Catégorie : Biographies

Judit Temes trahie par l’émotion

9 décembre 2013

Judit Temes, disparue en août 2013, était l’une des survivantes d’une équipe féminine hongroise qui disputa la suprématie mondiale, dans l’immédiat après-guerre, et avant la « révolution » australienne, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. Intelligente et douée, son émotivité lui interdit de devenir championne olympique du 100 mètres libre aux Jeux d’Helsinki. 

(Sopron, 10 octobre 1930-Budapest, 11 août 2013). Hongrie. Nageuse du BKV Előre SC de Budapest, puis du Budapesti Haladás, et de l’équipe nationale hongroise de 1944 à 1956, jusqu’à ce qu’elle se lance dans une carrière médicale, Judit Temes est, en 1948, benjamine de l’équipe hongroise à 17 ans et 294 jours, quand elle réalise le 7e temps des séries du 100 mètres des Jeux olympiques de Londres; mais elle s’écroule en demi-finale, en 1’9’’7, quinzième temps final. Elle est sans doute très émotive, car quatre ans plus tard, aux Jeux d’Helsinki, elle récidive, pulvérise le record olympique avec 1’5’’5 en séries, se contente de 1’7’4 en demi-finale et finit 3e de la finale en 1’7’’1, alors que son temps des séries lui aurait donné deux mètres d’avance sur sa compatriote Katalyn Szoke, la gagnante en 1’6’’8, qui devance la Hollandaise Hannie Termeulen ! Toujours aux Jeux d’Helsinki, Judit enlève l’or en relais, le quatre fois 100 mètres, seul relais féminin de l’époque, avec Eva Novak, Katalyn Szoke et Ilona Novak. Si Ilona Novak assure une légère avance au premier relais, Temes creuse l’écart avec Hollandaises et Américaines, grâce à un parcours lancé en 1’5’’8. Eva Novak, 1’5’’1, et Szoke, 1’5’’7, confortent l’avance. Le record du monde est battu, en 4’24’’4. S’ajoutent en 1954 le titre européen du relais et l’argent du 100 mètres, où elle est largement dominée par Szoke, toujours aussi bonne compétitrice, en 1’5’’8 contre 1’6’’7. Titulaire de 29 victoires en championnats de Hongrie (12 individuels), de douze titres aux Universiades de 1949, 1951 et 1954, sept fois recordwoman nationale, dont cinq fois sur 100 mètres libre, Temes obtint son diplôme de médecine en 1955, dirigea le département de pathologie de l’hôpital Elizabeth et travailla à l’institut de recherches sur le cancer de l’Université de Budapest. Elle collabora à l’hôpital Laszlo, Elle ne cessa jamais d’étudier et devint professeur de philosophie en 1975 et de droit en 2000, à l’Université Eotvos Lörand. Elle continua de s’intéresser au sport, appartenant au Comité olympique hongrois, servit comme présidente de la Fédération hongroise de natation et comme membre à la Ligue Européenne de Natation.

2016 : LES USA SE PRÉPARERONT À PORTO RICO

4 novembre 2013

San Juan de Porto Rico accueillera le camp d’entraînement préolympique de l’équipe des États-Unis pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, dans trois ans. C’est ce qu’a annoncé Frank Busch, Directeur national de l’équipe US, à l’OIOC (Comité d’Organisation International Olympique). Puerto-Rico, un territoire (non incorporé en tant qu’État) des États-Unis, situé dans les grandes Antilles, a été préféré à deux autres implantations possibles, situées à Trinidad et Tobago et au Brésil.

Les camps d’entraînement préolympiques, on le sait, donnent aux athlètes en l’occurrence aux nageurs) la possibilité de s’adapter à certaines conditions (comme les changements de fuseaux horaires ou de température) tout en abordant la préparation finale avant le début des compétitions. Pour les Jeux de Londres, l’équipe américaine avait été réunie à Knoxville, dans le Tennessee, puis avait passé quelques jours à Vichy, en France, afin d’effectuer les dernières mises au point et de s’adapter à l’heure en Europe de l’Ouest. Cette préparation finale en deux parties est une tradition de l’équipe des Etats-Unis, qui, en 2008, après avoir campé à Palo Alto, Californie, effectua ses dernières mises au point à Pékin, où se tenaient les Jeux olympiques. Palo Alto fut utilisée également comme camp de base avant les Jeux d’Athènes, en 2004, conjointement avec Palma de Majorque, en Espagne, où eut lieu le fignolage final.

Cette préparation en deux parties pourrait ne pas être essentielle pour l’équipe US de Rio, compte tenu de la différence horaire (de deux à cinq heures selon les zones) entre les USA et le Brésil, et encore plus étroite entre Puerto-Rico et le Brésil. Mais l’option n’est pas totalement abandonnée, la méthode ayant donné de grands succès à de nombreuses éditions des Jeux olympiques.

