Catégorie : Enquètes

LES FEMMES NAGERONT-ELLES PLUS VITE QUE LES HOMMES ?

Par Eric LAHMY                                                     Dimanche 3 Mai 2015

L’Américain Philip Whitten, l’un des auteurs les plus pointus et prolifiques de la natation, vient de signer une chronique assez suggestive, que j’ai trouvée sur le site de la Fédération américaine, USA Swimming, et intitulée : « une nageuse battra-t-elle jamais un record du monde masculin ? »

En m’apprêtant à lire ce sujet type idéal de conversation au Café du Commerce, je ne vous cacherai pas que je maugréai déjà : bien sûr, puisque cela a déjà eu lieu, et me faisais un devoir d’envoyer ces infos au collègue quand, avançant dans ma lecture, je m’aperçus qu’il connaissait la chose. En 1923, une très belle nageuse de dix-huit ans, l’Américaine Sybil Bauer, avait, nous dit Whitten, établi un record mondial supérieur (de quatre secondes) à celui des hommes sur 440 yards dos. Elle avait nagé aux Bermudes la distance en 6’24’’8, qui plus est dans des conditions rigoureuses, puisqu’en bassin de 55 yards. Le record ne fut pas reconnu par la FINA pour des raisons administratives, sans qu’on puisse sérieusement mettre en doute la véracité de l’exploit qui mettait bout à bout quatre 110 yards en 1’36’’2.  

Les deux autres fois qu’un « record » féminin améliora celui des hommes, nous signale Whitten, ce fut à l’occasion de la traversée de la Manche. En 1926, une certaine Gertrude Ederlé traversa le Pas de Calais en 14h39’. Le record, détenu par un homme, était de 16 heures. 52 années plus tard, Penny Dean, une redoutable nageuse de très longues distances, pulvérisa, cette fois avec 7h40’, le record (hommes et femmes) de la Manche. Ce temps tint debout 16 années, et fut amélioré par un « élève » de Penny Dean, Chad Hundeby.

Dans d’autres occasions, que Whitten ne relève pas, des performances absolues ont été établies par des nageuses. J’ai retrouvé la traversée du Catalina Channel par Lynn Cox, 8h48’ le 22 septembre 1974, améliorant de deux secondes le record (David Cox, le 1er septembre 1972) ; record battu successivement par deux autres femmes, Marybeth Golpo, 8h43’16’’ et la légendaire Penny Dean, 8h33’. Le dernier mot semblait être revenu à Peter Huisveld, 7h37’31’’ le 20 août 1992. Mais le 5 octobre 2012, Grace van der Byl signait un 7h27’25’’ qui redonnait la suprématie au sexe « faible ». Depuis, elle a nagé en 7h14’ et laissé quelques mecs dans son sillage. 

Whitten ne cache pas que sa question lui est venue des exploits en demi-fond de Katie Ledecky, et notamment d’une récente coïncidence, dans un meeting où, en séries Ledecky réalisa, sur 400 mètres, exactement le même temps, au centième de seconde près, qu’un certain Michael Phelps.

Mais revenons, voulez-vous, au record battu voici 92 ans par Sybil Bauer. Il appartenait à Harold Hermann « Stubby » Kruger, qui était assez bon nageur de dos pour avoir terminé 5e de la finale olympique en 1920. Stubby était plus connu pour son numéro de plongeons comiques, effectué avec un compère qui deviendrait immensément célèbre, Johnny Weissmuller. Dans l’un de leurs vaudevilles, on voyait Weissmuller arborer une médaille sur sa poitrine. Kruger venait l’admirer, puis se tournait et lui montrait sa médaille, accrochée au dos de son maillot. Weissmuller lui demandait le pourquoi d’une telle originalité… Et Kruger, l’air important : « parce que je nage en dos.” Cela dit, sans vouloir diminuer les mérites de Sybil Bauer, qui était une très bonne dossiste, Kruger, lui, n’était pas un si grand champion; en outre, le 440 yards dos était plutôt délaissé, rarement nagé; aussi le succès, obtenu en bassin d’eau de mer, dans une eau très porteuse, de Bauer, reste, quoique marquant, assez anecdotique. Quand elle remporta le 100 mètres dos des Jeux olympiques de Paris, Sybil, 1’23’’2, resta à distance respectueuse des 1’13’’2 de Warren Kealoha, le vainqueur masculin.

DANS VINGT ANS ON SERA TOUS DES UNISEXES

Interrogé par Whitten, Frank Busch, le DTN américain, s’est amusé à répondre à la question de savoir si une femme, un jour dépasserait les hommes : « ça se discute, de toutes façons, dans vingt ans, nous serons tous des unisexes. » Puis il a raconté ces anecdotes nombreuses où, à l’entraînement, dans certaines circonstances, les filles battaient les garçons avant d’ajouter : « mais l’entraînement est une chose, la compétition une autre, et je doute que nous puissions voir un jour une nageuse, même aussi dominante que Katie Ledecky, battre les garçons. » Le coach de l’Université du Texas, Eddie Reese, sans croire le moins du monde dans ce scénario futuriste, admet que « les filles sont plus coriaces que les garçons et nous les voyons battre les hommes à l’entraînement, surtout dans des tests très éprouvants.  Plus la distance s’allonge, plus les femmes se rapprochent. Les hommes disposent d’une plus grande force, mais les femmes ont une endurance supérieure, et une capacité aérobie relativement supérieure. De ce fait, si un jour une femme battra les hommes, ce sera sur une longue distance. Elle devra aussi être ce que j’appelle une briseuse de barrières, comme Katie Ledecky. »

Et, en effet, cette femme telle qu’il l’imagine devra être une conquérante, que l’idée de limites n’effleure pas. Pour ce qui est des différences entre les records, il est un fait que les écarts entre les records hommes-femmes s’amenuisent en fonction inverse de la distance, en passant du 50 au 1500 mètres :

50 mètres    20’’91    (Cesar Cielo)         23’’73    (Britta Steffen)    Différence : 13,4%

100 mètres  46’’91    (Cesar Cielo)        52’’07     (Britta Steffen)      Différence : 10,9%

200 mètres   1’42’’   (P. Biedermann)   1’52’’98    (F. Pellegrini)      Différence : 10,7%

400 mètres   3’40’’07 (P. Biedermann)   3’58’’37  (K. Ledecky)        Différence : 8,3%

800 mètres   7’32’’12 (Zhang Lin)            8’11’’     (K. Ledecky)        Différence : 8,5%

1500 mètres 14’31’’02 (Sun Yang)         15’28’’36  (K. Ledecky)      Différence : 6,5%

Au vu de ces chiffres, la tendance peut être de se dire que les différences entre les records messieurs et dames s’estompent quand les distance augmentent, et que plus loin, il devrait y avoir un point où ces courbes se rejoignent et s’inversent. Et il est vrai que c’est arrivé, on l’a vu, sur les très longues distances des raids au large. Mais l’influence des courants est telle dans ce domaine que rien n’est sûr. A Londres, le marathon (10km) a été gagné chez les hommes par Mellouli en 1h49’55’’1, le féminin par Eva Risztov en 1h57’38’’2. Whitten ne l’évoque pas, peut-être parce que ces résultats ne servent pas son sujet ? En effet la différence ici est un petit peu plus élevée que dans le record du 1500 mètres. Elle est de l’ordre de 7%.

D’un autre côté, on l’a vu, sur des raids de l’importance de la Manche ou du détroit de Catalina, les femmes ont été souvent devant les hommes, et, quelles que soient les influences des courants et autres aléas, ou même encore s’il s’avère que les femmes qui réussissaient le faisaient parce qu’elles analysaient mieux les conditions de telles randonnées où, au-delà de la performance physique, il faut savoir naviguer, il y a de quoi réfléchir. Après tout, le sport est aussi une question de jugeotte!

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Selon Whitten, « nous pouvons raisonnablement penser que dans 45 à 50 ans, les records féminins seront aussi rapides que ceux des hommes d’aujourd’hui. En d’autres termes, les femmes ont le potentiel de nager plus vite que les records masculins actuels. Peut-être ce dont elles ont besoin est d’essayer de se mettre en pensée dans un mode futur : imaginer que nous sommes en 2065 et attendre que les femmes les plus rapides nageront sous les 47’’ au 100 mètres, moins de 2’7’’ au 200 mètres brasse, etc. »

Deux ou trois choses me frappent dans ce raisonnement de Whitten : d’abord, c’est ce sentiment qui agace tout nageur d’une génération passée face aux progrès de la génération suivante : « ah, si j’avais su », ou « ah ! si nous avions cela de mon temps. » Mais il est un peu puéril de songer qu’il suffise de se « mettre en pensée dans un mode futur. » Parce qu’en fait, nul ne sait très bien où vont se nicher les progrès à venir. On a vu dans le passé par exemple des nageurs atteindre une stature sans précédent pour une chose qu’ils faisaient, mais que personne n’avait analysée et encore moins reprise. Par exemple, comme Dick Cleveland, qui faisait de la musculation, ou, comme Duke Kahanamoku, qui était un surfeur ou, comme Ada Kok, qui fréquentait une salle de boxe, ou, comme Shane Gould, fille du plein air, qui avait grimpé aux arbres, varappé et jamais cessé de jouer dans la nature pendant toute son enfance, se donnant des bras et des jambes d’acier. Ces réussites en leur temps n’influencèrent pas (ou si peu) le petit monde de la natation fasciné par le mantra: pour nager vite, il faut nager plus (mantra qui n’est pas faux, mais court). D’une certaine façon, l’entraînement moderne, actuel, est né quand Janet Evans a tourné ses bras tendus et poussé sur un battement qui était un  battement de dauphin alternatif, ou quand Inge de Bruijn est arrivée armée et casquée, telle une moderne Walkyrie, sur le marché (et a été accueillie par un soupçon assez généralisé), ou encore quand Dara Torres s’est donnée à 40 ans les moyens de corriger des filles deux fois plus jeunes, ou encore quand Dave Salo a commencé à critiquer les entraînements marathons dans sa chronique dans Swimming World. Mais il a fallu aussi que ces innovateurs soient suivis, et leurs découvertes analysées et comprises. Et tout cela dans un brouhaha incessant, des désaccords de principe, des remises en cause, la vie quoi!

Ensuite, la question que Whitten posait au départ n’était pas de savoir si les filles de l’an 2080 iront plus vite que les garçons de l’an 2015, ce dont tout le monde se moque bien (les filles de 2012 n’ont-elles pas battu les temps de Don Schollander en 1968 sur 200 mètres, comme les filles de 1968 avaient battu les temps de Johnny Weissmuller en 1928, etc.  etc. ??), c’était de savoir si elles iront plus vite que les garçons de l’an 2080. Il n’y a pas trop de raisons de le croire, pas plus qu’en 1975, quand des penseurs de course à pied, influencés par les exploits de Shane Gould, ou encore de marathoniennes malheureusement assez souvent dopées, ont commencé à divaguer sur « la femme athlète à ferment » donc super résistante destinée à devenir à brève échéance plus rapide que l’homme, (sur une musique de Jean Ferrat)?

Enfin, tabler sur un progrès futur en fonction d’un progrès passé est chose très puérile. La suite du chemin ne se lit pas dans le rétroviseur, on risque de rater un virage. Exemple? Les records ne cessent d’évoluer, mais beaucoup moins vite que par le passé et à force d’avoir bossé sur la force, la résistance, la technique, on approche certaines limites peut-être pas infranchissables, mais beaucoup plus difficiles à surpasser. Ledecky est épatante, mais à côté de ça, rien ne bouge et le record du monde du 100 mètres brasse de Peaty – aidé d’ailleurs par la nouvelle « tricherie autorisée » par la FINA d’effectuer un dauphin dans sa coulée –  a été accueilli en Grande-Bretagne comme si ce jeune homme d’ailleurs fort sympathique avait changé l’eau en vin!

Pour tout vous dire, 1° je ne parierais pas sur un 100 mètres dames nagé en 47 » en 2080… 2°) Si oui, un homme nagera en 43 ».

SHANE GOULD, LA LEDECKY DE 1973

Je crois que l’un des risques de ces sortes d’analyses est de généraliser à partir de cas d’espèces. En 1973, une nageuse, Shane Gould, détint tous les records du monde de nage libre féminin, du 100 mètres en 58’’5 au 1500 mètres en 16’56’’9. Ils étaient séparés des records messieurs de respectivement 7’’3 (100 mètres) et de 1’4’’4 (1500 mètres), soit, en pourcentage des records masculins, 14% (100 mètres) et 6,7%  (1500 mètres) ! Gould était une immense nageuse de demi-fond qui était venue chatouiller les sprinteuses (et qui avait pris sa retraite à 16 ans). En s’emparant du record du 100 mètres, elle démontra, ce que personne ne vit alors, l’énorme retard du sprint féminin. Il n’en reste pas moins que depuis février 1973, c’est surtout EN SPRINT que les femmes se sont rapprochées des hommes, grâce à l’extraordinaire athlétisation, réalisée en quelques décennies, du « deuxième sexe » cher à Simone de Beauvoir ! Et si Gould, sans doute l’une des trois ou quatre plus grandes nageuses du siècle passé, nageait aujourd’hui, je crois que Ledecky se présenterait un peu moins sûre d’elle-même aux mondiaux de Kazan… En revanche, je ne suis pas sûr que Gould représenterait une menace pour les sprinteuses actuelles ! (Mais elle aurait pu être elle aussi considérablement ‘’athlétisée’’)…

ON DEMANDE UNE MUTATION GENETIQUE

L’un des meilleurs arguments tendant à démontrer que les femmes ne risquent pas de battre les hommes dans l’eau, c’est que, quand certains systèmes essaient de tricher, notamment pour essayer de dépasser les limitations de la féminité, ils utilisent des hormones mâles. Le dopage le plus efficace, c’est la testostérone, et, donc, la virilisation!

Alors ? La seule raison qui pourrait selon moi amener les femmes à battre les hommes serait une mutation génétique. Improbable mais pas impossible. Les hommes ont de tous temps été plus grands et forts que les femmes pour des raisons génétiques complexes. Chez certaines espèces, une distribution des cartes différentes a fait le mâle plus petit et plus faible. Il en va ainsi chez certains types d’autruches, chez la hyène, chez certaines araignées, etc. La taille supérieure de la hyène femelle a assuré la survie de l’espèce, les mâles ayant la regrettable habitude de se nourrir des petits. Les femelles moas (sortes d’oiseaux géants aujourd’hui disparus) ont dépassé la taille des mâles parce qu’en l’absence de prédateurs, le développement des individus a nettement avantagé les femelles. Certains poissons, comme l’espadon, on réglé la question à leur façon. Ils sont mâles jusqu’à 90 kilos, femelles ensuite!

Et nous, dans tout ça? On peut toujours s’amuser à imaginer des circonstances  provoquant une inversion du rapport de taille et de force femmes-hommes (Robert Merle en avait fait un roman de science-fiction, Les Hommes Protégés). Les idées ne manquent pas, pour justifier cette évolution, que cependant rien ne nous permet d’envisager aujourd’hui!.

Mais faisons confiance à la nature et laissons tout cela. Demandons-nous maintenant ce que va nous faire Katie Ledecky!

BROUILLARD FRANÇAIS ET REALISME BRITISH

 

Par Eric LAHMY                                     Jeudi 2 Avril 2015

On a souvent dit que l’une des actions qui firent la fortune des années de Claude Fauquet à la Direction technique de la natation française fut le choix de minima élevés. On sait combien il fut difficile de se montrer aussi exigeant que l’ancienne direction technique, combien ses choix ne pouvaient faire l’unanimité (sauf contre elle), tant ils allaient à l’encontre d’intérêts particuliers, tel élu local influent, tel entraîneur de renom, essayant de sauver la mise de leur nageur ou nageuse.

Nous avons ici laissé au cours des derniers mois s’exprimer un certain scepticisme quant à la façon dont cette partie du legs a été peu à peu érodée, ratiboisée, remise en cause par les épigones, qui, surfant sur l’erre créée par Fauquet, détruisaient en fait ce système gagnant pour plaire à qui de droit.

Aujourd’hui, l’œuvre de démantèlement de ce pan d’une politique est achevée. Les intentions ne sont pas en soi mauvaises, puisqu’il s’agit de maintenir à flot ou de récupérer les anciens et d’encourager les jeunes (déclaration d’hier du directeur adjoint de la natation de course sur le site fédéral). Tout cela est bien mignon, mais autant dire que le processus régressif est enclenché…

La natation française achève de se dévitaliser par la baisse de ses objectifs, par la petitesse de ses exigences, par la reprise en mains de ceux qui voient midi à leur porte, ou qui croient que l’effort ayant été consenti, on peut maintenant se reposer sur ses lauriers, et naviguer à vue sur le lac de la haute compétition.

Croit-on pouvoir revitaliser une épreuve faible en emmenant « tel ou tel » à la compétition-phare afin de l’aguerrir ? Ne sait-on pas que pour les « tel ou tel » en question, il s’agira bien souvent d’un bâton de maréchal. Et au lieu de s’aguerrir, ils se décourageront en songeant qu’ils ne sont pas à la hauteur… Quand ils n’entraîneront pas les autres vers le bas.

Non seulement la natation française n’est plus exigeante, et donc chutera bien évidemment, si ce n’est déjà fait, mais elle est entrée dans une contraction, une régression dont elle ne se relèvera pas avant longtemps. On n’aimerait pas que Francis Luyce boucle ainsi la boucle. Et qu’ayant pris la natation en assez mauvais état, il la laisse dans un état pire encore. On ne l’aimerait pas pour lui, et encore moins pour le sport !

MAMAN LES P’TITS BATEAUX

Car la natation est le sport le plus exigeant, ce n’est pas un lac, mais une mer agitée, et y jouer à maman les petits bateaux, c’est aller au naufrage.

Ceux qui ont compris cela, ce sont les Britanniques. Avez-vous leurs minima pour Kazan ? Ouh ! la la… Si vous aimez les thrillers, lisez ce qui suit…

Classiquement, les Britanniques ont décidé de sélectionner 30 filles et garçons. Donc une équipe resserrée. Selon les règlements internationaux, pas plus de deux nageurs n’entrent dans une épreuve. Six sélections au maximum peuvent être à la discrétion du head coach et du Comité de sélection. Jusque là, on est dans le classique. Mais peu à peu la terreur s’installe…

La rigueur britannique se lit dans les minima choisis. La Grande-Bretagne est exigeante, elle sort de Jeux olympiques et de championnats mondiaux qu’elle a trouvé décevants, et ses minima sont extraordinairement difficiles. Cela est le signe d’une ambition très élevée. Les nageurs britanniques sont avertis. Il faudra nager très vite aux championnats de Grande-Bretagne, les 14-18 Avril dans le bassin olympique de Londres.

