MERCATO A TOUS LES ETAGES (1) : CHRÉTIEN STRAVIUS, DIVORCE CONSOMMÉ

Éric LAHMY

ericlahmy@yahoo.com

Mardi 11 Septembre 2018

Ça a pas mal chauffé depuis début août dans la natation française. Pas toujours et pas seulement malaise, mal être, mais simplement conjonction d’événements négatifs, ou positifs, qui ont mêlé Jérémy Stravius et son entraîneur, Jordan Pothain et son cardiologue, Fabrice Pellerin et Denis Auguin, Guy La Rocca et Arkady Vyatchanin, etc.

On peut présenter cela dans n’importe quel ordre. Tiens, il y a Michel Chrétien qui s’en va entraîner l’INSEP… enfin, plutôt à l’INSEP.

On en parlait depuis un certain temps.

Bonne chose ? De chic je dirais oui. Michel est un technicien reconnu. Un homme qui a reconduit les méthodes utilisées en son temps par Marc Begotti avec Catherine Plewinski.

L’idée de départ, depuis longtemps, était d’attirer un « grand » entraîneur pour le centre national et sa piscine, récemment achevée, destinée à l’entraînement et à la haute compétition. Un grand entraîneur, c’est d’abord un nom, on n’y peut rien, c’est comme ça. Et un nom d’entraîneur, il est fait par son ou ses nageurs, autant, et peut-être plus, que le nageur est fait par son entraîneur.

Si vous préférez, un entraîneur est reconnu à travers les nageurs qu’il forme. Ce n’est pas tant une question de valeur que de succès. Tant que Michael Phelps gagnait, Bob Bowman était bombardé, à la fin de chaque saison, meilleur entraîneur du monde…

C’est un peu injuste mais ainsi va le monde. Alors je suis prêt à parier que les Eric Rebourg, Eric Braize qui ont eu à charge les nageurs de l’INSEP sont de bons techniciens, mais comme ils n’ont pas sorti un champion olympique ou un médaillé international, seul un miracle, ou une grande accointance, aurait pu attirer sous leur aile un grand nageur…

Chrétien, lui, a un nom ; c’est comme s’il avait écrit sur sa carte de visite, « entraîneur de Jeremy Stravius » ; coacher un nageur à moins de 48s au 100 mètres, ça vous pose, quand même.
Chrétien à l’INSEP, cela veut dire qu’il perd Stravius, justement. Mais la carte de visite reste. Il sera toujours celui qui aura formé Stravius. D’ailleurs, ce qu’il cherche, maintenant, c’est à en former d’autres. Son équipe de jeunes conquérants.

Ces deux années d’après les Jeux olympiques de Rio, ça ne s’est pas si bien passé entre Chrétien et Stravius. Ils ont offert un scénario çà rebondissements, particulier. Un coach qui dirige un nouveau groupe, et un ancien nageur qui aimerait qu’on lui aménage un rythme moins soutenu… D’ailleurs, on croyait que Stravius se dirigeait vers la sortie.

A ce propos, il n’a peut-être pas d’idées précises, Stravius. Ou pas d’idées qui tiennent la route, ou qui soient réalisables. Sa reconversion s’avère être d’un accouchement difficile. Un coup, c’était un refuge pour chiens abandonnés, maintenant, c’est un karting, et entre les deux un truc ludique à base de football…

On ne sait pas, l’originalité paie parfois. On s’était offusqué de voir Pierre Quinon, le champion olympique de la perche aux Jeux de Los Angeles, en 1984, vendre des poulets rôtis dans une foire. Lui s’offusquait presque qu’on s’offusque. « J’ai très bien gagné ma vie avec ces poulets, m’a-t-il raconté un jour ; j’ai acheté ma maison, ma voiture, un train de vie. » J’espère qu’il va trouver sa voie, Stravius, sa reconversion…

Chrétien, sa crainte, après Rio, c’était que Stravius donne, en ne s’entraînant pas et en les battant, comme cela était possible, un « mauvais » exemple à son groupe de jeunes qu’il a déjà mené, cette année, aux titres de champions de France des relais quatre fois 100 et quatre sois 200 mètres devant Marseille, mais aussi du 200 mètres (Alexandre Derache). Ça a atermoyé ferme, pendant une année, et l’idée d’aller à l’INSEP a conforté l’idée de Jeremy de partir. Surtout le nageur a grogné quand, ayant accepté le kilométrage imposé par Chrétien, il a mal nagé aux France, et balancé un « nager plus ce n’est pas nager mieux. »

Vieille querelle de la quantité et de la qualité ? Pas du tout, répondait Chrétien, qui reprochait à son protégé de ne pas se fixer des objectifs stables, et avait commencé par viser le 50 dos pour poursuivre mais un peu tard Metella sur 100 libre, dit le coach !

Bon, il n’est pas perdu, a priori, Stravius, il va rejoindre Fabrice Pellerin, dont on ne va pas vous apprendre qu’il est considéré un peu partout comme le plus fin technicien non pas de France, mais du monde.

Et ça même s’il n’entraîne plus Yannick Agnel ou Camille Muffat…

(à suivre)


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6 comments:

  1. Marc

    « Les méthodes utilisées en son temps par Marc Begotti avec Catherine Plewinski. » Je ne vois pas à quelles « méthodes » vous faite allusion, Eric …

    Quant à J. STRAVIUS il va être intéressant de suivre son évolution avec Fabrice Pellerin.
    Mon hypothèse est qu’il va de nouveau progresser et se remettre à nager le 100 dos. Je lui souhaite de réussir et si c’est le cas il sera important d’en comprendre les raisons.

