A LA FÉDÉ, LES JIVAROS SONT DANS LA PLACE (1)

 

Éric LAHMY

Samedi 23 Septembre 2018

La Fédération Française de Natation quitte Hermès et Chanel, à Pantin, pour s’approcher de L’Oréal, à Clichy, rue Martre (comme le carnassier de basse-cour)…

Alors, on reste dans le luxe ? Rien n’est moins sûr. La surface est divisée par deux, et si l’on devra serrer les troupes dans des « open spaces », en songeant qu’après tout, les sardines aussi sont des êtres aquatiques, cela va permettre des économies, et en théorie de diriger les flux financiers dégagés vers le « terrain ».

Et puis, n’est-il pas vrai, les meilleurs parfums se trouvent dans les plus petits flacons ?

Le siège dont le président Francis LUYCE était si fier n’avait pas coûté cher au départ, mais s’avérait ruineux en charges, un peu comme si on le rachetait chaque trois ans. En le vendant dans les 2,6 millions €, on a épongé, m’a-t-on assuré, un fort déficit…

Toujours est-il que le mode de vie va changer. Cinquante salariés, dix cadres techniques, les quelques élus, au quotidien, devront se partager 800 mètres carrés sur quatre étages au lieu de 2000 sur deux niveaux.

D’ailleurs, avec les nombreux mouvements en direction de la sortie de techniciens, on ne réduit pas que les mètres carrés, mais aussi les effectifs. Nous y reviendrons… Sezionale mise sur le télétravail pour que les employés ne s’empilent pas les uns sur les autres et lui-même donne l’exemple: il n’est pas beaucoup au siège.

Et le déménagement se fera le 1er octobre. Par ailleurs,  si l’ancienne équipe avait largement dépensé, certains postes actuels pèsent dans l’actuelle organisation, en raison des va-et-vient constant d’un DTN de Bordeaux, d’un directeur général et d’un président de Nice, de la Secrétaire générale de Dijon, du Directeur de la natation de Font-Romeu, du trésorier de Toulouse, etc…

Se passer de la célèbre « dictature » parisienne, cela coûte cher.

Le Ministère a réussi au passage à placer ses troupes, en l’occurrence Agnès BERTHET et Rémi DUHAUTOIS, lesquels sont devenus d’emblée adjoints du DTN. Sur le papier des gens pas plus contestables que d’autres… DUHAUTOIS, ancien (2001) champion du monde junior d’aviron en quatre de couple et, je cite, « un grand nom de l’aviron haut-savoyard », a été bombardé Directeur du haut-niveau, on suppose qu’il connait bien le sport et pas trop bien la natation. Mais bon, s’il apprend vite !

On se rappelle un précédent « transfert » de l’aviron à la natation, celui de Dominique BASSET, choix de Christian DONZÉ, passé par le water-polo, aujourd’hui conseiller technique Île-de-France. On m’affirme que la greffe n’a jamais réellement pris.

Grand nom ou pas, le palmarès de rameur de DUHAUTOIS se fige très vite. Après 2001, il ralentit fortement sur les plans d’eau, et poursuit une carrière dans l’administration du sport, devient professeur d’EPS (2007-2010), mais abandonne très vite l’enseignement dans un bahut pour se retrouver dans son douar d’origine, l’aviron.

En 2013, DUHAUTOIS est encore responsable du pôle espoir de la région d’Île-de-France à la Fédération française d’aviron. Qu’il quitte en juin 2014, après avoir mené un fantomatique département recherche… N’apparait aucun travail qu’il a pu mener, ni même une allusion à un département recherche sur le site fédéral.

Mais c’est peut-être pour ça que c’est de la recherche. Parce qu’on ne la trouve pas.