Non seulement cela, mais les Britanniques n’ont pas tenu compte des courses FINA, 50 mètres dos, brasse et papillon, 1500 mètres dames, 800 mètres messieurs, relais mixtes ces épreuves folkloriques que l’organisme qui prétend diriger la natation (et, hélas, la dirige) essaie de lancer et d’imposer à un Comité International Olympique qui ne rêve, lui, que de réduire un programme qui s’alourdit d’année en année. Les nageurs qui réussiront des temps dans ces courses non-olympiques ne pourront être inscrits qu’à condition d’avoir souscrits aux minima dans les seules épreuves olympiques. Nos amis d’outre Manche sont sérieux. Ils ne prêtent pas attention au programme bidon de mister Marculescu.

Dans chaque épreuve, ces minima sont tellement plus stricts que les français qu’on se demande si nous pratiquons le même sport des deux côtés du Channel.

DES MINIMA QUI CAUSENT

Ici, voici les minima comparés des Français et des Britanniques. Après les avoir lu, demandez-vous quelle est la natation ambitieuse…

 

Dames

50 METRES, France, 25’‘23,       Grande-Bretagne, 24’’35

100 METRES, France, 54’‘90,     Grande-Bretagne, 53’’43

200 METRES, France, 1’58’‘70,  Grande-Bretagne, 1’55’‘93

400 METRES, France, 4’09’‘80,  Grande-Bretagne, 4’04’‘47

800 METRES, France, 8’34’‘30,  Grande-Bretagne, 8’21’‘22

1500 METRES, France, 16’26’‘40, Grande-Bretagne, NON

50 DOS, France, 28’‘60,            Grande-Bretagne, NON

100 DOS, France, 1’01’‘25,       Grande-Bretagne, 59’‘59

200 DOS, France, 2’11’‘10,       Grande-Bretagne, 2’08’‘55

50 BRASSE, France, 31’‘50,       Grande-Bretagne,  NON

100 BRASSE, France, 1’8’‘36,    Grande-Bretagne, 1’06’‘51

200 BRASSE, France, 2’27’‘90,  Grande-Bretagne, 2’23’‘05

50 PAP, France, 26’‘54,             Grande-Bretagne, NON

100 PAP, France, 58’‘90,           Grande-Bretagne, 57’‘43

200 PAP, France, 2’9’‘40,          Grande-Bretagne, 2’06’‘81

200 4 NAGES, France, 2’13’‘98, Grande-Bretagne, 2’10’‘20

400 4 NAGES, France, 4’44’‘50, Grande-Bretagne, 4’33’‘01

4X100, France, 3’39’‘44,           Grande-Bretagne, 3’34’’40

4X200, France, 7’54’‘96,           Grande-Bretagne,7’45’’58

4X1004NAGES, France, 4’3’‘77, Grande-Bretagne, 3’55’’60

 

Messieurs

50NL, France, 22’‘25,               Grande-Bretagne, 21’’65

100NL, France, 48’‘90 ,            Grande-Bretagne, 48’’13

200NL, France, 1’48’‘37,          Grande-Bretagne, 1’45’’63

400NL, France, 3’49’‘50,          Grande-Bretagne, 3’44’‘58

800NL, France, 7’57’‘69,          Grande-Bretagne, NON

1500N, France, 15’13’‘98,        Grande-Bretagne, 14’51’‘06

50 DOS,  France, 25’‘40,         Grande-Bretagne, NON

100 DOS, France, 54’‘40,        Grande-Bretagne, 53’‘12

200 DOS, France, 1’58’‘50,     Grande-Bretagne, 1’55’‘30

50 BRASS, France, 27’‘58,      Grande-Bretagne, NON

100 BRA, France, 1’0’‘44,        Grande-Bretagne, 59’‘58

200 BRA, France, 2’11’‘71,      Grande-Bretagne, 2’8’‘34

50 PAP, France, 23’‘53,           Grande-Bretagne, NON

100 PAP, France, 52’‘52,         Grande-Bretagne, 51’‘69

200 PAP, France, 1’57’‘,          Grande-Bretagne, 1’55’‘29

200 4N, France, 1’59’‘99,         Grande-Bretagne, 1’57’‘83

400 4N, France, 4’19’‘,             Grande-Bretagne, 4’10’‘49

4X100, France, 3’15’‘72,          Grande-Bretagne, 3’12’’63

4X200, France, 7’13’‘68,          Grande-Bretagne, 7’4’’40

4X1004nages, France, 3’36’‘81, Grande-Bretagne, 3’31’’89

 

Maintenant, essayons de comprendre ces minima. Sur 50 mètres messieurs, 22’’25, minimum français, correspond au temps du 16e nageur des séries des championnats du monde de Barcelone. Sur 100 mètres, 48’’90 est très proche du 16e temps. Le minimum français du 200 mètres, c’est aussi le 16e temps de Barcelone. Vous avez compris le système ? Les techniciens français disent à leurs nageurs : nous visons la demi-finale. C’est la place de la France. Le classement de la FINA tient compte des 16 meilleurs nageurs classés, c’est ce qui nous intéresse. Le système de la FINA donne autant de considérations à deux 9e de courses qu’à un vainqueur. On va marquer des points avec des demi-finalistes, ça va faire monter le schmilblick et on va vendre ça à l’opinion et au Ministère. C’est pas nous les plus forts ? Mais les plus malins !

Les minimas britanniques, d’un autre côté, sont plus qu’exigeants. Ils paraissent aberrants. Soyons clair : ILS SONT TERRIBLES.

COCORICO ET GOD SAVE THE QUEEN

Dans cinq épreuves masculines, ces minima sont supérieurs en valeur aux records nationaux : sur 50 mètres (record, Benjamin Proud, 21’’76), 100 mètres (Simon Burnett, 48’’20), 200 mètres (Robert Renwick, 1’45’’99), 200 mètres dos (James Goddard, 1’55’’58), 400 mètres quatre nages (Daniel Wallace, 4’11’’04).

Sur 400 mètres, le record de James Guy est exactement le minimum exigé (3’44’’58). Sur les sept autres distances, les records britanniques sont meilleurs que ces minima : 1500m (David Davies, 14’45’’95), 100 mètres dos (Liam Tancock, 52’’73), 100 mètres brasse (Adam Peatty, 58’’68), 200 mètres brasse (Ross Murdoch, 2’7’’03), 100 mètres papillon (Michael Rock, 51’’41), 200 mètres papillon (Michael Rock, 1’54’’58), 200 mètres quatre nages (James Goddard, 1’57’’12).

Comme en outre certaines de ces records datent de l’ère polyuréthane et n’ont pas été rejoints, la probabilité qu’ils soient dépassés à Londres reste faible. C’est dire.

Ces demoiselles n’ont pas été logées à meilleure enseigne, mais leur valeur internationale, supérieure à celle des garçons, leur assure un bien meilleur traitement.

Les records britanniques féminins outrepassent les minima sur 50 mètres (Francesca Halsall, 23’’96), 100 mètres (Francesca Halsall, 52’’87), 200 mètres (Joanne Jackson, 1’55’’54), 400 mètres (Joanne Jackson, 4’0’’60), 800 mètres (Rebecca Adlington, 8’14’’10), 100 mètres dos (Gemme Spofforth, 58’’12), 200 mètres dos (Gemma Spofforth, 2’6’’66), 100 mètres brasse (Sophia Taylor, 1’6’’35), 100 mètres papillon (Ellen Gandy, 57’’25), 200 mètres papillon (Ellen Gandy, 2’4’’83), 200 mètres 4 nages (Siobhan Marie O’Connor, 2’8’’21), 400 mètres quatre nages (Hannah Miley 4’31’’33).

Seuls le record britannique du 200 mètres brasse (Molly Renshaw, 2’23’’82) est inférieur en valeur au minimum. Comme la plupart de ces records ont été réalisés en polyuréthane par des nageuses qui ne sont plus en activité, cette meilleure position des femmes est quand même un peu illusoire.

Le message british à leurs nageurs est aussi clair que celui des Français. Il se lit comme cela : la compétition internationale, aux championnats du monde,  est peuplée de natations hyper-fortes, l’Américaine, l’Australienne, la Japonaise, et de groupes de valeurs, Espagnoles, Canadiennes, Hongrois, Sud Africains, Français, Chinois. Nous dépensons beaucoup de moyens pour vous offrir les meilleures conditions pour vous mesurer aux meilleurs d’entre ceux là. Mais nous ne vous laisserons pas tomber, ou être finir dans les choux. On ne vous lâchera dans cette jungle que si vous êtes surarmés. Si vous ne l’êtes pas, il y a plein de compétitions au programme en 2015. On vous y enverra en fonction de vos compétences afin de vous aguerrir. Honni Soit Qui Mal Y Pense et God Save the Queen.

Cela dit, il sera intéressant de voir comment les sélectionneurs britanniques vont pouvoir monter une équipe sur des chiffres aussi inflexibles.

Mais avec notre collection de demi-finalistes en puissance, la difficulté ne sera pas de former une équipe. Elle sera de la faire performer à Kazan. Tous nos vœux accompagnent ces jeunes gens et leurs entraîneurs, car ils ont fait ce qui leur a été demandé. Ils ont répondu présent. Ce sont nos représentants et, qu’ils gagnent ou non, nous serons leurs fans. Mais… Cela sera un drôle de boulot.

COMMENT BOSSENT LES ITALIENS

La natation italienne prétend se situer désormais à la 6e place dans la monde. Loin devant la Française, qui a pourtant fait mieux dans les rendez-vous d’été de ces trois dernières années, Jeux olympiques de Londres en 2012, championnats du monde de Barcelone en 2013 et championnats d’Europe de Berlin en 2014. La Federnuoto essaie aujourd’hui de mettre un peu de science dans son  jeu, basé jusqu’ici sur le travail et l’intuition.

Lundi 2 Mars 2015

Les Italiens travaillent leur technique avec l’Université de Bologne et… leur sponsor Arena. Ce 24 février, quelques-uns de leurs meilleurs nageurs de sprint, derrière l’espoir sarde Giuseppe Guttuso, 20 ans, participant à ce qui s’appelle le projet Arena Swim Your Best, se sont retrouvés à Bologne, où ils ont été soumis à des tests spécifiques d’évaluation physiologique et de biomécanique du mouvement dans l’eau. Plus particulièrement, ont été observées, à l’aide d’instruments « d’avant-garde » la puissance mécanique, la résistance hydrodynamique et l’efficacité propulsive (que les scientifiques reconnaissent comme les éléments qui entrent dans l’amélioration de la vitesse du nageur), à travers quatre types de tests dans l’eau et trois tests en salle.

Chaque athlète a eu droit à des relevés concernant sa puissance, son hydrodynamique (traînée) et l’efficacité de sa technique de nage. Un seul but : aller plus vite dans l’optique des championnats du monde de Kazan, cette année, et des Jeux olympiques de Rio, l’année prochaine. En salle, chacun des participants s’est vu proposer trois tests, un en simulation de résistance dans les conditions typiques qu’il trouve dans l’eau, pour vérifier les différences entre l’efficacité à sec et l’efficacité dans l’eau, dans les conditions d’entraînement ou de course. Un test de tractions. Un de poussées avec des charges progressives. Dans l’eau, en revanche, quatre tests ont été effectués : dans le premier, le nageur est freiné par une machine à moteur électromagnétique commandé, pour mesurer la courbe de force, la vélocité et la puissance ; le second, avec l’athlète complètement freiné pendant quinze secondes (pour évaluer sa force maximale ; le troisième avec une session de huit fois 25 mètres, à vitesse croissante, pour relever les paramètres de fréquence et l’amplitude de l’action du bras ; l’ultime, de « fluidodynamique », avec l’athlète étant traîné pour évaluer la friction de l’eau.

Ces tests, qui ne nous paraissent guère être en soi particulièrement originaux, ont pu être effectués à la suie d’une convention signée par le président de la Fédération Italienne de Natation avec le département de l’Université de Bologne dit de la Qualité de la Vie (« Qualità delle Vita – Alma Mater Studiorum »).

Une première phase de cette étude avait été conduite en octobre dernier. Ce 24, les parties prenantes de cette opération ont souhaité que de tels rendez-vous deviennent traditionnels.

Il s’agit d’un échange à égalité, lit-on dans l’organe de la Federnuoto. De son côté, l’Université assure « les instruments et les cerveaux », recueille les données et les élabore à fin de recherches didactiques et de publications scientifique. Est analysée l’hydrodynamique, de façon à obtenir une nage qui permette de réduire au maximum la résistance. On observe chaque détail, parce que même quelques centièmes peuvent faire la différence entre une médaille et une « place ». Mercredi et jeudi les filles, jeudi et vendredi les garçons. Les cobayes ? Guttuso, Luca Dotto, Matteo Rivolta, Piero Codia, Francesco Giordano, Marco Belotti, Alessandro Bori, Michele Santucci, suivis par le directeur technique italien, Cesare Buttini, le professeur Giorgio Gatta, de l’Ecole de Pharmacie de l’Etude du Mouvement de l’Homme dans l’Eau.

Outre la Fédé et l’Université, un troisième commanditaire de l’opération est la marque Arena, à travers le programme Arena Swim Your Best, réunion de talents, voulue par Arena et la Fédération italienne, des meilleurs prospects de la natation italienne, avec aussi Rachele Ceracchi (cadets), Nicolangelo di Fabio et Simona Quadarella (juniors), Giovanni Izzo et Martina Rossi (ragazze). Le projet prévoit la surveillance constante des enfants par les techniciens fédéraux, dans un parcours hautement spécialisé, qui donne aux athlètes, dans le temps de douze mois de préparation, la possibilité de s’entraîner dans les centres fédéraux italiens et d’être soumis à des tests physiques et athlétiques. Les deux meilleurs d’entre ces jeunes, en outre, entreront dans le très sélect Team Arena, avec un contrat de commandite (sponsorisation) sportive. En outre, informe l’organe de la Federnuoto, ces bons élèves seront invités dans l’un des Centres de Haute Spécialisation les plus importants au monde, l’ InnoSports de Eindhoven, aux Pays-Bas. Pendant cette période de formation, ces jeunes seront accompagnés par Massimiliano Rosolino, Gregorio Paltrinieri et Lisa Fissneider qui leur procureront les conseils issus de leur expérience.

Cesare Buttini, le DTN italien, a ainsi présenté l’opération « pendant les tests nous évaluons l’aspect fonctionnel, la réponse du corps dans l’alimentation de l’énergie ; par moments, nous avons analysé exclusivement cet aspect, qui pour nous est fondamental : il s’agit de comprendre comment, à égalité de vitesse, consommer moins d’énergie. Pour ce faire, nous avons des scientifiques professionnels, des protocoles d’analyses approfondis et des machines d’avant-garde, qui nous permettent également d’effectuer des reprises vidéo ; après cela, nous nous réunissons pour réfléchir sur tout ce que nous avons pu voir, afin de faire la part du bon et du mauvais des mouvements de chaque nageur. Nous pouvons ainsi adapter les entraînements pour suivre la plus grande efficacité : d’abord définir ce que nous voulons améliorer, ensuite travailler et mesurer chaque semaine les évolutions pour chaque nageur. Tout progrès est bienvenu. Cinq centièmes de mieux, cela peut représenter une conquête car cela peut faire la différence entre la première et la seconde place. Aux athlètes ce parcours demande beaucoup d’investissement, d’attention aux détails et de sensibilité : aussi est il essentiel d’ouvrir ces tests aux plus jeunes, et ici à ceux de l’Arena Swim Your Best. Cette approche perfectionniste et spécialisée s’inscrit dans la philosophie de ce projet qui en fait donne la possibilité, à qui parmi les six talents sera parvenu à effectuer les progrès les plus importants, de faire l’expérience de l’InnoSport d’Eindhoven, aux Pays-Bas, où ces aspects sont déjà depuis longtemps au centre de la préparation. »

Giorgio Gatta, enseignant à l’Ecole de Pharmacie, de Biotechnologie et de Sciences de la Motricité de l’Université, a ainsi décrit les apports des divers participants à ce projet. « Le monde académique fait des recherches et publie ses études tandis que les athlètes reçoivent des indications pour améliorer les modalités de l’entraînement et leurs résultats. L’amélioration de la vitesse est le produit de trois facteurs que nous prenons en compte et que nous analysons, la puissance mécanique, la résistance hydrodynamique et l’efficacité propulsive. »

COMMENT LES NAGEURS ACCEDENT AUX MEDAILLES OLYMPIQUES

Par Philippe HELLARD et Robin PLATT

Etude Document réalisé à partir de l’étude des carrières de 2800 nageurs.

1. Les épreuves de demi‐fond.

Dans les épreuves de demi‐fond, 800 mètres nage libre filles et 1500 mètres nage libre garçons, les filles rentrent en moyenne dans les 100 meilleures Mondiales à 17,5 ans (+/‐ 2,5 ans) et les garçons à 19 ans (+/‐2,5 ans). Le rang d’entrée pour les non finalistes est le 64eme, le 35eme  pour les finalistes et le 25eme (+/‐ 20 places) pour les médaillés Olympiques. Les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu autour de 19 ans (+/‐ 2 ans) pour les filles et de 20 ans (+/‐ 2 ans) chez les garçons. Au cours de cette progression, les filles et les garçons médaillés aux Jeux Olympiques et aux championnats du Monde gagnent environ 25 places (+/‐ 20 places) au classement Mondial alors que les finalistes gagnent 15 places et les non finalistes 10 places. A deux ans des Jeux Olympiques les médaillées sont dans les 15 premiers Mondiaux (+/‐ 10 places) et dans les 5 premiers Mondiaux (+/‐ 5 places) à une année des Jeux Olympiques. La première médaille Olympique est obtenue en moyenne à 19 ans chez les filles et 20 ans chez les garçons. Les médaillés Olympiques ont une carrière plus longue dans les 100 meilleurs Mondiaux, 24,3 ans pour les médaillés contre 21 ans pour les non finalistes. Le nombre de régression n’influence pas les chances d’accès aux médailles Olympiques.

INTERPRETATIONS

 Les dispersions sont considérables, ce qui signifie qu’au‐delà des tendances moyennes de nombreux schémas sont observés.

 Les filles rentrent dans les 100 meilleures Mondiales un an plus tôt que les garçons.

 Les médaillés Olympiques accèdent au niveau de la trentième place, c’est le facteur talent, dans les deux ans suivant cette accession elles (ils) progressent d’environ 25 places (c’est le facteur qualité de l’entraînement et entraînabilité). A deux ans des JO, les médaillés sont autour des 15 meilleurs Mondiaux et dans les 5 meilleurs Mondiaux l’année des Jeux Olympiques (c’est le facteur qualité de la préparation Olympique).

 Les carrières des médaillés Olympiques durent plus longtemps  et le nombre de régressions n’a que peu d’influence sur les chances de succès.

