FINA CONTRE ISL (1): LA FINA CONTINUE DE FAIRE SA VOLEUSE D’IDÉES

LES 17-19, LES NAGEURS INVITÉS PAR L’INTERNATIONAL SWIMMING LEAGUE PLANCHAIENT AUTOUR DU PROJET DE MEETING PROFESSIONNEL. PENDANT CE TEMPS LES BARBONS DE LA FINA S’ENTENDAIENT À LEUR CHOURAVER L’IDÉE

Éric LAHMY

Mercredi 19 Décembre 2018

Merveilleuse FINA.

Alors que ses mondiaux en petit bassin se déroulaient à Hangzhou, le Bureau de la FINA faisait savoir qu’il approuvait l’organisation d’un nouvel événement de natation, qui serait lancé en 2019 et s’ajouterait au programme actuel.

Cette superbe idée dont on peut bien entendu se demander quel en est le génial inventeur, et baptisée « FINA champions swim series », prendra la forme de trois compétitions, entre mars et mai, s’adressera aux médaillés olympiques et mondiaux et « dans un format innovant chargé de créer une plate-forme de classe mondiale pour l’élite mondiale et pour développer un nouveau centre d’intérêt. » Je vous passe le laïus : du baratin, digne de bonimenteur de foire.

On y évoque « une présentation innovante et des divertissements » comprenant des 50, 100 et des 200 en nage libre, dos, brasse et papillon (voilà qui est en effet le comble de l’originalité) ainsi que sur 400 libre et 200 quatre nages (arrêtez, c’est génial) en plus de quatre courses de relais (c’est trop, prodigieusement inventif, on soupçonne là un savoir faire effarant).) Mais c’est là qu’il fait s’accrocher. « Le programme des FINA Champions Swim Series ne comprendra que des finales, où les quatre meilleurs nageurs de chaque épreuve se rencontreront dans des courses individuelles. Les compétitions se dérouleront en bassin de 50 mètres et dureront trois jours – de vendredi à dimanche. »

Seuls les nageurs invités participeront à ces séries : on y trouvera les champions olympiques et du monde, les tenants des records mondiaux et les mieux placés dans les  bilans mondiaux de chaque événement. Tous ces nageurs recevront des prix et des primes d’engagement, leurs dépenses (voyage, gîte et couvert) leur seront remboursées.

Les nageurs seront regroupés en équipes continentales ou de sponsors, chaque équipe comprenant 24 athlètes (12 hommes et 12 femmes).

Bien entendu, tout ce qui précède ne vaut pas la présentation du président de la Fédération Internationale, Julio Cesar Maglione selon qui “dans son constant effort d’innovation et de proposition de nouvelles opportunités aux étoiles de notre sport, la FINA est très heureuse de lancer cette nouvelle compétition, (laquelle) complètera de la meilleure façon possible notre calendrier de natation, avec d’abord ces séries des champions de natation, ensuite nos championnats du monde, et finalement la Coupe du monde. En créant cette compétition additionnelle de l’élite, la FINA génèrera un vrai show aquatique, où la présentation du sport et la promotion des stars sont les concepts clés d’un meeting réussi. »

On a bien eu raison de retarder l’âge de la retraite pour garder Jules Cesar, ça permet d’écouter ce bonimenteur de placarde baratiner le chaland.

Ayant évoqué sa puissance de feu en termes de diffusion de l’événement, la FINA en arrive à l’essentiel et fait savoir que ces séries permettront de distribuer 3,9 millions de dollars de prix ainsi distribués : 2.436.000$ de prix individuels, 648.000$ de prix de relais, et 840.000$ de prix d’équipe…

Sans être un expert et sans connaître du meeting que proposait I.S.L. autre chose que ce que la Ligue en avait fait connaître, on peut dire que c’est de cette grande réunion avortée de Turin que vient l’inspiration.

Il serait d’ailleurs intéressant de savoir s’il  n’y a pas lieu pour I.S.L., qui traîne la F.I.N.A. devant un tribunal californien, de lui intenter un autre procès, pour contrefaçon cette fois.