On sait que les Français sont dans une grande interrogation pour ce qui concerne la préparation finale pré-olympique. Si la Guyane a été choisie par le Comité Olympique  (CNOSF) comme lieu de préparation finale des Jeux pour l’ensemble des sports olympiques, l’exigence d’une infrastructure suffisante en natation n’est pas respectée et de graves doutes planent sur la réalisation à temps de ces infrastructures. Tout porte à croire que les nageurs français n’achèveront pas leur préparation finale en Guyane, et qu’ils ont déjà quelques idées sur le lieu où elle se déroulera, sans doute au Brésil.

Suzanne BERLIOUX entraîneur d’intuition

BERLIOUX [Suzanne] Natation. (Nogent-en-Bassigny, Haute-Marne, 14 février 1898-Niort, 21 juin 1984), France. Un étonnant palmarès d’entraîneur ; en trois Olympiades, de 1960 à 1968, elle emmena, sur 100 mètres dos, une nageuse, Christine Caron à la médaille d’argent  olympique (1964 à Tokyo), et deux autres, Rosy Piacentini (1960), et Sylvie Canet (1968), en finales olympiques. Fille d’un industriel, Georges Poincarré, elle vit à Nancy, Marseille, puis Metz jusqu’en 1926, rejoint Paris et se retire à La Crèche, dans les Deux-Sèvres en 1969. Elle apprend à nager dans le Doubs en 1917. Titulaire du certificat d’aptitude au professorat et du certificat d’aptitude à l’enseignement de la gymnastique, elle est institutrice de 1926 à 1953. Elle commence par entraîner les sections scolaires des clubs (1933-39) et prévoit d’inclure des leçons de natation dans le programme de ses élèves (1935). Elle les escorte à la piscine de la Gare, à une époque où le sport à l’école n’existe guère et où les femmes, en sport, sont prises, au mieux pour des originales. Une intervention de sa hiérarchie met fin à l’initiative. En 1939, la guerre ayant éclaté, elle encadre des classes pour la Normandie, à Courseulles-sur-Mer.  Elle entraîne avec Eugène, son mari, un enseignant de natation, puis seule. Elle fait de ses deux filles, Lucette et Monique, des championnes de France, et fonde en 1942 l’équipe de natation féminine du Racing. Curieuse, intelligente, psychologue, elle façonne seule ses outils d’entraîneur, mais dans un contexte si défavorable, qu’il lui faut plus de dix ans pour développer sa méthode et donner sa pleine mesure au plus haut niveau international. En 29 ans, de 1941 à 1969, ses nageuses remportent 28 titres de championnes de France du 100 mètres dos. De façon plus générale, elle enlèvera, en tant qu’entraîneur, une centaine de titres de championne de France d’hiver et d’été. En 1960, elle suit Rosy Piacentini et la Nordiste Nadine Delache avant les Jeux, qui sont toutes deux finalistes des Jeux olympiques de Rome. Auparavant, elle a dirigé Marie-Hélène André. En 1964, Christine Caron, qu’elle a amenée au record du monde du 100 mètres dos en juin, frôle le titre et finit 2e aux Jeux de Tokyo. Suzanne est écartée de la sélection pour les Jeux olympiques de Mexico, en 1968, alors que les deux espoirs de la natation française sont Christine Caron et Sylvie Canet, Lucien Zins ayant décidé d’imposer Heda Frost comme entraîneur national. Caron disparaîtra en demi-finales, Canet entrera en finale. Suzanne Berlioux a-t-elle trop duré ? C’est ce qu’il semble pour celles et ceux qui veulent la place sans faire trop d’efforts. Au Racing, après l’avoir séparée en 1968 par des manœuvres de Christine Caron que l’on écarte de l’équipe féminine pour l’inclure dans la préparation des garçons (et qui, hors de forme, signera sa plus mauvaise saison depuis 1962), la direction du club exclut peu après la jeune Sylvie Canet, au prétexte d’une incartade. Suzanne Berlioux perd là ses meilleurs éléments. Il est dès lors facile de l’acculer à la retraite et de réunir les sections masculine et féminine.

Paru dans L’Equipe à sa mort, en juin 1984 :

Grand entraîneur, Suzanne Berlioux ne le fut pas par des connaissances techniques extraordinaires. Intelligente et cultivée, elle n’en faisait pas moins confiance, en premier lieu, à l’intuition et au bon sens. Mais, au-dessus de tout, elle donnait confiance. Aux filles, auxquelles elle évitait le dur stress des compétitions par l’exemple de son propre sang-froid. Aux parents, qui pouvaient lui confier leurs enfants, les yeux fermés.

