Mois : mai 2015

MARE NOSTRUM : BELMONTE A CANET

Samedi 30 Mai 2015

Une équipe de dix-sept nageurs et nageuses, dont Mireia Belmonte et Melani Costa, et de sept accompagnateurs, est attendue au meeting Mare Nostrum de Canet-en-Roussillon. Ce meeting, disputé les 6 et 7 juin, constitue le premier volet du Circuit du Mare Nostrum, avant Barcelone, les 10 et 11 juin, et Monaco, les 13 et 14. Les compétitions sont suivies par un stage en altitude au centre d’entraînement de Sierra Nevada, qui, pour Mireia Belmonte, se situera du 13 juin au 7 juillet. Il semble donc que l’Espagnole ne se rendra pas à Monaco, dont les dates coïncident avec le début de ce stage

Nageuses: Mireia Belmonte y Melani Costa (UCAM Fuensanta), Jessica Vall et África Zamorano (CN Sant Andreu), Catalina Corró (CN Palma), Duane da Rocha (CN Mijas), Marina García (CE Mediterrani), Beatriz Gómez (CN Galaico), Judith Ignacio (CN Sabadell), Merche Peris (CN Santa Olaya) et María Vilas (CN Riveira).

Nageurs: Miguel Durán et Marc Sánchez (CN Sabadell), JuanMi Rando (CN Sant Andeu), Rafa Muñoz (Navial), Víctor M. Martín (CN Churriana) et Carlos Peralta (Real Canoe NC).

Officiels: José A. del Castillo (Directeur du haut niveau RFEN-CAR de Sant Cugat), Fred Vergnoux (Entraîneur RFEN-CAR de Sant Cugat), Bart Kizierowski (Entraîneur RFEN-CAR Blume de Madrid), Luisa Domínguez (Entraîneur CGTD-Pontevedra), José Daguerre (médecin RFEN), Jordi Esparó (physiothérapeute RFEN) et Andreu Roig (Biomécanicien CAR de Sant Cugat).

KATINKA HOSSZU ENVISAGE LE PROCES

Par Eric LAHMY                                        Vendredi 29 Mai 2015

Katinka Hosszu, au cours d’une conférence de presse à Budapest, a fait connaître ses intentions d’entamer un procès à Swimming World et à Casey Barrett après l’article que celui-ci a rédigé sur le site de la revue américaine. Accusée sans preuve de dopage, la double championne du monde hongroise a clairement fait savoir qu’elle ne s’était jamais dopée et que son équipe avait travaillé en vue d’éviter un dopage par inadvertance – qui est un danger réel pour les sportifs de haut niveau, comme Fred Bousquet ou Julia Efimova parmi tant d’autres peuvent en témoigner.

La traduction de son communiqué de presse :

« Bonne après-midi à tous. J’ai demandé cette conférence de presse pour répondre aux récentes suggestions parues dans Swimming World selon lesquelles des moyens illégaux ont soutenu mes performances et expliquent mes succès en compétitions. J’ai décidé de me confronter à ces accusations mensongères, ceci afin que mes fans ainsi que la communauté de la natation comprennent clairement que je dénie ces allégations nuisibles, lesquelles n’ont rien à voir avec mon caractère, mon système de croyances et l’esprit de la compétition.

« Je nage en compétition depuis l’âge de six ans, et travaillant dur, étant bien entraînée, et aidée par ma famille, mes amis, mes commanditaires, j’ai atteint de grands succès dans le sport que j’aime. J’apprécie sincèrement l’aide de mes compatriotes, de mes supporteurs, et de la Fédération Hongroise de Natation, et je vous demande votre aide face aux allégations de Casey Barrett selon qui la seule explication de ces résultats est l’utilisation de produits dopants. Je puis vous assurer d’ores et déjà que je dirai à Mr Barrett, directement, en lieu et temps appropriés – qu’il a tort, qu’il m’a blessée et qu’il a blessé le sport.. Ses allégations sont fausses et, comme lui-même l’admet, il n’a pas de preuve parce qu’il n’y en a pas. Il n’y aura jamais aucune preuve parce que les prémisses de toute l’histoire sont fausses. Je ne me suis jamais dopée et dans mon esprit aucune somme d’argent ou aucune gloire ne pourrait justifier de vendre mon âme pour gagner.

« Il n’est pas dans ma nature de tricher – pas plus qu’il n’est dans ma nature de laisser quelqu’un que je ne connais pas et n’ai même jamais rencontré tenter de détruire ma réputation, apparemment pour des raisons égoïstement personnelles. Il y a là quelque chose que j’aimerais que vous compreniez – aucune personne, associée avec cet article ne m’a jamais contacté, moi ou mes coaches, soit avant publication, soit même encore à ce jour pour discuter de mes méthodes d’entraînement, de mon alimentation, ou bien des strictes sauvegardes que nous avons mises en place pour s’assurer que je n’ingère par accident tout supplément ou composé suspect ou interdit. A ce jour, les faits, apparemment, ne comptent pas pour certaines personnes, mais elles comptent pour moi. Et je pense qu’elles doivent compter pour vous.

« A ma famille, mes amis, mes commanditaires et mes admirateurs, j’aimerais dire que j’apprécie votre confiance. Je veux que vous sachiez que rien ne m’importe autant que votre appui. Je continuerai à me concentrer sur ma nage et mon équipe légale aura plus à dire à Swimming World et à Mr Barrett en temps utile. » Katinka Hosszu.

MELISSA FRANKLIN, ALTITUDE COLORADO

MELISSA FRANKLIN, ALTITUDE COLORADO

Par Eric LAHMY                                  Vendredi 29 Mai 2015

Melissa Franklin, annoncée le 18 juin au meeting de Santa-Clara où elle effectuera sa rentrée en grand bassin, a donc terminé sa seconde saison universitaire à l’Université de Californie-Berkeley, et a rejoint après les championnats NCAA son ancien coach des Colorado Stars, Todd Schmitz, auprès de qui elle préparera les championnats du monde de Kazan. Elle y est qualifiée, depuis 2014, sur 100 mètres et 200 mètres autant en crawl qu’en dos et sauf accident, est assurée de nager dans les trois relais américains…

« Je m’entraînerai l’été en altitude dans le Colorado, a fait savoir l’intéressée dans un communiqué de presse. Je travaillerai dans la région de Denver avec mon ancien entraîneur, Todd Schmitz, et Loren Landow et je prévois de passer quelque temps au Centre d’Entraînement Olympique de Colorado Springs. Changer mon lieu d’entraînement fut une décision difficile à prendre et les nageuses et le groupe d’entraîneurs de Cal me manquera vraiment. Ils m’ont aidé dans ma décision, y compris Coach Mc Keever qui m’a encouragée à opérer ce changement de façon à être plus près de ma famille dans un environnement qui m’a toujours été bénéfique. Après les championnats du monde (de Kazan), je déciderai où m’entraîner pour les sélections olympiques 2016. »

On a compris que, si Franklin avait été tentée de se préparer auprès de Terri McKeever, qui la connait désormais bien et se pose comme un entraîneur d’élite, McKeever elle-même, à défaut de la pousser vers la sortie, a voulu lui donner le choix et examiner avec elle ses meilleures options personnelles. Se rapprocher de ses parents auxquels Melissa, fille unique, est très attachée, l’attrait d’un entraînement en altitude aujourd’hui considéré comme un grand avantage, et le plaisir de retrouver le coach qui l’a formée et emmenée aux succès olympiques et un préparateur physique réputé (Loren Landow), tout cela a fini par représenter la meilleure option, celle à laquelle, elle ne pouvait résister.

