ET SI L’ON CESSAIT DE JOUER AVEC LES MINIMA !

IL FAUDRA PEUT-ÊTRE CESSER CES JEUX DE SADIQUES QUI DÉNATURENT LA COMPÉTITION

Éric LAHMY

Samedi 30 Avril 2016

Depuis quatre olympiades, la question des minima olympiques français fait débat. Cette année, manipulée avec maladresse, elle a carrément empoisonné l’atmosphère. Il y a seize ans, le choix de minima difficiles avait été l’un des éléments du renouveau de la natation française, mais aussi une pomme de discorde. Les partisans de critères de sélection difficiles s’opposaient à ceux pour qui les mondiaux et les Jeux olympiques sont une grande fête du sport où l’essentiel est de participer/ Aujourd’hui, le débat reste ouvert.

Au départ de Claude Fauquet, les minima s’étaient relâchés. En 2015, la suprématie de Florent Manaudou et les succès en dos de Camille Lacourt, assurèrent assez de succès pour masquer la relative faiblesse de la natation française aux mondiaux de Kazan où les nageurs s’étaient déplacés en nombre. Seul le sprint masculin de nage libre a produit des résultats de valeur dans la durée.

Les minima olympiques pour Rio furent une réaction à ceux de Kazan. Les podiums de Manaudou, Lacourt et des relais n’avaient pas masqué, aux yeux de certains, le fait que trop de Français ne dépassèrent pas, en Russie, le cap des séries.

Réagir est une bonne chose. Mais sur-réagir… Mal bâtis et incroyablement durs, les minima français étaient totalement inadaptés à la situation. Quand le temps choisi pour aller aux Jeux olympiques devient difficile pour Nathan Adrian sur 100 mètres (48s13 !) ou pour toute autre que Katie Ledecky sur 400 mètres nage libre, on ne sait plus à quoi sert un minimum. Mais on sait ce qu’il dessert.

Je me suis souvent demandé à quel jeu mental un sélectionneur se prête, quand il sort de telles exigences chronométriques. A-t-il l’impression de marquer un point ? Est-il pris d’un vertige de puissance ? Veut-il signifier que « ses » minima sont plus forts que les autres ? Les Français, les Britanniques, les Japonais à un an des Jeux, étaient les champions du monde des minima. La belle affaire! Les Japonais vont laisser à la maison le formidable Kitajima qui a réalisé les minima en demi-finale et les a ratés en finale de quelques centièmes : grand bien leur fasse, après tout, c’est moins grave que de bombarder Pearl-Harbour !

Mais « tout ce qui est excessif en devient insignifiant », disait Talleyrand. J’ai essayé en février dernier, à la parution des « super minima » français, d’en comprendre le sens. Je n’ai pas trouvé la réponse. Ils ne se correspondaient même pas entre eux, ils me semblaient incohérents, présentaient un profil biscornu, leur seul point commun entre eux étant leur extrême difficulté. N’étaient pas trop stupides ceux des relais, moins inhumains.

Le problème des minima olympiques français pour Rio, ça a été leur infaisabilité. Quand les 78 places de podiums de Montpellier une fois garnies par 49 filles et garçons, six d’entre eux, quatre garçons et deux filles ont réalisé les minima, cela ne prouve même pas que ces six seulement peuvent parvenir en demi-finales des Jeux olympiques, puisque, outre Coralie Balmy et Charlotte Bonnet, Camille Lacourt, Florent Manaudou, Clément Mignon et Jeremy Stravius (sélectionnés),  restent sur le carreau Agnel, Pothain, Metella, Joly, Grangeon, qui émargent à l’élite mondiale, ou sont entrés dans une finale mondiale (Grangeon à Kazan). Et qui plus est, ont nagé sans démériter à ces championnats de France.

LES MEILLEURS MINIMA? CEUX DE LA FINA

En vérité, les meilleurs minima, par rapport à ce que la France saurait en faire, sont ceux de la FINA. Je parle des plus difficiles d’entre eux, les TQO (temps qualificatifs olympiques). Ils ont été remarquablement bien imaginé, et correspondent le mieux du monde au niveau de la compétition. Si vous les regardez et les comparez avec les résultats des mondiaux de Kazan, vous notez que ces minima correspondent assez précisément aux temps des seizièmes nageurs aux mondiaux de Kazan. Ils sont adaptés à la compétition.

Non seulement ils sont adaptés aux Jeux olympiques, mais ils sont très performants au regard de la natation française. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ajoutent pas un stress supplémentaire et inutile quand, sur 50, 100 ou 200 mètres nage libre messieurs, par exemple, on SAIT que de l’affrontement des nageurs en finales à Montpellier vont sortir chaque fois ou presque deux nageurs compétitifs.

Si les rédacteurs des minima français ne s’étaient pas emmêlés dans je ne sais quels calculs byzantins (je le dis en sachant bien que le bon choix n’est pas toujours facile), ils auraient pu choisir d’aller quand même un peu plus haut que les TQO FINA, en positionnant le curseur sur les douzièmes des courses de Kazan ! Mais pas plus haut que ça. Pourquoi les douzièmes ? Premièrement, c’est que ce sont des temps quand même très difficiles à faire. Ce n’est donc pas une plaisanterie. Deuxièmement parce qu’en plaçant la difficulté au niveau du douzième de Kazan, on le place vraisemblablement sur celui du seizième des Jeux olympiques (donc en visant les demi-finales), mais en se posant à seulement quatre places des finales mondiales. Donc quelqu’un qui nagerait en mars ou avril 2016 « dans » les douze de Kazan AURAIT PU RESTER CONCENTRÉ sur le (difficile à franchir mais envisageable) petit pas qui sépare le douzième du huitième : il pourrait donc garder l’œil sur les finales, ambitionner d’entrer en finale olympique. Ce qui représente un petit plus psychologique, et un bel os à ronger à l’approche des Jeux.

Prenons le 100 mètres. Tout le monde sait – et quand je dis tout le monde, cela comprend les Russes, les Américains les Australiens – que c’est la course forte des Français. Le championnat de France est le meilleur du monde, ou tellement près que c’est comme si.

