6’’4. C’est la meilleure performance mondiale en grand bassin. En 1933, Clare, qui travaille dans un grand magasin, continue de nager, et bat le record du monde des 100 brasse, le 14 février à Unley (bassin de 33 yards 33), avec 1’24s6, effaçant le temps, 1’26s d’Else Jacobsen, des tablettes.

Elle bat aussi le record australien des 220 yards en 3’9s2. En août 1934, retenue dans l’équipe qui dispute les Jeux de l’Empire britannique, elle domine très largement le 200 yards brasse, en 2’50s2, et devient la première Australienne championne du Commonwealth.

Quoique toujours dans le coup, elle n’est pas retenue dans l’équipe olympique qui dispute les Jeux de 1936 à Berlin, au grand dam de l’opinion. Elle décide alors de devenir entraîneur professionnelle de natation, un métier qu’elle partage avec celui de masseuse ; elle ouvrira  également  deux salons de coiffure, à Clovelly et à Henley.

Le 12 décembre 1942, elle épouse George Golding, un ancien athlète, concurrent du 400 mètres olympique, devenu enquêteur de police, qu’elle a rencontré six ans plus tôt aux Jeux de Los Angeles. Ils n’auront pas d’enfants. Elle disparait précocement, victime d’un cancer.

Clare Dennis est la belle-sœur de Sam Herford, l’un des entraîneurs vedettes des années 1950 (coach de John Devitt et Murray Rose) que sa sœur Thora a épousé en 1939, et la tante de Gary (aviron) et Kim (natation) Herford.

HELENA DENDEBEROVA, NAGEUSE COMPLETE SOVIETIQUE

DENDEBEROVA [Helena]. (Saint-Petersbourg, 4 mai 1969-) . URSS. Nageuse de haute taille et  robuste, 1,81m, 75kg, elle est médaillée d’argent du 200 mètres 4 nages des mondiaux 1986 à Madrid et des Jeux olympiques de Séoul, en 1988, pour l’Union soviétique et l’ « équipe unifiée ».

Elle apparait aux championnats d’Europe 1985, à Sofia, dans le relais argenté quatre fois 100 mètres quatre nages. Elle y assure le parcours de crawl, et arrache aussi le bronze sur 400 libre. Un an plus tard, aux mondiaux de Madrid, elle parvient à s’intercaler, sur 200 mètres quatre nages (argent), entre les deux Allemandes de l’Est, Kristin Otto et Kathleen Nord. En 1987, les championnats d’Europe de Strasbourg sont un véritable festival de « dopées », avec onze titres individuels et les trois relais féminins à la RDA, deux à des nageuses roumaines entraînées à Baia Mare dont l’une, Noemi Lung (4’40s61 à Strasbourg), gagnante du 400 mètres quatre nages), ayant choisi la liberté lors d’un déplacement en France, exposa les perversités du système, Dendeberova [dont nous n’avons certes aucune preuve de la « propreté »] enleva l’argent en 4’42s62  sur 400 mètres quatre nages. Aux jeux olympiques de Séoul, en 1988, elle est encore sur un podium, celui du 200 mètres quatre nages, derrière une nouvelle allemande de l’Est, Daniela Hunger, en 2’13s31 contre 2’12s59, et devant Noémie Lung. En 1992, membre de l’ex-équipe soviétique devenue « équipe unifiée », elle est 9e (1ere de la finale B) sur 200 mètres libre, en 2’0s09, 4e sur 200 mètres quatre nages, et participe au relais quatre fois 100 mètres libre (4e).

Epouse du dossiste Viktor Kouznetsov.

