Catégorie : News

ENTRAÎNER AU SEUIL OU POLARISER : (2) ENTRE NAGE LENTE ET HYPERFRÉQUENCE

Éric LAHMY

Dimanche 9 Décembre 2018 

L’une des caractéristiques de la thèse (comme : dissertation, travail universitaire) de Robin PLA est qu’elle contient une autre thèse (comme : hypothèse ou théorie), qu’elle emboîte comme s’il s’agissait de deux poupées russes. Son titre, anodin, « Les Limites de la Performance en Natation : Entre Facteurs Innés et Influences des Stratégies d’Entraînement », ne permet pas de saisir ce projet sous-jacent.

PLA défend en fait le retour en grâce d’une approche de l’entraînement en natation différente du travail « au seuil », qui semble être à l’honneur chez nos entraîneurs. Il milite pour un entraînement dit « polarisé ».

Le « seuil » revient à adopter des rythmes qui permettent d’évoluer à la limite de l’aérobie et de l’anaérobie. C’est la vitesse la plus élevée dans laquelle on ne produit qu’une part insignifiante d’acides lactiques. Cela donne un entraînement d’intensité à l’équilibre entre une allure d’endurance facile, et une allure désagréable à maintenir. » Au-delà, l’athlète entre dans le domaine de l’effort élevé, du sprint, du fractionné, de la VO2max et de la production d’acide lactique  et d’oxyde de carbone, …

L’entraînement au seuil a donné des résultats impressionnants dans les épreuves prolongés du ski de fond, du marathon, du demi-fond long en général, du cyclisme… de la natation.

En natation, la plupart des entraîneurs ajoutent au seuil 10 ou 11% d’efforts au-delà du seuil, dans la zone de l’effort intense, du sprint, du fractionné.

Ces dernières années, nous dit PLA, plusieurs athlètes et entraîneurs ont expérimenté avec succès une autre méthode. Elle s’appuie sur un très grand pourcentage d’efforts d’intensité inférieure au seuil aérobie-anaérobie. Une zone que le seuil avait négligée, estimant que le travail qui y est effectué, course ou nage lente, jogging, donnait des résultats insignifiants.

FACE AU TABOU : NAGER LENTEMENT, CELA DÉTRUIT-IL LA TECHNIQUE ?

Ce type de travail, dit polarisé, évacue en grande parte, et, parfois, presque totalement, le travail au seuil, et alterne donc des parcours résolument lents (pour 80% de la durée des séances) complétés par du travail de sprint, dans des proportions proches (10% environ) que celles qu’utilise la méthode du « seuil ».

PLA s’interroge sur le peu d’intérêt que les entraîneurs de natation porteraient au polarisé… mais nous en explique aussi les raisons.

« En natation, culturellement, un bon nombre d’entraîneurs apprécient de prescrire de telles séances [au seuil] afin d’améliorer le seuil lactique, écrit-il. Il est possible que le milieu aquatique, la position couchée du corps soient des éléments qui permettent au nageur de mieux réagir face à ce genre d’activités. » 

Mais la raison première pour laquelle les entraîneurs de natation privilégieraient le mouvement plus rapide effectué au « seuil » est technique : au seuil, le nageur atteint une pleine efficacité motrice. Travailler en nage lente serait destructeur de la technique. Par exemple, le nageur va ajouter à la phase glissée de son attaque de bras ou ne va pas respecter la coordination bras jambes. L’entraîneur affectionne, donc, que son nageur évolue au seuil pour construire cette technique, l’efficience motrice étant plus élevée dans la zone du seuil qui débouche sur l’effort anaérobie.

« L’efficience de nage importante qu’obtiennent les nageurs autour du seuil lactique est l’hypothèse principale permettant d’expliquer cette orientation de l’entraînement, insiste PLA. En course à pied, à l’inverse de la natation – l’efficience locomotrice semble être relativement stable à toutes les allures de course. »

ALAIN GOTTVALLES NAGEAIT-IL POLARISÉ ?

Or PLA croit cependant trouver, grâce à certaines mesures physiologiques – réalisées notamment au niveau du catabolisme, des raisons de croire que la polarisation a de l’avenir en natation, que l’entraînement axant sur le travail plus lent constitue une niche de progrès..

« Chez les sportifs en formation, les périodes caractérisées par des sessions de longue durée et de faible intensité provoquent des profondes adaptations au sein des muscles squelettiques incluant une augmentation du contenu mitochondrial et de la capacité respiratoire des fibres musculaires, » écrit-il (page 60).

Mais je pense pouvoir trouver des textes proclamant de mêmes effets obtenus par l’entraînement au seuil. Je me demande aussi, aujourd’hui que le travail à sec a sa place dans la préparation du nageur, si un tel développement ne peut se faire largement hors de l’eau (et je crois que plus d’un entraîneur y a pensé). Alors ?

Pour démontrer ses hypothèses, Robin PLAT va s’appuyer sur quelques expériences. Dans l’une d’entre elles, l’entraînement polarisé, estime-t-il, donne de meilleurs résultats que l’entraînement au seuil.

De quoi s’agit-il ? De 33 nageurs réduits ensuite à 22 et entraînés pendant 28 semaines.  La distribution de l’intensité pour les nageurs soumis à une préparation polarisée était de  81 (lent)-4(aérobie)-15(lactique) et pour ceux qui travaillaient au seuil de 65(lent)-25(seuil)-10(lactique).

Selon Robin PLA, « l’entraînement polarisé semble être une option supplémentaire pour les entraîneurs qui permet d’induire des gains en performance, sans laisser une fatigue importante. Il favorise le travail à haute intensité et la récupération. Ce constat vient contrecarrer les études observationnelles rapportant un entraînement orienté autour d’un fort travail réalisé autour du seuil anaérobie en natation. »

Cette expérience est-elle convaincante ? Dans certaines limites. Les deux groupes de nageurs ont eu ainsi droit à des temps d’affutage équivalents (3 à 5 jours). Ce qui est peu par rapport aux deux à trois semaines recommandées.  Un affutage court me parait avantager le type d’entraînement le moins fatigant.

Une question que je me pose, c’est : existe-t-il dans le concret de la vie quotidienne d’un club un entraînement qu’on puisse définir comme polarisé au sens strict du terme ?

