CHRISTIAN DONZÉ, LIONEL HORTER ET JACQUES FAVRE DANS LE MÊME SAC ?

Éric LAHMY

Samedi 27 août 2016

Un lecteur – qui désire garder l’anonymat pour des raisons de confort personnel (ne pas entrer dans les polémiques) – souhaite apporter quelques précisions au sujet de mon article entretien avec Claude Fauquet paru sur ce site le 18 août dernier. Son point de vue étant clairement argumenté, je l’ajoute volontiers au dossier.

A son avis, on doit nettement distinguer les périodes 2009-2012 et 2012-2016. Dans la première, la direction technique, emmenée par Christian Donzé, se situe, explique-t-il, dans la continuité de celle qui précède, incarnée par Claude Fauquet. Au-delà de quelques innovations qu’on peut analyser en termes de rupture, c’est donc assez fidèlement le même type de travail. Les valeurs et l’éthique du service public sont respectées, la cohérence technique est assumée.

LE SOMMET N’EST PAS 2008, MAIS 2012

Quelles qu’en soient les raisons, continue-t-il, on ne peut pas nier que les résultats de l’olympiade 2009-2012 sont nettement supérieurs à 2004-2008. On peut le voir dans tous les rendez-vous correspondants à quatre ans de distance : Budapest 2010 est largement supérieure à Budapest 2006 et Shanghai 2011 largement supérieur à Melbourne 2007. Et, bien entendu, les Jeux olympiques de 2012 représentent un net progrès sur ceux de 2008. Le fait que les nageurs niçois effectuent l’apport essentiel à ce « triomphe » n’enlève  rien à la réussite, continue notre lecteur, car alors on peut dire que le succès de 2004 revient à Philippe Lucas, celui de 2008 à Denis Auguin, et à personne d’autre. Enlevez Manaudou des mondiaux 2007, et il ne reste plus grand’ chose.
La remarque frappante pour ne pas dire choquante de Christian Donzé qui prétendait avoir: « fait le contraire de Claude Fauquet« , était, de l’avis de notre lecteur « un effet d’humeur qui doit être remis dans son contexte. » Les deux hommes ne s’appréciaient pas, continue-t-il, mais pratiquaient des politiques plus proches que ce qu’on pourrait croire, ou laisser entendre.
Après le décès dramatique de Christian Donzé, fin 2012, que notre informateur met sur le compte d’un travail harassant sous une tension énorme, que d’ailleurs les résultats flamboyants de Londres n’avaient pas calmée, il y a bien eu, en revanche, une rupture, qui s’aggrave encore en 2015, les DTN en charge respectant de moins en moins les règles du service public, et bafouant de plus en plus l’équité sportive jusqu’au triomphe de l’incohérence et de la déloyauté de la saison 2016.

DE 2008 A 2012 IL N’Y PAS PERTE DE VALEUR, MAIS FIN  DE L’EFFET COMBINAISONS

En ce qui concerne une analyse des sélections olympiques comparées de 2008 et de 2012, qui avait été menée par Philippe Dumoulin, notre aimable contradicteur met ces différences non pas sur un effritement de la base de la natation française, mais bel et bien sur le compte de ce qu’il appelle un « boost » des performances provoqué par les combinaisons.

Rappelons l’analyse de Dumoulin rapportée par Claude Fauquet : « La densité du haut niveau, dans ces huit années, a diminué de plus en plus jusqu’à devenir catastrophique. Les chiffres ne manquent pas, ils se situent au niveau des qualifiés aux Jeux olympiques au regard des minima A, édictés par la FINA. Que disent-ils ? Qu’à Pékin, nous avions 33 nageurs qui se sélectionnaient au regard des minima FINA : 27 individuels et 6 en relais. Quatre ans plus tard, à Londres, nous trouvions 29 nageurs « sous » les minima FINA, mais seulement 14 individuels et 15 en relais.  En outre, aux sélections pour Pékin, on comptait à 22 reprises des nageurs qui avaient fait les minima mais n’ont pas été sélectionnés parce qu’ils n’étaient pas dans les deux premiers. Ils n’étaient plus que huit à Londres. Derrière l’apparence de la bonne santé éclatante de notre natation à Londres, qui ne tenait qu’aux exploits des Niçois, nous avions moitié moins de sélectionnés individuels selon les critères FINA. Il s’agissait donc d’un très net affaiblissement de notre compétitivité… »

De l’avis de notre correspondant, en 2008, l’effet des combinaisons a permis à toutes les nations d’observer une augmentation du nombre de nageurs répondant aux critères FINA qui, eux, n’avaient pas bougé.