Ce que nous pensons :

 Dans les épreuves de demi‐fond‐comme dans les épreuves de sprint la base de nageurs doit être la plus élevée possible à 14, 15, 16 ans. Une augmentation importante du volume à 17, 18, 19 ans, doit conduire les nageuses et nageurs au plus près de la trentième place mondiale. Dans les 1 à 3 années qui suivent une nouvelle augmentation du volume et de l’intensité doit conduire les nageurs dans les 5 à 10 meilleurs Mondiaux 1 an avant les Jeux Olympiques.

2. Les épreuves de sprint.

Dans les épreuves de sprint ,100 nage libre, les filles rentrent en moyenne dans les 100 meilleures Mondiales à 19 ans (+/‐ 2 ans) et les garçons à 21 ans (+/‐2,5 ans). Le rang d’entrée pour les non finalistes est le 65e, entre le 40e et le 35e pour les finalistes et le 30e (+/‐ 20 places) pour les médaillés Olympiques. Pour les médaillés Olympiques, les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu 3 ans après l’entrée dans le ranking Mondial autour de 22 ans (+/‐ 2 ans) pour les filles et de 23 ans (+/‐ 2 ans) chez les garçons. Au cours de cette progression les filles et les garçons médaillés aux Jeux Olympiques et aux championnats du Monde gagnent entre 25 et 30 places (+/‐ 20 places) au classement Mondial alors que les finalistes gagnent entre 10 et 15 places et les non finalistes moins de 10 places. A deux ans des Jeux Olympiques les médaillées sont dans les 20 premiers Mondiaux (+/‐ 10 places) et dans les 8 premiers Mondiaux (+/‐ 5 places) à une année des Jeux Olympiques. La première médaille Olympique est obtenue en moyenne à 22 ans chez les filles et à 23 ans chez les garçons. Les médaillés Olympiques ont une carrière plus longue dans les 100 meilleurs Mondiaux. L’âge de sortie des rankings est de 26 ans pour les médaillés contre 22 ans pour les non finalistes. Au cours de ces nombreuses années les évolutions de carrière sont non linéaires pour les médaillées alternant plusieurs progressions et régressions. Le nombre de régression n’influence pas les chances d’accès aux médailles Olympiques.

IINTERPRETATIONS

 Les dispersions sont considérables, ce qui signifie qu’au‐delà des tendances moyennes de nombreux schémas sont observés.

 Les filles rentrent dans les 100 meilleures Mondiales 1 an plus tôt que les garçons mais les sprinters rentrent en moyenne dans les 100 meilleurs Mondiaux 2 ans plus tard comparativement aux nageurs de demi‐fond (Maturation probable du système anaérobie et développement de la force).

 Les médaillés Olympiques accèdent au niveau de la trentième place, c’est le facteur talent, dans les trois ans suivant cette accession elles (ils) progressent d’environ 25 places (c’est le facteur qualité de l’entraînement et entraînabilité).

 La durée de la plus forte progression est plus longue chez les sprinteuses et sprinters comparativement aux nageuses et nageurs de demi‐fond (3 ans contre 2 ans). C’est sans doute le temps nécessaire au développement des qualités de force et du système anaérobie.

 A deux ans des JO, les médaillés sont autour des 20 meilleurs Mondiaux et dans les 8 meilleurs Mondiaux l’année des Jeux Olympiques (c’est le facteur qualité de la préparation Olympique).

 Les carrières des médaillés Olympiques durent longtemps (environ 6 ans) et le nombre de régressions n’a que peu d’influence sur les chances d’obtention d’une médaille Olympique.

45% des médailles sont obtenues au cours de la seconde Olympiade pour les sprinters.

Ce que nous pensons :

Dans les épreuves de demi‐fond‐comme dans les épreuves de sprint la base de nageurs doit être la plus importante possible à 15, 16, 17, 18 ans. Une augmentation importante du volume à 19, 20, 21 ans doit conduire les nageuses et nageurs au plus près de la trentième place Mondiale. Au cours des

3 années qui suivent une nouvelle augmentation du volume, de l’intensité et du travail à sec doit conduire les nageurs dans les 5 à 10 meilleurs Mondiaux 1 an avant les Jeux Olympiques. Les carrières doivent être aménagées pour durer longtemps. Les médailles Olympiques chez les sprinters sont souvent obtenues au cours de la seconde Olympiade.

Note de bas de page   Par Eric LAHMY

Samedi 21 Février 2015

Travail d’un intérêt sociologique, voire stratégique. Montrant comment on accède à l’excellence, ce profil statistique d’une population de nageurs de haut niveau peut donner l’idée d’une façon de procéder, ou d’accompagner les carrières de jeunes espoirs de façon qu’ils suivent cette évolution à condition d’interpréter correctement les données. Savoir quand il faut appuyer sur le champignon, connaître les virages dangereux, bref ce qu’on peut savoir d’une topologie de carrière est toujours intéressant.

Dans l’ensemble, l’étude confirme certaines impressions anciennes, qui avaient conduit par exemple à créer une différence dans les catégories d’âge entre filles et garçons. Dans les années 1960, les différences d’âge dans les accès au haut niveau étaient plus proches de deux ans que d’un an. Cela était-il dû, comme je le crois, au poids de la natation américaine et à la faible possibilité pour les nageuses de ce pays dominant de continuer à nager au plus haut niveau au-delà du lycée (18 ans) alors que les garçons disposaient de quatre années de carrière de plus grâce aux bourses universitaires ? Aujourd’hui la natation américaine n’est plus aussi dominante, le « Titre IX » a permis d’offrir des possibilités comparables aux filles et aux garçons, et des carrières « professionnelles ». Ces trois facteurs ont contribué à rallonger les carrières des nageuses, et, donc, à rendre un peu plus difficile l’entrée des jeunes dans l’élite (il est évident qu’une Dara Torres, 41 ans, une Thérèse Alshammar, 30 ans et plus, un Katinka Hosszu) « prennent » des places de jeunes ou bloquent des places dans le top niveau. Reste que la femme atteint sa maturité physiologique et sportive (et serai-je tenté de dire, intellectuelle et émotionnelle) plus tôt que l’homme.

Dans les détails, il est difficile de se faire une opinion. Exemple d’une donnée brute : « Pour les médaillés Olympiques, les plus grandes progressions au cours de la carrière ont lieu 3 ans après l’entrée dans le ranking Mondial autour de 22 ans (+/ 2 ans) pour les filles et de 23 ans (+/ 2 ans) chez les garçons ». Que veut dire ce type de profil ? Est-ce qu’une fois ayant accédé au ranking mondial, les filles et les garçons ont du mal à repartir en avant ? Dans la compétition, et dans le ranking en particulier, l’excellence est située en fonction des autres, c’est la compétition qui va décider si vous êtes bon… Y a-t-il une hésitation du nageur avant de se donner les moyens ? Y a-t-il des freins sociologiques (essentiellement d’études), les filles et les garçons cherchant à se prémunir sur le plan diplôme avant de se donner au sport (d’où l’âge, 22 ans, du redémarrage, qui correspond à la fin d’un cycle d’études ? Il y a aussi l’importance de l’année olympique. Prenons le cas de Melissa Franklin, qui depuis 2012 se contente de se maintenir au plus haut niveau sans vraiment progresser, mais qui va mettre tous les atouts de son côté en 2016, passer pro après avoir retardé de deux ou trois ans ce passage, pour se dédier à la natation…

DOIT-ON ETOUFFER LES NAGEURS ?

Décidément, la science, quand elle se coupe des réalités du terrain (enfin, du bassin) n’apporte pas grand’ chose en natation. Seuls les nageurs et les entraîneurs font ce sport. Nouvelle preuve avec le jeu du foulard, version aquatique, que nous propose la revue Sport & Vie.…

Par Eric LAHMY

Lundi 1er décembre 2014

Intrigant : la dernière livraison de la revue « Sport & Vie » (n° 147, novembre-décembre 2014) balance en une de couverture une accroche qui éveille l’intérêt de la Galaxie Natation : « Entraînement en natation », avec en sous-titre : « Enfin la science se mouille. » Mais après avoir lu, je me dis que la natation pose un problème de compréhension aux gens de l’extérieur. Comme si l’eau troublait leur vue et leur entendement…

Deux articles dans la revue répondent à cet appel de page de couverture de Sport et Vie. L’un est une interview (par Nicolas Knap) de Raymond Catteau, qui n’est pas un entraîneur de natation. En annexe, on y lit que Claude Fauquet est « aujourd’hui directeur adjoint de l’INSEP »… Pour information, Claude, retraité depuis deux ans, est président du Comité régional olympique et sportif de Picardie et du Sporting Club National d’Abbeville.

L’autre de ces deux articles s’appelle : « A Bout de Souffle ». Ce n’est pas de Jean-Luc Godard, mais de Xavier Woorons. L’auteur se présente comme un expert de l’hypoventilation, dont il analyse la pratique en natation.

Après un survol historique des notions de travail scientifique et d’hypoxie en natation, M. Woorons développe son sujet. On vous passera les détails discursifs des tâtonnements des scientifiques pour parvenir à ce que l’auteur estime être une découverte essentielle : « il y a une dizaine d’années, explique notre auteur, des chercheurs de l’Université Paris 13 eurent l’idée de relancer la recherche. D’après eux, si l’effet hypoxique n’était pas obtenu en respirant de loin en loin, c’était tout simplement que les nageurs conservaient un maximum d’air dans les poumons entre deux inspirations. Ils émirent l’hypothèse que le résultat pourrait être bien différent si l’on appliquait la technique inverse, c’est-à-dire en bloquant la respiration avec des poumons à moitié vides. Des études approfondies furent donc entreprises dans des sports terrestres tels que le cyclisme et la course à pied. Chez des sujets rompus à cette technique de respiration, on mesura de nombreux paramètres au niveau des poumons, du cœur, du sang, des muscles. Les résultats furent éloquents. Oui,  on pouvait par ce biais là obtenir une baisse des concentrations en oxygène dans l’ensemble de l’organisme, très similaire à celle que l’on enregistrerait pendant un effort de même durée à 2400 mètres d’altitude. Cette nouvelle technique d’hypoventilation s’appliquerait-elle aux nageurs ? On pouvait le supposer. Mais sans disposer de la moindre certitude. On sait en effet qu’en position allongée, les concentrations en oxygène se maintiennent généralement à des niveaux plus stables qu’à la verticale. »     

Le développement de nouveaux matériels, dont un ‘’oxymètre’’ de pouls qui, grâce à un petit capteur posé sur le doigt ou l’oreille, placé en situation d’étanchéité, par exemple sous le bonnet, permet de mesurer en continu la saturation en oxygène de l’hémoglobine dans le sang (je vous passe l’explication par le menu des développements de cette technologie)…, les mesures ont montré que la technique dite d’expirer-bloquer « permettait d’obtenir un effet hypoxique très net avec une baisse de concentrations en oxygène  comparable à celle qu’on avait enregistrée auparavant chez les coureurs et les cyclistes… Le facteur clé était d’avoir les poumons à moitié vides au moment de bloquer sa respiration. La SaO2 (saturation en oxygène) passait de 94% quand les nageurs nageaient en hypoxie poumons gonflés à 87% quand ils nageaient en hypoxie poumons à moitié vidés. »

Toujours selon notre auteur, « on obtenait (de façon surprenante) l’effet inverse avec la technique d’hypoventilation classique [où] les niveaux de lactate, et même la consommation d’oxygène et la fréquence cardiaque, étaient plus bas qu’avec la série faite en travaillant normalement. L’efficacité de ce travail était donc sérieusement mise à mal. Après 40 ans d’existence, la légende de l’entraînement en hypoxie façon Counsilman prenait fin. Une nouvelle méthode venait de voir le jour pour la remplacer. La démonstration de son efficacité a été faite. Reste à présent à convaincre la planète natation. »

On ne sait en effet pas trop si la planète en question se laissera convaincre aisément par une méthode aussi désagréable. On se demande d’ailleurs s’il ne s’agit pas, du même coup, de convaincre la planète natation de placer un oxymètre au bout du doigt de chaque nageur. 300.000 nageurs, un oxymètre de pouls de natation à 93€, ce n’est pas loin de trente millions de chiffre d’affaires potentiel. Ce n’est pas tout à fait aussi émotionnel qu’une bague de fiançailles, mais enfin… Voyons maintenant le fond du problème…

Xavier Woorons démontre dans son papier qu’il a un avantage sur nous : il ne connait rien à la natation. Certaines ignorances permettent d’améliorer la confiance. Peut-être l’auteur, ayant abusé de parcours en apnée, a-t-il obéré l’oxygénation de son propre cerveau… Quoique d’un certain point de vue, il ne manque pas d’air ! Son article  accumule les approximations et les contre-vérités. Dire que la seule piscine au monde où l’on peut s’entraîner en hypoxie se trouve au centre olympique de Sydney est d’une naïveté absolument confondante.  L’hypoxie peut se pratiquer dans n’importe quelle piscine et même à sec. Il suffit de retenir sa respiration. Par essence, toute piscine en altitude vous offre un moyen de nager en hypoxie. Un type qui s’appelait Emil Zatopek, champion olympique de 5000, 10000 et marathon, effectuait des séries de courses en apnée, et s’efforçait d’allonger ces apnées, au point, avec sa volonté farouche,  de s’évanouir lors de ses parcours… Abebe Bikila, le champion olympique éthiopien des marathons de Rome en 1960 et de Tokyo en 1964, travaillait en hypoxie sans le savoir quand il courait dans ses hauts plateaux. Expliquer que l’hypoxie a été découverte après les Jeux de Mexico en 1968 est faux. C’est treize années plus tôt, toujours à Mexico, lors des Jeux Panaméricains 1955 dans la capitale mexicaine, que de nombreux entraîneurs et champions s’aperçurent des difficultés de « performer » en altitude au-delà de 400 mètres plat ou de 100 mètres nage libre. En natation, le 1500 mètres libre de Mexico 1955 fut gagné en 20’4’’, quarante secondes moins vite que quatre ans plus tôt, par Jimmy McLane qui le nageait d’habitude une grosse minute plus vite que ça. Le marathon, en athlétisme, fut couru en trois heures, une demi-heure moins vite qu’au niveau de la mer, et les performances dans toutes les courses longues souffrirent. Mais, bien avant 1955, voire avant la découverte de l’oxygène (1772), les effets de la raréfaction de l’air (mal des montagnes) et de l’apnée (pêche aux éponges de Grèce et du Japon) étaient connus, même s’ils n’étaient pas toujours bien mesurés et interprétés.

Le premier champion olympique français de natation, Charles Devendeville, le fut en 1900 dans une épreuve d’apnée pure : il s’agissait de plonger, de nager une certaine distance et de tenir un certain temps. Chaque mètre comptait pour deux points, chaque seconde pour un point… Si une telle compétition fut organisée aux Jeux olympiques, c’est que des jeux d’apnée se déroulaient spontanément.

L’idée que le travail en hypoxie en natation a été inventé par James « Doc» Counsilman est une erreur. Les Australiens pratiquaient le travail en apnée bien avant Counsilman, qui, en fait, esprit curieux, essaya de rendre la natation plus « scientifique », et surtout eut la possibilité de publier. Les Australiens n’appelaient pas encore hypoxie ce type de séances, et Dawn Fraser, l’icône de la natation australienne, fait état dans son autobiographie traduite en français, Championne olympique, de ce type de travail que lui imposait son entraîneur Harry Gallagher dans les années 1950. Les Australiens prétendaient, par ces sprints en apnée, « travailler le cœur droit. » (Il faut savoir que le cœur gauche a pour mission de faire parvenir le sang oxygéné à l’ensemble des organes du corps, tandis que le cœur droit a pour rôle d’éjecter le sang vers les poumons où il sera oxygéné). Les Américains, qui, comme les Français, prétendent avoir tout inventé, ont peut-être crédité Counsilman d’une trouvaille qui n’était pas sienne?

Les nageuses synchronisées ont été très tôt des adeptes de l’hypoxie. Nombre de figures qu’elles réalisaient exigeaient des apnées parfois longues… Dans les années 1980, j’ai assisté à une surenchère dans ce domaine et Tracie Ruiz avait lancé son solo en finale des Jeux par une apnée colossale de près d’une minute!

Xavier Woorons, l’auteur de l’article, fait une erreur classique, en ce qu’il confond : 1) la pratique d’une technique avec les publications concernant cette technique dans des revues « scientifiques », et 2) les publications concernant cette technique dans des revues « scientifiques » avec les publications concernant cette technique dans des revues scientifiques qui sont tombées sous ses yeux. A la fin, on prend les étangs de Ville d’Avray pour l’Océan Pacifique…

Il n’est d’ailleurs guère certain que les conclusions des scientifiques de Paris 13 fassent l’unanimité. En lisant « Metabolic consequences of reduced frequency breathing during submaximal exercise at moderate altitude », de C. Lee, L. Cordain, J. Sockler et A. Tucker du Departement of Exercise and Sport Science and Physiology, Colorado State Université, Fort Collins, USA, paru dans l’European Journal of Applied Physiology, en date du 10 avril 1990 (pages 289-293), on lit en guise de conclusion que Yamamoto et al, en 1987 et 1988, avaient observé une hypoxie systémique et une hypercapnie (augmentation trop importante du taux de CO² dans le sang) dans un travail à fréquence respiratoire réduite. Si le taux de lactates dans le sang n’était pas plus élevé pendant l’entraînement, Yamamoto et al notaient des taux plus élevés de lactates pendant la récupération et en avaient induit que l’acidose respiratoire provoquée par une ventilation pulmonaire réduite inhibait le transport des lactates depuis les muscles pendant l’activité.

Qu’est-ce que cela signifie? Que l’hypoxie « classique » (celle de la méthode Harry Gallagher et James Counsilman) fait bien l’effet escompté (mais qu’il n’apparait qu’après l’effort, pendant la récupération) et n’est donc pas aussi obsolète que l’expérience Paris 13 tend à nous le faire croire).

Un autre problème se trouve relié aux conclusions de certaines expériences. Détacher un paramètre, l’élire comme étant le facteur essentiel, voire nécessaire, c’est tabler sur le caractère contingent de tout le reste, et c’est se planter. C’est de la natation scientifique, avec une grande scie. Un exemple? Dans les années 1970, en natation, les Français avaient appris à mesurer les lactates, à la suite des Allemands de l’Est. Pour les entraîneurs de feue la RDA, la mesure des lactates permettait un flicage des nageurs. Quand ceux-ci se disaient fatigués, le coach flic et le docteur flic leur agitaient les chiffres de leurs taux de lactates devant le nez, et décidaient qu’ils n’étaient pas fatigués et qu’ils devaient continuer de s’entraîner.