Son nom mis à part, je ne sais d’ailleurs pas si l’entraînement « polarisé » est aussi neuf qu’il est dit. Je lui trouve, dans ses descriptions, un petit air de déjà vu, ou d’éternel retour. Et s’il y a du neuf, il se trouve sans doute dans des détails, ou des agencements. En course à pied, par exemple, la « méthode naturelle » de fartlek chère au Suédois Gosta OLANDER, qu’on a opposée à l’interval training, et dont Michel JAZY suivit à Volodalen les indications, se distinguait par ses jeux de courses à des rythmes variés, riches de parcours lents en forêt. 

Dans quelle mesure aussi, voici plus d’un demi-siècle, quand Lucien ZINS coachait Alain GOTTVALLES, le mélange d’efforts lents longs et courts intenses, échelonné dans des périodes stratégiques de l’année, ne se distribuait pas dans une proportion équivalente ?

ZINS me disait (avec un petit air étonné d’ailleurs) que le nageur devait « mariner » longtemps avant de réaliser de grandes performances. Mariner ne voulait pas dire : s’épuiser ! L’entraînement lui paraissait être un processus plus long qu’il n’eut pensé. Il exigeait cette longue patience que mettent en avant les grands entraîneurs d’aujourd’hui, d’Eddie REESE à Fabrice PELLERIN.

Deux choses me paraissent distinguer  les polarisés d’aujourd’hui et ceux qui, à l’époque, polarisaient comme monsieur Jourdain faisait de la prose – sans le savoir : le travail à sec (qui n’existait pas) et une belle différence dans le kilométrage parcouru. Je ne sais si GOTTVALLES aurait supporté, mentalement, les volumes de travail d’aujourd’hui… et ZINS accepté d’arpenter le bord du bassin huit heures par jour.

Richard MARTINEZ, le Directeur national de la natation, incite à la prudence. D’ailleurs, « pour les entraîneurs, ce n’est pas aussi tranché que ça, et il convient de prendre des précautions au sujet de savoir s’ils travaillent plus près du « seuil », ou du polarisé… même si j’encourage ce type de questions. »

Il est toujours intéressant, en effet, de réfléchir, parce qu’alors s’ouvrent des opportunités d’avancer.

Selon Philippe HELLARD, les entraîneurs panacheraient les méthodes : «  On trouve un faux polarisé, avec Marseille, où on nage 1.500 km par an, avec beaucoup de travail à sec, et en mêlant basse intensité et travail technique, et haute intensité. Le vrai polarisé, c’est Nice je crois, où ça nage 2500 à 3000 km par an, voire plus. On y trouve beaucoup de travail technique, et un travail progressif à haute intensité. Au seuil, il y a tous les autres, avec une palme à Philippe Lucas. C’est le travail qui semble convenir à l’eau libre. »

« Pour que le travail à basse intensité soit très bien fait il faut le coupler au travail technique, dit encore HELLARD, et Jacky BROCHEN semble rebondir sur ce propos, qui affirme avoir travaillé en polarisé depuis toujours, ou presque :

« Ce dont on ne se rend pas compte, c’est que la nage lente fatigue, explique-t-il. Quand je la faisais pratiquer à mes nageurs, ils commençaient par rigoler. Nager au rythme de 47 secondes par 50 mètres sur un 400 mètres, pour des gars qui pouvaient faire 15 secondes de mieux par longueur, c’était gentil, comme séance. Mais après quelques jours, ils s’apercevaient que la nage lente exige beaucoup de force dans l’eau. Et puis cela nécessite qu’on accomplisse de très longues distances. Donc cela travaille la force. En compensation, je leur faisais faire des parcours en hyper fréquence. 

D’ailleurs, je ne suis pas le seul, Guennadi TOURETSKY faisait beaucoup travailler Alexandr POPOV en lenteur. Est-ce que cela détruit la technique ? Non. Mais le nageur ne doit pas patiner. Il faut le surveiller, insister sur la coordination bras jambes, par exemple, parce qu’en effet, elle se perd dans ce genre d’exercices. »

Des coaches comme BROCHEN ou PELLERIN utilisent aussi énormément d’exercices dans l’eau, styles éducatifs (PELLERIN a sorti je crois dans le commerce deux DVD sur ses méthodes et des séries d’éducatifs. Il s’évade du quantitatif). J’imagine mal ces éducatifs effectués au seuil.

Alors, seuil ou polarisé ? Les deux, mon général ? Ce qui est bien, c’est que cet autre débat soit ouvert, et qu’une variable supplémentaire dans l’art de concocter des séances intéressantes et productives soit offerte aux entraîneurs désireux d’ouvrir des pistes nouvelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

KATINKA HOSSZU, MICHAEL ANDREW ET TOM SHIELDS A L’ASSAUT DU MONSTRE FINA

Eric LAHMY

Samedi 8 Décembre 2018

Trois nageurs, Katinka HOSSZU, Michael ANDREW et Tom SHIELDS, ont déposé plainte contre la FINA qu’ils accusent de violer les lois anti-monopole américaines, peut-on lire dans SwimSwam sous la signature de Braden KEITH. Leur plainte, conjointe à celle, équivalente, d’International Swimming League, a été déposée en leurs noms par les cabinets juridiques Farella Braun & Martel (celui utilisé par ISL) et Lieff Cabraser Heimann & Bernstein. L’intéressant de l’affaire, outre le fait de voir des nageurs se décider à l’action contre une fédération internationale despotique, est que Katinka HOSSZU et Michael ANDREW vont nager aux championnats mondiaux FINA en petit bassin d’Hangzhou, en Chine.

On n’ose imaginer leurs tendres retrouvailles au bord du bassin avec les caciques de la FINA, Cornel Marculescu et le président Maglione en têtes de gondoles, voire en têtes à claques.

L’action en justice se réfère à un précédent, le procès intenté voici des années en Europe contre la fédération internationale de patinage, laquelle avait été condamnée pour des actions équivalentes à celles de la FINA. La loi Shermann, rappelle Braden KEITH visait le monopole pétrolier qui aboutit à la rupture de ce monopole entre Standard Oil et AT&T. L’histoire rappelle également qu’elle n’est pas toute puissante et qu’il ne suffit pas de l’invoquer pour gagner. Il n’empêche.