LA FINA ENTRE LE PLAGIAT ET L’ABUS DE POSITION DOMINANTE !

Cela dépend quand même des traces écrites laissées par la Ligue dans les tractations qu’elle prétend avoir menées avec la F.I.N.A. Pour cette dernière, démarquer ainsi le projet I.S.L. et le présenter comme sa création, pourrait n’être rien autre qu’un plagiat, une captation non autorisée ou un démarquage. Bien entendu, il sera sans doute difficile de démontrer une propriété intellectuelle pour ce type de shows, et donc que la dite propriété ait été violée. Comme je ne crois pas qu’il soit facile de défendre un quelconque « droit d’auteur » en la matière.

L’ I.S.L. pourrait peut-être à nouveau faire remarquer que l’abus de position dominante est une infraction prévue par le droit de la concurrence pour sanctionner une entreprise, qui, en situation de domination de par son pouvoir de marché, profite de sa position pour s’émanciper des conditions que devrait lui imposer le marché.

Bien entendu, j’ignore totalement si I.S.L., primo, dispose d’éléments qui permettraient d’attaquer la F.I.N.A. sur ce point, secundo si elle en a l’intention.

ON TROUVE TOUT DANS LA BOUTIQUE GRANDE SURFACE F.I.N.A. : LE LÉGISLATIF, L’EXÉCUTIF, LE JUDICIAIRE ET L’ÉPICERIE DU COIN

La FINA, depuis quelques lustres, s’est permis d’être à la fois le législatif (elle fait les lois), le judiciaire (elle applique les lois), l’exécutif (elle établit la vie du sport) et, pour couronner le tout, se déclare en être le seul créateur événementiel habilité. Elle a passé ces dernières années à détourner à son profit les meetings internationaux et à en bloquer l’accès… Plutôt que de se conduire en association sans but lucratif, elle se pose comme une association lucrative, sans but… autre que celui de nuire à tout ce qui s’approche de son rayon d’action, puis de ramasser toute la galette.

MIRACLE : PENNY HEYNS PARLE… POUR NE RIEN DIRE.

Penelope (Penny) HEYNS, la double championne olympique sud africaine de brasse aux Jeux d’Atlanta, en 1996, devenue présidente de la très silencieuse commission des athlètes de la FINA, ne pouvait sans doute pas se soustraire au devoir de voler au secours de « ce nouveau concept », ce qui est un peu normal, étant invitée, logée et nourrie à Hangzhou et touchant pendant les mondiaux ses frais, les per diem, soit quotidiennement deux fois le salaire minimum mensuel en Afrique du Sud, 244 € – ou une fois le salaire moyen, 457€.

Défendre le produit maison est le moins qu’elle puisse faire, HEYNS, mais on aimerait qu’elle ne fasse pas trop carrière de l’autre côté. Elle a ainsi récemment remplacé Beckie SCOTT, la championne olympique canadienne de ski nordique qui a démissionné de la WADA en septembre dernier pour protester contre l’étrange revirement de l’institution dans l’affaire du dopage d’Etat russe.

Censée parler au nom des athlètes, Penny HEYNS n’a en fait le droit de rien dire, étant tenue comme tous les autres commissionnaires qui gravitent autour des caciques de la FINA à un devoir de réserve et une obligation de discrétion. On la préférait en nageuse…

Et quand elle parle soi-disant au nom des athlètes, cette pauvre Penny ne fait que répercuter la voix de ses maîtres. Elle sera à la WADA comme elle l’est à la FINA l’un de ces muets du sérail qui donne l’illusion d’une démocratie là où il n’y a que l’arbitraire de bureaucrates.

 Quoiqu’elle raconte en cette qualité, ses propos de porte-parole rétribuée, à la différence de ses déplacements en classe affaire, de ses hôtels haut de gamme et de ses sympathiques per diem, ne vaudront pas un penny !

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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