Or les paramètres de la fatigue sont très nombreux, et les Australiens, dans la préparation des Jeux olympiques de Sydney, en 2000, avaient pris en compte 72 paramètres biologiques, pour mesurer la fatigue: sept paramètres hématologiques, vingt-quatre témoins du métabolisme lipidique, dix-sept paramètres immunitaires, huit témoins de l’activité anti-oxydative de l’organisme, sans oublier les analyses d’acide urique et de protéines plasmatiques (actes des troisièmes journées spécialisées de natation des 19 et 20 juin 2003, par Patrick Pelayo- et Michel Sidney).

Alors? Raconter que le développement d’une technique d’apnée va révolutionner la natation est assez optimiste! Comme disait déjà B. S. Rushall dans le Journal des Coaches de Natation Australiens en 1991, « les mesures des lactates sont beaucoup plus intéressantes pour les scientifiques que pour les coaches. »

Les lactates avaient cependant une petite utilité, moins vis-à-vis du nageur que de l’entraîneur. Celui-ci pouvait mesurer s’il travaillait dans la direction qu’il avait choisie, au plan physiologique. Mais bien entendu, ils ne donnaient aucune indication au plan de la technique, et donc de la rentabilité de la nage ; ils ne donnaient aucune indication sur la fraîcheur du nageur, en général indispensable pour produire sa meilleure performance. Cette fraîcheur est une chose personnelle, donc subjective. Elle est peut-être mesurable, quantifiable par des mesures physiologiques de métabolites, d’acide urique et autres données, mais elle est aussi vécue par le nageur. Il est une fraîcheur mentale qu’il est bien difficile de mettre en équation !

Je me souviens, à la fin d’un championnat d’Europe autour de 1980, d’une table à quatre où je me trouvais avec les entraîneurs nationaux Michel Pedroletti, Guy Giacomoni, et le médecin Jean-Pierre Cervetti. Cervetti, qui procédait aux mesures de lactates pour les nageurs français, et se passionnait sincèrement pour son sujet, avait de bonnes raisons de croire que plus la capacité lactique était élevée, plus le nageur était en mesure de performer. Il s’inquiétait de la baisse du potentiel lactique qu’il mesurait dès que le nageur était au repos. Il se demandait si, du fait de cette baisse telle que mesurée dans ses éprouvettes, il ne fallait pas abandonner l’idée d’affûter le nageur (c’est-à-dire de le mettre au repos) avant les compétitions. Le but était bien entendu le conserver le potentiel lactique le plus haut. C’était sinon une bonne idée, du moins une hypothèse que le médecin de l’équipe nationale avait tout à fait raison de mettre sur la table ! Pedroletti, pour autant que je m’en souvienne, allait dans son sens, et privilégiait l’idée d’un maintien d’un gros volume d’entraînement jusqu’au dernier jour. (Les Russes, dont les Français s’inspiraient parce qu’ils venaient alors s’entraîner en altitude à Font-Romeu, prétendaient ne pas pratiquer d’affûtage, et poussaient dans cette direction : ce qu’ils ne disaient pas aux Français, c’est ce qu’ils faisaient manger à leurs nageurs, à quoi ils les piquaient, et autres pratiques qui changeaient, bien sûr, profondément la donne au plan de la récupération). Quoiqu’il en soit, à Cervetti et Pedroletti, Giacomoni répondait par le constat suivant : « vous me direz ce que vous voudrez, mais quand je mets Xavier Savin au repos, ses performances s’améliorent, et peu m’importe si ses lactates baissent. »

La dernière erreur de Woorons est celle-ci. De croire que ses résultats de laboratoire, ses courbes de lactatémie sont le but poursuivi de la natation. De croire que la SaCO² est le Graal du sport. De croire que des mesures de laboratoires sont « la démonstration de l’efficacité » d’ « une nouvelle méthode » qui remplace la vieille lune de Doc Counsilman. Soyons sérieux, Xavier Woorons. Revenez nous voir avec des améliorations dans les temps des nageurs soumis à votre méthode révolutionnaire, et, à condition de respecter certaines prudences oratoires, vous pourrez proposer un type d’entraînement particulièrement désagréable, proche de la torture, selon une méthode assez dangereuse. Car, n’oublions pas… L’hypercapnie de Zatopek provoquait son évanouissement. L’hypercapnie d’un nageur provoque la noyade.

MAIS QUE FONT LES JAMBES DU NAGEUR ?

L’APPORT DES JAMBES DANS LA PROPULSION

Par Eric LAHMY

Vendredi 20 Juin 2014

L’apport respectif des bras et des jambes dans la propulsion du nageur est sans doute la question la plus intrigante qui se pose en natation sinon parmi les entraîneurs, du moins chez des théoriciens et quelques éducateurs.

Telle que posée, sans doute parce que je ne ressens guère la nécessité de nourrir des convictions sur le sujet, la question me semble plus excitante d’un point de vue cérébral que féconde. Il est presque impossible d’y répondre, tant il parait difficile de démêler l’apport respectif de ses deux sources de propulsion chez un nageur en action. Pour certains, d’ailleurs, évoquer ces deux sources constitue une hérésie, car, disent-ils, seuls les bras propulsent. Jusqu’ici, on n’a pu leur opposer d’argument construit, indubitable. Croire que les jambes sont (ou ne sont pas) propulsives en natation est de l’ordre de l’intuition. Mais l’intuition, outil magnifique de la pensée, peut nous fourvoyer.

LA DECOUVERTE DE CHRISTOPHE SCHNITZLER

Assez récemment, à Lille, au cours d’un colloque de théoriciens de la natation, un intervenant, Christophe Schnitzler, professeur agrégé d’éducation physique et sportive, membre de la Faculté des Sciences du Sport de Strasbourg, a réalisé l’analyse spectrale de la nage d’un triathlète (valeur 1’6’’ au 100 mètres libre) dans lequel il a cru reconnaître les faits suivants : « aux allures lentes, les jambes n’interviennent pas dans la propulsion, alors qu’à la vitesse du sprint, le rôle des jambes est de limiter la chute de vitesse entre deux phases propulsives des bras. »

Schnitzler expose dans sa démonstration les vertus de l’analyse spectrale, qui « permet de décomposer les différentes fréquences d’un signal périodique, et associe à chaque fréquence une puissance témoignant de son importance dans la variabilité totale du signal. Un signal très variable aura donc une puissance totale importante, et un signal complexe, c’est-à-dire généré par des sources de fréquences différentes, présentera plusieurs pics de puissance à l’intérieur de son spectre fréquentiel. »

A l’arrivée, ce travail parait confirmer une recherche menée depuis longtemps (1997) par Didier Chollet, aujourd’hui directeur d’Université à Rouen, et selon qui « le battement de jambes passe d’un rôle équilibrateur à vitesse lente à un soutien actif à la propulsion en sprint, permettant de mieux conserver la vitesse de nage entre les coups de bras… »

Schnitzler, qui reste très prudent quant à la portée de son travail, estime en être aux préliminaires, et ne pas avoir réglé certains problèmes méthodologiques, liés ainsi à la fiabilité de ses instruments. Deux nageurs ne donnent pas de profils équivalents, et il faudrait mesurer ces variations de fréquence chez un grand nombre d’entre eux. Il faudrait aussi, explique-t-il par ailleurs, tenir compte des effets de la fatigue sur la forme de la nage.

Jusqu’ici, la question du caractère propulsif ou non des jambes a souvent pris l’allure de la querelle des « petitsboutiens » et des « grosboutiens », dans les Voyages de Gulliver, où le pays de Lilliput s’épuise dans une guerre féroce entre les tenants de casser les oeufs par le petit bout, ou par le gros bout.

De ce fait, les débats autour de la façon dont les bras et les jambes collaborent à l’élaboration d’une performance dans les nages crawlées, ont pris un côté académique.

LE BATTEMENT DE STEPHAN CARON

Certains enjeux d’entraînement peuvent découler de la réponse à la question de savoir si – et dans quelle mesure – les jambes participent à la propulsion du nageur. Un exemple : Stephan Caron, quand il quitta Rouen, en 1989, à 23 ans, pour étudier à Paris, laissa son vieux coach, Guy Boissière, pour Stéphane Bardoux, un jeune entraîneur de l’école de Lucien Zins et donc très attaché à l’importance du travail des jambes. Stephan n’aimait pas trop aligner des longueurs derrière une planche à battements, un exercice où il n’excellait pas. C’était un sprinter de bras. On en a connu plusieurs, sur 100 mètres, et pas des moindres. John Devitt (1956-1960) et Michaël Wenden (1968), recordmen du monde et champions olympiques du 100 mètres ; Robert Mc Gregor (1963-1968), recordman du monde du 110 yards ; Vladimir Bure (1972-1975), recordman d’Europe ; Jonty Skinner (1976), recordman du monde ; Jack Babashoff, etc… Bardoux amena quand même Stephan à travailler ses battements, en lui vantant l’excellence de l’exercice pour le coeur. Caron fit ses battements avec une planche et ne nagea ni plus, ni moins vite en compétition qu’à sa grande époque rouennaise.

Un quart de siècle après, les nageurs ont appris à travailler leur condition physique en-dehors de la piscine. Ils courent, s’étirent, soulèvent des poids… Aujourd’hui, l’argument de Bardoux sur l’effet cardiaque des battements de jambes ne tiendrait pas. Le même résultat peut être obtenu en jogging, en séances de circuit training ou de Pilates, etc. Si le battement n’est pas propulsif, dès lors, pourquoi en faire ? En revanche, s’il participe puissamment à la propulsion et s’il se développe à la planche…

DEUX PUISSANCES PEUVENT S’ADDITIONNER

L’un des arguments de ceux qui n’accordent aucun caractère propulsif au battement de jambes, c’est que « deux vitesses ne peuvent pas s’additionner ». D’accord, mais, ne serait-ce que par provocation, j’aimerais répondre : pourquoi décider que ce sont les bras, et non les jambes, qui propulsent, et les jambes, et non les bras, qui stabilisent ? Plus sérieusement, pourquoi refuser l’idée que la performance en natation soit la résultante d’une « coopération » des bras et des jambes…

LES BRAS DU SPRINTER

Comparaison n’est pas raison, dit-on. Mais voyons ce qui se passe sur terre. Il pourrait paraître idiot d’affirmer que les bras du coureur à pied ont une action propulsive. On s’accordera sur le fait que la propulsion du coureur est une affaire de jambes. Chez l’homme debout, les bras s’agitent en l’air quand les jambes adhèrent au sol. Mais il n’en reste pas moins qu’un coureur ira moins vite si ses bras sont entravés, que s’il les utilise judicieusement comme des balanciers, ou des pistons, d’arrière en avant. Pourtant, personne ne viendra pérorer sur la propulsion des bras du coureur à pied…Les bras ne sont pas propulsifs, mais le piston des bras facilite le travail des jambes et donc accroit la vitesse du coureur.

Peut-on on comparer l’action des jambes dans les nages crawlées (crawl, dos, papillon) en natation avec celle des bras en course à pied ? Certes non. L’action des jambes en natation est incomparablement plus importante que celle des bras du coureur à pied ! Agitez bravement vos bras autant que vous voudrez, vous n’avancerez pas d’un pouce en l’absence de l’action des jambes. Les battements de jambes peuvent, chez certains nageurs doués de battements efficaces, générer une avancée du corps du nageur qui approche en vitesse celle des bras seuls.

ET MAINTENANT SANS LES JAMBES

L’idée que les jambes puissent propulser dans la nage complète trouva de fiers opposants, entre autres, Terry Laughlin, l’auteur d’un best-seller, Total Immersion, et en France Raymond Catteau.

« Je suis plutôt porté à penser que les attributs physiques (NDLR : des grands nageurs de jambes comme Thorpe, van den Hoogenband, etc…) qui leur permettent de nager plus rapidement que qui que ce soit d’autre leur permettent aussi de pousser une planche plus rapidement que qui que ce soit d’autre, explique Laughlin (texte rapporté par Marc Begotti). Je doute que les séries de jambes avec planche rehaussent la vitesse, et je me demande même, à supposer que les nageurs et leurs entraîneurs osent délaisser l’entraînement avec la planche pendant une saison, s’ils perdraient vraiment de la vitesse ou s’ils ne deviendraient pas de meilleurs nageurs? »

La question ainsi posée mérite qu’on s’y attache, et nous disposons de deux exemples fameux de nageurs qui ont été forcés d’expérimenter cette idée qu’on peut progresser en abandonnant le travail des battements de pieds. (1) L’un est Jean Boiteux, le champion olympique français du 400 mètres en 1952.

En 1949, à seize ans, Jean Boiteux, aux championnats de France, nageait le 200 mètres en 2’26’’. L’hiver suivant, un accident de ski (il s’était planté le bâton dans le pied), à Ceuze, près de Gap, le contraignit à nager, jambes entravées, sur les bras seuls. Cet incident fut bénéfique car il lui permit d’améliorer son point faible, la puissance du torse et des bras : en 1950, Jean améliorait le meilleur temps français cadet sur 400 mètres, gagnait deux titres individuels aux championnats de France : 400 mètres (4’49’’8) devant Alex Jany, 1500 mètres (20’3’’) devant Jo Bernardo. On notera que sur 400 mètres, il surpassait la vitesse qu’il atteignait la saison précédente sur 200 mètres!

On peut donc dire qu’un déficit de travail des jambes ne lui nuit pas…

L’autre nageur qui a vécu une expérience équivalente est… une nageuse: l’Américaine Tracy Caulkins. Au cours de l’hiver 1977, lors d’une promenade à cheval, la chute d’une branche d’arbre lui fractura un fémur et Tracy, 14 ans, dut nager à Nashville, où elle s’entraînait, pendant des semaines sur les bras seuls, une jambe dans une gouttière. Loin de l’handicaper, cet incident lui permit de renforcer ses bras et son torse. Nageant de 13 à 16 kilomètres par jour et tâtant de la musculation, elle enleva l’été suivant cinq titres aux mondiaux de Berlin et s’imposa tout simplement comme la meilleure nageuse du monde. Là encore, l’absence ou la limitation du travail des jambes ne lui fut pas préjudiciable…

LE PLATRE QUI MUSCLE

Michaël Phelps a nagé dans des conditions équivalentes après les Jeux de Pékin après s’être fait mal en glissant sur un sol verglacé. mais sa carrière était déjà fort longue, il avait atteint un tel niveau et d’autres éléments (il avait observé une saison sabbatique) font qu’on peut difficilement tirer un enseignement de la régression de ses performances à cette époque.

Qu’est-ce que les cas de Boiteux et de Caulkins signifient ? Sans doute qu’on peut ne pas travailler un certain temps le train inférieur et améliorer ses performances. Eux-mêmes et leurs entraîneurs ont mis en avant que le plâtre qu’ils devaient traîner en nageant avait contribué au renforcement de leurs bras. En quelque sorte, ils avaient fait de la musculation dans l’eau… Bien sûr, pour être absolument sûr du lien de cause à effet entre l’immobilisation des jambes et les progrès, il faudrait en savoir beaucoup plus sur le temps d’immobilisation des champions concernés et sur d’autres possibles changements dans leurs routines; il faut savoir qu’ils se trouvaient tous deux au début de leur carrière, à un moment de grosse progression. Mais en leur temps, les expériences de ces champions intriguèrent les observateurs…

Revenons un peu plus haut dans notre réflexion. Exactement au moment où nous énoncions qu’ayant noté que la propulsion bras seuls ou jambes seules est inférieure à la vitesse de nage bras et jambes, il faut bien attribuer cette augmentation de vitesse au travail des jambes.

C’est là que Laughlin, Catteau et Begotti nous attendent avec la sentence qui suit : « l’augmentation de vitesse dans la nage complète par rapport à la vitesse obtenue bras seuls est uniquement due à l’effet stabilisateur du battement, et ce battement n’est en rien propulsif. » L’augmentation de vitesse générée par les jambes n’est pas l’effet d’une propulsion, mais d’une stabilisation du corps facilitant l’hydrodynamique. Voilà quand même un bel exemple d’argument d’autorité (c’est comme ça parce que je le dis) qui n’est fondé sur rien!

Suit l’argument selon lequel « deux vitesses ne peuvent pas s’additionner. » Cette opinion est-elle indépassable sur le sujet ? Ce n’est pas sûr.

Ce ne l’est pas parce que la capacité propulsive des jambes dans la nage complète n’est pas à proprement parler une addition des vitesses. Certains nageurs réalisent 58’’ au 100 mètres bras seuls et 1’5’’ jambes seules. Additionner ces vitesses dans la nage complète reviendrait à nager un 100 mètres en 30’’75 ! Bien entendu, jamais personne n’a jamais proposé une telle absurdité.

En revanche, je me permettrai d’énoncer une hypothèse. Dans la nage complète, les vitesses s’additionnent, mais s’additionnent mal. Si vous préférez, dans l’arithmétique non euclidienne d’un nageur, cela donnera 10 plus 8 égale 11. Le nageur qui bat des jambes peut être un petit peu comparé à une poule qui, poursuivie par la fermière, court en battant des ailes. Je ne sais si les vitesses générées par les mouvements de ses pattes et ses battements d’ailes s’additionnent, mais la poule, elle, sait qu’il lui faut mettre les ailes pour tenter d’échapper  à la casserole.

En fait, il ne s’agirait pas tant en l’occurrence d’additionner des « vitesses »  que des « puissances ». Et deux puissances peuvent s’ajouter pour augmenter la vitesse, par exemple d’un aéronef ! C’est pourquoi, par exemple, un biréacteur dont un des réacteurs tombe en panne pendant le décollage aura besoin de plusieurs centaines de mètres de piste en plus pour s’élever dans les airs… Dans un milieu comme l’eau, dont l’effet de freinage sur le corps humain (faiblement hydrodynamique) est très important, qui dit surcroit de puissance dit surcroit de vitesse. L’homme qui nage est comme un avion qui ne parvient jamais à décoller. A chaque décélération due à l’incapacité du nageur de ne produire que des phases actives, le relais des jambes maintient la vitesse. Et c’est bien parce que l’ondulation de la hanche et de la jambe est (stabilisatrice certes, mais surtout) propulsive que le bras de Janet Evans ou de Sun Yang (deux exemples d’un battement à deux temps très efficace) se trouve doté de cette force impressionnante dans sa passée sous-marine.

S’il est convenu qu’on doive attribuer l’accroissement de vitesse, indéniable, entre la propulsion bras seuls ou jambes seules d’un côté et la nage complète de l’autre, il faut bien admettre qu’une partie de cette vitesse vient de la combinaison de ces deux propulsions – ou, pour ceux que gêne cette façon d’exprimer cette idée, de ces deux actions.