Les plaignants réclament entre autres des dommages-intérêts pour eux-mêmes et pour les « class members » (membres du groupe lésé, dont ils font partie), « qui pourrait inclure des dizaines de nageurs professionnels du monde entier qui ont contracté (avec ISL). « Si le principe de class est accepté, il ne se limiterait pas aux seuls Américains, même si le procès se déroule aux USA ». Selon l’information parvenue aux media, le procès a été intenté quand la FINA a demandé une somme de 50 millions de dollars pour approuver les projets d’ISL.

« Peu de nageurs parviennent à vivre de la natation quand la FINA fait un malheur, a déclaré Michael ANDREW, le champion du monde 2016 du 100 mètres quatre nages qui, en 2013, est devenu le plus jeune nageur professionnel de l’histoire.

Katinka HOSSZU, qui pour sa part, avait montré sa combativité en créant le premier syndicat de nageurs, et monte aujourd’hui une nouvelle fois au créneau, apportera, au moins dans la natation, sa crédibilité de triple championne olympique, de (vingt fois) championne du monde et de (29 fois) championne d’Europe.

« La FINA a ramené le sport au Moyen Âge en bloquant ainsi la demande d’ISL, a déclaré pour sa Thomas (Tom) SHIELDS, un champion du monde en petit bassin, et champion olympique de relais (en séries) Nous n’avons jamais été aussi près de voir ce rêve (d’une ligue professionnelle de natation) devenir réalité. Ce rêve est interdit pas la FINA. » SHIELDS est le premier plaignant, celui dont le nom apparait dans le procès en « class action »… qui pourrait coûter assez cher à la FINA.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I.S.L. CONTRE LA F.I.N.A., C’EST PARTI

Eric LAHMY

Samedi 8 Décembre 2018

La Fédération Internationale de Natation (FINA) n’a plus de soucis à se faire. Le sort de l’entité dirigeant la natation mondiale se trouve avoir été questionné devant l’United States District Court Northern District of California, dans un acte de 44 pages déposé par le cabinet d’avocats californien Farella Braun et Martell LLP.

Il s’agit d’un procès intenté par la toute jeune International Swimming League contre la centenaire institution lausannoise qu’elle accuse d’avoir violé la loi SHERMAN et contredit le droit commun.

La loi Shermann (1890) est en résumé un acte juridique fondamental américain de « protection des échanges et du commerce contre les restrictions illégales et contre les monopoles. »

Pour l’instant, la procédure a pris la forme d’un document de quarante quatre pages qui dénoncent (et espère-t-on annoncent la fin d’) un monopole qui devenait insupportable et risquent de gâcher un peu les championnats du monde en petit bassin de Hangzhou, pour nos sympathiques Pieds Nickelés de Lausanne, Cornel MARCULESCU et Cesar MAGLIONE.

Le document entier se trouve à l’adresse électronique suivante :

https://isl.global/wp-content/uploads/complaint-for-violations-of-the-sherman-act.pdf

Après avoir expliqué que le pouvoir de la FINA dérive de la structure des olympiades modernes ; puis démontré que l’institution utilise sa domination du marché pour en retirer des avantages et en jouir, et garde largement pour elle seule les revenus substantiels que produisent  les efforts des meilleurs nageurs du monde; le document présente l’International Swimming League, les requérants dénoncent un « collusion illégale de la FINA » visant à « restreindre la compétition de façon déraisonnable ».

La Ligue présente ensuite le cœur du litige, et brosse à grands traits les événements de l’été ; elle expose le fait que ses « idées innovatrices » ont été ressenties comme des « menaces vis-à-vis de la domination de la FINA », puis que la FINA a menacé ses fédérations membres désireuses de coopérer avec ISL.

ISL argue ensuite que la FINA lui a offert de ne plus s’opposer aux efforts promotionnels d’ISL en échange du versement d’une somme de 50 millions de dollars, et a travaillé concurremment à saper les efforts promotionnels d’ISL.

Enfin, ISL et la Fédération italienne ayant décidé d’organiser conjointement avec la ville de Turin une compétition fin décembre 2018 à Turin réunissant la crème de la natation mondiale, la FINA a menacé les nageurs qui avaient répondu aux appels des organisateurs et appelé les fédérations nationales à boycotter l’événement de Turin, toutes manoeuvres qui ont amené les organisateurs à annuler leur événement.

En conséquence de quoi, les requérants estiment que la FINA a illégalement monopsonisé (1) ou tenté de monopsoniser le marché des services des nageurs d’élite ; suivent en trois points les violations de la loi Shermann Act par la Fédération Internationale, dont une « interférence tortueuse avec des relations économiques potentielles. » 

(1). Se dit d’une structure de marché dans laquelle un seul acheteur contrôle substantiellement le marché en tant qu’acheteur principal de biens et de services offert par plusieurs vendeurs potentiels. Si un fabricant monopolise, un acheteur « monopsonise ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ENTRAINER AU SEUIL OU POLARISER: (1) MITOCHONDRIE ET MYTHE OLYMPIQUE

Eric LAHMY

« Les Limites de la Performance en Natation : Entre Facteurs Innés et Influences des Stratégies d’Entraînement ». Tel est le titre que Robin Plat, chercheur français de 27 ans, conseiller technique à la Fédération Française de Natation, a donné à la thèse qu’il vient de passer, sans trop de mal, me semble-t-il, ce qui ne l’a pas empêché, le lendemain, d’assister au concert de Paul McCartney à La Défense.

Et quoi de plus approprié, n’est-il pas, vrai, le lendemain de sa soutenance, que d’entendre chanter « Yesterday » ?

Si ce n’est pas la thèse de PLA qui a inspiré l’ex-chanteur et guitariste des Beatles, en revanche, ce travail va pas mal interroger – si ce n’est déjà fait – la communauté des entraîneurs de natation, et poser LA question qui les obsède : To Morrow ?

« Il s’agit, s’enorgueillit Philippe HELLARD, qui a dirigé le service recherche de la Fédération Française de Natation entre 1998 et 2016, de « la cinquième thèse pilotée par le service après celles de Marc Elipot en 2009 sur les coulées sous marines, de Frédéric Puel en 2010 sur les virages en natation, de Djamel Benarab sur le développement de méthodes vidéos informatiques d’analyses de courses, de David Simbana sur l’analyse de la variabilité technique en compétition. »

LE MYSTÈRE DE LA NATATION, POURQUOI TOUS CES KILOMÈTRES ?