Afin de vérifier ces dires, je me suis penché sur le nombre de qualifiés, course par course, aux Jeux olympiques de 2008 et de 2012, avec cette idée que si plus de nageurs avaient réalisé ces minima en raison de l’effet combinaisons, cela rejaillirait inévitablement sur le nombre de nageurs aux Jeux, qui serait plus important en 2008 qu’en 2012.

Et en effet, l’effet combinaisons parait très net à ce niveau. Alors qu’aux Jeux olympiques de Pékin, on enregistrait 693 engagements de nageurs et 601 de nageuses, ils n’étaient plus en 2012 à Londres respectivement que 527 garçons et 544 filles, soit respectivement 23% et 9,5% moins nombreux. On peut donc en  conclure qu’en effet la diminution du nombre des nageurs passant les minima de qualification olympiques peut être attribuée à la disparition du « dopage technologique » que constituait l’utilisation de ces combinaisons de plus en plus performantes.


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4 comments:

  1. Marc

    N’en déplaise à votre lecteur qui désire garder l’anonymat, dès 2009, c’est le grand « détricotage » (minimas, programme Olympique etc.), les proches de Claude sont virés et la manière dont Philippe DUMOULIN a été remercié en dit long. Mais le « collège des entraîneurs » décide plus que C.DONZE et plus particulièrement L. HORTER. (qui virera d’ailleurs lui aussi P.DUMOULLIN revenu entre-temps à la DTN).
    Ne soyons pas dupe, C.DONZE avait fait allégeance à F. LUYCE (qui ne voulait plus d’un DTN comme FAUQUET ( compétent ?)…), ce sans quoi il n’aurait jamais eu le poste auquel il disait rêver depuis l’âge de 27 ans.
    Le bras droit de C.DONZE se plaisait à employer la métaphore: « on surfe sur la vague » et c’était bien le cas ! Cela signifiait absence de vision et absence de stratégie mais opportunisme, cela augurait aussi que la vague allait finir par mourir sur le sable.
    Et maintenant on nous parle de la fin d’un cycle …

    1. Eric Lahmy *

      Bonsoir, Marc, merci de votre apport au débat.
      Bien entendu, les éléments que vous proposez ici sont fort intéressants et je crois avoir pris dans ce site la défense, très énergiquement et à plusieurs reprises, de Philippe Dumoulin. La réfutation de sa thèse n’est d’ailleurs pas une attaque ad hominem, seulement un élément de réflexion. Certaines vérités semblent difficiles à appréhender. Les faits sont têtus, mais les interprétations Ô combien ondoyantes !!!
      Il me semble irréfutable, comme le soulignait mon contradicteur anonyme, qu’en effet 2012 ait constitué un sommet plus élevé que 2008, (chose qui, il est vrai, passait totalement inaperçue dans le papier, mais de ma faute et non de celle de Claude). Il est possible que ce soit pour avoir surfé sur la vague, mais 1)., la réussite de Donzé a été éclatante ; 2) surfer sur la vague, comme disait l’adjoint en question, voulait peut-être dire : surfer sur la vague de Fauquet.
      Je veux bien croire qu’il y ait eu des incohérences dans la gestion de Donzé, et le fait qu’il ait écarté d’emblée Dumoulin et vous-même en est une à mes yeux… Certains détricotages sont avérés, du moins à mes yeux. Mais ça a marché. Je me sens pour le reste totalement incapable d’appréhender ce qui se serait passé si Christian avait vécu jusqu’en 2016 : c’est une histoire qu’on ne connaîtra jamais. La seule chose dont je suis certain, c’est qu’il n’aurait jamais pu atteindre le niveau de morgue arrogante et d’incompétence satisfaite actuelles…
      Il me semble important, par rapport à l’idée que je me fais de ce site, de rapporter que la perte en nombre de nageurs sélectionnés ou réalisant les minima olympiques entre 2008 et 2012 pourrait ne pas être due à une déperdition des forces vives de la natation française mais soit l’effet de la disparition des combinaisons. Comme je suis ouvert aux débats qui intéressent ce sport, j’accepterai toute contestation sérieuse et documentée sur le sujet !

