GEORGES VALLEREY AU PANTHÉON DES NAGEURS

Éric LAHMY

Samedi 25 Février 2017

L’un des plus brillants nageurs de l’après-guerre, Georges Vallerey, croix de guerre et médaillé olympique (dans cet ordre), vient d’être élu à l’International Swimming Hall of Fame (ISHOF), le Panthéon de la natation mondiale. Le président de l’ISHOF, Bruce Wigo, avait été impressionné, lors d’un voyage en France, par ce qu’on lui avait raconté de Georges Vallerey, en raison de la valeur aquatique, mais aussi du magnifique comportement dans la vie d’un nageur qui fut un héros.

L’ISHOF, MÉMOIRE DE LA NATATION MONDIALE

Bruce me demanda donc de plancher sur le sujet. Comment refuser ? Je me souvenais de l’accueil du groupe de l’ISHOF, lorsque je tentais de réunir des documents sur « Ballets Nautiques », un ouvrage qui me demanda six années de recherches et d’efforts, sur la natation synchronisée. Buck Dawson, qui avait créé l’ISHOF avec laide de Johnny Weissmuller, Bruce, le directeur Bob Duenkel et Ivonne Schmid, son assistante, devenue depuis directrice de l’institution, non seulement m’ouvrirent leur formidable documentation, mais Ivonne assura elle-même la compilation des dizaines de photos que je choisissais et récupérais pendant une semaine. Non seulement cela, mais Bruce m’invita au dîner de la réunion de gala de l’ISHOF et me plaça à la table où se trouvaient notamment les six ou sept dernières présidentes de la première natation synchronisée historique, dont Penny Bean, et j’eus ainsi accès à la mémoire des origines du sport, et pour faire bonne mesure, Bob me ramena à l’aéroport !

Mais revenons à notre sujet.

UNE RUE À BERLIN ET UNE PISCINE À PARIS

Georges-Vallerey est devenu l’un des dix-sept honorés de la classe 2017 de l’ISHOF, et le septième individuel nommé pour les cérémonies qui se tiendront les 25-27 août 2017 à Fort Lauderdale. Jusqu’ici, ont été annoncées les nominations des nageurs Wu Chuanyu (CHN) et Takeshi “Halo” Hirose (USA), du plongeur Zhang Xiuwei (CHN), du nageur de longue distance Walter Poenisch (USA), du joueur de water polo Osvaldo Codaro (ARG) et du photo journaliste Heinz Kluetmeier.

Vallerey est inscrit  dans ce que l’ISHOF appelle les pionniers du sport. Une catégorie établie, explique encore Bruce, pour ceux dont les carrières ont été interrompues par la guerre ou la politique, ou dont les grands accomplissements ont été perdus dans « les brumes du temps. »  

Si vous vous promenez dans le vieux quartier français du district Wittena-polou de Berlin, vous pourrez par accident traverser la rue Georges Vallerey. Vous imaginerez peut-être alors que ce Vallerey a été un administrateur allemand, un général, ou quelqu’un de ce genre. Mais cette rue a été baptisée du nom d’un des plus fameux nageurs des années 1940.

Son nom était Georges-Urbain Vallerey, junior. Il était né, le 21 octobre 1927 à Amiens, à 100 kilomètres au nord de Paris, dans une famille très particulière. Le père, Georges (1902-1956) avait nagé aux Jeux olympiques de Paris en 1924, et chacun de ses six enfants, Jehan (1925), Georges, Guy et Michel (1932), Jacques (1939) et Gisèle (1930) fut un nageur de classe mondiale.   En 1932, la famille rejoignit Casablanca, au Maroc, qui était alors une colonie de la France. Georges, doué et supérieurement entraîné pour l’époque par son père, qui suivait les méthodes américaines, devint un nageur exceptionnel. « Yo-Yo » n’avait guère plus de onze ans quand il sauva une petite fille de la noyade. Mais son grand exploit de sauveteur fut effectué le 8 novembre 1942.