Puis le voici « évaluateur de fédérations » au Ministère des sports, mais je ne sais pas s’il a évalué grand’ chose. Les évaluations et autres contrôles des Fédérations sont réalisés en fait par des inspecteurs généraux de la Jeunesse et des Sports, des pointures, blanchies sous le harnais, comme Henri BOERIO et Thierry MAUDET, anciens directeurs de l’INSEP, Fabien CANU, Joël DELPLANQUE, bref des personnalités éminentes.

Derrière évaluateur de fédérations, lisez qu’en fait DUHAUTOIS rame derrière un ordinateur et se passe le dernier film de Netflix en attendant une affectation. Je ne sais pas trop si ce monsieur travaille, mais pour rebondir, il n’est pas mal!

Et le voici qui débarque à la Fédé de natation avec une mission.

On le pose là en lui donnant les mêmes attributions, directeur technique national adjoint, que Nicolas SCHERER, selon une technique éprouvée. SCHERER, un ancien entraîneur de l’INSEP, voit ses attributions vidées de leur contenu, ISSOULIÉ oublie de le convoquer aux réunions où DUHAUTOIS ramène sa fraise, jusqu’à ce qu’il jette sa démission… Depuis un mois, SCHERER est redevenu conseiller technique régional des Hauts-de-France. La fonction qu’il occupait en Île-de-France entre 2009 et 2014. Cette méthode – que je trouve personnellement indécente, mais qui est malheureusement un classique dans certains milieux professionnels – avait très bien marché quelques années plus tôt pour dégoutter Philippe DUMOULIN.

Et BERTHET ? Elle  a nagé à Ondaine, à l’époque de Virginie DEDIEU. Comme équipière du ballet, elle sera, à trois reprises, 2e des championnats d’Europe – en 1995, 1997 et 1999. Entraîneur de natation synchronisée depuis 2000,  on la retrouve, en 2011, à filmer en vidéo les championnats, ce qui doit créer une empathie avec ISSOULIÉ qui faisait la même chose en water-polo.

Elle est à partir d’août 2013 chargée de mission CGO CTS. C’est quoi ce truc là ? Lisez « centre de gestion opérationnelle des conseillers techniques et sportifs ». Rien de plus anodin ? Pas sûr, parce que c’est le moment de lire entre les lignes.

LES NOTES DES CADRES TECHNIQUES, OU QUAND LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS

Lire quoi ? Que BERTHET a fait partie de ces administrateurs qui, sous prétexte de gérer et d’accompagner les Conseillers Techniques Sportifs, se chargent « d’organiser le plan social des cadres techniques ».

De quoi s’agit-il ? Remontons assez loin dans le temps, à l’époque de l’étonnement de l’administration devant l’existence d’un corps de métier, les conseillers techniques, qui se trouvent sur le terrain et qui bossent d’autant mieux qu’on ne les voit jamais dans un bureau.

 La dite administration ne comprendra semble-t-il jamais cette fonction.

Je me souviens du découragement d’un directeur technique national, Roger GERBER, à l’haltérophilie : le Comité régional, prétendait-il, promouvait systématiquement ceux qui servaient le moins le sport.

Pourquoi cela ? Parce que celui que son directeur régional voyait tout le temps dans son bureau en semaine, repeignait la grille de son jardin les week-ends et pondait en semaine comme en fin d’année des rapports détaillés en triples exemplaires sur l’activité à laquelle il participait si peu, était bien noté par la hiérarchie administrative.

En revanche, celui qui, jamais dans son bureau parce que sur le terrain, se battait pour faire progresser le sport, et ramenait en plus de ses déplacements des notes d’essence et de sandwichs, était censé ne rien foutre (on ne le voyait pas) ; il coûtait des sous, ennuyait tout le monde et ne savait pas torcher son rapport.

Comme à l’époque, Jules COULON, Henri SÉRANDOUR, Robert BOBIN et quelques autres grands patrons du sport à l’ancienne faisaient le même constat que Roger GERBER concernant la façon aberrante dont leurs conseillers techniques étaient notés, je me disais qu’il y avait un vrai souci. Bien sûr, il venait de ce que l’autorité hiérarchique qui notait n’avait rien avoir avec l’autorité fédérale qui seule pouvait apprécier le travail réalisé.