Être solaire, pédagogue-née, éducatrice jusqu’à la moelle, elle réussissait si bien dans les piscines parce qu’elle n’y bornait pas son univers.

Le règne de ses élèves sur le dos français constitue un phénomène unique dans le sport français et, peut-être, mondial. De 1941 à 1969, leur monopole, titres et records mêlés, fut absolu sur 100m dos (seule distance olympique en dos jusqu’en 1964), et presqu’équivalent sur 200m dos. Elle fit ses premières armes avec ses filles, dont la cadette, Monique, douée par ailleurs de tant de talents et dont il n’est nul besoin de rappeler la prestigieuse carrière dirigeante. Monique Berlioux, actuel directeur de CIO, enleva douze titres nationaux d’affilée (record absolu) sur 100m dos, entre 1941 et 1952, et détint pendant dix ans et quatre mois le record de France.

« Mais, disait souvent sa mère, quand je l’entraînais, je n’avais aucune expérience. Je fis beaucoup de fautes avec elle. Sans cela, elle serait allée plus loin. » C’était son regret. Monique Berlioux s’étant retirée invaincue en France, Suzanne Berlioux lâchait coup sur coup dans l’arène Marie-Hélène André (championne de France de 1953 à 1955) et Ginette Sendral-Jany, dont elle assura la préparation pour le titre en 1956. Puis vint Rosy Piacentini, dont la place de finaliste olympique, 5e dans le même temps que la 3e, annonçait l’arrivée de Christine Caron, marquée par le record du monde (1’8’’6) et la médaillé d’argent derrière l’Américaine Catherine Ferguson aux Jeux de Tokyo, en 1964. Quand Christine Caron s’éloigna des bassins, Suzanne Berlioux conclut cet extraordinaire parcours avec la place de finaliste olympique de Sylvie Canet, aux Jeux de 1968. (Eric LAHMY).