Tenir que « l’augmentation de vitesse dans la nage complète par rapport à la vitesse obtenue bras seuls est uniquement due à l’effet stabilisateur du battement, et ce battement n’est en rien propulsif, » comme l’affirme Laughlin, ne satisfera que les convaincus. Son « explication » n’est rien d’autre qu’un acte de foi. Il n’en apporte aucune preuve, tout comme je ne puis apporter la preuve du contraire ! Les jambes ne propulseraient jamais si la propulsion des bras était constante, et constamment supérieure à celle des jambes, pourrait dire, je crois, Didier Chollet.

Quand on lui demande pourquoi Catteau s’est-il accroché à cette idée comme s’il s’agissait du mystère de la Trinité, « c’est sans doute parce qu’il se trouvait dans une problématique de pédagogue. Il voyait ces entraîneurs faire travailler les battements en veux-tu en voilà », répond en l’espèce Chollet. Quant à Laughlin, son indifférence des jambes l’a amené à se faire le tenant d’un battement minimal à deux temps… Au bout du compte, il n’a fabriqué que de bons nageurs de longues distances.

Il est vrai, comme l’écrit justement Janet Evans (pour qui les jambes interviennent à hauteur de 10%, dans la vitesse du nageur), que le battement sert d’abord à empêcher les jambes de s’enfoncer (il s’agit donc là d’une stabilisation verticale)!  Et, bien réalisé, à maintenir le nageur dans la bonne direction.

Comment expliquer que la grande majorité des sprinteurs sont des nageurs « de jambes » et que la plupart des nageurs de demi-fond et de fond poussent sur les bras ? Va-t-on prétendre que la vitesse supérieure du sprinteur qui « met les jambes » est seulement dégagée par un meilleur effet stabilisateur des jambes ? Alors pourquoi le battement nécessite-t-il (du moins chez le champion) des chevilles extrêmement souples, comme « désarticulées » ? Des chevilles raides ne stabiliseraient-elles pas bien mieux le corps ? Il me semble plutôt que des chevilles raides ne « propulsent » pas parce quelles ne peuvent pas s’orienter de façon à repousser l’eau vers le bas et l’arrière. Seules des chevilles souples sont efficaces de par leur capacité d’orientation ; n’est-ce pas pour des raisons liées à leurs capacités propulsives ?

LA PLANCHE A BATTEMENT EST-ELLE PROPULSIVE ?

Il est frappant de noter que Laughlin rejette l’importance de la propulsion induite par le battement de jambes sous prétexte que le nageur se propulse en disposant d’une planche (alors que même sans planche, la propulsion par les jambes reste conséquente chez les bons – et un peu moins bons aussi – nageurs « de jambes » !) et que, dans la même réflexion, il retient comme « preuve » de l’inutilité du battement le fait qu’un nageur tiré rapidement par un câble provoque une traînée plus importante quand il bat des jambes que quand il n’en bat pas. Si utiliser une planche à battements n’a rien à voir avec battre des jambes en situation de nage complète, battre des jambes en étant tiré par un câble est-il assimilable à battre des jambes en situation de nage complète ? Si oui, il faut conclure de l’expérience du câble que le battement de jambes est défavorable à la propulsion du nageur, que le nageur doit laisser traîner ses jambes s’il veut aller plus vite. Ce qu’on aura du mal à faire admettre à Cesar Cielo ou à James Magnussen… De la même façon, en poussant à l’absurde sa présentation du  battement de jambes avec planche, doit-on croire, puisque les jambes ne sont pas propulsives, que c’est la planche qui l’est ?

LES PROGRES, C’EST DEVANT

Le seul argument qui m’apparait défavorable à une trop grande concentration sur le travail des jambes, c’est qu’une fois définie la forme du battement (mouvement partant des hanches, jambes serrées, fouetté et position des pieds en ailes de pigeon), le travail des jambes n’est pas en soi susceptible d’un fort progrès technique. Il n’est pas susceptible de susciter un riche travail pédagogique. Les jambes sont posées le long du corps, la forme du battement ne peut être dramatiquement améliorée, et la bonne façon de battre des jambes ne se perd pas facilement. Alors que l’architecture du haut du corps, le retour aérien des bras, la recherche de la prise d’eau, la position des mains, des avant-bras, des coudes, des épaules, de la tête, la respiration, la façon de se tourner à chaque coup de bras, le rattrapé (ou l’absence de rattrapé) d’un bras sur l’autre, la longueur de l’action sous-marine, le point où la main sort de l’eau, le relâchement du mouvement, l’écartement ou non des doigts, chaque détail du travail du haut du corps exige une réflexion, un fignolage de la technique, mais aussi une constante reprise en main. Si les jambes humaines n’ont pas été programmées pour effectuer des battements dans l’eau, les bras sont encore moins adaptés. Les progrès que l’on peut attendre d’une bonne technique semblent bien se situer sur le train avant du nageur ou à tout le moins à partir des bras (dans les phases nagées d’une course). Bien sûr, le corps du nageur est un tout, mais c’est par le haut du corps que paraissent se poser l’essentiel des questions techniques.

La forme de la nage telle que tous les points précités l’englobent et la définissent est également en grand danger d’être remise en cause chaque jour. Un peu de surentraînement, un coup de fatigue, et le style se délite. [Jacques Meslier l’expliquait bien, quand il disait, que, chaque jour, son nageur n’était pas celui-là même qu’il était la veille. Je serais tenté de dire, en poussant un peu, que les progrès du style se jouent à l’avant des hanches.] On pourrait défendre l’idée que les jambes, comme l’intendance, au-delà de leur rôle dans le « pilotage » du nageur, suivent plus qu’elles ne conduisent.

LA COORDINATION

Jacky Brochen,  est conscient de la difficulté à démontrer que le battement est propulseur ou ne l’est pas dans la nage complète. « C’est difficilement mesurable », dit-il avec raison. Le battement de jambes, explique-t-il, n’est efficace que s’il est bien coordonné avec le mouvement des bras. « J’avais moi-même un battement assez faible, mais qui se révélait efficace dans la nage complète.

Le battement, continue-t-il, a en tout cas un effet équilibrateur : en effet, un passage latéral du bras provoquera un « ciseau » latéral pour rééquilibrer le corps tandis qu’un passage par l’épaule ou le coude permettra de garder le battement bien aligné dans l’axe vertical.

On comprend cet effet dans le battement à deux temps, la prise d’eau est quasi immédiate et donc la jambe appuie en se coordonnant sur l’action du bras opposé. Pour le faire comprendre au nageur on donne comme repère « main droite entre, fesse gauche et talon gauche sortent ». Si la main droite appuie en même temps que la jambe droite, cette fonction d’équilibre n’agit plus et tu verras les dégâts. En effet la coordination bras / jambes est exactement la même que le balancier des bras que nous avons naturellement en marchant ! Essayez de marcher ou courir en bras gauche / jambe gauche et bras droite / jambe droite…

La coordination du battement 6 temps est plus complexe, traction du bras elliptique en S et pour chaque bras à chacun des balayages il y a un battement : prise d’eau droite battement gauche, balayage intérieur jambe droite, balayage extérieur (poussée) jambe droite

En tant qu’entraîneur,  j’essaie d’appliquer des éducatifs originaux provoquant la mise en place du geste efficace qui éliminera les mouvements parasites ; chaque nageur, chaque défaut est un cas ! »

JACKY BROCHEN : NAGER EN POSITION ETIREE

Comment sa position, prudente, vis-à-vis du caractère du battement, conduit-elle sa conception de l’entraînement ? Inclut-il beaucoup de battements dans ses séances ? « Non, dit-il, le travail à la planche à battements n’a jamais représenté plus de 10% de la séance. Mais je m’efforce de faire travailler efficacement. Pour cela, le principe essentiel est que les nageurs soient toujours en position étirée. Avec planche les mains croisées bras tendus (papillon et brasse) ou les mains l’une sur l’autre au milieu de la planche qui sera enfoncée à 10 cm sous la surface de l’eau. Une autre méthode avec effet garanti : bras tendus, les mains croisées enveloppant une balle de tennis devant le corps, Plus les mains serrent la balle « fort » pendant les battements, plus l’effet de gainage du corps sera important. La position étant très difficile à tenir, mais très efficace, l’utilisation des palmes est souvent conseillée. »

LE DISQUE ET LE PLANEUR

Comment le mouvement propulsif de la jambe peut-il cesser de l’être ? Être en quelque sorte privé de sa qualité ? Il y a comme cela des petits paradoxes. Le plané d’un avion est plus long par vent arrière que par vent de face. En sens inverse, les lancers de disque les plus longs sont réalisés contre le vent, car c’est le vent contraire qui va le porter. « La portée d’un disque est plus longue par vent de trois quart face. » Pourquoi ? Entre autres, un disque d’athlétisme n’a pas de volets d’intrados comme un avion !

A LA VOILE ET A LA RAME

Prenons maintenant l’exemple d’une trirème à rames et à voile. Par vent nul, l’action des rameurs est pleinement propulsive. Maintenant, le vent se met à souffler dans les voiles, les rameurs, d’abord, ajoutent à la propulsion par leurs coups d’aviron. Mais plus le vent va souffler et augmenter la vitesse du navire, moins l’action des rames sera importante dans la vitesse acquise. A une certaine vitesse, la rame ne pourra pas s’appuyer dans l’eau et son action propulsive sera de moins en moins productive, jusqu’à s’annuler. Il arrivera un moment où plonger les rames dans l’eau sera contre-productif et freinera, ou le rameur recevra le bout de bois dans la figure, parce que le coup de rame du nageur à l’aviron ne pourra égaler la vitesse à laquelle le vaisseau fendra l’eau !

LA NAGE DE JAMBES DE MAGNUSSEN

L’image de la trirème peut-elle être ramenée à la nage. Non, bien entendu, en natation, cela ne se passe pas exactement comme cela. Mais c’est un processus proche qui se déroule. On peut imaginer l’exercice suivant (« drill » que James Magnussen recommandait sur Facebook à un sprinter qui n’arrivait pas à finir ses cent mètres) : pour commencer, nager en exécutant le moins possible de mouvements de bras, en appuyant au maximum sur le battement. Le nageur se contente d’accompagner avec les bras l’avancée du corps propulsé par les jambes. La main entre dans l’eau, n’appuie pas vers l’arrière, mais se retrouve comme poussée vers les cuisses, puis effectue lentement son retour. Ici les jambes sont seules propulsives, par définition. Petit à petit, Magnussen demande au nageur d’appuyer un peu plus sur son coup de bras et d’en accélérer progressivement le mouvement. Dès lors, il y a transmission de l’action propulsive des jambes vers les bras. Lorsque le nageur sera passé d’un battement à vingt temps à son six temps de sprint habituel, aura-t-il  TOTALEMENT éliminé l’action propulsive des jambes ? Imagine-t-on que la force de l’action des bras pourra à un moment suppléer complètement celle des jambes ? C’est là que la question semble diviser les tenants de deux écoles. La nage complète est plus rapide de dix à quinze pour cent que la nage bras seuls, donc il y a un apport des jambes. Toutes les sorties de coulées de départ et de virage sont effectuées largement (outre la poussée sur le mur, certes) par la force propulsive des jambes. Et la force propulsive des jambes est démontrée constamment dans toutes ces phases « non nagées » (façon de dire) de la natation. Il est possible que certains nageurs dotés d’un faible battement de jambes et d’un très efficace mouvement des bras parviennent, par la puissance de l’action rotative des bras, à éliminer toute action propulsive des jambes. Mais bon, il me semble qu’après cela, les tenants de l’inexistence de l’action propulsive des jambes en nage complète poussent le bouchon. Les jambes équilibrent la nage, mais ne font-elles que ça ? Schnitzler, après Chollet (et tant d’autres) prétend que non et parait être arrivé très près de le démontrer.

Dès lors peut-on dire que le mystère est élucidé ?

 

  1. Plusieurs champions se sont mis à nager après une rééducation, suite à une blessure à une jambe, ainsi, David Theile, champion olympique 1956 et 1960 sur 100 mètres dos (lanceur de poids, il avait reçu son engin sur le pied, on ne saurait être plus maladroit) , Mike Burton, champion olympique 1968 et 1972 sur 1500 mètres libre (chute de vélo), Mike Wenden, champion olympique 1972 du 100 mètres et du 200 mètres libre. Un nombre élevé de grands nageurs ont été amenés à la piscine par la poliomyélite, comme Annette Kellermann, pionnière australienne de la natation, du plongeon et des ballets nautiques, Edward Schaeffer, le premier crack de natation universitaire des USA,  Shelley Mann, championne olympique du 100 mètres papillon, John Konrads, Australie, champion olympique 1960 du 1500 mètres. Un nombre impressionnant de nageurs ont été dirigés vers la piscine sur prescription médicale. Et un champion hongrois (et d’Europe) du 1500 mètres était unijambiste…

La Natation, qu’est-ce qu’on s’amuse !

Par Eric LAHMY

Jeudi 8 Mai 2014

Une campagne vient d’être lancée outre-Atlantique en vue de défendre l’image « amusante » de la natation. Elle est présentée notamment sur un nouveau web site, www.swimtoday.org

Gary Anderson, de “Inside The Games”, le site britannique d’informations olympiques, qui nous donne cette information, nous apprend qu’USA Swimming (la Fédération de natation des USA), assurée de la collaboration de neuf “partenaires industriels”, a lancé une campagne qui durera tout l’été, et dont le but est d’attirer le plus grand nombre de jeunes à la natation. L’innovation, c’est qu’on ne jouera pas sur les thèmes classiques accolés habituellement à la natation comme la sécurité, le sauvetage, la condition physique du nageur, ou le sport pour tous les âges (de un an à cent un ans, pour paraphraser le slogan des aventures de Tintin), mais sur celui, assez nouveau – au moins en tant que concept – de sport plaisir.

La campagne, emmenée par la multi-championne olympique Dara Torres, s’autoproclame “allègre” et qualifie la natation de “sport le plus amusant qui soit.” Au départ, une étude de “Sports Marketing Surveys”, un organisme d’enquêtes marketing, suggérait que 80% des parents américains écartaient d’emblée la natation quand ils choisissaient l’activité sportive de leurs enfants, une fois qu’ils avaient appris à nager. Ce rapport de 2014 sur « l’industrie de la natation compétitive et de fitness » constate que les parents d’enfants n’ayant jamais nagé percevaient ce sport comme moins amusant que les autres sports, alors que les parents des jeunes qui nageaient le plaçaient tout en haut de la hiérarchie en termes de plaisir (fun), d’esprit d’équipe, de confiance en soi et de condition physique…

Dara Torres, dont la carrière (absolument phénoménale) de championne s’étend sur un quart de siècle, de 1984 à 2008, qui a remporté des médailles olympiques à 17 et 41 ans et dont la fille Tessa, huit ans, nage à son tour, a été donc mise à contribution dans cette action, et vante les qualités ludiques d’un sport qui l’accompagne depuis toujours. Aujourd’hui âgée de 47 ans, Dara estime qu’ayant commence à nager tout enfant, le sport lui a donné les qualités qu’elle utilisera pendant toute sa vie. « Ma fille a huit ans et elle adore ça”, ajoute-t-elle. « Je la vois bénéficier des mêmes avantages que moi, et j’aimerais que les autres mamans sachent le plaisir que leurs enfants vont en retirer et le cadeau pour toute la vie que représente le savoir nager. »

Une agence de publicité, Colle+McVoy, a lancé une campagne mettant l’accent sur ces deux qualités (l’utile et l’agréable) de la natation. Auprès d’USA Swimming, se sont associés à cette action plusieurs partenaires institutionnels, ainsi Arena North America, Speedo USA, TYR Sport, Playcore, Team Unify, US Masters Swimming, le magazine Swimming World, la National Swimming Pool Foundation et l’Association des Coaches Américains de Natation.
NAGER EN SE MARRANT ?

La natation peut-elle être un sport distrayant ? Peut-on nager sérieusement et s’amuser en même temps ? Et jusqu’à quel niveau de pratique peut-on se marrer dans l’eau (attention quand même à ne pas boire une tasse dans un éclat de rire) ? Pour l’essentiel, je crois que ce n’est pas à un journaliste de répondre à la question, mais au nageur et surtout à l’entraîneur !

Si la campagne de l’US Swimming peut paraître innovante, elle ne l’est qu’en tant qu’idée de communication, parce que le soupçon que la natation n’est pas une activité barbante s’est répandu depuis longtemps dans les bassins. Non pas en termes de rhétorique, mais en fait, par des entraîneurs qui savent faire preuve de pédagogie ! La certitude qu’on va à la piscine soit pour nager, soit pour jouer est fautive. On peut aller à la piscine pour s’amuser à nager… Et les effets de cette pratique sont infiniment supérieurs en termes de santé, de condition physique, de réalisation de soi…

…Mais je dois admettre que la natation sport ludique est loin d’avoir eu la primauté. Les gros kilométrages effectués par les champions, les séances interminables passées à parcourir des distances considérables, les histoires de champions « brûlés » par la durée et l’intensité de leur préparation, tout cela n’a guère valorisé l’image de ce sport. Je me souviens d’avoir lu, un peu attristé, un article de la revue « Sport et Vie » où la natation était présentée comme le sport que ses champions haïssent. L’auteur y accumulait des témoignages de nageurs qui quittaient l’entraînement en claquant littéralement la porte de la piscine.

Le pire, c’est qu’il y a du vrai là-dedans. Je me souviens de Don Schollander, le grand nageur des années 1960, qui déclarait en 1968, en annonçant sa retraite, qu’il ne voulait « même plus prendre une douche », tellement l’idée d’être seulement dans l’eau le révulsait ! Debbie Meyer, qui avait régné sur le demi-fond à la même époque, disparut de la même façon. En 1973, Shane Gould, sans doute la plus grande nageuse de tous les temps (records du monde des 100 mètres, 200 mètres, 400 mètres, 800 mètres et 1500 mètres, qui dit mieux ?) s’en alla en clamant son écœurement… Tout le monde songe également à ce qu’il est advenu de Laure Manaudou quand elle se décida à se libérer de l’autorité de Philippe Lucas. En vérité, c’est par centaines que les nageurs de haut niveau quittent ce sport avec un sentiment de ras-le-bol.

Mais ce qu’on sait moins, c’est que, après quelques temps, ils y reviennent, avec plus de plaisir. Manaudou s’est amusée à repiquer une tête en 2012 et s’est même qualifiée pour les Jeux olympiques. A plus de 40 ans, Shane Gould s’est remise à nager, tout comme Janet Evans qui avait quitté le sport à vingt-deux ans, mangée par des tendinites. Six ans après ses déclarations, j’ai vu Don Schollander qui faisait alors partie de l’Arena Team, effectuer, tout seul, un après-midi de juillet 1974 à Vienne, en Autriche, pour le plaisir, après les compétitions du matin, d’interminables séries de 100 mètres dans le bassin olympique. Je le chronométrais en douce depuis la tribune de presse : il nageait chaque 100 mètres en 1’8’’, et le sprinteur italien Roberto Pangaro, alors en activité, m’affirmait qu’il n’aurait pu en faire autant !

