LES MEDITATIONS AQUATIQUES DE GILLES BORNAIS

*GILLES BORNAIS. LE NAGEUR ET SES DEMONS (Editions François Bourin, 2019).

ERIC LAHMY

Mardi 2 Juillet 2019

Ecrire une critique sur le dernier livre de Gilles Bornais me paraissait représenter un exercice piégeux. D’un côté, Gilles est un copain, d’où risque de mansuétude excessive.

Sachant ce que je sais de ma personnalité comme journaliste, le risque n’est pas de ce côté, je suis plutôt d’un genre acéré.

D’un autre point de vue, Gilles, avec Le Nageur et ses Démons, entre dans un domaine que j’ai exploré inlassablement depuis cinq ans (bien après mes années 1969-1992 à L’Equipe) ; Galaxie Natation a été une tentative  de blog sur la natation, totalisant, en ce que je ne me refusai aucun angle, descriptif, technique ou politique, national ou international de l’activité. Or qui dit totalisant dit : tentation totalitaire ; et ne serais-je pas tenté, réflexe reptilien, de défendre un territoire et de récuser son essai au nom du « je l’ai déjà dit », « il ne nous apprend rien », et autres amabilités de ce genre ?

Mais m’y voici. Après une douzaine de romans, policiers à une ou deux exception près, Gilles revient sur l’un des deux grands amours de sa vie, la natation l’autre étant vous l’avez deviné l’écriture.

Le fan de natation sportive que je suis avait retenu « Huit minutes de ma Vie » comme une approche romancée très réussie de la vie et la carrière sportive de Laure Manaudou. Analyse d’un phénomène, bien documentée par ses conversations avec les témoins de l’ondine, ainsi Philippe Lucas, avec qui je crois savoir que Gilles entretient de bonnes relations. Le texte s’achève sur l’apothéose du 800 mètres nage libre olympique dans les huit minutes et poussières duquel la Manaudou de fiction entend jouer sa carrière à pile ou face.

« Huit minutes de ma Vie », publié en 2012, est un des relativement rares romans écrits en français sur un sport qui n’a pas trop inspiré les écrivains (1).

Gilles n’est pas seulement un observateur de la natation. Il est tombé tout jeune dans la marmite, a mouillé et chloré le maillot de bain, a aussi entraîné, rédigé d’innombrables articles des petits matches régionaux aux Jeux olympiques comme envoyé spécial et spécialiste de natation du Parisien, et s’est pas mal interrogé sur la technique, l’entraînement.

Il a dû se dire qu’il était temps pour lui de revenir sur ces sujets qu’il connait parfaitement, et cela nous donne donc « Le Nageur et ses Démons ».

Gilles est un bosseur. Nageur laborieux, dénué de vitesse, mais d’une endurance fanatique, il a trouvé dans ses longs parcours aquatiques une forme de méditation… Je ne sais s’il pense dans l’eau, mais je présume qu’en nageant lentement, il est envisageable de nourrir quelques idées. Il prétend que oui. Personnellement, je phosphorais mieux lors de joggings. La nage ne me paraissait pas propice à l’élaboration d’idées complexes, que d’ailleurs je ne pouvais pas noter comme en course à pied, ensuite en raison d’une exigence technique. Si je ne me concentrais pas sur mon mouvement de nageur, il pouvait se déliter au risque d’entrer dans un n’importe quoi technique. En nageant, je phosphorais sans doute, mais me devais de penser mon mouvement.

C’est peut-être ce que prétendait Marc Begotti quand il disait que le nageur ne pense pas ?

Mettre un pied devant l’autre, sur le sol, étant une activité bien plus atavique, le degré de concentration sur le mouvement peut être réduit à zéro, au bénéfice d’une pure oscillation mécanique laissant le champ libre à une réflexion poussée. Sauf à se prendre un pied dans une racine, cent mille ans d’adaptation font qu’on peut se déconnecter de son mouvement en course, lui laisser sa pure dimension réflexe. Est-ce pour cela qu’on dit : courir comme ses pieds ?

