L’ART SUBTIL DE SE FAIRE RECRUTER PAR UNE UNIVERSITÉ AMÉRICAINE

POUR REJOINDRE L’UNIVERSITÉ, QUELQUE PART ENTRE KALAMBONG ET KALAMAZOO, IL EST CERTES BON DE NAGER VITE… MAIS PAS SI VITE QUE ÇA SI L’ON APPLIQUE L’ART DE BIEN SE VENDRE.

Éric LAHMY

Dimanche 29 Janvier 2017

L’art de recruter (l’expression est une insulte ou presqu’en France) un nageur (un basketteur, un employé, etc.) est porté au pinacle outre-Atlantique. Différences de conceptions, voire de cultures (réalisme contre idéalisme, place de l’individu dans la société), poids de l’Université US, esprit de concurrence.

Nouvelle illustration, pour moi, d’un article paru dans le site FloSwimming, article intitulé « Guide du Recrutement en université : sachez vous vendre », signé Maclin Simpson.

Le sujet est intéressant, parce que l’article s’adresse non pas aux recruteurs, mais bel et bien aux candidats recrutés. Sur le marché des étudiants sportifs, il n’y a pas que des Kathy Ledecky ou des Schooling. Si un Will Licon, un Murphy, une Di Rado, avaient, elles et eux, le choix entre des coachs universitaires empressés à les engager, la plupart des nageurs ne sont pas aussi performants et attractifs. C’est à ces troupes nombreuses que s’adresse Simpson. Nombreuses et inquiètes, explique-t-il, en raison des questions qui les assaillent : « Suis-je assez rapide pour nager dans un collège ? Comment attirer l’intérêt du coach ? Vais-je trouver un programme qui m’aidera à atteindre mes buts athlétiques et académiques ? » Ce genre d’angoisses, d’ailleurs, Simpson entend les dissiper : « dissiper le mythe selon lequel il faut nager très vite pour nager en collège. » « Et de rappeler qu’on peut nager dans trois divisions de niveau, appelées bien entendu, Division I, II et III.

Bien sûr, rien ne vaut nager vite pour attirer l’œil du coach. C’est un « must ». Faire partie du top 16 de la « conférence » vous confère, sans jeu de mots, un attrait irrésistible. Mais ne pas en être ne constitue pas une condamnation.  Simpson cite le cas  de Sarah Dunleavy, coach assistante et recruteuse pour Pittsburgh, qui  affirme viser les nageurs qui ont de la marge. La coach de Berkeley, devenue célèbre pour avoir attiré Natalie Coughlin (et ne pas l’avoir ratée) puis Missy Franklin, avait aussi une solide réputation dans ce domaine. Tout l’art du recruteur se situe là. Repérer « ceux qui volent en-dessous des radars. Certes, vous devez viser un certain potentiel, mais si je me contente de regarder dans les cent premiers, je puis très bien rater quelqu’un doté d’un gros potentiel » (Dunleavy).

C’est là, explique Simpson, que le nageur qui sait se vendre ne doit pas commettre de faux pas. Il pourra s’exposer sur trois sites, CollegeSwimming.com, NCSAsports.org, et Berecruited.com…

Mais si vos temps ne reflètent pas vos qualités aquatiques, poursuit Simson, il est désirable de contacter directement le(s) coach(es). Haro sur les intermédiaires. Il est toujours bon d’expliquer que vous n’avez jamais suivi un programme de poids et haltères, que vous êtes un nageur relativement neuf ou que vous ne vous entraîniez qu’une fois par jour. Il est toujours bon de lui définir vos buts, d’expliquer les raisons de votre intérêt pour son école et d’exposer vos accomplissements en dehors de la piscine elle-même. Une université, c’est une culture d’excellence, et donc autre chose que seulement des performances…

Simpson cite un autre coach, Dean Brownley (entre College), pour qui la meilleure façon pour un jeune d’accroître sa visibilité est encore de remplir le questionnaire proposé dans la plupart des sites. « Répondre à ce questionnaire, c’est entrer dans nos archives, et c’est pour moi avoir accès très vite à l’information. » Brownley raconte l’anecdote d’un aspirant nageur universitaire qui avait « cliqué » dans douze sites différents d’universités, alors qu’en moyenne, la plupart des nageurs se situent entre trois et cinq, et avait de ce fait attiré son attention. « Voilà quelqu’un de vraiment intéressé, qui fait sa recherche, et je serai intéressé à le contacter. »

