Catégorie : Biographies

BUCHANAN [Glenn Robert]

(Townsville, 19 novembre 1962-). Australie. Elève de Laurie Lawrence à la piscine Tobruk de Townsville dès l’âge de quatre ans, il quitte la natation pour la « bonne vie » en 1978, déçu de n’avoir pu se qualifier pour les Jeux du Commonwealth. Quatre ans plus tard, bouleversé par les exploits de Tracey Wickham aux Jeux du Commonwealth de 1982, il reprend l’entraînement (alourdi de quinze kilos). Sur 100 mètres papillon, aux Jeux de Los Angeles 1984, où il a retrouvé son poids de forme, 77kg pour 1,80m, il
enlève le bronze, en 53’’85,  à 0’’77 de Pablo Morales (record du monde), derrière Michaël Gross, dans une course dont les six premiers ont amélioré leur record national. Il enlève ensuite le bronze du relais 4 nages (3’43’’25) aux côtés de Mark Stockwell, Peter Evans et Mark Kerry, nageant son parcours lancé dans un assez médiocre 54’’68, qui coûte l’argent à son équipe. Il a créé son école de natation dans le Queensland.

 

VOLLMER [Dana]

Natation. (Syracuse, New-York, 13 novembre1987-). Championne olympique et recordwoman du monde dans le relais quatre fois 200 mètres des Jeux d’Athènes, en 2004, du 100 mètres papillon et des relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages des Jeux de Londres en 2012. Au cours d’une longue carrière, elle obtient de nomreux succès (Jeux, mondiaux, Panaméricains, Panpacifiques et autres Goodwill Games). Née à Syracuse, elle grandit à Granbury, banlieue de Dallas, nage, toute jeune, avec Ron Forrest à Fort Worth, est en 2000, à douze ans, la benjamine des sélections olympiques US pour les Jeux de Sydney, comme en 2001, la plus jeune concurrente des Goodwill Games. Elle connait plusieurs bobos, ennuis de dos et d’épaules, rupture de ligaments croisés mais surtout, en 2003, à quinze ans, elle doit subir une intervention chirurgicale pour corriger une tachycardie supra ventriculaire qui emballe sans crier gare son cœur à 240 battements par minute. Après avoir nagé à l’Université de Floride, elle se transfère à l’Université de Californie Berkeley où elle rejoint les coaches Terry McKeever et Ron Forrest. On soupçonne un syndrome du QT long, une anomalie du système cardiaque, avant d’abandonner ce diagnostic, ce qui n’empêche de requérir un défibrillateur quand elle nage, par mesure de prudence. Après le titre olympique (adorné du record mondial) du quatre fois 200 mètres, elle est encore championne, du monde cette fois, du quatre fois 200 mètres en 2007 et fait aussi partie des relais quatre fois 100 mètres et quatre fois cent mètres quatre nages médaillés d’argent. L’année 2008 est très décevante pour elle. Arrivée aux sélections pour les Jeux olympiques avec plein d’ambition, elle termine 5e du 100 mètres papillon, 7e du 200 mètres libre, et hors des finales du 50 mètres et du 100 mètres, et ne parvient à se qualifier nulle part. En février 2009, elle bat le record du 200 yards de Natalie Coughlin en 1’41’’53. L’été, aux mondiaux de Rome 2009, elle améliore en demi-finales du 200 mètres le record US avec 1’55’’29 et, en finale, où son record est battu par Allison Schmitt en 1’54’’96, et le titre étant dévolu à Federica Pellegrini, 1’52’’98, elle-même enlève le bronze en 1’55’’64. Vollmer lance le relais US (qui sera second de la Chine en 7’42’’56) en égalant son record, 1’55’’29. Peu de temps avant l’été 2011, on parvient à diagnostiquer la raison des brûlures d’estomac qui la font souffrir depuis tant d’années. On a longtemps accusé l’acide lactique, et elle a ôté le lait et le fromage de ses aliments, sans succès. Il s’agissait en fait d’une intolérance au gluten et d’une allergie aux œufs. Aux mondiaux 2011 de Shanghai, Vollmer est encore médaillée : d’or sur 100 mètres papillon, gagné en 56’’87 après avoir nagé 56’’47 en demies ; d’or sur quatre fois 100 mètres quatre nages, en 3’52’’36, avec Natalie Coughlin, Rebecca Soni et Missy Franklin, et où elle nage, lancée, 55’’74 en papillon ; d’argent sur quatre fois 100 mètres, en 3’34’’47 avec Natalie Coughlin, Jessica Hardy et Missy Franklin. Elle termine le relais en 53’’27, se faisant remonter et reprendre par la Hollandaise Femke Heemskerk, 52’’46 (et 3’33’’96). Elle finit 7e sur 50 mètres papillon et 100 mètres crawl.