La seule réponse intelligente à un tel travers, c’eût été de confier la notation du technicien au Directeur technique de la Fédération.

Mais allez demander à l’administration, méfiante et tatillonne par nature, et jalouse de son pouvoir, faire confiance et abandonner une prérogative aussi délicieuse que celle qui revient à noter ces aventuriers du sport que sont les hommes de terrain.

Après, c’est une question d’hommes. Quand le colonel CRESPIN était directeur des sports du ministère, il n’avait pas besoin de voir Honoré BONNET (ski), Robert BOBIN (athlétisme), Lucien ZINS (natation) et Pierre SAUVESTRE (aviron) pour savoir qu’ils travaillaient d’arrache-pied pour la plus grande gloire du sport… Aujourd’hui, ce type de grands patrons a disparu.

Je dois reconnaître que j’ai admiré un jour Noël COUEDEL, le directeur de L’Equipe magazine, quand, arrivant dans l’open space de la rédaction, et voyant la plupart des bureaux vides, il me dit : « Ah ! ça fait plaisir de constater que tous les gars sont en train de bosser sur le terrain. » Le plus beau, c’est que c’était très probablement vrai ! Mais il faut avoir une passion et une confiance dans l’humain (et avoir fait soi-même le métier) pour penser comme ça !

Donc, vus des bureaux ministériels, « des fonctionnaires payés par l’Etat et que l’on ne voit jamais, qui travaillent au sein des ligues ou fédérations, qui encadrent des équipes sportives, qui partent toute l’année en stage » c’est forcément douteux !

Depuis quelques années, s’est ajoutée la consigne venue d’en haut, des sommets de l’administration, de réduire les CTS et donc le pouvoir administratif devient stratégiquement essentiel : une arme pour peser sur les effectifs.

Au bout de toute cette démarche soupçonneuse de l’administration et du désir de tailler dans la masse, on en arrive au marigot du CGO CTS, où les – pour ce qui nous concerne – Rémi DUHAUTOIS et les Agnès BERTHET ont fait leurs classes de bébés crocodiles.

(à suivre)


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5 comments:

  1. LEPAGE

    Notre drame, l’Administration, cette gigantesque maison qui, elle-même, est subdivisée en multi-couches ou strates. Il y a ceux qui bossent et ceux qui profitent. Sous l’Ancien régime, il y avait une société d’ordre, puis après la Révolution une société de classes qui est devenue une société de castes. L’Administration est passée du stade de service public à celui de se servir du public. Les corps de l’Etat sont en train de nous faire crever parce qu’ils ont attiré ceux qui ont une âme de profiteur, de planqué. Ces gens-là je les ai trop fréquenté. Insupportable!

  2. Marc

    Plutôt que de s’en prendre à des personnes il serait préférable d’analyser les « idées » de ce « PPF » et de s’intéresser à leurs conséquences qui vont courir jusqu’en 2024.

    1. Eric Lahmy *

      Les idées sont émises par des personnes, ce ne sont pas des objets planant dans un ciel à part, mais…excellente suggestion, cependant je ne suis pas doué pour ça. J’aurais l’impression de feindre de lire dans un marc de café. Je ne sais pas le faire. Maintenant, si cela intéresse quelqu’un, il ou elle est bienvenu(e).
      Maintenant il est possible qu’il y ait un problème de personnes à la Fédération. Difficile de voir, comme il est difficile de saisir pourquoi la natation française, je parle de la course, s’est si bien sortie de la situation à Glasgow, et le lien entre cette réussite et le travail de Martinez-Nicolas, par exemple… Il doit exister pourtant.