Monique BERLIOUX, des Tourelles à Olympie

BERLIOUX [Monique Edith Colette] Natation. (Metz, Moselle, 22 décembre 1923-). France. Sœur de la précédente. La meilleure nageuse de dos française pendant près de quinze ans, entraînée par sa mère Suzanne, elle devient championne de France cadettes du 100 mètres dos et 3e puis 2e des championnats de France en 1938 et en 1939 ; pendant l’invasion allemande, les Berlioux quittent Paris pour Courseulles-sur-mer, en  Normandie, où Suzanne a charge d’une classe ; Monique, elle, se rend  chaque matin à bicyclette au lycée de Langrune, situé à huit kilomètres ; en 1941, Monique remporte son premier titre de championne de France du 100 mètres dos (1’25’’), qu’elle conservera sans interruption jusqu’en 1952, nageant 1’22’’2 (1942), 1’24’’ (1943, critériums), 1’21’’8 (1944, critériums), 1’21’’2 (1945), 1’20’’4 (1946), 1’19’’ (1947), 1’20’’5 (1948), 1’18’’6 (1949), 1’20’’5 (1950), 1’23’’1 (1951) et 1’22’’4 (1952). Elle est aussi championne de France du 400 mètres (6’10’’8 en 1945), deux fois championne d’Angleterre sur 150 yards en 1947 et en 1950, 6e des championnats d’Europe de Monaco en 1’20’’. En 1948, deux semaines après avoir été opérée de l’appendicite, elle nage son épreuve de prédilection aux Jeux olympiques de Londres, et parvient en demi-finale (1’18’’8) où elle échoue avec le 13e temps total (1’20’’2). La finale est remportée par Karen Harup. Elle est encore 8e des championnats d’Europe de Vienne, en 1950. Pendant sa carrière, elle améliore à plusieurs reprises le record de France du 100 mètres dos, dont elle s’empare en 1943 avec un temps de 1’19’’8 et qu’elle amène à 1’19’’5, 1’19’’, 1’17’’8 (1943), 1’17’’3 (1945), 1’16’’9 (1948), 1’16’’6 (1949). Elle améliore aussi le record du 200 mètres dos en 2’54’’2 (1942), 2’50’’ (1943), 2’49’’3 (1947) et 2’48’’ (1948). Dirigeante, elle fonde le Nautic Club de France, spécialisé en natation synchronisée, un tout jeune sport que ses équipes vont dominer, mettant fin au monopole des Mouettes de Paris. Monique Berlioux préside la Commission de natation synchronisée de la Fédération française. Journaliste (Parisien Libéré, Front National, L’Aurore, Figaro, Observer, La Libre Belgique, Revue Olympique,  ORTF, BBC, ABC et CBS). De 1960 à 1966, elle est chef du service de presse et d’information au cabinet de Maurice Herzog (Secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports) puis de son successeur François Missoffe (ministre de la Jeunesse et des Sports). En 1966 et 1967, elle est chargée d’inspection générale au ministère de la Jeunesse et des Sports. De 1967 à 1969, elle devient chef de la presse et de l’information au ministère de la Jeunesse et des Sports. Début 1970, elle est directrice de l’administration et de l’information puis générale des Congrès olympiques de Varna et de Baden-Baden. De 1975 à 1985, elle est directrice exécutive du Comité International Olympique. Mais si elle s’entend bien avec les présidents Avery Brundage et Killanin, ses relations avec Juan Antonio Samaranch sont très difficiles et elle démissionne en 1985, au cours de la session de Berlin. Elle œuvre notamment à l’introduction de la natation synchronisée dans le programme olympique aux Jeux olympiques de 1984. De 1985 à 1996, elle est conseillère technique au cabinet du maire de Paris Jacques Chirac. Elle dirige la Fédération des Internationaux de France à la suite d’Alfred Schoebel, et crée avec les Gloires du sport un Panthéon sportif à la française. Elle publie plusieurs ouvrages, dont La Natation (1947, 1961), où la première, elle consacre une large section à la natation synchronisée. Mon Séjour chez Mao-Tse-Toung (1955) suite à une invitation lancée par les Chinois dont elle dira en plaisantant : « ils m’avaient confondu avec ma sœur Lucette, qui pensait là-dessus différemment de moi ». Suivent : Les Jeux Olympiques (1956), Olympica (1964), D’Olympie à Mexico (1968), autant d’ouvrages d’histoire des Jeux depuis les origines. Jacques Chirac, La Victoire du Sport (1988), Les Amis de Paris (1988) sont publiés alors qu’elle est conseillère à la Ville de Paris, tout comme La France et ses champions, un Siècle de Sport (1991). Elle a rédigé en 2007 un ouvrage monumental sur les Jeux olympiques d’hiver 1936, très informé, Des Jeux et des Crimes, 1936, Dans Le Piège Blanc Olympique, où elle évoque l’organisation par les Nazis des Jeux olympiques d’hiver 1936. Pour elle, ces Jeux, fort négligés par les historiens, sont historiquement plus importants que ceux d’été de Berlin, parce qu’ils les précèdent chronologiquement et que leur organisation est à elle seule une victoire d’Hitler. Sa thèse est que, si ces Jeux d’hiver avaient été boycottés, il n’y aurait pas eu de Jeux d’été, le prestige du Führer se serait trouvé amoindri et l’histoire aurait été changée. Une version abrégée de cet ouvrage, Un Hiver olympique, sort en 2008. Elle publie Les Gloires du Sport. Monique Berlioux a été empêchée par Juan Antonio Samaranch de donner son avis sur les questions olympiques, sous peine de procès, ce qui nous a privés jusqu’ici d’un livre qui aurait éclairé des points d’histoire d’une période charnière des Jeux olympiques. A partir de 2013, elle s’est attachée à reprendre une réflexion basée sur ses mémoires des années olympiques, à Lausanne.

Lucette Berlioux ne manquait pas de fond

BERLIOUX (COUPAT) [Marie-Luce, dite Lucette] Natation. (Nancy 25 février 1919-30 octobre 1966). France. Entraînée par sa mère Suzanne, elle fut une adversaire déterminée de Louisette Fleuret, qui la dominait sur 400 mètres. Au départ, elle ne parait pas très douée. Il lui faut 31 leçons à l’âge de onze ans, en 1930, soit beaucoup plus que la moyenne, pour apprendre à nager un 25 mètres sans aide et sans reprendre pied. Cela ne l’empêchera pas de devenir une bonne compétitrice, plusieurs fois médaillée des championnats de France sur 400 mètres, et de se révéler dans la nage de longue distance et de traversées, devenant championne de France de grand fond en 1934 (8km de la traversée de Paris en 2h19’), 1935 (1h54’40’’), 1936 (1h29’17’’) et 1938 (7km en 2h16’23’’). En 1934, elle entre dans la composition du relais quatre fois 100 mètres 5e des championnats d’Europe.

Yannick Agnel creuse l’écart

A 21 ans, Yannick Agnel est d’ores et déjà l’un des meilleurs nageurs français de tous les temps. Seuls, dans l’histoire séculaire du sport, Jean Taris (années 1930), Alex Jany (années 40), Jean Boiteux (50), Alain Bernard et deux femmes, Catherine Plewinski et Laure Manaudou, peuvent lui être comparés. Mais pour tout dire, il se pourrait bien qu’il soit déjà le numéro un; et puis, sa carrière continue, aux USA, où, nous dit-on, il revit et déborde d’enthousiasme sous la férule de Bob Bowman. En 2014, c’est ditr, il va creuser l’écart. (Cet article est la mise à jour d’un texte publié en juillet dernier.)