Adepte, comme dans sa nage, d’un style minimaliste, Gilles Bornais, qui admire Faulkner, a parfois varié les formes de son écriture. Ici, il nous tricote en maillage serré sa propre expérience et une vision plus large du sport.

 

GILLES BORNAIS TENTE DE METTRE A PLAT A PEU PRES TOUT CE QU’UN ESPRIT CULTIVE EST CENSE DEVOIR CONNAITRE DE LA NATATION, D’UN POINT DE VUE DE LA PRATIQUE, DE LA THEORIE ET DE L’HISTOIRE DE CE SPORT.

C’est une approche littéraire de la natation sans précédent en France. La meilleure tentative approchant que je connaisse est un bijou de livre, sans doute le meilleur que je n’ai jamais lu sur ce sport, et signé Charles Sprawson ; il s’intitule (étrangement) « Haunts of a Black Masseur, The Swimmer as Hero. » Si Sprawson, nageur, historien et marchand d’art, a de la natation une approche littéraire et cinématographique empreinte de mysticisme, Bornais, lui, loin de tout flou artistique, l’appréhende dans un style simple et dépouillé, nourri de moins d’artifices, sous un angle cartésien, technique et de pratique compétitive. A Byron et l’Hellespont selon Sprawson, Bornais oppose Manaudou, le cube de Londres et un chronomètre à dédoublante…

Je dirais qu’il tente de mettre à plat à peu près tout ce qu’un esprit cultivé pourrait devoir connaître de l’art de la nage, des points de vue de la pratique, de la théorie et de l’histoire.

Est-ce que je partage les points de vue de l’auteur ? En général, oui, et ses analyses recoupent assez bien les préoccupations qui furent les miennes entre 2012 et 2018, quand je décidai de sortir d’un silence imposé par mon entrée à l’état de retraité du journalisme. En général, il conforte et confirme mes analyses, ainsi celles concernant les dérives du sport en raison de préoccupations de ses hauts dirigeants.

Comme les sujets ne manquent pas, Bornais découpe finement son propos. 38 chapitres pour 230 pages, six par chapitre, c’est bien son rythme de nageur de bras, et, en alternance, parfois de jolies culbutes, d’autres fois de bons vieux virages main au mur.

Techniquement, j’ai assez peu à dire, ses convictions sont celles d’à peu près tous ceux qui professent la natation de nos jours, et si j’émets certains doutes sur certains mantras qu’il reprend à son compte (comme : les jambes ne propulsent pas) je me suis tellement exprimé sur la question dans ce blog que je n’y reviendrai pas. D’ailleurs je ne crois pas que le combat autour de ce genre d’axiome soit d’une quelconque importance. Mais qu’on se le dise : plus aucun nageur ne peut espérer devenir champion du monde ou olympique sans l’apport d’un fort battement de jambes, du 50 au 10.000 mètres.

J’ai été touché par les rappels que fait Gilles d’Annette Kellermann et d’Ethelda Bleibtrey, qui étaient un peu mes héroïnes en raison de leur rôle fondateur de la natation féminine et de l’idée que je me suis fait assez tôt de la natation sport féminin par excellence. Au moment où quelques bédouines mal inspirées viennent imposer dans les piscines leur vision encapuchonnée et honteusement emprisonnée d’un corps d’esclave au féminin, il est bon de se souvenir de ces libératrices.

L’air de ne pas y toucher, on finit le livre en se disant qu’on vient de lire un ouvrage assez complet qui touche à tous les questionnements de nageur. Plongez-y, si vous aimez ce sport, vous ne le regretterez pas. Si vous voulez le mieux connaître, ne le lisez pas trop vite, macérez ce qu’il vous enseigne, car Bornais va vous en apprendre un max. Je savais à peu près tout ce qu’il raconte (outre les détails de sa biographie nagée, que j’ignorais en revanche copieusement), mais j’étais bien content qu’il me le remémore.

