JEUX EUROPÉENS DE BAKOU (4)

DU 1500 AU 800, OU COMMENT NICOLAS

D’ORIANO DOUBLE SON CAPITAL-OR

Eric LAHMY

Vendredi 26 Juin 2015

Nicolas D’Oriano a illustré l’aphorisme selon lequel « bis repetita placent ». Il a ajouté l’or du 800 mètres à celui du 1500 mètres. Comme il faut reprendre de ce qu’on aime, l’attendais ce 800 mètres et croyez-moi, je voulais surtout revoir la nage du Toulousain. Vainqueur ou battu, rien que pour l’esthétique du geste.

Et en plus, il a gagné ! Toujours avec cette apparente tranquillité que lui confère ce style supérieur. Il est très difficile de faire la différence dans une finale hantée par les meilleurs nageurs de demi-fond d’Europe au point du vue de la technique, et D’Oriano y parvient… Il donne cette impression de facilité que porte son efficacité mécanique… Il est vrai aussi que le demi-fond vous donne le temps d’apprécier!

…Je ne vais pas vous répéter ce que je pense du style de Nicolas, mais sachant que le Toulousain a effectué en moyenne dans son 800 mètres chaque longueur de bassin de 50 mètres en 31 attaques de bras, tandis que Maxumov, le Russe qu’il a devancé sur 1500 mètres, avait besoin de 35 attaques de bras pour couvrir la distance ; sachant en outre que le Russe mesure 10 cm de plus que lui, 1,85m contre 1,75m, on s’aperçoit que, rapportée à sa taille, la rentabilité de nage de D’Oriano est de 19% supérieure à celle de son malheureux adversaire. C’est dire la classe du garçon.

La course s’est emballée d’entrée, et D’Oriano a suivi l’impulsion. Un Russe, Druzinine, s’est posté, aux 100 mètres, en 56’’45. Il va vite disparaître. D’Oriano passe en 5e position , en 57’’25. Tout le monde reste assez près, et le Français tourne en 1’57’’81, 2’59’’, et il lance son attaque dans la septième longueur. Ou plutôt, il reste sur la même cadence quand cela faiblit un peu autour de lui. Le voilà donc qui impose son rythme. 3’59’’46 à mi-course, il a plus d’une seconde d’avance sur son second au 450 mètres. Il fait le trou, mais au train, nage vite mais sans jamais avoir l’air pressé. Pourtant, il doit appuyer et on imagine que la douleur s’installe dans ses muscles, mais il tient la course et ne lâche pas. Encore 100 mètres, il passe en 7’1’’30, et si, seul, l’Espagnol Rodriguez Mesa n’est pas à la dérive, il se trouve fort attardé, à 2’’1. Il tente de revenir, Mesa, mais c’est trop tard, il ne reprend presque rien. D’Oriano l’emporte, bat son record et passe pour la première fois sous les 8 minutes. Il n’est pas satisfait de son temps, mais a gagné de main de maître.

L’EFFET DENIS AUGUIN

Dans l’ensemble, ces jeunes Français (chef de délégation, Jean-Jacques Beurrier] se sont incomparablement mieux comportés que dans les compétitions de jeunes des années précédentes, et je présume que la présence de Denis Auguin comme responsable d’équipe – assisté d’Anne Riff –  n’y est pas pour rien. Quand un homme qui a « fabriqué » un champion olympique, amène ce plus d’expérience et de calme compétence qu’on lui connait, j’imagine que les jeunes en héritent ce surcroit de confiance et de sérénité qui amène à se transcender. C’est ce plus que Claude Fauquet avait fait naître dans le passé, qu’on appelle de façon un peu pompeuse coaching ou management et qui n’a pas été perdu ces dernières années au niveau de l’équipe première, mais dont les « jeunes » ne profitaient pas, parce qu’on ne leur avait pas donné les bons transmetteurs. Heureusement, après des errances, voilà qu’ils disposent à nouveau de ce savoir-faire qu’on aimerait voir entrer dans l’ADN des Français. Ils ont retrouvé la trace ! On l’a vu avec ceux qui sont montés sur le podium.