Plonger dans les « Limites de la Performance » n’est pas une affaire sans risques.

Pour un journaliste dont la fonction pourrait être de décrire en termes de miracles le passage (en tête) de Yannick Agnel aux 150 mètres d’un 200 mètres olympique ou mondial qu’il va bien entendu enlever, il peut être difficile en effet, d’entrer (et surtout de ne pas en ressortir avant la dernière page) dans un travail d’ambition scientifique, bardé de sigles techniques, parfois compliqué, et d’essayer de le décrire, de s’interroger sur son bien fondé, sur sa portée, ses limites et sur ce que pourront être ses apports pour les entraîneurs auxquels il s’adresse – au-delà du jury réuni pour l’occasion et qui lui attribue sa note un 27 novembre 2018…

Dans son travail, Robin pose l’éternel « mystère » de son sport, sous forme d’une interrogation  non dénuée d’angoisse : « Tous ces kilomètres dans l’eau pour nager moins de trois minutes en compétition ! »

PLA, bien sûr, qui connait par cœur ses filières énergétiques, pose la question en termes plus élaborés : « pourquoi prépare-t-on l’effort de la compétition, qui est aux deux-tiers anaérobie, par une année à ne nager que seulement 10% en anaérobie. »

Question disons-le tout de suite, on ne peut moins originale. Mais tellement fondamentale, tellement centrale dans la vie du nageur (et de l’entraîneur donc) qu’elle n’en a pas perdu son caractère urticant : « tout ça pour ça ??? » Seize mille kilomètres parcourus en quatre ans pour un 200 papillon en 2’6s et gagner de trois centièmes aux Jeux de Rio ??? N’y a-t-il pas là de quoi hurler ?

L’amusant, c’est que la rédaction d’une thèse exige une obstination équivalente à celle du nageur. A l’arrivée, cela lui donne un côté recension, parfois difficile à avaler ; la thèse cherche à s’établir dans la constellation, ce qui lui donne un aspect « résumé des chapitres précédents ». Une sorte de parcours obligé de sinon tout ce qui a été mené comme travaux sur la question, du moins ce que l’auteur juge indispensable à la compréhension du sujet !

Cette exhaustivité n’est pas inintéressante pour le lecteur, qui a l’impression de réviser ses classiques, et de multiplier les points de vue. Mais il convient de s’accrocher.

COACHES À LA POURSUITE DE L’INSAISISSABLE QUALITÉ

L’originalité de PLA qui a mené son travail sous les trois étendards de l’Université Paris-Descartes, de la Fédération française de natation et de l’INSEP, vient de ce que, étiqueté chercheur, entraîner l’attire. Il a pas mal publié, seul ou en association avec des chercheurs type Philippe HELLARD ou des coachs, telle Magali MERINO.

Dans une saine logique, PLA se pose d’abord la question des « caractéristiques des meilleurs nageurs mondiaux ». D’abord, parler des acteurs !

Examinant la courbe de progression de la natation au niveau mondial, PLAT estime que l’on approche les limites des possibilités humaines. Les raisons qu’il évoque pour émettre ce diagnostic ? Le ralentissement de la production de records et le tassement des valeurs, démontré par certaines courses olympiques où l’on se départage au centième de seconde. Ainsi à Rio où Florent MANAUDOU est devancé d’un centième sur 50 mètres libre, et où, sur 200 mètres papillon, 0s03 séparent BELMONTE de GROVES (1).

Comme d’un autre côté on ne peut plus augmenter à l’infini les charges d’entraînement, devenues énormes parce que la natation traumatise beaucoup moins que les autres sports, c’est dans une recherche de qualité qu’il convient de s’orienter. L’idée n’est pas si nouvelle, les entraîneurs de sprinteurs américains ou Guennadi TOURETSKY, pour ne citer qu’eux, se la posaient, et y répondaient avec talent, voici un quart de siècle (lisez à ce sujet les passages qui s’y rapportent dans « Nager dans le Vrai », le livre de Alexandr POPOV et Alain COLTIER).

Près du nageur et de l’entraîneur, dans cette recherche « qualitative », se place le scientifique (ou plutôt les scientifiques ; Fred VERGNOUX, coach de Mireia BELMONTE et de la natation espagnole, explique qu’il utilise de façon suivie ou ponctuelle les apports d’une dizaine de spécialistes de disciplines diverses).

PLA évoque ensuite la question de la taille du nageur et met en lumière un savoir qui parait bien établi aujourd’hui : la taille favorise la performance en natation.

Vers 1970, Raymond Thomas avait émis une hypothèse sur la morphologie du sportif. Le sport qui avantageait les grands, expliquait-il, avait tendance à réunir des éléments de plus en plus grands, le basket en étant l’exemple extrême, et celui qui avantageait les petits (gymnastique) des acteurs de plus en plus petits. Il avait appelé ce phénomène « extrémisation ».

Après les Jeux olympiques de 1976, j’avais produit dans L’Equipe une bête statistique qui montrait une relation arithmétique entre la distance parcourue et la taille chez les crawleurs. Les plus grands étaient les huit nageurs de la finale olympique du 200 masculin mesuraient en moyenne 1,93m ; le 100 mètres était un peu moins grand, avec 1,90m ou 1,91m, le 400 mètres, si mes souvenirs sont bons, 1,84m, le 1500m plafonnait à 1,78m. Il y avait en outre une relation à creuser entre la durée de l’effort et le gabarit (2)…

Diverses études ont affiné ces constatations brutes, et depuis, les nageurs ont beaucoup grandi. L’extrêmisation a joué, Brian Goodell, champion olympique du 1500 de Montréal, mesurait 1,73m, et Sun Yang, recordman du monde actuel, 2 mètres.

PLA recense plusieurs études sur la relation entre la performance et divers détails morphologiques. Il rappelle que les femmes atteignent leur plénitude athlétique deux ans avant les hommes et les sprinters deux ans après les nageurs de demi-fond (d’où la tendance des meilleurs nageurs de passer du long au court et rarement du court au long) (3).