Le minimum FINA pour nager aux Jeux n’est pas donné, avec 48s99. Très difficile, sauf pour cinq ou six nageurs au monde, sans être bien affûté. Mais faisable par l’élite. Les minima Français, c’est 48s13. Voilà les gars. Débrouillez-vous avec ça. C’est se moquer des gens. Aux mondiaux de Kazan, dans les séries, un seul nageur fait mieux, le futur vainqueur Nin Zetao. De justesse : 48s11. Et en demi ? Cameron McEvoy, 47s94 et encore Ning Zetao, 48s13 tout juste. Et en finale, la médaille de bronze est négociée par Grabich, avec 48s12. En août, après toute une saison d’entraînement. Le sélectionneur français, lui, a demandé 48s13, à réaliser début avril.

On se demande bien ce qu’avait de particulier ce 48.13 sinon d’emprunter au titre de l’album rock « hip-hop » de Kasabian ! Dès lors il s’agirait d’un clin d’œil à Fabrice Pellerin, grand amateur de heavy metal devant l’Eternel – et farouche défenseur des minima sévères? Mais j’imagine mal Pellerin en train de goûter ce métal lourd qui a plombé la natation française !

DES MINIMA DE FOUS QUI NE SERVENT À RIEN

Un temps minimum à réaliser aussi brutal sur 100 mètres est d’autant plus inutile que, compte tenu de la valeur supérieure du sprint français – Stravius plus Marseille – il NE SERT A RIEN. On sait avant la finale de Montpellier que les deux premiers auraient la dimension mondiale. A part un effet inhibant, je ne vois pas l’intérêt de proposer un temps pareil dans une compétition de début avril. Il y avait suffisamment de stress dans l’air de par l’affrontement d’hommes à hommes entre des éléments de la dimension de Manaudou, Stravius, Gilot, Meynard, Mignon !

48s13 ! Plaisanterie sans goût !

Quand les minima français furent mis en place par l’équipe de Fauquet, ils furent très critiqués. Ils allaient à l’encontre de toute une tradition française. Mais un phénomène annexe les aida à perdurer : les combinaisons polyuréthane accéléraient les nageurs et permettaient de franchir des paliers d’évolution. Une partie de la poursuite était engagée par la guerre des combinaisons. Aujourd’hui, ce « dopage technologique » n’existe plus. Il n’est pas impossible que les rédacteurs des minima olympiques aient tablé sur une progression des temps entre 2015 et 2016. Mais ce phénomène est dépassé. Le temps des records est fini. Sous cet angle, la natation est comme un volcan qui s’éteint. En 2015, seuls Peaty, Ledecky, Sjöström et Hosszu ont battu des records du monde… Quatre colosses de la natation, pour vingt-six courses olympiques individuelles et six relais

Quand les records cessent d’être battus, il reste la compétition. Dans le cas d’un championnat où, outre l’adversaire, vous devez maîtriser des minima, que se passe-t-il ? Près de vous, les autres nageurs, au-dessus de votre tête un temps à atteindre, que faire? La stratégie s’écaille, se fendille, ou se trouble sous une double contrainte.

Les psychologues appellent cela le « double bind », le paradoxe imposé ou la contrainte de gérer deux injonctions contradictoires.

J’ai trouvé un « double bind » hilarant dans « Astérix chez les Corses », des immortels Goscinny-Uderzo, que la psy Corinne Dangas a collé sur son blog-notes. Un Corse, défiant, poignard en main, menace un soldat romain qui a osé regarder sa sœur. Celui-ci se justifie : « mais elle m’intéresse pas, votre sœur. » Le Corse, menaçant : « elle te plait pas ma sœur ? » Le Romain, grand sourire pétochard : « mais si, bien sûr, elle me plait. » Le Corse, fou de rage : « Ah ! Elle te plait, ma sœur ? Retenez-moi ou je le tue. » 

LES MINIMA EXCESSIFS DÉNATURENT LA COMPÉTITION

Vous me direz : mais c’est exactement ce qui se passe dans les séries. On ne peut pas se contenter d’y nager l’adversaire, il faut aussi entrer dans les huit premiers. Mais lors des qualifications au temps, les adversaires sont des êtres concrets, ils sont là, devant vous, ou ils viennent de nager, ou encore ils vont nager tout de suite après vous ; le temps nécessaire pour accéder à la finale n’est connu de personne; indéfini, il s’inscrit au fur et à mesure des séries comme conquête collective du groupe de nageurs: en nageant plus vite, je me qualifie, et disqualifie un autre. C’est bien de la compétition !

En revanche, un minimum déterminé à l’avance, en fonction d’une liste de résultats passés, extérieure à la compétition, est une opération administrative débouchant sur un « absolu », une référence à laquelle on confère une puissance arbitraire : une abstraction.

Les effets de ces minima diaboliques choisis en France ont été ennuyeux en ce qu’ils ont tordu la compétition. Finalement leur présence a dérangé des compétiteurs. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », tel est le proverbe galvaudé de Frederick Nietzsche, dont il ne convient pas d’abuser, car à force de jouer avec, on peut tuer les talents.

En général, en face de ce problème insoluble, que fait-on ? On oublie la compétition. On part trop vite. J’ai évoqué récemment le cas de Joris Bouchaut, brisé, sur 1500 mètres, par une tentative désespérée… On m’a proposé d’autres mésaventures liées à ces minima. Benjamin Stasiulis, se sachant incapable d’aller rejoindre les 1:56s13, critères nationaux de sélection, (temps que seuls six nageurs ont battu à Kazan en championnats du monde 2015).

… Sincèrement, je ne crois pas que Stasiulis, dans le modèle imposé par Fauquet, aurait manqué à Rio, mais dans celui, plus laxiste, qui a prévalu après Montpellier, il aurait pu s’ajouter à la photo de famille en Cercle, 13e à la table de M. Leccia…

Benjamin a bien nagé 1:56s39 en 2012, mais depuis qu’il a quitté Michel Chrétien (et Stravius dont il a été le sparring-partner) à Amiens, il n’est pas passé une fois sous les 1:58s. A Kazan, en 1:59s05, il a hérité du 20e temps. A 29 ans, cet ancien Mulhousien, Parisien, puis Amiénois, a passé l’âge des progrès. A Montpellier, il admet que les Jeux ne sont pas pour lui, et gagne confortablement en 1:58s48, près du « TQO », temps qualificatif olympique de la FINA, 1:58s22. Sans importance, se dit-il, ils ne sont pas pris en considération par le sélectionneur. Mais quand ce dernier récupère trois jours plus tard tous ceux qui ont réalisé les temps FINA, il peut se poser la question, Stasiulis. Aurait-il pu les faire ? Nul ne le sait, il est parti vite est a terminé mal… mais me suggère-t-on, s’il les avait pris en compte, peut-être aurait-il pu grappiller les vingt-six centièmes de seconde qui l’en séparaient.