SAUVETEUR EN MER DE DIZAINES DE MARINS

La guerre mondiale faisait rage, mais le Maroc français vivait dans une situation de relative tranquillité. Les alliés se méfiaient du régime dit de Vichy qui, de par sa collaboration avec l’occupant,  apparaissait à juste titre comme un nid d’auxiliaires des nazis. Ils décidèrent de couler la flotte française positionnée à Casablanca.

Regardant la bataille depuis la plage, Georges, 15 ans, et un ami de la famille, Robert Guénet (1), son aîné de 14 ans, virent un navire frappé par une bombe et sombrer à 300 mètres de la rive. Par tradition, les marins n’apprenaient pas à nager. Voyant qu’ils étaient en train de se noyer après avoir abandonné le navire, Georges et Robert s’élancèrent dans l’eau tapissée par endroits d’huile en flammes vers le navire toujours sous le feu allié.

S’ensuivit un va-et-vient des deux nageurs qui sauvaient à chaque fois chacun un marin. Pour hâter la cadence, Yo-Yo trouva un canot sur la plage, le tira à l’aide d’une corde liée à sa taille et le traîna en direction du navire. Il sauva ainsi plusieurs marins. Le 13 mai, tous deux furent décorés de la croix de guerre avec étoile de bronze.

LE BRONZE OLYMPIQUE

En 1946, Georges établit avec Alfred Nakache et Alex Jany le record du monde du relais 3 fois 100 mètres trois nages. En 1947, il était le meilleur nageur français sur 200 brasse (papillon), 100 et 200 dos et 400 libre. En 1948, il enleva la médaille de bronze olympique du 100 mètres dos, et attira l’attention de Bob Kiputh, l’entraîneur américain de l’Université de Yale, qui tenta de le recruter. Georges refusa cette offre. Un an plus tard, le champion olympique, Allen Stack, voulut battre le record mondial du 100 dos dans le bassin de Casablanca, et demanda Vallerey de l’accompagner. Celui-ci fit encore mieux. Il battit Stack en nageant plus vite que le temps de celui-ci aux Jeux olympiques de Londres. Un peu plus tard, un documentaire de 22 minutes de Julien Duvivier ajouta à sa réputation.

En décembre, il nagea une Coupe de Noël dans une eau à un degré. Il développa alors une infection de la gorge, qui déclencha une néphrite et une inflammation des reins. Ce mal ne cessa d’empirer et le 4 octobre 1954, dix-sept jours avant son 27e anniversaire, il s’éteignait à Casablanca. La piscine olympique de 1924, les Tourelles, fut rebaptisée de son nom.

(1). Robert Guénet continua de nager  toute sa vie durant. Je le rencontrai ainsi à Vichy, un mois avant les Jeux de Séoul, en 1988. Il nageait toujours en masters. A 75 ans, c’était encore un joyeux compagnon, heureux de vivre. Dans les années 1990, sociétaire de Roubaix et de Tourcoing, il établissait encore des records de groupes d’âge.


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4 comments:

  1. GUENET

    Quid de Robert GUENET qui s’est éteint dans les années 2000, un des promoteurs de la nage pour les bébés (voir archives film Pathé avec sa fille de 2 ans à la fin des années quarante…), détenteur de nombreux titres en natation et comme vous le soulignez de nombreuses décorations et récompenses avec son ami Georges Vallerey…

    1. Eric Lahmy *

      Je n’ai pas réellement d’éléments biographiques concernant Robert Guenet. Je me souviens seulement, comme je l’ai écrit dans ce blog, l’avoir rencontré en 1988, à Vichy où j’avais nagé en masters. Je devais quelques jours plus tard, aller à Séoul, pour les Jeux olympiques, et un midi, on a eu Robert à table avec nous, si je me souviens bien. Malgré son âge, il était très gai, très vivant,amical, une joie de vivre, il racontait des histoires et tout à coup j’ai compris à son discours qui il était. Si vous avez des éléments, passez-les moi, ma boîte courriel est ericlahmy@yahoo.com
      A votre service. Je présume que vous êtes de sa famille

  2. Rossi Michelle ex Lauret

    J’ai eu la chance de connaître Michel, le frère de Georges, à Vitrolles près de Marseille en 1980. Quelqu’un peut-il me dire ce qu’il est devenu, s’il est toujours de ce monde, ce que j’espère de tout coeur. Michel m’avait raconté l’histoire de YoYo son jeune frère au destin si tragique, emporté si tôt par la maladie. J’aimerais tant un contact.