Ayant posé la question du kilométrage, soyons clair : Robin PLA n’y répondra pas. (D’ailleurs, tout porte à croire qu’elle a un côté insoluble.) En fait, il va questionner non pas le volume mais la façon de le faire. Ce qui va l’amener à, plus ou moins, remettre en question la méthode d’entraînement qui tiendrait le haut du pavé en natation, l’entraînement « au seuil », au profit d’une autre méthode, qui connait quelques succès de mode dans le ski de fond, le cyclisme, l’athlétisme et autres sports de course terrestres, et qui a été baptisée « entraînement polarisé ». Je vais tenter dans un second article de mesurer l’enjeu et d’exposer la façon dont PLA voit les choses.

(à suivre)

__________________________________________

(1). Les tailles des sportifs données dans Sports Reference (qui est par ailleurs une mine magnifique de renseignements) et reprises partout sont parfois fantaisistes : Jim MONTGOMERY se voit attribuer 1,90m alors qu’il mesurait 2 mètres et John NABER 1,98m alors qu’il était plus près du 1,90m : un beau matin, nous nous trouvâmes seuls, NABER et moi, devant Le Joueur de Luth du Caravage au musée de l’Ermitage, à Saint Petersbourg, et je fus étonné de noter que ce supposé « double mètre » était un peu plus grand que moi (1,85m).

(2). Je suis de cet avis. D’aucuns pensent le contraire (comme Marc BEGOTTI, qui l’a exprimé dans ce blog). Je crois qu’une partie non négligeable des progrès ces dernières années provient d’évolutions « non nagées » comme les matériels de départ (backstroke start wedge) et les virages en dos, ou les coulées de virages en brasse.

(3). L’eau libre a illustré un phénomène qui est le passage du long au très long, avec les exemples d’Oussama MELLOULI, champion olympique du 1500 mètres en 2008 et du 10 kilomètres en 2012, et en France de Damien CATTIN-VIDAL, d’Aurélie MULLER et de Lara GRANGEON. De façon intéressante, la démarche contraire est illustré aujourd’hui par David AUBRY tandis que Lara GRANGEON affectionne le va-et-vient, partie des quatre nages, montée vers le marathon retournée au 1500 mètres !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FANTINE LESAFFRE ET MEHDY METELLA AUX MONDIAUX D’HANGZHOU

Eric LAHMY

Lundi 4 Décembre 2018

Huit nageurs français participeront aux championnats du monde 2018, petit bassin, qui se tiendront à Hangzhou, en Chine, du mardi 11 au dimanche 16 décembre. Charlotte BONNET, qui avait réalisé les temps de qualification, a décliné la sélection. Elle n’estime pas être au niveau de forme qui lui permettrait de jouer la victoire, qui seule, l’intéresserait, ce dont on ne peut lui faire grief. Compte tenu de son niveau (de championne d’Europe) et de ses objectifs, il ne lui parait pas intéressant d’effectuer un tel déplacement qui la ferait minimiser par la même occasion sa préparation à Nice pour moins qu’une chance de médaille.

L’autre championne d’Europe française de Glasgow, l’été dernier, la « quatre nageuse » Fantine LESAFFRE, sera du voyage. Elle a beaucoup moins d’expérience internationale que Bonnet et après ses exploits de l’été sera suivie avec intérêt en face des meilleures extra-européennes actuelles, et aussi du défi que représente le retour de Katinka HOSSZU à son top niveau.

Il est assez difficile de mesurer les chances des autres nageurs, en fonction des adversaires qu’ils trouveront à Hangzhou. Si près d’un millier de nageurs se trouveront sur place, un grand nombre d’entre eux se déplaceront sur les (largement démagogiques) quatre invités de la FINA par nation et ne représenteront pas de valables adversaires. Cependant, Mehdy METELLA, qui a nagé le week-end passé à Grenoble en papillon, et réalisé 50s04 au 100 mètres papillon et 23s01 au 50 papillon, aura une chance de se placer. A suivre aussi Mélanie HENIQUE, autre sélectionnée pour la Chine et qui a également nagé à Grenoble (24s44 au 50 libre et 25s43 au 50 papillon).

Les autres nageurs : Mathilde CINI, de Valence Triathlon, Lara GRANGEON, CN Calédoniens, David AUBRY (qui est le benjamin de cette équipe) et Damien JOLY, tous deux du Montpellier Métropole, Thibaut CAPITAINE, de Cergy Pontoise. AUBRY et GRANGEON, selon un scénario intéressant et qui va sans doute se reproduire, passent la frontière de l’eau libre pour venir se frotter au bassin de 25 mètres : bonjour les virages !

L’équipe est emmenée par Olivier NICOLAS, se compose également des deux entraîneurs Julien JACQUIER et Franck ESPOSITO, du docteur Sébastien Le GARREC et de deux kinés, Christophe COZZOLINO et Paul RUELLAN.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAMPIONNATS D’HIVER AMERICAIN : MANUEL HAUT LA MAIN Eric LAHMY

PETIT BASSIN AMERICAIN : MANUEL HAUT LA MAIN

Eric LAHMY

Dimanche 2 Décembre 2018

Finalement, quelques bons nageurs, deux ou trois grands noms, mais peu de monde en pleine forme, les championnats d’hiver des Etats-Unis, à Greensboro, ont surtout servi à pas mal de monde se qualifier pour les trials olympiques de 2020. Ce qui s’appelle voir loin.

Côté messieurs, le 100 mètres libre a départagé le vainqueur Michael CHADWICK et le champion olympique de l’épreuve en 2012, Nathan ADRIAN, toujours bon pied bon œil, pour deux centièmes. En dos, c’est Jacob PEBLEY qui s’est imposé, sur 200, plus d’une longueur devant le Sud Africain Christopher REID. Autre temps correct, sur 200 brasse, où Kevin CORDES a poussé dans ses retranchements Nicolas FINK.

Katie LEDECKY avait pris, sur 200 mètres, la mesure de Simone MANUEL, et on ne put dire que ce fut un duel, la première nommée ayant montré un vrai ascendant sur la seconde. Sur 100 mètres, c’est MANUEL qui l’a emporté, et de quelle façon. Une seconde pleine d’avance sur sa suivante, Margo GEER, tandis que LEDECKY, plombée par un aller trop lent, qui la laissait trois quarts de longueur derrière la future gagnante, ne put faire mieux que cinquième, alors qu’elle signait en 27s95 le meilleur retour de la finale, MANUEL excepté.