DTN CONTRE PRÉSIDENCE : LE GRAND

RETOUR DE FRANCIS LUYCE

Maintenant, que s’est-il passé à Montpellier ? Il s’est passé que dans la lutte d’autorité feutrée qui oppose depuis l’élection de Francis Luyce la Direction technique et les élus, les techniciens ont subi un cinglant revers collectif. C’est en raison de leur gestion des sélections olympiques et de par la conjonction d’intérêts divers que le président a pris en mains directement la sélection et l’a menée à sa main en concertation avec le Cercle des Nageurs de Marseille et le Ministère des Sports. A l’arrivée, cela fait certes bricolé, et on ne compte pas les désillusions parmi les nageurs. On ne peut reprocher à Jacques Favre d’avoir voulu une sélection spartiate. Mais de l’avoir menée de cette façon…

Quand on remit ainsi son autorité de sélectionneur en cause au sujet de Roxana Maracineanu, Claude Fauquet n’hésita pas : il mit immédiatement sa démission sur la table. Après Montpellier, Favre n’était pas en position d’en faire autant…

Je crains pour lui qu’il n’ait laissé là une partie essentielle de son pouvoir de décision et de son crédit. Un prix lourd à payer pour son inexpérience au poste ?


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12 comments:

  1. Darsek

    Tout d’abord pour la critique pure :
    – La plaisanterie sur le Japon est de très mauvais goût. Par ailleurs, Kitajima a réalisé un parcours similaire dans ses championnats à celui de Duboscq en 2012 (qui a buté sur l’un des 3 minimas à réaliser). Mais il y a des règles, c’est comme pour Maracineanu en 2001, il faut les respecter.
    – Concernant le niveau de la natation en France, je vous encourage à regarder le site n1nside qui montre obectivement les progrès, peut-être insuffisants au niveau mondial mais réels.
    – Et sur la progression globale de la natation : en effet, les combinaisons ont permis une avancée éclair, mais la natation repart en avant. 4 recordmen du monde en 2015 ? En effet, pour 8 records il me semble. Contre 2 recordmen et 2 records en 2011. L’avance prise par les combinaisons sera résorbée.

    Et pour en revenir au sujet des minimas, effectivement ils étaient incroyablement durs, mais l’erreur n’est pas leur valeur à mon sens, plutôt le timing pour les imposer. Lutter contre des adversaires (pour la médaille) et un chrono (de plus en plus dur), c’est le lot des nageurs de niveau « inférieur » (N2 et moins) depuis des années et je n’ai pas l’impression de ça génère de mauvaises compétitions. Mais la différence, outre le niveau de performance, est qu’ils sont habitués à ce « jeu ». Imposer des minimas à hauteur du 12ème (comme vous le suggérez) en 2013 puis les durcir progressivement jusqu’aux minimas de 2016 n’aurait certainement pas eu le même effet inhibant. Comme restaurer les demi-finales aux France. Ce serait sûrement compliqué la première année, puis tout le monde s’y ferait, comme c’était le cas.

    1. Eric Lahmy *

      Bonjour, je vous remercie de vos remarques. Si je puis me permettre, je répondrai sur les points suivants :
      1). La critique sur le Japon n’est pas à votre goût mais au mien et cela suffit pour mon bonheur. – J’aime leur natation, mais je n’aime pas leurs minima.
      – Je ne critique pas les Japonais de ne pas avoir emmené M. Kitajima. Mais de s’être mis dans cette situation en élaborant de tels minima. Le Japon, un seul brasseur sur 100 à Rio ? C’est leur problème !
      2). Deux, vous dites il y a des règles, il faut les respecter, bien sûr, et c’est bien de cela que je parle. Il y a eu des règles, elles n’ont pas été respectées. Par qui ? Pas par moi en tous cas. Mais il est quelquefois du devoir des uns et des autres de mettre les règles en cause lorsqu’elles sont tordues, inadaptées.
      J’insiste : avant de vouloir qu’on respecte les règles, il faudrait qu’on sache les établir de façon cohérente. Je n’ai pas l’impression que vous ayez seulement LU en connaissance de cause ces minima ! Je les ai épluchés. Ils sont in-co-hé-rents !
      Je suis fort content de lire sous votre signature que le niveau technique en France s’améliore (on en reparlera après les départs à la retraite post Jeux d’Agnel, Manaudou, Bousquet, Stravius, Stasiulis, Meynard, Gilot, Balmy, etc). Je n’ai pas parlé de ça. Et ce n’est pas de cela qu’il s’agit. C’est hors-sujet par rapport à mon article. Il s’agit pour moi de dire que ce système de sélection mal posé, s’il continue, causera du tort.
      En ce qui concerne la progression globale de la natation mondiale, qui est très envisageable d’ailleurs en année olympique, je ne vois pas en quoi elle contredirait ma suggestion qu’on ne peut aujourd’hui tabler sur une évolution de la natation comme celle du temps des combis. On est pratiquement à l’arrêt. Vous souvenez-vous que 40 records mondiaux dans 29 épreuves furent battus aux championnats du monde de Rome, en 2009 ? Que cette année là, 73 records du monde en grand bassin furent améliorés ? Ignorez-vous que 15 des 20 records ACTUELS du monde masculins, 7 sur 20 chez les femmes, étaient debout en 2009 ?
      Vous parlez d’une erreur de timing. Encore une fois, ce n’est pas mon sujet. Favre a hérité de la situation en 2015. Donc je ne peux pas lui reprocher de n’avoir pas utilisé sa machine à remonter le temps pour mettre en place en 2013 une politique de sélection portant sur l’olympiade. Donc l’erreur de Favre est bien, après analyse des mondiaux 2015, dans la difficulté outrancière des minima qu’il met en place. Ces minima sont insensés dans le contexte de la compétition et de la valeur de la natation française aujourd’hui.
      Votre idée selon laquelle il aurait fallu faire monter la pression dès 2013 est intéressante, mais c’était trop tard pour le DTN actuel.
      Attention. Ne comparez pas, quand vous évoquez la lutte contre les minima, le sort d’un nageur de bas niveau et un nageur de haut niveau. C’est comparer un saut à 1,20 et un saut à 2,40m. C’est comparer le passage en 7e et l’Indian Ingeneering Service, le concours le plus difficile au monde. Si vous en êtes là, vous vous plantez! Rien à voir !
      En revanche avoir sucré les demi-finales est en effet un choix discutable, et sans doute une régression. A peu près tout ce qui nage sérieusement dans le monde a sélectionné à travers des compétitions avec demi-finales, de façon à mettre leurs représentants dans les conditions olympiques. Dans l’équipe de France 2016, non seulement les trois-quarts des membres sont restés éloignés des minima, mais aucun n’a nagé à travers le filtre séries-demi-finales-finale.

