AUGUIN [Denis]

Natation. (Nice, 28 avril 1970-). L’entraîneur d’Alain Bernard, champion olympique du 100 mètres à Pékin, en 2008. Son père, Jacques, est professeur d’EPS, sa mère, Françoise, maitre-nageur, son beau-père, Guy Giacomoni, un entraîneur national de natation : autant dire que Denis Auguin ne peut échapper à la natation. Il nage donc, tout naturellement, enfant, et s’intéresse dès ses dix-huit ans à l’enseignement de la natation, mais obtient un bac économique. En natation, il suit la filière classique de l’enseignant, et, diplôme en poche, « ayant fait tous les métiers liés à l’enseignement de la natation », il coache à Nice (1995), Marseille (1999), Antibes (2006). Il découvre, en septembre 1999, Alain Bernard, un cadet efflanqué long de 1,92m, pour 68kg, qui épouse tous les défauts (manque de force, de coordination, contractures, douleurs diverses) d’un adolescent trop vite grandi. Il va le bâtir de A à Z, jusqu’au titre olympique… et au-delà ! il doit partir de Marseille, en 2006, et trouve un poste à Antibes, où son nageur le suit. Si Denis ne soupçonne pas un grand talent chez Alain Bernard, il est attiré par des détails, le goût de comprendre, la curiosité, et une capacité, une fois un savoir acquis, de ne pas le perdre : « il possédait une capacité d’acquérir exceptionnelle, » note-t-il.

Après le départ de Bernard, Denis Augin s’est un peu éloigné de l’entraînement proprement dit. Il est devenu Directeur technique du club d’Antibes.

En 2010, dans un entretien que nous avions sollicité, orienté sur le kilométrage, et donc qui souffre un peu de ce point de vue (Auguin n’est pas un apôtre du kilométrage pour le kilométrage), l’entraîneur d’Antibes nous avait donné quelques clés de son travail avec Alain Bernard. A l’arrivée, l’un des plus grands exploits jamais réalisés par un nageur français puisqu’Alain a battu le record du monde et gagné le titre olmpique du 100 mètres nage libre.

 

L’EAU, MILIEU ETRANGER

« Pourquoi nager 60km chaque semaine pour réussir un 100 mètres ? Pourquoi se préparer quatre heures par jour pour tenir un effort de 45 ou 50 secondes ? Dans le passé, on justifiait ces efforts importants par des nécessités physiologiques. Il fallait bâtir les qualités qui permettent de nager vite et longtemps, de tenir.

« N’en demeurent pas moins les données qui font de la natation un sport à part. L’eau, c’est un élément instable qui ne nous est pas naturel. On nage couché. Le mot « crawl » signifie « ramper ». Pour respirer, on doit orienter sa tête et chercher l’air. L’action des bras et des jambes dans la locomotion n’y est pas naturelle.

« Bien nager nécessite donc des efforts constants et renouvelés d’adaptation. Il faut sans cesse corriger. Les façons de nager ont toujours évolué. Fin des années 1960, on enseignait que la main propulsive devait tirer en faisant un S dans l’eau, que le bras se positionnait en boomerang. Aujourd’hui, on pousse droit, d’avant en arrière, le bras tendu.

ELOGE DE LA QUANTITE

« Alain a nagé 1900 kilomètres en 2007 et 1897km en 2008. Soit 100 et 103 de moins que prévu. Ce n’est pas un record parmi les sprinteurs, certains nagent moins d’autres plus. En saison, il accomplit 40km par semaine (avec des pics de 65-70 km à l’approche des Jeux), contre 48km à Oussama Mellouli, le roi mondial du 1500m libre, plus doué que Michaël Phelps. S’il préparait le 50m, Alain pourrait nager moins. Mais sur 100m, si tu n’as pas assez travaillé, à 25 mètres du mur, il y a quelque chose qui te rattrape.

« Même si les méthodes physiologiques sont abandonnées, la quantité de travail dans l’eau est justifiée par cela : développer les habiletés motrices : il faut répéter, et répéter, pour les acquérir. Le travail physiologique est la conséquence de ces exigences. Les combinaisons ont bafoué ces vérités, mais leur disparition renforce l’exigence du travail : sans les combis, plus vous vous propulsez vite dans l’eau, plus ça freine, et quand la fatigue apparaît, la technique se dégrade.

L’HABILETE PAR LA REPETITION

« On ne fait pas tant d’éducatifs que des exercices où l’on compte le nombre de coups de bras. Nager ainsi à la même vitesse avec moins de mouvements. Chercher ainsi à améliorer le rendement. Des habiletés motrices qui, répétées, améliorent les qualités musculaires et physiologiques.

« Hors de l’eau [où il baignera 19h30 par semaine cette saison], Alain et toute l’équipe effectuent 4h30 en moyenne par semaine de travail au sol (courses d’endurance et de vitesse, musculation ou autres) ; à quoi s’ajoutent 3h d’étirements, de récupération ou de réparation (kinésithérapie, ostéopathie).

QUI EST LE PATRON ?

« Plus jeune, j’étais plus directif. Il faisait ce que je lui disais. Aujourd’hui, il s’exprime beaucoup plus dans l’entraînement qu’avant. Il donne son avis sur la planification… Même si je garde la décision finale. Il intervient au cours de l’entraînement. »

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