LEDECKY, qui avait abandonné le 1500 pour se concentrer sur ce sprint, en restait donc à trois titres à ces championnats. Plus que jamais, elle méritait sa réputation de meilleure nageuse du monde, que Swimming World lui attribuait pour 2018.

Les lauréats retenus par la revue : Monde: Katie Ledecky (Américaine) et Adam Peaty (Européen).
Européene: Sarah Sjostrom
Americain: Chase Kalisz
Rivages du Pacifique: Cate Campbell et Sun Yang
Afrique: Tatjana Schoenmaker et Chad le Clos

 

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Michael CHADWICK, 48s57 ; 2. Nathan ADRIAN, 48s59.

1500 libre : 1. Jordan WILLIMOVSKI, 15’5s96; 2. Anton IPSEN, 15’15s32.

200 dos : 1. Jacob PEBLEY, 1’56s96; 2. Christopher REID, Afrique du Sud, 1’58s28.

200 brasse : 1. Nic FINK, 2’10s24; 2. Kevin CORDES, 2’11s34; 3. Jonathan TYBUR, 2’13s77; 4. Chuck KATIS, 2’13s95; 4. Eli WALL, Canada, 2’14s04.

200 papillon : 1. Ryan VIPAVETZ, 1’59s43. 

DAMES.- 100 libre : 1. Simone MANUEL, 53s38 (25s87 + 27s51); 2. Margo GEER, 54s38 (en séries, 54s31); 3. Amanda KENDALL, 54s52; 4. Anna HOPKINS, Grande-Bretagne, 54s53; 5. Katie LEDECKY, 54s76 (26s81 + 27s95).

1500 libre : 1. Ashley TWICHELL, 16’9s80; 2. Erica SULLIVAN, 16’14s84.

200 dos : 1. Kylie MASSE, Canada, 2’9s92; 2. Hali FLICKINGER, 2’10s77. En series, Ali GALYER, Nouvelle-Zélande, 2’10s97.

200 brasse : 1. Kelsey Kauren WOG, Canada, 2’26s10

200 papillon : 1. Ali FLICKINGER, 2’7s22.   

UN COUP DE 100, DOS A DOS: KYLIE MASSE (METRES ET GRAND BASSIN) ET BEATA NELSON (YARDS ET PETIT BASSIN)!

Eric LAHMY

Dimanche 2 Décembre 2018

Ce mois de décembre me parait, par endroits, comme précurseur. Il y a comme la mise en place d’un drame qui va se poursuivre pendant deux années et après quelques ricochets dont un, majeur, aux championnats du monde d’été, et aboutira à Tokyo 2020.

Coïncidence intéressante ? Deux performances, dos à dos, si j’ose dire…Pendant que Kylie MASSE rendait une visite de courtoisie à Greensboro, aux championnats d’hiver des Etats-Unis, visite qui se concluait par un 59s27 sur 100 mètres dos, un nouveau nom apparaissait tout en haut de l’affiche, celui de Beata (Elizabeth) NELSON, une grande fille de 1,78m et de 19 ans, peu connue hors des frontières de la natation universitaire US qui, au Texas Hall of Fame Swimming Invitation, à Austin, a battu le record NCAA des 100 yards dos en 49s67.

Performance très américaine dans la mesure où obtenue en petit bassin de 25 yards, que personne n’utilise en-dehors des cinquante Etats. Performance majeure cependant dans la mesure où le dos féminin américain est leader mondial.

NELSON nage avec les Badgers (blaireaux) du Wisconsin, qu’entraîne depuis un an Yuri SUGUIYAMA, ancien coach de Katie LEDECKY. Elle effaçait pour deux centièmes le record de Ally HOWE, le prototype de la nageuse universitaire pure, qui n’a jamais brillé en grand bassin ou dans les courses internationales.

Son temps, à Beata NELSON ne constitue pas une révélation, vu qu’aux NCAA de mars dernier, elle avait fini 2e du 100 yards dos en 49s92, derrière Ally HOWE, 49s70, et devant Kathleen BAKER, 50s18,  3e du 200 yards dos, en 1’49s27, derrière Kathleen BAKER, 1’47s30, et Asia SEIDT, 1’49s24, et 6e du 200 quatre nages qu’Ella EASTIN avait remporté devant Kathleen BAKER.

Mais HOWE ayant rangé ses maillots pour, diplôme de « public policy » en poche, se consacrer à l’analyse financière des boutiques de prêt à porter de Tory Burch, et BAKER ayant rejoint les rangs des nageuses pros, NELSON parait avoir la route plus dégagée pour s’imposer, cette année, en patronne des NCAA.

Sur les dix meilleures performances américaines de l’histoire du 100 yards dos dames, deux sont détenues par Kathleen BAKER, qui est devenue entre-temps recordwoman du monde du 100 mètres dos – en 58s –, dans les conditions olympiques. D’après James Sutherland qui publie dans SwimSwam la liste de ces « meilleures performeuses » pratiquement toutes réalisées dans les compétitions universitaires de la NCAA, NELSON dispose de quatre meilleurs temps.

Le gag, car il y en a un, c’est que Beata se présente d’abord comme une spécialiste du 100 yards papillon. Mais depuis plusieurs mois, en fait depuis qu’elle a quitté l’école pour l’université, c’est vraiment la dossiste en elle qui l’emporte…

1.Beata Nelson, 49s67 ; 2. Ally Howe, 49s69 ; 3. Ally Howe, 49s70; 4. Beata Nelson, 49s78; 5. Kathleen Baker, 49s80; 6. Beata Nelson, 49s83; 7. Kathleen Baker, 49s84; 8. Beata Nelson, 49s92; 9. Janet Hu, 49s93; 10. Natalie Coughlin, 49s97.

NELSON va-t-elle s’ajouter aux nombreuses candidates aux plus hauts honneurs sur 100 dos, MASSE, certes, BAKER, mais aussi HOSSZU, ATHERTON, SEEBOHM, TOUSSAINT, etc ? Cela dépendra peut-être d’abord de son désir de suivre la piste de la seule NCAA, qu’a illustré avec talent Aly HOWE, ou celle de BAKER, qui a fait de l’université un tremplin pour la natation professionnelle.