On se souvient que Franklin, à qui divers commanditaires, soucieux, après les Jeux olympiques, de s’attacher son nom, offraient des sommes importantes, avait décidé à la sortie des Jeux olympiques de s’offrir deux années de vie universitaire, et choisi Cal Berkeley, entraîné par Terri McKeever, coach de Natalie Coughlin.

C’est peu dire que Franklin, nageuse extrêmement douée, posée et dotée d’un heureux caractère, a passé deux saisons des plus fructueuses. Triple championne du monde (100 mètres et 200 mètres dos, 200 mètres nage libre) à Barcelone en 2013, elle a ajouté à ces succès personnels les triomphes des trois relais féminins US. Les amateurs de statistiques à tous crins nous disent que c’est plus qu’aucune femme n’a jamais fait à des mondiaux, chose qu’on veut bien croire… Au niveau universitaire (ses études ? Elle les continuera à Barkeley suivant une ligne déjà tracée, avec « major » en psychologie, « minor » en éducation, et jure qu’elle fera tout pour décrocher le diplôme d’enseignante : jardin d’enfants ou peut-être éducation spéciale) elle a été la force dominante d’une équipe qui a gagné le titre NCAA.

On a pu mesurer une progression entre 2014 et 2015 à travers ses résultats aux championnats NCAA. Partout où elle s’est présentée dans ses épreuves de prédilection, elle a nagé plus vite en 2015 qu’en 2014, la grande différence dans son programme étant qu’elle a nagé les 200 yards quatre nages en 2015 contre les 500 yards libre en 2014.

Aux NCAA 2015, elle nage 21’’28 lancé sur 50 yards (21’’50 en 2014), 1’52’’11 au 200 yards quatre nages (record Caitlin Leverenz, 1’51’’77) en 2015, alors qu’en 2014, elle avait fini 2e des 500 yards en 4’32’’66, étant battue au sprint par Britta McLean après avoir mené toute la course) ; ses temps sur 100 yards lancé dans les relais quatre nages ont été de 45’’98 en 2015 contre 47’’02 en 2014) ; en 2015, 1’39’’10 au 200 yards libre (1’40’’31 en 2014), 1’40’’05 lancé en relais sur 200 yards (1’40’’08 en 2014), 1’47’’91 au 200 yards dos, 46’’66 au start sur 100 yards en relais libre. En 2014, elle finissait 3e du 100 mètres en 47’’26.

Son 200 yards libre en 1’39’’10 est le premier en moins de 1’40’’ pour une femme. Le premier homme sous les 1’40’’ fut Mark Spitz, 1’39’’5 en 1970. A cette époque, Spitz nageait entre 1’53’’ et 1’54’’ sur 200 mètres et c’est ce que devrait faire Melissa sur la distance.

Dans son 200 yards 4 nages, elle est passée en 24’’89 en papillon, parcours en dos 27’’09, en brasse, 33’’59 en brasse et 26’’59 pour finir en crawl. C’est une nouvelle corde à son arc, dont on ne sait si elle l’exploitera… Mais la fille a tant de dons : son 24’’89 en papillon signale un passage plus rapide que celui, 24’’99, de la gagnante des 200 yards papillon, Kelsi Worrell.

HENRI DECOIN, NAGEUR ET CINEASTE

DECOIN [Henri] Natation. (Paris, 18 mars 1890-Paris, 4 juillet 1969). Plus connu pour sa brillante carrière de cinéaste, Henri Decoin fut champion de France du 500 mètres en 1911, sélectionné olympique en 1908 et en 1912, et répondit à quatre sélections en natation et deux en water-polo. Aviateur pendant la Grande Guerre, journaliste de sport à L’Auto, il est lancé dans le cinéma par un roman de boxe, Quinze Rounds, et un scénario de film sur le Cyclisme, Les Rois de la Pédale. Mais rien sur la natation, dont s’emparera Jean Vigo filmant Jean Taris ! Il fut l’un des meilleurs réalisateurs (40 films entre 1936 et 1958) et scénaristes, dirigeant des acteurs comme Jean Gabin, Lino Ventura, Danielle Darieux, Jeanne Moreau… Parmi ses films, Razzia sur la Schnouf, Le Feu aux poudres, Abus de Confiance, Bonnes à Tuer.

FRED DE BURGHGRAEVE, FLAMME FLAMANDE

par Eric LAHMY                                                 Vendredi 29 Mai 2015

 DEBURGHGRAEVE [Frédérik « Fredje » Edouard Robert] Natation. (Poelkapelle, 1er juin 1973-). Belgique. Champion d’Europe (1995), olympique (1996) et du monde (1998) du 100 mètres brasse. Entraîné dans sa ville de Roselaere où il débute à huit ans avec son père, celui-ci le confie bientôt à Ronald Gaastra. Les conditions d’entraînement ne sont guère reluisantes. Gaastra vit à 100km de Roselaere et, en-dehors d’une visite hebdomadaire, il communique les séances par téléphone. De fait, le père de Frédéric demeure son principal motivateur. Fred est le plus ancien de club, il se prépare plus ou moins seul et n’a aucun nageur à sa mesure. Il n’est guère un colosse, avec ses 61kg pour 1,76m. Malgré cela, « Fred Rocket » se glisse parmi l’élite mondiale. Il est double médaillé de bronze en brasse aux championnats d’Europe juniors en 1990. Il participe aux Jeux de Barcelone sur 100 mètres brasse et dans le relais quatre nages. Aux mondiaux 1994, à Rome, il est encore 3e, mais chez les grands cette fois, sur 100 mètres brasse, en 1’1’’79, derrière deux Hongrois, Norbert Rozsa, 1’1’’24, et Karoly Guttler, 1’1’’44. Un an plus tard, aux championnats d’Europe, il remporte l’or du 100 mètres brasse, distance sur laquelle il sera invaincu la saison, en 1’1’’12 devant Guttler, 1’1’’38, et le Russe Andrej Korneiev, 1’1’’79 ; et s’empare du bronze sur 200 mètres où l’ordre du 100 est inversé, Kornejev, 2’12’’62, Guttler, 2’12’’95, Deburghgraeve, 2’14’’01. Aux Jeux d’Atlanta, il améliore le record du monde en séries, avec 1’0’’60. En finale (1’0’’65), il devance de justesse l’Américain Jeremy Lynn, 1’0’’77. Il est le seul champion olympique de natation belge à ce jour. En 1998, à Perth, en Australie, il enlève le titre mondial du 100 mètres brasse, net vainqueur en 1’1’’34 devant un paquet de nageurs dont le Chinois Zeng Qiliang, 1’1’’76, et l’américain Kurt Grote, 1’1’’93. . Il a établi par ailleurs des records du monde en petit bassin, dont un 58’’79 en 1998, à l’US Open. Marié en mai 1998, père d’un petit garçon, Bartle, né le 13 septembre 1999, Deburghgraeve, bien qu’un excellent compétiteur qui sait parfaitement se préparer pour un événement donné, ne peut retrouver une forme qui le satisfasse et décide d’arrêter sa préparation à quelques mois des Jeux olympiques de Sydney, en 2000. Devenu chausseur de profession.

