ARENA À MESA : CES TEMPS QU’EMPORTE LE VENT !

Éric LAMY

Samedi 16 Avril 2016

Meeting Arena à Mesa, étape de la tournée US de l’équipementier, prochaines étapes à Charlotte, Santa Clara et Indianapolis, sur la route de Rio de Janeiro via Omaha Beach (les « trials », 26 juin-3 juillet).

Le vent vient de mêler de l’affaire. Il souffle fort et affecte les performances. En papillon, où les bras émergent, en brasse, où les nageurs oscillent vers le haut, mais aussi en dos ou en crawl, cela peut jouer, surtout si c’est de la tempête. Mesa, en espagnol, c’est un « table », un plateau, et quand les vents s’y livrent, c’est sans retenue. Phelps, sur 200 mètres papillon, rigolait : « à l’arrivée, à un moment, je croyais que je nageais en marche arrière. » Il oublie de dire que dans le sens favorable, cela a dû l’arranger, mais à l’addition, le résultat s’avère défavorable.

Le directeur media d’USA Swimming, Jim Rusnack, a paru se lamenter : « le vent n’était pas tout dans cette histoire, mais il a joué sans aucun doute un rôle majeur dans les finales de vendredi. Soufflant de l’ouest à 40km heure, il laissa seulement quatre courses entrer dans les 20 meilleurs temps de l’année dans le monde, avec Cammile Adams au 200 papillon, Madison Kennedy et Nathan Adrian aux 50, et Katie Ledecky sur 400 mètres. »

Il convient de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il est parfois bon, que les éléments nous rappellent combien le sport est devenu une activité factice, dans lequel tous les éléments doivent être neutralisés, et s’est éloigné de ses rustiques fondamentaux. Dans un meeting, d’ailleurs, c’est moins grave que dans une finale olympique, mais peut-être à force de rechercher une vérité d’éprouvette dans nos confrontations par chronos interposés, on a oublié que l’eau n’est pas forcément un élément neutralisé, que le vent souffle, qu’il peut faire chaud ou froid, que la chance… La chance !

Dans les limites d’un bassin olympique, on dirait qu’on ne supporte plus cela, qu’on a voulu éliminer cette richesse qu’est l’aléa, que les Grecs honoraient et dont les Romains avaient fait une déesse. Même l’eau libre a été domestiquée par la FINA une fois qu’elle se fut emparée de ce sport magique, la faisant disputer en circuit dans des eaux aussi mortes que celles d’une baignoire ! Mais il est vrai que les eaux ont tellement été polluées par l’homme qu’il faut parfois prendre des précautions avant d’y tremper un orteil.

Une bien bonne fut contée par Murray Rose à Robert Pointu de l’AFP. Elle se situait il est vrai à l’entraînement. L’équipe de Rose s’entraînait dans un bassin dessiné dans le port de Sydney, pas tout à fait abrité des lames du large. Au moment où Rose s’élança dans l’eau, une vague vint submerger le bassin : « je nageai les 50 mètres aller en dix-sept secondes, mais le retour me prit plusieurs minutes », se marrait-il encore trente ans après. Il est fort regrettable que des compétitions n’aient pas été disputées là…

Aujourd’hui, l’aléa serait insupportable à nos techniciens. Imaginez un coup de vent au départ d’un 100 mètres nage libre qui déstabiliserait un peu les plongeurs. Pourtant, des sports permettent et acquiescent à de tels accidents. Le vent, ses rafales, ont joué un rôle majeur dans toutes les compétitions de saut à la perche. Je me souviens, installé dans ma tribune d’un stade de Stockholm, lors d’une belle soirée d’athlétisme, d’avoir été intrigué par la contre-performance d’un perchiste français en face d’une hauteur « facile ». Je rencontrais son coach, un ami, Jean-Claude Perrin : dans sa course d’élan, le garçon, m’expliqua-t-il, avait rencontré une rafale défavorable qui l’avait scotché ! Je ne saurais ici vous conter toutes les venteuses aventures sportives dont j’ai été témoin, outre bien sûr en voile…

…Quelquefois, de bonnes choses ont été réalisées dans des conditions venteuses. Les épreuves de natation des Jeux du Commonwealth 1966 à Kinston, Jamaïque, avaient souffert d’un vent violent. Pendant que les chronométreurs tenaient debout en diagonale sur la plage, l’Australien Ian O’Brien avala la tasse pendant la course, le vent ayant projeté l’eau sur son visage, et nagea 2:29s3, moins vite qu’en séries où il avait porté le record du monde à 2:28s. Dans la même soirée Kathy Wainwright battit le record mondial du 440 yards…

Parfois des nageurs se « robotisent » tellement qu’ils perdent leur nage. Des maîtres à nager comme Mitt Nelms les amènent alors en mer, où ils leur apprennent à retrouver des sensations au sein des éléments, dans une eau vivante. Nelms est réputé avoir récupéré ainsi Ian Thorpe et une foule de nageurs. Touretsky aimait lui envoyer ses disciples.