      1. Lodewijk

        Je ne veux pas parler en son nom, mais je pense que ce à quoi Darsek faisait référence n’était pas la critique envers les minimas japonais mais l’allusion à Pearl Harbour, qui m’a aussi choqué. Je pense que nous apprécierions modérément une référence à Vichy ou Pétain dans un article de natation d’un média étranger, même (surtout ?) sur un ton humoristique .

        Sur le fond, deux remarques :

        1) Difficile de ne pas être d’accord avec vous sur l’incohérence du système de qualification et l’écart entre l’effet d’annonce et la . Lecteur de votre site depuis longtemps, je suis tout de même un peu étonné par la tonalité de votre article et en particulier de lire sous votre plume que finalement, les minimas FINA suffiraient tout à fait, alors qu’il me semble que vous avez toujours défendu la nécessité de minimas exigeants (ce qui ne signifie pas ceux que nous avons eus, évidemment). Je me rappelle en particulier que vous aviez jugé favorablement les minimas britanniques pour Kazan, qui étaient extrêmement difficiles.

        2) Pour la remarque sur le haut niveau/bas niveau, je suis en profond désaccord. Où commence le haut niveau et où s’arrête le bas niveau ? D’où viennent nos nageurs de haut niveau ? Jordan Pothain est aujourd’hui 11e performeur mondial sur 200 et 15e sur 400, et qui plus est toujours en pleine progression. A 17 ans, en 2011, à l’âge ou certains sont déjà médaillés olympiques, ses records étaient respectivement de 2.04 (78e français de son année de naissance) et 4.25 (59e). Je ne crois pas que dresser des barrières de verre entre ces deux mondes soit très pertinent. Cela n’a pas « rien à voir », c’est le même sport pour lequel il faut établir des programmes cohérents et réfléchis, de la base de la pyramide jusqu’au sommet (et sur ce point, on peut largement progresser, je vous l’accorde !).

        Sportivement,
        L.