INGE DE BRUIJN, PIONNIÈRE INCOMPRISE DU 21éme SIÈCLE

par Eric LAHMY                                              28 Mai 2015

DE BRUIJN [Inge] Natation. (Barendrecht, 24 août 1973-). Pays-Bas. Entraînée à Eindhoven par Jacco Verhaeren et aux Etats-Unis par Paul Bergen, après des années à fréquenter les places d’honneur, cette Néerlandaise change de statut et s’impose rapidement mais sur le tard, à 26 ans, comme la meilleure nageuse du monde, dans le même temps que son compatriote et camarade d’entraînement Pieter Van den Hoogenband. Inge a sept ans quand elle découvre son talent de nageuse. Ses parents l’aident et l’encouragent, et la voici qui dispute son premier meeting international à 12 ans. Elle collectionne les sélections nationales dès 1991, année où elle est championne d’Europe avec le relais quatre fois 100 mètres, 2e du 100 mètres papillon en 1’1’’64 derrière Catherine Plewinski, 1’0’’32, et 3e des 50 mètres et du relais 4 fois 100 mètres quatre nages. En 1992, une intoxication alimentaire ruine ses prétentions olympiques, mais elle finit 8e du 50 mètres et 10e sur 100 mètres papillon. Pendant plusieurs saisons, elle collectionne des places de finalistes dans les grandes compétitions, et même quelques podiums (3e sur 50 mètres aux championnats d’Europe 1993). Mais elle a perdu toute ambition et commence à sauter les entraînements. Elle est même exclue (pour nonchalance) de l’équipe nationale en 1996 par son entraîneur et fiancé, Jacco Verhaeren ! C’est dans l’Oregon, sous les ordres de Paul Bergen, que, dès 1997, De Bruijn change à la fois son attitude mentale, la forme de sa nage – optant pour un crawl « moulin à vent » avec un retour aérien bras tendus – et sa condition physique, pour devenir non seulement la meilleure nageuse du monde, mais aussi celle qui révolutionne les performances en sprint.

En 1998, sa transformation est en cours, mais tout ce travail auquel elle se soumet n’a pas encore porté ses fruits ; elle existe à peine au plan mondial, même si elle lance le relais 4 fois 100 mètres néerlandais en 55’’85 ; elle atteint la finale du 100 mètres des mondiaux de Perth en Australie, où elle termine 8e et dernière en 56’’69. Dans le relais quatre nages, ses 59’’66 sont juste honorables. Pour beaucoup, elle reste cette surdouée trop émotive et pas assez stable pour conduire sa carrière de manière exigeante. Mais l’année suivante, il en va autrement.

LA GRANDE METAMORPHOSE DE L’AN 2000

Championne d’Europe 1999 sur 50 mètres libre et 100 mètres papillon, 2e du 100 mètres nage libre, ce ne sont que prémisses. Elle effectue une saison 2000 impressionnante : sur 50 mètres nage libre, elle égale le record du monde de Linyi Le, vieux de six ans, 24’’51, le 26 mai à Sheffield, l’amène à 24’’48 le 4 Juin aux sélections néerlandaises, à 24’’39 le 10 juin aux sélections brésiliennes à Rio, enfin à 24’’13 en demi-finales des Jeux olympiques de Sydney, où elle gagne aussi la finale en 24’’32 devant Therese Alshammar, 24’’51, et Dara Torres, 24’’63. Sur 100 mètres, elle entame sa conquête également à Sheffield, en devenant la première femme « sous » les 54’’, avec 53’’80 le 28 mai. Aux Jeux olympiques, elle est la seule en moins de 55’’ en séries, la seule en moins de 54’’ avec 53’’77 en demi-finales, le 20 septembre, et elle gagne la finale en 53’’83 devant Therese Alshammar, 54’’33, et Jenny Thompson et Dara Torres ex-æquo en 54’’63. Sur 100 mètres papillon, toujours à Sheffield, elle bat le record mondial de Jenny Thompson d’une grosse seconde, 56’’69 contre 57’’88, nage ensuite la distance en 56’’64 le 22 juillet et enfin en 56’’61 en finale olympique à Sydney le 17 septembre. Son parcours olympique sur 100 mètres papillon est des plus impressionnants, car elle gagne ses courses d’une longueur, s’emparant du record olympique en demi-finale en 57’’14, puis dominant la finale où Martina Moravcova, 2e, 57’’97, et Dara Torres, 3e, 58’’20, sont respectivement à deux et trois mètres. Toujours aux Jeux, elle emmène le relais quatre fois 100 mètres néerlandais à la médaille d’argent. Quand elle plonge, les Pays-Bas se trouvent en 6e position, et De Bruijn (53’’41) remonte l’Australie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Suède.

L’année suivante, elle enlève les 50 mètres (24’’47) et 100 mètres (54’’18) nage libre ainsi que le 50 mètres papillon (25’’90), toujours par des marges inusitées sur ses suivantes, aux championnats du monde de Fukuoka. Elle est élue meilleure nageuse du monde. Plus le temps passe, plus elle fait sa niche dans le sprint pur. Elle remporte 50 mètres libre (24’’47) et 50 mètres papillon (25’’84) aux mondiaux 2003, à Barcelone. Aux Jeux d’Athènes, en 2004, elle conserve le titre du 50 mètres en 24’’58, loin devant la Française Malia Metella, 24’’89, et l’Australienne Lisbeth Lenton, 24’’91, mais elle ne domine plus vraiment. En mars, une Australienne, Lisbeth Lenton, a battu son record du 100 mètres libre en 53’’66. Inge domine les séries olympiques en 54’’43, mais tout le monde a nagé en se réservant un peu. Dans la première demi-finale, Lisbeth Lenton, petit drame, nage en 55’’30. Dans la seconde, une autre Australienne, Jody Henry, détruit le record du monde en 53’’52. De Bruijn est à un mètre, 54’’06. En finale, Henry ne renouvelle pas l’exploit, mais l’emporte, 53’’84 contre 54’’16. Inge, battue, est nettement devant Coughlin, 54’’40. Sur 100 mètres papillon, elle est 3e en 57’’99 derrière une Australienne, Petria Thomas, 57’’72, et une Polonaise, Otylia Jderzejczak, 57’’84. Ces temps, éloignés de sa grande forme de Sydney, montrent qu’Inge n’est plus ce qu’elle était. Elle enlève quand même aussi le bronze avec le relais 4 fois 100 mètres, où elle nage un bon 53’’37 lancé. Elle annonce sa retraite au début 2007, alors qu’elle n’a plus nagé depuis deux saisons et demie.

UN PHYSIQUE DE MANGAS

ENTRAINEMENT.- Dès 1997, Paul Bergen créa pour Inge de Bruijn un entraînement innovant. Il transforme son style en s’appuyant sur les découvertes qu’il a faites du style, alors fort décrié, de Janet Evans, qu’il juge innovant, et la soumet à des exercices de musculation et de force dont on vit apparaître les premiers résultats aux championnats d’Europe 1999. Quand, à 26 ans, à l’approche des Jeux olympiques de Sydney, alors qu’en raison de son âge, on pensait qu’elle se trouvait sur la pente descendante, elle réalisa un bouquet de performances, elle fut accueillie – entre autres – par des doutes fortement exprimés. L’Australienne Susie O’Neil parla de performances « assez suspectes. » D’aucuns évoquèrent une nouvelle Michelle Smith, c’était parler à la légère. Smith n’avait jamais été ni douée, ni taillée pour la natation. Inge, elle, était une fille au physique assez sensationnel, très grande blonde, très fine et athlétique, sculpturale voire spectaculaire – immenses yeux bleus et cheveux blonds par-dessus le marché  – avec quelque chose d’irréel dans ses proportions, qui évoque un personnage d’heroïc fantasy ou d’urban comics, sorte de Tarzanette, de Wonderwoman ; en outre très douée, mais qui n’avait pas donné jusque là sa pleine mesure. Plutôt que les produits illicites, c’était ses séances  gymniques ou avec poids et haltères, ses grimpers de corde, ses séances d’arts martiaux, de nage avec chaussures pour ajouter du poids. Pour elle, son éviction de l’équipe olympique en 1996 fut aussi une bonne chose. « Pendant un an, je ne nageai pas. Je m’ennuyais à nager. Quand je revins, j’employais mes talents à fond. » A son sommet, cependant, émaciée par l’entraînement et la recherche d’un poids maigre, son ossature faciale privée de chair pour l’habiller, comme sculptée, lui donnait une apparence impressionnante, beauté insolite, quasi surnaturelle ; ses muscles détachés, en relief, furent autant de détails sur lesquels on s’appuya aussi pour l’accuser et le descendre. De Bruijn, personne émotive, a raconté qu’elle dut se protéger de ces attaques en refusant de lire les journaux. Aujourd’hui, il est démontré que ces procès étaient injustifiés. Dara Torres, puis d’autres nageuses, ont réutilisé les méthodes de De Bruijn, qui sont entrées en quelque sorte dans la culture de la natation. Mais les doutes renaissent à chaque avatar : on montra ensuite du doigt Torres, et c’est maintenant le tour de Katinka Hosszu.

PENNY DEAN, LA MER EST SON ROYAUME

par Eric LAHMY                                                               23 Mai 2015

DEAN [Penny Lee] Natation. États-Unis. Nageuse de longues distances. Elle nageait depuis l’âge de vingt mois, à San Francisco et à Santa-Clara. Elle échoua de quelques mètres, écolière de dix ans, dans la traversée du Golden Gate. Elle réalise sa grande carrière malgré une anomalie (absence d’artère antérieure au bras gauche). Écolière, elle est « All American » à six reprises. En 1976, ce petit bout de femme de 57kg pour 1,57m réussit le « raid » du détroit de Catalina en 7h15’55’’, une heure et quart moins vite que le record établi, l’aller-retour en 20h3’ l’année suivante. Elle est célèbre surtout par ses traversées de la Manche, établisant un record (battu de 1h5’) de la traversée d’Angleterre vers la France, en 7h40’, qui tiendra seize ans, et sera amélioré par son élève Chad Hundeby en 1995. Une année d’activité intense, 1979, où elle gagne un grand nombre de traversées, lui permet d’accumuler 1000 points de plus que sa suivante au clasement du championnat du monde professionnel. Elle doit se retirer de la compétition suivant une prescription médicale et devient entraîneur de l’équipe américaine de longues distances (1984-1988), puis enseignante et entraîneur en chef au Collège Pomona, elle écrit divers livres sur la natation de longue distance (« Comment nager le marathon » et « Histoire des traversées du Catalina »). Licenciée en droit depuis 1996, année où elle est élue au Swimming Hall of Fame.

Ouvrages : Just Try One More (autobiographie). Open Water Swimming: a Complete Guide for Distance Swimmers and Triathletes.

GÉNÉRATION NATATION SAMEDI À MONTPELLIER

La Fédération française de natation nous envoie l’information suivante:

 « Communiqué de presse mardi 26 mai 2015, Génération Natation à Montpellier Samedi 30 mai 2015.

Génération Natation fait escale à Montpellier

La Fédération Française de Natation (FFN) et son partenaire EDF, mobilisent les athlètes des équipes de France autour d’un programme de promotion des cinq disciplines fédérales, Génération Natation.

 Ses objectifs : relayer auprès d’un jeune public des messages sur la santé, la sécurité et l’hygiène, créer des vocations pour la pratique de haut niveau, et promouvoir la natation pour tous ainsi que les quatre autres disciplines fédérales : Natation synchronisée, Plongeon, Eau libre et Water-polo.

 L’ensemble des athlètes qualifiés aux prochains championnats du monde 2015 de Kazan participeront à l’une des quatre étapes de Génération Natation 2015 pour partager avec les enfants et le grand public un après-midi exceptionnel placé sous le signe de la convivialité et de la découverte.

 Après un franc succès lors des quatre étapes de la tournée 2014, Génération Natation revient à Montpellier samedi 30 mai 2015 à partir de 13h.

 L’étape montpelliéraine accueillera les champions Grégory Mallet, Mehdy Metella, Clément Mignon, Giacomo Perez Dortona, Benjamin Stasiulis, Damien Joly, Ophélie-Cyrielle Etienne, Anouchka Martin, Fantine Lesaffre, Fanny Deberghes, Margaux Fabre (natation), Coralie Codevelle, Marc-Antoine Olivier (eau libre), Benjamin Auffret (plongeon), Léa Bachelier, Marie Barbieux, Aurore Sacré (water-polo) et l’équipe de natation synchronisée du club de Montpellier.

