PELERINAGE A CHARTRES : IRON MAIDEN A BIEN NETTOYÉ SOUS LES TAPIS

Eric LAHMY

Dimanche 28 août 2016

Je vous félicite bien de vous intéresser au meeting de Paris-Chartres (80 kilomètres  pied), vous avez la natation chevillée à l’âme. Ces Coupes du monde hors-saison manquent de vitamines, elles sont dopées par le petit bassin, elles rappellent un peu les courses d’automne du cyclisme, dans une ambiance de foire à la ferraille et au jambon.

Les Français y ont remporté le relais quatre fois 50 mètres  mixte, c’est super, je ne savais même pas que ça existait, ça permet d’un coup de voir nager Stravius, Manaudou, Mathilde Cini et Anna Santamans, tous des gens qu’on aime bien c’est donc toujours ça de gagné. A part ça, nager en indoor petit bassin par ce temps de Kalahari, c’est comme manger des fruits hors saison, on soupçonne qu’il y a plus de pesticides que de vitamines. Mais enfin c’est la natation FINA…

…Bon, il y a Hosszu, la pro hongroise jusqu’au bout des ongles qui, si elle veut accroitre le champs de ses engagements, devrait se présenter au départ d’une ou deux courses masculines. Cette Coupe du monde a été taillée pour une seule nageuse : elle. C’est la seule qui vit la natation comme Serena Williams et consoeurs vivent le tennis.

Et puis elle est costaude. On sait qu’aux Etats-Unis, il y a des hommes qui craignent que Katie Ledecky en fasse autant, ça en ferait pleurer quelques-uns. Elle a fini son décathlon aquatique avec un 400 quatre nages en 4’27s67 en déroulant, Hosszu, c’est huit secondes moins bien que son record mondial et quatre secondes de mieux que que tout ce qui nageait de plus vite contre elle à Chartres, Takahashi, Jakabos, Miley, 4’31s20, 4’31s71, 4’31s85.

Plus tôt dans l’après-midi, elle a gagné le 100 quatre nages, c’est bien, ça me rappelle que la FINA a aussi inventé cette épreuve qui s’imposait dans son délire créatif. 57s63, à une seconde de son record du monde, 56s67, je vous dis, cette jeune femme ne chôme pas, elle vient chez vous, elle fait le ménage, elle passe l’aspirateur sous les tapis, et va chercher la poussière en haut des armoires. C’est pas Iron Lady, c’est Iron Maiden… car, un elle nettoie tout, deux c’est une femme orchestre ! Là, c’est vrai, il fallait qu’elle se dépêche, car la brune liane jamaïcaine Lia Atkinson avec un parcours de brasse et Emily Seebohm avec son dos crawlé l’ont titillée, 57s84 et 58s10.

Encore plus tôt, elle gagne le 400 mètres, assez facile, dans un temps médiocre, 4’2s83, (pour elle) et en l’absence des grosses cylindrées de l’épreuve. Auparavant, elle a gagné le 100 dos qui se présente comme une (fausse) revanche des Jeux olympiques. Emily Seebohm part le plus vite, 27s41, mais Katinka la déloge de la première place, à l’arrivée, Hosszu, 55s93 ; Seebohm, 56s42, Daryna Zevina, 56s43. Seebohm gagnera, vendredi, le 50 dos, vestige rabougri de son antique domaine ! Ai-je besoin de vous dire qui, vendredi, a gagné le 200 ? Oui, bien sûr, c’est Katinka, fastoche, toute seule de bout en bout, et 1’53s34 (pas un temps monstrueux, disons le, quand on sait que Sjöström a nagé en 1’50s78 voici deux ans.

Un peu après, elle s’attribue le 100 mètres papillon, 56s09 contre 56s54 à Ottesen et 56s77 à Madeline Groves. Ne s’est-elle pas également octroyé le 200 mètres quatre nages (bien entendu), quoique dans un temps quelconque, devant une Alia Atkinson décidément en verve ?

Sur 50 papillon dames, Jeannette Ottesen l’emporte en 25s09 devant… personne, enfin personne qui compte. Elle gagne aussi le 100 mètres, 51s84, mais c’est cette fois devant Katinka Hosszu, 52s12, et assez loin derrière Zsuzsanna Jakabos, la dernière miss Univers hongroise de la natation, 53s50. Ottesen devance très nettement Anna Santamans au 50 libre, 23s72 contre 24s43  Au 200 brasse, la Nippone Rie Kaneto mène de bout en bout assez largement ce qui lui permet de résister au retour final de Julia Efimova, 2’16s99 contre 2’17s32, tandis que la seconde Japonaise, Miho Takahashi, poupée du quatre nages de 1,61m (et ce n’est pas la plus petite dans l’équipe du Japon), encore très dans la course aux 100 mètres, est victime d’un gros coup de moins bien. Sur 50 brasse, Efimova est « victime » de Alia Atkinson, 29s25 contre 29s34. La Russe, 1’4s14, a été devancée sur 100 par Atkinson, 1’2s36, son propre record du monde égalé, et Meili, 1’3s52. Bref, Efimova n’a rien gagné, j’espère que vous aurez une larme pour elle?

