JACQUES FAVRE ET LE SYSTEME D

Vendredi 13 Février 2015

Par Eric LAHMY

La nomination de Jacques Favre au poste de Directeur technique a eu l’effet de mettre en avant un système D indien appelé le Jugaad.

Curieux, le hasard. Agacé depuis quelques années par l’angle étroit couvert par nos medias en France, j’avais décidé d’aller ailleurs pour respirer l’air du large, et fini par jeter mon dévolu sur deux sources, l’International Herald Tribune et The Times of India.

Ce second titre (que je vous recommande, son e ;journal est gratuit et analyse depuis l’Asie qui est devenue aujourd’hui le centre du monde) ? Grâce à lui, j’en sais un peu plus sur l’Inde, terre de contrastes (ce n’est pas seulement un cliché), qui a eu une femme présidente de la République quand la France ratait cette opportunité, où les vaches sont sacrées et où le yoga dispose d’un ministère, récemment créé par le ‘’Premier’’, Narendra Modi, auprès duquel Marine Le Pen passerait pour excentrée à gauche.

A la lecture des pages économiques du Times of India, je ne pouvais éviter longtemps le jugaad auquel se réfère notre tout nouveau tout beau Directeur technique national de la natation. Référence originale et toute à l’honneur d’un esprit curieux.

Le Jugaad ne pouvait que naitre en Inde : le pays est très pauvre, son économie a stagné et la compétitivité y est faible. Mais le terme n’est pas bien difficile à traduire. C’est une approche frugale et flexible de l’innovation, peuplée de solutions débrouillardes, improvisées et peu coûteuses née d’une situation de pénurie. Il y a un côté « à la guerre comme à la guerre » dans ce concept.

On pourrait sans trop forcer associer cet esprit à l’action de Muhammad Yunnus, génial créateur bengladais du micro-crédit et banquier des pauvres, honoré par le Prix Nobel de la Paix en 2006.

Les Indiens reconnaissent dans le jugaad une attitude positive (on peut le faire) mais un côté qu’ils trouvent moins recommandable de bricolage, ou si vous préférez de bouts de ficelle.

Le terme dans son évolution a pris valeur un peu péjorative de compromission sur la qualité assez proche finalement de ce qu’on a fini par comprendre des produits made in China. Ça ne coûte rien, mais ça ne vaut guère plus. Un responsable économique a proposé un autre concept, le jhakkaas, terme de l’argot hindou de Bombay, qui signifie « cool », superbe, géant, et qui désignerait une création économique peu coûteuse mais de qualité.

L’Inde ne se débarrassera pas aisément de l’esprit du Jugaad, mais comme j’ai pu le lire dans un article un peu ironique, le concept ne gagnerait pas à être employé dans  l’envoi d’une fusée indienne sur la planète Mars. La conquête spatiale exige des ambitions tournées non vers la facilité, mais vers l’excellence. Elle ne peut se permettre d’économiser des bouts de chandelle, ou de remplacer le sas de la fusée par une porte de réfrigérateur. Il est des domaines où le Jugaad, cette approche des conquêtes de petits riens, n’a pas d’avenir.

Traduit en termes de compétition sportive, le Jugaad est bien sympa. L’Inde ne s’en séparera pas avant longtemps et un certain retour à la rareté nous oblige à y recourir, à penser frugal. Mais… la haute compétition peut-elle user de Jugaad ?  S’agit-il de l’arme secrète des Marseillais? Je n’ai qu’à voir la liste des succès sportifs de l’Inde pour en douter. Mais Jacques Favre, qui doit être plus malin que ça, va sûrement nous en dire plus.

Si vous voulez voir le jugaad en action (et en photos), je vous recommande parmi d’autres l’adresse suivante :

http://www.bajiroo.com/2013/02/funny-innovations-jugaad-by-indian-people-25-images/

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