 Tous seront au rendez-vous pour partager leur talent et leur bonne humeur le temps d’un après-midi festif avec les 80 enfants présélectionnés. Un village d’animations comportant des stands photos et dédicaces, mais aussi l’Energie Box EDF, permettra aux spectateurs présents de partager un moment unique avec les nageurs. Une opportunité exceptionnelle à ne pas manquer !

 Samedi 30 mai 2015 à partir de 13h

Piscine olympique Antigone

195, avenue Jacques Cartier

34 000 Montpellier »

 

ESPOIRS NIPPONS : RIKAKO IKEE ET IPPEI WATANABE

Par Eric LAHMY                                                            Dimanche 25 Mai 2015

Emma McKeon n’a laissé à personne le soin de fêter son 21e anniversaire. Elle a amené à quatre le nombre de ses victoires à l’open du Japon, au centre nautique Tatsumi. C’est sur 100 mètres papillon qu’elle a obtenu ce nouveau succès, près ceux du 50 mètres papillon, et des 100 et 200 mètres nage libre. McKeon est une habituée du chiffre 4, c’est le nombre de médailles qu’elle avait ramené des Jeux du Commonwealth. Ici, c’était un peu plus facile, quand même, la natation féminine japonaise ayant moins de vigueur que son homologue masculine. Mais enfin, ce ne fut pas un « fleuve tranquille », vu que la jeune « locale » Rikako Ikee, qui avait terminé ex-æquo avec elle sur 50 papillon ‘en 26’’35) et pourrait devenir très bientôt une star mondiale a essayé de lui en faire voir de toutes les couleurs, en touchant le mur du virage dans un temps explosif de 26’’76. McKeon suivait en 27’’08, mais réalisait un bon retour et touchait la première : 57’’62.

Le jour précédent, outre son 50 papillon, Emma avait nagé le 100 mètres libre en 53’’32, record personnel, s’assurant le 4e temps australien de l’histoire derrière les sœurs Campbell et Libby Trickett (Lenton). Elle s’orient plus vers le sprint que vers le passé, ayant nagé 1’56’’79 sur 200 mètres.

Kousuke Hagino parait démontrer par ses performances qu’il se trouve dans une phase de « long », outre un 1500 mètres gagné en 15’5’’35 et son non engagement dans le 400 mètres ou le 200 mètres, il a été plus convaincant sur 400 mètres quatre nages que sur la distance inférieure. Quant au 200 mètres brasse japonais, c’est vraiment phénoménal et le jeune Ippei Watanabe y a encore battu un record du monde juniors, l’amenant à 2’9’’75.

 

 

MESSIEURS

50 mètres : 1. Shinri Shioura, 22’’04 ; 2. Katsumi Nakamura, 22’’27.

100 mètres : 1. Katsumi Nakamura, 48’’41 ; 2. Shinri Shioura, 48’’79 ; 3. Regan Leong (AUS), 49’’25; 4. Reo Sakata, 49’’37.

200 mètres: 1. Yuuki Kobori, 1’47’’48; 2. Reo Sakata, 1’47’’85; 3. David Mc Keon (Australie), 1’47’’94.

400 mètres : 1. David McKeon (Australie), 3’48’’51 ; 2. Naito Ehara, 3’49’’16 ; 3. Ayatsugu Hirai, 3’51’’68.

1500 mètres : 1. Kousuke Hagino, 15’5’’35 ; 2. Ayatsugu Hirai, 15’8’’51 ; 3. Ehara Naito, 15’14’’66 ; 4. Kouhei Yamamoto, 15’15’’60.

50 mètres dos : 1. Junya Koga, 24’’73 ; 2. Junya Hasegawa, 25’’24

100 mètres dos : 1. Ryosuke Irie, 53’’41 ; 2. Junya Koga, 54’’07 ; 3. Masaki Kaneko, 54’’49 (en série, 54’’39) ; 4. Yuuki Shirai, 54’’68.

200 mètres dos : 1. Ryosuke Irie, 1’55’’38 ; 2. Yuuki Shirai, 1’57’’47 ; 3. Masaki Kaneko, 1’57’’79.

50 mètres brasse : 1. Ryouta Nomura, 27’’90 (en séries, 27’’73) ; 2. Ryohei Ohki, 27’’98 ; 3. Tommy Sucipto (Australie), 27’’99. En séries, Ryo Motoi, 27’’96.

100 mètres brasse : 1.Ryo Tateishi, 1’0’’85 ; 2. Kazuki Kohinata, 1’0’’90 (en séries, 1’0’’80) ; 3. Kasuki Hayashi, 1’1’’03 ; 4. Takatoshi Ikeshita, 1’1’’27 ; 5. Kosuke Kitajima, 1’1’’28 ; 6. Yuuki Okamoto, 1’1’’69 (en série, 1’1’’60). Séries : Kohei Gotou, 1’1’’61 : Hidenori Gazawa, 1’1’’62.

200 mètres brasse : 1. Kazuki Kohinata, 2’9’’51 ; 2. Ippei Watanabe, 2’9’’75 (record du monde juniors) ; 3. Yukihiro Takahashi, 2’10’’89 ; 4. Ryo Tateishi et Yuuta Ochikiri, 2’11’’57 ; 6. Akihiro Yamaguchi, 2’11’’71 ; 7. Takaaki Ohkawa, 2’12’’38 ; 8. Yuuki Okamoto, 2’13’’66 (en série, 2’12’’60). Finale B : 1. Kohei Gotou, 2’11’’71 ; 2. Kazuki Watanabe, 2’12’’46 ; 3. Hayato Watanabe, 2’12’’62 ; Hiroki Gotou, 2’13’’20 ; 5. Naoki Taguchi, 2’13’’54 (en séries, 2’13’’30). En séries, Takeharu Fujimori, 2’12’’99

50 mètres papillon : 1. Kouhei Kawamoto, 23’’77.

100 mètres papillon : 1. Takeshi Kawamoto, 52’’04 ; 2. David Morgan (Australie), 52’’44.

200 mètres papillon : 1. Daya Seto, 1’54’’46 ; 2. Masato Sakai, 1’55’’08 ; 3. Masayuki Umemoto, 1’56’’60; 4. Masashi Taguchi, 1’57’’61. Finale B: 1. Takeshi Matsuda, 1’57’’40. Série: Yuuya Yajima, 1’56’’78

200 mètres 4 nages : 1. Daya Seto, 1’57’’63 ; 2. Hiromasa Fujimori, 1’58’’96 ; 3. Kousuke Hagino, 2’0’’04.

400 mètres 4 nages : 1. Daya Seto, 4’10’’04 ; 2. Kousuke Hagino, 4’14’’22 ; 3. Takeharu Fujimori, 4’14’’84 ; 4. Hiromasa Fujinori, 4’15’’01.

