UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE… ET PLUS PARTICULIÈREMENT TRÈS ITALIENNE

UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE… ET PLUS PARTICULIÈREMENT TRÈS ITALIENNE

Éric LAHMY

Vendredi 10 Août 2018

Les épreuves de natation des championnats d’Europe 2018 se sont achevées à Glasgow. Collectivement, la Russie a devancé les Britanniques et les Italiens.

Les Français se sont relativement bien défendus et ont été plus présents que d’aucuns ne l’imaginaient au plan des finales.

Mehdy METELLA a défendu, seul, l’honneur de l’équipe masculine, et s’il n’a pas gagné, il s’est montré, si l’on peut se permettre l’expression, solide en défense.

Charlotte BONNET n’a pas déçu les attentes. Elle a gagné le 200 libre avec autorité, enlevé le bronze sur 100 libre et a été l’inspiratrice des relais dont l’état était pathétique au sortir des Jeux olympiques. Son action dans la victoire sur 4 fois 100 mètres est à tous points de vue fondatrice, qui nous rappelait le magnifique comportement de Camille MUFFAT.

Dans cette dernière journée, les aventures de Sarah SJÖSTRÖM se sont achevées heureusement. La Suédoise épingle un énième titre européen, sur 50 papillon cette fois. Sarah est loin de son record du monde, 24s43, établi maintenant voici quatre ans. Mais avec ses 25s16 de la journée, elle devance d’un bon mètre la Danoise Emilie BECKMAN et la Belge Kimberley BUYS, 25s72 et 25s74. Mélanie HENIQUE, 25s84, est 5e, devant Ranomi KROMOWIDJOJO qui n’a donc rien gagné à préférer ce 50 papillon au 100 libre. La double championne olympique néerlandaise de Londres, en 2012, qui fêtera ses vingt-huit printemps le 20 août, est loin de sa forme de l’été dernier. Décadence ou rupture avant de se relancer vers une quatrième campagne olympique ?

BEN PROUD DEVANT CAELEB DRESSEL ET FLORENT MANAUDOU

Passons à Ben PROUD ? Ce fier Britannique de 23 ans, bâti comme un Dreadnough (cuirassé), est-il la réponse européenne à Caeleb DRESSEL et à Michael ANDREW ? Il n’y a rien de mieux, en tout cas, sur le continent. PROUD n’est pas toujours très régulier (dans une course il est vrai incertaine), il établit un record des championnats en demi-finales, avec 21s11, puis il est un peu fragilisé en finale où il gagne certes, mais seulement en 21s34, d’un rien, dix centièmes, devant le Grec d’origine bulgare Kristian GKOLOMEEV, tandis que l’Italie place Andrea VERGANI sur ce podium de véloces. Avec son 1,78m pour 70kg, VERGANI n’en rejoint pas moins sur l’estrade, destroyer parmi les dreadnoughs, les 1,91m de PROUD et le 1,98m de GKOLOMEEV.

Les 21s11 de PROUD lui donnent le 50 mètres le plus rapide de l’ère textile (Florent MANAUDOU, par exemple, avait amené son record à 21s19, Caeleb DRESSEL a nagé 21s15). Les records sont détenus depuis 2009 par Cesar CIELO et Frédérick BOUSQUET avec 20s92 et 20s94.

PROUD, peut-être en raison de sa structure physique – ou de son enthousiasme dans le travail au sol – est un bloc de muscles de 92kg pour 1,91m, une version légèrement réduite de Florent MANAUDOU et de ses 102kg pour 1,99m. Ces caractéristiques, sans doute, mais très certainement aussi ses programmes d’entraînement, jouent dans le fait qu’il est beaucoup moins causant sur 100 mètres (48s52 quand même). PROUD a eu, en outre, une vie de nageur assez intéressante. Comme beaucoup plus de Britanniques qu’on ne le sait chez nous, il a prospéré loin des côtes d’Albion. Il a passé sa prime jeunesse à Kuala Lumpur, fut champion de Malaisie alors qu’il n’avait pas quinze ans et nagea à Phuket alors que la destination était encore mal connue des nageurs en mal d’exotisme. Entraîné à partir de seize ans à Plymouth par John RUDD, il a rejoint depuis l’Energy Standard, en Turquie.

PIERO CADIA ET MEHDY METELLA SUR LES AILES DU PAPILLON

Après la Deuxième Guerre mondiale, feu l’empire français a donné ses meilleurs nageurs à la France. Entre David WILKIE et Ben PROUD, l’empire britannique continue de fournir…

Sur 100 mètres papillon, Mehdy METELLA a encore trouvé un super pour le devancer. La « gagne » revient à l’Italien Piero CODIA. A vingt-huit ans, CODIA n’a rien d’une révélation, plutôt la révélation d’une équipe transalpine particulièrement en verve et qui ne le cède en termes de succès que face à la puissante Russie et aux Britanniques très désireux de briller sur leur sol. CODIA s’est qualifié encore plus douloureusement que METELLA, en dernière place pour tout dire, et il hérite de la ligne 8. En finale, il ne fait pas les choses à moitié, et il gagne très largement, frôlant en 50s64 le record d’Europe, 50s62, de Kristof MILAK, lequel représente certainement la déception de cette course, où James GUY, en 51s42 contre 51s51, l’éjecte de la troisième place du podium.

Le papillon s’est donc gagné par les ailes, car METELLA, 2e, nageait, lui, à la ligne un, tandis que Laszlo CSEH, qui évoluait à la ligne 4, celle des vainqueurs, finit bon dernier… C’est ce qui s’appelle : être pris en tenaille. Et les derniers seront les premiers, n’est-il pas vrai.

MARGHERITA PANZIERA EFFACE KRISTINA EGERSZEGI

Le 200 dos dames a offert aux championnats d’Europe une bien belle championne : Margherita PANZIERA, qui s’est jouée de la concurrence incarnée par un bloc du centre et de l’Est impressionnant. PANZIERA n’a pas traîné en route, elle a mené sa barque et la course avec une superbe énergie et Daria K USTINOVA, qui pouvait passer pour la favorite, a bien été contrainte de la laisser partir. PANZIERA a l’air toute fluette, et elle n’est certes pas épaisse, mais mesure son 1,80 (pour 65kg, annonce sa biographie de la Fédération italienne).

Les Italiens nous disent qu’elle est fiancée à Simone RUFFINI, champion du monde des 25 kilomètres en 2015, remarquable par ailleurs par sa coiffure de Huron sur le sentier de la guerre (ce qui, associé à ses lunettes de myope sur le nez, est d’un très bel effet).

Quoiqu’il en soit, PANZIERA, dans une forme éclatante, se qualifie aisément, et améliore un vieux record des championnats, celui qu’établit avec 2’6s62 en 1991 Kristina EGERSZEGY. PANZIERA n’était pas même alors un songe de ses parents ! Elle qui a fêté avec éclat et trois jours d’avance son 23e anniversaire (étant née le 12 août 1995) avait brillé jusqu’ici au niveau des Jeux méditerranéens. La voici qui accède à la cour des grands.

SIMONA QUADARELLA EST BIEN LA REINE DU DEMI-FOND EUROPEEN

Au niveau italien, PANZIERA ne le cède que face à Simona QUADARELLA, laquelle, forte de victoires décisives sur 1500 et 800, s’empare maintenant du 400 mètres comme pour parachever une grande journée pour les vert blanc rouge. Elle doit maîtriser pour cela les seize ans de la Magyar Ajna KESELY, laquelle mène jusqu’à l’approche du dernier virage, et résiste jusqu’au bout : QUADARELLA l’emporte en 4’3s35 contre 4’3s57, et s’impose avec trois titres individuels de nage libre (et surtout le doublé 400-1500) comme la grande nageuse de ces championnats d’Europe avec SJÖSTRÖM bien entendu.

Quarante ans après son père, Zoltan, David VERRASZTO écume le 400 quatre nages. Zoltan avait été recordman du monde, médaillé olympique. David est champion d’Europe. Il a évincé à la loyale son seul rival de la finale, le Britannique David LITCHFIELD, d’un bras, en 4’10s65 contre 4’11s

Dans le relais quatre nages, forts de l’arme absolue que représente Adam PEATY, les Britanniques ont plié une équipe russe, desservie par une contre-performance de CHUPKOV en brasse – 1’0s4 lancé alors qu’il a nagé 59s au start – , et terminé en 3’30s44, battant le record des championnats, établi avec 3’31s32 par les Français en 2010 !

GLASGOW: CHARLOTTE BONNET SE BRONZE ET LE DOS RUSSE NE CESSE DE SE DORER

Éric LAHMY

Jeudi 9 Août 2018

Deux grandes finales de nage libre se jouaient à Glasgow ce mercredi, avant-dernier jour des courses en piscine des championnats d’Europe de natation. Le 800 mètres messieurs et le 100 libre dames. L’épreuve du 800 est en soi superflue, selon moi, car entre le 400 et le 1500, elle emprunte des deux épreuves, et il est pratiquement impossible qu’elle ne tombe pas dans l’escarcelle du vainqueur de l’une de ces deux courses.

Elle n’a jamais été disputée dans les Jeux olympiques ni ailleurs, sans doute parce que le mouvement olympique, qui cherchait à contenir le programme dans certaines limites, veillait et peut-être aussi que la FINA notait son ambiguïté, ou, si vous préférez, sa double appartenance technique et physiologique.

Bien entendu, ces limitations si, comme je le crois, elles existent, ne concernent pas les nageurs. Ou du moins elles ne remettent pas leur valeur en jeu.

Mais dès avant la course, je savais, non pas parce que je suis malin, mais parce que cela ne représente aucun mystère, que le vainqueur du 800 serait soit Mykhaylo ROMANCHUK, soit Florian WELLBROCK, qui avaient triomphé respectivement sur quatre et quinze.

A la vérité, quelqu’un a un peu brouillé les cartes, et c’est l’Italien Gregorio PALTRINIERI, tenant du titre européen (7’42s30 à Londres le 20 mai 2016). Gregorio, après son échec du 1500 mètres ici même à Glasgow, trois jours plus tôt, avait expliqué qu’un rhume l’avait diminué. A-t-il partiellement retrouvé la santé ? Toujours est-il que les médaillés du 1500 se sont retrouvés dans un certain désordre dans le 800.

ROMANCHUK l’a emporté, et on peut donc dire que l’Ukrainien est le grand vainqueur du demi-fond à Glasgow, avec deux succès, sur 400 et 800, et une deuxième place sur 1500m.

La course a commencé par un magnifique baroud signé Henrik CHRISTIANSEN. Derrière chaque nageur, se niche une histoire et il est dommage de ne pouvoir conter les plus belles. Stéphane LECAT nous en parlait l’hiver dernier, et estimait avec raison, je pense, qu’elles devraient être connues.

La natation est une aventure humaine. Pour résumer celle de CHRISTIANSEN en deux anecdotes, on dira qu’il a préféré la natation au théâtre, son autre hobby ; et qu’il a refusé des bourses d’études de Stanford et de Berkeley pour nager en Norvège, où il estime disposer des meilleures conditions de succès…

Déjà médaillé de bronze européen à deux reprises, sur 400, en 2015 et à Glasgow en 2018, le Norvégien a fait preuve de panache, et il a conservé les commandes jusqu’après le virage des 400 mètres. PALTRINIERI lui tenait compagnie et en vérité, CHRISTIANSEN n’avait alors lâché aucun des gros bras.

ROMANCHUK accéléra imperceptiblement et passa en tête. WELLBROCK changea également de rythme mais ne put maintenir la pression, et se retrouva à une longueur de PALTRINIERI qui alignait quatre longueurs consécutives en 29s09, 29s08, 29s08 et 29s09. Mais à moins cent cinquante mètres, ROMANCHUK enclencha la vitesse supérieure. Il l’emportait de trois mètres, en 7’42s96. PALTRINIERI, 2e en 7’45s12, devait défendre jusqu’au bout son argent des griffes de WELLBROCK.

PALTRINIERI équilibra parfaitement sa course en deux moitiés de 3’52s77 et 3’52s35, mais ROMANCHUK effectua un negative split plus accentué, 3’52s44 et 3’50s52. Damien JOLY, pour sa part, ne put décrocher de la 7e place.

FEMKE HEEMSKERK NE VEUT PLUS ÊTRE MALHEUREUSE ET BAT CHARLOTTE BONNET POUR L’ARGENT

Les Français attendaient avec intérêt le 100 mètres libre dames, où ils espéraient un exploit de Charlotte BONNET. La Niçoise est connue pour sa régularité, son ambition et par son remarquable comportement en compétition. Donc de ce côté-là, on eut été étonné de la voir défaillir. Mais les capacités des meilleurs compétiteurs ne vont pas jusqu’à contrôler leurs adversaires. Les événements semblaient favoriser une médaille française. Ranomi KROMOWIDJOJO, la double championne olympique du sprint des Jeux de 2012, anxieuse de ne pas retrouver sa grande forme de l’été dernier, quand elle s’en venait chatouiller de près la grande SJÖSTRÖM, avait abandonné ses chances sur l’épreuve reine afin de poursuivre une chance qu’elle jugeait meilleure sur 50 papillon. Et Pernille BLUME avait grillé ses atouts dans une étrange tentative de record du 50 dans la première partie de son 100 mètres de la demi-finale.

Bien entendu, SJÖSTRÖM, sauf tremblement de terre ou chute de météores sur Glasgow, était à peu près imprenable. Il restait Frederike HEEMSKERK. La charmante Néerlandaise, on le sait, eut été l’une des meilleures nageuses de son temps si elle n’avait pris l’habitude d’être trahie par ses nerfs. C’est sans doute vachard à dire, mais on comptait un peu là-dessus pour que BONNET s’argente.

Sans doute à tort. Federica PELLLEGRINI, il y a trois jours, citée par la presse de son pays, expliquait que désormais elle donnait, dans sa profession de nageuse, la priorité au plaisir. « Même HEEMSKERK me disait qu’elle ne voulait plus jamais finir une course et sortir de l’eau sans être heureuse, » ajoutait « la divina », prenant exemple sur la Batave.

Est-ce pour cette raison que Charlotte a fini 3e? SJÖSTRÖM gagnait nettement, en 52s93, tandis que la Néerlandaise (25s55, 53s23) et la Française (25s63, 53s35) restèrent sur la même ligne quasiment tout du long… Sur la fin de sa course, BONNET fut accrochée par la Britannique Freya ANDERSON, 16 ans, dont les 53s61, record d’Europe junior, restent assez distants du record du monde junior de Penelope OLEKSIAK (52s70).

Les commentateurs n’ont pas manqué de noter que SJÖSTRÖM domina moins ce 100 mètres que prévu. Mais ils n’avaient pas, eux, à nager, vingt-sept minutes plus tard, une demi-finale de 50 mètres papillon. SJÖSTRÖM, elle, devait la nager, et il se pourrait bien qu’elle n’a dominé le 100 « que » de 0s30 et sa demi de papillon, devant Mélanie HENIQUE, de « seulement » dix-sept centièmes pour cette seule raison…

Evgeny RYLOV est le champion du monde en titre du 200 mètres dos. En 2017, il a battu l’Américain MURPHY (1’54s21) et s’est emparé du record d’Europe (1’53s61). Ce record, il l’a amélioré dans une course où il s’est donné à fond. Au virage des cent mètres, en 54s78, il disposait de 2s45 d’avance sur le Polonais Radoslaw KAWECKI, qui allait enlever l’argent. Ses temps cassés, 26s89, 27s89, 29s34 et 29s24 pour un temps final de 1’53s36 donnent une indication sur sa fatigue terminale. Au bout du compte, le dos russe est très impressionnant : tous les titres masculins, or du 100 dos et argent du 50 dos féminin (le 200 dos, dont USTINOVA est une des favorites,  n’est pas joué).

Difficile de faire mieux…

Après son triomphe sur 400 quatre nages, Fantine LESAFFRE représentait une équation inconnue, avant la finale du 200 quatre nages. En fait, dépassée autant en papillon qu’en dos, elle passa la première moitié de sa course en 7e position. Elle parvint à reprendre une place en brasse, une autre en crawl, ne perdant plus rien sur HOSSZU à l’addition dans ces secteurs, mais c’était remonter de trop loin. HOSSZU devança d’un rien (2’10s17 contre 2’10s25) Ilaria CUSINATO, que LESAFFRE avait battu dans son 400. La Française améliorait son record personnel en 2’11s71 contre 2’12s26, et on l’imagine très satisfaite de son comportement à Glasgow.

Toujours côté français, Mélanie HENIQUE et Mehdy METELLA gagnaient des places de finalistes respectivement sur 50 et 100 papillon…

Ah ! Oui, La France remportait le quatre fois 100 mètres mixte devant les Pays-Bas et la Russie. Cocorico !

LE QUATRE FOIS 200 DE CHARLOTTE AND CO A DEUX CENTIEMES DE SE BRONZER

Éric LAHMY

Mardi 7 Août 2018

Sur 1500 mètres, Simona QUADARELLA impose ses dix-neuf ans en 15’51s61, devant Sarah KOEHLER, record allemand, 15’57s85, et la toute jeune Hongroise Ajna KESELY, qui aura seize ans jusqu’en septembre prochain… Trois jours plus tôt, QUADARELLA a archi-dominé le 800 mètres en 8’16s45. La fine et légère Italienne confirme sa médaille de bronze des mondiaux de Budapest, l’an passé. Elle y avait été la deuxième Européenne, derrière BELMONTE en 15’53s86 contre 15’50s89 à l’Espagnole, record ibérique. C’est surtout sur 800 qu’elle a progressé par rapport à Budapest, où elle s’était « contentée » d’un temps de 8’26s50. On est loin de la petite Quadarella, cinquième aux Europe de Londres, 16’22s64…

NI HOSSZU NI NIELSEN MAIS FESIKOVA

Au 100 dos, c’est quoi la nouvelle ? La disparition D’HOSSZU du podium ? Le triomphe de la Russe Anastassia FESIKOVA, 28 ans, devant une autre ancienne, la Britannique Georgia DAVIES, 59s19 contre 59s36 ? La Hongroise est devancée de trois centièmes par Carlotta ZOFKOVA, 59s61 contre 59s64. Pour d’autres, c’est la défaite de Mie NIELSEN, co-championne d’Europe 2014 avec HOSSZU (59s63), vainqueur de HOSSZU deux ans plus tard à Londres, 58s73 contre 58s94, est une autre grande battue. C’est donc la tenante tu titre, mais elle termine ici 6e, devancée aussi par la deuxième Italienne, Margherita PANZIERA…

L’âge élevé du podium fait qu’on ne peut parler de renouvellement!

Sur 200 brasse, Julia EFIMOVA gagne, comme elle l’a fait sur 100 brasse. No comment: elle est la meilleure.

Dans le 200 messieurs, le Lituanien Danas RAPSYS tente un coup de force ; il passe, loin devant tout son monde, en 24s03 et 50s83. Craint-il le finish de Duncan SCOTT. Il doit pourtant s’y plier. L’Ecossais le rejoint dans la troisième longueur. Tous deux virent ex-aequo, 1’18s47. SCOTT, finish britannique oblige, vaincra nettement, en 1’45s34 contre 1’46s07.

Le record des championnats, 1’44s89 en 2002 par Pieter VAN DEN HOOGENBAND, n’a pas souffert. Mais où sont les grands nageurs de 200 d’antan, les VAN DEN HOOGENBAND, les PHELPS, les THORPE, les AGNEL ?

Les affaires de la France avancent pendant ce temps. Sur 100 mètres dames, le matin, la 4e série est une affaire franco-française; Charlotte BONNET, en 53s90, devance Marie WATTEL, 54s59. Toutes les deux sont qualifiées pour la suite; tout de suite après, Pernille BLUME flingue dru, laissant HEEMSKERK et PELLEGRINI plus ou moins à hauteur de son battement, et confirmant en 52s97 son statut de rivale numéro un de SJÖSTRÖM. Celle-ci, dans l’ultime série, fait joujou, pour finir avec ses rivales, en 53s45.

PERNILLE BLUME LANCE LE DEMI-PRESSION QUI FAIT PSCHITTT

L’après-midi, se jouent les demis. Demis pression, convient-il de dire ! Une pression dont BLUME est à la fois l’instigatrice et la victime surprise. Elle passe en… 23s98, ce qui doit être son record personnel sur 50 mètres et… finit comme elle peut, pour tout dire pas très bien.

La Danoise explique qu’elle voulait battre le temps de SJÖSTRÖM à ces championnats d’Europe de Glasgow. Le 4 août, la Suédoise l’a battue d’un poil, 23s74 contre 23s75. BLUME s’est mis en tête une idée improbable, celle de prendre une sorte de revanche en améliorant ce temps ! C’est courir deux lièvres à la fois et les perdre tous deux, car d’abord BLUME n’a pas réussi à nager en 23s74 ou en-dessous, et ensuite elle s’est obligée, pour finir plus vite « son » 50, à toucher le mur à la main, perte de temps, ce qui lui a donné un virage de débutante ; apothéose, elle a raté finalement la qualification en finale, finale dont elle eut été favorite à égalité avec SJÖSTRÖM et, les Français me pardonnent, devant BONNET…

BLUME s’est-elle référée, en essayant son truc, à la course de Cate CAMPBELL de 2015, quand elle tenta de battre (et réussit) le record du monde du 100 mètres en petit bassin au cours d’un 200. Ce soir là, Cate nagea le premier 100 mètres en moins de 51 secondes, avec 50s91, puis finit son 200 en souplesse. Mais elle avait averti son coach Simon CUSACK, puis, dans la chambre d’appel, les filles qu’elle allait rencontrer. De plus c’était une course strictement australienne et non un match international.

Autant dire que ce précédent ne pouvait faire référence pour l’exploit de BLUME!

…Dommage donc pour l’équipe danoise, pour BLUME elle-même qui s’est tirée, selon l’expression une balle dans le pied, comme pour l’éclat de cette finale, après la décision de KROMOWIDJOJO de négliger le 100 pour tenter sa chance sur 50 papillon. Tant mieux pour Charlotte BONNET, Hemke HEEMSKERK… Marie WATTEL se qualifie en 54s12. SJÖSTRÖM, elle, dans la 1ère série, s’est baladée en 52s67. Classe à part ? Sans doute !

LE COACH DANOIS ASSEZ MÉCONTENT DE LA PETITE FANTAISIE DE PERNILLE BLUME

Si Pernille n’avait pas l’air mécontente de son coup raté, on ne peut pas dire qu’elle a obtenu un franc succès auprès des techniciens danois ni peut-être des media au Danemark.

Dean BOLES, l’entraîneur national (canadien) du Danemark s’est montré particulièrement sévère. On le comprend, car c’est dans son rôle, et ce n’est pas en couvrant ce genre de fantaise qu’il a amené la natation ontarienne au niveau actuel. Il a déclaré à la télévision nationale qu’en agissant ainsi, BLUME s’était isolée de la compétition en choisissant de privilégier des objectifs personnels qui ne faisaient pas partie du programme. En agissant ainsi, a-t-il ajouté, elle « s’était exclue de l’équipe. » Pernille n’avait averti personne de sa tentative (et surtout pas Charlotte BONNET, qui nageait dans la ligne d’eau adjacente, et avait l’air assez intriguée, à l’arrivée de sa course !?)

Ce qui est sûr, c’est que sa lubie prive le Danemark d’une médaille quasi-assurée, voire d’un possible titre européen.

 FANTINE SUR 200 QUATRE NAGES: MOINS FACILE QUE SUR 400.

Je me suis pas mal cassé la tête depuis un jour ou deux à essayer de deviner ce que Fantine LESAFFRE valait sur 200 quatre nages après son triomphe sur la distance double. Résultats ? Pas terrible. Mes cogitations valaient à peu près autant que l’inspection du foie des volailles ou l’observation du vol des oiseaux par un haruspice étrusque ! Trop d’éléments en jeu.  

Toujours est-il qu’elle s’est qualifiée un peu dans la douleur, ce mardi de Glasgow. 5e de sa demi, 8e au classement général, elle nagera à l’extérieur, ce qui n’est pas forcément un handicap.

KOLESNIKOV PIÉGÉ PAR LA REGLE DES DEUX NAGEURS PAR PAYS

– En dos, le meilleur nageur du monde est viré de la finale ! Dès les séries, Kliment KOLESNIKOV se laisse déborder par son compatriote Grigory TARASEVICH et se retrouve piégé par la règle des deux nageurs par nation. Après un championnat de grande classe, record du monde du 50 et titre du 100 dos, il passe à la trappe ! Le grand garçon (à qui je trouve un faux air de Stephan Caron au même âge) survivra à cette avanie.

Réflexion faite, cette règle est anormale. Elle est assez aberrante. Le nageur d’une grande équipe est contraint à disputer une deuxième compétition dans la compétition…

En séries du 800 mètres, gag, Sergi FROLOV et Victor JOHANSSON, 8e ex-aequo en 7’54s31. Un barrage sur 800 mètres ?

Dans ces mêmes séries, PALTRINIERI, qui a invoqué un rhume pour justifier sa légère contre-performance du 1500, joue ici le lièvre de luxe dans la première série ; par cet effet, les cinq meilleurs qualifiés, dont notre Damien JOLY, appartiennent à cette série. WELLBROCK, le vainqueur du 1500 mètres, nagera à la 7, ce qui ne constitue certes aucun handicap…

Qualification des Françaises sur 4×2. Gros coup de moins vite de Marie WATTEL, 2’3s28 lancée dans son relais ! Elle a relâché son effort. Malgré cela, compte tenu qu’il y a quatre ou cinq relais de valeur en Europe, on se qualifie 4e… Les Italiennes ne se sont pas présentées au départ. PELLEGRINI s’est qualifiée sur 100 pour les demis et, les Italiens l’ayant sortie de la naphtaline, on l’a entraperçue dans un relais quatre fois deux mixte, en 1’56s76 lancée…

Etonnamment, car « sur le papier » leur relais vaut largement le Français, avec PELLEGRINI, Stefania PIROZZi, 1’59s71, Linda CAPONI, 1’59s74, Margherita PANZIERA, 2’0s21 (aux championnats d’Italie). Mais le relais est un peu victime du programme FINA où les épreuves se bouffent les unes les autres. Et PELLEGRINI nage le 100…

En finale, les Françaises paraissent devoir monter sur le podium, elles sont même en tête quand Assia TOUATI plonge, mais les Britannique, les Russes et les Allemandes ont mis leurs gros bras pour finir…et l’or se changea en argent, puis en bronze, puis, pour deux centièmes, en… chocolat, parait-il.  Je me demande si BONNET placée en dernière position n’aurait pas trouvé les ressources pour assurer une breloque… On ne saura jamais.

CHARLOTTE BONNET CHAMPIONNE D’EUROPE, CHANGE DE STATURE, FABRICE PELLERIN RETROUVE SON DOIGTE DANTAN

Éric LAHMY

Lundi 7 Août 2018

Charlotte BONNET est devenue championne d’Europe du 200 mètres. On s’attendait à un duel serré avec la Néerlandaise HEEMSKERK, mais la Niçoise a obtenu le verdict plus facilement que prévu. HEEMSKERK a vite été débordée par l’attaque immédiate de la Française qui se portait seule en tête sans attendre. Charlotte se retrouvait au virage en 26s72 et la course s’étirait déjà ; HEEMSKERK, presqu’une mètre derrière (27s27), disposait elle d’une avance équivalente sur la Russe Anastasia GUNZHENKOVA et la Britannique Eleanor FAULKNER, 27s74 et 27s76. BONNET ne fut jamais rattrapée, elle eut la course en main du début à la fin tandis qu’HEEMSKERK eut un mal fou à défendre l’argent que tenta GUZHENKOVA de lui ravir à l’issue d’un retour robuste.

Charlotte accroissait constamment son avance et héritait à la fin de son parcours d’un nouveau record personnel, mais aussi d’un record des championnats, avec 1’54s95. Comme le dit record des championnats était la propriété de Sarah SJÖSTRÖM, avec 1’55s30, depuis Londres 2012, on peut suggérer que Charlotte BONNET, hier soir, venait d’accéder à un niveau qui, malgré des années d’efforts, lui échappait jusqu’ici…

Il est vrai qu’elle n’était vraiment pas loin, en une sorte d’antichambre de la plus haute valeur, en-dessous des PELLEGRINI, FRANKLIN, MUFFAT, SCHMITT et autres LEDECKY (voire, par éclipses, SJÖSTRÖM, qui, par rapport à l’épreuve, passait de phases d’adhésion à d’autres de réluctance – et qui a fini par abandonner la distance pour se recentrer sur le sprint, avec le bonheur qu’on sait.)

Avec ses 1’54s95 (26s72, 55s87, 1’25s59) et donc le passage sous les 1’55s, BONNET n’est plus devancée, sur le papier, que par trois filles, les deux premières des Commonwealth Games de Gold Coast, la Canadienne Taylor RUCK, 1’54s81, l’Australienne Ariarne TITMUS, 1’54s85 et, last but not least, Kathy LEDECKY, 1’54s60 aux championnats US d’Irvine. LEDECKY dont le profil de course est très proche de celui de la Française : 26s90, 55s77, 1’25s04…

En attendant les courses des PanPacifics, dont on voit mal ce qu’elles pourraient changer à la hiérarchie, l’élève de Fabrice PELLERIN à Nice entre donc, à 23 ans, dans un Gotha renouvelé de l’épreuve. A condition de garder la santé et de conserver son enthousiasme, elle devient également une concurrente respectée des championnats du monde 2019. Mais n’anticipons pas…

PELLERIN n’en restait pas là puisque le Suisse Jeremy DESPLANCHES, qu’il entraîne, enlevait le 200 quatre nages. C’était prévu, disaient d’aucuns, mais il fallait le faire. Des coaches comme des nageurs, on aimerait croire que le talent ne s’efface pas. Mais il est bon de se le prouver de temps en temps, et Glasgow marque peut-être un GRAND retour!

BONNET COMME LESAFFRE OU ALYS THOMAS: LE TALENT VAGABOND

Le succès de BONNET (née en 1995), comme trois jours plus tôt celui de Fantine LESAFFRE (née elle en 1994) sur 400 mètres quatre nages, mettait en avant un genre de nageuse à éclosion tardive, au rebours d’un schéma classique de talent précoce, parfois de façon phénoménale, illustré chez nous par Laure MANAUDOU ou Camille MUFFAT, ailleurs par Missy FRANKLIN, Ruta MEILUTYTE ou Katie LEDECKY.

Le cas de LESAFFRE est plus frappant, car BONNET était déjà qualifiée aux Jeux de 2012, comme relayeuse, à 17 ans donc, et frappe par sa maturation lente mais régulière, tandis que l’arrivée de LESAFFRE au sommet du quatre nages emprunte à la soudaineté d’un tsunami.

Le phénomène n’est pas QUE français et la meilleure illustration en est Alys THOMAS, Galloise aux yeux pâles, qui a terminé 3e du 200 mètres papillon, hier. THOMAS se révèle au « top » dans sa 28e année, un record dans son genre ! Née le 10 octobre 1990 à Isleworth, dans le Grand Londres, elle a nagé ses 3e Jeux du Commonwealth sous les couleurs du pays de Galles, dont la devise, comme chacun sait, est Y Ddraig Goch Ddyry Cychwyn, Cymru am byth ((le Dragon rouge inspire l’action, pays de Galles pour toujours) !

Jusqu’à 2017, THOMAS ne s’était en rien distinguée, et si elle nageait les Commonwealth de préférence à toutes les autres compétitions, c’est que les particularités de la Grande-Bretagne font surgir à l’occasion de ces Jeux des équipes d’Angleterre, d’Ecosse, etc., et qu’Alys trouvait sa place dans celle du pays de Galles. Cette année, elle est devenue la fille qui a « détruit » Laura TAYLOR et Emma McKEON à Gold Coast aux Commonwealth sur 200 papillon, et en 2’5s45 s’il vous plait. Résumé de sa carrière : première médaille sur 200 papillon à 9 ans. Première médaille internationale sur 200 papillon à 27 ans…

C’est sous les couleurs de la Grande-Bretagne, qu’elle évoluait ce week-end européen à Glasgow.

THOMAS, à Gold Coast, ce jour d’avril dernier, n’a rien vu de la course. Ses lunettes se sont embrumées et c’est dans le brouillard et sans pouvoir se situer dans la course qu’elle a effectué ses deux allers-et-retour de bassin…

Ce qui nous a valu l’expression de surprise, comme une décharge électrique, à l’arrivée, quand Alys découvre qu’elle a gagné ! Elle n’en revient pas, « Ah ! Est-ce possible, » c’est Alys au pays des merveilles !

Pourquoi celle qui fut une bébé nageuse, rattachée ensuite à cinq ans à un club, a-t-elle attendu si longtemps avant d’exploser ?

D’abord, elle a suivi de solides études (psychologie) à l’Université de Swansea, alternant des années dédiées à son cursus, d’autres où elle panache avec le sport, d’autres enfin, pour les Jeux du Commonwealth, où elle a appuyé sur le sport. Ensuite, elle a été blessée (à un bras), ce qui ne l’a pas rendue opérationnelle pendant un certain temps.

L’ENERGIE RUSSE, C’EST UNE ENERGY STANDARD

A Glasgow, elle a nagé en-dessous de sa valeur des Commonwealth et été devancée par Boglarka KAPAS et la Russe Svetlana CHIMROVA. KAPAS est l’antithèse d’Alys. En 2010, elle avait gagné la course des Jeux olympiques de la Jeunesse, à Singapour en un peu plus de 2’8s. Talent précoce, elle a ensuite vagabondé avec talent sur 400 et 800 libre. Là, elle est retournée à ses premières amours.

Les Russes Kliment KOLESNIKOV et Evgueny RYLOV ont réalisé le doublé qu’on attendait d’eux sur 100 dos. KOLESNIKOV s’est déchaîné sur 50 mètres puis il a contrôlé. En 52s53, une fois n’est pas coutume, il n’a battu aucun record, ni du monde junior, ni d’Europe junior, et il a laissé tranquille les sommets mondial de Ryan MURPHY, 51s85 et continental de Camille LACOURT, 52s11. RYLOV chatouille son équipier en fin de course (52s74) et les autres sont plutôt loin derrière.

La Russie se débrouille pas mal, à Glasgow, et au succès de KOLESNIKOV répond en écho le formidable 200 brasse d’Anton CHUPKOV, lequel frôle le record mondial d’Ippei WATANABE, 2’6s80 contre 2’6s67. Encore 5e à mi-course, CHUPKOV foudroie l’adversité. Il y a de l’énergie dans tout ça. De l’énergie… standard !

Le relais mixte quatre nages, l’une des courses les plus bêtes du monde, terminait la journée. On a pu y avoir l’une des plus grandes sprinteuses du monde, KROMOWIDJOJO, se faire reprendre dix mètres et dépasser par Alessandro MIRESSI pour la médaille de bronze. C’est le cirque LEN-FINA… Manque plus que les nains et les dompteurs de phoques.

 

METELLA OUBLIE DE PARTIR, DOTTO OUBLIE DE REVENIR, ET MIRESSI DEVIENT CHAMPION D’EUROPE DU CENT

Éric LAHMY

Dimanche 5 Août 2018

Parce que Damien JOLY se trouvait à la ligne 4, on pouvait fantasmer un peu, mais le Français ne put faire illusion dans cette finale du 1500 mètres nage libre messieurs des championnats d’Europe de Glasgow ! Il n’était en rien favori, d’ailleurs, s’il en fallait désigner un, c’eut été Mykhaylo ROMANCHUK, à la 5, déjà vainqueur sur 400 et qui pouvait réaliser le doublé du demi-fond ; Gregorio PALTRINIERI, entre 2014 et 2016, avait été l’homme de fer du 1500 mètres ; il manque diablement de vitesse, mais cette carence ne l’avait pas empêché de devenir champion d’Europe (2014), du monde (’15) et olympique (’16) ! Cela dit, même s’il avait réussi à devancer ROMANCHUK pour un 2e succès aux mondiaux 2017, à Budapest, il apparaissait un peu moins souverain.

On ne pouvait pas écarter non plus le benjamin de la finale (il fêtera ses 21 ans le 19 août), l’Allemand Florian WELLBROCK, qui avait, en avril dernier au Swim Open de Stockholm, effacé un très vieux record national dans le temps de 14’40s69 et laissé ROMANCHUK, présent dans la course, dix secondes derrière lui.

L’anecdote, car il y avait une anecdote, c’était que le record qu’il avait battu avait été détenu pendant 27 ans, depuis janvier 1991, soit six ans avant sa naissance, par un certain Jorg HOFFMANN. Ce dernier, un colosse de près de 100 kg pour 1,98m, qui avait débuté sa carrière dans la très peu regrettée Allemagne de l’Est, avait réussi ce temps avec 14’50s36 en finale des championnats du monde, à Perth, en Australie, où, à l’issue d’un mano a mano de chaque seconde, il avait défait le tenant du record, Kieren PERKINS, de… 0s22 !

Mais pour ce qui est d’aujourd’hui, l’info, c’était que WELLBROCK, avec ce record, s’était installé en tête du bilan mondial 2018 sur 1500 mètres, où il se présentait comme un redoutable prétendant.

PALTRINIERI, parce qu’il n’a pas de vitesse de base ou si peu, ne connait depuis toujours qu’une stratégie pour l’emporter : partir le plus vite possible afin d’écoeurer les adversaires grâce à ses phénoménales capacités aérobies. Il s’agit moins d’une stratégie, d’ailleurs, que d’une obligation vitale. S’il n’a pas massacré les capacités de ses adversaires avant les trois-quarts d’épreuve ou s’il ne les a pas scié au mental par un comportement qui leur fait penser qu’ils n’y arriveront pas, c’est lui-même qui deviendra fragile et se fera hacher menu à l’emballage final.

Cette méthode paraitra aujourd’hui typiquement et exclusivement paltrinieresque, mais on connait des précédents à travers l’histoire séculaire du sport. En 1952, Shiro HASHIZUME la tenta en vain contre Ford KONNO aux Jeux d’Helsinki. Mike BURTON enleva deux titres olympiques, en 1968 et en 1972, en partant comme une fusée. Et Stephen HOLLAND, dont l’endurance pure était l’arme maîtresse, perdit le titre olympique de 1976 pour n’avoir pas utilisé d’emblée une stratégie de batteur d’estrade en face du redoutable finisseur qu’était Brian GOODELL !

Hier, PALTRINIERI n’oublia pas de secouer le peloton. Mais de sa nage courte, jambes trainantes effectuant un vague « deux temps » pendant que ses bras tournaient à un rythme fou, il ne put conserver la tête plus de six cent cinquante mètres, jusqu’au moment où WELLBROCK vira… deux centièmes… devant lui. L’Italien put repasser devant cent mètres plus loin, mais WELLBROCK et ROMANCHUK, également présent, complotaient un scénario différent, où l’Italien disparaissait et eux seuls devaient s’expliquer en présentant des atouts différents. ROMANCHUK devait se sentir usé par le train qu’assurait l’Allemand – et peut-être rassuré parce que, couronné champion d’Europe du 400 trois jours plus tôt, il songeait pouvoir faire prévaloir sa carte maîtresse.

Mais si WELLBROCK n’avait pas été engagé sur 400, rien ne dit qu’il n’aurait pu y réussir quelque chose.

Toujours est-il qu’à quatre cent mètres du but, WELLBROCK avait une seconde d’avance sur l’Ukrainien (10’45s47 contre 10’46s54). A l’arrivée, il touchait devant, 14’36s15 contre 14’36s88.

Les deux hommes avaient terminé leur effort par un 400 mètres en 3’50s68 pour le vainqueur et 3’50s34 pour son second. Dans ces huit dernières longueurs, ils prirent cinq secondes à l’Italien (14’42s85) qui avait pourtant, plus ou moins, conservé sa vitesse.

Un 2e Italien, Domenico ACERENZA, suivait en 14’51s88, tandis que Damien JOLY, encore placé en 4e position aux 800 mètres, ne put maintenir son rythme comme l’indiquent ses deux moitiés de course en 7’52s77 et 8’5s05…

SUR 100 METRES, LE PATRON S’APPELLE ALESSANDRO MIRESSI

Si l’on ne savait ce que pouvait faire JOLY sur 1500 mètres, en revanche, une certaine « responsabilité » incombait à METELLA sur 100 mètres. Mehdy avait réalisé la deuxième performance des demi-finales et nageait dans une des deux lignes centrales aux côtés de l’Italien Alessandro MIRESSI, favori logique encore que la surprise pouvait venir de n’importe qui. Bien sûr, on pensait aussi à Duncan SCOTT, qui nage dans ses eaux britanniques. Ou encore à Nandor NEMETH, benjamin de la finale à 18 ans, 8 mois et 17 jours.

La problématique du 100 mètres, épreuve de sprint prolongé qui exige un maximum d’accélération, pas mal de technique et une pincée de résistance, est très différente de celle du 1500 mètres où une formidable résistance aérobie est essentielle.

METELLA pourrait lui aussi passer pour favori. Les confrères italiens craignaient sa menace. Mehdy est un « vieux renard » qui sait gérer une course psychiquement en face d’un jeune sans expérience comme MIRESSI, expliquaient-ils. Le Français est médaillé des mondiaux de Budapest, ce qui pour certains lui confère un avantage. Mais je n’y crois plus. J’appelle cela « regarder l’avenir dans le rétroviseur. » C’est devant soi que se situe le chemin.

MEHDY METELLA OUBLIE DE PARTIR MAIS REVIENT TRES FORT

L’inattendu de cette finale, c’est peut-être le départ canon du 2e Italien, Luca DOTTO. Il a l’habitude de se lancer comme une Ferrari, quitte à finir comme un tracteur, Luca, et toutes les expériences négatives accumulées à travers les années ne lui servent pas de leçon. Question de tempérament. Et puis il en a gagné quelques unes de cette façon. On l’a oublié, mais il est le champion d’Europe sortant. Le tenant du titre. A Londres, en 2016, et en 48s25.

Dans la première longueur, ce n’est plus DOTTO, mais d’Avion ! A la culbute, cela donne 22s71. A vue de nez, MIRESSI est à un mètre, SCOTT à 1,30m, METELLA à 1,60m. Le Français passe en dernière position, et si je ne m’arrache pas les cheveux (ce sont les derniers qui me restent) ce n’est pas l’envie qui manque ! Aux 80, DOTTO est toujours là, mais le voilà qui replie les ailes ! Et les trois furies susnommées qui le passent. MIRESSI gagne nettement, en 48s01, et entre SCOTT et METELLA, lequel a remonté tout le monde et passé cinq nageurs dans un retour de maboul, l’œil ne distingue pas. L’Ecossais l’emporte d’un centième. 3e à Budapest, 3e à Glasgow, que dire de METELLA???

DEUX HONGROIS SUR 200 PAPILLON… ET DES ITALIENS UN PEU PARTOUT

Sur 200 papillon, deux Hongrois ont assis leur domination. Kristof MILAK, la jeune merveille magyare, l’emporte en 1’52s79, et son compatriote Tamas KENDERESI, le suit à distance respectueuse, en 1’54s36. MILAK a tout raflé, il est déjà recordman d’Europe avec 1’52s70, recordman du monde junior avec 1’52s71, seul le nargue encore le record du monde de sa majesté Michael PHELPS, 1’51s51. Troisième, Federico BURDISSO, 16 ans 10 mois et 15 jours, sera peut-être bientôt un adversaire à la mesure du vainqueur du jour, parce qu’il réussit des performances confondantes. Ce fort sympathique jeune homme a amélioré lors des Sette Colli le record Italie cadet et junior du 100 papillon avec 51s74. Physiquement il n’a rien d’extraordinaire et il est encore perfectible, me dit-on, dans les parties techniques, départs et virages, de la course. Attendons…

Julia EFIMOVA a gagné comme on l’attendait le 100 brasse. Ruta MEILUTYTE a fait 2e, ce qui est un progrès par rapport à ses résultats des deux dernières années. La championne olympique de Londres part toujours aussi vite et finit aussi lentement, elle ferait un beau couple avec Luca DOTTO. Pour le bronze, encore une Italienne, ils sont partout les Transalpins. Arianna CASTIGLIONE devance son aînée de neuf ans, l’Espagnole Jessica VAL MONTERO !

LE 200 VA SE JOUER ENTRE BONNET ET HEEMSKERK

En demi du 200 libre, Charlotte BONNET ne s’est pas trop employée pour gagner la première, tandis que Femke HEEMSKERK enlevait la 2e. A priori, la finale devrait se jouer entre la Française et la plus Française des nageuses néerlandaises (avec Sharon VAN ROUWENDAAL).

Dans la première demi-finale du 100 dos, Kliment KOLESNIKOV a battu de deux centièmes ses records d’Europe et du monde juniors : 52s95. Il devance le Roumain Robert GLINTA, 53s63. La 2e demi revient à Evgueny RYLOV en 53s20.

Béryl GASTALDELLO, en finale du 50 dos, a terminé 5e avec 28s10. La course a été gagnée par Georgia DAVIES, Grande-Bretagne, 27 ans, en 27s23, devant Anastasiia FESIKOVA, Russie, 28 ans, 27s31.

LE RELAIS QUATRE FOIS 200 ? RULE BRITANNIA

James Guy ayant déclaré forfait en finale du 200 papillon après s’être qualifié 6e (séries, 1’56s13) puis 4e (demi-finales, 1’56s06), on se posait des questions. Il en avait fait de même aux Commonwealth, officiellement pour déshydratation. Cette fois, la meilleure raison d’une absence dans une course où il pouvait enlever une médaille était le relais quatre fois 200 mètres. Les Britanniques s’étaient fait piéger une première fois, ayant engagé des remplaçants pour qualifier leur quatre fois 100 mètres, et mis au repos Benjamin PROUD et Duncan SCOTT, et ils ont réussi l’exploit de ne pas aller en finale.

Sur quatre fois deux, en revanche, les Britanniques sont champions du monde, à Budapest. Sans Duncan SCOTT ni James GUY, leur relais se qualifie facile.

La finale a été féroce. Les Russes jusqu’au bout et les Italiens jusqu’aux 600 mètres étaient dans le coup pour le titre. Finalement, les British ont eu gain de cause. Leur temps final, 7’5s32, est éloigné des grands records. Pour la Russie, Michal VEKODVISHCHEV passe devant tout le monde, 1’46s78. Mais Duncan SCOTT prend l’avantage en 1’45s48, et James GUY, en 1’45s60, conforte la victoire. Les autres meilleurs temps lancés sont signés Filippo MEGLI, Italie, 1’45s44, et Mikhail DOVGALYUK, Russie, 1’46s18.

Le quatuor français finit 6e en 7’13s12, avec Jordan POTHAIN, 1’48s94, Alexandre DERACHE, 1’48s32, Romain FUCHS, 1’47s88, et Jonathan ATSU, 1’47s98. En séries, Lorys BOURRELLY avait nagé 1’49s17.

CHAMPIONNATS D’EUROPE : ON PEUT ETRE PEATY ET BATTRE DE GRANDS RECORDS

Éric LAHMY

Dimanche 5 Août 2018

Adam PEATY a bel et bien battu le record du monde du 100 mètres brasse, et, en 57 secondes juste a approché d’un centième de seconde le but qu’il s’était donné, celui de battre la limite chronométrique qu’il a atteinte. Il est passé en 26s65, et a fini en 30s35.

Bien entendu, il n’y a pas eu de bataille pour le titre européen 2018, à Glasgow. Le 2e, son compatriote James WILBY, a fini une grosse longueur derrière, en 58s54, et seuls les trois premiers de la course ont « battu » les 59 secondes. Parmi les disparus du 100 brasse, le recordman du monde junior Nicolo Martinenghi, victime de douleurs handicapantes au niveau du bas-ventre (pli inguinal), et qui a enchaîné les pépins (opération des amygdales et de la cloison nasale).

SARAH SJÖSTRÖM DOUBLE LA MISE : 100 PAPILLON ET 50 LIBRE

Aussi dominatrice, mais de façon différente, Sarah SJOESTROEM s’est trouvée privée d’adversaires sur 100 papillon. Sans approcher son record du monde (55s48) et en restant un peu en-dessous de son record des championnats d’Europe (55s89 à Londres), la grande Suédoise a produit un temps de 56s13 qui laissa sa seconde, la Russe Svetlana CHIMROVA, 57s30, à trois quarts de longueur. Deux Italiennes suivaient, Elena DI LIDDO, 57s58, qui montait sur le podium, et Ilaria BIANCHI, 57s62. SJOESTROEM s’est détachée assez tôt, est passée en 25s92. Mais elle s’est peut-être involontairement retenue. Une heure et cinq minutes plus tard, elle devait disputer sa deuxième finale de la soirée, sur 50 libre, contre la championne olympique danoise Pernilla BLUME qui affichait une forme étincelante.

Sur la longueur de bassin, elle l’emporte une seconde fois, laissant BLUME à… un centième : 23s74 contre 23s75. Il s’en est fallu de peu que la Danoise ne la surprenne à nouveau, et, pour s’imposer, Sarah a dû frôler de sept centièmes son record du monde, établi à 23s67, en demi-finale des mondiaux de Budapest le 29 juillet dernier. BLUME, deux ans après son titre olympique surprise de Rio, ne cesse de progresser. Elle avait, en 24s00, fini 4e de la finale de Budapest, derrière Sarah, 23s69, KROMOWIDJOJO, 23s85 et Simone MANUEL, 23s97. BLUME a aussi bien progressé sur cent mètres. Cette fois, KROMOWIDJOJO est en moins bonne forme, qui signe un temps de 24s21. Anecdote : la présence dans cette finale de Ruta MEILUTYTE, la championne olympique du 100 brasse des Jeux de Londres, qualifiée en 25s04…

Pendant ces journées, les Français n’ont pas chômé, sans atteindre les succès de Fantine ou du relais quatre fois 100. Nos représentants du 100 et du 400 messieurs ont souvent vu ce qui les séparait du top actuel. Et le Marseillais Mehdy METELLA a assuré avec panache sa qualification dans la course étalon du programme, deuxième temps, 48s31 derrière le géant italien Alessandro MIRESSI, 2,02m et 48s11, qui le devance dans sa demi-finale. Jeremy STRAVIUS, lui, jongle dans un programme compliqué avec les 50 mètres dans lesquels il s’est engagé. Dans l’ensemble, chacun fait plus ou moins ce qu’on attendait de lui (ou d’elle), mais tous ne se situent pas assez haut pour parvenir en finales. J’avais lors de la parution des critères de sélection remarqué leur relative indulgence. Ce qui est quand même rassurant, c’est que même s’ils n’ont pas très bien produit, celles et ceux qui ont profité de cette mansuétude des minima n’ont pas nui aux performances des meilleurs. Pourvu que ça dure.

La soirée de samedi s’est achevée sur le quatre fois 200 mètres mixte, nouvelle élucubration des inventifs dirigeants internationaux dont s’affuble notre malheureux sport.

Les compétitions mixtes ne riment à rien sinon à alourdir encore plus le programme sous le prétexte faussement moderne de respecter les normes du « genre », cette nouvelle névrose collective de l’Occident. Quand la natation savait se gouverner, tout ajout au programme pouvait se justifier par une pratique généralisée ou suffisamment développée, ainsi les courses de « quatre nages » qui s’étaient imposées par la pratique et justifiées parce qu’elles mettaient en lumière des nageurs complets techniquement. La plupart des ajouts récents, ainsi les 800 messieurs et les 1500 dames, sont redondants – au point d’ailleurs où, aux Etats-Unis, les engagements dans une course peuvent se faire d’après des résultats dans l’autre, par exemple tel nageur de 1500 est engagé avec un temps obtenu sur 800 ! Le quatre fois 200 mixte assemble des relayeurs engagés séparément dans les deux sexes sans rien apporter d’original et alourdit le programme sans ajouter à l’apport des quatre fois 200 messieurs et dames. J’ai des amis qui, parlant de ça, lèvent les yeux au ciel et évoquent l’air du temps. Moi je me dis qu’il n’y a pas que le plastique qui pollue…

…J’ai (re-)visionné (quatre fois, pour faire bonne mesure) la course du 400 quatre nages féminin, avec les commentaires italiens. Quatre fois, c’est un minimum, si j’en crois les indications de Romain Barnier qui les regardait dix fois s’il le fallait… D’ailleurs, je ne m’interdirai pas de la revoir encore…

…La première, je ne cessai selon les différentes caméras utilisées de perdre les lignes d’eau des nageuses. Les fois suivantes, j’ai réussi à bien suivre les nageuses qui m’intéressaient. Ce qui me frappe, au bout de tout cela, c’est le professionnalisme et la sobriété de notre championne d’Europe, sobriété de sa prestation sur la plage avant le départ, sobriété et intériorisation des émotions pourtant tellement fortes après la victoire. Et dans l’eau, du joli travail dans une situation de combat extrêmement serré, sans jamais avoir l’air de s’affoler ou de perdre les commandes de son effort. Bien entendu, cette façon d’imposer sa brasse même à une spécialiste comme la Britannique qui finira 3e, mais aussi de contrôler chaque parcours technique en « enlevant » les derniers mètres (ainsi en brasse et en crawl, où, à la bagarre avec l’Italienne Cusinato, elle semble littéralement décoller dans les derniers mètres). Et je me suis repassé les commentaires italiens où Fantine Lesaffre est qualifiée de « magnifica » et autres gentillesses… Elle devrait enregistrer tout ça et se le repasser les jours où elle n’y croit plus trop !!

 MESSIEURS.- 4 fois 100 mètres: 1. RUSSIE, 3’12s23 ; 2. ITALIE, 3’12s90 ; 3. POLOGNE, 3’14s20 ; 4. HONGRIE, 3’14s51 ; 5. GRECE, 3’14s52 ; 6. PAYS-BAS, 3’14s60.

Six nageurs font moins de 49 secondes au start : Nandor NEMETH, Hongrie, et Damian WIERLING, Allemagne, 48s61, Evgeny RYLOV, Russie, 48s62, Luca DOTTO, Italie, 48s63, Jan SWITKOWSKI, Pologne, 48s68, et Nyls Jan KORSTANJE, Pays-Bas, 48s87. Les Russes ne se détachent (pas trop d’ailleurs) que dans le troisième relais, que Vladimir MOROZOV exécute en 47s61. Klement KOLESNIKOV achève leur triomphe en 47s39. Les Italiens, pour leur part, enlèvent l’argent grâce au parcours remarquable d’Alessandro MIRESSI, 46s99, qui lui fait gagner deux places. Le seul autre parcours lancé en moins de 48 secondes est signé Kristian GKOLOMEEV, Grèce, 47s51. Ni le record du monde (USA, 3’8s24), ni le record d’Europe (France, 3’8s32), tous deux établis en finale olympique de Pékin, en 2008, ni même le record des championnats d’Europe, 3’11s64 par la France à Berlin en 2014, ne sont battus.

50 dos : 1. Kliment KOLESNIKOV, Russie, 24s00 (record du monde ; ancien, 24s04 par Liam TANCOCK, GBR en 2009) ; 2. Robert-Andrei GLINTA, Roumanie, 24s55 ; 3. Shane RYAN, Irlande, 24s64 ; 4. Vladimir MOROZOV, Russie, 24s69 ; 5. Jeremy STRAVIUS, France, 24s83

100 brasse : 1. Adam PEATY, GBR, 57s00 (record du monde et d’Europe, ancien par lui-même, 57s13 en 2016 à Rio de Janeiro) ; 2. James WILBY, GBR, 58s54 ; 3. Anton CHUPKOV, Russie, 58s96 ; 4. Kiril PRIGODA, Russie, 59s10 ; 5. Fabio SCOZZOLI, Italie, 59s10 ; 6. Andrius SIDLAUSKAS, Lituanie, 59s52 ; 7. Arno KAMMINGA, Pays-Bas, 59s59.

DAMES.- 50 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 23s74 ; 2. Pernille BLUME, Danemark, 23s75 ; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24s21; 4. Maria KAMENEVA, Russie, 24s40.

800 mètres : 1. Simona QUADARELLA, Italie, 8’16s35 ; 2. Ajna KESELY, Hongrie, 8’21s91 ; 3. Anna EGOROVA, Russie, 8’24s61 ; 4. Sarah KOEHLER, Allemagne, 8’25s81 ; 6. Boglarka KAPAS, Hongrie, 8’26s32.

Passages de QUADARELLA, 1’0s14 ; 2’2s69 ; 3’5s83 ; 4’8s53; 5’10s68; 6’12s94; 7’15s63; derniers 50 mètres en 29s48.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 56s13 ; 2. Svetlana CHIMROVA, Russie, 57s30; 3. Elena DI LIDDO, Italie, 57s58; 4. Ilaria BIANCHI, Italie, 57s62; 5. Anna NTOUNTOUNAKI, Grèce, 57s67 ; 6. Louise HANSON, Suède, 57s89.

MIXTE.- 4 fois 200 mètres : 1. Allemagne, 7’28s43 ; 2. Russie, 7’29s37 ; 3. Grande-Bretagne, 7’29s72.

LESAFFRE REINE D’EUROPE: UNE BATTANTE PRENOMMÉE FANTINE

Éric LAHMY

Samedi 4 Août 2018

Il est assez sympathique, pour les Français, que la redistribution des cartes, cette année, dans la natation mondiale leur ait été assez favorable pour que deux titres, la première journée des championnats d’Europe de Glasgow, leur reviennent.

Et vu d’assez loin, où je me trouve, ces deux titres n’étaient pas des plus attendus. Ils ont été produits à l’issue d’une intense compétition. Celui, sur 400 quatre nages, arraché par Fantine Lesaffre, constitue un exploit personnel indiscutable, car en une journée, la Nordiste entraînée à Marseille a dû améliorer le record de France à deux reprises pour venir à bout de l’Italienne Ilaria Cusinato.

Lesaffre, jusqu’ici, n’avait pas atteint la dimension internationale où elle déboule donc d’un seul coup à vingt-trois ans passé. Elle avait bien été sélectionnée pour les Jeux olympiques de Rio, voici deux ans, mais dans des conditions assez rocambolesques, avec l’air d’une reprise de justesse, comme eut dit Coluche, et n’avait d’ailleurs pas laissé de souvenirs dans le bassin du Stadio Aquatico Olimpico, avec une 23e place du 400 quatre nages en 4’44s47, et la 30e ex-aequo avec l’Autrichienne Lena Kreundi du 200 quatre nages en 2’15s71.

On avait un peu souri de façon crispée quand elle avait justifié de son déplacement olympique tiré par les cheveux par le fait qu’elle était aux Jeux pour apprendre, parce qu’à 21 ans, à son niveau d’alors et à un âge où l’on n’effectue plus de progrès importants dans ce sport juvénile, les chances qu’elle atteigne le haut du pavé paraissaient, osons le mot, quasiment nulles.

Mais Lesaffre devait parler sérieusement. Elle-même a expliqué un jour qu’elle était dotée d’un « sale » ou « mauvais » caractère. Je ne garantis pas l’exactitude du mot employé, mais il témoignait – en sa faveur –  d’une certaine humilité doublée d’un sens de l’humour qui (et c’est tout à son honneur) pouvait frôler l’autodérision. Savoir rire un peu de soi-même est une qualité rare, par les temps qui courent…

Le propos faisait écho à une notation parallèle et de même direction proférée par son entraîneur mulhousien d’alors, Lionel Horter, qui avait d’ailleurs l’air de s’en amuser un peu !

Elle a démontré depuis, ce me semble, que, sale ou propre, elle avait du caractère.

2017, pourtant ne témoigna pas que Fantine était sur la bonne voie. L’une des victimes collatérales de la noyade olympique et mulhousienne de Yannick Agnel, elle avait dû fuir l’Alsace et chercher refuge dans un compromis entre Montpellier Métropole Natation, qui la sponsorisait, et le Cercle de Marseille, qui l’entraînait. Là, elle fit partie d’une sorte, sinon de naufrage – du moins de couac dans la préparation des championnats de France 2017 qui affecta les demi-fondeurs marseillais. L’entraîneur décida de jouer un jeu risqué avec l’affûtage terminal d’un entraînement en altitude en rétrécissant de façon drastique l’indispensable phase de retour au niveau de la mer.

Ce choix périlleux avait été influencé par l’expérience d’équipes de natation très exercées à l’altitude, ce que les Marseillais n’étaient pas. La manoeuvre qui convenait aux Nippons et aux Espagnols laissa les Phocéens sur le flanc. Parmi les éclopés de cette opération, donc, Fantine Lesaffre.

Elle ne put se qualifier pour les mondiaux de Budapest et fut envoyée avec une petite équipe formée notamment de Marie Wattel, d’elle-même et de quelques autres à East Meadow où se disputait l’US Open. Wattel y fut finalement bombardée meilleure nageuse du meeting et Fantine, elle, première qualifiée du 400 quatre nages, et, encore en tête à l’issue de la brasse, ne le céda en 4’43s25 que face au talent de crawleuse de Sharlene Brady (4’42s70).

Lesaffre y fut aussi 3e du 200 quatre nages. Très honnêtement, l’US Open, cette année là, ne pouvait être considéré comme une des grandes compétitions de la saison US, mais il y avait ce label états-unien, et cette profusion d’éléments de valeur se confrontant par vagues. Marie Wattel trouva un certain réconfort de s’y être distinguée et il est bien possible que Fantine y ait pris quelques repères encourageants.
Pourtant, on ne peut dire qu’elle avait changé de statut. Ses performances, quoi que de bon niveau, ne trahissaient pas la grande nageuse internationale. Tout au plus pouvait-on noter chez l’impétrante un entêtement certain, après ces aléas, à s’accrocher à un destin d’ondine de haut niveau qui ne s’offrait pas sans douleurs !

Il en allait différemment au niveau français. Fantine trahissait des talents multiples qui en faisaient une adversaire redoutée un peu partout sauf en sprint, à l’aise dans tous les styles. En 2017, elle achevait la saison avec les 2e performances françaises de l’année sur 200 quatre nages derrière Cyrielle Duhamel, 2’13s58 contre 2’13s31, et sur 400 quatre nages derrière Lara Grangeon, 4’41s64 contre 4’41s61. Mais elle était aussi, à la fin de la saison, 3e du 200 brasse, 2’31s31, 4e du 800 mètres, 8’42s98, 6e du 1500 mètres en 16’36s86, 7e sur 400 mètres, 4’16s45, sur 200 papillon, en 2’16s98, et sur 200 dos, en 2’16s20, 14e sur 200 mètres, en 2’3s14! Partout où il fallait bosser ferme pour réussir, cette très jolie – dans tous les sens du terme – nageuse française était là.

Quoiqu’il en fût, jusqu’aux séries de la course, hier, Fantine ne paraissait pas en mesure de devenir championne d’Europe, pas même d’accéder au podium. Rien ne laissait deviner un destin d’ampleur continentale. Son record personnel en grand bain, 4’38s88, datait de Mulhouse et de mars 2016. Et si elle donnait une impression, Fantine, c’était, plus ou moins, de piétiner.

C’est sans doute pourquoi l’intéressée est restée médusée par sa performance. Dès les séries, effacer le record de France en 4’36s17 lui avait paru « énorme. » Et ça l’était sans doute. Fantine n’a pas battu des faire-valoir. Ilaria Cusinato, sa seconde, est une jeune italienne qui s’est manifestée par des progressions impressionnantes cette année. Hannah Miley, 3e, habituée des podiums mondiaux, olympiques, européens, fut une double championne du monde en petit bassin, et a représenté l’Ecosse et la Grande-Bretagne aux Jeux olympiques et à ceux du Commonwealth. Willmott et Jakabos, elles aussi, présentent de jolis pedigrees. Enfin on note que sur le papier, Fantine n’était que la 5e engagée au temps, avec 4’38s98.

Bien entendu, il serait mensonger par omission de ne pas signaler l’absence de Katinka HOSSZU. Dont le record mondial frôle les 4’26s. Mais d’abord les absents ont tort ; ensuite Hosszu, si elle avait valu peu ou prou son record ou même 4’30s, aurait nagé l’épreuve !

En 2018, Lesaffre n’est donc pas une championne d’Europe au rabais, et la gagnante aux Etats-Unis d’Amérique, Ally McHUGH, avec 4’34s80, a nagé moins vite qu’elle. Je ne sais ce que cela peut signifier, mais les performances de podiums européen et américain du 400 quatre nages se ressemblent énormément puisque les quatre premières US sont : 1. Ally MCHUGH, 4’34s80 ; 2. Brooke FORDE, 4’35s09; 3. Melanie MARGALIS, 4’35s50; 4. Leah SMITH, 4’35s68.

 DAMES.- 400 mètres 4 nages : 1. Fantine LESAFFRE, France, 4’34s17 [1’3s39 (3), 2’13s82 (2), 3’31s54 (1), 4’34s17]; 2. Ilaria CUSINATO, Italie, 4’35s05 [1’3s49 (4), 2’14s39 (4), 3’31s86 (2), 4’35s05]; 3. Hannah MILEY, GBR, 4’35s34 [1’4s03 (7), 2’15s24 (8), 3’32s48 (4), 4’35s34]; 4. Aimee WILLMOTT, GBR, 4’35s77 [1’3s95 (6), 2’15s17 (7), 3’32s41 (3), 4’35s77]. 15e. Cyrielle DUHAMEL, France, 4’48s32.

QUATRE FOIS 100 METRES : AU TOUR DES FILLES

La recette d’un fort relais, c’est un super nageur associé à trois seconds solides et batailleurs. Après, bien sûr, la compétition décide. Dans le quatre fois 100 mètres libre féminin, trois équipes, à Glasgow, étaient bâties sur ce modèle… La mieux dotée paraissait être la Néerlandaise, parce qu’à la super, Ranomi KROMOWIDJOJO, s’ajoutait une « presque super », Femke HEEMSKERK. Les Danoises s’appuyaient sur la championne olympique du 50 mètres, Pernilla BLUME.

Ce sont les Françaises qui ont gagné. Celle qui devait faire la différence, c’était Charlotte BONNET, bien sûr. Marie WATTEL, qui s’était faite éliminer sur 100 mètres papillon, en demi-finale, une petite demi-heure plus tôt dans la soirée, avait charge de lancer l’affaire. Elle s’en tira moyennement, quoique touchant quand même en 2e place ; ses 54s35, éloignés de presqu’une seconde de son record personnel, 53s53 le 26 mai dernier, la laissaient loin d’une BLUME magnifique, 52s83.

Les Danoises, cependant, avaient mangé leur pain blanc. BONNET, en 52s20, donna la tête aux Françaises tandis qu’HEEMSKERK, en 52s33, rappelait qu’à défaut d’une grande soliste, elle reste une extraordinaire relayeuse, et ramenait les Pays-Bas en seconde place.

Pour les Françaises, en pointe, était venu le temps de trembler car parties pour gagner, elles nageaient maintenant pour ne pas perdre. Margaux FABRE, même sans se transcender (54s41), maintenait l’avance en face de Kira TOUSSAINT (Pays-Bas, 54s47) et donnait à Béryl GASTALDELLO un petit mètre d’avance. Un mètre, ce n’est pas rien, mais est-ce suffisant quand on a à ses trousses une battante de la dimension de Ranomi KROMOWIDJOJO ? En l’occurrence, la réponse fut : oui, et Béryl, en 53s69 (contre 53s22 à la Hollandaise), parvint à conserver ce qu’il fallait du pécule qui lui avait été confié pour permettre d’écouter une deuxième Marseillaise à Glasgow !

Le succès du relais féminin venait à point nommé pour faire oublier l’absence des Français en finale du relais masculin. Nos représentants avaient raté la qualification en finale, lors des séries, pour avoir cru pouvoir laisser Jeremy STRAVIUS, fort occupé à se qualifier (dans la douleur) sur 50 dos. Ils y laissèrent une seconde et passèrent à la trappe. Maintenant, si cela peut nous consoler, ils n’auraient pas été dans la course au podium, en finale.

Sur 400 mètres nage libre messieurs, où notre David AUBRY avait raté la finale d’une place et de deux dixièmes, en 3’49S87, on notait la disparition de l’Italie, en la personne de Gabriele DETTI (absent excusé, blessure à une épaule). La course était gagnée haut la main par ce beau nageur ukrainien qu’est Mykhaylo ROMANCHUK en 3’45s18 (54s87, 1’51s53, 2’48s63), en tête de bout en bout devant quatre nageurs du centre et du nord du continent, tous dans la même seconde : Henrik CHRISTIANSEN, Norvège, 3’47s07, Hennig MUEHLLEITNER, Allemagne, 3’47s18, Felix AUBOECK, Autriche, 3’47s24, et Victor JOHANSSON, Suède, 3’47s74.

Sur un plan personnel, je dois dire que cette journée, suivie de 4797 kilomètres (la distance qui sépare Montréal de Glasgow), me laissa un goût étrangement agréable. Trente ans après avoir suivi les pérégrinations aquatiques de Bruno LESAFFRE et de Véronique JARDIN, je visualisais tout en haut sur leurs podiums, la nièce du premier, Fantine, et la fille de la seconde, Béryl. Ça a l’air bête, mais j’ai trouvé ça sympa !

 

CHAMPIONNATS US, 5e JOURNÉE : 3e TITRE POUR KATHLEEN BAKER ; KALISZ SUPER-STAR ET SIMONE MANUEL A SA MAIN

Éric LAHMY

 Lundi 30 Juillet 2018

Décidément, ces championnats US 2018 d’Irvine n’auront pas montré un grand Caeleb DRESSEL En nage libre, le meilleur nageur du monde de 2017 a été inférieur à sa valeur de l’année passée, et après sa défaite sur 100 mètres où Blake PIERONI l’a emporté, il a été devancé sur 50, par le jeune Michael ANDREW, qui continue son bonhomme de chemin et un an après avoir éreinté le record mondial junior (21s75), en est maintenant à 21s48 : un temps guère mirobolant, mais qui lui donne une place en finale mondiale.

DRESSEL, avec 21s67, est assez éloigné du temps qui lui donna la victoire aux mondiaux de Budapest (21s15). Mais il est juste un peu en-dessous de ce qu’il avait obtenu aux championnats des Etats-Unis 2017, où il l’avait emporté en 21s53. Vue sous cet angle, la performance de ANDREW prend un certain relief, puisqu’il est plus rapide que DRESSEL l’an passé… et la contre-performance de DRESSEL peut être relativisée !

Sur 800 mètres, Zane GROTHE l’emporte et réalise donc un doublé, puisqu’il avait gagné aussi le 400. Mais si son succès sur la distance inférieure était obtenu avec un temps assez quelconque, son résultat sur 800 est d’une bien meilleure valeur… GROTHE bat son vieux rival WILIMOVSKY (lequel avait disposé de lui dans le 1500 mètres), construisant l’essentiel d’une avance finale de trois secondes dans les deux cents derniers mètres.

Chase KALISZ, décidément imprenable aux USA dans les quatre nages, réussit un temps de haute valeur, et devance, comme l’an passé, Abrahm DeVine. Aux mondiaux de Budapest, personne d’autre que lui-même n’aurait battu son temps d’Irvine, 1’55s73

Simone MANUEL, c’était attendu, s’approprie le 50 mètres, très nettement devant l’habituel bataillon des sprinteuses, Abbey WEITZEIL, Margo GEER, Grace ARIOLA, Madison KENNEDY et Kelsi DAHLIA.

La victoire de Kathleen BAKER, en revanche, n’était pas annoncée par les augures, sur 200 mètres quatre nages, qui privilégiaient dans les pronostics la championne en titre, Melanie MARGALIS ou encore Ella EASTIN.

Mais la toute nouvelle recordwoman du monde du 100 mètres dos est en grande forme et l’a montré. Elle a empoché son troisième titre national après ceux des 100 et 200 dos. On l’attendait dans sa nage de prédilection, mais elle anticipe en se lançant en tête dès le parcours de papillon, 27s94. Bien entendu, le parcours en dos en 31s81 lui permet d’enfoncer le clou, et contraint ses rivales à sortir le grand jeu pour ne pas être trop décollées. En brasse, BAKER, non seulement  ne cède rien, mais en 37s32, se montre la plus rapide de toutes, à égalité avec MARGALIS. BAKER est une solide nageuse de crawl, et cela se voit, car elle ne se fait rien reprendre dans ce secteur également ; son temps final, 2’8s32, est le plus rapide jamais nagé sur le territoire états-unien. Ce « record » appartenait à Katerina HOSSZU avec 2’8s66.

MESSIEURS. – 50 libre : 1. Michael ANDREW, 21s48 ; 2. Caeleb DRESSEL, 21s67; 3. Nathan ADRIAN, 21s85; 4. Michael CHADWICK, 22s00.

800 libre : 1. Zane GROTHE, 7’44s57; 2. Jordan WILIMOVSKY, 7’47s51; 3. Robert FINKE, 7’51s41.

26s77, 27s74, 28s70, 28s93, 29s21, 29s22, 29s24, 29s30 = 3’49s11

200 4 nages : 1. Chase KALISZ, 1’55s73; 2. Abrahm DeVINE, 1’57s41; 3. Gunnar BENTZ et Andrew SELISKAR, 1’58s23; 5. Josh PRENOT, 1’58s57; 6. Jay LITHERLAND, 1’59s11 (en series, 1’58s97. 

DAMES.- 50 libre : 1. Simone MANUEL, 24s10 ; 2. Abbey WEITZEIL, 24s63; 3. Margo GEER, 24s79 (en séries, 24s77); 4. Grace ARIOLA, 24s83.

1500 libre : 1. Ashley TWICHELL, 15’55s68 ; 2. Ally McHUGH, 16’2s56; 3. Erica SULLIVAN, 16’2s88; 4. Haley ANDERSON, 16’4s81.

200 4 nages : 1. Kathleen BAKER, 2’8s32; 2. Melanie MARGALIS, 2’9s43; 3. Ella EASTIN, 2’10s84; 4. Evie PFEIFER, 2’11s53; 5. Megan SMALL, 2’11s65. En séries, Alex WALSH, 2’11s83

CHAMPIONNATS US, 4e JOURNÉE : LEDECKY PERD LA CADENCE ET LE RECORD MAIS GAGNE D’UN BOULEVARD

Éric LAHMY

Dimanche 29 Juillet 2018

Si Katie LEDECKY n’a pas battu le record mondial du 400 libre, qu’elle détient avec 3’56s46, ce ne fut pas faute d’essayer, dans cette journée de samedi des championnats US d’Irvine, en Californie. En fait, son début de course fut un petit peu plus rapide que celui du record, qu’elle avait établi en finale olympique à Rio de Janeiro. Au Brésil, elle était passée en 57s05 et 1’57s11. Dans le bassin du William Woolett Aquatic Center d’Irvine, samedi soir, ses partiels correspondants étaient de 56s90 et 1’56s94. C’est après le virage de la mi-course que LEDECKY perdit la cadence, alors que, loin derrière dans le champ de course, les filles s’étaient éparpillées, seule Leah SMITH ne se trouvant pas totalement surpassée (mais accusant quand même un déficit de plus de deux secondes), put maintenir dans sa fin de course vitesse de nage pas trop éloignée de la recordwoman du monde.

LEDECKY effectua une course assez déséquilibrée, avec deux moitiés en 1’56s94 et 2’2s15. Leah SMITH, qui finissait à cinq-six mètres, produisait elle un parcours plus harmonieux, 1’59s23 et 2’2s98. Mais même légèrement reprise dans la dernière longueur, LEDECKY continue de disposer d’un énorme avantage… en attendant de rencontrer aux PanPacifics l’Australienne TITMUS et les Chinoises de service…

Allison SCHMITT, qui fut médaillée d’argent olympique du 400 mètres en 2012, derrière Camille MUFFAT, et qui effectuait, après une éclipse de deux ans, un retour assez prometteur, authentifié par des places d’honneur sur 100 et 200, fut réduite, sur ce qui fut sa meilleure distance, à remporter la finale B en 4’8s48. Elle devançait l’espoir US du 400 mètres Claire TUGGLE, une jeunesse de 14 ans et 20 jours (née le 8 juillet 2004) qui ratisse depuis quelque temps déjà les titres et les records d’age-groups…

LEDECKY SEULE DANS SON NUAGE, BAKER BIEN ENTOURÉE, DANS UN CIEL ENCOMBRÉ

LEDECKY sur 400 mètres et Kathleen BAKER sur 100 mètres dos ont été autant dominatrices, mais se trouvent dans des situations très différentes par rapport à la concurrence.

LEDECKY a fait le vide autour d’elle, et cela ne date pas d’hier, puisque depuis six saisons, elle impose sa loi sur le demi-fond féminin américain (et mondial). BAKER, elle, malgré sa supériorité telle qu’affichée dans la finale de samedi, est dans une situation beaucoup moins affirmée, beaucoup plus fragile. Dans la course, Regan SMITH, 3e, bat le record du monde junior et la talonnerait presque. Et Olivia SMOLIGA, 2e, quoique battue nettement, reste, forte de ses mensurations, une bien dangereuse rivale.

[La qualité du 100 mètres dos féminin US est proprement hallucinante. La championne de France Mathilde CINI, avec son temps, aurait terminé 11e ou 12e à Irvine et sa seconde,  Louise LEFEBVRE, se serait classée 33e des séries].

BAKER, comme elle l’a fait régulièrement depuis 2016, a une fois de plus révélé une capacité à se transcender dans les grandes occasions qui fait sa force. 2e derrière SMOLIGA (59s02 contre 59s16) des trials olympiques US en 2016, elle nagea, aux Jeux, à trois reprises sous les 59s qu’elle n’avait jamais battues jusqu’alors, et enleva l’argent dans une course extrêmement disputée enlevée par la Hongroise Katinka HOSSZU. Même capacité illustrée aux mondiaux de Budapest, où elle ne le cède, battant son record, que devant le record du monde que bat en finale une Kylie MASSE inébranlable.

Plus remarquable encore, peut-être, BAKER, qui est loin d’être un phénomène athlétique, seulement une solide et rayonnante jeune femme de 1,73m, n’est pas, malgré les apparences, un parangon de santé physique. Tout au contraire. Elle souffre d’une maladie de Crohn, une inflammation chronique du système digestif, affectant principalement l’intestin, diagnostiquée en 2010. Ce mal inguérissable, aux origines multiples et mal cernées, alliant le génétique et le civilisationnel, est fort handicapante. Douleurs, amaigrissement, fatigue. Mais il semble que rien ne pouvait affecter négativement l’enthousiasme pour la natation, pour le rêve olympique, de miss BAKER!

Lilly KING, la championne olympique et du monde, l’a emporté sur 100 mètres brasse. Logique certes mais… Cela ne paraissait pas évident au vu des séries, qui avaient assisté à un exploit de Molly Catherine HANNIS. En 1’5s78, elle améliorait son record, 1’6s16 en 2016, et se présentait presque en favorite ou du moins en rivale de Lilly et de Katie MEILI (qui firent une et trois sur la distance aux Jeux olympiques de Rio, une et deux aux mondiaux de Budapest). Mais même à vingt-huit ans (elle est née le 20 juillet 1990) et malgré toute son expérience, HANNIS n’a pas réussi à retrouver le soir sa cadence du matin. KING l’emportait et MEILI assurait de peu l’argent devant Micah SUMRALL, ex-LAWRENCE, qui a conclu un come-back, deux ans après avoir raccroché ses maillots aux sélections olympiques 2016, par une victoire, à Irvine, sur 200 brasse, et une sélection pour les PanPacifics… SUMRALL avait atteint le podium (bronze) sur 200 brasse aux mondiaux de Barcelone). Elle s’était promis de ne plus jamais renager, mais la revoilà !

Lilly KING, elle, expliqua qu’elle devait ce soir se qualifier pour les PanPacifics, parce que, expliquait-elle, elle n’avait pas prévu de billet de retour pour rentrer à la maison. Belle motivation !

Côté messieurs, Ryan MURPHY a sauvé de justesse son titre sur 100 dos. A trente-trois ans, l’ancien champion olympique (2012) et du monde (2013) du 100 mètres dos, Matt « Dutch » GREVERS a secoué les 2,03M et les 104 kg de sa carcasse pour l’accompagner tout le long du parcours, et n’a finalement cédé que par quatre centièmes.

Le 400 mètres libre et le 100 mètres brasse donnèrent lieu à des courses assez serrées, mais que n’illuminèrent pas de très grandes performances (tout est relatif). A noter cependant la victoire de Michael ANDREWS, le plus jeune professionnel de la natation mondiale, au 100 brasse, devant une brochette de spécialistes…

MESSIEURS.- 400 libre : 1. Zane GROTHE, 3’46s53; 2. Grant SHOULTS, 3’46s90; 3. Chris WIESER, 3’48s92 (en série, 3’48s89); 4. Zach YEADON, 3’49s09: 5. Troy FREEMAN, 3’49s90 (en série, 3’49s02); 6. Andrew ABRUZZO, 3’50s04 ( en série, 3’48s58). Finale B: Mitch DARRIGO, 3’49s88.

100 dos : 1. Ryan MURPHY, 52s51; 2. Matthew GREVERS, 52s55; 3. Justin RESS, 53s26; 4. Bryce MEFFORD, 53s84; 5. Jacob PEBLEY, 54s05; 6. Austin KATZ, 54s06. Finale B, Stewart COLEMAN, 54s03. En séries, Dean FARRIS, 54s21

100 brasse : 1. Michael ANDREW, 59s36; 2. Andrew WILSON, 59s43; 3. Devon NOVICKI, 59s48: 4. Kevin CORDES, 59s72; 5. Cody MILLER, 59s77. En séries, Nick FINK, 59s86.

DAMES.- 400 libre : 1. Katie LEDECKY, 3’59s09 (56s90 ; 1’56s94, 2’58s16); 2. Leah SMITH, 4’2s21; 3. Haley ANDERSON, 4’7s21.

100 dos : 1. Kathleen BAKER, 58s00 (record du monde, ancien, Kylie Jacqueline MASSE, Canada, 58s10; record des USA, ancien, Melissa FRANKLIN, 58s33) ; 2. Olivia SMOLIGA, 58s75 ; 3. Regan SMITH, 58s83 (record du monde juniors, anciens par elle-même, 59s11 et 59s09) ; 4. Phoebe BACON, 59s30 (en séries, 59s12) ; 5. Katharine BERKOFF, 59s77 ; 6. Elise HAAN, 1’0s08 (en séries, 59s73; 7. Ali DELOOF, 1’0s13 (en séries, 1’0s05; 8. Lisa BRATTON, 1’0s55 (en séries, 59s76). Finale B: 1. Isabelle STADDEN, 1’0s07; 2. Amy BILQUIST, 1’0s40 (en séries, 1’0s26); 3. Claire ADAMS, 1’0s58 (en séries, 1’0s43); 4. Lucie NORDMANN, 1’0s62; 5. Asia SEIDT, 1’0s73.

100 brasse : 1. Lilly KING, 1’5s36 ; 2. Katie MEILI, 1’6s19 ; 3. Micah SUMRALL, 1’6s34 ; 4. Molly HANNIS, 1’6s36 (en séries, 1’5s78).