Mariée le 20 août 2011 à un nageur et étudiant, Andy Grant, Dana s’entraine en Australie avec Milt Nelms : il la fait nager dans les vagues pour qu’elle « surfe » en nage papillon après avoir « pris » une vague et pour cela, nager « plus vite (qu’elle ne l’a) jamais fait. » Aux sélections olympiques US pour les Jeux de Londres, en 2012, elle améliore en 56’’42 le meilleur temps mondial « maillot de bain » sur 100 mètres papillon, se qualifie aussi dans le quatre fois 200 mètres, mais termine 7e du 100 mètres (54’’61). Aux Jeux, elle bat le record mondial en finale dans le temps de 55’’98 après avoir nagé 56’’25, record US, en séries. Elle participe aussi aux relais champions olympiques sur quatre fois 200 mètres (1’58’’31 en séries, 1’56’’02 en finale pour un temps de 7’42’’92) et quatre fois 100 mètres quatre nages (55’’48 en papillon, 3’52’’02, record du monde). Qualifiée sur 100 mètres papillon aux championnats du monde de Barcelone, en 2013, elle est 3e de la finale en 57’’24, loin de ses meilleurs temps et nettement battue par Sarah Sjöström, 56’’53 et Alicia Coutts, 56’’97. Elle gagne l’or avec le relais quatre nages, 3’53’’23, avec un 56’’31 lancé en papillon.

BRUIJN [Inge DE]

Natation. (Barendrecht, 24 août 1973-). Pays-Bas. Entraînée à Eindhoven par Jacco Verhaeren et aux Etats-Unis par Paul Bergen, après des années à fréquenter les places d’honneur, elle change de statut et s’impose en assez peu de temps comme la meilleure nageuse du monde, en même temps que son compatriote et camarade d’entraînement Pieter Van den Hoogenband. A partir de 1991, année où elle est championne d’Europe avec le relais quatre fois 100 mètres et 3e du 50 mètres, Inge multiplie les sélections nationales. Pendant plusieurs saisons et jusqu’aux 1998, elle atteint surtout des places de finaliste dans les grandes compétitions, sans jamais s’imposer. Elle est ainsi 8e du 100 mètres nage libre des Jeux olympiques de Barcelone, en 1992, et atteint même à des podiums (3e sur 50 mètres des championnats d’Europe en 1993, et médailles de relais). Elle n’a pas le feu sacré, au point d’être exclue (pour nonchalance) de l’équipe nationale en 1996 par son entraîneur et fiancé ! Elle s’exile à Portland, dans l’Oregon, et c’est là, sous les ordres de Paul Bergen, qu’elle révise son attitude mentale, la forme de sa nage – optant pour un crawl « moulin à vent » avec les bras tendus – et sa condition physique, pour devenir non seulement la meilleure nageuse du monde, mais aussi celle qui va chambouler les records en sprint. Championne d’Europe 1999 sur 50 mètres libre et 100 mètres papillon, elle écrase les courses de sprint féminin aux Jeux Olympiques de Sydney, où elle enlève le 50 mètres (24’’32), le 100 mètres (53’’83), améliore, en finale, sur 100 mètres papillon, le record du monde (56’’61), et emmène le relais quatre fois 100 mètres néerlandais à la médaille d’argent, méritant ainsi le surnom d’ « Invincible Inky ». Plus tôt dans la saison, elle avait amélioré le record du monde du 100 mètres papillon de plus d’une seconde (56’’69 contre 57’’88) au cours d’un week-end (du 26 au 28 mai) à Sheffield où elle efface quatre records en trois jours. En 2001, aux mondiaux de Fukuoka, Japon, elle enlève les 50 et 100 mètres nage libre ainsi que le 50 mètres papillon. Le temps passant, elle se focalise sur le sprint pur, remporte 50 mètres libre et 50 mètres papillon aux mondiaux 2003. Aux Jeux d’Athènes, en 2004, à 31 ans, elle conserve le titre du 50 mètres devant la Française Metella, est 2e du 100 mètres, 3e du 100 mètres papillon et du relais 4 fois 100 mètres. Elle officialise sa retraite sportive au début 2007, alors qu’elle ne nage plus depuis deux saisons et demie.