Bien entendu, aucun nageur « master » n’a besoin qu’on lui raconte ce qui précède pour qualifier la natation de sport agréable. Pour la plupart d’entre eux, nager devient une nécessité « vitale », un plaisir dont ils ne sauraient se passer.

Les jeunes, que vise la campagne de USA Swimming, n’ont pas ces soucis. Ce sont les entraîneurs qui leur dispensent, à travers les finesses des séances qu’ils leur proposent, la joie de nager. Tous les « drills », les éducatifs, qu’ont développé et repris les meilleurs entraîneurs actuels (parmi les références, le ou les DVD réalisés par Fabrice Pellerin) peuvent être très utiles quand il s’agit de mettre en place une séance amusante. L’imagination des bons coaches est sans limite dans ce domaine et il faudrait recenser les centaines d’exercices distrayants à effectuer et formateurs. Une natation qui joue est une bonne natation.

Le sport a-t-il un sens ?

+++Sport de Haut Niveau. La Performance Humaine à la Recherche du Sens, par François Bigrel, 98713.- Papeete, Tahiti, Polynésie Française, ST987@jeunesse-sports.gouv.fr

Par Éric LAHMY

13 janvier 2014

  « Ce que l’homme est, il l’est devenu à travers cette cause qu’il a faite sienne »  (Karl Jaspers)

 

Lors d’un séminaire sport de haut niveau organisé en juin 2009 en Polynésie française, et auquel participait Claude Fauquet, François Bigrel, agrégé d’EPS, fondateur et coordonnateur des « Rencontres d’Aquitaine », s’était interrogé sur le sens de la performance humaine. Un ouvrage (couplé avec un DVD) « La Performance Humaine à la Recherche du Sens » fut alors publié en janvier 2010 par les autorités Jeunesse et sport de Tahiti. Le sujet interpellait toujours deux ans plus tard l’ancien Directeur technique de la natation française devenu directeur adjoint de l’INSEP.
Le terme même de sens n’est pas privé d’ambiguïté. On peut questionner le sens de la vie  ou de telle activité humaine en se situant au niveau théologique ou anthropologique. Même si le sport des Grecs anciens représentait une expérience religieuse (leurs Jeux honoraient les Dieux) et si, dans certains pays (les USA pour ne citer qu’eux) la compétition commence par une prière, le sens invoqué par les sportifs modernes nous parait plutôt être d’ordre sociologique.

Dans sa réflexion, Bigrel semble n’avoir pas vu ou voulu tenir compte de cette duplicité, développant ses réflexions sans trop se préoccuper de l’acception du « sens » qu’il privilégie. Laisser traîner une équivoque peut se révéler fertile. Bigrel lance son projet par une définition large du mot : le sens, dit-il est le « contenu conceptuel et affectif présent dans un signe, dans un geste ou dans une existence. Par extension, la raison d’être, la justification d’une action ou d’une existence… Le but qui, investi d’une valeur confère en retour une signification au sujet qui la constitue. »

 ENTRAINEUR, MÉTIER IMPOSSIBLE

 François Bigrel, qui s’adresse alors essentiellement à des entraîneurs, compare leur action à celles du médecin et de l’homme politique, qu’il qualifie de « métiers impossibles. » Ces trois professions sont censées répondre à des exigences élevées, parfois irréalistes, face à des enjeux extrêmes, l’organisation de la vie collective, la performance, la mort.

Il n’est pas toujours facile de relier les questions que soulève le « sens » du sport à celles de la performance, mais l’enjeu tombe sous le sens si l’on écoute d’une oreille attentive les problématiques que soulèvent les responsables (quand ils sont éclairés).

Bigrel part ainsi à l’assaut des « représentations », ces habitudes de pensée qu’il compare à des vêtements d’idées, indispensables pour traduire le monde tel qu’il est en termes fonctionnels, mais qui, malheureusement, correspondent en foule à des erreurs, et font perdre un temps et une énergie énormes. Il donne l’exemple de la musculation, qui a été une source permanente de pièges de pensée, et de la musique, où le passage prétendument obligé par le solfège des apprentissages a fait de millions de musiciens potentiels de possibles « Mozart assassinés ». Bigrel milite pour un véritable strip-tease de ces vêtements d’idées préconçues, d’a priori stérilisants qui entravent la pensée, l’enferment dans des routines. On sait combien Fauquet se sera appliqué à effectuer une remise en cause – ou du moins un réexamen minutieux – de ces préjugés, dans chaque secteur de son action de DTN, qu’il s’agisse des minimas, de la détection des talents, des primes à la performance, du calendrier, de l’organisation des stages, des techniques de nage, de l’approche de la compétition, etc.

 ATTENTION AUX CONTRESENS

 La difficulté, on l’aura compris, reste de démêler la représentation fallacieuse de l’intention vertueuse, rien ne ressemblant plus à la première que la seconde. Dire qu’on est victime d’une représentation fausse est une chose, le démontrer en est une autre…

…Bigrel note la complexité de la situation de compétition, qui lui donne ses caractères : imprévisible, singulière, ouverte ; elle représente une situation qui ne se reproduira plus (« contingente », dit-il, et « irréductiblement spécifique »). Ces caractéristiques, soutient Bigrel, font de la compétition une productrice de sens.

C’est là que l’auteur se voit contraint de poser une question fondamentale : le sens préexiste-t-il quelque part et s’agit-il de le trouver ? Ou bien le sens n’existe-t-il pas et doit-il être inventé ? Philosophiquement, la question nous paraissait avoir été réglée depuis un siècle par Husserl, et importée en France, depuis soixante cinq ans par Sartre, avec son « existence précède l’essence », mais Bigrel doit douter que ses auditeurs aient lu l’introduction de « L’Être et le Néant » ou ruminé les « Ideen », car le conférencier se sent contraint d’enfoncer le clou. On ne peut lui donner tort d’insister, car poser les questions qu’il pose sans s’être assuré que la donne a bien été comprise, c’est risquer d’aller percuter un mur de confusions. Il serait assez farce de s’interroger sur le sens et d’enfiler les contresens comme autant de perles. « Le sens, expose-t-il donc, ne préexiste pas. Il doit être inventé. »

Pas de sens qui tombe du ciel, prêt à porter, il revient donc à l’homme de s’en inventer un, sur mesure. Fort de cette certitude, Bigrel se sent à même de se positionner philosophiquement vis-à-vis de la performance. Le sportif serait « cet être humain en ‘’expansion d’être’’ dont l’organisation et la capacité d’action augmentent et se renforcent grâce à des occurrences qui le déstabilisent. » La poursuite de la performance, comme celle de tant d’autres activités humaines, emprunte la forme d’un tricotage d’habitudes et d’innovations, « un système toujours entre le cristal et la fumée. » Dans l’entraînement et la compétition, « le sujet et son cerveau questionnent l’environnement, l’habitent peu à peu et finalement le maîtrisent… » C’est dans ce travail habité d’essais et d’erreurs, ces répétitions incessantes qui lui permettent d’affiner son projet et d’atteindre son ‘’intention’’ initiale que, selon Bigrel, se fonde le sens : « ce tâtonnement fait d’essais et d’erreurs et de temps passé à agir est essentiel à l’émergence d’un sens incarné par l’acteur. »

Cela revient à confirmer dans le champ de la performance « la qualité auto-transcendantale de l’existence humaine [qui] fait de l’homme un être qui va au-delà de lui-même, » telle que la désigne l’anthropologie.

On ne saurait trop dire si la démonstration est convaincante, ou, pour reprendre ses termes si elle est cristal ou fumée. Mais Bigrel est plein de bonne volonté, et on lui en saura gré. Dans sa conclusion, il se fait le champion de la créativité et de la dimension artistique du sport. Son essai s’achève sur un éloge de la diversité, une prise en compte de notre exotisme généralisé, du caractère exceptionnel de chacun de nous. Voilà un appel libérateur et humaniste qu’on n’aurait pas le cœur de dédaigner. Bigrel nous incite aussi à distinguer le pouvoir de l’autorité, et débouche sur une exhortation éthique de l’entraîneur. Le pouvoir est la maladie de l’autorité, pourrait-on dire. Le pouvoir cherche à assujettir, quand l’autorité aimante les adhésions. De tout ce qui précède, on soupçonnera que le sens ne se situe pas dans le sport, mais bel et bien dans l’homme !

 DES NAINS JUCHÉS SUR LES ÉPAULES DES GÉANTS

Dans notre société, cependant, il me semble que l’approche technicienne et dynamique de l’entraînement représente un danger sous-jacent plus pernicieux que l’excès de pouvoir qu’entend conjurer Bigrel. Pour Viktor Frankl, ce psychiatre germano américain (peu connu en France) qui a dédié son œuvre à la recherche du sens de la vie, « approcher l’être humain en termes de techniques implique nécessairement qu’on les manipule et les approcher en termes de dynamique implique qu’on les réifie, qu’on transforme les êtres humains en objets. » L’action de ce que serait un entraîneur de natation authentique, par rapport à celle de ceux que je nommai non sans une certaine colère dans les années 1970 des « contremaîtres de bassin » (race, heureusement, en voie de disparition) vient de ce que le contremaître de bassin ne voit dans ses nageurs que des objets d’expériences techniques et dynamiques et l’entraîneur authentique vit leur relation comme une rencontre d’êtres humains.

La technique n’en est pas moins indispensable. C’est à travers elle que le sport peut se saisir dans le flux d’un progrès de l’homme, qui s’appréhende dans le phénomène du record, et l’image des nains juchés sur les épaules des géants est parfaitement explicite du sport actuel. Qu’une nageuse presque « médiocre » de douze ans puisse en 2014 nager un 400 mètres nage libre plus vite que Tarzan Weissmuller quatre-vingt-dix ans plus tôt peut être considéré comme une conquête collective de ces auto-transcendances individuelles, par le biais d’une foule d’acquisitions techniques. Aucun animal n’effectue de tels progrès et l’espadon, recordman de vitesse, n’a sans doute pas évolué d‘un iota, sous cet angle, depuis cent mille ans ! Le sens de ce progrès de l’homme est celui d’une maîtrise à la fois de la gestuelle et de l’élément, par une meilleure compréhension  de l’enjeu que représente le fait de nager.

Mais bien entendu, il ne s’agit pas que de ça. L’affaire qui nous concerne est manifestement une question morale, liée à certaines exigences, « liberté de vouloir, volonté de sens, et sens de la vie. La liberté humaine ne consiste pas à se libérer des conditions, mais elle est liberté d’adopter une attitude en face de toutes les conditions qui pourraient la confronter. » Toujours d’après Frankl, survivant de quatre camps d’extermination, « l’humour et l’héroïsme nous rappellent à la capacité humaine de détachement de soi. On s’élève du somatique et du psychique au mental. La dimension spirituelle du sens ne l’est pas dans son acception religieuse. Elle témoigne seulement de notre humanité. »

JEANNE D’ARC ET TEDDY RINER

Il convient de ne pas se tromper. Si l’homme n’est pas qu’un animal, il n’en reste pas moins aussi, un animal. A ce sujet, lorsque Bigrel, au détour de sa démonstration, dénonce le point de vue du commentateur selon qui le champion de judo Teddy Riner, pour l’emporter aux Jeux olympiques, a « réveillé la bête qui est en lui », je peux comprendre son dépit. Mais si j’examine de près cette assertion a priori choquante, je conclus que Bigrel a tout à fait raison de la dénoncer, et tout à fait tort. Raison parce que Riner est un talent du judo, que le déchaînement qu’il opère sur un tatami pour mettre ippon l’armoire normande qui lui fait face, est parfaitement maîtrisé, et répond à des choix « guerriers » qui, simples ou compliqués, correspondent à des opérations mentales ou à des réflexes conditionnés par une longue pratique qu’aucune « bête » ne pourrait maîtriser, suivant la logique d’un sport codifié de façon trop précise et complexe pour qu’une animalité, aussi éveillée soit-elle, puisse la respecter. D’une certaine façon, quand Mike Tyson, au milieu d’un combat de boxe, déchira l’oreille d’Evander Holyfield d’un coup de dents, il avait éveillé la bête qui dormait en lui, parce que son acte de sauvagerie échappait aux règles de ce qu’il était censé faire dans un ring et retrouvait la férocité du fauve. Mais si Bigrel a tout de même tort de s’insurger contre cette métaphore appliquée à notre champion de judo, c’est parce qu’un geste technique aussi affiné, gorgé de signification et d’humanité, qu’une prise de judo, un saut à la perche et toute une kyrielle de gestes athlétiques, n’est jamais complètement débarrassée d’une dimension animale.

L’erreur aurait été bien entendu de réduire le combat de Riner, homme à la fois raffiné, intelligent et pétri d’humanité, à un éveil de la bête, comme dans d’autres champs de l’activité humaine, les réductionnistes ont interprété l’amour comme une simple sublimation du sexe, ou analysé la conscience comme une intervention du surmoi freudien. Mais il n’en est pas moins vrai que les interdits du surmoi se connectent à la conscience ou que l’amour intègre la sexualité. Si l’homme n’est ni ange ni bête, il opère à divers niveaux qu’il intègre dans sa personnalité, et résume en lui toute l’évolution qui le précède, phénomène que la biologie a résumé sous l’assertion selon laquelle « l’ontogénèse résume (ou récapitule) la phylogénèse. » L’homme, en étant devenu un homme, ne cesse pas d’être un animal.

Continuons dans cette direction, car l’enjeu, vis-à-vis du sens, n’est pas mince. Diverses interprétations peuvent être données d’un même phénomène. Analysant le cas célèbre de Jeanne D’Arc, Viktor Frankl avait bien cerné cette problématique : « il ne fait aucun doute que d’un point de vue psychiatrique, la sainte aurait été reconnue schizophrène, et aussi longtemps que nous nous confinons dans le champ de la psychiatrie, Jeanne D’Arc ne sera rien d’autre qu’une schizophrène. Ce qu’elle est au-delà de la schizophrénie ne pourra être perçu depuis la dimension psychiatrique. Mais dès que nous la suivrons dans la dimension de l’esprit, de la pensée, et que nous analysons son importance théologique et historique, il devient clair que Jeanne D’Arc est plus qu’une schizophrène. L’un n’empêche pas l’autre et en sens inverse, le fait qu’elle était une sainte ne change rien au fait qu’elle était schizophrène. »

Pour en revenir à Teddy Riner, la différence entre le judoka et la bête, c’est que même s’il est possible d’enseigner o soto gari ou de-ashi-garai à un orang-outang, vous seriez très étonné de voir ce cousin éloigné de l’homo faber disputer une rencontre de judo en respectant les codes de ce sport. Montrez m’en un et je l’inviterai volontiers à venir boire un verre à la maison !

Il est un point sur lequel Bigrel n’a pas voulu insister, celui de la pluridisciplinarité : aujourd’hui, le dialogue de l’entraîneur et de l’athlète est remplacé par un fonctionnement plus collectif. La formidable progression des performances sportives rend l’entraîneur incapable de répondre à nombre d’aspects de la problématique du haut niveau. Même un entraîneur de natation aussi farouchement indépendant que Philippe Lucas délègue certaines responsabilités et fait appel à des spécialistes dans le domaine, par exemple, de la musculation. Nous avons par ailleurs dans d’autres articles de Galaxie Natation évoqué les différents apports, extérieurs au duo fatidique, médecin, kiné, psychologue.

LA GREVE DE KNYSNA, DÉFAITE DU SENS

 Le sport a donc suivi l’air du temps, et s’est engouffré dans l’ère du spécialiste. Phénomène qui se paie, parfois cher. Dans un travail d’équipes, le spécialiste est indispensable. Il représente à la fois un bien et un mal nécessaires. Ce que nous devons déplorer, n’est pas que les hommes se spécialisent, mais que les spécialistes se mettent à généraliser. Mais pour ce qui concerne l’équipe de France de natation, les choses ont eu l’air de bien se passer.

Une menace autrement redoutable plane sur le sport et ses significations, et elle est liée à l’invasion de valeurs qui ne sont pas siennes. On a beaucoup parlé de la grande plongée du football français et les suites de la grève de Knysna, pendant la Coupe du monde 2010. Mais qui a fait le lien entre cette lamentable affaire et tout un ensemble de choix qui l’ont précédée ? Dans les années 1980, toute une stratégie avait été mise en place dans les zones difficiles, dans laquelle le sport devait ‘’récupérer’ une jeunesse volatile. Comme celle-ci n’était pas près de se soumettre aux règles du sport, on la laissa définir ses codes, et ceci sous la garde de « grands frères », bien souvent les trublions les plus actifs! Les valeurs éducatives s’étiolent, le lien social se défait, quand les conventions du sport ne fonctionnent pas. Depuis un siècle, la coutume voulait qu’on s’essuyât les pieds (et les esprits) en entrant sur le terrain. Les lois de la rue, en pénétrant sur le stade, piétinèrent ses valeurs séculaires. Le nouveau paradigme n’avait plus qu’à faire des petits. L’atmosphère du foot atteignit un paroxysme tel qu’entre autres, en Seine-Saint-Denis, les arbitres, conspués et menacés à chaque week-end, décidèrent de faire grève.

 LIBÉRATEUR ET CRÉATEUR DE TENSIONS

 Quand le sport parvient à imposer ses valeurs à ses pratiquants, il répond en revanche assez bien à cet impératif de la psychologie qui veut qu’ « être un être humain signifie toujours d’être dirigé, et de pointer vers quelque chose ou quelqu’un autre que soi-même. » Ce n’est pas d’un mince intérêt. L’épanouissement de la personnalité se réalise à travers un travail important. Des expériences dites « de pointe » offrent ce sentiment d’accomplissement que nous recherchons tous plus ou moins. Un sentiment de bonheur peut être atteint par d’autres stimulants. La musique, la drogue, l’alcool, un accomplissement personnel, etc. Malgré un renversement récent, et un retour des tensions, le monde moderne évolue vers une réduction des tensions. Ce qui peut se percevoir comme un progrès produit pourtant des effets contraires au développement de la personnalité : un affaiblissement du sens de la vie, qu’on appelle aussi le vide existentiel. En effet, une certaine tension est nécessaire à l’obtention d’un sentiment d’accomplissement. L’affaiblissement des tensions dans une société provoque ces manifestations de vide existentiel. Un tel vide, de telles frustrations, se traduisent par un sentiment d’ennui général. Le 15 mars, huit semaines avant l’explosion de mai 1968, le journaliste du « Monde » Pierre Viansson-Ponté avait titré : « la France s’ennuie. »

Il est frappant de constater que, pendant les guerres, ou les périodes de tensions, les problèmes psychologiques s’effacent. Sur le campus de Berkeley, lorsque les agitations étudiantes commencèrent, on nota un effondrement des admissions d’étudiants dans le département psychiatrique de l’Université. Pendant des mois, à travers la libre parole véhiculée par mai 1968, les étudiants rencontrèrent un sens dans leur vie

Nous sommes-nous éloignés du sport ? Point du tout. L’anthropologie a reconnu dans le sport une façon de redonner cette tension nécessaire à la santé mentale de l’homme. 

