USA : L’APRES-PHELPS COMMENCE A INDIANAPOLIS

25 juin 2013

 

Par Eric LAHMY

 

            Abondance de talents aux championnats « trials » des Etats-Unis, qui débutent à Indianapolis, en l’absence de qui vous savez, mais en présence d’une galaxie de champions, dont la crème se retrouvera aux Mondiaux de Barcelone.

 

Les USA sont entrés dans « l’ère post-Phelpsienne », écrit Mike Gustafson dans sa présentation des championnats des USA, sélectifs pour les mondiaux de Barcelone, qui commencent aujourd’hui dans un des hauts lieux de la natation américaine, l’ Indianapolis Université Natatorium. Dans ce Temple du sport, inscrit sur le campus de l’Université, classé premier stade nautique des USA devant le CenturyLink Center d’Omaha, dans le Nebraska, le Centre Aquatique universitaire de Minneapolis, Minnesota, le Georgia Tech d’Atlanta, Georgie, et l’International Swimming Hall of Fame de Fort Lauderdale, en Floride, 103 records américains et 15 records du monde ont été battus. Ici se sont déroulés 13 championnats NCAA masculins et autant de féminins.

Ce qu’il doit penser sans le dire, Mike Gustafson (le plus amusant des journalistes de natation : il a émis trois prédictions pour Indianapolis : 1) Missy Franklin allait beaucoup sourire ; 2) Matt Grevers – 2,04m – serait très grand ; 3) la phrase la plus souvent prononcée serait : « que va faire Lochte ? »), c’est qu’on pourrait bien être entré dans l’ère Missy Franklin. Les Américains la considèrent comme la meilleure nageuse du monde, encore que Ranomi Kromowidjojo, Camille Muffat et une ou deux autres pourraient lui disputer l’appellation. Sur le papier, Missy devrait être imbattable sur les deux courses de dos, et redoutable sur 100m et 200m nage libre, à la poursuite pour le moins de places en relais. Sa réputation est devenue monstrueuse outre-Atlantique. Au-delà de ses exploits (quatre mdailles d’or aux Jeux de Londres), les Américains ont été touchés par sa simplicité, sa gentillesse et son désintéressement. Missy n’a-t-elle pas refusé une fortune pour pouvoir nager dans les compétitions universitaires jusqu’aux Jeux de Rio ? A-t-elle réussi à s’entraîner en toute quiétude entre les multiples obligations, sollicitations, invitations, parades, courriers en souffrance de milliers d’admirateurs, et pourra-t-elle tenir le programme ?

Si Michaël Phelps est irremplaçable (sauf par plusieurs nageurs), Ryan Lochte reste l’homme le plus à même de combler quelques-uns des vides laissés par l’homme protée, qui se promenait dans le programme olympique entre 100m nage libre et 400 mètres quatre nages, comme s’il avait son mot à dire là où il le voulait. Lochte, qui a vécu huit semaines sans le moindre entraînement, à être filmé pour une série intitulée « Qu’aurait fait Ryan Lochte » au sortir des Jeux, et avoue n’avoir repris le collier que sept semaines avant les trials, aura-t-il retrouvé le fond de nage qui a fait de lui le nageur de l’année 2010 et un très convenable héros des Jeux de Londres ? Disons qu’il a plutôt bien nagé récemment à Santa Clara.

La natation américaine, dont on annonce le déclin, de façon récurrente, depuis une bonne trentaine d’années, pète la santé. Certes, elle est plus partageuse que par le passé. Les razzias de titres olympiques ne sont plus de mise comme en 1964, ou en 1976, quand les Américains avaient enlevé tous les titres sauf un, celui du 200 mètres brasse. D’autres modèles de natation, d’autres organisations fabriquent du haut niveau. Mais le système américain, qui est d’ailleurs un anti-système, reste de loin le premier. Gros travailleur ou athlète de l’effort bref, professionnel ou étudiant nageur, il y en a pour tous les goûts… C’est ce qui le rend tellement séduisant, n’est-ce pas, Yannick Agnel ? Il est fort possible que les sélections pour les Mondiaux de Barcelone confirment cette pérennité.