        1. Eric Lahmy *

          Merci de cette intervention qui va m’amener à répondre longuement…
          Mais…
          Alors là je vous arrête d’entrée parce que j’aime beaucoup mon image sur Pearl Harbour. J’essaierai de faire pire une autre fois. Quand je n’aime pas un texte que j’ai écrit en le relisant, par exemple sur le livre de Fabrice Pellerin ou sur Yannick Agnel, je le reconnais. Mais là-dessus il n’y a que mon avis qui compte pour moi. Je vous remercie de votre point de vue, mais je n’y adhère pas.
          Si vous jetez un coup d’œil sur ce site, vous saurez qu’on peut y évoquer les autres sports, la psychologie, l’histoire, la philosophie, la littérature, le cinéma, j’invoque les faits ici ou là, je fais les comparaisons et utilise les images qui me viennent à l’esprit. Je vous ai parlé ici de « double bind » et de Goscinny. Il n’est pas dans mon intention de faire de la politique mais si cela devait être, j’en ferais. D’ailleurs, Vichy et Pétain ce n’est pas de la politique, c’est de l’histoire, comme la Saint Barthelemy, comme Pearl Harbour, auquel vous avez eu droit ; je travaille pas mal mes textes, n’étant rétribué par personne, pour la seule beauté du geste ; je n’ai pas le sentiment d’abaisser le niveau des lecteurs de la natation, et je n’ai nulle intention de faire amende honorable, ni de me censurer. Les gens en penseront ce qu’ils voudront, et je ne reculerai que pour mieux choquer.
          Maintenant, parlons minima. Je n’élaborerai pas sur les différences entre le « bas » et le « haut » du panier. Si vous pensez que c’est la même chose, libre à vous. Maintenant, si vous mélangez tout ça, si vous croyez qu’il suffit d’utiliser les recettes d’en bas pour réussir en haut, méfiez-vous des points communs entre ces niveaux. Pour ceux qui ne reconnaissent pas les différences de niveau, il faudra que je me fende d’un vrai papier là-dessus ! D’ailleurs, cela me permettra d’affiner mon avis.
          L’exemple que vous prenez de Pothain est intéressant, son entraîneur (ou Favre) a dit de lui qu’il est le produit d’une progression tardive. Mais je ne vois pas en quoi, comme vous avez l’air de le suggérer, mes distinguos haut niveau-caniveau auraient pu affecter sa progression. Ce superbe nageur s’est développé à sa vitesse, couvé par un club et un coach méritoires, il est arrivé aux France et cinq millions de personnes ont raconté sans savoir sauf une impression visuelle qu’il était 3e et pas 2e. Si vous voulez une différence, en voilà une !
          En ce qui concerne les minima, je n’aurais rien dit si toute cette affaire avait été menée jusqu’au bout avec un pilotage habile et efficient. J’ai toujours été à l’écoute des promoteurs des minima difficiles, mais je sais qu’aujourd’hui, la Fédération est entre les mains d’intérêts qui ne représentent pas des ambitions, mais des commodités. Quand je vois que quelques coups de téléphone entre Paris, Pantin et Marseille suffisent à tout chambouler, je me dis : à quoi servent les minima.
          Bien entendu, mon premier réflexe a été de dénoncer le ministère, la Fédération, la direction du Cercle et Paris2024. Mais où tout cela nous mène-t-il ? Si les minima avaient été bien posés, si Favre avait été ferme sur l’affaire Agnel, s’il s’était cabré et avait jeté sa démission, si, si, si… Mais il n’y a pas de si. Les techniciens ont été battus, le président a repris la main, et à la limite, je ne lui donne pas tort. Il y a qu’après, chacun s’est jeté pour placer son nageur ou sauver sa nageuse, et que le politique président a tout donné. Dans la série « passe-moi la rhubarbe, je te donnerai le séné » il a conforté sa énième réélection, c’est pour dans quelques mois !!! Tous les grands électeurs y ont eu droit…
          Je suis d’autant moins contre les minima difficiles que je proposais de les fixer au 12e des Monde. Si j’ai « applaudi » aux minima de Grande-Bretagne (c’était ceux de 2015, papier d’avril), j’ai eu tort. Mais j’ajoute que c’était du bout des doigts, j’avais parlé de leur caractère effrayant, avais évoqué un thriller et avais même écrit :
          >« Cela dit, il sera intéressant de voir comment les sélectionneurs britanniques vont pouvoir monter une équipe sur des chiffres aussi inflexibles. » Sincèrement, je ne me voyais pas impliqué par ces minima, je les regardais comme un bel objet de terreur… Ce qui est sûr, c’est que les nageurs british se sont cabrés sous ces minima et que cela peut être de la faute des nageurs ou de la faute des minima ou de tout autre chose. Par exemple jusqu’en 2012 ils nageaient à Sheffield où le bassin était l’un des plus rapides au monde. Il y a aussi la date, début avril, c’est difficile pour beaucoup…
          Mais… Les faits m’intéressent plus que ce que j’ai écrit. Je ne vais pas quand même continuer à défendre cette politique quand on voit ses limites ! Je ne me souhaite pas de pratiquer ce genre d’entêtement. JE REVENDIQUE LE DROIT DE ME CONTREDIRE, parce qu’après tout, me remettre en cause est ce qui me permet d’avancer. Je ne suis pas ici pour créer un corpus doctrinal.
          Mais il y a souvent dans ce que j’écris des subtilités qui manquent leurs buts. La discussion que j’ai engagée dans l’article ci-dessus, sous une titraille VOLONTAIREMENT excessive et là aussi je tiens à assumer, ne se pose pas entre les durs et les mous, mais entre les minima bien posés et les mal posés.
          Or là, ces fichus minima étaient non seulement très durs, mais très mal posés, ils ne s’alignaient pas mieux que les dents sur une mâchoire de crocodile, ça leur donnait un drôle de sourire.
          J’insiste, 48s13 au 100 mètres c’est excessif. Et si j’ai écrit que 48s98, le minimum FINA est bon, ce n’est pas en tant qu’absolu, mais par rapport à 48s13. Et la date aussi, début avril, compte… Quant au temps du 12e, c’est une idée que j’ai dû défendre dans le passé, cela me semble un bon endroit où mettre le curseur : 48s59 à Kazan. Et 15:2s37 sur 1500 mètres. Ou 1:58s27 au 200 mètres dames.
          Bien entendu, tout cela devrait être discuté, affiné, remis en cause, ou peut-être jeté à la poubelle, que sais-je ? Le truc qui me parait essentiel, c’est comment placer ce fichu curseur de façon à exciter le désir des nageurs, et non pas à l’amollir par trop de faiblesse, ou à l’abattre par trop de rigueur.

          La fourchette des minima est assez fine, l’espace d’une seconde sur 100 mètres sépare les super-cracks et les oubliés. Le job de les mettre en place n’est pas le rôle d’un pied tendre !

          1. Lodewijk

            Merci d’avoir pris le temps de répondre longuement, comme à chaque fois. Je ne suis pas d’accord avec tout mais je trouve excellente cette habitude que vous avez de réagir systématiquement. Il est évident que vous avez tout à fait le droit d’écrire ce qu’il vous plaît ici, je suis désolé si je vous ai donné l’impression de remettre en cause ce point.

            J’ai bien peur qu’un débat sur la légitimité de l’utilisation de faits historiques comme illustration d’un caractère national nous amène assez loin. Je maintiens que j’y suis opposé mais je note vos arguments.

            Je ne pense évidemment pas qu’il faille appliquer les mêmes recettes en bas et en haut de la pyramide, mais je ne pense pas non plus qu’il n’y ait aucun rapport entre les deux. Le sens de ma remarque sur pothain était de questionner la frontière entre haut et bas niveau. Était il un nageur de « bas niveau » en 2011? À quel moment a-t-il changé de catégorie ? Combien de Pothain avons nous perdu en route parce qu’ils étaient loin à 17 ans ?

            Pour les minimas, je crois que nous sommes tout à fait d’accord, merci d’avoir explicité votre point de vue.

          2. Eric Lahmy *

            Cette question, quand est-ce qu’on passe du « bas niveau » au haut niveau, présentée de façon tranchante, me fait penser au sketch de Gad Elmaleh, qui, lisant sur la vignette du yaourt en pot que la date de péremption du yaourt est le 31 août, décide de passer la nuit du 30 au 31 pour surveiller l’invasion des bactéries qui conduit au passage du yaourt frais au yaourt périmé. Je pense que la question est un peu formelle et byzantine, et la réponse un peu arbitraire. Le petit ours polaire est sevré quand sa mère l’abandonne sur la banquise. Nous, on a défini le « niveau » de façon administrative. J’imagine qu’on devient haut niveau le jour où on est convoqué par la Fédération pour une compétition ? Fauquet avait créé les séries, qui ont été abandonnées. [Je ne crois pas que le haut niveau définisse un « bas niveau ».] Nager, c’est un périple, un plaisir et un engagement, et j’espère que beaucoup de nageurs se fichent complètement de la façon dont l’épicerie de Pantin les classe et dont les gens comme moi les regardent. Les techniciens des différents pays compartimentent les nageurs en fonction des temps, les frontières sont mouvantes, chez nous aux France, on a les finales A, B et C dont l’une réservée aux jeunes. En Grande-Bretagne vous aviez à Glasgow les séries adultes, les séries 17-20 ans appelées générations Tokyo et les séries 15-18 ans. A l’issue des séries, la finale A récupérait la crème, et les autres finales réunissaient les jeunes selon les catégories d’âge auxquelles ils appartenaient. Cela m’a l’air pas mal, c’est un surclassement automatique. C’est comme ça que Duncan Scott a gagné les séries des 17-20 ans et nagé la grande finale où il a battu Benjamin Proud. C’est un peu la même chose chez nous (sauf qu’en France, les classements des séries englobent tout le monde). Mais vous devez savoir ça mieux que moi !