A suivre. Mais la saison commence bien…

CHAMPIONNATS D’ITALIE : À CECCON LE FUTUR,  À PALTRINIERI LE PRÉSENT, ET À PELLEGRINI L’ÉTERNITÉ

Éric LAHMY

Dimanche 1er Décembre 2018

Le rédacteur du site fédéral de la Federnuoto (fédération italienne) a bien résumé la dernière journée des championnats d’hiver. Record de Thomas CECCON sur 200 quatre nage. Triplé de Marco ORSI sui s’impose sur 50 libre (après le 50 papillon et le 100 quatre nages). Excellent chrono de Gregorio PALTRINIERI sur 1500 en prévision de l’affrontement mondial. Doublé de  Federica PELLEGRINI qui enlève le 100 (après le 200). Record personnel et doublé pour Silvia SCALIA qui s’adjuge le 100 dos (après le 50), tout comme Lorenzo MORA s’approprie le 200 dos (après le 100 dos). Titres pour Francesca FANGIO au 200 brasse, Alessia POLIERI au 200 papillon et Laura LETRARI au 100 quatre nages.

Les Italiens croient que l’avenir s’appelle Thomas CECCON, et la façon dont le jeune homme a effacé le record du 200 quatre nages leur donnerait raison. C’est à dix-sept ans un de ces talents polymorphes qui pourraient briller n’importe où. Il détient une série de records italiens juniors en dos, en libre et en quatre nages. Il a tout, la taille, 1,94m, la glisse, le style.

Si l’avenir se nomme CECCON, le présent s’appelle PALTRINIERI, lequel a montré qu’il était prêt à affronter le mondial petit bassin sur 1500 mètres dans quelques jours en Chine. Quant à PELLEGRINI, elle a décidé qu’à 30 ans (depuis le 5 août 1988), elle n’était pas le passé. Elle a gagné le 100 mètres en 52s81, un temps moyen pour une fille dont le record personnel est 52s17, après qu’Erika FERRAIOLI ait tenté de s’enfuir grâce à sa vitesse de sprint. A noter aussi la victoire de Gabriele DETTI, retour modeste après ses ennuis d’épaules, sur 200 mètres.

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Marco ORSI, 21s41.

200 libre : 1. Gabriele DETTI, 1’44s39 ; 2. Matteo CIAMPI, 1’45s22.

1500 libre : 1. Gregorio PALTRINIERI, 14’25s08 (à mi-course, 7’12s72); 2. Matteo CIAMPI, 14’37s08; 3. Alessio OCCHIPINTI, 14’46s82; 4. Marcello GUIDI, 14’55s32). Série B: 1. Nicola ROBERTO, 14’54s48.

50 dos : 1. Matteo MILLI, 23s55.

200 dos : 1. Lorenzo MORA, 1’50s92

100 brasse : 1. Fabio SCOZZOLI , 57s17; 2. Nicolo’ MARTINENGHI, 57s73; 3. Zaccaria CASNA, 58s77.

100 papillon : 1. Matteo RIVOLTA, 51s17.

200 4 nages : 1. Thomas CECCON, 1’53s26 (record d’Europe junior; record italien, ancien, 1’54s53 par Turrini en 2013) Fractions, 24s53, 28s20, 33s46, 27s07) ; 2. Lorenzo GLESSI, 1’54s50; 3. Alberto RAZZETTI, 1’55s03.

DAMES.- 100 libre : 1. Federica PELLEGRINI, 52s81 ; 2. Erika FERRAIOLI, 53s39; 3. Silvia DI PIETRO, 53s92.

400 libre : 1. Simona QUADARELLA, 4’3s48 [28s91, 59s34 (30s41), 1’29s99 (30s65), 2’0s78 (30s79), 2’31s49 (30s71), 3’2s19 (30s70), 3’33s12 (30s93), 4’3s46 (30s36)]; 2. Martina Rita CARAMIGNOLI, 4’5s74

100 dos : 1. Silvia SCALIA, 57s56; 2. Margherita PANZIERA, 57s94.

50 brasse : 1. Martina CARRARO, 30s19; 2. Benedetta PILATO, 13 ans, 30s32.

200 brasse : 1. Francesca FANGIO, 2’21s22.

50 papillon : 1. Elena DI LIDDO, 26s32.

200 papillon : 1. Alessia POLIERI, 2’7s39.

100 4 nages  : 1. Laura LETRARI, 59s88.    

400 4 nages : 1. Luisa TROMBETTI, 4’35s27.

KATIE LEDECKY CONTRE SIMONE MANUEL SUR 200 METRES: « EN VOITURE, SIMONE ; C’EST MOI QUI CONDUIS, CEST TOI QUI KLAXONNES »

LA CHAMPIONNE OLYMPIQUE DU 100 METRES N’A RIEN PU FAIRE CONTRE MADEMOISELLE CASSE-TOUT

Eric LAHMY

Samedi 1er décembre 2018

Simone MANUEL ayant gagné haut la main le 50 mètres de ce championnat d’hiver des Etats-Unis, en 24s39, malgré un départ raté qui la contraignit à cravacher pendant vingt-cinq mètres pour rattraper des copines qui ne l’attendaient pas, je me demandais si, sur 200 mètres, elle ne pourrait pas tenter quelque chose contre Katie LEDECKY. Cette dernière, tout en disposant d’une marge considérable sur ses adversaires en demi-fond, paraissait un petit peu moins exceptionnelle que lorsqu’elle décide de faire des étincelles. Et sur 200, sa supériorité est moins écrasante. Aux mondiaux de Budapest, elle finit 2e ex-aequo avec MCKEON derrière PELLEGRINI.

Mais MANUEL ne fut pas de taille et ne tenta rien. LEDECKY prit du champ, et Simone parut calquer sa course sur Gaby DE LOOF. La championne olympique virait en 27s46, 56s29, 1’25s55 et acheva son parcours en 1’55s32. MANUEL finissait avec un retard de 2s60, ce qui n’est pas rien. En fait, c’est sur 100 mètres que leur rencontre peut faire des étincelles, et là, MANUEL, championne olympique et du monde, sera très difficile à devancer.