On a beaucoup évoqué le dopage pour expliquer le subit changement de statut de De Bruijn, d’une bonne nageuse internationale à l’invincible spécialiste des épreuves courtes en crawl et en papillon. Il y a eu, outre ses performances exceptionnelles, une transformation physique impressionnante. En un an, De Bruijn, nageuse joliment tournée, se vide de son tissu conjonctif. Elle s’athlétise, n’a que la peau sur les muscles, comme ces culturistes en recherche de « sèche ». Parce qu’elle n’a jamais été « positive » aux nombreux contrôles auxquels elle a été soumise, on peut croire qu’Inge a été la première d’une génération de nageuses qui travailleront systématiquement dans le but d’augmenter sa force physique et de diminuer au maximum sa masse de graisse (comme le fera après elle Dara Torres). Elle est capable de grimper à la corde, les jambes en équerre, sur plusieurs dizaines de mètres. Elle utilise aussi un maillot ferme jusqu’au cou dont Paul Bergen estime qu’il fait gagner énormément. Enfin, Paul Bergen l’oblige à adopter, un retour aérien bras tendu à l’imitation de Michael Klim qui vient de remporter sept médailles aux championnats du monde de Perth, en 1998. Cette méthode permettait a nageur de tourner ses bras très vite en appuyant sur le battement de jambes, alors qu’avec le retour bras plié, expliquait-il « je ne pouvais empêcher mes nageurs de tourner les bras moins vite dès que je leur demandais d’appuyer sur leur battement. Or je vis que Klim accélérait sur les bras en même temps qu’il augmentait sa fréquence de jambes. » Inge accepta de mauvaise grâce à changer de style (alors qu’elle était déjà la championne d’Europe sur 50 mètres libre et papillon).

BRUNER [Michael Lee, « Mike »]

Natation. (Omaha, New-England, 23 juillet 1956-). États-Unis. Champion olympique et recordman du monde du 200 mètres papillon (1’59’’23), aux Jeux de Montréal, en 1976, devant ses deux compatriotes, triplé US ; il lança ensuite en 1’52’’35 le relais US vainqueur sur quatre fois 200 mètres (7’23’’22 ; RM) ; champion du monde du 200 mètres papillon en 1978. Excellent nageur de demi-fond, entraîné pendant l’essentiel de sa carrière par Bill Rose, il remporta également des victoires de prestige, sur 400 mètres et 1500 mètres (ou 1650 yards), distances où régnait alors Brian Goodell. Bruner remporta sept titres AAU sur 400 mètres, 1500 mètres et 200 mètres papillon. En 1979, diplômé en arts, il commença à travailler, se maria avec Melanie Watson et ses résultats en natation s’effondrèrent ; sa meilleure place aux championnats US fut 12e. Bill Rose, qui entraînait alors au Canada, lui annonça qu’il rentrait aux USA, et dirigerait les entraînements à Arizona State. Il proposa à Bruner de tenter de conserver son titre du 200 mètres papillon, un exploit inédit. Bruner s’installa avec son épouse à Tempe. Il se mit à la musculation et à la diététique. Son poids de corps, de 75kg (pour 1,79m) à Montréal, descendit à 72kg. Nageur américain de l’année 1980, il enleva trois courses des sélections US pour les Jeux olympiques le 200 mètres papillon en 1’59’’48 malgré un dernier virage raté, le 400 mètres en 3’52’’24 et le 1500 mètres en 15’19’’76. Il apparaissait comme l’un des favoris aux Jeux olmpiques de Moscou que les Américains boycottèrent en raison de l’invasion siviétique en Afghanistan. L’un de ses exploits fut de nager 10.000 yards en 1h39’18’’59 (soit moins d’une minute par cent yards) lors d’une exhibition, rapportant ainsi 43.000$ à son club à Cupertino, De Anza.