Un autre coach, conseille aux aspirants boursiers de nager le plus possible dans les grands meetings, régionaux, nationaux ou nationaux juniors. « C’est en allant à ces réunions que vous pouvez être vus par les coaches. » Simpson offre d’autres conseils aux futurs nageurs universitaires, qui tournent autour de deux ou trois idées force. Ténacité, persistance (les coaches sont très sollicités, donc ne pas se décourager, être présent et attentif. Sans réponse sur une boîe mail, laisser un message sur les medias sociaux, etc.). Et insiste sur une chose à ne pas faire : faire intervenir vos parents. « A seize ou dix-sept ans, venir discuter avec le coach et se vendre tout seul est un signe positif que vous serez un sportif étudiant qui saura se développer à l’Université. »

 

http://www.floswimming.com/article/51107-college-recruiting-guide-marketing-yourself?mkt_tok=eyJpIjoiTVRZelpEVmxZekpoTlRFMyIsInQiOiJYVVwvSUpFSEJFZEYrV3NxOENwcHhZMmh2RGZxUHBZV1RuWmNsSmhaeTZJbTVWS2lvaE91RzNsRTRoSThrZXJhemhacEQzWHZWR0NGeU9cLzM2ZWY1U1RoZjcyTjdsTUZCU2lROFdyeWZFVnNFQmp0MUZJRndYMVNpVXU0TFhIczFiIn0%3D#.WIvgNrYrK8U?utm_campaign=General&utm_medium=Email&utm_source=Newsletter&utm_content=Article&utm_term=RecruitingGuide


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7 comments:

  1. LEPAGE

    outre le fait qu’il y a 3 divisions dans le championnat universitaire Dès que vos sortez de la 1 ère c’est beaucoup plus facile.Il y a longtemps j’ai eu un jeune qui a passé quelques semaines et quand je lui ai demandé ses chronos, je n’ai pas oublié de penser qu’l me parlait de perfs réalisées en yards, heureusement sinon j’aurais fait la »tronche Ceci dit sur la durée(depuis Mosconi, je n’ai pas vu beaucoup de nageurs français réussir là bas « .. Ils se sont surtout attachés à réussir leur cursus universitaire en vue de leur vie professionnelle,Ce qui n’est pas con.

    1. Eric Lahmy *

      Oui, mais il y a eu quand même Moreau, Barnier, Bousquet, c’est quand même pas nul! Mosconi a dû faire 3e d’un NCAA sur 100 ou 200 pap… Béryl a été pas mal la première année…

      1. LEPAGE

        je pensais aux J.O. sinon effectivement certains ont brillé aux championnats universitaires, 200 4N …et si on compare aux autres nations européennes, (Allemagne, Danemark Angleterre…} je pense qu’on a du mal.

  2. sebastien

    On peut aussi rajouter Rouault et Lefert (et même Mellouli, bien qu’il ne soit pas français) qui ont quand même très bien réussi au niveau NCAA. Le problème des jeunes français c’est qu’ils ne sont pas assez fort à 18 ans pour obtenir une bourse significative dans une bonne université (sur le plan sportif), ils ont alors le choix entre une université de seconde zone, où le niveau d’entraînement n’est pas meilleur qu’en France. Des nageurs comme Yannick Agnel ou Florent Manaudou auraient pu prétendre à une bourse dans une université prestigieuse mais quel intérêt pour eux, ils avaient déjà les meilleures conditions possible en France et sont rapidement passés professionnels ce qui les rendait inéligibles en ncaa.
    D’autre part la saison universitaire n’est pas compatible avec les qualifications aux championnats de France, Barnier a explosé en grand bain lorsqu’il n’a plus eu à préparer les championnats universitaires. Ce serait hypothéqué pour les meilleurs leur chance de qualification de s’entraîner toute l’année en Yard.