L’abondance de talents est telle à Indianapolis que, dans les diverses présentations des champions à suivre, des héros de Londres, médaillés d’or comme Nathan Adrian (100 mètres nage libre) qui a effectué un très costaud 48’’08 à Santa-Clara, Tyler Clary (200 mètres dos), Matt Grevers (100 mètres dos), Katie Ledecky (800 mètres nage libre), Allison Schmitt (200 mètres nage libre) and Dana Vollmer (100m papillon, 4 fois 100m quatre nages et quatre fois 200m), ont tout juste droit à l’énoncé de leurs noms dans les chroniques des trials ! Dans tout autre pays au monde, ces gens  seraient des vedettes nationales…

Comme toujours en Amérique, ça bouge beaucoup. Phelps parti, de nouvelles ambitions vont mûrir.

Bien sûr, il y a toujours les grands vieillards, comme Natalie Coughlin, évincée de peu des Jeux olympiques de Londres, mais qui croit toujours en son étoile, à 31 ans (le 23 août prochain), et se réinvente en nageuse de sprint pur : haro sur les 50 mètres. A voir…

CONNAISSEZ-VOUS KEVIN CORDES ?

Mais attention aux jeunes inconnus : Rebecca Mann, quinze ans, par exemple, déjà qualifiée en eau libre. L’an dernier, cette écolière par correspondance qui écrit des romans (avez-vous lu « Le Dragon Perdu de Quanx » ?) pendant ses loisirs (quoi, elle en a ?) et qui, à neuf ans, traversait les 16km du détroit de Maui en 6 heures 26 minutes 46 secondes, avait abattu le très vieux record (31 ans) des 13-14 ans des USA sur 800 mètres qui appartenait à Sippy Woodhead, en 8’28’’54. Elle va peut-être chatouiller la suprématie de Katie Ledecky, la championne olympique de 15 ans, qui sait ?

Katie Ledecky, cependant, a l’air des plus solides. En tête du bilan de l’année sur 800m (8’20’’64), elle a gagné de la vitesse avec l’âge et pourrait étonner, sur 400 mètres (3e, 4’5’’21, très près de ses 4’5’’ de l’an passé), voire même sur 200 mètres (7e, 1’56’’93).

Un qu’on attend avec intérêt, c’est Kevin Cordes. Kevin quoi? Retenez ce nom, cela pourra vous servir. Imaginez qu’au moment où Brendan Hansen, qui fut à la brasse américaine ce que Phelps fut aux quatre nages, s’éloigne, une floppée de jeunes talents arrivent. Ils s’appellent Mark Gangloff, Mike Alexandrov, Scott Weitz, Clark Burkle, et tous ont de solides références. Mais aucun n’arrive au niveau de Cordes, 19 ans, 1,96m, 82kg.

L’an passé, 3e des trials olympiques sur 100m brasse (en 1’0’’58), le brasseur de l’Arizona a ravagé la saison hivernale en NCAA. En petit bassin, il a nagé en 57’’15 lancé. Sur les distances en yards, il n’a cessé de progresser. Son dernier mot se résume en deux chiffres, 50’’74 au 100 yards, 1’48’’68 au 200 yards, qui ont laissé bouches bées de l’autre côté de l’Atlantique. Les tables de conversion indiquent que cette dernière performance équivaut à 2’0’’63 en petit bassin, 2’5’’21 en grand bassin, sur la distance métrique. Il a aussi nagé un 100 yards lancé en relais en 49’’56, un temps qualifié d’incroyable, quelque chose comme 55’’ au 100 mètres ! Mais il y a un mais. Cordes est un artiste des parties ‘’non nagées’’, départs, coulées, virages ; il pourrait être moins sensationnel en grand bassin, avec un (50m), deux (100m) et quatre (200m) virages en moins.

Maintenant, silence. Aux nageurs de parler.

 

LE PROGRAMME D’INDIANAPOLIS

Premier session : aujourd’hui à 9 heures locale, 15 heures française. Séries des 200m papillon et des 100m dames et messieurs.

Deuxième session à 15H52 locale (21h52 française) : séries lentes du 800m dames et du 1500m messieurs.

Troisième session, à 18 heures locales (Demain à 0 heure française): finales des 200 mètres papillon, des 100m libre dames et messieurs, séries fortes des 800 mètres dames et 1500 mètres messieurs, des relais quatre fois 100m dames et messieurs.

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