      2. Darsek

        De toute évidence, vous m’avez mal compris.
        Lorsque je parle du respect des règles, je parle du fait que les Japonais ont respecté leurs propres règles, quitte à sacrifier Kitajima. Et oui, c’est l’allusion à Pearl Harbour que je trouve déplacée.
        Oui, j’ai lu les minimas, oui ils sont incohérents mais la cohérence n’a rien à voir avec le respect des règles. Et je maintiens que l’erreur principale est le timing, conséquence d’une mésestimation du niveau français (ou de sa tâche) par Jacques Favre et des décisions absurdes de la FFN les années précédentes.
        Je trouve intéressant que vous vous focalisiez sur les records du monde battus depuis 2010 alors que presque chacun de vos articles (dont je ne pense pas avoir raté une sortie soit-dit en passant) rappelle que c’était un dopage technologique. Ne serait-il plus intéressant de voir l’évolution des temps tissus ? Campbell, Larkin et Horton seraient d’ailleurs encore mieux classés dans les classements tous temps. Mais c’est une parenthèse « méthodologique ».

        Dernier point : « Attention. Ne comparez pas, quand vous évoquez la lutte contre les minima, le sort d’un nageur de bas niveau et un nageur de haut niveau. C’est comparer un saut à 1,20 et un saut à 2,40m. C’est comparer le passage en 7e et l’Indian Ingeneering Service, le concours le plus difficile au monde. Si vous en êtes là, vous vous plantez! Rien à voir ! » (je vous cite).
        Je pense que vous êtes dans l’erreur totale. La différence de niveau est évidemment hallucinante, encore que moindre qu’entre un modeste interrégional et un nageur « public », mais ce n’est pas là que je fais un parallèle. Si un nageur infiniment moins entraîné, moins préparé, moins encadré, moins habitué à la pression est capable de supporter un double enjeu, pourquoi un champion n’y parviendrait pas ? Certes, une perturbation est bien plus dommageable en terme de place au top niveau du fait de sa densité, mais bien moins sur le plan chronométrique. Un ratage, c’est 2 dixièmes, pas 2 secondes. Par ailleurs, je rappelle qu’à chaque niveau de pratique, les nageurs doivent à un moment donné affronter leurs limites pour obtenir la qualification au niveau supérieur. Quand la performance exigée est proche de son maximum, en quoi est-ce moins difficile pour un jeune d’un petit club d’atteindre les France que pour Frédérick Bousquet d’aller aux JO ? L’échelle diffère, mais à chacun son maximum (pour beaucoup, à un moment de leur vie, le concours le plus difficile au monde est le baccalauréat, puis les études montrent année après année que c’est loin d’être la vérité). D’ailleurs, à de rares exceptions, les champions de France sont souvent passés par ces étapes « inférieures » (cf Théo Bussière).

        En fait, le constat sur les nageurs ayant réalisé les minimas pour les JO me rappelle un commentaire de mon entraîneur (sur une compétition moindre) : généralement, seuls ceux qui ont une marge confortable réussissent réellement les minimas, les autres doivent sortir la course parfaite et échouent donc dans 95% des cas. Le bilan de Montpellier semble lui donner raison.

        1. Eric Lahmy *

          Je voudrais répondre sur un point, vu que sur les autres, je vois qu’on ne se comprend pas.
          Ce n’est pas parce qu’un professeur au Collège de France a été en 6e que c’est pareil. Cela est vrai pour tous les domaines de la vie.
          S’il était vrai que tous les niveaux se valent, au lieu de payer BEINsport pour voir les Jeux à la télé, enflammez-vous pour les courses interclubs ou de votre région, entrée libre ?
          La différence entre un haut niveau et un nageur de rang inférieur est la distance qui les sépare des « LIMITES HUMAINES » et que sa possibilité de progresser en est d’autant plus limitée. Pourquoi Agnel n’a fait que régresser depuis 2012, même Phelps plafonne, si c’était aussi facile en haut qu’en bas ? Pourquoi Missy Franklin patauge-t-elle et rame tellement à retrouver un niveau si c’est pareil ?
          Pour gagner aux Jeux, ils se sont entraînés sept jours sur sept, à fond, pendant des années. Le régime était tellement infernal qu’il n’en peuvent plus. Pas une seule fille du milieu de tableau ne s’est imposé ce que Muffat se tapait pour gagner. Dès lors, se maintenir devient très difficile…
          Le très haut niveau, c’est les gens qui explorent les limites. Physiques, mentales, techniques… Pour rejoindre les sommets, ils ont mis tout le reste de côté, et tous leurs œufs dans ce panier. Ne les confondez pas avec le petit gars courageux des régionaux qui va à l’école, passe de classe, ne fait pas que nager, possède une forte marge de progression…
          J’ai passé 40 ans de ma vie à côtoyer des « hauts niveaux » dans dix sports différents et ils ne vivent pas la vie de tout le monde. Ils respirent un air raréfié, des cimes. Leur orgueil, leur volonté, leur désir… c’est terrible ! Ce sont des gens férocement compétitifs. C’est comme ça qu’ils se sont élevés. Parce qu’ils n’étaient pas pareils…
          Si c’est la même chose pour eux et pour Manaudou, pourquoi en sont-ils là et Manaudou ailleurs ? Tous vos petits gars, ils devraient tous nager 21s5 ! Puisque c’est pareil !! Quand un jeune, je l’ai été, perd sa course, tout le monde s’en fout, il reviendra la semaine prochaine. Mais aux Jeux olympiques. Il n’y a rien de pareil. Si on ne comprend pas la différence entre haut niveau et le reste, on n’arrive pas au haut niveau !
          Je me souviens de Pierre Quinon, cet adorable et regretté champion olympique de perche, qui s’agaçait d’entendre Paul ou Jacques lui reprocher de ne pas avoir atteint 5,75m à tel concours. « Les gens ne se rendent pas compte qu’il me faut deux heures par jour d’entraînement pour me maintenir à seulement 5,20m. » Pour 5,75m, ce qu’il devait faire était énorme. Alors tout devient différent, l’approche de la compétition, l’affûtage, la perte de « qualités » quand on coupe un peu trop longtemps… Mais c’est la faute des cracks. Avec eux tout parait facile…
          Maintenant, il y a des garçons qui rament pour nager la minute au 100 mètres, des filles pour 1 minute 10 secondes, mais ça ne fait pas qu’ils sont pareils. Parce qu’on ne leur demande rien d’équivalent à ce qu’on exige des champions.
          Avec ou sans minima, à la gomme ou pas !