Les garçons sont relax. Manifestement, dans ce meeting, ils sont plus à Paris qu’à Chartres. Mais on assiste à la victoire de Jordan Pothain, sur 400 mètres nage libre, devant James Guy, 3’40s56 contre 3’42s46, (temps certes très éloignés du record mondial d’Agnel, 3’32s25).

OUI IL Y A EU UN RECORD DU MONDE MAIS DE QUOI DEJA ?

 Chad Le Clos a cependant nagé un leste 100 papillon, 49s05, mais il a été chatouillé de près par le retour d’Adam Barrett, 49s31. Sur 100 brasse, Manaudou avait démontré la capacité, pour un sprinteur non spécialiste, de se défendre, voire d’attaquer dans d’autres techniques que la (les) sienne(s). Vladimir Morozov en donne une nouvelle preuve, sur 100 brasse, en 56s96, terminant dans les basques de Cameron Van Der Burgh, 56s42, et de Kiril Prigoda, 56s71. Vendredi, rappelons-le, Manaudou a fini 4e du 50 brasse, devancé certes par Van Der Burgh et Prigoda, 25s98 et 26s16, mais à la bagarre avec un ténor de l’épreuve, Felipe Lima, 26s49 contre 26s46… Van Der Burgh achève finalement le triplé de la brasse avec un 200 en 2’5s12 (devant Prigoda, 2’5s86), mais il est vrai très loin du record du monde de Gyurta, 2’0s48 !

Le beau Larkin déroule en 1’50s10 sur 200 dos, c’est déjà faire preuve de professionnalisme, par les chaleurs actuelles car son second, Bobby Hurley, 1’54s22, est à six mètres, et au-delà du quatrième, il y en a qui se sont perdus en chemin, on leur laisse les clés des bassins en sortant. La veille, sur 100 dos, Larkin, en revanche, n’a pas été à la fête, dans une super bataille à trois remportée par Bobby Hurley, 50s51, devant donc, Larkin, 50s54, et le Biélorusse Pavel Sankovich, 50s57 !  Florent Manaudou, qui est déjà dans ses six mois sabbatiques proclamées (j’ai idée qu’il va revenir nager, bien reposé, pour le fun et avec appétit) ne se présente pas sur 50 libre, qui représente trop pour lui sur le plan mental, en termes de tension et de désir de vaincre. Résultat, un one man show pour Vladimir Morozov, en 20s81, qui devance l’Ukrainien Andrii Govorov, 20s96.  Et sur 100, vendredi, Morozov, énorme, nage 45s57, et laisse la compagnie, littéralement, à ses pieds.Sur 200 quatre nages, Philip Heintz, Allemagne, domine, qui signe un honnête 1’52s03. La natation d’outre-Rhin a paru en plein redressement cette année. Côté féminin, c’est sa presque homonyme compatriote, Franziska Hentke, qui l’emporte, 2’5s16, se donnant le luxe d’un succès sur Madeline Groves dans le parcours de papillon.  Hentke aura aussi le mérite de faire ployer Hosszu sur 800 mètres, 8’24s86 contre 8’25s23. Philip Heintz, décidément en verve, ne trouve aucun rival sur 400 quatre nages, en 4’3s51, disposant de son second avec onze secondes d’avance ! Il gagne le 200 libre, 1’43s13, devant James Guy, GBR, 1’43s72, Jordan Pothain, 1’44s33, Jack Gerrard, Australie, 1’44s56, Bobby Hurley, Australie, 1’44s60. Heintz finit aussi 2e du 200 papillon, derrière Chad Le Clos, 1’51s84 contre 1’51s25, et du 100 mètres quatre nages, course folklorique où le nouveau recordman du monde n’est autre que Morozov en 50s60. Jeremy Stravius signe une victoire sur 50 dos : donnerait-il raison à ceux qui lui reprochent d’avoir abandonné sa meilleure nage pour se « fourvoyer » en nage libre ? Toujours est-il qu’il laisse Sankovich, 2e, et surtout Larkin, 3e, à un mètre.  Chad Le Clos s’approprie le 50 papillon, 22s17…


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