BOZON [Gilbert Fernand Charles]

Natation. (Troyes, 19 mars 1935-Tours, 11 juillet 2007). France. Triple recordman du monde : deux fois sur 100 mètres dos, à Troyes, avec 1’3’’3 (1952) et 1’2’’1 (1955) ; une fois sur 200 mètres dos, à Alger, 2’18’’3 (1953). éliminé en demi-finale des Jeux Olympiques de Melbourne en 1956, il avait conquis la médaille d’argent quatre années plus tôt aux Jeux d’Helsinki, en 1’6’’2 derrière de Japonais Oyakawa. Il fut encore recordman du monde du relais quatre nages, en 1953 avec Dumesnil, Lusien et Jany, et champion de France du 200 mètres en 1954 (ex-æquo avec éminente)… en réponse aux moqueries des nageurs de crawl qui raillent le nageur de dos censé pratiquer la « nage à reculons ». Du coup, toujours en 1954, aux championnats d’Europe de Turin, il enlève le 100 mètres dos (1’5’’1) et termine 2e avec le relais quatre fois 200 mètres, en compagnie de Boiteux, Montserret et éminente. Licencié à Châlons-sur-Marne, il avait été formé et entraîné au Racing Club des Cheminots de Troyes par un poissonnier passionné d’entraînement, Jacky Latour, qui l’emmena jusqu’à la médaille d’argent olympique. Mais sa deuxième place fut perçue en termes de défaite (manquant d’expérience, il commit une faute de train ; il était parti trop vite et avait ensuite, à bout de souffle, dû laisser passer Oyakawa). A la suite de quoi il quitta Latour pour Lucien Zins, qui « comprenait » mieux la compétition et dirigeait une grosse équipe au Troyes Olympique Natation. Ayant pris sa retraite en 1957, il se fixa à Tours comme entraîneur et animateur des Jeunesses Ouvrières. L’ouverture en 1962 d’une piscine d’hiver lui permit de créer un des pôles les plus performants de la natation française. Dans sa carrière, il a formé 36 internationaux et entraîné trois sélectionnés olympiques : son épouse, Sylvie Le Noach, Laurence Guillou et Christophe Bordeau. Le grand entraîneur de l’époque, on l’a dit, un poissonnier de profession, Jacques Latour, était l’homme qui avait formé Bozon. Mais en 1952, Bozon, recordman du monde, quittait Latour pour Zins. La chose est banale, mais Latour avait de bonnes raisons d’être ulcéré. Il avait appris la nouvelle par les journaux. Troyes était une grande ville de natation. Quatre clubs s’y partageaient les nageurs. Bozon était licencié à Châlons-sur-Marne, et s’entraînait au RCCT (Racing Club des Cheminots de Troyes). Zins, lui, dirigeait les destinées du Troyes Olympique Natation et avait de bons nageurs sous sa férule. Bozon l’avait préféré parce que, dit-il « il comprenait mieux la compétition. » Sous cet angle, Latour, technicien de grande valeur, manquait d’expérience, chose qu’il a admise devant des témoins.

Ayant quitté Troyes, Bozon se fixe à Tours, où il devient un animateur des jeunesses ouvrières (1957). En 1962, la piscine d’hiver change la donne.

Bozon a « sorti » 36 internationaux durant sa carrière, et entraîné trois sélectionnés olympiques : Sylvie Le Noach, qu’il épousera ; Laurence Guillou ; et Christophe Bordeau.

Nécrologie rédigée pour « L’équipe » Gilbert Bozon, mousquetaire des années 50

Triple recordman du monde, vice champion olympique, Gilbert Bozon, l’un des plus grands champions des années 1950, vient de s’éteindre des suites d’une longue maladie.

