Catégorie : Biographies

Passeports pour Tbilissi

Water-polo

Mardi 29 Avril 2014

La Fédération Française de Natation et Nat’Event Organisation organisent le tournoi qualificatif au championnat d’Europe des moins de 19 ans de water-polo. A quelques mois du championnat d’Europe moins de 19 ans qui se tiendra du 24 au 31 août à Tbilissi (Géorgie), nous signale-t-on depuis la Fédération, l’équipe de France junior disputera le tournoi de qualification du mercredi 7 au dimanche 11 mai 2014 à La Rochelle. Les nations présentes seront l’Allemagne, la Biélorussie, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovénie et la Turquie. Ces équipes seront réparties en deux groupes (CF programme). Pour décrocher sa qualification, la France devra dans un premier temps affronter la Slovénie, le Portugal puis l’Allemagne. «Après ces trois rencontres et en fonction des résultats, il y aura une phase de classement dans laquelle nous chercherons à décrocher un des quatre tickets qualificatifs pour cet été», explique Julien Issoulié, directeur du water-polo français. «Notre objectif à La Rochelle est tout d’abord d’accéder aux demi-finales puis, si nous y parvenons, de remporter ce tournoi». La préparation des Bleus se déroulera du 1er au 5 mai à Lille en collaboration avec les deux clubs nordistes de Pro A ; Lille et Douai. Ce sera l’occasion pour les moins de 19 ans de réviser le projet de jeu de l’équipe face à deux oppositions de grande qualité.

Rebecca Brown, étoile filante

BROWN [Rebecca Kate] Natation. (Brisbane, 8 mai 1977-). Australie. Précoce recordwoman du monde sur 200 mètres brasse, en mars 1994, ce beau gabarit de 1,78m pour 62kg améliora la marque mondiale d’Anita Nall, en 2’24’’76 contre 2’25’’35. Ce record tint debout pendant cinq ans. Moins chanceuse en compétition, Brown ne tint pas les espoirs nés de son exploit. Elle fut largement battue par sa compatriote Samantha Riley aux Jeux du Commonwealth de Victoria (Canada), cette même année 1994, terminant seconde autant sur 100 mètres (en 1’8’’02 contre 1’9’’40) et 200 mètres brasse (en 2’25’’53 contre 2’30’’24). Aux mondiaux de Rome, elle ne put faire mieux que, deux fois, 4e, nageant les distances en 1’10’’06 et 2’28’’97. Elle ne put se qualifier pour les Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, ou pour les Jeux du Commonwealth de Kuala Lumpur en 1998 et annonça qu’elle abandonnait la compétition. Mais l’opportunité de nager aux Jeux olympiques à domicile (à Sydney, en 2000) la fit sortir de sa retraite. Une victoire sur 200 mètres brasse (2’23’’41) aux championnats du monde en petit bassin qui se tinrent à Athènes en mars 2000 sembla montrer un regain de forme. Deux mois plus tard, elle se qualifiait dans l’équipe olympique australienne avec un temps de 2’28’’98. Aux Jeux, qualifiée 12e à l’issue des séries (en 2’28’’24), elle ne put passer le cap des demi-finales, 14e en 2’29’’90. Elle annonçait la fin de sa carrière après les Jeux.

 

WENDY COOK, REINE SANS SA COURONNE

COOK (HOGG) [Wendy Elisabeth]. Natation. (Vancouver, 15 septembre 1956-). Canada. Après avoir, enfant, échoué par deux fois à son examen de niveau débutant en natation, Wendy Cook n’arrêta pas de progresser dans ce sport, jusqu’à établir, à dix-sept ans, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avec un temps de 1’4’’78, le record du monde du 100 mètres dos, au départ du relais quatre fois 100 mètres quatre nages de son pays aux Jeux du Commonwealth 1974, lui assurant la victoire. A ces mêmes Jeux, cette nageuse de belle taille et racée (1,75m, 64kg) enleva 100 mètres et 200 mètres dos. Entraînée par Deryk Snelling aux Canadian Dolphins de Vancouver, elle obtint une médaille de bronze un an plus tôt, aux championnats du monde 1973. Dès 1972, à quinze ans, aux Jeux olympiques, elle a été 5e du 100 mètres dos en 1’6’’70. En 1974, elle fut championne des États-Unis d’hiver et d’été sur 200 mètres dos et double championne (100 mètres et 200 mètres dos) de Grande-Bretagne et du Canada. En 1976, elle épouse l’entraîneur de natation Doug Hogg, et, après avoir frôlé le record mondial du 200 mètres dos de Richter (2’18 »69 contre 2’18 »41) termine 4e du 100 mètres dos des Jeux olympiques de Montréal derrière deux Allemandes de l’Est dopées et l’autre Canadienne Nancy Garapick. Comme toutes les nageuses de cette époque, elle fut de la génération qui ne put accéder aux podiums en fonction du dopage d’Etat systématique institué en RDA et dans d’autres pays communistes.

Diplômée en éducation physique, après avoir tâté du métier d’entraîneur de natation, Wendy Cook-Hogg s’est dirigée vers l’enseignement ; en 2013, elle est directrice d’école (école Pinewood, à Cranbrook, en Colombie britannique).

CARIN CONE, LE RÊVE INABOUTI

CONE [Carin Alice] Natation. (Huntington, New-York, 18 avril 1940-). États-Unis. Nageuse de dos. Elle améliora sept records du monde et enleva la médaille d’argent du 100 mètres dos à l’âge de seize ans, aux Jeux de Melbourne en 1956. Cette finale est particulièrement serrée. Elle est battue par la Britannique Judy Grinham, dans le même temps de 1’12’’9, record du monde. Les six chronométreurs ont exactement les mêmes temps pour les deux et discutent longuement avant de rendre leur verdict. Cone est 2e. La troisième, Margaret Edwards, de Grande-Bretagne, touche en 1’13’’1. Si le verdict avait été différent, Cone se serait retirée de la compétition. De taille moyenne, puissante et musclée, 1,67m, 59kg, Carin Cone est une nageuse précoce, que ses parents ont enrôlée dans un programme de natation de la Croix-Rouge à Ridgewood, New Jersey, alors qu’elle a six ans. A neuf ans, elle nage à la Women’s Swimming Association de Manhattan et se fait remarquer par son intelligence, sa vitesse de compréhension. Elle a dix ans quand Marie Giardine lui enseigne le dos. Cinq ans plus tard, c’est une championne précoce, qui enlève les deux courses de dos des championnats US (AAU). Elle choisit d’étudier (la psychologie) à l’Université de Houston parce que l’entraîneur, Phil Hansel, est l’un des rares aux USA qui prennent en compte les nageuses. Or en décembre 1958, l’Université décide qu’elle ne soutiendra plus cette équipe, et licencie l’entraîneur. Hansel trouve une gérance de piscine, celle de 55 yards de l’hôtel Shamrock Hilton. Carin décide de s’entraîner avec lui. 1959 reste sa grande année. Elle gagne le 100 mètres dos (1’12’’2) aux Jeux Panaméricains de Chicago, puis lance en 1’11’’4 le relais quatre nages vainqueur en compagnie de Chris von Saltza, Anne Bancroft et Becky Collins. En 1960, elle nage dans des conditions difficiles, loin de chez elle, en piscine découverte par un hiver rigoureux. C’est en vain qu’elle tente de réaliser son rêve, poursuivi depuis quatre ans, de se qualifier aux Jeux de Rome, en 1960, pour y remporter la course olympique qui lui a échappé pour si peu. A l’issue de sa carrière, elle aura remporté seize titres nationaux en cinq saisons (1955-1959). Ses huit titres AAU en dos améliorent le record de sept titres détenu par Suzanne Zimmermann.