    1. Eric Lahmy *

      Bonjour,
      Malheureusement, je crains que toute cette génération des Vallerey ne soit éteinte. Il est très possible que des descendants existent mais malheureusement je n’en connais pas. J’ai écrit de courtes biographies de toute la fratrie et c’est tout ce que j’ai les concernant. Peut-être pourriez-vous vous adresser à l’association des anciens internationaux de natation, dont les coordonnées se trouvent assez facilement sur l’internet.
      Bien à vous
      VALLEREY [Georges]. Natation. (2 novembre 1902-11 juin 1956). France. Champion, puis éducateur, ses cinq fils, Jehan (1925), Georges (1927), Guy et Michel (1932) et Jacques (1939) et sa fille Gisèle (1930) furent d’excellents nageurs. Lui-même fut champion de France de brasse en 1927, sélectionné olympique en 1924 et honora huit sélections d’international.

      VALLEREY [Georges-Urbain « Yoyo »]. Natation. (Amiens, Picardie, 21 octobre 1927-Paris, 10 octobre 1954). Médaillé de bronze olympique français, aux Jeux de Londres en 1948, où il termina 3e du 100 mètres dos. Deuxième enfant d’une famille de nageurs (cinq frères, une sœur) qui compte son aîné de 25 mois, Jehan, et sa cadette Gisèle, mais aussi les jumeaux Guy et Michel et le dernier-né, Jacques (juin 1939). C’est à la suite d’un déplacement de natation au Maroc que son père, Georges, qui avait nagé le 200 mètres brasse aux Jeux Olympiques de 1924, à Paris, et sa femme Marie-Louise, décidèrent d’installer en 1932 la famille à Casablanca. Nageur exceptionnel, entraîné par son père selon les méthodes américaines (travail des trois nages), Georges, à 11 ans, sauvait une jeune fille de la noyade. Le 8 novembre 1942, avec son ami Robert Guénet, il sauvait plusieurs (peut-être cinquante) marins naufragés, fait qui lui valut la Croix de guerre à 15 ans. Recordman d’Europe du 200 mètres dos en 2’26’’8 (aux dépens du Suédois Bjorn Borg) le 3 juin 1945, il améliorait dix-huit jours plus tard en 1’6’’6 le record de France de Lucien Zins, 1’7’’7, et le record d’Europe de l’Allemand Schlauchen, 1’6’’8. Les sceptiques notent qu’il nage en eau de mer. Mais, avec son style peu académique (il roule beaucoup et croise, hérésie, sur l’attaque des bras, mais dispose d’une puissance musculaire inouïe et d’un appui vertical lors de l’attaque du bras, égal à celui des nageurs de crawl ; après chaque virage, sa première brassée le fait littéralement bondir sur l’eau). Très éclectique, il brille dans les trois styles, mais aussi en plongeons, et joue au water-polo en équipe de France. Il gagne le championnat de France du 100 mètres dos devant Lucien Zins, en 1’8’’4 cette année ; et en 1946, sous les couleurs du TOEC, avec lequel il remporte aussi le 4x200m et le 10x100m. Le 8 août 1946, Vallerey, Nakache et Jany établissent à Toulouse le record du monde du 3 fois 100 mètres trois nages en 3’16’’9, record qu’ils amèneront à 3’12’’3 le 16 septembre à Marseille. Entre-temps, il pulvérise (6 août) le record d’Angleterre des 150 yards à Brighton, en 1’38’’6, et bat (Troyes, 4 septembre) son record d’Europe du 100m dos avec un temps de 1’6’’2. Le 15 septembre, participant à « la semaine des records » à Marseille, il améliore dans une démonstration, sans forcer, son record d’Europe du 200m dos en 2’25’’9. Après le record du relais trois nages du lendemain, Georges, le 17, grignote encore le record du 200m dos en 2’25’’4, puis, le 18, malgré un mistral qui handicape les nageurs, il nage 1’5’’2 au 100m dos, pulvérisant son record d’Europe, à 4/10e du record du monde. Le 20, il se lance avec tant de hargne qu’il heurte du front le mur au virage des 50 mètres et s’arrête net. Enfin, le 24, il fait partie avec Jean et Alex Jany du relais qui bat en 9’5’’4 contre 9’10’’8 le record d’Europe (des Hongrois). En décembre, Babey, Jany, Jehan et Georges Vallerey amènent le record du 4x100m en 3’58’’. Début 1947, la famille Vallerey revient en France, à Toulouse. Le 2 mars 1947, Georges réussit un surprenant 2’55’’2 au 200m brasse, style qu’il pratique fort peu. Peu après, il réussit la meilleure performance