J’ai trouvé un peu dommage que Bornais ne donne pas les noms de certaines personnes rencontrées. Alain-Michel, le coach de Clichy, pourquoi ne pas dire qu’il s’appelait Hipp ? Et Jacky, Brochen ? Pourquoi ne pas donner son nom à Lucien Lacoste qui essaya d’attirer Laure Manaudou à Toulouse ; même s’il était en concurrence avec Lucas, il n’y a rien de honteux à cela ! Il parle aussi de ses démêlés aquatiques (mais peut-être pas seulement aquatiques ?) avec « le fils d’un recordman du monde » de natation dont la recherche de l’identité (qui ça peut donc bien être ?) a provoqué chez moi une forte migraine, alors qu’il n’avait qu’à écrire (si c’est bien lui) Eric Eminente. Et pourquoi éviter de donner le nom de ce garçon qui lui avait collé dix secondes dans un 100 papillon ?

Mais peut-être, direz-vous, le lecteur lambda s’en fichera un peu !

Une fois, cependant, donner le nom l’a comme dispensé de l’affubler du bon prénom. Dickson, entraîneur d’Antibes de natation et capitaine de l’équipe australienne des Jeux de Tokyo, ne s’appelait pas Andy mais David. Andy, lui, était un matchmaker et le manager du stade de Bercy…

Il y a quelques coquilles, erreurs et manques de relecture sans parler de fautes d’appréciation un peu dommageables à mes yeux, par exemple page 139 quand Gilles écrit :

« en 1977, la Fédération,  à l’initiative de son directeur technique national Gérard Garoff, jeta, malgré l’hostilité des clubs, les bases rationnelles de la préparation de son élite en édifiant la piscine Emile-Schoebel, à côté des longs bâtiments de brique du bois de Vincennes ».

 

GERARD GAROFF N’A JAMAIS LANCE LES BASES DE LA PREPARATION RATIONNELLE, IL A ETAYE LA PRATIQUE DANS UN NOMBRE IMPORTANT DE COMMUNES DE FRANCE

Or la piscine de l’INSEP a été érigée vers 1966 (je me souviens y avoir nagé en 1967) et non en 1977 ; Garoff, qui n’a joué aucun rôle dans son érection, était alors probablement prof de gym ou censeur à Font-Romeu ; elle ne s’est appelée Emile Schoebel qu’en 2014, après avoir brûlé et été reconstruite selon des normes totalement différentes ; ensuite, si on peut dire que Gérard Garoff a « jeté les bases de l’entraînement rationnel », alors on peut tout dire. Garoff était un administrateur doublé d’un politique qui avait surtout effectué un « travail de fourmi » (expression d’Héda Frost dans une de nos conversations) afin de défendre la pratique du sport dans une multitude d’entités.

Pedroletti et Giacomoni, ses entraîneurs de l’INSEP, ont multiplié sans nuance ni la moindre subtilité par trois voire quatre les distances parcourues à l’entraînement, et les séances de 36 fois 400 mètres auxquels ils soumettaient leurs nageurs, sprinteurs compris, étaient la preuve de leur ignorance brute. Pour leur défense, on dira qu’ils étaient bien jeunes, et qu’ils progressèrent ensuite, non sans avoir cassé 98% de leurs élèves.

Je ne comprendrai jamais que Bornais (ou un autre) puisse trouver cela remarquable. La méthode était outrancière, nulle et non avenue ! Mais je soupçonne que l’auteur adhère à leur système parce qu’il convient à son approche, confondant plus et mieux !

Si la rationalité répond au comportement de Garoff, Pedro et Giaco à cette époque, soyons irrationnels.

