CLIN D’OEIL DE COURBEVOIE

Par Eric LAHMY

Mardi 21 Janvier 2014

Un peu tard pour parler du meeting de Courbevoie, qui s’est tenu, piscine Charasse, du vendredi 16 au dimanche 18 ? Vous trouverez toutes les informations entre le site du SFOC et les résultats de la FFN. Les retours de deux « éclopés », Yannick Agnel et Frédéric Bousquet, leur rencontre sur 50 mètres, la courte victoire du nouveau Mulhousien sur le vieux Marseillais. Un 100 mètres d’Agnel tout près des 50’’. Quelques autres jolis résultats de ci de là. Pas de grande performance, normal dans un meeting de reprise en début d’année.

L’un des plaisirs, quand on assiste à la compétition, se situe au niveau des sensations. Voir la chose elle-même. La vivre de l’intérieur. La soupeser.

Un bon poids d’ailleurs : 2290 engagés, 996 filles et 1294 garçons. D’innombrables séries dans les courses phares, 100m et 200m nage libre, et un peu partout ailleurs. La compétition est la logique du sport, la justification de l’entraînement, la mesure de la valeur du travail accompli.

Courbevoie, pour les spectateurs, cela a été je crois un réel plaisir. La piscine ne se donne pas facilement. C’est je crois la seule piscine de France dont je n’arrive jamais à trouver la position, et le niveau d’entrée, du premier coup. Pourtant, elle ne m’est on ne peut moins étrangère. Je l’ai parcourue avant qu’elle ne soit ouverte au public, en compagne de Marc De Herdt, aujourd’hui président des Internationaux de natation, qui en fut le premier directeur, vers 1970. Il n’y avait pas eu encore l’accord entre le Stade français et la ville de Courbevoie qui allait créer le SFOC, présidé par Robert Marot. Le quartier de la Défense était balbutiant, une zone de rêve froide, pas encore tout à fait vivante, un Manhattan parisien au berceau. Pas de commerces, seulement ces grandes tours de métal et de béton, dans ce qui avait été un village horizontal farci de commerces locaux.

Elle avait encore plein de défauts, mais je crois que la plupart ont été corrigés. Pendant tout le meeting, pas un seul moment à ressentir une atmosphère étouffante de serre, pas une fois à essuyer la buée sur mes lunettes. L’acoustique, souvent le talon d’Achille des meetings de natation, a été tout simplement parfaite. On pouvait entendre le speaker effectuer ses appels sur un fond musical en comprenant tout ce qui se disait, et ceci sans risquer l’implosion des tympans. Le tableau électronique (bleu) est très lisible (même si, à ce qu’il parait, le jaune sur fond noir est le top en la matière) et manœuvré habilement…

En se promenant au bord du bassin, pendant les courses, on voit tout un comportement qui fait la natation moderne. Des tas de filles et de garçons effectuent leurs exercices, musculation et « gainage » le long des plages. Parfois, on ressent presque l’impression d’un danger avec ces jeunes gens qui « moulinent » des épaules et à tour de bras. C’est une jeunesse studieuse, qui répète ses gammes. Je retrouve la même ambiance, extraordinairement studieuse et affairée, dans le bassin annexe…

L’invasion de la natation, qui procédait du demi-fond, par le sprint, a amené des physiques différents. On dirait qu’une plus large palette de morphologies s’y exprime. Je vois cette fille qui effectue d’interminables séries de « deltoïdes », de « tirages » aux élastiques, puis de sauts à la corde, avec des mollets ronds et puissants qui n’avaient pas cours dans la natation de grand-père. Je la vois mal sur un 400 mètres…

En revanche, le tout venant des présents ne présente pas autant de grands gabarits qu’on aimerait en voir. C’est un fait qui me frappe dans les meetings auxquels j’assiste. Il y a trois ans, à Rouen, où l’équipe de Marseille s’était déplacée, les Florent Manaudou, William Meynard, Fabien Gilot, Camille Lacourt, frôlent pour certains les deux mètres. Mais ceux qui les entourent sont beaucoup moins grands. L’augmentation des gabarits n’est pas une tendance qui s’est généralisée. Michel Pedroletti me disait récemment à ce sujet qu’on ne sait pas garder les grands, qui vont dans les autres sports.

SAVOIR NAGER ET TALENT

Ce qui me frappe aussi, c’est l’amélioration générale de la technique de nage. Je dirais que ça nage joli. On trouve de bons exemples de « glisse » même dans des séries faibles : des jeunes qui n’ont pas de métier, mais auxquels on a déjà instillé les bons principes. Ce sont des types de « glisse » qu’on ne voyait pas souvent dans les années d’où je viens. Et qui n’apparaissaient que pour signaler des talents exceptionnels. Là, c’est presque tout le monde qui parait avoir été touché par la grâce. A force d’imiter le talent, on est parvenu à le mimer. Pour beaucoup, ils n’iront pas tellement plus loin, parce que d’autres éléments les rattraperont, parce qu’au choix, il sera préférable de choisir les études, ou parce que leur technique ne peut gommer des limitations morphologiques ou physiologiques. Mais ils auront pratiqué un sport, connu la vie de club, su ce qu’est bien nager… Cette expérience les nourrira leur vie entière…

La natation progresse donc aussi par le bas. En élevant le niveau des plus faibles. Cette évolution généralisée abaisse la position individuelle de chacun. En compétition, l’enfer c’est les autres ! Elle masque donc partiellement l’étonnante élévation du savoir nager. On banalise l’exploit. Au fond, dans cette joyeuse pantalonnade que fut le « défi » sur 50 mètres entre Moscato et Agnel, l’intérêt fut de voir la différence énorme qui existe entre un bon pousseur d’avant de rugby, bâti en force et maîtrisant sa nage au niveau de monsieur tout le monde et un champion olympique. Ayant laissé son compère franchir trente cinq mètres, Agnel se lança à sa poursuite et fut « battu » de quatre secondes ! Moscato avait nagé en 49 secondes. L’auteur de la dernière des 81 performances réalisées par les filles sur  50 mètres, Margot André, 13 ans, est de 33’’87…

Revenons à notre sujet. Il existera toujours une différence entre le savoir nager et le talent. C’est ce qui apparaissait, par exemple, à Courbevoie, à chaque apparition de Fanny Lesaffre, une grande fille de vingt ans, longue et très fine, presque diaphane, dont je crois qu’elle a commis de graves dégâts dans les records des catégories d’âge, ces dernières années. Nageuse de quatre nages, à l’aise presque partout, et ce week-end particulièrement inspirée en dos comme en brasse, elle présente, une fois immergée, semble-t-il, quelque chose en plus. Je n’ai pas bien vu à quoi elle ressemble les pieds au sec, mais… très belle dans l’eau !

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