JACQUELINE DELORD

DELORD [Jacqueline]. Natation. (Toulouse, 29 janvier 1970-). France. Entraînée au DTOEC de Toulouse par Lucien Lacoste, cette nageuse de papillon, longtemps barrée par Catherine Plewinski, put, malgré des ennuis de santé, honorer 17 sélections, dont trois aux Jeux olympiques – Séoul 1988, Barcelone 1992 et Atlanta 1996 -, cinq aux championnats d’Europe – Strasbourg 1987, Bonn 1989, Athènes 1991, Sheffield 1993, Vienne 1995 -, deux aux championnats du monde – Perth 1991, Rome 1994. 4e européenne sur 100 mètres papillon en 1989, elle remporta le 100 mètres papillon des Jeux Méditerranéens en 1987. Elle est devenue enseignante à l’INSEP de Paris, formatrice pour les brevets d’Etat, et se présente comme experte en réathlétisation et préparation physique aquatique. E.L.

RICK DEMONT, USA, LE FAUX DOPÉ, FUT TRAHI PAR SON COMITÉ OLYMPIQUE

Eric LAHMY

Dimanche 25 septembre 2016

DEMONT [Richard James, « Rick »]. Natation. (San Francisco, Californie, 21 avril 1956-). États-Unis. Ce nageur de demi-fond détint pendant trois jours le titre de champion olympique du 400 mètres nage libre, avant d’en être privé pour cause de dopage.

Rick DeMont, révélation de l’année 2012 à l’âge de seize ans, était un superbe styliste au physique encore adolescent (1,80m, 68 kg), qu’entraînait Dan Swartz au Northern California Marin Aquatic Club ; ce nageur de San Rafael avait enlevé l’épreuve à Munich, en 1972, battant d’un centième de seconde, en 4’0.26 contre 4’0.27 l’Australien Bradford Cooper.

Quatre jours après, DeMont qui s’était qualifié sur 1500 mètres, se vit interdire l’accès à la finale de cette course et retirer son titre du 400 mètres. DeMont avait en effet été convaincu d’avoir pris de l’éphédrine, une substance prohibée contenue dans un médicament pour calmer les crises d’asthme, une maladie dont il avait souffert depuis sa plus tendre enfance.

Les autorités américaines, que Rick DeMont avait informées de ses ennuis de santé et des produits qu’il prenait, furent blâmées pour n’avoir pas prescrit à leur champion un produit alternatif. Le médecin n’avait même pas pris soin de lire la fiche où le nageur avait exposé son cas dans tous ses détails ! La Fédération Internationale de Natation fut forcée de déclasser DeMont, d’attribuer le titre olympique à Cooper et d’interdire à l’Américain de nager le 1500 mètres, course dont il avait établi le record du monde plus tôt en saison aux sélections US, en 15’52s91, et était largement le favori.

L’année suivante, DeMont devança à nouveau Cooper dans le 400 mètres des premiers championnats du monde de natation, à Belgrade, en 3’58’’18 contre 3’58’’70, grâce à un finish splendide. Il devint ainsi le premier homme au monde à nager la distance en moins de 4 minutes. Il termina, toujours à Belgrade, deuxième du 1500 mètres derrière un autre Australien, Stephen Holland, dans un temps qui améliorait le record du monde. Holland, qui avait amené le dit record à 15’37s8 à Brisbane début août, nagea à Belgrade en 15’31s85, DeMont en 15’35s44 (record US)…

DeMont ne devait plus retrouver par la suite une forme équivalente. En devenant adulte, il avait grandi et forci. Il mesurait 1,85m à Belgrade en 1973, et atteint plus tard 1,88m pour 84kg ; dès lors, son rapport poids-puissance était devenu moins favorable à des résultats en demi-fond. Il fut distancé dès 1974 par la nouvelle vague du demi-fond, emmenée par Tim Shaw.

Il semble que sa mésaventure olympique l’ait blessé profondément. Les témoins racontent que Rick promenait une silhouette désabusée, attristée, sur les bassins pendant ces années. En 1976, il tenta en vain sa chance aux sélections olympiques.