Devenue Mme Vanderbush, elle aura une carrière active de nageuse chez les Masters (vétérans).

Certaines biographies de Carin Cone font état de sept records du monde, mais nous n’en avons retrouvé que quatre, cinq en lui attribuant comme record mondial celui de la finale olympique de Melbourne : sur 100 mètres dos, le temps de 1’12’’9, réalisé par les deux premières, revient officiellement à la seule Judy Grinham. Cone, créditée du même temps, étant classée seconde, ne peut être retenue comme recordwoman du monde selon les règles de l’époque. Le record change plusieurs fois de mains, avant que Carin Cone ne s’en empare, avec 1’11’’4, à Chicago, trois ans plus tard, le 6 septembre 1959, à l’occasion des Jeux Panaméricains. Elle nage aussi un 100 yards dos en 1’3’’8 le 18 mars 1957 à Beverly Hills (bassin de 25 yards) et un 220 yards dos en 2’37’’9 à Redding, le 17 juillet 1959. Enfin, le relais quatre nages des Jeux panaméricains auquel elle participe amène le record du monde à 4’44’’6.

Mireia Belmonte, Reine d’Espagne et du demi-fond

Par Eric LAHMY

 

Depuis le 11 janvier, Mireia Belmonte Garcia s’est fait remarquer par un 3000 mètres et un 5000 mètres qui ont confirmé sa suprématie sur un demi-fond féminin espagnol qui est depuis des années très solide. L’Ibérique, élève du Français Fred Vergnoux, recordwoman du monde en petit bassin des 400 mètres, 800 mètres et 1500 mètres et pluri médaillée olympique et mondiale, n’a pas dit son dernier mot, huit ans bientôt après s’être imposée comme la première championne du monde junior sur 400 et 800 mètres.

 

BELMONTE GARCIA [Mireia] Natation. (Badalona, 10 novembre 1990-). Espagne. Qui se souvient que Mireia Belmonte Garcia fut la première championne du monde juniors, sur 400 mètres libre et 400 mètres quatre nages, fin août 2006, à Rio de Janeiro ; elle est ensuite 2e du 400 mètres 4 nages (4’31’’06) européen en petit bassin en 2007, en décembre à Debrecen, Hongrie, derrière Alessia Filippi, Italie (4’30’’46), et devant Camille Muffat (4’31’’38). Cette année-là, elle a été entraînée par Carles Subirana, le directeur technique de la natation espagnole. A Eindhoven, aux championnats d’Europe 2008, en mars 2008, elle enlève le 200 mètres 4 nages (2’11’’16) loin devant Evelyn Verraszto et Camille Muffat, est 3e du 200 mètres papillon derrière Aurore Mongel et Emese Kovacs et 8e du 400 mètres quatre nages. En avril, elle dispute à Manchester les mondiaux en petit bassin bizarrement placés à cette époque, et termine 2e (2’7’’47) du 200 quatre nages derrière Kirsty Coventry (2’6’’13, record du monde), 3e (4’27’’55) du 400 quatre nages derrière Coventry (4’26’’52, record du monde) et Hannah Miley (4’27’’27).

Aux Jeux olympiques de Pékin, ce n’est pas la même musique : la voici 15e du 200 mètres quatre nages et 14e du 400 mètres quatre nages. Elle peut prendre la mesure du chemin qui reste à parcourir, mais en décembre de l’année olympique, elle confirme sa valeur en petit bassin, gagne à Rijeka (Championnats d’Europe, en petit bassin) le 400 mètres 4 nages dans un temps de 4’25’’06, récent record du monde de Julia Smit, 4’25’’87 battu, et devançant Filippi à une seconde ; puis elle termine, à Manchester (Championnats du monde en petit bassin) 2e sur 200 mètres 4 nages et 3e sur 400 mètres 4 nages. 2009 est une année sans pour Mireia qui se retrouve loin, 22e, sur 200 mètres quatre nages aux mondiaux de Rome pollués par le poison des combinaisons de nage. Guère plus présente en 2010, où elle n’apparait sur aucun podium européen, l’été à Budapest, où, 4e du 200 papillon, 5e du 200 4 nages, 10e du 400 4 nages, elle apparait comme une très bonne nageuse, certes, mais privée des premiers rôles.

ENFERMEE DANS LE PETIT BAIN

Le réveil sonne à nouveau en petit bassin, dont elle est décidément une spécialiste, aux championnats du monde de Dubaï, en décembre. Elle remporte le 200 mètres papillon en 2’3’’59, les 200 mètres (2’5’’73) et 400 mètres (4’24’’21) quatre nages à l’issue de duels au couteau contre Jemma Lowe (papillon) et la toute jeune Chinoise Ye Shiwen (4 nages), et annonce un retour en nage libre en enlevant l’argent du 800 mètres en 8’12’’48 derrière sa redoutable compatriote Erika Villaecija Garcia, de sept ans son aînée, 8’11’’61, dont on se dit qu’elle pourrait être l’héritière présomptive.

Mais en 2011, au rendez-vous mondial de Shanghai, Mireia est absente en crawl et n’accède pas aux médailles en quatre nages, se mélange les temps sur 200 mètres quatre nages, où elle fonce en séries, 2e temps global en 2’11’’38, mais finit 10e des demi-finales en 2’12’’38. Sur la distance double, en 4’34’’94, elle est 4e derrière Elizabeth Beisel (USA), 4’31’’78, Hannah Miley (GBR), 4’34’’22, et Stephanie Rice (AUS), 4’34’’23. Elle-même devance Ye Shiwen de 0’’21. Dans sa préparation olympique, Belmonte effectue un passage aux championnats d’Europe qui se tiennent à Debrecen, et redevient à l’occasion une nageuse de libre. Sur 400 mètres, elle va finir 2e (4’5’’45) entre deux Françaises, Coralie Balmy (4’5’’31) et Ophélie-Cyrielle Etienne (4’7’’47) et gagne largement le 1500 mètres (16’5’’34).