  3. Marc

    Oui les idées sont émises par des personnes mais l’important n’est pas qui émet les idées mais sur quoi se fondent ces idées.
    La question de fond est de savoir si une fédération doit se contenter d’animer les pratiques (pratiques qui évolueront à leurs rythmes en fonction du contexte) ou si une fédération doit chercher activement à faire évoluer les pratiques.

    Très intéressants vos 2 derniers articles, globalement ils situent objectivement notre niveau de performance sur l’échiquier mondial. Merci.

    1. Eric Lahmy *

      THE RIGHT MAN IN THE RIGHT PLACE
      Marc, vous m’accusez d’attaquer des personnes et vous avez bien raison.
      Quand je ne vois aucun lien d’affinité entre une personne en place et le rôle qui est supposé le sien, je me pose des questions. Ces questions sont-elles légitimes? Je le crois. Je m’inquiète de voir dans ces nominations certaines techniques du management moderne que j’ai observées – et vécues à partir des années 1985 – à L’Equipe. J’espère qu’il ne s’agit pas de ça…
      Qu’est-ce que la mise en place de l’équipe technique actuelle, sinon l’évacuation des personnes présentes, qu’on dégage au profit d’autres personnes ?
      A ce moment, on est dans une politique au sens de maniement des gens et je ne vois aucune « idée » technique passer. Vous voulez examiner les « idées » et moi je passe l’équipe technique au tamis. Je n’aimerai écouter leurs idées que lorsque je ne douterai plus de ce qu’ils sont venus faire ici, entre la meilleure natation possible et… autre chose.
      On a fait le ménage. Je ne suis pas contre casser des oeufs, mais je m’inquiète de l’omelette… et de qui se trouve aux fourneaux.
      Si je ne prends pas le temps de « soupeser » les nouveaux maîtres du jeu, si je ne tente pas de mesurer leurs compétences, si je ne saisis pas ce qui fait qu’ils sont là, si je ne comprends pas qu’on élimine (peut-être à bon droit d’ailleurs) les témoins et les ouvriers d’un système qui avait bien réussi, il ne me reste plus, selon vous, qu’à analyser les « idées » ?
      Il y a un temps pour tout.
      Il faut faire attention à ce qu’on appelle une idée. Quand Charles de Gaulle parlait de la France, c’était une idée. Quand d’autres politiciens en parlent, ce sont des paroles…
      L’idée est peut-être plus importante que la personne qui l’émet. Mais n’importe quel escroc peut voler une idée et en faire une arme pour la vendre au prix fort…
      …Si je veux des idées sur la natation, je vais en séminaire chez Pellerin, chez Martinez, chez Lecat ou Lucas, chez Romain Barnier ou Julien Jacquier, chez Guy La Rocca ou Maxime Leutenegger, etc.
      Les mêmes mots employés par d’autres n’auront pas le même poids. Chez ceux là ils auront le poids vécu de l’original, chez ceux-ci celui du copié-collé.
      Sincèrement, vous voulez connaître les idées du trio Issoulié, Duhautois, Berthet sur la natation? Vous avez peut-être raison,à titre de curiosité. Moi j’attends un peu de temps, qu’ils s’en fassent une par expérience et non pas par ouï-dire.
      En fait, je crois qu’il faut parler pour commencer QUE des personnes, comme dans une belle dissertation, où l’on présente l’homme, PUIS les idées; par ailleurs, si les hommes qui représentent la natation de course et l’eau libre, et donc 90% de la Fédération en termes d’effectifs et 95% en termes de résultats, Richard Martinez et Stéphane Lecat, sont assujettis, outre à Issoulié, à ses directeurs techniques adjoints Duhautois et Berthet, je me dis soit il s’agit moins d’une sujétion que d’un relais administratif, et alors pourquoi pas, soit d’une contrainte réelle et technique, et alors c’est parti du pied gauche.
      En conclusion, je crois qu’il n’y a pas de meilleure idée que de souhaiter voir les bonnes personnes aux bonnes places avant de se pencher sur leurs idées.

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