Par Eric LAHMY

14 octobre 2013

Yannick Agnel nait à Nîmes, le 9 juin 1992. La famille est installée à Nîmes. Un été, chez des voisins, Yannick a huit ans et joue dans la piscine. Ses parents, fondus de sport, s’entendent dire : pourquoi ne le mettez-vous pas à la natation ? Yannick, qui s’est déjà essayé au judo, au tennis, au football, s’inscrit en club au Nautic Club de Nîmes, et, raconte-t-il dans son blog, c’est une révélation. « J’ai nagé pendant quelques années au Nautic Club de Nîmes. Ma première compétition fut une petite révélation. Je me souviens avoir gagné les deux courses sur lesquelles j’étais engagé… Et l’œil du tigre ne m’a plus jamais quitté ! » Il ne tarde pas à arrêter son premier sport, le tennis. Les Agnel se séparent quand Yannick a onze ans, et il doit alterner les semaines chez l’un, chez l’autre. Cette année, il est déjà champion de France de sa catégorie. En 2006, sa mère, Elisabeth Métraz, dite « Sissi » en raison de ses origines allemandes, l’emmène à Font-Romeu, où Richard Martinez l’accepte du bout des lèvres. Mais Yannick pressent qu’il ne sera pas bien à Font-Romeu, station d’altitude où il se sent éloigné de tout. Finalement il se retrouve au lycée Don Bosco et à l’Olympic Nice Natation qu’entraîne un passionné, Patrice Pellerin, et où il rencontre Camille Muffat et Clément Lefert, ses futurs compagnons de séances aquatiques qu’il ne quittera plus jusqu’en 2012. « J’ai vu arriver un gamin à la fois fluet et géant, pas trop bavard, mais avec un regard déterminé, se souvient Pellerin. Mais sa grande taille le mettait déjà un peu en marge. » Vite, un rapport profond s’installe entre le nageur et l’entraîneur, « symbiose » selon Sissi, « idylle », d’après Yannick. On verra que la suite des événements, en 2013, signalera comme une ombre au tableau. Le départ pour Nice transforme l’adolescent de quatorze ans. « Le divorce, c’était très dur. Mais mes parents ont fait l’effort de bien s’entendre. Tout ça fait mûrir, on devient responsable, dit Yannick. Cela m’a permis de me forger un mental, une combativité. » A Nice, il partage d’abord une colocation avec des garçons de son âge. En 2009, il a un studio pour lui tout seul. Tout est organisé pour que sa scolarité ne perturbe pas son activité sportive. « C’est très abouti, explique-t-il à Dino Dimeo, du quotidien Libération en août 2010, J’ai des cours particuliers qui me permettent de m’entraîner correctement. Cette année, j’ai eu mon bac, section S, mention Bien, et je me suis inscrit dans une école de commerce, la Skema Business School, à l’Université Sophia Antipolis. Là aussi, tout est en adéquation avec le planning natation. » Car Agnel se connait, sait ce qu’il veut, est déterminé. « Je n’ai pas envie de végéter au niveau intellectuel. Cela renforce ma tendance à la stabilité, à l’équilibre. Je n’ai jamais vécu sans. » Alors, malgré les tentations d’un garçon de son âge, il tient le cap. Peu de sorties, de la mesure en tout, économie plutôt que dépense. « En fait, cette double séparation lui a permis de mûrir plus vite. C’était presqu’un accélérateur pour lui », dit Pellerin. Didier, son père, est infirmier libéral, Elisabeth, sa mère, directrice financière dans une société d’informatique. Le départ à Nice a facilité les choses. Il est déjà indépendant. « Avec sa coloc à quatorze ans, il s’est senti grand, estime Sissi. Mais il a toujours été très mature, de par sa taille. Quand on est beaucoup plus grand que les autres, on n’est pas élevé pareil. En primaire, il faisait déjà une tête de plus. Il jouait seul. Je crois que la natation l’a aidé à décomplexer. Maintenant, il en est fier. » Ses parents ne le lâchent pas, l’ont en permanence au téléphone. Yannick est posé, appliqué dans tout ce qu’il fait. Il aime se coucher tôt, fait une sieste plutôt que d’aller au cinéma, et répète à sa mère qu’il n’a pas le temps d’avoir une petite copine. Sérieusement s’entend. « Il sait pourquoi il est là, dit Pellerin. Il est très attentif, demande de la transpiration. Il n’a pas besoin qu’on lui dise d’être premier, c’est mieux que deuxième. » Pellerin détaille les possibilités, et Agnel tranche. Comme en 2009 à Montpellier, où, en pleine folie des combinaisons, Yannick s’était présenté dans la chambre d’appel en simple maillot de bain. « J’étais curieux de savoir comment il se positionnerait par rapport à ça, raconte Pellerin. Il aurait choisi la facilité pour grappiller quelques secondes. Il a préféré les principes, le travail et les valeurs au quotidien. » Dès avril 2010, après le titre de champion de France du 200m nage libre décroché par Agnel à Saint-Raphaël, « l’an dernier, Yannick était à vélo quand les autres roulaient à moto. Aujourd’hui, il est toujours à vélo, mais les autres sont à pied, » explique Pellerin. Agnel voit là un choix personnel. « A seize ans, on a encore une marge de progression. J’ai pris ça comme un joker et ça ne m’a pas desservi car, au niveau psychologique, j’ai eu un avantage quand ils ont quitté les combis. »  Yannick Agnel ne fait rien en touriste. Il travaille, observe le monde. Il aimerait vivre de son sport, mais « la carrière d’un nageur s’arrête à 30 ans. Il faudra bien passer à autre chose », dit-il. Il s’intéresse à tout, des reportages d’actualité à l’Egypte ou la Grèce, en 2010, la Guerre froide. Il aurait aimé faire sciences po’ s’il n’y avait eu la natation. Il a une bibliothèque assez conséquente, lit tous les genres, relit volontiers le premier tome de « Fondation », d’Isaac Asimov. En musique, il va du classique au funk, au jazz. En fait, il se dit curieux de nature.