Au bout du livre, j’en suis quand même à me demander à quels démons Bornais fait allusion dans son titre. Les siens propres, dans certains fonctionnements qui lui font, avoue-t-il, préférer aux encouragements de spectateurs avant la course (« allez, Gilles »), les « découragements (?). Des exhortations telles que « n’y vas pas, Gilles » ou « tu n’y arriveras jamais » me donneraient une raison supplémentaire de me surpasser, » dit-il. Assez amusant, cette façon de ne pas savoir se poser autrement qu’en s’opposant. Un rebelle, notre ami ? Ou un écorché vif ?

Immédiatement après, Gilles aborde la question des dépressions nerveuses qui atteignent quelques champions, que d’aucuns (Ian Thorpe, Grant Hackett, Michaël Phelps) soignent comme ils le peuvent, à l’alcool.

Les cas de ce genre sont d’ailleurs plus communs qu’il ne parait le suspecter. John Konrads, le champion olympique australien du 1500 mètres australien, mettait sa propre dépression sur le compte de son perfectionnisme de champion. C’était donc la face sombre de ses immenses qualités mentales. Plusieurs nageuses ont fait état de crises profondes, parfois liées aux exigences contradictoires que des millions de personnes faisaient peser sur elles (ainsi Shane Gould), parfois à des raisons fort différentes (Allison Schmidt, Melissa Franklin, Leisel Jones, Amanda Beard) dont l’âpreté des entraînements de natation n’est sans doute pas étrangère.

En y songeant, je me demande si le comportement d’Amanda Kukors, qui s’est plaint d’avoir été violée par l’homme, son entraîneur, avec lequel elle vivait, ne correspond pas, au-delà du caractère louche de l’accusation, à une profonde dépression.

Quant à Jerry Heidenreich, l’adversaire malheureux de Mark Spitz, souffrit tant et tant de n’avoir pas damé son pion au septuple vainqueur des Jeux de Munich, que son suicide, trente ans plus tard, pourrait avoir été relié à ce lancinant sentiment d’échec.

CONDAMNE PAR LE SUCCES

Je trouve assez remarquable l’anecdote où, ayant été largement défait dans une compétition régionale, Gilles s’entend dire par un dirigeant consolateur : « c’est bien quand même ». Notre auteur se rebelle au sujet de cette phrase sans conséquence. Il « ne faut jamais souffler rien de tel à quiconque possède une once de la moelle d’un compétiteur, » prétend ce masochiste convaincu.

Mais tout le monde n’est pas taillé dans ce bois. Je prétends, moi, avoir eu dans l’eau la moelle d’un compétiteur et n’avoir jamais souffert d’une parole qui se voulait gentille ou apaisante, aussi maladroite fut-elle.

Il y a une sorte de perversion, de retournement du sens, dans cette réaction, vaguement apologétique dans une demande de coup de pied au cul, qui me fait penser : « si tu réagis toujours comme cela, comment trouveras-tu le bonheur ? »

A part ça, Gilles met souvent dans le mille, disons le franchement. Ainsi quand il analyse le processus psychologique de la victoire, qui t’oblige. « Le succès soulage, mais il oblige à réussir encore », expose-t-il. Nul ne peut échapper à ce scénario qui s’impose en compétition comme la malédiction dans une tragédie grecque, car les autres vont s’ingénier à l’écrire pour toi. Il y a comme une aliénation à la victoire à laquelle procède le milieu. La deuxième place, pour qui a gagné l’année précédente, devient synonyme d’échec.

Cette condamnation à la surenchère est quasi inévitable et carrément malsaine. Patrick Abada, qui avait été 4e du concours olympique de perche en 1976, me racontait que sa place avait été reçue par la gent médiatique comme une catastrophe, la place de l’idiot, la médaille en chocolat. Or, me disait-il, les gens ne se rendent pas compte à quel point cette place avait illuminé sa vie d’athlète, et constituait, trente ans après, une immense fierté.