Il s’aventura ensuite sur les distances courtes, où il réussit quelques belles performances, devenant en 1977 l’un des meilleurs sinon le meilleur spécialiste mondial sur 200 mètres, et lança le relais quatre fois 100 mètres record du monde (3’21’’21), avec Joseph Bottom, James Montgomery et Jack Babashoff, le 28 août 1977 à Berlin-Ouest. L’année suivante, malade, son asthme devenant de plus en plus prégnant, il décida de ne pas nager pour sa dernière année universitaire. Installé à Phoenix, dans l’Arizona, Rick De Mont devint entraîneur de natation et peintre (paysagiste) pendant ses loisirs; il fut assistant entraîneur de l’équipe sud-africaine aux Jeux d’Athènes en 2004 et aux Jeux de Pékin en 2008 ; en 2014, après avoir été assistant, depuis 24 ans, de l’équipe des Arizona Wildcats, DeMont fut nommé entraîneur chef (head coach) de l’Université d’Arizona. Il fit en 2015 partie de l’encadrement de l’équipe US de natation aux championnats du monde de Kazan.

En 2001, vingt-neuf ans après les faits, le Comité olympique américain admit qu’il avait fauté concernant les informations que Rick DeMont lui avait données, et fit appel (jamais trop tard!) de la disqualification de 1972.

Pendant ce temps, les médecins olympiques, appuyés par l’institution, refusèrent d’admettre leur faute et rejetèrent les torts sur le nageur. Comme quoi, l’athlète, dans le monde du sport, apparait souvent comme la dernière roue du carrosse, ou comme l’âne de la fable.

COMMENT, A ROME, LES CINQ ETOILES DE VIRGINIA RAGGI ONT EU RAISON DES CINQ ANNEAUX

Eric LAHMY

Jeudi 22 septembre 2016

En retirant finalement la candidature olympique de la Ville éternelle aux Jeux olympiques de 2024, suivant ainsi les précédents retraits de Dubai (Emirats arabes), San Diego-Tijuana, de Boston, de Madrid et d’Hambourg, la toute nouvelle maire de Rome, élue en juin dernier, madame Virginia Raggi, laisse désormais la candidature de Paris face aux seules Los Angeles et Budapest.

Madame Raggi, une redoutable débatteuse, mais qui a connu un début de mandat assez pénible, a estimé qu’ « avec 13 milliards d’Euros de dettes, Rome ne [pouvait] pas se permettre de bâtir des cathédrales dans le désert. » Elle a cité à l’appui de sa décision, outre un livre de l’ancien champion de sprint, le regretté Pietro Mennea (1952-2013) intitulé « Les Coûts des Jeux Olympiques », une étude de l’Université d’Oxford.

Mennea n’avait pas mâché ses mots en face de la candidature romaine. « Comment un pays à genoux peut-il songer à organiser les Jeux, expliquait-il ? C’est la meilleure façon de s’appauvrir pour une nation. » Même si, dès avant son élection, Virginia Raggi s’était prononcée contre une nouvelle organisation olympique dans sa ville, 64 ans après les Jeux de Rome 1960, elle a trouvé dans le travail de trois universitaires oxonians des sujets d’inquiétude assez sérieux pour conforter son désir de ne pas cautionner sa participation à la course à l’organisation olympique.

Ô RAGGI, Ô DESESPOIR

Ce second forfait de Raggi (elle avait précédemment indiqué son refus d’une organisation olympique avant de prendre le temps de la réflexion) n’a pas laissé tout le monde indifférent. Pleurs et grincements de dents (ô Raggi, ô désespoir) dans le monde de l’olympisme transalpin, dans le monde politique et jusque dans son propre parti.

Elle a tenu bon, non sans hésitations, mais Beppe Grillo, le président du « Mouvement cinq étoiles », qui la soutient, en a fait une question de principes : il l’aurait lâchée si elle avait accepté l’organisation des Jeux.