    1. Eric Lahmy *

      L’article ne revient pas à dire qu’il FAUT faire NCAA, mais que ce n’est pas impossible, et peut être intéressant. La semaine passée, je parlais à Karl Aitkaci et ses parents et ils évoquaient l’avenir de leur fils qui se débat dans des horaires de métro entre Paris et Courbevoie où il s’entraîne, et son père a évoqué lUniversité US.
      Maintenant il y a du vrai dans ce que vous dites, mais je ne retiens pas l’argument selon lequel nager en yards hypothèque quoique ce soit. Murphy, Schooling, ont été étincelants en yards petit bassin aux NCAA et en mètres grand bassin aux Jeux. D’ailleurs, le petit bassin n’est pratiqué que de septembre à mai et non pas toute l’année…
      Ensuite, les règlements NCAA s’appliquent différemment aux étrangers et j’en veux pour preuve que Schooling a reçu une bourse conséquente de Singapour, plusieurs centaines de milliers de dollars, sans contrevenir à son statut universitaire.
      Je ne puis le garantir totalement et chacun a son vécu, ses choix, ses limitations, mais pour la plupart des nageurs, la NCAA est une solution.

  3. sebastien

    oui mais Murphy a eu ses sélections en juillet et non au mois d’avril, seulement un mois après les championnats NCAA et Schooling devait être qualifié d’office. Ils se sont donc épargnés les multiples aller retour qu’auraient du effectué les nageurs français afin de se qualifier. Pour preuve Beryl Gastaldello qui peine en juillet ou août à donner la pleine mesure des progrès aperçus en Yard. Il n’en reste pas moins qu’étudier et nager aux usa est une formidable opportunité à ne pas laisser passer pour un athlète qui en aurait l’opportunité. Mon propos était seulement de souligner que pour les tous meilleurs nageurs français ce n’est peut être pas la meilleure solution.

    1. Eric Lahmy *

      En 2016, Béryl n’avait pas progressé en yards, mais régressé ou au mieux s’était stabilisée par rapport à 2015, année où, je vous le rappelle, elle avait été « SEC freshman of the year ! » Donc il ne faut pas s’étonner si elle n’a pas montré des progrès l’été. Ensuite, il n’y a pas de « progrès en yards » mesurables, vu qu’elle n’avait jamais nagé en yards auparavant. Enfin Béryl, jamais, n’a été aussi bonne nageuse qu’après ses saisons américaines 2015 et 2016. Vous pouvez regarder tout ce qu’elle a fait avant, elle est bien meilleure, même si elle déçoit, après qu’avant ses saisons US… Faites donc très attention avant de dire que les NCAA ont été préjudiciables à sa natation, c’est faux.
      Ce que vous dites de Murphy n’empêche qu’il a suivi une saison olympique phénoménale après une saison NCAA phénoménale et que son hiver en petit bassin ne l’a pas empêché de faire suivre à un mois deux séries de grosses perfs, trials et Jeux. Ça ne vous suffit pas ? Même chose pour Schooling.
      Quelle est par ailleurs cette histoire de multiples aller et retour USA-France qui vont fatiguer nos petits nageurs, c’est dans ce contexte que Gastaldello s’était qualifiée pour Kazan en montrant des progrès étonnants. Je ne vois pas pourquoi ce procès sur les NCAA… Et sincèrement je n’ai pas envie de ressortir tous les nageurs NCAA du monde entier qui ont finalisé aux Jeux. Il y en a trop. Il n’y a aucun doute que le championnat américain NCAA est le vivier universitaire mondial de la natation. Il n’y a RIEN DE MIEUX aujourd’hui pour quelqu’un qui veut être un nageur et autre chose qu’un nageur…
      Autre chose. Il est vrai que les NCAA n’ont pas à s’adapter aux fonctionnements allogènes, c’est aux allogènes de s’adapter. Mais c’est loin d’être impossible! Si les Français sont assez stupides pour faire leurs sélections olympiques en avril, c’est tant pis pour eux. Ces sélections précoces ont toujours été considérées par les Australiens comme leur gros handicap. Nous qui sommes dans l’hémisphère nord, nous les imitons. Je vous signale qu’en 2017, on sélectionnera en France beaucoup plus tard. Marc Begotti m’avait d’ailleurs fait des remarques techniques sur les délais jouables entre sélections et Jeux ou mondiaux.

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