LA PERCEE AUX JEUX DE LONDRES

Mais bien entendu, ce sont les Jeux olympiques de Londres, en 2012, qui constituent la grande épreuve, le test à l’acide des vrais champions. Là, elle remporte deux médailles d’argent : sur 200 mètres papillon en 2’5’’25, le 1er août, et le lendemain 2 août sur 800 mètres nage libre en 8’18’’76, derrière une formidable Katie Ledecky, 8’14’’63, mais devant la championne olympique sortante Rebecca Adlington, 8’20’’32. Sur 200 mètres papillon, elle effectue une belle montée en puissance, 9e en séries (2’8’’19), 4e temps des demi-finales (2’6’’62) et enfin 2e en finale, seule la Chinoise Jiao Liuyang (2’4’’05) restant hors de sa portée. Ces deux compétitions, ses deux dernières des Jeux, rehaussent ses résultats londoniens qui étaient beaucoup moins bons jusque là. En effet, le 28 juillet, Mireia s’est qualifiée dans le 400 mètres quatre nages avec un énergique 4’34’’70, mais a fini dernière en 4’35’’62 d’une finale de haut niveau dominée par le formidable record du monde de la Chinoise Ye Shiwen, 4’28’’43. Le 29 juillet, elle a échoué en séries (13e) du 400 mètres, en 4’8’’23, sur un rythme qui est à peine celui de son 800 mètres, quatre jours plus tard, signe, soit qu’elle a laissé un peu courir, soit qu’elle a raté son coup, soit encore qu’elle n’a pas atteint son pic de forme et de concentration maximale ! Le 30, elle n’a pu passer le cap des demi-finales (10e) du 200 mètres quatre nages. Le 1er août, entre la finale de papillon et les séries du relais quatre fois 200 mètres, elle ne peut empêcher, pour quelques centièmes, l’équipe espagnole de rester bloquée au cap des séries…

UNE FILLE SIMPLE ET UNE BÛCHEUSE

Mireia n’a pas gagné d’or, mais elle est sortie de son ghetto du petit bassin; elle est reconnue parmi les grandes, et la presse de son pays explore les capacités médiatiques de la brunette aux traits fins, dont le visage semble un compromis entre Camille Muffat et Patricia Kaas ! Mireia n’est pas une géante, avec son 1,70m, ses pieds sont assez petits fort éloignés des palmes de Melissa Franklin, elle est tout simplement normale quoique bien musclée pour une nageuse de longue distance. Peu portée sur le glamour, quoique des photographes l’y aient entraînée et qu’avec ses fossetes, elle ne s’en sorte pas trop mal, c’est une bûcheuse que les tâches ne rebutent pas, il le faut pour se hisser au niveau des meilleures nageuses du monde de demi-fond. Elle est issue d’une famille touchée par la crise terrible qui ébranle l’Espagne actuelle. Son père, José, un Andalou installé depuis quatre ans à Barcelone, a dû, pour sortir du chômage, se convertir en chauffeur de bus, et son frère ne trouve pas de travail. Après sa journée, à San Cugat, elle rentre à la maison (c’est la dernière de la famille). C’est une courageuse dans l’eau et hors de l’eau, qui ne se déplace pas en première classe. On raconte qu »elle a battu deux records du monde en petit bassin après neuf heures de bus, les jambes repliées par le manque de place, entre Eindhoven et Berlin. Elle étudie à l’Université Catholique de Murcia (UCAM). A l’issue de ses succès olympiques elle s’était trouvée paradoxalement sans club, sans licence et sans salaire, livrée à elle-même. Elle a été acceptée par le président de l’Université, Jose Luis Mendoza – par passion pour le sport, a-t-il commenté –, à la condition qu’elle étudie sérieusement (direction et gestion des entrepises) et passe ses examens. Son coach n’est autre que le Français Fred Vergnoux.

DU 400 METRES AU 5000 METRES!

Aux championnats du monde de Barcelone, Mireia a présenté un programme étoffé et ambitieux, et s’est retrouvée 9e du 400 mètres, 6e du 800 mètres, 4e du 1500 mètres en 15’58’’83, 3e du 200 mètres quatre nages en 2’9’’45 derrière Katinka Hosszu et Alicia Coutts, et 2e du 200 mètres papillon derrière Liu Zige, 2’4’’59 contre 2’4’’78, et du 400 mètres quatre nages derrière Hosszu, 4’30’’41 contre 4’31’’21, dans un beau parcours, finalement assez proche de celui des Jeux. Elle a pris part aussi au relais 4 fois 200 mètres espagnol, 5e. Le 10 août à Berlin, sur sa lancée, elle ravit le record du monde en petit bassin du 800 mètres de Camille Muffat, 8’1’’06, et devient à l’occasion la première nageuse en-dessous des 8’ sur la distance en 7’59’’34, à l’issue d’un duel phénoménal contre la Néo-Zélandaise Boyle, où, face à la légèreté de celle-ci, elle oppose sa débordante vitalité, son battement fort, ses virages superbes, sa façon de respirer typique, parfois alternative, parfois d’un seul côté, et le tempo lancinant de ses bras. Le lendemain, elle fait subir le même sort au record du 400 mètres de Muffat, 3’54’’85, avec 3’54’’52 à l’issue d’une bataille à trois, allumée par Costa, relancée par Boyle, où Belmonte obtient le dernier mot dans un dernier cinquante mètres où elle domine en termes de nage et virages. Le 29 novembre 2013, à Cestellon, aux championnats d’Espagne, elle nage un 1500 mètres record en petit bassin en 15’26’’95. Toujours en petit bassin, deux semaines plus tard,  à Herning, au Danemark, elle gagne le 400 mètres, le 800 mètres (les deux fois devant Lotte Friis qui l’avait devancée à Barcelone), le 200 mètres papillon et le 400 mètres quatre nages (devant Hosszu) des championnats d’Europe. Le 11 janvier 2014, elle nage un 3000 mètres en 31’58’’86, un negative split bien équilibré, passant en 16’2’’06 et finissant en 15’56’’80. L’addition de ses trente meilleurs 50 mètres donne un 1500 mètres en 15’49’’90! Début février, elle a réalisé un 5000 mètres en 55’41’’37, record d’Espagne (56’49’’05 par Claudia Dasca, de Sabadell), battu de plus d’une minute et nageant les trois premiers 1500 mètres de sa course en 16’43’’53, 16’39’’01 et 16’45’’05. C’est un probable, quoiqu’officieux, record du monde des 5 kilomètres… Manifestement, le bassin de 25 mètres réussit bien à cette étonnane marathonienne des eaux…

France-Malte, 20-8 avant le retour

Water-polo.

Au milieu du gué

Ayant gagné 20-8 son match de barrage aller contre Malte, l’équipe de France de water-polo s’envolera donc avec 12 buts d’avance pour le match retour qu’elle disputera à Malte le 1er mars.