De vous à moi, j’aurais adoré finir 4e aux Jeux olympiques ! Et, je parie, Gilles aussi, quoiqu’il en pense

Mais la poursuite de la toison d’or tord tous les principes raisonnables. C’est avec une telle approche que Fabrice Pellerin, dans son livre, fin 2012, avait, pour présenter l’image d’un perdant, évoqué le nageur australien Eamon Sullivan, multi-recordman du monde du 100 mètres et médaillé d’argent de la course des Jeux olympiques de Pékin. Choix surprenant, quand on pense que Sullivan, dans sa carrière de nageur, avait dû subir entre autres six opérations des hanches et plusieurs autres des épaules. S’il était un « loser », je ne connais pas beaucoup de gagneurs dans ce monde !

Bien entendu, il s’agit de points de vue et de détails. Cette promenade à laquelle nous convie Bornais est, je crois, très intéressante, pour celui que ce sport motive. Il aborde et traverse une quantité astronomique de sujets, et donne une assez large idée de ce qu’est devenu ce sport aujourd’hui.

(1). Je vous recommanderai cependant les superbes Souvenirs de la marée basse, de Chantal Thomas, parus l’an passé au Seuil. Une écriture remarquable et un portrait de nageuse extraordinaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9 comments:

  1. Gilles Bornais

    Merci, cher Eric, pour ce papier qui pourrait constituer le point de départ d’un passionnant débat sur les fautes et mérites de notre natation et de ceux qui l’ont faite. Sans vouloir convaincre personne, je persiste à penser que Gérard Garoff et la création par lui en 1977 du centre d’entraînement de l’Insep a (après qu’il eut lancer les sections sports-études) mis la natation française sur un bien meilleur rail que celui où elle cheminait sans résultat depuis plusieurs années. Les clubs ont beaucoup critiqué cette structure mais rien ne les obligeait à y envoyer leurs nageurs. Pour avoir pas mal traîné mes claquettes sur les bords des bassins à la fin de ces années 70, j’ai observé que de nombreux clubs s’en sont inspirés, en augmentant notamment les doses d’entraînement. Je relève dans le livre que les médailles olympiques de Catherine Poirot et Frédéric Delcourt ont concrétisé ce pas en avant, sans nier les erreurs qui ont pu y être commises, lorsque j’écris : « La méthode montra ses limites lorsqu’elle s’adressait aux éléments déjà aguerris, plutôt sprinters, élevés à des écoles beaucoup moins exigeantes et de ce fait incapables d’encaisser des doses pareilles « . Puis j’explique plus loin qu’en matière d’entraînement le « plus » peut être l’ennemi du « bien » : « Lorsqu’ils doublèrent leur kilométrage quotidien, les pionniers de l’INSEP, et avant eux Alain Mosconi à Los Angeles, n’augmentèrent pas en proportion les doses parcourues à l’allure de 100, 200 ou même 400 mètres. Ils laissèrent une part de leur dextérité à organiser l’exécution de leur nage, devenant ce qu’on appelle « des nageurs d’entraînement ». Vu que tout cela n’intéresse certainement plus guère que nous deux, je note surtout que ce papier sacrément fouillé marque le grand retour du site Galaxie natation, dont j’espère qu’il nous fera vivre les prochains championnats du monde. Au plaisir prochaine de te lire, donc…

    1. Eric Lahmy *

      Mon cher Gilles,
      En ce qui concerne les quelques critiques que je fais à ton bouquin, crois bien qu’elles ne remettent pas en cause la validité de ce que tu écris. Elles témoignent seulement qu’évoquer un détail sur lequel on se trouve en désaccord prend BEAUCOUP plus de place que de signifier sa satisfaction d’un ensemble laquelle, au fond, n’exige même pas d’aller au bout d’une ligne.
      Si cela peut donner l’impression d’un désaccord avec ce que tu écris, il s’agit d’une impression fausse, car ce désaccord n’existe pas.
      Ni désaccord, ni même distance vis-à-vis de ce que tu écris. Ceux qui aiment la natation vont s’y retrouver et je fais le pari que « Le Nageur et ses Démons » les ravira.
      Sur le kilométrage, on aurait beaucoup de choses à dire, et le débat n’est peut-être qu’une illusion. Ceux qui n’en parlent pas ou feignent de se rebeller contre le volume en font faire presqu’autant autant que ceux qui mettent l’accent dessus.
      Mais on pourra en parler à mon passage à Paris, à l’automne prochain, si tu en as le loisir et le temps. Peut-être avec Brochen entre deux de ses marathons. Peut-être prendras-tu le temps de me dédicacer « Le Sang des Highlands », si je pense à le ramener avec moi de la Belle Province !

