MATT BIONDI, SEPT ANS TOUT EN HAUT

Par Eric LAHMY                                                                  Jeudi 14 Mai 2015

BIONDI [Matthew Nicholas « Matt »] Natation. (Moraga, Californie, 8 octobre 1965-). États-Unis. Il domina le sprint mondial entre 1985 et 1991, soit pendant sept saisons, et améliora le record du monde de façon notable, l’amenant de 49’’36 à 48’’42. Il est surtout remarquable qu’il ait réussi ces temps non pas dans des tentatives (comme son prédécesseur Gaines, 49’’36 ou son successeur Popov, 48’’21 à Monaco) mais dans des courses de championnats. Jusqu’à l’âge de quinze ans, Biondi ne nage pas pendant l’année entière. A seize ans, il mesure 1,85m pour 61,5kg, et réserve une part mesurée de son temps et de son esprit à la natation. Son coach scolaire, Stu Kahn, le protège, mais n’en pense pas moins. Matthew n’a que douze ans, quand Kahn déclare lors d’un banquet que le garçon sera le prochain John Naber. A dix-huit ans, en fin de cursus scolaire à Moraga, Biondi choisit l’Université Cal Berkeley où on le soumet à un programme intensif de musculation, afin de nager et de jouer au water-polo. Il gagne en deux saisons 4cm de taille et 14kg de muscles. Il se révèle en gagnant sa place dans le relais quatre fois 100 mètres américain, avec lequel il devint champion olympique à Los Angeles, en 1984. L’année suivante, ce grand gaillard de 2 mètres pour 95kg (son poids de forme est plus élevé en saison en raison des intenses séances de musculation qu’il délaisse après les compétitions), dont l’envergure de 2,01m n’est pas exceptionnelle en rapport à sa taille, et qui est doté d’un battement très propulseur, devient recordman du monde du 100 mètres, nageant 48’’95. Entraîné à Berkeley par Nort Thornton Il est élu meilleur nageur du monde en 1986 et en 1988. Aux mondiaux de Madrid en 1986, il enlève la médaille d’or du 100 mètres – en 48’’74, avec une avance considérable, une seconde, soit une pleine longueur de corps sur le Français Stefan Caron, 49’’73, et Tom Jager, USA, 49’’79. Il gagne aussi avec les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages ; il est 2e du 100 mètres papillon derrière Pablo Morales, 53’’54 contre 53’’67, et devant Andrew Jameson, 53’’81 ; et il complète sa panoplie avec le bronze des 50 mètres, en 22’’85, derrière Tom Jager, 22’’49, et le Suisse Dano Halsall, 22’’80, des 200 mètres (en 1’49’’33 derrière Gross, 1’47’’92, et Lodziewski, 1’49’’12), et du relais quatre fois 200 mètres. Il est l’une des grandes figures des Jeux olympiques de Séoul en 1988, où, engagé dans quatre courses individuelles et trois relais, il enlève sept médailles : l’or sur 50 mètres devant le favori Jager, sur 100 mètres, sa grande épreuve, et dans les trois relais ; l’argent sur 100 mètres papillon derrière Nesty, en partie en raison d’une mauvaise arrivée sur le mur ; le bronze sur 200 mètres. Sur 50 mètres, le Sud Africain Peter Williams a battu le record du monde, à Indianapolis, en 22’’18. Biondi remporte les séries. En finale, il bat nettement Jager, 22’’36, et le record du monde, en 22’’14. Le 3e, le Russe Prigoda, nage 22’’71. Sur 100 mètres, son second, Chris Jacob, réalise un exploit sans lendemain, et nage 49’’08, après un impressionnant 49’’20 en séries. Malgré cela, Biondi est sans rival, il sort vainqueur des séries, en 49’’04, et, en finale, glisse immédiatement en tête et maintiendra une avance d’un mètre pratiquement toute la course pour l’emporter en 48’’63. Le Français Stephan Caron est 3e en 49’’62, soit exactement 0’’99 derrière, comme à Madrid ! Sur 200 mètres, il part le plus vite, emmène Duncan Armstrong pratiquement dans son sillage jusqu’au dernier virage où il se fait souffler l’or puis l’argent par l’Australien et le Sudois Holmertz… Biondi joue un rôle essentiel dans les victoires des relais, même si les Américains sont très solides et quasiment imbattables. Il va nager en effet, lancé, 47’’81 (soit une valeur à mi-chemin entre son record du monde et son record olympique) sur quatre fois 100 mètres libre, et, prenant le relais avec neuf centièmes d’avance sur le Russe Volodimir Tkachenko, finit avec plus de deux secondes d’avance ! Dans le quatre fois 200m, il nage lancé en 1’46’’44, le meilleur temps absolu, plus vite qu’Armstrong, Holmertz ou Gross, et, ayant pris le quatrième relais en 2e position, il reprend l’avance sur l’Allemagne de l’Est et l’emporte. Dans le relais quatre nages, il nage en crawl en séries en 48’’66, et pour des raisons stratégiques, est placé en papillon en finale, les entraîneurs estiment que Biondi en papillon et Jacobs en crawl iront plus vite que Jay Mortensen en papillon et Biondi en crawl. Il nage donc, lancé, en 52’’38, pratiquement à sa valeur en finale individuelle. L’équipe bat le record du monde et, largement le Canada. Biondi est le premier nageur depuis Mark Spitz à être engagé dans sept courses olympiques, il en gagne cinq (dont trois relais) et monte toutes les fois sur le podium…