Un matelas confortable qui devrait permettre aux hommes de Florian Bruzzo de rejoindre l’élite de la discipline aux championnats d’Europe qui se tiendront à Budapest du 14 au 27 juillet. Reste qu’à Montpellier la machine tricolore aura eu du mal à se mettre en action. A l’issue du premier quart temps, les Bleus ne mènent que d’un petit but (4-3). C’est peu, très peu face à une timide formation maltaise, trop peu pour se mettre à l’abri et aborder sereinement la suite de la rencontre. « Ça n’a pas été simple de rentrer dans le match », confie Alexandre Camarasa, meilleur buteur tricolore avec cinq unités. « On a bien ressenti le poids de l’enjeu, il y avait de la tension, mais on a su rester concentrés. »

A l’entame du deuxième quart, les Français bafouillent encore leur polo (trois barres transversales successives suivies d’une égalisation 4-4) avant d’assumer leurs ambitions en infligeant un 4-0 aux Maltais (8-5). Mais c’est véritablement en seconde période que les troupes du capitaine Bodegas vont s’épanouir dans leur action. « Ils (les Maltais) ont baissé de régime dans les deux derniers quart temps », abonde le Marseillais Camarasa. En seize minutes, les Bleus passent dix buts aux visiteurs pour clore la rencontre sur un convaincant 20-8.

Convaincant peut-être, mais pas définitif. « Rien n’est joué », concède le sélectionneur Florian Bruzzo. « Tant que nous sommes pas qualifiés pour les championnats d’Europe, ça ne sert à rien de se projeter. Il nous reste un dernier match à négocier pour rêver d’un retour dans l’élite continentale. »

(Nicolas Menanteau et Charlotte Despreaux, FFN).

Lucien Zins, l’homme protée

ZINS [Lucien] Natation. (Dieu-sur-Meuse, 14 septembre 1922-Vittel, 12 décembre 2002). Lucien Zins a été un petit peu tout, dans la natation française : nageur (champion et recordman de France), entraîneur, directeur technique national. Et, quand il n’est pas aux affaires, homme d’influence, qui peut faire élire un président de fédération. Aux championnats de France 1941, deux nageurs se partagent cinq des six courses individuelles du programme. Tandis qu’Alfred Nakache gagne à l’énergie 100 mètres, 200 mètres et 200 mètres brasse (en papillon, les deux styles ne sont pas différenciés), un Troyen de 19 ans, Lucien Zins, l’emporte sur 100 mètres dos, dont il vient d’améliorer le record en 1’9’’2, et sur 1500 mètres libre. La France sportive découvre un grand sifflet, 1,86m, 78kg, mince et musclé, épaules larges  débouchant sur des bras immenses, sorte de statue égyptienne au faciès précocement mature et au regard vif et myope. Zins a nagé tout son 1500 mètres en dos pour devancer les meilleurs crawleurs grâce à « sa souplesse, son entraînement et sa remarquable habileté à prendre les virages.»

Succès qui étonnent : en termes de natation, la Champagne est un désert, l’unique piscine de Troyes est fermée, et Zins s’entraîne seul dans un étang, peuplé de dragueurs qui extraient le gravier des fonds sablonneux. Il snobe le «bain» glacé du club des nageurs de Troyes, installé sur la Seine, en plein courant, lui préférant celui, boueux, du canal et peut élargir au-delà des deux mois d’été ses périodes de préparation. Il se change à l’abri d’un arbuste et, parfois, se paie le luxe d’un sprint en luttant de vitesse contre une barge chargée de ballast. Cet as du virage ne vire jamais à l’entraînement !

Son père, mort quand Lucien avait six ans, tenait un commerce de vieux métaux. Les Zins vivent le long du canal, aussi la mère s’inquiète-t-elle de voir nager les enfants pour des raisons de sécurité. L’aîné, Georges, enseigne la brasse à Lucien, douze ans. Doué, ce dernier devient en 1936 champion de France cadet du 100 mètres dos. Quoique excellent crawleur, son style de dos, en souplesse, «lui permet d’accomplir les plus longues distances sans fatigue. Aussi est-ce en dos qu’il participe aux épreuves de fond, aux traversées des villes qui sont dans sa région les grandes courses nautiques.» Poloïste efficace, également habile des deux mains, il est le capitaine du Troyes O.N. L’hiver, il joue au football comme intérieur droit à l’Avant-Garde Troyenne. à Clermont-Ferrand; en 1940, il a boxé en amateur. Enfin c’est un pêcheur enragé. En 1939, il réussit un 100 mètres dos en 1’8’’8, record de France non homologable : il n’y a qu’un seul chronométreur officiel. Pendant la guerre, en 1942, Zins bat en 5’15’’6 le record d’Europe du 400 dos de l’Allemand Schlauch. Le conflit l’aura privé de ses plus belles années de nageur, de dix-sept à vingt-deux ans. En 1943, Nakache, parce qu’il est juif, a été interdit de championnats de France conformément aux dispositions dictées par l’occupant allemand. Ses copains toulousains du TOEC et… Zins, qui a traversé la moitié de la France à vélo pour disputer les compétitions, protestent en boycottant les courses. Ils sont disqualifiés pour un an.

Zins, s’il continue de nager jusqu’en 1953, voit ses records battus par le jeune et talentueux Georges Vallerey. Il se retrouve vite entraîneur de Troyes. à trente ans, il prend en mains les destinées de Gilbert Bozon, double recordman du monde et médaillé d’argent olympique du 100 mètres dos en 1952, qu’a formé Jacques Latour. Il est aussi l’homme le plus influent de la natation.

En 1960, il succède, comme directeur technique national, à Pierre Barbit. Zins va donner à sa fonction un charisme exceptionnel. De façon paradoxale, cet homme timide, silencieux et secret, pessimiste et angoissé, gagnera l’écoute de la presse sportive. Il a un ton de confidence, dans des propos flous, hachés, lacunaires, comme suspendus, dont les non-dits ouvrent sur des interrogations qui rendent, à ceux qui l’écoutent, son sport passionnant. Peu porté aux visées lointaines, cet homme de « coups » à court terme, dont l’horizon des actions ne dépasse pas deux ans, ce joueur, ce parieur qui aime hanter les salles de jeux des casinos, convient parfaitement à ceux dont le souci est, modestement, de remplir leurs colonnes du lendemain.

Sa vision est aussi en adéquation au profil de la natation de l’époque, sport amateur voué aux adolescents dont les carrières sont écourtées pour entrer dans la «vie active.»

Et, DTN ou pas, Zins reste l’homme de bassin et le premier des entraîneurs français. Il orchestre, chronomètre au poing, avec Heda Frost, – qui va lui ramener d’Algérie une pléiade de nageurs surdoués sur lesquels il va bâtir une grande équipe -, Georges Garret, Robert Menaud et Guy Boissière, les destinées de la natation. Derrière le record du monde du relais quatre fois 100 mètres en 1962, celui du 100 mètres d’Alain Gottvalles, en 1964, les records et les titres européens de Gottvallès en 1962, des relais, de Michel Rousseau en 1970, on reconnaît la patte de metteur au point de ce maître. Une patte qui n’est pas infaillible. Si Gottvalles n’enlève pas de médaille au 100 mètres des Jeux de Tokyo, si le 4 fois 200 mètres perd le titre européen en 1962 et une médaille de bronze aux Jeux de Mexico en 1968, c’est peut-être un peu parce que Zins ne cesse d’affûter et de tester ses nageurs, de tenter des coups d’éclat hors de propos pour se rassurer, ou encore parce qu’en chef de clan, il écarte Moreau, relayeur en qui il n’a pas confiance, en faveur de Luyce.