 

DAMES

50 mètres : 1. Miki Uchida, 25’’14 ; 2. Yayoi Matsumoto, 25’’56 ; 3. Ami Matsuo, 25’’57.

100 mètres : 1. Emma McKeon (Australie), 53’’32 ; 2. Miki Uchida, 54’’39 ; 3. Kanako Watanabe, 54’’86; 4. Rikako Ikee, 14 ans, 55’’13

200 mètres : 1. Emma McKeon (Australie), 1’56’’79 ; 2. Rikako Ikee, 1’58’’01 (record junior) ; 3. Chihiro Igarashi (Japon), 1’58’’97.

400 mètres : 1. Jessica Ashwood (Australie), 4’9’’30 ; 2. Chihiro Igarashi, 4’9’’52.

800 mètres : 1. Jessica Ashwood (Australie), 8’31’’85 ; 2. Chinatsu Satou, 8’32’’96

50 mètres dos : 1. Miyuki Takemura, 28’’36 ; 2. Emi Moronuki, 28’’45.

100 mètres dos : 1. Jessica Fullalove (Grande-Bretagne), 1’0’’31 ; 2. Sayaka Akaze, 1’1’’16 ; 3. Natsumi Sakai, 1’1’’32.

200 mètres dos : 1. Natsumi Sakai, 2’10’’80.

50 mètres brasse : 1. Sarah Vasey (Grande-Bretagne), 30’’83 ; 2. Satumi Suzuki, 30’’97 (record)

100 mètres brasse : 1. Kanako Watanabe, 1’6’’95 ; 2. Jessica Hansen (Australie), 1’7’’53 (en série, 1’7’’52) ; 3. Mina Matsushima, 1’7’’61 ; 4. Runa Imai, 1’7’’84 ; 5. Satomi Suzuki, 1’7’’90

200 mètres brasse : 1. Kanako Watanabe, 2’22’’13 ; 2. Rie Kanetou, 2’22’’46 ; 3. Runa Imai, 2’24’’16 ; 4. Keiko Fukudome, 2’25’’72 ; 6. Reona Aoki, 2’26’’55. Finale B : Shakiko Shimizu, 2’26’’78.

50 mètres papillon : 1. Rikako Ikee, 26’’35 (record junior), et Emma McKeon, 26’’35

100 mètres papillon : 1. Emma McKeon (Australie), 57’’62 ; 2. Natsumi Oshi, 58’’46 ; 3. Rikako Ikee, 14 ans, 58’’49.

200 mètres papillon : 1. Natsumi Oshi, 2’6’’90 ; 2. Shakiko Shimizu, 2’9’’36 ; 3. Haruno Itou, 2’9’’59.

200 mètres 4 nages : 1. Rika Ohmoto, 2’12’’65 ; 2. Hiroko Makino, et Miko Takahashi, 2’12’’93.

400 mètres 4 nages : 1. Sakiko Shimizu, 4’36’’63 ; 2. Kerin McMaster (Australie), 4’38’’38 ; 3. Miho Takahashi, 4’41’’69 ; 4. Wakaba Tsuyuushi, 4’42’’58.

LAMARCK, DES GIRAFES ET DES NAGEURS

par Eric LAHMY                                                              Lundi 25 Mai 2015                   

 

Je viens de lire dans le site USA Swimming un article de Chuck Wielgus dans lequel il met en avant l’arrivée de noirs et de latinos dans la natation des 50 Etats. C’est le genre de papier dont on aime se distancier parce qu’il pue quand même un peu le racisme (et quelquefois le racisme à rebours). Comme je crois que les races n’existent pas, que je suis content qu’on ne chante pas ce genre de musique chez nous, et que j’ai envie de m’exprimer sur la question, je n’ai trouvé rien trouvé de mieux que ressortir une critique d’un livre écrit il y a trois-quatre ans par Jean-Philippe Leclaire qui a été entre autres directeur de rédaction de L’Equipe Magazine et intitulé « pourquoi les blancs courent moins vite » dans laquelle j’xpliquais mes idées sur la question… E.L.

 

  • Jean-Philippe LECLAIRE. Pourquoi les blancs courent moins vite. Grasset, 2012

 

 

En s’interrogeant au sujet de savoir « pourquoi les Blancs courent moins vite », le journaliste Jean-Philippe Leclaire n’a pas craint de s’attaquer à un marronnier de la plus belle espèce, ainsi qu’à un thème très haut placé dans la hiérarchie des conversations de café.

Pourquoi les blancs courent moins vite, pourquoi nagent-ils plus vite, pourquoi les jaunes courent moins vite, pourquoi les voix noires sont plus belles, pourquoi les Tchèques jouent mieux au tennis, qu’est-ce qui est mieux la cuisine chinoise ou la française, que s’est-il passé à Roswell en 1947, Ben Laden est-il bien mort, les Américains ont-ils vraiment marché sur la Lune ? Voilà des sujets incontournables de notre époque…

Pourquoi les blancs courent moins vite, écrit il y a soixante ans, aurait pu s’intituler « pourquoi les blancs courent-ils plus vite » vu qu’alors, à quelques exceptions près, le coureur à pied type, du 60 mètres au marathon, était de « race » caucasienne. A ce sujet, on en entendait et en lisait de belles. Parce que bien entendu, la supériorité pédestre des Blancs était tellement incontestable.

Pourtant, déjà, la suprématie actuelle des hommes à peau sombre, sur toutes les distances pédestres, qui n’existait alors pas, n’aurait pas paru si étonnante que ça, à ces entraîneurs d’athlétisme qui avaient bien compris le problème, et qui m’expliquaient, en 1970, quand, jeune journaliste à L’Equipe, j’arpentais les stades pour le compte du quotidien de sport, pourquoi la course à pied française allait disparaître.

Ces coaches du passé s’appelaient Roger Grange, Roger Thomas, Hervé Stephan, Maurice Etourneau… Les champions  français d’athlétisme, m’expliquaient-ils, étaient en train d’être étouffés dans l’œuf par la motorisation. Entre la mobylette et le vélomoteur, aucun élève ne se rendait plus à l’école à pied. Or c’est là qu’ils avaient trouvé leurs champions ! Grange, qui dirigeait une pépinière de coureurs de 800 mètres à moins de 1’50’’, avertissait : « on n’en aura plus. » La vie des villes et l’auto signait la fin de cette rusticité qui fait le coureur à pied. Bon, les Kényans ont tout raflé, mais notre mode de vie les a bien aidés… Et eux, ils allaient à l’école en courant.

Ces coachs du pasé avaient vu où le bât blessait: dans la vie de tous les jours.

Vers la même époque, pourtant, quelques bons esprits prétendaient que la paresse interdisait aux coureurs noirs de prospérer en demi-fond. Même si Abebe Bikila puis Kipchoge Keino avaient fendillé cette opinion, d’aucuns prétendaient que ces exceptions confirmaient la règle… On sait ce qui s’est passé depuis.