Ceux qui auraient, parait-il mieux fait de se taire, sont les entreprises du bâtiment, pour qui les Jeux olympiques auraient constitué une très belle affaire. Ils se sont manifestés trop bruyamment, aux oreilles de l’opinion. Raggi les a moqués, évoquant les « Jeux des maçons : les Jeux olympiques sont une  belle affaire pour le lobby des constructeurs », a-t-elle conclu…

L’étude britannique à laquelle elle se réfère, est signée Bent Flyybierg, Allison Stewart et Alexander Budzier, trois enseignants de la Saïd business school d’Oxford. Flyybierg est un spécialiste renommé de l’étude des « mégaprojets » qu’il accuse de toujours surestimer leurs bénéfices et sous-estimer leurs coûts. Il a également pioché sur la « rationalité du pouvoir » en démocratie. Allison Stewart, elle, a déjà publié plusieurs travaux sur les Jeux olympiques ; Alexander Budzier s’est comme Flyybierg, penché sur les mégaprojets.

Dans leur étude, fait sans précédent, ces trois enseignants ont tenté d’établir le mode de fonctionnement (« une phénoménologie ») des projets et réalisations olympiques. Le coût moyen des Jeux olympiques de la décennie passée a été de 8,9 milliards de dollars en moyenne.

Ils ont tenté d’établir les coûts de divers Jeux olympiques de façon à pouvoir les comparer entre eux ; d’établir dans quelle proportion le coût final reflète les budgets initiaux tels que projetés lors de la candidature ; de tester la capacité des programmes de management de réduire les envolées des coûts aux Jeux olympiques ; et enfin de comparer les coûts des Jeux de Rio relativement à ceux qui les ont précédés.

Les Jeux les plus coûteux ont été ceux de Londres (été 2012, 15 milliards de dollars) et ceux de Sotchi (hiver 2014, 21,9 milliards). Il s’agit des coûts reliés exclusivement au sport. Ceux, plus larges, d’infrastructure générale, qui sont souvent plus importants que ceux reliés à la seule pratique sportive, ont été exclus.

Avec 156% en termes réels, les Jeux olympiques sont, de tous les mégaprojets analysés par les auteurs, ceux dont les dépassements des coûts sont les plus élevés. Un record olympique en quelque sorte.

Les dépassements ont été enregistrés à tous les Jeux olympiques sans exception. 47% des organisations olympiques ont abouti à un plus que doublement des coûts initialement projetés. Le plus grand surcoût enregistré dans l’histoire des Jeux, celui de Montréal, en 1976, a été de 720%. Barcelone, en 1992, a fait fort aussi, avec un surcoût de 266%. Les dépassements records aux Jeux d’hiver : 324% à Lake Placid 1992  et 289% à Sochi 2014.

Cependant, nos trois Oxonians relèvent que l’organisation des Jeux olympiques parvient à combattre avec une certaine efficacité les dépassements des coûts, qu’ils ont ramenés en moyenne de 166 à 51% (entre le temps qui précède et celui qui suit le début du programme).

Enfin les Jeux olympiques de Rio, coût 4,6 milliards de dollars, ramènent à des sommes moins déraisonnables, différentes de celles des extravagances de Londres et Sotchi.

Quant aux dépassements des coûts de Rio, $1,6 milliards, soit 51% en termes réels, ils se situent dans la moyenne des dérives enregistrées dans les autres Jeux olympiques depuis 1999. Est-ce à dire qu’ils furent une bonne affaire ? Sans soute pas. La candidature avait été portée à une époque bénéfique pour l’économie brésilienne, et la réalisation dans une période de crise économique et politique grave. Le gouvernement a dû décréter l’état d’urgence pour boucler le budget et les travaux et on verra ce qu’il adviendra des installations dans les prochaines années!
En conclusion, d’après les analystes d’Oxford, pour une ville et une nation, décider d’organiser des Jeux olympiques est s’engager dans l’un des mégaprojets les plus risqués en termes financiers, « chose que les organisateurs ont appris à leurs dépens. » Dans leur candidature, les villes-hôtes et les gouvernements se doivent de garantir qu’elles couvriront tous les surcoûts liés à ces gigantesques budgets.

Inutile de se raconter des histoires : les Jeux olympiques représentent un investissement des plus risqués et une mauvaise affaire financière pour les villes organisatrices.