Fin 1972, Zins, essoufflé par douze années à l’issue desquelles la natation française a perdu pied, face à une concurrence internationale accrue, qui a passée la surmultipliée, passe la main. Il faudra inventer un autre système, organisé autour des sports -études et d’une refonte des concepts de la natation. Il faudra aussi attendre une lutte anti-dopage efficace, car autour de la RDA, de la Roumanie, des pays de l’Est, mais aussi ailleurs, le sport est en train de se gangrener. Zins se retire ou plutôt s’installe (il n’a que cinquante ans) à Vittel, où Guy de La Motte et Gilbert Trigano lui donnent les moyens d’ouvrir un centre d’entraînement national. Les stagiaires de Vittel battent en quelques années des dizaines de records de jeunes, raflent à poignées les titres nationaux, mais les succès mondiaux qui, seuls, peuvent satisfaire Zins et ses commanditaires, ne seront pas atteints.

Le centre est fermé. Zins, fidèle à sa passion, continuera d’entraîner le club local et restera jusqu’au bout à l’écoute de la natation mondiale.

Kate Ziegler, 10 ans au sommet du fond

Qui se souvient de Kate Ziegler? Pourtant, pendant dix ans, l’Américaine fut plus ou moins la meilleure nageuse de demi-fond du monde. Et l’une des plus dangereuses rivales de Laure Manaudou.

Par Eric LAHMY

ZIEGLER [Kate Marie] Natation. (Fairfax, Virginie, USA, 28 juin 1988-). USA. Élève à partir de l’âge de douze ans de Ray Benecki, un ingénieur en informatique, ancien champion du Delaware sur 200 mètres papillon qui a créé, pour son fils, un club de natation appelé Fish. Benecki s’est acquis une sorte de célébrité en soumettant ses nageurs à des entraînements épuisants !

Kate Ziegler a montré le bout de son talent bien plus tôt, dès six ans, d’abord dans des clubs d’été, ensuite dans les compétitions scolaires, où elle représente l’école d’Arlington, banlieue de Washington célèbre pour son cimetière, qui a accueilli la tombe du Président Kennedy.

Plus tard, Ziegler refusera les offres de grandes universités pour rester dans la région, avec son entraîneur. Elle nagera donc pour l’Université George Mason, avant d’étidier à l’U. Chapman, en Californie. Des Universités catholiques: Kate, d’ailleurs, comme il arrive assez souvent aux USA, met en avant d’une façon un peu agaçante (pour un Européen) ses convictions religieuses.

Ses relations avec Benecki sont, comme parfois entre un nageur et un entraîneur aussi exigeant, d’amour haine. Mais elle réfute sa réputation de « sadique ». Le coach est « seulement un perfectionniste », dit-elle. Il préfère des entraînements plus courts, mais très intenses, aux gros kilométrages alors en l’honneur.

Pourtant le sprint ne l’aveugle pas. Alors que Kate se croit destinée aux épreuves de vitesse, Benecki la lance dans les longues distances, où elle se fait vite sa niche. Après s’être imposée au plan national, elle effectue ses premières compétitions internationales fin 2004, et finit 2e du 800 mètres du mondial en petit bassin d’Indianapolis, en 8’20’’55, derrière Sachiko Yamada, 8’18’’21.

COMPLEXEE PAR SA TAILLE

C’est une athlète de grande taille, 1,83m, et puissamment musclée (73kg) pour le demi-fond, une discipline qui privilégie les physiques plus fins. Complexée par sa taille, elle refuse d’avouer mesurer six pieds (1,83m). « Nous disons qu’elle mesure cinq pieds treize », s’amuse son père. Soit six pieds un pouce (1,85m). Elle va promener pendant dix ans sur les podiums son visage en triangle, et un faux air de Victoria Beckham. Quadruple championne du monde de demi-fond, elle enlève les 800 mètres et 1500 mètres des mondiaux en 2005, à Montréal, puis en 2007 à Melbourne. A Montréal, elle se qualifie seulement 6e du 800 mètres, mais, en finale, elle s’assure une avance déterminante depuis la ligne d’eau numéro sept, et prend le large pendant qu’au centre, Ai Shibata (Japon) et Britanny Reimer (Canada) croient peut-être s’expliquer pour la première place ! Ziegler l’emporte en 8’25’’31 contre 8’27’’59 à Reimer et 8’27’’86 à Shibta. Sur 1500 mètres, elle se qualifie également à l’économie, 7e, mais nage en finale 16’0’’41, devançant la grande Suissesse Flavia Rigamonti 16’4’’34 et Reimer 16’7’’73.

ELLE BAT MANAUDOU AU SPRINT

Aux mondiaux de Melbourne, en 2007, Ziegler ne peut faire mieux que 6e du 400 mètres en 4’6’’99 à plus de quatre secondes de la gagnante Laure Manaudou, 4’2’’61, mais impose son endurance, dans le 800 mètres. La course est un vrai bras de fer entre les deux filles qui aiment toutes deux partir vite. Manaudou étant légèrement devant. Dans la dernière longueur, la rotation des bras de Manaudou (52 coups de bras) ne peut empêcher la puissance de Ziegler (44 coups de bras), appuyée sur le réveil tardif mais efficace de son battement de jambes, de l’emporter dans un dernier 50 mètres en 28’’80. Elle devance la Française de justesse, en 8’18’’52 contre 8’18’’80. La troisième est à treize mètres. C’est un peu paradoxal de voir la plus ‘’lente’’ (et la plus résistante) des deux l’emporter au sprint au coude à coude. Manaudou, nageuse de train qui ne peut accélérer sur les jambes, se révèle fragilisée en face d’une fille, on l’a dit, éduquée à l’école du sprint, et dont le passé ressurgit quand elle se montre capable de se relancer par une accélération finale.

PARTIR A FOND ET ACCELERER

Sur 1500 mètres, Ziegler, qui part toujours aussi sec, devance nettement les temps de passage du prestigieux record du monde d’Evans, mais faiblit un peu ; remontée, elle accélère alors, s’appuyant à nouveau sur son battement, lequel passe d’un deux-temps trainant à un six-temps très soutenu, et devance nettement, en 15’53’’05, Rigamonti, 15’55’’38 et la Japonaise Shibata, 15‘58’’55. Entre-temps, Ziegler est devenue la seconde femme de l’histoire à nager un 1500 mètres en moins de seize minutes (15’55’’1) aux PanPacifics 2006, où elle a devancé Hayley Peirsol de deux secondes ; puis, le 17 juin 2007, à Mission Viejo, elle couvre la distance en 15’42’’54, dix secondes plus vite que Janet Evans, 15’52’’10  en 1988. Ce jour là, elle a décidé de ne pas nager et de passer la journée à la plage ; son entraîneur doit jouer de son influence pour la convaincre de se présenter au départ (source : Mike Gustafson, USA Swimming).