La Canadienne Kylie MASSE fut l’autre vedette de la journée, qui triompha nettement sur 100 mètres dos, distance franchie nettement sous la minute et avec une demi longueur sur Phoebe BACON. En 59s27, MASSE restait cependant à distance de son meilleur temps de la saison, 58s29.  

MESSIEURS.- 200 libre : 1. Jacob PEBLEY, 1’49s33.

100 dos : 1. Christopher REID, Afrique du Sud, 53s95 (en série, 53s92); 2. Jacob PEBLEY, 53s99; 3. Markus THORMEYER, Canada, 54s09; 4. Mark NIKOLAIEV, Russie, 54s12. En série, Lucas KALISZAK, 54s65.

100 brasse : 1. Nick FINK, 1’0s18; 2. Kevin CORDES, 1’0s22

100 papillon : 1. Giles SMITH, 52s94.

400 4 nages : 1. Jay LITHERLAND, 4’20s15.

DAMES.- 200 libre : 1. Katie LEDECKY, 1’55s32; 2. Simone MANUEL, 1’57s92 ; 2. Hali FLICKINGER, 1’59s34 (en séries, 1’59s28) .

100 dos : 1. Kylie MASSE, Canada, 59s27 ; 2.Phoebe BACON, 1’0s02; 3. Ali DE LOOF, 1’0s53. En série, Bridgette ALEXANDER, 1’1s32.

100 brasse : 1. Micah SUMRALL, 1’7s51.

100 papillon : 1. Amanda KENDALL, 57s80 ; 2. Olivia BRAY, 58s55.

400 4 nages : 1. Madisyn COX, 4’38s52 ; 2. Emma WEYANT, 4’41s20 ; 3. Hali FLICKINGER, 4’41s24.

PETIT BAIN ITALIEN : SIMONA QUADARELLA ET MARGHERITA PANZIERA EN VERVE

Éric LAHMY

Vendredi 30 Novembre 2018

Ce n’est pas une Simona QUADARELLA de record ; celui d’Italie, détenu par Alessia FILIPPI, 8’4s53 en 2009, qui fut record du monde jusqu’en 2012, quand Camille MUFFAT, en 8’1s06, lui fit un sort, n’a pas tremblé.

QUADARELLA, qui a nagé en 8’13s41 pour enlever à Riccione le titre d’hiver 2018, ne le menaça à aucun moment, passant en 4’5s99 et effectuant une course de métronome. Ajoutons cependant, que sans polyuréthane, le record « tissu » de FILIPPI est de 8’12s84, pas bien loin de la valeur de QUADARELLA. Loin derrière la « fuoriclasse » triple championne d’Europe de Glasgow (400, 800 et 1500), la bataille fut ardente pour les places d’honneur.

Le dos féminin est en verve. La veille, Silvia SCALIA avait revu le record du 50 dos. Aujourd’hui, une autre Romaine, son équipière des Canottieri Aniene Margherita PANZIERA, a corrigé celui du 200 dos, et gratté près d’une seconde, en 2’1s56 contre 2’2s43. A deux secondes du record mondial et européen d’HOSSZU (Hongrie, 1’59s23), PANZIERA, qui est championne d’Europe de la distance (2’6s18 – conditions olympiques, à Glasgow 2018) a manifestement essayé quelque chose, car elle est partie très vite, 28s92 et 59s35, puis a faibli légèrement. Ses fractions de 50 mètres ont été avalées en 28s92, 30s43, 31s06 et 31s15.

Elle avait nagé ses 2’2s43 à Copenhague, en championnats d’Europe, et avait été devance par HOSSZU, 2’1s59, et Daryna ZEVINA, 2’2s27. La voici devant le temps d’HOSSZU aux Pays-Bas. Un signe ?

Si on trouve que Margherita PANZIERA est passée un peu vite, que dire du 200 brasse ou Nicolo’ MARTINENGHI, le double champion du monde et septuple champion d’Europe juniors, revenu en forme après être tombé malade. Nicolo’ a-t-il voulu rattraper le temps perdu en une course ? Il est passé en 27s49 et 59s67, puisle toujours recordman du monde junior du 100 a eu du mal à trouver la sortie. Son temps final, 2’7s.

Le 100 libre a été remporté par Lorenzo ZAZZERI devant Alessandro MIRESSI. Les temps ? Moyens. Depuis quelques mois, Santo CONDORELLI, qui nageait pour le Canada, s’est rappelé que son père est italien et a décidé qu’il préférait la parmigiana à la poutine et le chianti au sirop d’érable, et il nagera donc pour la botte. L’ancien élève de l’école Bolles, qui avait fini en 2016 4e de la finale olympique, a fait ici aussi 4e, mais ce n’est pas la même chose…

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Lorenzo ZAZZERI, 47s06 ; 2. Alessandro MIRESSI, 47s25 ; 3. Ivano VENDRAME, 47s61 ; 4. Santo Yuko CONDORELLI, 47s91

100 dos : 1. Lorenzo MORA, 50s79 ; 2. Thomas CECCON, 50s80; 3. Matteo MILLI, 51s10.

200 brasse : 1. Nicolo’ MARTINENGHI, 2’7s.

200 papillon : 1. Federico BURDISSO, 17 ans, 1’54s33 ; 2. Giacomo CARINI, 1’54s55 ; 3. Matteo PELIZZARI, 1’54s56

100 4 nages : 1. Marco ORSI, 51s57 (record Italien ; ancien 51s76 par lui-même le 17-12-2018) ; 2. Simone GENI, 52s60 ; 3. Fabio SCOZZOLI, 52s86 ; 4. Lorenzo GLESSI, 53s34 ; 5. Alberto RAZZETTI, 53s41.       

DAMES.- 50 libre : 1. Erika FERRAIOLI, 24s28.

800 libre : 1. Simona QUADARELLA, 8’13s41 ; 2. Giulia GABBRIELLESCHI, 8’23s43 ; 3. Martina Rita CARAMIGNOLI, 8’24s28; 4. Linda CAPONI, 8’25s57; 5. Giulia SALIN, 16 ans, 8’28s92.

200 dos : 1. Margherita PANZIERA, 2’1s56 (record d’Italie; ancien par elle-même, 2’2s43 le 15.12.2017) ; 2. Giulia D’INNOCENZO, 2’6s08.

200 4 nages : 1. Anna PIROVANI, 2’8s97.