 

QUAND BARNIER PARLE DE RIO ET DU RETOUR DE MANAUDOU

Mercredi  21 septembre 2016

Vous savez, je ne suis pas forcément toujours fier de la profession. La mienne. Exemple du jour, tout frais tout chaud. Au départ, une interview de Romain Barnier par l’AFP. Je lis le titre dans 10 Sport. Ça donne : « Cet énorme coup de gueule de l’entraîneur de Florent Manaudou. » Enorme ? Je me dis que la Troisième Guerre mondiale n’est pas loin. Le même papier, repris par BFM télé, ça devient : « Romain Barnier allume la natation française. » Là c’est moins grave, juste un peu inquiétant. Je lis, et qu’est-ce que je vois ? Des propos que je pourrais contresigner sans aucun état d’âme. Donc je résume. Des petites mains (pas très habiles d’ailleurs) de BFM télé et de 10 Sport copient-collent un papier de l’AFP et le titrent comme si on avait découvert le vaccin contre le cancer, alors qu’il s’agit d’une analyse pertinente selon moi et assez nuancée de certains fonctionnements et dysfonctionnements de l’équipe de France. J’appelle cela surexploiter une information…

Bon, heureusement, c’est repris de façon moins gonflée par l’Est républicain, L’Aisne Nouvelle, Orange, Sport 365 et l’Opinion-Le Progrès et La Gazzetta dello Sport… Moi, je ne vois rien à redire à tout ce qu’énonce Barnier, mais je vous laisse juges. Voilà l’interview de l’AFP. Eric Lahmy

« J’ETAIS LE FUSIBLE »

Ces JO 2016 ont été difficiles à vivre pour l’ancien nageur : « J’ai pris énormément de balles pour tout le monde, et volontiers, car quelque part j’étais le fusible. J’ai porté le bilan de l’ensemble de l’équipe de France alors que j’aurais pu ne porter que mon propre bilan, parce que je suis entraîneur au quotidien, que j’habite Marseille, que je ne suis pas décisionnaire de tout et que je n’ai pas des leviers pour agir sur l’ensemble de l’équipe de France. »

La maigre récolte de Rio « n’est pas un si mauvais résultat que ça », estime Romain Barnier, qui prend aussi la défense de Florent Manaudou, en or en 2012 et seulement en argent cette année sur 50 mètres libre: « Il a fait tellement de choses dans sa carrière que c’est presque un très mauvais résultat alors qu’on oublie la complexité d’être champion olympique. »

Selon Romain Barnier, la déroute vécue cet été était pressentie, mais ces craintes ne pouvaient être révélées avant le grand rendez-vous. « Il faut bien comprendre une chose : tu ne peux pas te dénigrer de manière publique, tu ne peux pas dire (avant les Jeux) que ça va mal se passer. Quand tu parles aux journalistes, tu parles aussi à tes athlètes qui lisent, qui écoutent. (…) Dans les conférences de presse, on est obligé de faire de la langue de bois parce qu’on parle aussi aux athlètes, » explique-t-il.

L’entraîneur n’y va pas par quatre chemins : non, la natation française n’est pas si forte. « On a sorti quelques grands champions mais notre niveau d’ensemble est faible. Notre niveau, c’est 99,9% de nageurs qui ne peuvent pas avoir de médailles. En termes de piscine, de pratique de la natation, on est pauvre. Et ça fait un moment que ça dure. Il faudrait avoir un plan piscine, une vraie formation des entraîneurs. »

Le manager du Cercle des nageurs de Marseille se focalise désormais sur les Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Les championnats du monde 2017 à Budapest constituent la première étape : l’idée est de rapporter « une, deux ou trois médailles » l’année prochaine pour espérer des jours radieux au Japon.