française de l’année sur 400m (5’5’’2), puis amène le record scolaire du 200m brasse à 2’49’’5. Aux championnats d’Europe de Monaco, qui se tiennent dans la luxueuse piscine du Monte-Carlo Beach, Georges gagne le 100m dos en 1’7’’6. Désireux de ne plus vivre au crochet de ses parents, il ouvre un commerce de tissus rue des Lois, à Toulouse, et prépare les Jeux olympiques de Londres. Là, au milieu de la déconfiture des Français, il arrache le bronze du 100m dos. Il ouvre une chemiserie au 9, rue de Bréa, à Paris, où il continue de nager au Club de la plage de l’Isle Adam, dont le président mécène est un certain M. Muller. En 1949, au cours d’une tournée américaine, Allen Stack, voyant que la piscine marocaine semble très rapide, veut tenter de battre le record du monde. Il demande à Vallerey de l’accompagner : Georges arrive premier, manque le record du monde (1’3’’8) mais bat le record d’Europe en 1’4’’9. Cette année, il s’engage dans la Coupe de Noël qui se nage dans une eau à 1°. Puis, sujet à une angine, il répond à de nombreuses sollicitations. Mais une néphrite se déclare en juin 1950. Il se croit guéri après un séjour comme directeur de la piscine « Beau Site » de Chamonix, mais retombe malade. Il liquide son magasin, tente de faire de la représentation, s’épuise vite. Le mal l’emportait après quatre ans de souffrances, le 4 octobre 1954, à Casablanca. Deux mois plus tard, la piscine des Tourelles fut rebaptisée piscine Georges Vallerey. Il a donné son nom à d’autres établissements de bain, à une voie à Créteil et à une rue à Berlin (qui donne sur l’avenue Charles de Gaulle). Gloire du Sport, inscrit à l’International Swimming Hall of Fame (2017).
      *Andrée-Marie Legangneux, Georges Vallerey. La vie et la mort d’un grand champion, Editions Maroprint, Casablanca.
      Papier de Marc Planche :
      Georges Vallerey (1927-1954) Un destin d’exception.
      Une petite enfance en Picardie, une enfance inondée de soleil au Maroc, une adolescence de champion à qui tout sourit, un âge adulte brisé par la maladie, Georges Vallerey a connu en vingt-six ans de vie un condensé de grand bonheur et de malheur.
      Deuxième enfant de l’étonnante famille Vallerey, Georges Vallerey ouvre les yeux à la vie le 21 octobre 1927, à Amiens (Somme). Jehan, son aîné de 25 mois, fera aussi parler de lui dans le milieu de la natation, tout comme sa sœur cadette, Gisèle, qui viendra au monde trois ans plus tard, le 22 janvier 1930. Trois autres enfants, les jumeaux Guy et Michel, nés en 1932, et Jacques, le benjamin né en 1939, compléteront la famille de Marie-Louise et Georges Vallerey père.
      Suite à un déplacement au Maroc avec l’équipe de France de natation, Georges Vallerey père, conquis par la beauté et les facilités du pays, décide, en 1932, de quitter Amiens pour Casablanca. Passionnée de natation, Georges Vallerey père a pris part aux Jeux olympiques de 1924, à Paris, sur 200 m brasse. Trois ans plus tard, en 1927, il a décroché le titre de champion de France du 200 m brasse.
      Dès l’âge de 6 ans, en 1933, Georges Vallerey effectue des séances de battements dans un coin du port de Casablanca sous les yeux admiratifs des passants. En 1936, le Club Nautique de Rabat accueille la famille et Georges Vallerey père y crée une section de natation qui, très vite, fait parler d’elle dans tout le Maroc. À l’âge de 11 ans, en 1938, Georges sauve de la noyade une jeune fille aspirée sous l’arrière d’un remorqueur amarré au quai. Cette même année, un Suédois témoigne son enthousiasme devant les prouesses nautiques du jeune Georges lors d’un match de water-polo en criant : « vas-y Yoyo ». Ce surnom ne le quittera plus jamais.
      Croix de Guerre à 15 ans
      Éclectique dans sa pratique sportive dès son plus jeune âge, Yoyo s’adonne aussi avec bonheur le plongeon. Durant les plus belles années de son adolescence éclate la Deuxième Guerre mondiale et Georges se singularise en sauvant de la noyade, le 8 novembre 1942, une dizaine de marins naufragés. Cet acte héroïque lui vaudra la Croix de Guerre, à 15 ans !
