KIRSTY COVENTRY, LEGENDE AFRICAINE

COVENTRY [Kirsty]. Natation. (Harare, Zimbabwe, 16 septembre 1983- ). Zimbabwe.

Une des héroïnes des Jeux Olympiques d’Athènes, en 2004, où elle enlève le titre du 200 mètres dos, l’argent du 100 mètres dos et le bronze du 200 mètres quatre nages. Ses succès olympiques connaissent un retentissement énorme dans son pays, nation très pauvre et agitée de forts soubresauts politiques et sociaux. Elle-même a réalisé ses plus beaux exploits chronométriques en utilisant les combinaisons polyuréthane, ce qui peut mettre en doute par exemple sa légitimité à succéder, sur 200 mètres dos, à la Hongroise Kristina Egerszegy. Mais pas sa domination dans la natation de son époque. Assez discrète depuis des années, elle s’entraîne toujours, aux USA, et ambitionne de nager encore aux Jeux de Rio.

Coventry mesure 1,73m et avoue 59-60kg.  Elle n’est pas présentée généralement comme une personne spécialement douée, mais sa nage est puissante, fluide, efficace, et dégage une impression de force. Issue d’une famille sportive (un oncle international de rugby), Kirsty reçoit ses premières leçons de natation de sa mère, à dix-huit mois. Ses parents possèdent au Zimbabwe une entreprise, Omnichem, spécialisée dans les produits chimiques domestiques. Les week-ends, la famille aime se rendre au grand lac artificiel de Kariba, formé par un barrage sur le fleuve Zambèze, pour pêcher en famille, observer les grands animaux, éléphants, impalas, hippos, zèbres, giraffes, qui viennent boire. Kirsty commence à nager à six ans dans un club local, Highlands, puis plus tard, dans un autre club, Otters, entre dans sa première équipe du Zimbabwe à neuf ans. A douze ans, elle signera aux Pirates, où elle sera entraînée par un couple, les Mathieson. Comme on ne peut chauffer suffisamment la piscine l’hiver, Kirsty est une athlète polyvalente, qui court, fait du hockey sur gazon afin d’améliorer sa force et sa condition physique. Elle partage une ligne d’eau avec cinq autres enfants. En 2000, c’est déjà une nageuse accomplie, qui parvient en demi-finale du 100 mètres dos (1’2’’55, 12e temps) et finit 18e du 200 mètres 4 nages des Jeux de Sydney. Elle a dix-sept ans quand elle est recrutée par l’Université d’Auburn, en Alabama, dont l’équipe de natation, les « Tigers », est entraînée par Kim Brackin. Là, elle découvre l’entraînement collectif, ce qui, témoigne Brackin, lui rend les choses plus faciles, ses buts personnels prenant un caractère moins prioritaire. Elle-même déclare apprécier la vie de groupe où elle « compte cinquante frères et sœurs. » Et les impératifs de la compétition à l’entraînement (il lui faut « gagner » à chaque séance, tous les jours) lui conviennent. Emmenés par cette polyvalente surdouée, les Tigers enlèvent les prestigieux titres NCAA qui font l’elles la meilleure équipe universitaire des USA. Ses exploits d’universitaire sont innombrables, le plus remarquable étant de gagner trois titres individuels deux années de suite, en 2004 et 2005. On a dit plus haut ses succès d’Athènes, en 2004. Elle gagne le 200 mètres dos en 2’9’’19 devant la Russe Stanislava Komarova, 2’9’’72, l’Allemande Antje Buschschulte et la Japonaise Reiko Nakamura, ex-aequo en 2’9’’88. Sur 100 mètres dos, elle termine en 1’0’’50, entre Natalie Coughlin, gagnante en 1’0’’37, et Laure Manaudou, 3e en 1’0’’88. Sur 200 mètres quatre nages, elle est 3e en 2’12’’72 derrière l’Ukrainienne Yana Klochkova, 2’11’’14 et l’Américaine Amanda Beard, 2’11’’70. Un an plus tard, rebelote, aux mondiaux 2005 de Montréal, elle remporte aisément 100 mètres dos et 200 mètres dos, finit 2e du 200 mètres 4 nages en 2’11’’13, et, nouvelle adjonction à son programme, du 400 mètres 4 nages, en 4’39’’72, derrière l’Américaine Katie Hoff, 2’10’’41 et 4’36’’07. C’est là, dira-t-elle, qu’elle prend conscience de sa valeur sur 400 mètres 4 nages. Sur 100 mètres dos, qualifiée à l’économie, elle nage dans une ligne du bord, la une, et l’emporte (1’0’’24) d’une demi-longueur devant Buschschulte (1’0’’84) et une Coughlin sans éclat (1’0’’88). Sur 200 mètres dos, elle plane, gagne avec une grosse longueur, 2’8’’52 ; 2e, Margaret Hoelzer, USA, son équipière d’Auburn, 2’9’’94. Elle est désignée comme la meilleure nageuse de la compétition : championne des championnes du monde en quelque sorte.