En une course, à Essen, le 12 octobre 2007, Ziegler améliore deux records en petit bassin appartenant à Laure Manaudou, sur 800 mètres en 8’9’’68 et 1500 mètres en 15’32’’90. Deux jours plus tard, elle amène le record du 800 mètres à 8’8’’. Elle améliore les records US en petit bassin de Janet Evans sur 500 yards (4’35’’35), 1000 yards (9’24’’80) et 1650 yards (15’37’’17), et celui de Cynthia ‘’Sippy’’ Woodhead (8’16’’32 au 800 mètres). Rapide, endurante, dotée d’un sprint énergique, Ziegler, qui domine le demi-fond, et a été élue nageuse de l’année 2006 (par Swimming World), est très attendue aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Lors des sélections olympiques, elle se qualifie, 2e derrière Kathie Hoff, du 400 mètres, en 4’3’’92, et du 800 mètres en 8’23’’38. Mais à Pékin, elle n’atteint aucune finale.

LA MALEDICTION OLYMPIQUE

En effet, aux Jeux, où la pollution aggrave son asthme, elle apparait mentalement éteinte, au bord de la dépression. « Je m’étais laissé manger par les attentes des autres, et par mon perfectionnisme. Et finalement, je ne voulais pas me trouver là, avouera-t-elle. Je voulais m’enfuir de la piscine. » Elle termine 10e du 800 mètres, 14e du 400 mètres. Et sa grande distance, le 1500 mètres n’est pas olympique ! Elle se donne cinq mois loin de la natation et se remet à nager, d’abord sans buts chronométriques précis. Encore médaillée aux mondiaux 2011 de Shanghai, de bronze sur 800 mètres, en 8’23’’36, derrière Rebecca Adlington, 8’17’’51, et Lotte Friis, 8’18’’20, d’argent sur 1500 mètres derrière Friis, en 15’55’’60 contre 15’49’’59, elle se présente aux « trials » 2012, et se qualifie pour ses seconds Jeux olympiques (à Londres), sur 800 mètres, en 8’21’’87, derrière Katie Ledecky. Mais aux Jeux, une forte grippe se déclare le lendemain de la cérémonie d’ouverture. Ziegler passe treize heures par jour au lit, coupe sur son entraînement. Elle nage loin de ses temps, en 8’37’’38, et finit 21e des séries. Alors que son premier échec olympique lui a laissé un goût amer (« je n’étais pas fière de dire aux gens que j’avais fait les Jeux olympiques ») elle prend avec philosophie cette nouvelle désillusion.

Jacques Meslier, notre mémoire

Dimanche 26 Janvier 2014

Par Eric LAHMY

MESLIER [Jacques]. Natation. (Than Poh Ho Chi Minh, Vietnam, 3 mai 1928-Saint-Malo, janvier 2014).

Jacques Meslier était la mémoire de la natation française. Une passion chiffrée, qui masquait mal, quand on le rencontrait, sa passion pour l’humain. Il avait été pris par le démon statistique, qui menace tout passionné de ce sport, établissait des bilans, mesurait les écarts qui séparaient les Français des leaders mondiaux, mais il s’agissait d’un filtre, son filtre à lui, et il nous donnait le monde selon Jacques, selon un jeu de piste assez désincarné, pour en reconstruire les significations. « Je pense donc je suis », avait dit Descartes pour résumer son discours de la méthode. Jacques, lui, comptait, il trouvait les fondations de certaines réalités du sport. Mais bien entendu, avant ça, il était un technicien averti, l’un des très grands entraîneurs français et aussi mondiaux. Il fut un temps où, au centre sports-études de Dinard, il avait sous sa direction une bonne moitié de l’équipe de France de natation !

Avant ça, il avait été lui-même un poloïste et un nageur de bon niveau, médaillé de bronze du 4 fois 200 mètres des Jeux universitaires de Budapest, en 1949 ; tête bien pleine sur un corps d’athlète, il enseigne, et commence à entraîner dès 1950. A cette époque, on nage dans le public, sans lignes d’eau, sans lunettes. Ce père de famille nombreuse, à la fois rigoureux et enthousiaste, met sa passion raisonnée au service des progrès de ses nageurs. Ses six enfants nageront, et trois d’entre eux seront des internationaux, son épouse est elle-même une nageuse et sa belle-sœur, Rosy Piacentini, qu’il entraînera, une finaliste olympique. Il s’amusait de sa première rencontre de water-polo face à Henri Padou, la légende nordiste, sort de Gargantua de ce sport. Après quelques instants, Padou lui aligne un maître coup de poing en pleine face. Un peu plus tard, Jacques s’étonne : « pourquoi m’as-tu envoyé un marron ? Je ne t’ai pourtant rien fait ? – Eh! bien, comme ça, tu sais ce qu’il t’arriverait si tu essayais quelque chose, » répond Padou sans se démonter ! Contre Padou ou pas, en 1951, il remporte son premier titre national de water-polo avec le Racing Club de France. Il participe la même année aux Jeux méditerranéens de Barcelone, en 1960 aux Jeux olympiques de Rome. Cela fait dix ans qu’il porte la triple casquette que lui confère sa passion ardente: nageur, poloïste, entraîneur! En 1961, après avoir été l’adjoint de Pierre Barbit au Racing, il devient entraîneur principal du club. Cinq ans plus tard, Lucien Zins lui propose de prendre en main le tout nouveau Centre de préparation olympique de Font-Romeu. Si sa modestie inégalée lui interdira jusqu’au bout de comptabiliser le nombre impressionnant de titres glanés par ses élèves, son orgueil proclamé est de voir cinq d’entre eux faire de la natation leur métier : Pierre Andraca, Frédéric Barale, Richard Martinez, Jean-Louis Morin et Olivier Nicolas. En 1974, Henri Sérandour lui demande de dynamiser la natation bretonne. Il s’installe à Dinard, où, à travers les saisons, il entraînera 180 nageurs, dont un grand nombre de champions et recordmen de France et d’internationaux. On n’ose en citer, tant la certitude d’en oublier nous vient, certain seulement que Thierry Lalot et Isabelle Lefèvre en étaient. C’est un coach méticuleux, exigeant, carré, féru de discipline, dont on a dit qu’il s’adapte mieux à la psychologie des jeunes qu’à celle des adultes. Je crois cependant que l’âge ne fait rien à l’affaire: Jacques se nourrit de passion et attend des nageurs qu’ils la partagent. C’est aussi un des techniciens les mieux informés de France, qui a pratiqué la natation US au côté des plus grands, comme Peter Daland et Dick Jochums. Il sera aussi influencé par les Russes, mais il ne souscrira jamais complètement à une école, et gardera toujours sa liberté de penser…

Il a résumé la position ingrate du coach en face de la critique permanente à laquelle il doit faire face, dans un pamphlet plein d’humour que nous avons trouvé sur le site de natestiv.free :

Si, à l’occasion, il prolonge l’entraînement, il est insensible à la fatigue de ses nageurs. Il diminue l’entraînement: il   vieillit et il n’a pas le punch.