    2. vial

      Bonjour Gilles, concernant l’insep et la politique de ces années là, quand vous dites que les clubs n’étaient pas obligés d’y envoyer leurs nageurs….. vous y croyez vraiment ?

    1. Eric Lahmy *

      Je vous remercie de l’information. En fait, je n’en pense pas grand’ chose, parce que je n’ai pas vu cette compétition, ni n’ai parlé avec les participants ou les organisateurs, et ne mesure donc guère les enjeux. Cela me parait plutôt anecdotique qu’autre chose, mais on peut être surpris par ce que recèle une activité qu’on ignore, donc je préfère rester prudent, et pratiquer la belle « suspension de jugement », l’épochè chère aux philosophes grecs.
      Je ne m’en pose pas moins des questions. L’encombrement de la course de natation avec ses désormais 50 épreuves rend-elle indispensable un ajout de cette sorte ? Je ne le crois pas, encore qu’on ne sait jamais avec la manie inflationniste de la FINA. Enfin, si les ondulations constituent la 5e nage, nager bras seuls, c’est quoi ?

  2. Gilles Bornais

    Je sais, cher Eric, pour t’avoir beaucoup lu et écouté qu’on partage les mêmes points de vue sur notre natation. Je craignais seulement d’avoir été mal compris (notamment sur mon goût, en réalité très circonstancié et relatif, pour la quantité). A part ça, je serais curieux d’avoir, dans Galaxie, ton analyse des championnats d’Europe juniors où nous finissons 15è au classement par pays…