Kim Brackin décide de prendre une année sabbatique, et trouve en 2006 une autre Université, Texas. Coventry, elle, peut-être un peu perdue sans son coach, se blesse à un genou et ne peut nager de janvier à mai. Par manque de préparation, elle ne brille guère aux PanPacifics 2006. Aux mondiaux 2007, à Melbourne, ayant retenu le 400 mètres 4 nages, elle connait les hauts et les bas que réserve un programme surchargé. Elle se retient trop en demi sur 100 mètres dos, nage une grosse seconde plus lentement qu’en séries (1’1’’73 contre 1’0’’57) et se retrouve éjectée de la finale ! Vingt minutes plus tard, elle enlève l’argent (2’10’’76) du 200 mètres quatre nages derrière Katie Hoff (2’10’’13). Disqualifiée pour virage incorrect en séries du 400 mètres 4 nages, elle se couvre d’argent du 200 mètres dos derrière son « ennemie intime » Margaret Hoelzer, 2’7’’54 contre 2’7’’16 (record américain). Elle améliore en février 2008 au grand prix du Missouri le record mondial du 200 mètres dos de la « mythique » Krisztyna Egerszegi (vieux de 16 ans, 2’6’’62 en 1991) en 2’6’’39, après avoir approché cette marque à Chiba  en août 2007 avec 2’6’’83. C’est le premier record du monde battu dans le maillot de bain Speedo LZR Racer, inaugurant une guerre technologique de funeste mémoire. Elle progresse sur 100 mètres dos : 59’’85 à Chiba, au Japon, puis 59’’47 à Columbia, après que Coughlin ait fait passer le Record du Monde de 59’’44 à 59’’21 en séries.

A Pékin, elle s’affirme une fois de plus comme une nageuse marquante, est championne olympique du 200 mètres dos en 2’5’’24 devant, revanche de Melbourne, Margaret Hoelzer, USA, 2’6’’23, enlève les médailles d’argent du 100 mètres dos (59’’19 derrière Coughlin, 58’’96), et des 200 mètres et 400 mètres quatre nages, derrière la nouvelle reine des « medley », l’Australienne Stephanie Rice, 2’8’’59 contre 2’8’’45 et 4’29’’89 contre 4’29’’45. Seul son résultat sur 100 mètres dos a le don de la décevoir. Coventry n’a-t-elle pas battu le record olympique en séries, en 59’’ juste, et le record du monde en demi-finale, en 58’’77 ? Elle peut dès lors considérer son parcours en finale comme une course ratée ! De la même façon, elle domine les séries du 200 mètres 4 nages avec un record olympique de 2’9’’53 que Rice battra de plus d’une seconde. Son entraîneur dira plus tard que Kirsty retirera de ces belles performances un sentiment d’échec : son but caché n’était-il pas de gagner ces quatre courses en battant les records mondiaux ?

En 2009, les aléas de sa vie personnelle (cancer de sa mère), affective (elle doit rompre ses fiançailles alors qu’elle avait acheté une maison) et de la situation politique au Zimbabwe (réforme agraire signifiant la dépossession des blancs) la perturbent énormément, mais elle se reprend à l’entraînement. Aux mondiaux, elle parvient à conserver un haut niveau de performances, remportant le 200 mètres dos en 2’4’’81 (RM) à l’issue d’un duel farouche avec la Russe Anastasia Zuyeva, 2’4’’94. Elle termine 2e du 400 mètres 4 nages en 4’32’’12, derrière Katinka Hosszu, Hongrie, 4’30’’31, 4e du 200 mètres 4 nages malgré un temps de 2’8’’94 (mais c’est l’explosion des combinaisons, dont, d’ailleurs, elle-même profite). Cette course est enlevée par Ariana Kukors en 2’6’’15, record du monde. Coventry, à l’issue d’une course ratée de bout en bout, 8e du 100 mètres dos, aux mondiaux de Rome. Sur 100 mètres, en outre, elle perd son record mondial, battu par Zuyeva avec 58’’48. Aux mondiaux 2011, à Shanghai, Coventry est en-dehors des finales sur 200 mètres 4 nages (9e), 400 mètres 4 nages (14e) et 200 mètres dos (12e), et ne s’engage pas sur 100 mètres dos. Nageuse en polyuréthane, elle n’avance plus lors du retour au maillot simple. Mais elle n’en continue pas moins d’aligner des longueurs, et d’annoncer : je nagerai à Rio de Janeiro… Après avoir erré entre Monaco et Johannesburg, elle a trouvé son port d’attache à Charlotte, en Caroline du Nord, dans le groupe emmené par David Marsh, le « Swim Mac Team Elite ».

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