      Sa carrière sportive débute réellement en 1943, à l’âge de 16 ans, par la conquête des titres des championnats d’Afrique du Nord. Au cours de cette année, il s’approprie les records du Maroc et d’Afrique du Nord du 100 m dos, propriété respective de son frère Jehan et de Zizi Taieb.
      L’émergence véritable de Georges Vallerey dans le Gotha de la natation française a eu lieu le 3 juin 1945, dans le bassin de 25 m de la piscine Georges-Louis, à Casablanca, lors de l’établissement d’un nouveau record d’Europe sur 200 m dos en 2’26″8. L’ancienne marque appartenait au Suédois Bjorn Borg, en 2’26″9.
      Au cours du même mois, le 21, il efface Lucien Zins des tablettes nationales du 100 m dos. Il s’agit aussi d’un nouveau record d’Europe. Tout naturellement, sous les couleurs du CN Rabat, Georges Vallerey se rend en métropole pour disputer les championnats de France de 1945, aux Tourelles, et y remporte son premier titre sur 100 m dos à l’âge de 18 ans. Le meilleur restait à venir.
      Millésime 1946 exceptionnel
      Dès l’année suivante, toujours au rendez-vous incontournable des championnats de France, Yoyo s’adjuge une deuxième couronne sous les couleurs des Dauphins du TOEC. Décidément placé sous le signe des Vallerey, le millésime 1946 des championnats de France voit aussi la double victoire de son frère Jehan sur 400 et 1500 m nage libre. Par équipes, dans les relais du TOEC, Georges remporte aussi les lauriers des 4 x 200 et 10 x 100 m nage libre.
      Le 8 août, à Toulouse, Yoyo, Alfred Nakache et Alex Jany établissent le record du monde du 3 x 100 m 3 nages (dos, brasse, crawl) en 3’16″9. Cette nouvelle marque mondiale ne passera pas l’été car la même équipe portera la barre encore plus haute, le 16 septembre, à Marseille, en réalisant 3’12″3.
      Au début du mois de septembre 1946, le 3, dans le bassin couvert de 25 m de Troyes, Georges Vallerey s’illustre en se succédant à lui-même sur les tablettes européennes du 100 m dos. Toujours et encore en septembre, les 17 et 18, Yoyo renouvelle par deux fois le record d’Europe du 200 m dos. Le 100 m dos n’est pas en reste car il subit, lui aussi, une cure de rajeunissement, le 18 septembre dans le bassin de 25 m du Cercle des Nageurs de Marseille, face à la Méditerranée.
      Enfin, le 24 septembre, dans le bassin de 50 m de Cannes, le relais 4 x 200 m nage libre du TOEC, composé des deux frères aînés Vallerey, Jehan et Georges, Alfred Nakache et Alex Jany, s’adjuge le record d’Europe de la spécialité.
      Cette avalanche de records de France, d’Europe et du monde dans un laps de temps aussi réduit restera unique dans les annales de la natation française. Pour clore en beauté l’année 1946, les quatre relayeurs du 4 x 100 m nage libre du TOEC, Georges et Jehan Vallerey, Charles Babey et Alex Jany, s’approprient le record d’Europe, le 15 décembre, dans le bassin de 50 m de Toulouse.
      Le bronze aux Jeux olympiques de Londres
      Le 12 janvier 1947, l’Académie des Sports décerne à Georges Vallerey une Médaille pour la prodigieuse moisson de succès récoltés au cours des années 1945-1946. L’année de ses 20 ans, la famille Vallerey quitte provisoirement le Maroc pour habiter dans la capitale de la natation française, Toulouse.
      L’année 1947 confirme son grand talent nautique en nage libre, en brasse et, bien sûr, en dos. Doué aussi en water-polo, Georges Vallerey joue dans l’équipe de France pour une rencontre internationale France – Angleterre, à Arras. Il sera sélectionné trois autres fois en équipe de France de water-polo. Triple champion de France 1947 avec ses victoires sur 1500 m nage libre, 100 et 200 m dos, Georges Vallerey empoche en toute logique le titre de champion d’Europe, à Monaco, du 100 m dos dans la piscine du Monte-Carlo Beach. Le prince Rainier le félicite en personne. Au cours de ces championnats d’Europe, Georges Vallerey, son frère Jehan, Charles Babey et Alex Jany, décrochent l’argent en finale et le record d’Europe en séries du relais 4 x 200 m nage libre.