Et quid de Florent Manaudou, qui fait une pause avec la natation et s’interroge sur la suite à donner à sa carrière? Romain Barnier ne répond pas directement, mais il est persuadé que le nageur en a encore sous le pied. « Avec Florent, il y a la possibilité de faire de la performance, et pendant quatre ans. Même si ça veut dire que pendant quatre ans, il s’entraîne de janvier à juillet. Mais s’il revient, ce ne sera pas pour le faire à moitié. Ce serait une très grosse erreur. Il a pris des longues vacances et quand on se parlera, ce sera pour parler de choses vraies. » L’entraîneur n’a aucun doute sur ses capacités à retrouver le très haut niveau : « En 2014, Florent a repris le 15 octobre et huit semaines après, il est champion du monde en battant deux records du monde. Il est souvent fort dans les reprises, l’arrêt n’a pas le même impact sur lui. Florent a ce talent pour être dans les meilleurs du monde pendant quatre ans s’il le décide, même en s’arrêtant six mois. »

BILLET: LA VIE DE COUPLE A UN BEL AVENIR

Mercredi 21 septembre 2016

Depuis qu’Angelina Jolie a demandé le divorce, je ne dors plus. Mais il parait que je doive me rassurer. Le vrai couple star reste uni: Francis Luyce et Jacques Favre ne se sépareront pas, eux. Le président va garder son directeur technique tout contre lui. Ça fait chaud au cœur. Et puis nul besoin de se préoccuper de la garde des enfants. En revanche, on va écarter Romain Barnier.

On comprend le choix de Luyce. Qu’a rapporté Barnier en tant que manager de Marseille depuis quelques années ? Trois ou quatre relais champions du monde, la gestion de Florent Manaudou, de Fabien Gilot, de Camille Lacourt, de Clément Mignon, de Mehdy Metella, de Bousquet et de quelques dizaines d’autres. C’est tout juste s’il a géré quelques champions olympiques, du monde et d’Europe, voire des Etats-Unis, ou attiré dans son club des nageurs d’Afrique du Sud, des Pays-Bas, du Venezuela, de Suisse, d’Algérie, de Tunisie,  et de je ne sais combien d’autres pays au monde. Il a mis Marseille sur la carte de la natation mondiale, d’accord, mais qui s’en fiche. Bref il n’a vraiment pas fait grand’ chose pour son sport et son équipe, et on pourra le virer sans aucun état d’âme. Dehors l’usurpateur !

Ah ! Favre, en revanche, une sacrée pointure. C’est un apôtre du jugaad, il a lancé Gavroche, les Lucioles, autant d’opérations auxquelles nous ne comprenons rien non pas parce qu’il n’y a rien à comprendre mais parce qu’elles sont très au-dessus  de nos compétences ; il survole vraiment, tellement d’ailleurs qu’il n’a aucun plan d’avenir, il n’en a pas besoin, il ne sait pas ce qu’il va faire, nous non plus, mais il est trop fort pour s’abaisser à ça ; il a émis des minima abscons pour Rio qui se sont effondrés, et qu’il a repris en sens inverse pour sélectionner n’importe qui ; il a laissé en venir aux mains deux de ses adjoints, dans son bureau, en sa présence, ou encore deux entraîneurs dans des lignes d’eau à Marseille, et encore s’échauffer des nageurs de relais tout cela sans rien dire; bref on a senti sa poigne c’est un vrai chef dans la ligne (brisée) de ce qui plait à Luyce, grand connaisseur d’hommes et de femmes, qui donc lui fait confiance à juste titre et qui, avant le départ pour les Jeux, avait déclaré sa « fierté » d’avoir choisi ce DTN que le monde allait nous envier, contre l’avis unanime de son bureau directeur de la Fédération, qui ne voyait en Favre qu’un usurpateur. Honte au bureau et bravo président.

Aujourd’hui, 21 septembre, a eu lieu en petit comité le premier debriefing de cette perle de DTN avec son « équipe rapprochée. » On sent que ça va voler haut et que des solutions inoxydables vont sortir de ces réflexions.

