FILIPPO MAGNINI, CONDAMNÉ SUR SES INTENTIONS, ÉCOPE DE QUATRE ANS

Éric LAHMY

Jeudi 8 Novembre 2018

C’est fou, ou c’est flou, ou les deux…

Filippo MAGNINI n’a poussé personne à se doper, il n’a pas vendu de drogues interdites, et lui-même n’a pas pris de produits. En tout cas, rien ne le prouve… Mais il a essayé de le faire. C’est en raison de cette « tentative de dopage », de cette seule intention, que ce mardi après-midi à 14 h 30, le Tribunal national antidopage italien, présidé par Adele Rando, a disqualifié l’ancienne vedette de la natation transalpine, pour une période de 4 ans. Même sanction pour son ancien co-équipier du relais italien Michele SANTUCCI. Le procureur national Pierfilippo Laviani avait demandé une peine de huit ans pour Magnini. Il le considérait également coupable d’avoir acheté et vendu de la drogue à Santucci. Le Tribunal national antidopage n’a pas suivi le procureur sur ce point. Mais la disqualification du double champion du monde du 100 mètres, en 2005 et 2007 – et l’un des plus grands nageurs italiens (et pas seulement italiens) de l’histoire, qui vient de se retirer de la compétition l’an passé) n’en est pas moins lourde. Quatre ans, à son âge, trente-six ans, c’est – autant dire – la perpétuité… Beaucoup pour une intention sans suite ?

D’un autre côté, Magnini ayant pris officiellement sa retraite en décembre 2017, ces quatre années n’auront bien évidemment aucun impact sur son déroulement de carrière.

Ces conclusions sont extraites des documents d’une enquête pénale du procureur de la République de Pesaro qui impliquait l’ancien diététicien et mentor de Magnini, Guido Porcellini. A l’issue de cette enquête, le procureur de la justice pénale, qui avait renvoyé le médecin devant un tribunal, avait écarté toute responsabilité de l’athlète.

Le procès sportif reposait sur des écoutes téléphoniques et le suivi des deux hommes, ainsi que sur un colis de flacons d’hormone de croissance commandés par le médecin via Internet en Chine.

Or, saisis par la police des douanes à Milan, les flacons ne contenaient pas l’hormone interdite en question: Porcellini avait été escroqué par le vendeur ! Mais en examinant l’affaire au regard des règles de l’antidopage, le magistrat sportif a cru pouvoir reconnaître dans le comportement de Magnini et de Santucci une « tentative d’utilisation de substances dopantes ». Comme s’il faisait le pari que Magnini aurait commercialisé ces produits s’il avait pu le faire…

Or le Code antidopage (article 2.2) punit avec la même sévérité une telle intention sans suite et l’utilisation avérée des produits illicites. Aussi le procureur a-t-il demandé la peine maximale.

Tarif extrême, car jamais jusqu’ici, en l’absence de certaines preuves (contrôles antidopage positifs, résultats de recherche au domicile du suspect), un magistrat n’avait estimé avoir rejoint ces « 51% de conviction » de culpabilité, sans lesquels, en sport, on ne peut condamner un athlète. Magnini, furieux d’une décision prise, selon lui, déjà avant le 15 octobre, « avant que je ne vienne ici pour m’exprimer », a-t-il ajouté, a annoncé qu’il ferait appel: de chic, il semblerait qu’il y ait un cas assez compliqué d’interprétation… Comment démontrer, si Magnini avait commandé le produit en question, qu’il l’aurait acheté, voire ingéré ou commercialisé si le dit produit avait été à sa disposition ? N’aurait-il pas pu entre-temps se rétracter, changer d’avis, etc., etc. ? Comment juger dans un tel flou ? Le procureur a sans doute, à partir des écoutes du nageur, apprécié une volonté avérée d’utiliser ces hormones, et donc décidé d’appliquer le tarif!

La procédure prévoit que l’appel serait jugé dans une autre section de la cour anti-dopage (laquelle renie rarement les décisions de la première instance) et qu’un troisième jugement peut être invoqué auprès du Tribunal arbitral du sport de Lausanne. Le procureur, de son côté, pourrait demander un alourdissement de la peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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