BOITEUX [Jean]

Natation. (La Ciotat, 20 juin 1933-). France. Vainqueur du 400 mètres nage libre des Jeux Olympiques de 1952, à Helsinki. La natation, chez les Boiteux, était une vocation familiale : Gaston, son père, avait été recordman de France du quatre fois 200m avec les Enfants de Neptune de Tourcoing, sa mère, Bibienne Pellegry, avait été deux fois finaliste (5è) avec le 4 fois 100m, en 1924 à Paris, puis en 1928 à Amsterdam. Le couple avait fait construire dans sa propriété de La Ciotat un bassin de 25m sur 7,50m (trois couloirs) où ils s’entraînaient avec les enfants, Robert (1930), Jean, Henri et Marie-Thérèse. Après deux ans de guerre passés avec Robert en internat au Puy, sans nager (pas de piscine), il retrouvait l’eau des bassins en 1944, à Gaillac, à La Ciotat, à Aix-les-Bains.

En 1946, le Toulousain Alban Minville, le grand entraîneur de l’époque, remarqua sa facilité dans la piscine du Cercle des nageurs de Marseille et demanda à Gaston de le lui confier. Jean s’installa à Toulouse où il s’entraîne une heure par jour au DTOEC. En 1947, il assiste aux championnats d’Europe de Monaco aux exploits de son équipier, Alex Jany. Lui, progresse : il nage un 100m battements de pieds en 1’17’’, trois mois plus tard en 1’15’’. En 1949, à seize ans, cet inconnu de 1,80m pour 70kg, aux championnats de France, montrait dans le relais 4 fois 200m du TOEC où il nageait en 2’26’’ ses qualités de nageur de demi-fond. Il s’orientait vers les « distances » quand un accident de ski (il s’était planté le bâton dans le pied), à Ceuze, près de Gap,  le contraignit à nager, jambes entravées, sur les bras seuls. Cet incident fut bénéfique car lui permit d’améliorer son point faible, la puissance du torse et des bras : en 1950, Jean améliorait le meilleur temps français cadet sur 400 mètres, nageait en 2’5’’ son parcours dans un relais quatre fois 200 yards où il avait… perdu son maillot ! Et il gagnait quatre titres aux championnats de France : 400m (4’49’’8) devant Alex Jany, 1500 mètres (20’3’’) devant Jo Bernardo, 4 fois 200 mètres et 3 fois 100 mètres trois nages. En 1951, il battait les records d’Europe du 400 mètres (4’33’’ pb) et du 1500 mètres et, avec Jany, Bernardo et Blioch, le record du monde des 4 fois 200 mètres (8’33’’).

Guy Boissière, racontait comment, vers cette époque, l’entraîneur toulousain Alban Minville, ayant reçu le super coach de l’équipe américaine, Robert Kiputh dans sa piscine, lui avait montré « le prochain champion olympique du 400m » à l’entraînement. Combien avez-vous de nageurs, avait demandé Kiputh ?  « Un seul, il s’appelle Jean Boiteux et il est le prochain champion olympique. » Ainsi fut fait.

A l’approche des Jeux olympiques, sa forme éclatait : record d’Europe du 1500 mètres, 18’40’’8, le 20 juin, du 800 mètres, 9’38’’2, le 9 juillet. A Helsinki, il se qualifiait avec le meilleur temps, en 4’33’’1. En finale, après un départ rapide du Suédois Ostrand, la course prend la forme d’un match à trois entre Boiteux, Ford Konno (le recordman du monde) et Ostrand. Aux 200m, Ostrand était à un mètre. Boiteux décrochait Konno par son attaque au 250 mètres, repoussa deux retours de l’Américain dans la dernière longueur pour l’emporter. Gaston, bien ou mal inspiré, vint rejoindre son fils dans la piscine, béret toujours vissé sur le crâne ! L’incident fut fraîchement commenté, mais la photo fait toujours recette ! Sur 1500 mètres, annoncé comme une «revanche» du 400 mètres, Boiteux, dans la première série, ayant décidé de se qualifier à l’économie, se retrouva avec le 9è temps, non qualifié. Il refusa obstinément le forfait que voulait présenter son co-équipier Jo Bernardo, geste chevaleresque qui aurait permis de réintégrer Boiteux en finale. Boiteux ne retrouva plus jamais sa forme d’Helsinki. En 1954, militaire en Algérie, il se félicitait de passer 1er au concours des infirmiers, et d’avoir déniché une jolie fiancée, Monique Poirot, fille d’un agriculteur oranais. Mais il signa avant les Jeux de 1956, sur 1500 mètres, en 18’25’’2, le 3è temps mondial. A Melbourne, aux Jeux, il échouera en séries du 400 mètres et finira 6è du 1500 mètres. Entre-temps, il aura conquis sa nomination de conseiller technique régional de natation. Sa vie continua donc d’être dédiée au sport. Ce grand champion de sport individuel était tout sauf un individualiste. Il ne parlait jamais ses exploits (mais racontait avec plaisir les belles rigolades de sa jeunesse) et se passionnait pour la vie collective Après 40 ans passés comme conseiller technique de la Gironde, entraîneur des Girondins de Bordeaux et correspondant du quotidien SudOuest pour la natation, son premier geste de retraité fut de s’occuper de la présidence du club. Son influence fut prépondérante dans le long combat du syndicat national des conseillers techniques régionaux, qu’il présida longtemps. Il n’y gagnait rien (il était lui-même à l’abri du besoin) si ce n’est de satisfaire son sens de la justice sociale. Comme Gaston et Bibienne lui avaient enseigné la natation, il avait entraîné ses enfants et s’occupait du style de ses petits-enfants quand il fut victime d’un horrible accident de jardinage (il tomba de son échelle sur la pointe d’une grille).

Il a détenu le record du monde des 4 fois 200 mètres, 8’33’’ en 1951, les records d’Europe du 400 mètres, 4’33’’3 (1951), 4’32’’6, 4’30’’7, 4’29’’ (1952), du 800 mètres, 9’38’’2 (1952), du 1500 mètres, 18’40’’8 (1952) et 18’25’’2 (1956). Champion de France du 200m en 1951, 1952, 1955, 1956 et 1958, du 400m en 1950, 1951, 1952, 1954, 1956 et 1958, du 1500m en 1950, 1951, 1956 et 1958. Officier de la Légion d’Honneur, Champion des champions français en 1952 par L’équipe, Jean Boiteux fut bien évidemment élu Gloire du sport.

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