  2. Marc

    « Les minimas français font débats… » Lors d’un article interview vous m’aviez donné, Eric, la possibilité de m’exprimer au sujet des minimas et j’avais insisté sur le fait que des minimas exigeants devaient rester réalisables et que des minimas exigeants réalisables à eux seuls n’étaient pas suffisant pour élever le niveau d’une natation. Je ne suis donc pas focalisé sur les minimas mais je suis partisan des décisions structurantes et judicieuses. Je n’y reviendrai pas.

    Toutefois maintenant qu’une équipe est sélectionnée pour les Jeux une question demeure : à quoi ont servi réellement ces minimas ?

    1. Eric Lahmy *

      Voici cette interview parue le 25 août dernier:
      « METTRE EN PLACE UNE FORMATION

      ME PARAIT INCONTOURNABLE »

      …Marc Begotti, l’ancien entraîneur national, qui dirigea la carrière de Catherine Plewinski et relança Franck Esposito, aujourd’hui CTR du Dauphiné-Savoie, écrivit après les mondiaux de Kazan ce qui suit :

      « Ah les critères de sélections ! Certes, les critères de sélection ont vocation de sélectionner des nageurs d’un niveau donné pour une compétition donnée mais pas seulement… Des critères de sélection exigeants – qui posent problèmes aux nageurs mais aussi à leurs entraîneurs (mais qui restent réalisables)- peuvent constituer une stratégie, mais pas la seule, pour élever à moyen terme le niveau des nageurs et des entraîneurs. Ce n’est pas le collège des entraîneurs qui peut décider d’une telle stratégie qui va mettre les entraîneurs qui le composent en difficulté mais le DTN ! Saluons Fabrice Pellerin qui en faisant savoir qu’il est favorable à des critères exigeants adopte une attitude courageuse en qualité d’entraîneur de pôle France et responsable en qualité d’entraîneur national. »

      Ce point de vue me semblait intéressant, en ce qu’il proposait des pistes, mais sans élaborer, ce qui nécessitait de mon point de vue d’autres éclaircissements. J’ai éludé la question de savoir en quoi c’est le DTN et non le Collège des Entraîneurs qui peut décider de critères de sélection exigeants, délicate question de compétence qui mériterait, je crois, une véritable étude critique, pour partir de la question à mes yeux déterminante des minima.

      ERIC LAHMY : « Les minima français pour Kazan étaient-ils trop laxistes ? »

      MARC BEGOTTI : « Les minima ont rempli la fonction pour laquelle ils ont été choisis : sélectionner environ 25 nageurs pour les championnats du monde.

      Les entraîneurs qui composent le collège des entraîneurs ont, j’imagine, voulu des minima qui ne mettent pas de pression sur leurs nageurs, et ne pas prendre le risque de voir un nageur ne pas se qualifier. »

      E.L. : « Les résultats de Kazan, pour les Français, sont très particuliers. Pour la première fois depuis des années, on y a vu des nageurs régresser par rapport à leurs épreuves de sélection. Peut-on, au-delà des anecdotes concernant les cas particuliers, trouver une raison générale à ces échecs relatifs… »

      M. B. : « Le constat que vous faites est une situation que nous avions l’habitude de vivre avant 1997 et que nous avions réussi à inverser en faisant des choix forts en terme de planification, de compétitions et d’entraînement. »

      E. L. : « Comme espéré, les deux meilleurs Français, Florent Manaudou et Camille Lacourt, ont, comme on dit, « fait le plein. » Un autre, Mehdy Metella, s’est montré satisfaisant, et Jeremy Stravius a un peu déçu. Plus les nageurs avaient de chances de se distinguer, plus ils se sont distingués, et en général, moins les nageurs avaient le niveau, moins bien ils ont nagé. »

      M. B. : « Camille LACOURT s’est qualifié avec un temps de 54’’20 qui ne faisait pas de lui un favori, et il a superbement nagé à Kazan ! J’espère qu’il connait les véritables raisons qui lui ont permis de redresser la barre. En revanche, c’est vrai, mais c’est souvent le cas, beaucoup de nageurs ont été rattrapés par la réalité du contexte. Ils n’ont pas démérité pour autant mais simplement ils n’étaient pas de ce niveau. On le savait, mais on a fait le choix de les emmener. L’expérience a-t-elle été riche pour eux ? C’est une vraie question, y répondre amènera à revoir, ou pas, les critères de sélection.

      Jeremy STRAVIUS est champion du monde avec le relais quatre fois 100 mètres, mais il a raté ses courses individuelles, et cela nous ramène à la question précédente et aux choix d’entraînement et de planification de compétition. »

      E.L. : « Entre 2000 et 2008, la DTN avait exigé des temps élevés en séries, demi-finales et finales ; or on a vu des nageurs-nageuses valider des temps corrects en séries pour faire moins bien dans la demi-finale suivante. Il suffit de voir les temps réalisés par ceux qui ont marché à Kazan, Manaudou, Lacourt, Metella, pour voir que cette montée en puissance est la seule façon de gagner ou d’être fort jusqu’en finale…Y a-t-il eu incapacité à reproduire les efforts chez les Français, et faut-il revenir à des minimas progressifs, mimant le parcours séries, demi, finale ? Ou quoi d’autre ? »

      M. B. : « Si érosion des perf il y a, il faut trouver des solutions pour inverser ce constat. C’est ce qui a été fait à l’époque dont vous parlez.