    1. Eric Lahmy *

      Désolé mon cher Gilles de n’avoir pu te répondre auparavant. Je n’avais pas regardé mon site depuis deux mois! J’avoue honteusement qu’il ne m’a pas manqué.
      La place de l’équipe de France des juniors, 15e Européenne, montre que cette équipe continue d’être très faible et que l’embellie des Jeux de 2012 a bien été un phénoimène générationnel sans suite. L’après Claude Fauquet n’a pas permis de trouver des techniciens aussi inspirés, ni des nageurs aussi doués…
      J’ai l’impression que tu milites pour la distance, cela ne me dérange pas, d’ailleurs Lucas, Morino et d’autres ont obtenu des résultats épatants dans l’optique du long.
      Mais la natation c’est de la distance et du sprint.
      Il y a toute une « école » qui, à la suite en France de Raymond Catteau, a prétendu que le battement de jambes n’est pas propulseur, cela n’est pas très important, vu que les théories ne gouvernent pas l’entraînement.
      J’ai lu dans ton livre que tu souscris à cette « école » et tu reprends leur thème selon lequel les vitesses ne s’additionnent pas. Donc si un « moteur arrière » propulse à 4 kilomètres-heure et un moteur avant à 5 km-heure, on ne va pas obtenir 4+5= 9 kilomètres-heure.
      Bien entendu, cet argument, qui me fut adressé pour la première fois sur mon site par un de mes débatteurs préférés, Marc Begotti, m’a dans un premier temps impressionné, non pas qu’il me convainquait – on ne me convainc pas aisément quand je sens intuitivement, qu’il y a un os dans le potage dialectique -, mais qu’il faisait appel à des arguments qui ne me semblaient pas très bien posés mais n’en demeuraient pas moins très difficiles à contrer du tac-au-tac.
      Pour Marc, comme pas mal d’autres techniciens de la natation d’ailleurs, le battement de jambes avait bien un effet stabilisateur du corps et permettait de maintenir les jambes en surface, mais il ne faisait pas avancer.
      Il m’a fallu un peu de temps, quelques jours, pour trouver une réponse qui me paraisse adéquate. Il n’était pas question d’additionner des temps, mais bel et bien d’additionner des PUISSANCES.
      Je m’appuyais pour cela sur une autre métaphore, celle d’un avion. L’exemple qui m’a alors séduit est celui donné par l’avionique d’un quadriréacteur qui, ayant calé deux réacteurs, n’en avait pas moins traversé l’océan sans encombre. Les ingénieurs expliquaient que les réacteurs toujours en action activaient avec moins de confort, mais pouvaient maintenir aisément l’avion en vol. Un seul réacteur y parvenait un peu moins bien…
      Si un réacteur peut faire voler aussi bien un avion que quatre, donc, on trouve là une autre preuve que les vitesses ne s’additionnent pas.
      Mais la métaphore utile n’est pas celle de l’avion en vol, où il s’agit « seulement » de maintenir une vitesse. MAIS CELLE DE L’AVION AU DECOLLAGE. L’avion, sur un réacteur, ne peut pas décoller, et sur deux réacteurs, aura pas mal de peine et nécessitera une piste beaucoup plus longue.
      Ce qui est intéressant, c’est que selon les techniciens, un nageur n’avance pas comme un avion en vol. En l’occurrence, il n’avance pas à une vitesse parfaitement linéaire ; son parcours est une suite d’accélérations lors des phases propulsives de son mouvement et de décélérations. En quelque sorte, il avance comme un avion qui multiplierait les phases de décollage. La différence, c’est que pour lui il ne s’agit pas de décoller, mais de se relancer.
      Dès lors, on comprend que le moteur auxiliaire des jambes, dont on prétend qu’il n’augmente pas la vitesse, joue un rôle « moteur » pendant la nage. Tout comme il donne à l’avion l’appoint qui permet de décoller, il offre au nageur un surcroît de puissance qui lui permet d’accélérer.
      Là, tu peux me répondre que je n’ai rien prouvé, et que tout ce qui précède peut n’être que verbiage et recherche poétique.
      Alors que je phosphorais sur le sujet, est venue une étude effectuée en Alsace, par Christophe Schnitzler, professeur agrégé d’éducation physique et sportive, membre de la Faculté des Sciences du Sport de Strasbourg, qui tentait de déterminer et d’isoler les phases d’accélération dans la nage libre. Or outre les deux « pics » d’accélération déterminés par les phases actives des bras dans l’eau, s’ajoutaient des « pics », moins évidents mais nets, lors des phases où les bras n’appuyaient pas, et qui correspondaient aux phases actives des battements de jambes.
      Malgré une prudence dans son exposé, le chercheur estimait que ces « pics » étaient bel et bien discernables.
      J’aurais pu te copier-coller mon pensum de Galaxie Natation sur la question, mais ai préféré tenter de retrouver mes élaborations d’alors. Pour plus d’infos, mon papier du 20 juin 2014 « mais que font les jambes du nageur. L’apport des jambes dans la propulsion. »
      Bien à toi,
      Eric.

  3. Coach

    Bonjour,
    Pourquoi vous ne commentez plus l’actualité de notre Natation.
    Votre vision très souvent proche de la réalité me plaisait et me permettait, ainsi qu’a certains de mes collègues, d’avancer…

    Dommage.

    1. Eric Lahmy *

      Malheureusement commenter une natation où on fabrique des compétitions ad vitam aeternam, tous les jours de l’année, sur un programme de 50 courses, est épuisant. En tout cas, cela a épuisé l’enthousiasme du bénévole retraité que je suis. Plus de cinq ans sur le sujet et l’impresion d’être tout à fait seul devant son clavier pluieurs heures par jour, il était temps de passer à autre choe… Je le regrette certes pour ceux qui me suivaient… et que je suivais…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *