OU VA YANNICK AGNEL?

NAGER DANS LE BROUILLARD

Par Eric LAHMY

Le pépin de santé – pleurésie – qui, nous dit-on, vient de frapper Yannick Agnel, et, en tous cas, sa décision de déclarer forfait pour les mondiaux de Kazan viennent au pire moment. Vous me direz : il n’y a pas de bon moment pour cela. Certes.

Depuis le sommet olympique de Londres, Yannick a connu une constante érosion de sa valeur. Sa victoire en championnats du monde a été une surprise mais elle a été acquise en-dessous de son potentiel de l’année olympique. Puis les championnats d’Europe, en 2014, ont montré une autre dégradation, décisive cette fois, puisque de numéro un mondial, il est devenu numéro trois européen. Le choix malheureux de Bob Bowman, décidé parce qu’en raison sans doute de la réaction violemment émotionnelle de Pellerin, aucun autre endroit en France ne pouvait l’accueillir, a salement plombé la carrière d’Agnel. Bowman n’était pas la bonne solution, on le sait maintenant. Agnel a opéré un choix de professionnel, et donc malheureux. Quand on dispose de la matière grise de ce jeune homme, la mettre ainsi en jachère a quelque chose de dramatique. Rejoindre des gens qui mettent tous leurs atouts dans la natation parce qu’elle représente, à un instant de leur vie, le seul choix possible, pour lui, me parait être une hérésie. De mettre en veilleuse ses qualités intellectuelles est un pur gâchis. Qu’un Amaury Leveaux, un Florent Manaudou, etc. plongent dans l’illettrisme sportif (qui n’empêche d’ailleurs pas de signer des succès de scandales littéraires !), bien, mais Yannick ! Agnel, aux USA et en France, s’est privé d’une vie harmonieuse d’étudiant.

Pro, bien entendu, il fait de l’argent. Mais universitaire NCAA, il  s’offrait gratis un diplôme ruineusement cher et qui représente un plus formidable pour l’après-natation, était logé-nourri-blanchi pendant le temps de ses études, et pouvait geler certains de ses gains dans un fonds qui aurait été ouvert après ses études..  

2015 devait être l’année de son retour. Agnel avait perdu dix kilos d’un surpoids qu’il avait accumulé entre bonne bouffe et musculation, a-t-il assuré dans un tweet, il semblait avoir retrouvé aussi une partie de sa technique, une partie de son efficience dans l’eau. Il n’avait pas flambé aux championnats de France, mais se présentait dans une position incertaine – mais guère désespérée – aux mondiaux où il devait aussi jouer un rôle déterminant dans le relais quatre fois 200 mètres. En-dehors des tweets positivant de Yannick, du genre « je m’éclate », qui ne devaient pas convaincre grand monde (être pro en sport ne consiste pas à s’éclater mais à bosser dans la bonne direction), Lionel Horter a donné parfois l’impression d’avoir eu quelque mal à retrouver les clés de ce champion que Pellerin avait façonnées pendant sept années avant de perdre le trousseau !

L’accident qui survient aujourd’hui, pour un étudiant-nageur, aurait représenté un demi-échec, ou lui aurait permis de relativiser. Dans sa situation, il s’agit d’une année complètement gâchée. Après le fiasco américain, Agnel flirte avec un fiasco mulhousien. Si c’est vraiment une pleurésie, y a de la malchance là-dedans, mais pas que de la malchance.

(1). (Politique fiction: s’il était parti dans une université US immédiatement après les Jeux olympiques, Agnel n’aurait pas rompu avec Pellerin, qui aurait pu le reprendre pour mener l’assaut des Jeux de Rio).

1 comment:

  1. nelson

    Bonne idée, il aurait pu faire comme Clément Lefert. Qui après sa saison NCAA est revenu chez Pellerin pour les JO. En plus, ça c’est bien passé une médaille d’or et une en argent.

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