Entre 1946 et 1952, la natation française connut une embellie telle qu’on la considéra un temps comme la deuxième du monde. Ses trois mousquetaires s’appelaient Jean Boiteux, Alex Jany et Gilbert Bozon, qui s’est éteint la nuit dernière, des suites d’une longue maladie. Au cours de sa carrière, il battit trois records du monde en dos, deux sur 100 mètres, à Troyes, avec 1’3’’3 (1952) et 1’2’’1 (1955) ; un sur 200 mètres, à Alger, avec 2’18’’4 (1953). En 1952, aux Jeux olympiques d’Helsinki, il conquit la médaille d’argent du 100 dos. Il fut aussi recordman du monde du relais quatre nages (1953), champion d’Europe (1954).

Quand il prit sa retraite, en 1957, il s’installa à Tours et devint l’un des plus fins entraîneurs de l’Hexagone, à preuve les 36 internationaux qu’il sortit et les trois sélectionnés olympiques qui auréolèrent sa carrière : Sylvie Le Noach, finaliste olympique, devenue ensuite son épouse, Laurence Guillou et Christophe Bordeau., sans oublier sa fille, Alicia, l’une des meilleures nageuses françaises de ces dernières années.

Gilbert Fernand Charles Bozon était né à Troyes le 19 mars 1935 dans une famille modeste. Licencié à Châlons-sur-Marne, il avait été formé et entraîné au Racing Club des Cheminots de Troyes par Jacky Latour, fils de pisciculteurs, poissonnier et passionné d’entraînement.

Jacques Latour, autodidacte de la natation, était devenu, par sa curiosité et à force de recherches, un maître technicien. La pratique de la gymnastique, où sa grande taille ne lui permettait aucun à peu près, lui avait appris l’importance du geste juste. Il avait aussi remarqué qu’un lien étroit unissait la beauté d’un mouvement et son efficacité. Il enseigna donc à Bozon comme à ses autres nageurs ce style limpide, exact, qui est la marque des  grands.

Au physique, Gilbert n’avait rien d’un phénomène. Avec son 1,78m, aux Jeux Olympiques de 1952, disparaissait entre ses deux adversaires américains Taylor et Stack, qui frôlaient les deux mètres. Mais il disposait d’une bonne souplesse et surtout d’un battement de jambes énorme, hors normes, qui compensaient cette taille quelconque, une certaine lourdeur musculaire et un petit manque de tonus.

On pourrait aujourd’hui tenir la médaille d’argent olympique de Bozon comme un bel accomplissement, voire l’un des plus grands exploits du sport français. Mais elle fut vécue comme un échec, pire, comme un drame. Bozon et Latour savaient en effet, comme tout le monde autour d’eux, qu’il était le meilleur, le monstre sacré du dos mondial. Pour comprendre le choc que fut cette défaite, imaginez Laure Manaudou battue à Athènes en finale du 400 olympique !

C’est que Latour, technicien de classe, était très loin, comme manager, d’égaler Philippe Lucas ; il commit une série de fautes dont l’addition ne pardonna pas. D’abord, il se laissa embarquer dans un pari stupide ; ayant déclaré à six mois des Jeux que son élève battrait le record d’Europe du 100 dos en juin, il retrouva cette prophétie en gros titres dans les journaux et se sentit contraint de tenir sa parole ! Il amena Bozon à cet exploit, à la piscine parisienne des Tourelles, mais c’était atteindre la forme trop tôt. Ensuite, Latour exigea de Gilbert qu’il passe son CAP d’électricien, à deux mois du rendez-vous olympique d’Helsinki. Latour a fait son mea culpa : « Alban Minville, qui était le patron de la natation française avait proposé à Bozon de se préparer en bassin olympique à Lespinay, dans les meilleures conditions. Mais je l’ai forcé à rester passer son brevet sous prétexte que: « ce n’est pas la natation qui te fera manger. » J’ai eu tout faux. L’avenir a prouvé que c’est la natation qui l’a nourri. Son brevet d’électricien ne lui a jamais servi à rien, si ce n’est à perdre la finale olympique. »

 Gilbert resta à Troyes. Pour retrouver les sensations et les conditions du grand bassin, la municipalité de Troyes fit monter deux rails dans une gravière, et fixer deux planches : Gilbert nagea comme dans une ligne d’eau de 50m dans la gravière. « Entre le CAP et la gravière, il est arrivé sans tonus aux Jeux d’Helsinki, raconte Latour.