Moi je vous le dis. On va se régaler…

Éric LAHMY

 P.S. : Des personnes de la natation vont s’étonner de cette défense de Romain Barnier. Mais s’il a eu un comportement qui en a agacé quelques-uns, en frictionnant les oreilles d’un ancien champion olympique, et en jouant plus la carte Marseille que celle de l’équipe de France, je prétends que la faute en incombe au DTN. Je préfère quelqu’un de pas toujours facile mais concret et qui réalise comme Barnier… A part trois mots malheureux, que peut-on lui reprocher ?

LA FINA RÉINTRODUIT NOS AMIS LES RUSSES DANS LE CIRCUIT

Éric LAHMY

Mercredi 21 septembre 2016

Liam Morgan, envoyé spécial à Lausanne du site anglophone Inside the Games, annonce que la Russie cherche à organiser quelques événements sportifs majeurs malgré le scandale de dopage qui a couvert d’opprobre la nation au cours d’une année olympique où ce pays a failli être rayé des Jeux olympiques de Rio (mais n’a pas raté la sanction suprême aux paralympiques). Voici que la fédération internationale de natation (FINA) lui a donné l’occasion d’opérer une sorte de retour en grâce, ou au moins de faire un petit coucou, ce qui est bien sympathique à tous ceux qui se fichent bien des problèmes de dopage et sont plus intéressés par le business.

Si on a bien suivi le film des Jeux, et la façon dont l’organisation internationale a réintroduit le plus possible des nageurs et de nageuses russes dopés en contradiction avec les règles soi-disant édictées par le CIO dans le programme de Rio, organisé le non contrôle de Sun Yang et d’Efimova dans les cinq mois qui ont suivi leurs couronnements fort controversés aux mondiaux de Kazan (ajoutez à cela les effusions de Marculescu avec Sun Yang après sa victoire sur 200 mètres aux jeux olympiques, etc., etc., on ne s’en étonnera pas.

La FINA a donc fait savoir que la Sainte Russie était intéressée par l’organisation des championnats du monde petit bassin, en 2022 ou 2024. Des représentants de Kazan, la ville où se sont tenus les mondiaux 2015 (et des universiades 2013), ont assisté à une réunion d’information qui réunissait également des officiels de la Chine Taipei, de l’Allemagne, de la Hongrie et de la Suisse autour de ces deux événements. Outre la Russie, seule la Hongrie a mis en avant une ville organisatrice potentielle, Budapest, laquelle est déjà candidate à l’organisation des Jeux olympiques de 2024 et se prépare à recevoir les mondiaux 2017. Les organisateurs potentiels devront maintenant proposer leur candidature officielle, avant de se présenter au bureau en 2017. Tous les pays ont fait connaître leur intérêt d’organiser ces mondiaux en petit bassin. Dentsu, l’agence marketing et relations publiques de la FINA, basée à Tokyo, et divers partenaires, étaient présents.

Si aucun critère spécifique du comité international olympique n’avait été imposé aux fédérations internationales sportives d’été, permettant à la Russie d’organiser des événements internationaux, dans la vague du fameux rapport McLaren spécifiant l’étendue et la gravité du système de dopage d’Etat organisé par les Russes, une déclaration du bureau exécutif du CIO datant de juillet dernier affirmait qu’il ne serait permis d’ « organiser ou d’offrir un patronage à tout événement ou réunion sportif en Russie. » Parallèlement à cela, il avait été demandé aux fédérations internationales des sports d’hiver de « geler la préparation » ou de « rechercher des solutions alternatives » aux organisations qui avaient été prévues par le CIO en Russie avant le scandale.

L’union internationale de biathlon a été vertement critiquée ces dernières semaines après avoir posé leurs mondiaux 2021 dans la ville sibérienne de Tyumen. L’union a fait savoir qu’elle n’avait rien commis de répréhensible, ayant reçu l’autorisation du CIO. En natation, les prochains mondiaux petit bassin se tiendront du 6 au 11 décembre 2016 à Windsor, au Canada. Les suivants auront lieu à Hangzhou (Chine- 2018) et Abu Dhabi (2020).