Ici, à Mesa, c’est sûr qu’il s’est passé quelque chose, mais quoi ? Prenez Katinka Hosszu, sur 200 papillon, la dame de fer s’est qualifiée dans les 2:11s et n’a plus existé en finale, trois secondes moins vite

Quand les perfs ne vont plus, il reste la compétition. La gagne. Et une certaine incertitude sur la valeur absolue des résultats. C’est ici que l’aléa joue à plein, comme si les Dieux de l’Antique venaient se mêler de distribuer les bons, et les mauvais points.

Alors voilà, quand Phelps nage 54s93 sa première moitié de 200 papillon et la seconde en 1:3s17, ça vaut quoi ?

Même Ledecky, le tank à moteur Ferrari de la natation, n’a pas fait d’étincelles et n’a fait que nager plus vite que n’importe qui au monde dans ces conditions. Mais chronos oubliés, les dix mètres qu’elle mit entre elle et Cierra Runge à l’arrivée de son 400 mètres sont assez parlants !

Nathan Adrian est sans doute celui qui s’est le mieux sorti dans ces conditions avec un 50 mètres en 21s69. C’est pas mal, quelquefois, d’expérimenter des conditions adverses, disait-il après sa course.

DAMES

50 mètres : 1. Madison Kennedy, 24s45 ; 2. Dana Vollmer, 24s69; 3. Abbey Weitzeil, 24s72; 4. Simone Manuel, 24s78; 5. Kelsi Worrell, 25s07; 6. Arianna Vanderpool-Wallace, 25s14. Finale B: 1. Lia Neal, 25s13.

400 mètres : 1. Katie Ledecky, 4:2s15 ; 2. Cierra Runge, 4:8s08; 3. Lotte Friis, 4:8s89; 4. Allison Schmitt, 4:12s94 (en séries 4:12s70) ; 5. Katinka Hosszu, 4:14s59 (en séries, 4:10s74); 5. Sarah Henry, 4:14s76.

100 m dos : 1. David Plummer, 54s29 (series, 54s07) ; 2. Ryan Lochte, 55s35 (séries, 54s83) ; 3. Arkady Vyatchanin, 55s39.

200 m brasse : 1. Breeja Larson, 2 :26s64 ; 2. Ashley McGregor, 2 :27s68; 3. Hilde Luthersdottir, 2:28s04.

200 m papillon : 1. Cammile Adams, 2:8s59 ; 2. Cassidy Bayer, 2:9s68; 3. Maya Di Rado, 2:10s33.

MESSIEURS

50 mètres  : 1. Nathan Adrian, 21s69 ; 2. Anthony Ervin 22s28; 3. Cullen Jones, 22s30. Finale B: 1. Jimmy Feigen, 22s29.

400 mètres :  3:52s32.  1. Michael McBroom, 3:49s04 ; 2; Conor Dwyer, 3:49s90; 3. Clark Smith, 3:49s96; 4. Jordan Wilimovsky, 3:51s64 (en séries, 3:51s29).

100 m dos : 1. Maya Di Rado, 1:0s71; 2. Kirsty Coventry, Zimbabwe, 1:0s74; 3. Katinka Hosszu, 1:0s84 (en series, 1:0s07); 4. Kaitlin Harty, 1:1s11; 5. Missy Franklin, 1:1s28.

200 m brasse : 1. BJ Johnson, 2 :14s16; 2. Nick Fink, 2:15s06; 3. Miguel De Lara Ojeda, 2:15s77. En séries, Chase Kalisz, 2:13s81.

200 m papillon : 1 :57s71.  1. Michael Phelps, 1 :58s14 ; 2. Pace Clark, 1 :58s71; 3. Jonathan Gomez, 1:58s79; Jack Conger, 1:59s83.

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