Toutes ces fantaisies firent en effet que Gilbert, aux Jeux olympiques, se retrouva émoussé ; comme par réaction, il eut un réflexe qu’on pourrait appeler de fuite en avant : il partit trop vite, et ne put empêcher le retour d’Oyakawa. Gilbert eut beaucoup de mal à finir 2e. Oyakawa avait nagé une grosse seconde moins vite que Gilbert deux mois plus tôt aux Tourelles !

L’effet de cette déception fut que, peu de temps après, Gilbert rejoignit un formidable homme de bassin, Lucien Zins, qui, troyen également, dirigeait une forte équipe, et lui apporta une autre approche du sport. La décision fit des vagues. « Le pire, raconte Latour, c’est que j’ai appris ça par les journaux. Zins lui avait offert un vélo et un survêtement. Mais bon, je comprends le gamin, ils étaient pauvres, sa mère était gravement malade et son père travaillait comme maçon. »

Bozon, lui, a donné une autre raison à son choix : Zins, dit-il, « comprenait mieux la compétition. Il y avait une approche de grand large, qui respirait mieux, loin de l’ambiance étriquée du club corporatif d’où je venais. »

Le changement d’entraîneur ne nuisit pas à sa progression. Sous la férule de Zins, Bozon améliora deux autres records mondiaux. Mais en 1956, forme perdue, il ne put faire mieux que demi-finaliste. En fait, il ne nageait presque plus ; il semble qu’il ne se soit rendu aux Jeux de Melbourne que parce que « c’était ça où la guerre d’Algérie. »

Carrière achevée, Bozon se fixa à Tours, où il devint entraîneur et animateur des jeunesses ouvrières. L’ouverture, en 1962, d’une piscine d’hiver lui permit de créer un des pôles les plus performants de la natation française. Gloire oubliée, il devint pendant près d’un demi-siècle cet entraîneur méticuleux et discret qui cachait une forme de timidité derrière un bouc méphistophélique. Il appréciait peu les média dont il semblait toujours se méfier et n’y livrait des confidences qu’au compte-goutte, ne s’écartant pratiquement jamais des considérations purement techniques. Ce qui ne l’empêcha guerre de former 36 internationaux, d’entraîner trois sélectionnés olympiques : son épouse, Sylvie Le Noach, Laurence Guillou et Christophe Bordeau et d’occuper pendant de longues années un poste d’entraîneur national. L’équipe adresse toutes ses condoléances à l’épouse de Gilbert Bozon, Sylvie, et à ses enfants, Dolorès, Gilles, Alicia et Clara.Éric Lahmy

BRIDGEWATER [Bradley Michael « Brad »]

Natation. (Charleston, West Virginia, 29 mars 1973-). États-Unis. Dossiste de 1,90m pour 84kg, entraîné par Fred Tyler à l’école de Lake Mary (Floride), puis de 1992 à 1994 aux Texas Longhorns avant d’être transféré à USC de 1994 à 1996 où il fut entraîné par Mark Schubert, quand il devint à Atlanta champion olympique du 200 mètres dos, en 1’58’’54 devant son équipier Tripp Schwenk, 1’58’’99 et l’Italien Manuele Merisi, 1’59’’18, après s’être imposé comme le plus rapide dès les séries, en 1’59’’04. Il fut encore 2e du 200 mètres dos des championnats du monde en petit bassin en 2000, derrière le Croate Kozulj. Il est devenu un homme d’affaires.