Venant après la bataille, et la déroute de nos blancs pur-sang, et ne manquant pas de rhétorique, Jean-Philippe Leclaire tente de débroussailler le terrain. Mais s’il est souvent parfaitement justifié, on ne peut le suivre sur tous les terrains.

FAUVE QUI PEUT

Un exemple, quand il reprend un texte paru dans France Football, du 19 mars 1974, concernant Laurent Pokou, et qui dit ceci : « Pokou avait pénétré sur le terrain avec cette nonchalance affectée qui n’appartient qu’aux Noirs. Ce félin promène une allure chaloupée et désinvolte dès qu’il ne se sent plus concerné par le jeu ; mais gare au réveil quand il fait un appel de balle, ou qu’il a la boule de cuir au bout du pied, c’est un fauve. » Texte anodin ? Pas du tout, nous dit, Leclaire, qui ajoute : « aujourd’hui, écrit-il, même Thierry Roland n’oserait plus abuser de tels clichés. » Or là, l’accusation de racisme tombe à plat. D’abord, en effet, l’admiration que toute une génération nourrit à l’endroit du relâchement des athlètes noirs n’avait rien de raciste ! Ensuite l’image du fauve est très valorisante en sport et pas seulement en sport. Dans sa  belle naïveté, la métaphore animalière a toujours côtoyé les terrains de jeu ; les champions n’ont pas dédaigné de s’accoler de telles images : en rugby, les Sud-Africains sont des Springboks, les Argentins des Pumas, les (pauvres) Français des Coqs, les Anglais des Lions. Les grands marqueurs en foot s’appellent « renards des surfaces » et le plus fameux gardien de but du siècle dernier était identifié à une araignée. Le nageur allemand Michael Gross évoquait l’ « Albatros », Bernard Hinault ne s’est jamais offusqué d’être baptisé « blaireau », le culturiste guadeloupéen Serge Nubret s’était autoproclamé « panthère noire », et c’est l’affection qui poussait les Italiens énamourés à avoir baptisé « gazelle noire » la merveilleuse Wilma Rudolph (reine des Jeux olympiques de Rome en 1960). Le pilote de F1 Fernando Alonso était « le taureau des Asturies », le boxeur Ezzard Charles « Le Cobra de Cincinnati », Jack La Motta « Le Taureau Enragé », Tony Kukoch « la Panthère Rose », Kobe Bryant le « mamba », et aucun grimpeur du Tour de France ne réfutait son surnom d’Aigle (qu’il eut été de Tolède : Bahamontes ; ou de Vizille : Claveyrolat).

ET DUKE KAHANAMOKU ?

Parfois, Leclaire ne maîtrise pas son sujet. Il aurait pu laisser à Wikipedia (et à L’Equipe du 10 juillet 2010) l’idée que Nesty, vainqueur du 100 mètres papillon des Jeux de Séoul en 1988, a été le premier champion olympique noir.  Car, trois quarts de siècle plus tôt, ce sont bien des noirs mélanésiens, canaques de la plus belle eau, qui formèrent l’essentiel des équipes hawaïennes quand celles-ci dominèrent la natation US et mondiale, avec Duke Paoa Kahanamoku, vainqueur du 100 mètres nage libre en 1912 et en 1920. Seule la Première Guerre mondiale l’empêcha de devenir triple champion olympique. Duke encore, et son frère Sam, enlevèrent l’argent et le bronze du 100m en 1924. Warren Kealoha fut champion olympique du 100 mètres dos en 1920 et en 1924, et son frère Pua 2e du 100 mètres derrière Duke Kahanamoku et champion olympique du 4×200 mètres, en 1920. Les frères Kalili, Maiola et Manuela, se distinguèrent également, dans les années 1930.

Pour ce qui concerne le sprint, les à priori de Leclaire sont assez étonnants. Ecoutez-le raconter, dès son introduction, sa « rencontre » avec Lemaitre, notre sprinteur blanc. Quand il voit le blondinet apparaitre sur son écran de télé, il s’écrie : « mais que fait-il là, il va se faire éclater. » Uniquement sur sa pigmentation de peau !

Ce n’est qu’un détail, mais porter crédit aux hallucinations de Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de Recherche biomédicale et d’Epistémologie du sport de l’INSEP, qui apporte sa pierre à l’amoncellement de raisonnements paranoïaques, n’est pas une bonne idée. Toussaint, par ailleurs un spécialiste respecté dans son domaine, raconte que la vérification des urines de Ben Johnson aux Jeux de Séoul, en 1988, avait été décidée par les Etats-Unis, désireux de compter plus de médailles olympiques que les Russes, ce qui est quand même farce ! Je peux lui opposer les nombreux journalistes de l’AFP et de L’Equipe, témoins des faits, sur place, de l’origine du scandale, et de la façon dont Monsieur Samaranch a traité l’affaire. Quant à présenter Carl Lewis comme un produit du dopage, sur les soi-disant contrôles qu’il n’aurait pas passé (des gouttes pour le nez, sans aucun effet « sportif » connu, prises en dehors des compétitions pour soigner un rhume), comparer et mettre sur le même pied ces accidents, au dopage hormonal lourd, orienté, quotidien, systématique, de Ben Johnson, dire que ces infractions répétées (trois) auraient dû interdire la présence de Carl Lewis, athlète propre s’il en fut un [du moins à cette époque, car après de lourds soupçons de dopage aux hormones de croissance pèsent sur lui], aux Jeux, constitue un exercice flagrant de mauvaise foi aggravée.

Ou il les choisit mal, ou Jean-Philippe Leclaire n’a pas de chance, quand il interroge des scientifiques. Exemple, quand il décide de pourfendre des théories qui expliquent la suprématie des héritiers des Africains de l’Ouest sur le sprint par la traite négrière. Selon ces théories, la traite des esclaves aurait pu aboutir à une sélection des plus résistants et influer sur des caractéristiques favorables aux performances physiques. Qui Leclaire interroge-t-il sur la question, pour savoir si un événement tel que la traite des noirs aurait pu conduire à une évolution « génétique » des populations concernées ? Richard Cooper, un expert de l’hypertension à l’Université de Loyola, et un historien, Philip D. Curtin. Deux spécialités qui n’ont pas grand’chose à voir avec le sujet. Cooper tranche : « attribuer des bouleversements génétiques à une si courte période de l’histoire relève du fantasme. » Et Curtin d’ajouter : « comment une expérience traumatique physiologique de moins d’un an pourrait encore avoir des conséquences génétiques deux siècles plus tard ? » L’expérience de moins d’un an est bien entendu le voyage à fond de cale des bateaux négriers. Mais la brutale sélection ne s’est pas arrêtée à la traversée de l’Atlantique. Elle s’est poursuivie pendant des siècles d’esclavage, de travail forcé…

Mais ce n’est pas tout, et il est quand même dommage qu’au cours de son année à creuser son sujet, Leclaire n’ait pas rencontré les découvertes sur l’épigénétique.