      Privé de Jeux olympiques pendant trois olympiades, le monde sportif attend avec impatience ceux de 1948, à Londres. Désormais sous les couleurs de l’EN Castres, Georges Vallerey se voit contraint de partager son titre de champion de France 1948 du 100 m dos avec Lucien Zins. Mais le plus important, ce sont les Jeux olympiques au cours desquels on attend beaucoup de Georges Vallerey et d’Alex Jany.
      Médaillé de bronze sur 100 m dos, Georges Vallerey remplit son contrat dans une ambiance faite d’austérité. Sa sœur Gisèle fait aussi partie de l’équipe de France. De nombreux galas nautiques s’enchaînent après cet exploit qui a sauvé la natation française de la morosité car il est le seul nageur français à avoir obtenu une médaille dans une course individuelle. Après le feu d’artifice de l’année 1948, Georges Vallerey décide de s’installer à Paris et intègre le Club de la Plage de l’Isle-Adam en 1949. La couronne nationale du 100 m dos des championnats de France ne lui échappe pas et il en profite pour renouveler, une dernière fois, ses marques nationales du 100 et 200 dos, les 26 et 28 juillet 1949, à Casablanca. Il faudra attendre le 14 mars 1952 pour que Gilbert Bozon lui succède sur les tablettes.
      « Le soleil brille pour tout le monde »
      Chemisier rue Bréa à Paris, près de la gare Montparnasse, avec son ami Simon, tailleur, Georges Vallerey se lance dans la vie professionnelle tout en entretenant sa passion : nager. Malheureusement, le destin en a voulu autrement. Le 13 juin 1950, lors d’une séance d’entraînement à la piscine de l’Isle-Adam, Yoyo ressent les premiers symptômes d’un mal qui l’emportera quatre ans plus tard. Atteint de néphrite, sa vie va se transformer en un véritable calvaire jusqu’à son dernier souffle, le 4 octobre 1954, à dix-sept jours de son vingt-septième anniversaire, dans la maison familiale de Casablanca.
      Durant ses quatre ans de lutte contre la maladie, la natation française fera preuve d’une solidarité jamais démentie. L’attitude de Georges Vallerey face à ses souffrances fut également exemplaire. Au plus fort de sa maladie, à l’hôpital de Casablanca, Georges Vallerey s’est levé de son lit pour se diriger vers la baie vitrée en déclarant à ses infirmières : « Je vais vous prouver que le soleil brille pour tout le monde… »
      Deux mois après sa mort, le 13 décembre 1954, en hommage au grand sportif disparu, Paul Faber propose d’attribuer le nom Georges Vallerey à la piscine des Tourelles. Georges Vallerey est entré dans la légende de la jeunesse éternelle, celle où tout est possible, même l’exceptionnel.
      En l’an 2000, la mémoire de Georges Vallerey se perpétue par la Coupe du Futur, récompensée désormais par le Trophée Georges-Vallerey offert par sa sœur Gisèle. Cette initiative prise par l’Amicale des Internationaux Français de Natation s’est donnée pour mission de faire connaître aux générations présentes et à venir la vie d’un grand champion tel que Georges-Vallerey. Un parcours hors du commun qui doit demeurer un exemple pour tous.
      Marc PLANCHE
      Georges Vallerey en bref
      Né le 21 octobre 1927 à Amiens (Somme). Mort le 4 octobre 1954, à Casablanca (Maroc).
      Première licence FFN au Club Nautique de Rabat en 1936.
      Licencié de 1946 à 1948 aux Dauphins du TOEC puis en 1949 à l’EN Castres. En 1950, il prend sa dernière licence au CP de l’Isle-Adam, dans l’Oise.
      Son palmarès
      Six fois champion de France sur 100 m dos en 1945, 1946, 1947, 1948, 1949 et 1500 m nage libre en 1947.
      Huit records de France individuels sur 100 et 200 m dos
      Huit records d’Europe individuels sur 100 et 200 m dos
      Trois records de France au relais 4 x 200 m nage libre
      Un record d’Europe au relais 4 x 200 m nage libre
      Deux records du monde au relais 3 x 100 m 3 nages
      Champion d’Europe 1947 du 100 m dos en 1947, à Monaco
      Vice-champion d’Europe 1947 au relais 4 x 200 m nage libre, à Monaco
      Médaille de bronze du 100 m dos aux Jeux olympiques de 1948, à Londres
      14 fois international de natation
      4 fois international de water-polo
      Croix de Guerre en 1942