Aux championnats du monde de Perth, en janvier 1991, il enlève encore le 100 mètres (49’’18) en l’absence de Stephan Caron, fait partie des relais vainqueurs, quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages et obtient l’argent du 50 mètres, Tom Jager, 22’’16 contre 22’’26, lui étant repassé devant. Mais ce n’est plus le Biondi dominateur, et, à la fin de la saison, il partage la 1ere place du bilan des 100 mètres avec Caron et un certain Alexandre Popov, champion d’Europe du 100 mètres, 49’’18 comme lui. Première étape d’un passage de témoin, d’un changement de génération, après sept ans de règne. Devenu après 1988 le seul professionnel digne de ce nom aux USA (il gagne des sommes relativement importantes, beaucoup plus que son complice Jager), il se trouve sur un terrain en friche. Il doit s’entraîner le plus souvent seul, lui qui a connu les structures élaborées et les collectifs riches et puissants de l’école, puis de l’Université, et se retrouve à la fois moins technique, moins costaud, ayant perdu notamment la fameuse efficacité de ses départs. On le voit, lui qui, à Séoul, se dégageait d’emblée, irrésistiblement, ne prend plus rien à personne, à Barcelone, à la sortie de ses coulées ; de même, sa nage est devenue moins longue, un peu plus étriquée, et s’il est imperceptiblement plus rapide, il est moins résistant. Or il n’a que vingt-sept ans ! Dès lors, il termine cinquième du 100 mètres, qu’il mène encore aux trois quarts de la course, enlève l’argent du 50 mètres où là aussi Popov le devance à la touche, et remporte une seule médaille d’or, avec le relais quatre fois 100 mètres (son troisième titre olympique consécutif dans cette épreuve). Mais dans ce dit relais, il a nagé lancé deux secondes moins vite que quatre années avant, en 49’’67 contre 47’’81. « La torpille de Moraga » a perdu sa bonne mine…

C’est une fin de carrière en demi-teinte pour le plus grand sprinter américain (voire du monde) depuis Johnny Weissmuller (1921-1928). En tout, il a remporté dix-sept titres américains dont sept en grand bassin, battu six records du monde, autant sur 50 que sur 100 mètres, et ajouté à ses treize titres universitaires (NCAA) trois titres en water-polo. Après cela, il parait tourner le dos au sport de façon très déterminée, rejetant ses trophées et l’idée même de gloire sportive (qui lui pèse et dont il estime qu’elle nuit à ses relations avec les autres) et devient professeur de mathématiques à Hawaii.

 

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