QUAND LE GÈNE N’EXPLIQUE RIEN

Pourtant, il réserve de longs développements à la génétique, et ouvre les guillemets aux grands sorciers du déterminisme héréditaire. La grande nouveauté, nous dit-il, c’est l’ACTN3. Le soi-disant gène du sprint, qu’on retrouverait en grand nombre chez les Jamaïcains. L’ennuyeux, avec la génétique, c’est que, présentée ainsi, une fois qu’elle a tout expliqué, elle n’a rien expliqué.  Dire qu’on a un génome comme ci ou comme ça, c’est une autre façon de dire qu’on a de grandes mains, de grands pieds, des fibres rapides dans les muscles, etc. C’est désigner le facteur génétique lié (ou du moins on suppose) à telles qualités. Mais une fois tout cela exposé bien à plat, on n’a toujours rien compris du pourquoi. Au lieu de dire qu’on a là des fibres musculaires rapides en abondance, on annonce qu’on a le chromosome des fibres rapides en abondance. La belle affaire ! Cela nous rappelle la grande scène du « Malade Imaginaire » où Toinette répète à Argan : « c’est le poumon, vous dis-je. » Pour beaucoup, l’explication génétique s’arrête à : « c’est le gène, vous dis-je. »

On espère (à moins qu’on ne redoute) que la génétique sert à autre chose. A un moment, Leclaire reprend l’interrogation d’un physiologiste : « qui a dit que la motivation n’était pas génétique ? » Peut-être bien que oui, mais alors ?

Si l’explication génétique, telle que la rapporte Leclaire, n’explique rien, c’est qu’il a raté l’arrivée sur le champ de bataille de l’épigénétique. Il s’agit d’une approche relativement nouvelle, mais déjà assez bien établie, nous disait voici cinq ans déjà le paléoanthropologue Pascal Picq. Qu’apporte-t-elle de nouveau ? Une possibilité, que Darwin refusait, celle d’une évolution rapide du génome. L’idée selon laquelle un bouleversement important des facteurs héréditaires pouvait être obtenu en une génération. Darwin avait établi qu’une évolution nécessitait des millions d’années, qu’elle était basée sur des hasards, des chances, qui prennent ou ne prennent pas. Or la thèse darwinienne ne parvenait pas à expliquer des phénomènes récents, spectaculaires et ultra-rapides, comme le grandissement de 10% de la taille de la population mondiale, ou l’épidémie d’obésité qui frappe les populations de l’Occident.

 

LA REVANCHE DE LAMARCK

L’épigénétique est née des travaux d’un savant suédois, Lars Olov Bygren. En étudiant une population assez homogène, celle d’un village perdu du nord de la Suède, il a démontré que certaines variantes dans le mode de vie pouvaient conduire à des différences statistiques de TRENTE-DEUX ANS dans la longévité de leur progéniture ! Aujourd’hui, la bonne (ou la mauvaise) nouvelle, de l’épigénétique, est l’évidence que des éléments de votre mode de vie, comme le fait de fumer ou de trop manger peuvent changer les marques épigénétiques qui entourent votre ADN, permettant ainsi aux gènes de l’obésité de manifester très fortement, et celles de la longévité de s’exprimer faiblement. Les marqueurs épigénétiques se placent au-dessus des gènes et leurs pourvoient des instructions simples, du style oui-non. Des experts de l’épigénétique ont proposé l’image de l’orange. Si l’ADN était une orange, les événements de la vie de l’individu viendraient se disposer sur l’écorce. L’épigénétique permettrait d’expliquer des changements physiques et physiologiques importants qui se déroulent sous nos yeux comme l’arrivée de nations d’obèses, ou du grandissement exponentiel de la race humaine (plus de vingt centimètres en une génération dans certaines régions), choses que le Darwinisme ne peut expliquer. Selon les historiens des sciences, l’épigénétique est une revanche posthume de Jean-Baptiste Lamarck sur Darwin. Lamarck, qui illustrait son propos de l’exemple des girafes, dont le grandissement avait té effectué relativement vite, estimait que l’évolution pouvait se produire aussi vite qu’en une ou deux générations alors que Darwin ne croyait pas en évolution, mais en une sélection ! Aujourd’hui, face à Darwin, en fait de génétique, Lamarck a repris l’avantage.

         Pour notre sujet, l’épigénétique est essentielle, car elle permet de rouvrir toutes les portes que la science classique, et Leclaire à leur suite, ferment au sujet de l’évolution des qualités physiques des différents groupes humains.

PYGMÉES ET PIGMENTS

L’intrigant, dans le livre de Leclaire, c’est qu’il touche du doigt l’explication épigénétique quand il relate les expériences sur des souris qui, en seize générations, voient leurs performances quotidiennes passer de cinq à seize kilomètres par jour, et la taille de leur cerveau se développer. Mais la seule conclusion qu’il tire de mutations aussi rapides est aussi hardie que réductrice : « seule certitude, la compréhension du fonctionnement du cerveau constituera la prochaine grande frontière d’explication de la performance sportive. »    

Au bout du compte, Leclaire ne s’élève pas au-delà d’un certain formalisme sculpté dans l’air du temps. Nous sommes conscients que les blancs ont beaucoup de choses à se faire pardonner. Mais on peut regretter que le souvenir d’un drame effrayant semble condamner des esprits aussi perspicaces que Leclaire à penser de travers. Fidèle à une famille d’esprit traumatisée par le racisme anti-noir, il se fourvoie parfois dans une position figée, coincée, faussement moderne. Il est aussi dommage de dépenser autant d’énergie et de ne pas conclure clairement. LES RACES HUMAINES N’EXISTENT PAS. Il existe une race humaine. Les hommes les plus grands du monde, les Watusi, et les plus petits, les Pygmées, sont des noirs : dire que les noirs forment une « race » est une plaisanterie ! Fondamentalement, la différence entre peau noire et blanche nous parait moins importante qu’entre oreilles collées et décollées. Les blancs, les noirs et les asiatiques sont, collectivement, assez « égaux » sur le plan des qualités physiques et morales, et le don est la chose la mieux partagée au monde à travers les groupes humains. Aujourd’hui, 20% des Croates et des Hollandais mesurent plus de 1,90m. Par la taille, ils sont plus proches des géants watusis (noirs) du Ruanda que ceux-ci des Pygmées.

Essayons ici une autre hypothèse génétique de la domination des Jamaïcains, de leur supériorité sur les rois du sprint noirs américains du siècle dernier. Aujourd’hui, 80% des femmes noirs aux USA sont obèses ou en surpoids. Alors, peu importe si leurs enfants disposent du gène LTCN3. Quand on pèse 130kg, tous les gènes du monde ne vous permettront pas d’améliorer des records.