  2. Marc

    Mon cher Eric,

    Plutôt que de vouloir savoir si C.Donze, L.Horter et J. Favre sont à mettre dans le même sac il me semble préférable d’essayer de comprendre le processus qui a eu les effets inverses au processus de reconstruction auquel vous vous étiez intéressé sous le titre de « la révolution française ».

    Selon moi l’idée de donner les clés du camion à un « collège des entraîneurs » est à l’origine de nos résultats actuels.

    Nous sommes passés de contraintes structurantes imposées mais expliquées et accompagnées par un « patron stratège » le DTN dont le but est d’élever le niveau des nageurs et de leurs entraîneurs à une organisation(le collège) ou les acteurs (les entraîneurs) décident des contraintes qu’ils vont se mettre et mettre à leurs nageurs

    Cordialement et merci pour l’ensemble de vos articles

    1. Eric Lahmy *

      Mon cher Marc,
      J’enregistre et je comprends votre démarche dans la mesure où elle projette sur l’avenir, tandis que la comparaison entre les trois derniers DTN de la natation française peut paraître n’agiter que de vieilles lunes.
      Mais il faut aussi comprendre mon point de vue et c’est pour moi une question d’honnêteté et de crédibilité.
      Si quelqu’un relève une erreur, en l’occurrence assez grossière, de ma part, et une erreur d’interprétation dont je me fais l’écho ; si j’admets avoir commis cette erreur, mais garde l’information pour moi-même, ne la corrige pas dans un article ou dans un commentaire, bref si je ne publie pas un explicatif ou un rectificatif, je laisse l’erreur sans correction; je me disqualifie à mes propres yeux et je me discrédite aux yeux de la natation française, aux yeux de ceux qui la font ou qui l’observent.
      Maintenant, j’ai l’impression, depuis des mois, de n’avoir parlé que de ça : « le processus qui a eu les effets inverses au processus de reconstruction », etc.
      Je n’ai fait qu’attirer l’attention sur des fonctionnements qui me paraissaient perturbateurs et contre-productifs. Je l’ai fait parfois même avec trop de vigueur pour pallier la faiblesse de mon audience.
      Je crois avoir analysé avant tout le monde médiatique le processus qui a conduit Yannick Agnel à cette sortie manquée de Rio. Ce fut un constat douloureux, mais qui me paraissait indispenable
      Je me souviens avoir très fortement mis l’accent sur les dysfonctionnements qui ont amené à cette regrettable palinodie que nous a jouée la Fédération Française de Natation autour de la sélection olympique.
      Je crois aussi avoir été à peu près le seul à montrer du doigt la façon dont Francis Luyce choisit puis cornaque les instances fédérales.
      J’ai essayé également de signaler combien les clubs étaient négligés par la Fédération.
      Bien entendu, je ne puis tout faire. Je suis un journaliste bénévole, qui perd son temps et parfois son argent, dont l’audience est faible et les moyens carrément nuls.
      Il y a aussi toute une politique de désinformation qui a été suivie au sein de la fédération, entre ceux qui cachent les informations et ceux qui les truquent. Il y a enfin ceux qui ne veulent pas parler par crainte. Vous savez mieux que moi combien le monde de la natation a été « puérilisé. » Vous savez combien d’aucuns ont été « punis » pour avoir montré de l’indépendance et de l’énergie…
      Je ne vais pas faire prendre de risque inutile à des gens qui s’y refusent. Et comme un journaliste n’est jamais meilleur que ses sources d’information…
      En ce qui concerne votre passage concernant le « collège des entraîneurs », je ne comprends pas à quoi il correspond. J’ai demandé à un supposé membre de ce collège (entraîneur d’un ou plusieurs nageurs de l’équipe de France) de m’expliquer comment certaines décisions avaient été prises et il a très clairement nié toute réunion collégiale sur la politique de sélection. Le collège, m’a-t-il dit N’EXISTE PAS, et lui-même a appris les décisions par la presse ou des communiqués.
      Je suis bien contraint de me contenter d’une telle réponse.

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