« Une saine création de tension, écrit ainsi Viktor Frankl dans The Will To Meaning, me semble être une fonction des sports, qui permettent aux gens d’exprimer leurs besoins de tension en s’imposant délibérément une demande qui leur est épargnée par une société privée de contraintes et d’exigences. Le sport réintroduit dans cette société un équivalent séculaire, substitut de l’ascétisme médiéval. »

Le sens du sport pourrait bien se nicher là, semble-t-il, tel un idéal à notre portée. Et s’il est vrai que « les idéaux sont l’étoffe de notre survie », il n’est peut-être guère besoin d’aller le chercher beaucoup plus loin.

+++Sport de Haut Niveau. La Performance Humaine à la Recherche du Sens, par François Bigrel, 98713.- Papeete, Tahiti, Polynésie Française, ST987@jeunesse-sports.gouv.fr

 

 

 

 

 

 

 

COUP DE PROJECTEUR SUR LES COUPS DE BRAS

Eric LAHMY

6 janvier 2014

Dans un article sur les coups de bras paru sur le site USA Swimming, l’auteur, Katie Arnolds, présentée comme une consultante, après avoir passé en revue le nombre de coups de bras effectués pour réaliser des distances en finales olympiques ou mondiales, propose un certain nombre de conclusions. « En général, écrit Katie Arnolds, tous ces nageurs étaient remarquablement réguliers dans le compte de leurs coups de bras, entre les séries, les demi-finales et les finales. La plupart de ces athlètes connaissaient des variations d’un coup de bras du premier au deuxième bassin. Un petit nombre d’entre eux (4) comptaient plus d’un coup de bras de plus d’une longueur à l’autre, tandis que le même nombre (5) maintenaient exactement le même compte. Cela signifie que, sur 21 nageurs, 17 maintinrent leur compte de coups de bras ou le varièrent d’un coup par longueur. Cela me montre que les comptes de coups de bras entrent dans les plans de course des meilleurs nageurs de papillon au monde, ces athlètes comprennent que pour nager vite de façon consistante, ils doivent avoir un plan de course détaillé et consistant qu’ils pratiquent de façon régulière. »

Si les observations de Katie Arnolds nous paraissent incontestables – ou du moins dignes d’être admises de confiance, après tout, il lui a suffi de compter le nombre de coups de bras –, ses conclusions nous paraissaient entachées d’un certain volontarisme. Pourquoi décider que ces nageurs comptent leurs coups de bras, comprennent ce qu’ils font là et pratiquent régulièrement un comptage quelconque ? Monsieur Jourdain ne savait pas qu’il faisait de la prose et je puis marcher des heures dans le même tempo, avec la même longueur de foulée sans plus le savoir que le cheval de course ne compte ses temps de galop. Bien sûr, on peut volontairement allonger son mouvement, alors qu’on ne peut, par exemple, freiner son rythme cardiaque. Mais cette ‘’allonge’’ ne peut-elle être maintenue en-dehors de toute volonté spécifique ? Un nageur qui l’a travaillée des mois durant à l’entraînement ne se passe-t-il pas de ce comptage ? Je posais ces questions, en la forme, à Marc Begotti.

« Les nageurs nagent avec une certaine amplitude, qui a été travaillée pour sans doute la plupart d’entre eux, ajoutai-je dans ma question ; mais les variations qui peuvent se trouver ne peuvent-elles être considérées comme liées à la compétition, au stress, au fait qu’on peut avoir tendance en accélérant la cadence de raccourcir le mouvement, et ne doit-on pas dire, si l’on ne connait pas ces circonstances dans le détail, rester prudent quant à la signification des coups de bras et donc de l’amplitude des mouvements? Y a-t-il d’autres éléments qui peuvent entrer en ligne de compte? »

Un ou deux mois plus tôt, Begotti avait finalisé quelques points de sa pensée sur la question, à l’occasion d’une formation d’entraîneur. Nous en avons extrait le sujet de notre article ‘‘Marc Begotti au secours de Camille Lacourt’’, en date du 1er janvier. Il y était aussi question de coups de bras. Plus précisément, Marc Begotti répondait à la question de savoir si les nageurs comptent leurs mouvements. Je me souvenais de l’avoir fait moi-même, nageur, peut-être dans certaines compétitions, vers 1967, mais sûrement à l’entraînement (plus exactement, j’avais cherché à ‘’allonger’’ ma nage, soit à la suggestion de mon entraîneur, Louis Van Steen, soit, étant conscient du fait que je disposais d’une nage ‘’longue’’, que j’aie cherché à en tirer la quintessence autant pour ce qui était des coups de bras – qu’on appelait alors mouvements de bras ou attaques de bras, ‘’coup’’ étant la traduction tardive quoique intéressante de l’anglais ‘’stroke’’-).

Bien avant, dans les années 1930, Jacques Cartonnet, qui avait été recordman du monde de brasse papillon, avait atteint des résultats extraordinaires pour l’époque en termes de glissée, et je présume que des chiffres concernant le nombre très faible de coups de bras par longueur de bassin qu’il avait obtenus doivent dormir depuis des décennies dans les pages des revues fédérales de l’époque ou dans le livre qu’il a publié alors. Quoiqu’il en soit, l’idée d’une économie de mouvements m’avait intéressé (en crawl, elle avait trouvé un prestigieux défenseur en la personne de John Weissmuller).

J’ai demandé à Begotti de me préciser si ses nageurs comptaient leurs coups de bras en compétition. « Franck Esposito en compétition comptait ses coups de bras sur 200 mètres papillon, m’a-t-il répondu, c’était pour lui un moyen de ne pas « passer à travers » qui lui permettait de se « caler » sur le premier 50 mètres,  ce qui était décisif pour la suite ; sans cela, il nageait en se précipitant, et donc moins vite, et ne terminait pas le 200 mètres. Catherine Plewinski ne comptait pas en compétition, elle n’en avait pas besoin pour « nager juste ». Justement parce qu’elle s’entraînait toujours en comptant et en essayant de couvrir chaque 50 mètres avec le moins de coups de bras possible et cela quelque soit l’intensité demandée. »

OBSERVER, COMPRENDRE, INTERPRETER

Selon l’entraîneur de ces deux nageurs (Esposito, avant qu’il ne le prenne en main, avait été formé à Six-Fours, puis été entraîné par Michel Guizien), « le nombre de coups de bras rend compte indirectement du niveau de fonctionnement du nageur, mais attention, ce n’est pas la cause… Il ne suffit pas de nager avec moins de coups de bras pour nager plus vite ! La réduction du nombre de coups de bras ne se limite pas à « allonger sa nage » mais implique de pulser de plus grandes masses d’eau, avec une plus grande intensité de force, pendant plus longtemps vers l’arrière… Tout un programme ! »

Si je puis me permettre d’ajouter une réminiscence personnelle à cette explication de Marc Begotti, je me souviens, quand je m’amusais à chercher à rejoindre la « longueur » des mouvements (de brasse) de Jacques Cartonnet, que j’ajoutais, à l’ « intention » d’un maximum de puissance dans les phases actives (tirer plus fort avec les bras, puis pousser plus fort avec les jambes pour aller plus loin), une autre « intention », de glisse pure, si j’ose dire, cherchant, étiré dans l’eau, à éliminer au maximum les frottements induits par ma propulsion par une position plus pénétrante, à susciter des sensations de glissement, etc. Je suis persuadé que la plupart des nageurs se sont amusés à des expériences équivalentes, dont l’aspect quasi-érotique (caresse de l’eau) n’échappera à personne!.

J’imagine que si Begotti avait été là (mais il n’avait alors que sept ans), il m’aurait sans doute dit que mon allongement était trop largement produit par l’exagération des phases « passives » (de glisse) ! En compétition, d’ailleurs, je réduisais ce temps de glisse (qui par ailleurs, pouvait être doublement contre-productif, puisqu’il limitait le nombre et la fréquence de mes inspirations et donc mon oxygénation).

Ce que les très bons entraîneurs ont toujours mis en avant, c’est que rien, au départ, ne vaut l’observation. Il faut se référer aux faits et ne pas se fourvoyer dans de fausses interprétations de ce qu’on voit. Cela n’a l’air de rien, mais c’est d’une importance stratégique. C’est tellement vrai que l’un des grands entraîneurs français d’athlétisme des trente dernières années, Jacques Piasenta, avait écrit un livre passionnant de 300 pages couronné par le jury des Ecrivains du sport et intitulé « Apprendre à Observer » ! Tenu dans des dimensions plus restreintes, Marc Begotti fait moins long! « Se référer à des faits (à partir d’une observation organisée de la performance) pour comprendre ce qui caractérise la manière dont le nageur s’organise pour réaliser une performance » suggère-t-il avant de préciser, « les faits n’ont de sens que par rapport à un système de pensée, par rapport à une théorie préexistante, ils n’existent ni a priori, ni isolément. » Pour résumer, c’est l’observateur qui va donner son sens aux faits.

Marc Begotti propose ensuite de « s’intéresser au processus qui génère la réalisation de cette performance – comment elle est construite – afin d’ouvrir des perspectives de stratégies spécifiques d’entraînement (proposer un entraînement ciblé). »

LE MONDE COMME REPRESENTATION

L’entraîneur insiste ensuite sur ce qu’il appelle son cadre de référence. Il s’agit en fait, selon nous d’une incitation à cogiter, à remettre en cause, mais surtout à rester bien conscient que même implicitement, nous pensons dans un cadre de référence qui peut nous influencer à notre insu. C’est, nous semble-t-il, ce contre quoi Claude Fauquet mettait en garde de façon insistante, qu’il appelait les « représentations » et qui, si elles sont mauvaises, fourvoient celles et ceux qui s’efforcent de construire avec souvent du zèle et de la bonne volonté une route vers l’excellence. Les représentations, concept, nous dit Begotti, forgé par Edgar Morin (mais, me semble-t-il,  »piqué » à Arthur Schopenhauer), sont aisées à saisir. Elles nous ramènent à l’interprétation des faits, évoquée deux paragraphes plus haut. Imaginons une pin-up mince et blonde qui se promène dans le parc de Serengeti, au Kénya. Pour une troupe de lions comme pour les derniers anthropophages d’Afrique, elle apparaîtra comme un délicieux (quoiqu’un peu maigre) en-cas ; les Masaï du coin y verront une assez laide et squelettique mégère albinos, de jeunes touristes une charmante personne qu’ils aimeraient rencontrer, les compagnes de ces touristes une dangereuse rivale, etc. Toutes ces représentations conduisent à des comportements pour le moins variés. 

LE NAGEUR COMME PLANCHE DE SURF

Les mauvaises représentations ont été multiples en natation, comme, exemple entre tant d’autres, l’idée que le nageur devait se poser haut sur l’eau, on encore celle qu’il ne devait pas se tourner dans l’eau, mais rester posé bien à plat et la chevaucher comme une planche de surf; elles étaient d’ailleurs accentuées par le fait que l’acte propulsif du nageur est immergé, que les observateurs ne pouvaient avoir accès à la vision de ce qui se passait sous l’eau (chose qui a changé avec les caméras sous-marines), et que personne avant longtemps, n’avait étudié les phénomènes de traînée. Le bon nageur était le beau nageur, le nageur esthétique et nul ne comprenait vraiment ce qui se passait là-dessous. De telles représentations ont la vie dure, et j’en veux pour preuve que, malgré tout ce que je viens de vous dire, je préfère le retour aérien des bras coude plié à celui bras tendu parce qu’il est plus esthétique!

Il a fallu un as de la technique comme Paul Bergen pour comprendre en quoi le staccato d’une Janet Evans était innovant, et pas seulement  »laid » à voir ! Je me souviens, ayant remarqué en 1986 l’Allemande de l’Est Kristin Otto effectuer un retour aérien de crawl à bras tendus, l’avoir noté comme une originalité, sans trop chercher à comprendre s’il signifiait quelque chose pour le parcours sous-marin du bras actif, pour les battements de jambes, etc., bref s’il avait une raison d’être technicienne, en-dehors du fait que cette championne de papillon effectuait un même retour aérien du bras en papillon et en crawl, imaginant que celui-là avait inspiré celui-ci. Certes j’étais journaliste, non pas technicien, mais j’en étais resté à l’anecdote. Je ne sais d’ailleurs pas si des entraîneurs se sont interrogés à l’époque, sur ce qui était d’ailleurs un cas isolé…

METTRE LES JAMBES

« Les représentations conditionnent la façon d’agir, elles peuvent devenir des freins et même des obstacles insurmontables pour le nageur (mais aussi pour l’éducateur et l’entraîneur) ; dans ce cas il faut en changer », dit Marc Begotti. Raymond Catteau racontait la façon systématique qu’avaient les commentateurs de télévision d’expliquer que tel ou tel nageur, pour augmenter sa vitesse, « avait mis », « mettait » ou « allait mettre les jambes » – le plus souvent sans que rien d’équivalent ne se passe dans l’eau. La représentation qui correspondait à de tels commentaires, c’était que pour le monde de la natation, accélérer revenait à appuyer sur son battement de jambes… Catteau avait isolé un magnifique commentaire d’une course de Laure Manaudou où, alors que celle-ci n’ajoutait jamais à son deux temps, sa « mise en jambes » avait été pronostiquée, en vain, à plusieurs reprises… A la fin, conscient qu’il ne s’était rien passé de ce qu’ils attendaient, l’un des commentateurs avait ajouté en forme de regret: « Ah! Si elle avait mis les jambes. »

Nous passerons sur un certain nombre d’explications de Marc Begotti concernant le corps projectile et le corps propulseur, la vitesse moyenne de déplacement d’un nageur, etc., qu’on pourra lire dans le site web du Dauphiné-Savoie, ou dans notre article sur le livre de Raymond Catteau (Raymond la science), pour en venir au point qui nous intéresse. « Le temps mis pour nager une épreuve est le résultat des actions mises en œuvre par le nageur, écrit M. Begotti.  Le nombre de coups de bras nécessaire pour nager une épreuve de natation rend compte indirectement du niveau de fonctionnement du nageur. Il est clair que ce nombre de coups de bras, s’il rend compte de l’aspect visible du fonctionnement de nageur, n’est pas la cause de ce fonctionnement. Le croire serait confondre l’effet et la cause », le symptôme et le diagnostic.

FREINER REACCELERER

« De nombreuses observations démontrent que d’Olympiade en Olympiade  les nageurs nagent plus vite la distance de compétition avec un nombre de cycles de bras en constante diminution. Cela signifie que les nageurs augmentent leur vitesse de déplacement à la fois parce qu’ils s’organisent pour être moins freinés et parce que chaque coup de bras agit plus intensément. C’est la raison pour laquelle le nombre de cycles dont ils ont besoin pour couvrir la distance de compétition diminue. (Très souvent les entraîneurs expliquent cette réduction du nombre de coups de bras par le fait que les nageurs augmentent la longueur de leurs coulées. Effectivement, un nageur qui passe à travers l’eau de façon efficace va spontanément augmenter la longueur de ses coulées, celui qui est plus freiné va devoir réaliser des coulées plus courtes et se ré accélérer plus tôt : le nombre de coups de bras rend bien compte indirectement de la capacité à passer à travers l’eau et de se ré accélérer). Il n’y a pas si longtemps les nageurs les plus endurants remportaient les épreuves de demi-fond et les nageurs les plus puissants remportaient les épreuves de sprint. Désormais, quelles que soient les épreuves, en finale Olympique tous les nageurs sont à la fois puissants et endurants ; nous constatons que ceux qui remportent la finale sont ceux qui s’organisent mieux que leurs adversaires pour être moins freinés et pour se ré accélérer (ils réalisent donc moins de coups de bras que leurs adversaires). »

Pour comprendre ces fluctuations et agir en connaissance de cause, Marc Begotti s’appuie sur 4 concepts : L’efficience, le rendement, la puissance, les représentations.  

L’efficience « est l’optimisation des moyens mis en œuvre pour atteindre un but. Améliorer l’efficience pour passer à travers l’eau en étant le moins freiné possible, se ré accélérer le plus efficacement possible et ne pas dépenser inutilement de l’énergie. »

Le rendement « est le rapport entre le travail réalisé  et l’énergie utilisée. Améliorer le rendement c’est nager à la même vitesse en dépensant moins d’énergie. »

La puissance « est le travail fourni par unité de temps. Augmenter la puissance pour accélérer les masses d’eau avec une plus grande intensité de force. »

Les représentations, nous les avons évoquées. Il s’agit dès lors de mettre en place les « bonnes » représentations de ce qui se passe quand le nageur évolue dans l’eau. « Le fonctionnement du nageur dont le but est de réaliser une performance est organisé en structure, écrit encore M. Begotti, coup de chapeau au bon vieux structuralisme de chez nous. Comme dans toutes structures les éléments qui la composent ne sont pas les uns à côté des autres, mais dépendants les uns des autres, et leurs inter relations peuvent varier pendant l’épreuve…

 C’est pour cette raison que l’on observe des fluctuations de vitesse moyenne d’un 50 mètres à l’autre, et des fluctuations du nombre de coups de bras nécessaire d’un 50 mètres à l’autre dans  la course… 

Le nombre de coups de bras rend compte indirectement du fonctionnement : si le nageur passe à travers l’eau en offrant moins de résistance et se ré accélère plus efficacement, alors il nagera plus vite et nous constaterons une diminution du nombre de coups de bras. Ce n’est pas le fait de réduire le nombre de coups de bras qui permet de nager plus vite mais le fait d’être plus efficient.  

Le nageur qui devient plus efficient nage plus vite et le nombre de coups bras rend compte indirectement de l’efficience. Nous confondons souvent la cause de l’effet quand nous parlons natation, deux autres exemples qui eux aussi ont des répercutions pédagogiques graves : Croire que le nageur « met les jambes » pour nager plus vite… – Croire que les sprinters en crawl ramènent leur bras tendus pour nager plus vite… (Article sur « Magazine Natation n° 144 » page 19 « Pourquoi les sprinters  privilégient désormais la technique du bras tendu ? »

« Pour accroître sa vitesse le nageur se doit de pulser plus de  masses d’eau à une fréquence plus élevée, cela se produit toujours au détriment du rendement mais plus ou moins en fonction de la puissance dont dispose le nageur. Il y a là un rapport dialectique entre les facteurs de la performance (ce qui signifie qu’ils interagissent les uns sur les autres).