BRICKER [Erica Eloïse]

Natation. (Woodland, Californie, 23 mai 1949-). Gagnante du 100 mètres des Jeux panaméricains 1967 de Winnipeg, en 1’0’’89, devant Marion Lay et Pokey Watson, elle avait nagé la distance en 59’’9, à une seconde du record du monde de Dawn Fraser, mais fut évincée de son club (Los Angeles A.C.) par Peter Daland sous le prétexte qu’elle n’avait pas de tripes (« she has no guts »). Ce qui est sûr, c’est que cette belle nageuse de 1,75m pour 64kg qui n’aimait pas les longues distances à l’entraînement avait du talent. Elle nagea à quinze ans dans le relais US des Jeux de Tokyo.

BRETTING [Kurt]

Natation.- (Magdeburg, 6 juin 1892-Merville, 30 mai 1918). Allemagne. A Bruxelles, dans un bassin de 25 mètres, le 6 avril 1912, ce nageur du SC Hellas Magdeburg améliora le record du monde du 100 mètres de Charles Daniels en 1’2’’4 (contre 1’2’’6). 4e de la finale de la course aux Jeux olympiques de Stockholm en 1’5’’8 (après avoir gagné sa demi-finale en 1’4’’6), et 4e avec le relais quatre fois 200 mètres. Il fut tué en action pendant la Première Guerre mondiale à Merville, dans le nord de la France.

BRÉMOND [Karine]

Natation. (Aix-en-Provence, 17 juin 1975-). France. Elle débute la natation à huit ans. Après douze titres de championne de France (dont huit d’été), du 100 mètres brasse en 1994 et en 1996, du 200 mètres brasse en 1992, 1994, 1996, 1997 et 1998, elle détient alors les records de France en grand (2’29’’96) et en petit (2’26’’58) bassin. Généreuse, affable, personnifiant l’esprit sportif, cette employée de mairie d’Istres, a pour entraîneur Eric Gastaldello. C’est une athlète fine (1,74m, 58kg) qui pense raccrocher fin 1998; mais elle change d’avis, et se qualifie pour les Jeux olympiques de Sydney. Sur la route des Jeux, elle est 3e du 200 mètres brasse (2’28’’20, record de France) des championnats d’Europe, après avoir amélioré déjà son récent record de France, 2’29’’81, en séries, en 2’28’’90) début juillet à Helsinki. En séries des Jeux olmpiques, elle améliore le record de France du 200 mètres brasse avec 2’27’’13, 4e temps général. En demi-finale, en 2’27’’86, elle termine 9e et rate la finale d’une seconde (2’26’’82 par Amanda Beard). Quatre ans plus tôt, elle avait nagé à Atlanta.

BREMBILLA [Emiliano]

Natation. (San Pietro, près de Bergame, 21 décembre 1978). Italie. Il est découvert très jeune, à Bergame, par Dusco (Jean Douchan) Le Cabec, il brille dans les catégories juniors. Il abandonne Le Cabec, dans lequel il voit le prototype de l’entraîneur dictateur, adepte de kilométrages vertigineux, qui ne veut pas que son protégé aille à l’école, et l’assomme d’entraînement avec « beaucoup de quantité, peu de qualité. » Il quitte Bergame pour Alberto Castagnetti et Gianni Nagni à Vérone. Double champion d’Europe 1997, à Séville, où il enlève 400 (3’45’’96) et 1500 mètres (14’58’’65), il perd ses titres en 1999, à Istanbul, où il est battu par Palmer, 3’48’’12 contre 3’48’’50. 2e du 1500 mètres derrière Grant Hackett, 15’0’’59 contre 14’51’’70 aux mondiaux 1998 à Perth, il est victime en avril d’un accident de la circulation dont il aura du mal à se
remettre. 4e du 400 mètres (3’47’’01) aux Jeux de Sydney en 2000 et 3e (3’45’’11) aux mondiaux de Fukuoka en 2001, il retrouva en 2000 (3’45’’11), 2002 (3’45’’70) et 2004 (3’49’’14), le titre européen du 400 mètres. Il continue de nager à un bon niveau international, améliorant encore en 2009 son temps sur 200 mètres (1’46’’29), participant à ses huitièmes championnats d’Europe et montant sur les podiums (sur 200 mètres et 400 mètres) à ses dix-septièmes championnats d’Italie, en 2010.