Triple champion d’Europe junior en 2009 (200 mètres, 400 mètres, relais quatre fois 200 mètres), ce longiligne hyper léger (alors 2,01m, 80kg) fait une entrée en fanfare dans le bilan mondial en 2010, 1er du 200 mètres avec 1’46’’83, et un beau registre, avec 49’’44 au 100 mètres et 3’48’’17 au 400 mètres. Record de France du 200 mètres au meeting de Paris où il bat Michael Phelps. Champion de France 2010 du 200 mètres avec le record national, 1’46’’35, battu en bermuda. Il devient, à Budapest, champion d’Europe du 400 mètres en 3’46’’17. Les caractéristiques de la sélection française ont empêché de le retenir sur 200 mètres où, fort de ses 1’46’’30, il aurait pu inquiéter Bielderman, vainqueur en 1’46’’05. Sommé de le comparer à Phelps et à Thorpe, son entraîneur, Fabrice Pellerin, relativise : « en fait, je ne vois chez Annick que ses défauts et ses fragilités. C’est un nageur de chaos, un ensemble d’éléments très précaires qui, combinés, tiennent la route. » Les événements de 2013 permettront de revoir un tel point de vue (il faut en convenir assez négatif) sous un angle différent. Ce nageur « différent », cultivé, bon élève, puis étudiant, nage ensuite aux championnats du monde en petit bassin, à Dubaï, où il se débrouille moins bien. Il décide de mettre ses études entre parenthèses jusqu’aux Jeux de Londres, en 2012, et de se consacrer à nager. Il manque aux France la qualification sur 100 mètres, à deux centièmes de William Meynard. Aux mondiaux 2011, à Shanghai, il finit 5e du 200 mètres en 1’44’’99 (record de France), une course serrée dont le vainqueur, Lochte, 1’44’’44, ne le devance que d’un mètre. Toujours en 2011, il est champion des Etats-Unis L’année olympique, il bat les « gorilles » français du 100 mètres aux sélections françaises, à Dunkerque, avec un temps de 48’’02. Gilot, 2e, nage 48’’37, l’équipier niçois de Yannick, Clément Lefert, 3e, 48’’64, représente la surprise du podium. Pourtant, Agnel, qui a décidé d’abandonner ses chances sur 400 mètres pour se réserver sur le sprint, ne s’est pas affûté. Ce programme allégé lui fait quand même un sacré travail aux Jeux, avec les séries, demi-finales et finales sur 100 mètres et 200 mètres, plus les trois relais. Sur 200 mètres, il nage un tonitruant 1’44’’42. L’entraînement est long, terrible en termes de concentration d’effort, de programmation de chaque instant, et Yannick ressent la pression d’une saison entière dirigée vers l’objectif, des emplois du temps tissés serré par un entraîneur, Fabrice Pellerin, fasciné par l’objectif, qui prévoit tout et ne laisse aucun détail au hasard. Il avoue aux siens qu’il atteint là – et Camille Muffat est dans le même cas – la limite de sa résistance mentale, tandis que s’insinue le trac de l’approche des Jeux olympiques. Londres (où ses parents s’amusent, après de « savants » calculs, à affirmer que c’est là que le petit a été conçu)…