      Durcir les minima était une condition nécessaire mais pas suffisante. Devoir réaliser des temps en série, en demi et en finale répondait au besoin de devoir répéter des efforts, et ce dès le matin. Ces initiatives ont été payantes. L’objectif atteint, de telles exigences n’étaient peut-être plus vraiment utiles aux yeux de la nouvelle DTN et présentaient plus d’inconvénients que d’avantages. Nous sommes donc revenus à des programmes courts (série, finale) et à des temps de qualifications moins exigeants.

      Tout est affaire de stratégie : Où en sommes-nous ? Que voulons-nous précisément obtenir ? Quelles décisions judicieuses devons-nous prendre ? Ensuite, il s’agit d’être conséquent en assumant nos choix dans la durée, de les expliquer et de les accompagner. »

      E.L. : « Si vous deviez mettre l’accent sur un point, sur lequel il faudrait travailler plus particulièrement, serait-ce la technique, la préparation physique, la sélection des talents, la politique des clubs ? Tout ça ? Autre chose ? »

      M. B. : « Vaste question. Tout est lié : l’efficience, le rendement, la puissance… L’entraînement, l’enseignement, le management…L’exigence, l’éthique…Etc. Une chose est sûre : je ne crois pas à « la détection des talents » et pas plus à la natation « des genres »

      Mettre l’accent sur la formation ou plutôt sur une « auto-formation » en action qui intéresserait les meilleurs entraîneurs du moment et qui se construirait à partir et autour de problèmes concrets bien posés me paraît incontournable à moyen terme. »

  3. BARDOUX Stéphane

    Bonjour Eric, J’espère que tu vas bien .
    Très bien, ton article concernant les minimas !
    Je me rappelle, quand j’étais un jeune entraineur de 31ans, Stéphan Caron venait de quitter G.Boissière après son échec aux championnats du monde de Perth. Incapable d’enchainer 2 fois 100 mètres dans la même journée. Sans doute au bout d’un système d’entraînement qui avait certes fait ses preuves, mais qui ne pouvait plus convenir à l’évolution de cette spécialité.
    L’arrivée d’Alexandre Popov démontrait l’importance de la technique et de l’équilibre parfait, dans la répartition des efforts, entre le premier et le deuxième 50m.
    Cela je l’avais senti depuis longtemps et je savais que le retour de Caron dans l’élite devait passer par un changement radical de méthode d’entrainement mais aussi de stratégie dans la course. Tout cela étant lié.
    Pour en revenir au minima, une des composantes dans la stratégie est de passer le cap des séries.
    Ce qui m’a beaucoup surpris dans le programme des championnats de Montpelier c’est que la FFN avait décidé de supprimer l’étape des demi-finales ! Pour moi, c’est une erreur, car il est difficile de tirer un enseignement sur la capacité des nageurs à gérer leurs efforts dans une compétition aussi difficile que celle des J.O. !
    Avec Caron, en 1992 à Dunkerque pour les sélection des J.O. de Barcelone , j’avais réussi à lui faire accepter de nager le matin des séries sous les 50s. Ce qu’il n’avait jamais fait auparavant. Mais pour moi c’était une des clefs de la réussite, savoir nager vite le matin sans laisser trop d’énergie.
    Les nageurs d’élite confirmés, n’ont pas à se préoccuper des minimas, mais plutôt à se servir des Championnats comme une répétition générale et faire un point sur leur niveau d’entraînent, technique et tactique.
    Je me demande quels enseignements ont pu tirer les entraîneurs des derniers Championnats. Ne va-t-il pas leur manquer une composante ? Celle d’observer le comportement, l’aptitude et la gestion de leurs athlètes dans un programme aussi chargé (et identique) que celui des J.O. de Rio.
    Je me rappelle de nos discussions avec quelques entraîneurs de clubs sur l’importance des minimas. Ceux de la FINA convenaient très bien.
    Nous avions même évoqué un % d’aléas à intégrer dans les minimas, concernant des nageurs dopés parmi les 16 premiers mondiaux.
    J’aurais encore bien des choses à évoquer concernant ces fameux minimas qui peuvent à tout jamais empêcher un(e) athlète sérieux, bosseur, exemplaire … de participer aux J.O. simplement parce son talent à l’échelle internationale ne lui permet d’atteindre « que » la 10 ou 16e place au classement mondial … Est-ce que pour la FFN les J.O. ne sont réservés qu’aux médaillés potentiels ?
    Bien à toi.
    Stéphane

    1. Eric Lahmy *

      Bonjour
      J’ai vu que ton mail est toujours sur mission H2O donc je sais que tu es là où je t’ai laissé il y a quelques temps. J’espère que tu t’y plais ! Ton complice et toi avez-vous achevé le Leroy-Bardoux de natation ? Tu étais l’un de mes premières interviews à Galaxie Natation. Bien content d’avoir de tes nouvelles, on aurait pu se voir ici ou là, on est un peu voisins, mais that’s life. Merci de l’évocation de tes expériences avec Steph. Cela dit, je ne me souviens pas de l’avoir vu aux mondiaux 2001 à Perth, n’avait-il pas pris un congé « sabbatique » de natation ?
      Pour ce qui est de l’absence des demi-finales, il semble en effet que cela pourra poser un problème, à moins que les nageurs ne fassent leur répétition aux championnats d’Europe de Londres ?
      Les débuts des minima élevés ont été provoqués par le constat que quand des nageurs moyens partaient aux Jeux, ils partaient battus et levaient le pied, créant une ambiance passive. Tout est parti d’une expérience très négative de Franck Esposito. Le truc, c’est de trouver des minima durs mais qui ne tuent pas l’ambition, et au contraire la boostent… Tout cela a bien été expliqué par Claude Fauquet et Patrick Dumoulin dans les articles 1 et 2 de mon enquête intitulée La Révolution française, que tu trouveras facilement sur ce site…
      Porte-toi bien!

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