PAULINE MAHIEU EN COURSE POUR LA « GAGNE »

Nolwenn Hervé, qui avait effectué ce bond qualitatif sur 50 brasse dames, a eu moins de chance en demi-finales du 100 mètres brasse et n’atteindra pas la finale (mais sans démériter). Elle a nagé 1’11’’59 en séries, un temps qu’elle devait impérativement rééditer pour se qualifier, mais elle n’a pu faire mieux que 1’11’’75. Guillaume Garzotto a lui aussi raté de peu le passage en finale sur 100 mètres papillon. En revanche, Pauline Mahieu a gagné haut la main sa place sur 100 mètres dos : 3ème des séries en 1’2’’41, 3e des demis en 1’2’’07, elle risque avec ce rapproché de se mêler à la bagarre, aux côtés des deux Russes Kameneva et Egorova, 1’1’’57 et 1’1’’97, et l’Ukrainienne Kolesnikova, aujourd’hui 27 à 14h52 ! On croise les doigts pour la grande « Popi », qui, en finale des championnats de France avait nagé 1’2’’02.

STEENBERGEN, FEMME D’ARGENT

Les Russes, à domicile, ont bien chaluté les médailles, mais ont trouvé parfois à qui parler. En moins de deux heures, la Hollandaise Steenbergen, impressionnante gagnante du 100 mètres, a enchaîné demi-finale du 50 mètres, finale du 200 mètres et finale du 50 mètres, alors qu’elle avait disputé le matin à 6h30 les séries du 50. Au bout du compte elle a ramené de son périple deux médailles d’argent, sur 50 mètres et sur 200 mètres, étant battue par Kameneva et Openysheva (cette dernière étant appelée ici la Michael Phelps de Bakou). Steenbergen vise une place dans le relais néerlandais de Bakou. Plus que bien pour une fille qui n’avait pas nagé 57’’ au début de l’hiver. Sur 200 mètres dos, le Britannique Luke Greenbank a écrasé la concurrence !

MESSIEURS.- 800 mètres : 1. Nicolas D’Oriano (France), 7’59’’87 ; 2. Marcos Rodriguez Mesa, Espagne, 8’1’’73 ; 3. Henning Muehlleitner, Allemagne, 8’4’’33 ; 4. Kristof Rasovszky, Pologne, 8’4’’57 ; 5. Ernest Maksumov, Russie, 8’4’’72.

50 mètres dos : 1. Filipp Shopin, Russie, 25’’40 ; 2. Marek Ulrich, Allemagne, 25’’44.

 200 mètres dos : 1. Luke Greenbank, GBR, 1’56’’89 ; 2. Mikita Tsmysh, Biélorussie, 1’59’’46 ; 3. Roman Larin, Russie, 1’59’’60 ; 4. Jakub Daniel Skierka, Pologne, 1’59’’78.

DAMES.- 50 mètres : 1. Mariia Kameneva, Russie, 25’’23 ; 2. Marrit Steenbergen, Pays-Bas, 25’’27 ; 3. Julie Jensen, Danemark, 25’’41 ; 4. Natalia Fryckowska, Pologne, 25’’84 ; 5. Marte Loevberg, Norvège, 25’’92.

200 mètres : 1. Arina Openysheva, Russie, 1’58’’22 ; 2. Marrit Steenbergen, Pays-Bas, 1’58’’99 ; 3. Leonie Kullmann, Allemagne, 1’59’’77 ; 4. Katrin Gottwald, Allemagne, 2’0’’64.

100 mètres papillon : 1. Polina Egorova, Russie, 59’’36 ; 2. Amelia Clynes, GBR, 1’0’’12 ; 3. Elektra Barbara Lebl, Grèce, et Laura Stephens, GBR, 1’0’’54 ; 5. Carmen Balbuena Heredia, Espagne, 1’0’’58.

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