A Londres, Agnel commence fort. Champion olympique du relais quatre fois 100 mètres où il reprend un mètre de retard à Lochte et le laisse sur place dans un parcours personnel, 46’’74, sensationnel pour un homme qui a nagé le 100 mètres en 48’’04. Puis il gagne le 200 mètres en 1’43’’14, meilleur temps jamais réussi en maillot de bain textile. Il étouffe ses adversaires, parmi lesquels les Asiatiques Park et Yang, ex-æquo, 1’’79 derrière lui ! Agnel jongle ensuite entre les séries et demi-finales du 100 mètres et la finale du relais quatre fois 200 mètres où il assurera la médaille d’argent, trop loin pour reprendre Michael Phelps. Il s’est qualifié avec le 7e temps pour la finale du 100 mètres après avoir été le 12e des demi-finales. Nageant dans une ligne extérieure, il échoue d’un souffle pour le bronze, dans un temps de 47’’84, nouveau record personnel.

Après les Jeux, il ne coupe guère longtemps, en fonction des directives de Pellerin. Et réussit de grandes performances en petit bassin, ainsi le record du monde du 400 mètres en 3’32’’25 le 15 novembre aux championnats de France d’Angers. Le lendemain, dans une « série lente » il améliore le record d’Europe du 800 mètres, en 7’29’’17. Comme les championnats d’Europe en petit bassin se déroulent en France, à Chartres, l’équipe nationale s’y retrouve au complet. Agnel s’y distingue, et enlève 200 mètres (1’41’’40) et 400 mètres (3’37’’54) mais est battu sur 100 mètres (3e en 46’’80 derrière les Russes Vladimir Morozov, impressionnant vainqueur en 45’’68 et Evgueny Lagounov, 46’’52). Aux championnats de France 2013, en avril, il est sujet à une gastro-entérite. Il est battu sur 100 mètres par William Meynard, 48’’63 contre 48’’52, et doit lutter pour devancer Jérémy Stravius, héros de ces championnats, 1’45’’48 contre 1’45’’61. Entre-temps, ses relations avec Pellerin, officiellement idylliques, ont atteint une violence orchestrée par un coach outrancièrement directif et qui ne cesse de houspiller son nageur. Agnel, à la suite d’une crise, monte à Paris voir son commanditaire qui s’efforce de recadrer Pellerin. En vain, ce dernier, au retour de Yannick, le « reçoit » fraichement. C’est à nouveau le rapport de force. Le 18 mai, Yannick annonce qu’il se sépare de son entraîneur, qu’il s’entrainera à partir de septembre prochain avec Bob Bowman, l’entraîneur de Phelps, et qu’il renonce aux épreuves individuelles des mondiaux, où il se concentrera pour les relais. On apprend que des tensions entre Pellerin et lui existent depuis longtemps. Agnel accuse son entraîneur de manquer de compassion. Puis les choses s’accélèrent, Agnel rejoint Bowman à Baltimore et s’entraîne avec lui. Après avoir déclaré dans un premier temps qu’il ne nagerait pas les courses individuelles du Mondial, son état de forme le pousse à tenter l’aventure du 200 mètres. Mais Pellerin, lorsqu’il voit « son » nageur débarquer dans l’équipe qui part aux mondiaux, et qui espérait secrètement trouver un nageur défait, s’offusque de voir un garçon sûr de lui et rayonnant. C’est alors un épisode effarant, où le coach délaissé s’en prend dans les media à tous ceux qui ont permis de sauver la carrière d’Agnel, la Fédération, Sophie Kamoun, qui est l’agent du nageur. C’est tout juste s’il épargne Hubert Padovani, le sponsor d’Agnel et de Pellerin, qui a attribué 40.000€ d’aide à chacun des deux hommes dans l’année olympique ! Mais au lieu d’abattre Agnel, ces déclarations – dont un des effets va être d’isoler encore plus Pellerin qui na pas que des admirateurs dans l’équipe de France et déstabiliser sa nageuse Camille Muffat qui ne sera, aux mondiaux de Barcelone, que l’ombre de la Muffat de Londres – le fouettent, lui donnent une raison supplémentaire de bien nager. Rien de bien nouveau, raconte un témoin indirect de la saga « souvent dans le passé Yannick a nagé contre Pellerin. »  Yannick se qualifie pour la finale et opte pour une stratégie conquérante. Foin de tactique, il part pratiquement dans l’allure des Jeux olympiques, sur un rythme que nul ne tente de suivre, passe en 24’’07, 50’’64, 1’17’’ (il est alors près de trois mètres devant le second, le Russe Izotov) et l’emporte en 1’44’’20, une longueur devant Dwyer (USA), 1’45’’32 et Izotov, 1’45’’59. Aux mondiaux, Agnel lance le relais quatre fois 100 mètres libre français champion du monde devant les Américains et le relais quatre fois 200 mètres, 4e.