Cette constatation nous incite à nous interroger sur les facteurs, les composantes mécaniques de la performance.  Celle-ci se présente à l’image d’un produit de facteurs qui peuvent devenir contradictoires : la puissance et le rendement. Dans la construction ou la formation du nageur, il ne sera pas indifférent de subordonner l’un à l’autre. Il convient d’obtenir et maintenir le meilleur rendement avant de et pour développer la puissance. Cela permet d’éviter un gaspillage tout au long de la formation pour mettre  l’énergie économisée   progressivement au service de la puissance.

CAMILLE MUFFAT, UN COUP DE MOINS BIEN EN QUATRE COUPS DE BRAS

Une analyse du nombre de coups de bras de la nageuse Camille Muffat, que nous propose encore Marc Begotti, rend compte d’un problème de rendement de la Niçoise entre la finale des Jeux de Londres, en 2012, où elle est championne olympique, et la finale des championnats du monde de Barcelone, un an plus tard (7e).

Les lecteurs peuvent s’amuser à tirer toutes les conséquences de ce comptage, en sachant que lors des séries, à Barcelone, Muffat avait nagé deux secondes plus vite qu’en finale…

Londres 2012.- Temps par 50m : 27’’61, 30’’22, 30’’83, 30’’84, 30’’39, 30’’78, 30’’46, 30’’32, soit   4’1’’45.

Mouvements de bras par 50 mètres : 28, 32, 32, 32, 34, 34, 36, 40, soit 268. 

Temps par 100 mètres : 57’’83, 61’’67, 61’’17, 60’’78, soir 4’1’’45.

Mouvements de bras par 100 mètres : 60, 64, 68, 76, égale 268.

Barcelone 2013. Temps par 50m : 28’’41, 30’’49, 31’’24, 31’’39, 31’’22, 31’’32, 31’’95, 31’’65, soit 4’7’’67.

Mouvements de bras par 50 mètres : 28, 33, 33, 34, 34, 35, 36, 39, soit 272.

Temps par 100 mètres : 58’’90, 62’’53, 62’’54, 62’’60, soit 4’7’’67.

Mouvements de bras par 100 mètres : 61, 67, 69, 75, soit 272.

Marc Begotti a la rescousse de Camille Lacourt

1er  janvier 2013

A l’occasion d’une réflexion sur les « coups de bras », publiée aux USA par une spécialiste, Katie Arnolds, j’avais demandé à Marc Begotti, qui est le propagateur en France d’un travail où le nombre des coups de bras joue un rôle stratégique, certains éclaircissements sur la question. L’entraîneur de Catherine Plewinski (et de quelques autres), dans sa réponse, m’a fait connaître un travail qu’il avait réalisé en octobre dernier sur Camille Lacourt, et publié à titre d’exemple dans le site de la région Dauphiné-Savoie, dont il est actuellement le Conseiller technique. La méthode des coups de bras représente beaucoup plus qu’un comptage, c’est une philosophie, une approche de l’entraînement dans laquelle tous les éléments de la performance (physiologiques et techniques) sont reliés et s’emboîtent dans une stratégie de réussite. L’analyse du cas Camille Lacourt et de l’érosion de sa valeur athlétique en dos illustrait bien le caractère total de l’approche de Marc.

Il va de soi que Marc Begotti n’entend pas se substituer au travail des entraîneurs de Lacourt, Romain Barnier à Marseille et Ian Pope à Melbourne. On peut lire ce texte comme le plan qu’il aurait mis en place personnellement pour contrarier l’érosion, constatée depuis trois ans, de la nage de l’intéressé. Je n’y vois là aucune arrogance, seulement le signe de la passion d’un entraîneur pour tout ce qui nage, et dont j’ai vu d’innombrables exemples autour des bassins (qui n’a pas un plan pour le retour de Michaël Phelps à la compétition ?). N’oublions pas, par ailleurs, qu’il s’est fait une spécialité de récupérer des nageurs en perte de vitesse, dont l’exemple le plus illustre est Franck Esposito… On ne pourra être par ailleurs, bien entendu, que parfaitement d’accord avec Begotti quand il constate que le 50 mètres, dont Lacourt est le champion du monde, ne peut constituer un objectif olympique pour Rio, cette course n’étant pas au programme des Jeux de 2016.

Après quelques hésitations, j’ai préféré détacher le texte concernant Lacourt et le présenter tel quel, avec le moins de changements possibles. Cette façon de faire le prive de toute la fondation théorique qui l’accompagne, mais montre bien les informations que nous donne le comptage des coups de bras, en phase avec le temps chronométrique du nageur, mais aussi les solutions qu’il dicte à l’entraîneur. J’espère pouvoir revenir bientôt avec un article complet sur les coups de bras.

Pour ceux qui veulent approfondir ce riche travail, ils peuvent le trouver sur le site web du Comité régional de natation du Dauphiné-Savoie.

« La réduction du nombre de coups de bras, explique Marc Begotti, ne se limite pas à « allonger sa nage » mais implique de pulser de plus grandes masses d’eau, avec une plus grande intensité de force, pendant plus longtemps vers l’arrière… Tout un programme ! »

« Le fonctionnement du nageur dont le but est de réaliser une performance est organisé en structure, continue-t-il. Comme dans toutes structures les éléments qui la composent ne sont pas les uns à côté des autres, mais dépendants les uns des autres, et leurs inter relations peuvent varier pendant l’épreuve. C’est pour cette raison que l’on observe des fluctuations de vitesse moyenne d’un 50 mètres à l’autre, et des fluctuations du nombre de coups de bras nécessaire d’un 50 mètres à l’autre dans  la course. »

Les performances réalisées par C. LACOURT sur 100 mètres dos en finale des compétitions majeures de 2010, 2011, 2012 et 2013.

– Europe 2010 :   25’’43 (30)                                  26’’68 (33)                                   52’’11 (63)

– Monde 2011 :   25’’26 (30)                                  27’’50 (35)                                   52’’76 (65)

– J. O. 2012 :        25’’31 (31)                                  27’’77 (35)                                    53’’08 (66)

– Monde 2013 :   25’’46 (31)                                  28’’05 (35)                                    53’’51 (66)

Entre parenthèses le nombre de coups de bras nécessaire pour couvrir la distance correspondant au temps réalisé.

« Constats :   Camille LACOURT nage chronologiquement et de façon constante le 100 mètres dos de moins en moins vite. Il perd 1’’40 entre 2010 et 2013 (52’’11 ; 52’’76 ; 53’’08 ; 53’’51). Camille LACOURT a besoin d’un nombre de coups de bras supérieur pour nager le 100 mètres. + 3 coups de bras entre 2010 et 2013 (63 ; 65 ; 66 ; 66). Au bout du compte, entre 2010 et 2013 C. LACOURT nage le 100 mètres dos 1’’40 moins vite tout en ayant besoin de 3 coups de bras supplémentaires.

Entre 2010 et 2013 le temps réalisé sur le premier 50 mètres de l’épreuve reste le même (25’’43 – 25’’46) mais pour nager à la même vitesse, LACOURT a besoin d’un coup de bras supplémentaire en 2013 (30 – 31). Entre 2010 et 2013, le temps réalisé sur le deuxième 50 mètres de l’épreuve est en constante augmentation : + 1’’37 (26’’68 – 28’’05). Même constat concernant le nombre de coups bras nécessaire pour couvrir le deuxième 50 mètres : + 2  (33 – 35). » Lacourt augmente sa fréquence et sa vitesse diminue…

« Force est de constater que ce que nous venons d’observer s’installe progressivement et de façon prégnante d’une saison à l’autre entre 2010 et 2013. »

Comment Marc Begotti interprète-t-il ces faits ?

« Le rendement de LACOURT entre 2010 et 2013 est en constante régression (un besoin de toujours plus de coups de bras pour toujours nager moins vite). (Il est important de constater qu’il est champion du monde 2013 du 50 mètres dos (24’’42) ; qu’il ne nage pas le 200 mètres dos ; et de préciser que « son épreuve olympique individuelle »  éventuelle en 2016 à RIO sera le 100 mètres dos). »

Dès lors, fort de cette relation entre le nombre de coups de bras et l’évolution des temps du nageur, Marc Begotti émet un certain nombre d’hypothèses :

« LACOURT, entre 2010 et 2013, ne parvient pas à progresser. Or nous postulons qu’il est toujours possible de devenir meilleur nageur. Une (nouvelle) stratégie d’entraînement mériterait d’être imaginée et mise en œuvre (son but serait d’atteindre l’objectif olympique mais en tenant compte des informations sur le fonctionnement que nous donnent les analyses de courses). Se dire que Camille LACOURT doit être plus « endurant physiologiquement » pour pouvoir nager plus vite sur le deuxième 50 mètres n’est pas suffisant. Se dire qu’il devrait nager des 200 mètres dos en compétition, non plus. Ce qui l’empêche de progresser sur 100 mètres dos est un ensemble complexe de raisons sans doute liées à « l’endurance cardio-vasculaire », « l’endurance musculaire », « l’endurance technique » ainsi qu’à « des représentations mentales contre productives » qui impactent l’efficience, et sans doute aussi, désormais, à une confiance en soi effritée. »

On voit donc que derrière la « bête » comptabilité des coups de bras, se profile une analyse fouillée, multidimensionnelle, de la problématique du nageur… Le comptage des coups de bras apparait comme un élément essentiel d’une symptomatique de la nage, relié à des facteurs physiologiques, techniques et psychologiques (intentionnels)…

Pour Marc, « c’est l’amélioration du rendement (qui) doit être l’objectif de la stratégie d’entraînement. L’amélioration du rendement passe  par une amélioration de l’efficience à l’épreuve de la durée, qui intègre bien sûr mais subordonne l’aspect physiologique aérobie.

De bonnes raisons nous font penser que Camille LACOURT n’a pas une représentation fondée de ce qu’il doit mettre en œuvre pour nager vite sur 100 mètres dos. Il serait particulièrement intéressant de lui demander de raconter ce qu’il fait tout au long de  sa course, nous aurions ainsi accès à ses représentations qui nous donneraient de précieuses informations.

En effet les représentations bien souvent peuvent être des freins à la progression, et dans ce cas le nageur doit pouvoir en changer. Il ne serait pas surprenant que Camille LACOURT cherche pendant la course :

– « A nager haut » alors qu’il serait souhaitable qu’il reste aligné en immersion pour offrir moins de résistance ; 

– « A dissocier ses jambes de ses bras » alors que ce n’est pas possible (les jambes sont coordonnées aux bras), cela serait extrêmement contre productif !

– « A  mettre les jambes » dans le deuxième 50 mètres, ce qui aurait comme effet de faire passer à travers ses bras qui ainsi pulseraient moins d’eau et moins intensément ; 

– « A augmenter la fréquence de bras » alors qu’être centré sur la fréquence se fait toujours au détriment de l’efficacité propulsive. 

De bonnes raisons nous font croire que de telles représentations perturbent le fonctionnement dans la course mais cela reste à vérifier. »

Dès lors, l’entraîneur propose, en fonction de perspectives de compétition (sur 100 mètres dos aux Jeux olympiques), des stratégies, à la fois pédagogique et d’entraînement :

« D’abord un rappel, le record du monde d’Aaron PEIRSOL, 51’’94, représente un aller en 25’’35  et un retour en 26’’59. C. LACOURT doit pouvoir nager le 100 dos en 52’’11, temps réalisé en 2010. Nous pouvons imaginer que le titre de champion Olympique en 2016 sur 100 dos se remportera en 52’’ et moins.

Réaliser 51’’80, va être l’objectif chronométrique de la stratégie proposée car il s’agit bien de mettre en œuvre une stratégie d’entraînement.

Les hypothèses fortes qui viennent d’être formulées nous projettent déjà vers un fonctionnement de plus haut niveau que Camille LACOURT va devoir construire pour nager plus vite.

Nous savons que Camille LACOURT va devoir améliorer son rendement, et sans doute aussi changer ses représentations.

Les hypothèses fortes formulées nous conduisent à imaginer que si C. LACOURT nage un jour 51’’80 au 100 dos nous observerons : 25’’3 (29) 26’’5 (32)  En effet nager 51’’80 impliquera un meilleur rendement qui permettra de nager plus vite, notamment sur la deuxième partie de course qui sera ainsi couverte avec moins de coups de bras.

Désormais ce qui va nous intéresser c’est le processus de transformations qui doit conduire au nouveau fonctionnement qui permettra sa réalisation ; j’insiste, il ne s’agit pas uniquement d’améliorer le système qui permet de transporter l’oxygène aux muscles (système aérobie), mais de transformer un fonctionnement, en sachant que les représentations du nageur peuvent être un frein à cette transformation.

Ce nouveau fonctionnement émergera d’une succession de transformations ordonnées ; ordonnées car subordonnées les unes aux autres.

La stratégie à expérimenter qui doit permettre d’atteindre l’objectif suppose premièrement de passer à travers l’eau avec une plus grande efficacité (corps projectile) :

Du plot de départ plongeon arrière (debout) : couvrir la plus grande distance possible sans action propulsive (doit dépasser 20m)…

Cette tâche doit permettre de construire un corps projectile de meilleur niveau. La hauteur de chute implique une vitesse préalablement acquise jamais atteinte, le nageur va pouvoir grâce à cette vitesse s’entraîner à organiser sa posture pour en profiter de façon optimale et couvrir une distance toujours plus importante.

Ensuite, il faut que le nageur se ré accélère plus intensément et passe à travers l’eau efficacement suivant un « rythme juste » (corps projectile – corps propulseur) :

1) Nager 400 mètres en dos 2 bras, sans temps d’arrêt mains cuisses et retours de bras très rapides allure régulière, effort aérobie 24 pulsations 24 par 10’’.

Prendre en compte le temps réalisé au 400 mètres et le nombre de coups de bras nécessaire pour couvrir chaque 50 mètres.

2) S’entraîner à nager toujours plus vite le 400 mètres dos 2 bras sans augmenter le nombre de cycles par 50 mètres à une allure régulière.

Le nageur après s’être propulsé est contraint à immédiatement se réorganiser en projectile ; devoir ramener très rapidement les bras a également une incidence sur l’intensité de force de la poussée des bras et sur la tonicité axiale.

Effort aérobie 24 pulsations 24 par 10’’ : Pour commencer il s’agit de nager à une intensité pas trop élevée (aérobie) afin de « mesurer » l’efficience ; ensuite devoir augmenter l’allure sans augmenter le nombre de coups de bras contraindra le nageur à la fois à pulser plus d’eau  plus intensément mais aussi a se réorganiser en projectile immédiatement et plus longtemps. Le nageur deviendra donc plus efficient.

Dans la stratégie choisie, il convient de résoudre une contradiction : être capable de se ré accélérer intensément et passer efficacement à travers l’eau – sur une longue distance.

1) Nager de longues distances en dos (2000 mètres – 3000 mètres) pas de temps d’arrêt, mains aux cuisses, retours de bras rapides.

 Grâce aux coordinations qui vont s’affiner est tendre vers une organisation (spatio-temporelle) projectile/propulseur plus efficiente, Nous devons observer, sans le demander, que la vitesse de nage augmente et que le nombre de coups de bras diminue.

Cette observation résultera d’un fonctionnement transformé.

2) – Être capable de nager : 3 x 800 mètres dos : entre 10’45’’ et 11’ allure régulière environ  avec un nombre de coups de bras minimum et constant. 

 Dans le même temps :

Les objectifs poursuivis sont complémentaires et s’enrichissent les uns des autres.

– Nager le plus vite possible 50 mètres dos à 2 bras.

A chaque cycle de bras, en dos simultané, le nageur se ré accélère à une intensité (2 fois) supérieure qu’en dos alterné.

– Nager 50 dos au Start en moins de 26’’ avec moins de 30 coups de bras (longueur de coulée réglementaire) S’entraîner à le réaliser à n’importe quel moment

– Nager le plus vite possible 25 dos.

Ensuite, il convient de mettre le nageur à l’épreuve d’une certaine intensité.

  Être capable de nager : 40 x 50 dos D : 45’’ allure 31’’ et moins, avec un nombre de coups de bras minimum et constant (inférieur à 26)

Par ailleurs :

Augmenter le volume nagé annuel si celui-ci est inférieur à 1500 km. Le temps passé dans l’eau, le volume nagé sont des facteurs de transformations importants.

Couvrir la plus grande distance possible en ondulations sur le dos et en apnée en partant départ plongé du plot en dos (couvrir 50 mètres). Afin de construire un corps projectile et propulseur de meilleur niveau dans l’ondulation qui est un autre mode de locomotion (différent de la nage).

Supprimer la nage bras seuls et jambes seules et mettre le temps à profit pour nager en nage complète et dans d’autre nages que le dos (toujours rechercher l’efficience, les principes d’actions sont les mêmes dans toutes les nages). La raison en est la « perte de temps. (Le travail en trains séparés représente plus de 50% du temps d’entraînement !)

Augmentation de la puissance en salle : force de base du buste et des bras (entamer ce travail lorsque le rendement est devenu meilleur). La puissance et le rendement peuvent être contradictoires. Il faut améliorer le rendement pour augmenter ensuite la puissance.

Deux fois par semaine, 30’ de footing avec accroupissements et sauts en extensions toutes les minutes, puis toutes les 30’’.

Augmenter la puissance fournie par les jambes (équilibration et poussées sur masse solide).

Autre point que soulève Marc Begotti : « il convient de faire émerger les représentations et éventuellement en changer en apportant la preuve de leurs caractères non fondés. Ces représentations concernent les repères sensitifs : alignement – indéformabilité – intensité de force croissante. »

Enfin, vu que le nageur est censé faire de la compétition, les propositions de Marc sont les suivantes pour ce qui concerne ce chapitre : Abandon provisoire du 50 mètres dos, « l’objectif prioritaire étant le rendement, nager le 50 mètres dos pourrait le mettre en situation de risque de précipitation. »

« – Nager en papillon et en crawl : les principes d’action sont les mêmes dans toutes les nages excepté en brasse. »

« – Nager le 200 mètres dos (objectif 2’ et moins, à allure constante) dans le but de lui apprendre à gérer sa vitesse. »

« – Nager le 100 mètres dos : varier les stratégies de courses en recherchant le meilleur rendement possible sur le 2ième 50 mètres ; faire verbaliser les intentions et les modalités. »

« Conclusions : Croire que devenir toujours meilleur nageur n’est qu’une question de planification de charges d’entraînement est une illusion, plus le niveau de performance s’élève, plus les nageurs s’entraînent, moins nous pensons que c’est le cas.

Les équipes nationales de demain auront à leur côté un spécialiste  « de la construction des fonctionnements », un didacticien dont le rôle sera de s’intéresser aux processus de transformations afin de rompre « les cercles vicieux » dans lesquels parfois nageurs et entraîneurs se retrouvent, de trouver et proposer des solutions qui touchent au fonctionnement quand le nageur ne progresse plus. »