Il corrige inlassablement   un nageur: Il est toujours sur son dos.

Il le laisse nager à sa   guise: Il ne s’occupe plus aussi bien de lui.

Il a des ambitions élevées: on voit bien que ce n’est pas lui qui nage.

Il a des ambitions plus modestes: Il n’est pas capable de motiver ses nageurs.

Il n’organise pas des stages pendant les vacances: Ils sont tous les mêmes ces enseignants, ça ne pense qu’aux loisirs.

Il réunit ses nageurs les jours fériés et à chaque temps libre: ce n’est pas parce qu’il n’a plus de vie de famille, qu’il doit perturber la nôtre.

Il tente d’éduquer ses nageurs: les parents sont assez responsables pour le faire.

Il néglige son rôle d’éducateur: à qui voulez-vous confier vos enfants désormais ?

Il tente de leur parler des choses essentielles de la vie: il en fait trop, le mieux est l’ennemi du bien.

Il ne le fait pas: c’est un dingue de la natation, en dehors de cela…

Il n’est pas disponible à toute heure: après tout, il est payé (!!!) pour être au service de tous.

On peut le déranger n’importe quand: c’est la moindre des choses puisqu’il a choisi d’être au service de tous.

Il est jeune: il lui manque de l’expérience.

Il est âgé: il est temps de comprendre qu’il doit céder sa place.

Il lui arrive d’être fatigué ou déçu: eh bien ! Qu’est ce que cela peut nous faire !!! Qu’il parte, personne n’est indispensable.
C’est la seule chose vraie, Mais qui prendra la relève ???  Jacques Meslier

Jacques, une fois à la retraite, continuera de jouer un rôle important. Il effectue de nombreux   déplacements en Guyane, et contribue au développement de la natation, sur place. Il nous rapporte à l’époque cette idée que de vrais talents se nichent là-bas et sera la première personne à nous parler de Maria Metella. Il est aussi un formidable archiviste de la natation, et dispose entre autres d’une collection complète de la revue Swimming World depuis les débuts, dans les années 1950, qu’il abandonnera seulement longtemps après la mort d’Albert Schoenfield, le grand journaliste, qui avait créé la revue, quand elle déviera de sa trajectoire. Il est abonné à Swimming Technique, à la revue des Entraîneurs américains, et dispose également de tous les articles sur la natation parus dans L’Equipe. Il s’amusait parfois à me taquiner amicalement sur telle ou telle vilénie que j’avais écrite trente ans  plus tôt.Il développera  pendant des années ses analyses des grandes compétitions qui feront les délices des techniciens. Il trouvera ces dernières années de vrais complices dans Marc Planche et Patrick Deléaval, qui partageront sa passion de l’histoire du sport, et à qui il confiera sa collection.

Meslier avait suivi avec enchantement les progrès, puis les succès de la natation française. Voir Laure Manaudou devenir la meilleure nageuse du monde, produit qu’on ne rencontrait pratiquement jamais en-dehors des USA ou de l’Australie, nous donnait presqu’un sentiment d’irréalité. Il partagera la jubilation qui suivit la victoire d’Alain Bernard dans le 100 mètres olympique, rêve inabouti de tant de Français, de Jany à Stephan Caron, en passant par Alain Gottvalles. Il reconnaîtra l’importance qu’aura joué la Fédération sous Francis Luyce et Claude Fauquet, son attitude professionnelle, acquisition relativement nouvelle; pour lui, l’institution aura tenu un rôle essentiel, en devenant un organe de réflexion et d’action, réactive et proactive, et en se mettant au service de la performance. Tout cela le ravissait. Son rêve « absolu », c’était de voir l’équipe de France triompher dans le relais quatre fois 200 mètres, qui restait, pour tous les gens de nos générations, la « course des   nations ». Une utopie qui faillit se réaliser aux Jeux de Londres…

Depuis quelques années, Jacques Meslier, chrétien convaincu, s’était pris d’intérêt pour la   philosophie. Malgré l’âge, il entra dans cette discipline souvent ingrate et parfois touffue avec un enthousiasme de junior et je fus sidéré, dans une conversation téléphonique, de tout ce qu’il avait pu lire et saisir en très peu d’années. Des problèmes de santé, qui avaient nécessité la pose d’un pacemaker, lui interdisaient de nager et le rendaient incertain quant au temps qui restait, mais il effectuait avec cette stricte discipline qui était son maître mot sa séance de vélo statique quotidienne. Mais ce fut une méningite qui le surprit finalement.

Nos pensées les plus sincères vont à son épouse, ses enfants, petits-enfants, parents et alliés.

 

Johnny Weissmuller, invincible Tarzan des bassins.

Par Eric LAHMY                                                      14 Janvier 2014

WEISSMULLER [Peter Johan, « Johnny »]. Natation. (2 juin 1904-21 janvier 1984). États-Unis.

Il fut le meilleur nageur de la première moitié du Vingtième siècle. Né à Timisoara, en Autriche (aujourd’hui en Roumanie) de parents d’origine allemande, Weissmuller fut déclaré par ses parents comme étant né à Windber, en Pennsylvanie, où ils s’étaient installés après leur émigration aux États-Unis, et toutes ses biographies accréditèrent ce (pieux) mensonge. La vérité ne fut rétablie qu’un demi-siècle plus tard. Weissmuller expliqua qu’il avait toujours caché le secret de sa naissance parce qu’il craignait de perdre sa nationalité américaine. C’est semble-t-il pour cette raison, son prénom étant Peter, et son frère (un bon nageur qui fut champion des USA sur quatre fois 200m avec lui) s’appelant John, que les deux frères échangèrent leurs prénoms. John était né réellement aux Etats-Unis et Peter utilisa son identité pour pouvoir représenter les USA aux Jeux. C’est ainsi que Peter Weissmuller devenu John puis Johnny, rendit célèbre le prénom de son cadet.

Élu « plus grand nageur du demi-siècle » par un jury de 250 journalistes en 1950, puis, en 2000, 2e nageur du 20e siècle derrière Mark Spitz, Weissmuller (1,91m) fut aussi le plus populaire Tarzan du cinéma. Il remporta en tout et pour tout cinq titres olympiques de natation et la médaille de bronze du water-polo et améliora 68 records du monde. Il avait été découvert et entraîné dès 1920 par William Bachrach, le « sorcier » de la natation américaine à l’Illinois Swimming Club. Bachrach lui façonna un style « révolutionnaire », corps arqué tête haute, action sous-marine des bras rectiligne d’avant en arrière, mouvement indépendant de la tête en recherche de respiration et battement de jambes ample, profond. Weissmuller cherchait, sous l’injonction de Bachrach, à utiliser un effet d’hydroplane qui était en fait impossible à obtenir et qui menait la natation dans une impasse. Cette technique – qui n’a plus cours – eut une influence immense sur le développement du « crawl » dans le monde. Si la forme du battement de jambes, la façon de respirer en happant l’air par la bouche et en expirant de la bouche et du nez, ainsi que la prise d’eau de l’attaque de bras étaient conformes à ce qui peut paraitre, aujourd’hui encore, comme un bon mouvement, en revanche la cambrure du corps, l’interdiction de « dévisser » et de se tourner du côté du bras qui « attaque » l’eau et plusieurs autres détails sont considérés comme était contre-productifs. Pendant ce temps, les Japonais développèrent un style plus efficient, dans lequel le nageur oscillait son buste, à gauche et à droite, en accompagnement de son attaque de bras et de la respiration, et dans lequel le coup de bras n’était pas amené, comme dans le style Weissmuller, le plus loin possible, jusqu’au niveau de la cuisse, mais permettait à la main, une fois passée la ligne des épaules, de ressortir le plus tôt possible. Mais leur méthode, aussi innovatrice qu’elle fut, resta confinée en raison des difficultés de traduction du japonais! Il fallut attendre les Australiens, dans les années 1950, pour développer un style où le corps tout entier se tourne du côté où le nageur respire.

Le style Weissmuller, malgré ses défauts, était ce qui se faisait de mieux à l’époque, et Weissmuller, doué et doté d’un relâchement et d’une affinité avec l’eau qui laissent pantois (les films où il démontre son action ne permettent aucun doute à ce sujet), enleva un premier titre américain en 1921. Après cela, il ne fut plus jamais battu en course, jusqu’en 1928, année où il nagea sa dernière course « amateur ». En 1922, il effectua le premier 100 mètres nage libre en moins d’une minute. Nageant dans un bassin de 100 yards à Alameda, le 9 juillet 1922, Weissmuller améliora considérablement le record, qui appartenait à Kahanamoku, le portant de 1’0’’4 à 58’’6. Dans les six années qui suivirent, il fit passer le record à 57’’4 et nagea la distance en 57’’8 en grand bassin. La plupart des grands records de Weissmuller tinrent debout en moyenne une décennie et ses 51’’ sur 100 yards (sans aucun doute sa meilleure performance en petit bassin, valeur 56’’5 sur 100 mètres) demeurèrent au tableau pendant dix-sept ans. Il nagea 2’8’’ au 200 mètres en petit bassin, ce qui fit faire un bond de 11’’8 au record du monde, 4’52’’ au 400 mètres (dans un bassin de 110 yards à Honolulu). Weissmuller, on l’a dit, ne fut jamais battu en compétition, en dehors d’une course, au tout début de sa carrière, en 1921, qu’il termina 2e derrière Langer. Aux Jeux olympiques de Paris, sa victoire, sur 100 mètres, en 59’’, fut obtenue avec 1’’4, soit une longueur de corps, d’avance sur Duke Kahanamoku, tenant du titre. Il remporta aussi le 400 mètres (devant Arne Borg et Charlton). Ce doublé 100 mètres 400 mètres, seul, depuis, Don Schollander le réitéra, quarante ans plus tard, et ni Spitz, ni Phelps, ne s’y essayèrent (dans des circonstances il est vrai très différentes), tandis que l’Italien Lamberti et Thorpe approchèrent l’exploit sans l’atteindre, dans des rendez-vous mondiaux. Sur 100 mètres, en 1924, après s’être qualifié aisément en 1’0’’8 dans la deuxième demi-finale, il atteignit le mur en 27’’6, et ne fut jamais rejoint. Sur 400 mètres, il établit un record olympique en séries (5’22’’2), en demi-finale (5’13’’6) ; en finale, Weissmuller et Borg se lancèrent au sprint et virèrent en 1’4’’2, cinq bons mètres devant Charlton. Aux 200 mètres, ils étaient toujours ensemble en 2’23’’. Là, Borg passant à l’attaque, construisit une légère avance aux 300 mètres (3’45’’5). Weissmuller attendit le dernier virage pour frapper et l’emporter en 5’4’’2 tandis que Charlton se rapprochait de Borg, 5’5’’6 contre 5’6’’6. En 1928, aux Jeux d’Amsterdam, il conserva le titre du 100 mètres, facilement, malgré, selon les diverses versions, un mauvais départ qui le contraignit à mener une course poursuite dans la première longueur, ou une « tasse » bue au sortir du virage : le fait est qu’il fut menacé au soixante-quinze mètres par un baroud d’Istvan Baranyi ; il l’emporta finalement de façon confortable, en 58’’6 contre 59’’8 pour Baranyi. Mais l’incident lui interdit, comme il l’espérait, de  battre son record en bassin olympique, 57’’8. Il ne fut pas engagé sur 400 mètres, où il aurait gagné sans doute, la course tant remportée par Alberto Zorilla, un nageur argentin qui était très loin de l’approcher. Son absence s’explique par le fait que Bachrach voulut qu’il réserve ses forces pour un match du tournoi de water-polo.

Vers 1922, Weissmuller s’enthousiasma pour le régime végétarien, et la plupart de ses records furent établis alors qu’il respectait ce type d’alimentation.

En 1929, Weissmuller signa un contrat d’exclusivité pour la marque de sous-vêtements BVD. (Bradley, Voorhees & Day) et présenta ses produits de bain au cours de divers spectacles, apparaissant même, vêtu d’une feuille de vigne dans un film, en 1929. En 1932, il fut pressenti pour reprendre le rôle de Tarzan à Hollywood. Le succès fut énorme, et Weissmuller a généralement été considéré depuis comme le meilleur Tarzan de l’écran. Dans les intervalles des films, qui lui laissaient beaucoup de temps, il se produisit dans les shows aquatiques de Billy Rose, qui étaient très exigeants physiquement, et il connut un regain de forme extraordinaire. A 32 ans, à l’issue d’un pari l’opposant à Walter Spence, le champion des États-Unis en titre, Weissmuller affûté par ses heures d’apnées et de portés aquatiques, nagea un 100 yards en 48’’5, temps officieux (quoique chronométré par deux personnes dont Buck Dawson), mais fabuleux pour l’époque, et prodigieusement en avance sur son temps, car il ne fut battu qu’en 1960, par Jeff Farrell, ce qui est remarquable dans un sport à progression extrêmement rapide comme le fut la natation jusqu’en 1976. Après les films de Tarzan, Weissmuller interpréta des rôles plus habillés, mieux adaptés à son âge et à une légère propension à prendre du poids, et créa le personnage de Jim la Jungle. Puis vint le temps de la retraite. Il se lança dans la vente de piscines. Malgré les considérables fortunes qui passèrent entre ses mains, il se retrouva vite ruiné par les nombreuses pensions alimentaires de ses ex-épouses. Il fut hôte à Las Vegas, et employé à promouvoir l’International Swimming Hall of Fame à Fort Lauderdale, en Floride. Sa santé se dégrada fortement les dernières années. Atteint d’un syndrome d’Alzheimer, et de nombreuses maladies, il vécut ses dernières années à Acapulco, entouré de l’affection de sa sixième et dernière épouse, dans un appartement offert par un admirateur.