      VALLEREY [Gisèle Marie Louise]. Natation. (Amiens, Picardie, 22 janvier 1930-La Seyne sur Mer, 29 septembre 2010). France. Sœur du précédent. Elle débuta en 1937 au club de Rabat, appartint successivement au TOEC, au TOAC et au Racing Universitaire de Casablanca. Le 23 août 1949, à Casablanca, elle avait effacé des tablettes du 100m brasse (nagé en papillon) le nom d’Odette Casteur, avec 1’19’’5 contre 1’20’’8. L’année suivante, le 20 avril, elle amenait son temps à 1’19’’1. Trois jours plus tard, toujours à Casablanca, elle améliorait en 1’17’’4, cette fois, non pas seulement le record de France, mais le record du monde du 100m brasse, détenu par Van Vliet (1’18’’2). Gisèle honora 10 sélections en équipe de France et fut 7e aux Jeux de Londres, en 1948, avec le 4 fois 100m, aux côtés de Josette Arène, Colette Thomas et Ginette Jany.

      VALLEREY [Jehan]. Natation. (Amiens, Picardie, 21 septembre 1925-27 décembre 1989). France. Champion de France des 400m et 1500m en 1946, membre de relais recordmen d’Europe sur 4 fois 100m et 4 fois 200m en 1947.

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