BOISSIÈRE [Guy]

Natation. (Châteaudun, Eure-et-Loir, 11 mai 1929-21 décembre 2005). Arrivé à Rouen à la suite de son père, ses qualités de footballeur le firent remarquer par Jules Van Dooren, mais sa mère refusa de signer le contrat de professionnel qu’on lui proposait à seize ans. Il travailla donc dans l’entreprise paternelle et se mit à nager. Champion du monde militaire avec Alex Jany en relais quatre fois 200 mètres, il fut intégré par Lucien Zins dans les équipes de France comme entraîneur des espoirs. En 1973, il dirigea la préparation de Michel Rousseau qui enleva la médaille d’argent du 100 mètres aux championnats du monde, à Belgrade. En 1976, il découvrit parmi les jeunes de Rouen le jeune talent de Stephan Caron. Comme celui-ci, en raison de ses études, n’avait guère beaucoup de temps pour sa préparation, il en fit un sprinteur, et l’amena aux titres et aux records d’Europe. Il reprit le collier en 2000 pour assurer l’entraînement du sprinteur Julien Sicot. Entraîneur national des équipes de France dans les années 1970-1980.

 Article rédigé à la mort de Guy Boissière:

Guy Boissière, entraîneur jusqu’au bout

Guy Boissière, qui s’est éteint dans la nuit de mardi à mercredi, était à la fois l’un des derniers représentants d’une époque révolue de la natation française, et l’un des entraîneurs les plus modernes et les plus actuels. Malgré son âge et bien que ses grandes réussites courent de 1973 (médaille d’argent mondiale de Michel Rousseau) à 1992 (médaille de bronze olympique de Stephan Caron) ; malgré aussi les ennuis de santé qui ne l’avaient pas épargné depuis plus de vingt ans, il restait toujours en activité et suivait depuis 2000 l’un des meilleurs sprinteurs actuels, Julien Sicot. Ce personnage peu commun fut donc en quelque sorte, au titre d’entraîneur à succès, le contemporain à la fois d’Alban Minville, dans les années 1950, de Lucien Zins, Georges Garret ou Suzanne Berlioux jusqu’en 1972, de Michel Pedroletti et Guy Giacomoni vers 1980 et de Philippe Lucas aujourd’hui. Qui dit mieux ?

Non seulement Boissière était dans le coup, mais il était aussi aimé et estimé. Le 9 décembre dernier, à Trieste, à l’instant même où Laure Manaudou toucha le mur pour battre le record du monde du 800 mètres, son entraîneur Philippe Lucas eut ce geste aussi simple que magnifique de délicatesse : il appela depuis son cellulaire Guy Boissière pour lui donner la nouvelle. Les deux hommes conversèrent quelques instants, puis Lucas s’excusa : « je suis attendu par la presse. » L’attention, témoigne sa compagne, l’ancienne championne Catherine Grojean, bouleversa Boissière : jusqu’à la fin, le contact avait été maintenu.

Boissière ne s’accrochait pas à sa fonction d’entraîneur. Mais des jeunes nageurs continuaient de le solliciter, sensibles à cette belle figure paternelle, formidable de compétence et pétrie d’humanité.

Tout comme, début 1973, Michel Rousseau avait demandé une collaboration (qui avait donné la première médaille en championnats du monde de la natation française), Julien Sicot avait requis son aide, et ces derniers mois, un nageur de brasse de Canet, Jean Louis Fouesnant, était allé vers lui.

Pourquoi ? Parce que, dit encore Rousseau, « le temps avait beau passer, il restait le plus jeune, le plus moderne des entraîneurs ; comme il était ouvert sur la vie, sur les gens, sur tout, il a conservé un métro d’avance jusqu’au bout. »

Guy avait fait ses classes dans les années d’après-guerre. Il racontait comment l’entraîneur toulousain Alban Minville, avait reçu le super coach de l’équipe américaine, Robert Kiputh dans sa piscine et lui avait montré « le prochain champion olympique du 400m » à l’entraînement. Combien avez-vous de nageurs, avait demandé Kiputh ?  « Un seul, monsieur Kiputh, il s’appelle Jean Boiteux et il est le prochain champion olympique. » Ainsi fut fait.

Boissière était de cette race : muni d’un seul nageur, il s’en allait faire dérailler les armadas des quatre points cardinaux.

Il était né dans l’Eure et Loire, à Châteaudun, le 11 mai 1929, et se posa à Rouen, à la suite de son père, au temps de l’adolescence. Très tôt, il montra de belles dispositions en football, et fut remarqué à seize ans par Jules Van Dooren. Mais sa mère refusa de signer le contrat de professionnel que lui proposa le LOSC.

Guy se mit donc à travailler dans l’entreprise paternelle de peinture et à nager. Champion du monde militaire avec Alex Jany dans le relais quatre fois 200 mètres, il fut consacré par Lucien Zins comme entraîneur des espoirs. Parallèlement, il avait monté un club de première force à Rouen, les Vikings. Il prépara Michel Rousseau pour le mondial 1973, où, sur 100m, le Français finit à une coudée du gigantesque Jim Montgomery. Trois ans plus tard, Boissière découvrit parmi les jeunes de Rouen le jeune talent de Stephan Caron.

Il lui fallut pour cela l’œil du maquignon ; Stephan fut retenu en stage national à Font-Romeu où après l’avoir mesuré sous tous les angles, les responsables décrétèrent que Caron n’avait aucun talent pour la natation. Boissière haussa les épaules et dix ans plus tard, un palmarès sans précédent – une médaille d’argent mondiale en 1986, deux médailles de bronze olympiques en 1988 et en 1992 plus quelques records et titres européens – lui donna raison. Entre-temps, Boissière et Caron promenèrent à travers les piscines du monde entier un duo délicieux à la Don Quichotte et Sancho Pança (Caron mesure 2m) où la faconde du petit compensait le mutisme du grand.

Quelques alertes cardiaques et son émotivité (Boissière ne regardait jamais les courses de son nageur de peur d’y rester) firent croire que la retraite de Boissière suivrait celle de Caron. Et en effet, pendant des années, Guy se concentra sur son handicap de golfeur et sur sa nouvelle passion, la peinture… Même s’il se présenta aux élections fédérales où il fut élu avant-dernier devant un certain… Francis Luyce. Mais en 2000, il reprit le collier pour assurer, avec son fils éric (son successeur à la tête des Vikings), l’entraînement de Sicot.

Si la jeunesse est un état d’âme, Guy avait trouvé le secret de l’éternelle jeunesse. Il aimait la vie, ce qui est donné à beaucoup de gens, mais, chose plus rare, il aimait la faire aimer. « Quand une personne meurt, on ne veut rappeler que des bonnes choses, dit Michel Rousseau ; mais même en me forçant, il ne me vient que du bon de lui. » Éric Lahmy

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