    1. Eric Lahmy *

      Tout ce qui tournait autour du comptage des mouvements de bras, des choses comme ça. Je crois qu’il y a une filiation, mais je me trompe peut-être…
      En ce qui concerne STRAVIUS, moi je ne sais pas, j’aimerais d’abord savoir si sa motivation va s’aiguiser ou s’épuiser. Il n’avait pas l’air d’être aussi connecté… Je n’aime pas trop faire de paris… Avant d’être une machine technique, un nageur est une machine désirante…

  2. LEPAGE

    L’option de référence au nombre de cycles de mouvements de bras est très ancienne et Begotti en a fait son point central. Efficacité technique de la nage; mais il ne faut pas appliquer le principe au pied de la lettre car cela dépend de l’équilibre du corps dans l’eau (relation entre bras et jambes}. Mais cela pousse le nageur a rechercher la plus grande efficacité technique par rapport à ses moyens. C’est un principe ancien, dans ma jeunesse, nous le pratiquions. C’est une donnée capitale. De plus cela pousse le nageur à s’appliquer, surtout lorsqu’il est fatigué, donc sa technique ne se dégrade pas. Mais il y a un écueil, le risque de s’enfermer dans une technique bridée.

    1. Eric Lahmy *

      Oui, je me souviens que dans ma dernière année de compétition en 1967 et plus tard, en 1968 et au début 1969, quand je nageais très régulièrement, tous les jours, rue Eblé, au Racing, ou à Chatillon Malakoff, autour de trois kilomètres, mais sans faire de compétitions, je comptais presque tout le temps mes mouvements autant en brasse (ma nage de compétition) qu’en crawl, où je nageais alors presqu’exclusivement à l’entraînement.
      Ce qui m’avait intéressé à un moment, c’était de nager « long » en augmentant la cadence, car comme me l’a dit 40 ans plus tard Jacques MESLIER au détour d’une phrase, bien nager est le meilleur compromis à trouver entre le rythme de nage et la longueur des mouvements. Il voulait dire bien nager mais aussi (surtout) nager vite…
      Au-delà de ma propre expérience qui n’est guère intéressante, sauf pour moi, sauf à dire que je comptais, et que mon ampleur de nage en avait profité, j’ai trouvé que dans les dernières années 1930, Jacques CARTONNET, qui fut recordman du monde du 200 brasse (c’était du papillon) mais qui était très à l’aise partout avait une extraordinaire longueur de nage (un peu comme en athlétisme à la même époque Jules LADOUMEGUE développait une foulée gigantesque). Je crois qu’en démonstrations, il effectuait 50 mètres en huit coulées ! Aujourd’hui, si SUN Yang était français, on aurait écrit des pages et des pages sur la longueur de son « attaque » de bras….
      Mais en fait, la longueur du mouvement a été à l’honneur très tôt et j’ai trouvé dans Les Affinités Electives de GOETHE, le poète allemand mort en 1832 une véritable pédagogie de la natation et de la relation du nageur avec l’eau.
      Ce qu’a très bien su faire à mes yeux BEGOTTI (j’écris sous son contrôle car je sais qu’il lit mon blog) c’est d’avoir su créer une pédagogie autour de cette idée, de creuser, de mesurer l’efficacité de son ondine préférée, Catherine PLEWINSKI, et de la faire progresser par ce concept.
      J’ai cru comprendre que CHRETIEN était dans cette mouvance, mais que PELLERIN avait tendance à en rejeter l’idée centrale. Je soupçonne (mais je ne suis pas sûr et ça devient trop compliqué pour ma compréhension, faute de repères) que derrière ces différences, se pose une sacrée ressemblance.
      Bon, j’ai des tas d’idées qui s’enchaînent mais je m’arrête là…
      …Je trouverais journalistiquement amusant (mais aussi et surtout pédagogiquement stimulant) de demander à BEGOTTI et à PELLERIN d’expliquer en quoi leurs approches sont éloignées. On pourrait atteindre des sommets de subtilité ! Mais je suis à 5000 kilomètres de l’un et de l’autre ce qui complique la tâche…

  3. nananov

    Finalement de Denis Auguin il n’a point été question dans votre série de la rentrée sur le mercato ? A moins que je n’ai mal lu…

    1. Eric Lahmy *

      Non, je n’ai pas parlé de Denis Auguin, c’est volontaire, il est très difficile pour moi de « peser » par exemple une idée comme: « Denis Auguin est-il plus utile dans ce rôle qu’il avait auprès de Martinez et de Nicolas, ou à revenir au bord du bassin à Antibes. » Autre question que j’ai vu voler à laquelle je ne puis répondre aujourd’hui: « Denis retourne-t-il au bord du bassin parce que Franck Esposito est un entraîneur en difficulté? » Tout ça c’est des questions précises, concrètes et ce n’est pas que je ne veux pas y répondre, mais je ne suis ABSOLUMENT PAS sûr des réponses. Les réponses, je les aurais en allant sur le bord du bassin d’Antibes (un rêve) et j’en suis séparé par un océan…
      Auguin a expliqué lui-même certaines choses et d’autres sont sujettes à interprêtation. Bien entendu le retour d’Auguin près du bassin est une bonne chose parce que je crois qu’il y a trop de bons techniciens qui s’en éloignent, ils ont leurs raisons, je n’ai pas à les critiquer, mais alors, en leur absence, qui « fait » de bons nageurs?

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