COMBET [Bernard Marcel]

Natation. (Montpellier, 21 septembre 1953-). France. Il apprit à nager dans sa ville natale, mais son père, vendeur de voitures, bougeant beaucoup, Bernard nagea à Marseille (1960-1962), à Toulouse (1963) puis à nouveau à Marseille, au CNM, club auquel il adhéra, comme nageur puis entraîneur, jusqu’en 1991. Il fut le meilleur nageur de brasse français de son époque, battant cinq records sur 100 mètres et 200 mètres brasse, et réussissant le 5e temps mondial en 1975 (1’5’’66). Finaliste européen en 1974, puis mondial en 1975. Après une coupure de quelques années, il revint à la natation, comme entraîneur, à Chalons, au Cannet, à l’île Maurice, puis à Melun et à Annecy.

COMBé [Joseph de]

Natation, water-polo. (19 juin 1901-1965). Belgique. Il remporte deux médailles d’argent aux Jeux de Paris, en 1924, l’une dans le 200 mètres brasse où, en l’absence des Allemands Rademacher et Sommer, il termine derrière Robert Skelton, vainqueur en 2’56’’6. Il devance en 2’59’’2 le deuxième Américain, Bill Kirschbaum, 3’1’’ ; l’autre médaille avec l’équipe belge dans le tournoi de water-polo. Il enlève encore une médaille, de bronze cette fois, en water-polo, aux Jeux d’Amsterdam, en 1928.

COLWYN [Cecil]

Natation. (Port Elizabeth, Province du Cap, Afrique du Sud, 193?- Canada, 2012). Canada. Entraîneur de natation d’Afrique du Sud, où il introduisit les groups d’âge et coacha les nageurs de chaque équipe olympique, de 1945 à 1971. Il fonda l’association des entraineurs professionnels de natation sud-africains. Ses nageurs améliorèrent quatre records mondiaux et remportèrent 45 titres de champions d’Afrique du Sud. Il enseigna en Australie en 1971 et 1972, devint Directeur technique du Canada (1973-1977), où il installa le TAG (top age-group, groupe d’âge d’élite) et un programme d’identification des rencontres de natation. Il fut le premier à conduire une recherche approfondie sur la dynamique des fluides en natation (théorie du vortex) et mise en forme fonctionnelle. Il a écrit plus d’une centaine d’articles et trois livres de référence, Cecil Colwin On Swimming (1969), Introduction To Swimming Coaching (1977), et Swimming Into the 21st Century (1991). Il a publié le Manuel Canadien du Programme de Certification (niveaux 1, 2 et 3). Connu pour ses travaux sur les aspects techniques et historiques de la natation, il a été à la fois un entraîneur, un maître de nage, un administrateur, éducateur, confériencier, chercheur, auteur, caricaturiste et illustrateur. Il a servi dans trois continents, Afrique, Australie et Amérique du Nord. Pendant ses 26 ans de service en Afrique du Sud, il plaça des nageurs dans toutes les équipes olympiques jusqu’au bannissement de l’Afrique du Sud des Jeux olympiques. En 1956, l’équipe nationale olympique était formée exclusivement de ses élèves, les relayeuses du 4 fois 100 mètres, 3e, y compris. Avant qu’il ne quitte le pays, quatre de ses nageurs (dont Ann Fairlie en dos) avaient battu des records mondiaux. Au Canada, sous son impulsion, l’équipe canadienne améliora son pourcentage de finalistes de 5 à 15,4% entre les Jeux olympiques de 1972 et de 1976.

COLELLA [Lynn Ann]

Natation. (Seattle, Washington State, 13 juin 1950- ). États-Unis. Médaillée d’or des 200 mètres brasse et 200 mètres papillon aux Jeux Panaméricains 1971, médaille d’argent olympique du 200 papillon aux Jeux de Munich en 1972, 3e des championnats du monde 1973 (Belgrade) sur 200 brasse et 200 papillon, elle appartient successivement aux clubs de natation de Cascade et de Totem Lakes, avant de rejoindre l’Université de Washington. Son frère cadet Rick COLELLA (14 décembre 1951-) enleva le 200 mètres brasse aux Panaméricains en 1971 et le bronze du 400 mètres quatre nages en 1973 à Belgrade. Il fut 2e du 200 mètres brasse et vainqueur avec le relais quatre nages du championnat du monde 1975 derrière le Britannique David Wilkie, enleva quatre médailles d’or aux Jeux Panaméricains 1975 de Mexico –  100 mètres et 200 mètres brasse, 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages – et le bronze du 200 mètres brasse des Jeux de Montréal, en 1976. Entraîné par John Tallman, Bob Miller et Earl Ellis, il enlève six titres nationaux US et, grâce à son talent versatile, gagne à trois reprises le trophée offert au nageur qui marque le plus grand nombre de points