BRUCE HUNTER (1939-2018), LE HÉROS QUI FONÇAIT DANS UN BROUILLARD

Éric LAHMY

Mardi 10 Juillet 2018

Le nageur américain Richard Bruce Hunter, 4e des Jeux olympiques de Rome sur 100 mètres, est mort ce 6 juillet, jour anniversaire de ses 79 ans.

Bruce fut un des rares étudiants champions de Harvard. Il a 21 ans quand il termine 4e du 100 olympique le plus contesté de l’histoire : l’Australien John Devitt est couronné alors que le chronométrage électronique a désigné l’Américain Lance Larson (dont les films de la course montrent qu’il touche devant) ! Mais on sait qu’étant à Rome, et le Chianti aidant (il faisait chaud ce jour là), les juges de la FINA ne pouvaient que rejoindre une infaillibilité papale…

Hunter, comme très souvent les universitaires US, était un vireur exceptionnel, et il eut quelque mal à traduire dans le grand bassin en mètres ses performances réussies en yards et petit bassin. L’année 1960, il termina ainsi 3e du 100 yards des NCAA en petit bassin, mais, avec deux virages en moins, ne parvint pas en finale du 100 mètres des championnats nationaux (AAU). Cependant, lors des sélections olympiques, quoique qualifié difficilement avec le 7e temps des séries, il arracha la 2e place qualificative pour les Jeux de Rome.

Lance Larson, qui était alors le recordman du monde du 100 mètres papillon, gagna cette course des sélections, dont le grand battu fut Jeff Farrell. Farrell, deux semaines plus tôt, avait gagné le titre US avec un record national (54s8). Le lendemain, il avait dû être hospitalisé et opéré d’urgence (appendicite). Les entraîneurs américains, compte tenu des circonstances, proposèrent à Farrell une qualification automatique, sans passer par les sélections. Hors de question, répondit celui-ci. Un jour après l’opération, le ventre saisi par un énorme pansement et suivi par les médecins de l’hôpital, Farrell entrait dans l’eau et préparait les sélections.

Hunter n’était pas satisfait de son exploit. Il avait devancé d’un dixième un Farrell convalescent. Farrell jouissait d’une réputation d’invincibilité méritée parmi les nageurs et les dirigeants US, autant sur 100 mètres que sur 200 mètres, où il chatouillait les records établis pendant l’olympiade par les Australiens Devitt et Konrads et le Japonais Yamanaka. S’il avait perdu les sélections, c’est qu’en raison de la proximité de son opération, il n’avait pas pu plonger correctement et avait effectué un virage de demi-fond au lieu de sa culbute habituelle. Hunter, persuadé que, avec deux mois de convalescence et d’entraînement, Farrell gagnerait la course olympique, s’en alla proposer sa place dans l’équipe américaine à Farrell et à l’entraîneur chef de l’équipe américaine, Gus Stager.

Farrell refusa l’offre de Hunter, qu’il qualifia d’ « extraordinairement généreuse ». Il fut du voyage de Rome au titre des relais. Il aurait, m’a-t-on dit, pendant le stage été chronométré lors d’un test sur 100 mètres en 53s6, soit une seconde et demie plus vite que le temps du vainqueur de la course individuelle ! (1)

IL ÉTAIT A LUI SEUL L’ÉQUIPE DE SON ÉCOLE

Hunter, 1,84m, 79 kilos, montra, dès ses débuts, à onze ans, lors d’un test d’aptitude au YMCA local, une facilité naturelle dans l’eau. Il nagea ensuite pour son école secondaire, Cambridge and Latin High School. Comme Cambridge n’avait pas de piscine, Hunter constituait à lui tout seul toute l’équipe, et parvint à terminer 4e et 5e des rencontres interscolaires. Etudiant à Harvard, il remporta le 50 yards des NCAA en 1960 et améliora deux records universitaires, sur 50 et 100 yards en 21s9 et 48s6. Sur 100 yards, toujours en 1960, il fut disqualifié pour ne pas avoir touché le mur lors d’un virage, rappelle Braden Keith pour Swim Swam.

Ce virage, Hunter le manqua-t-il parce qu’il était fortement handicapé ? Amblyope – « techniquement aveugle » – il devait soit garder ses lunettes, soit être accompagné pour se rendre vers son plot de départ avant chaque course. Ce faible champ de vision lui posait quelques soucis dans les piscines qu’il ne connaissait pas, et l’amena à se casser un bras lors d’une arrivée de course, en 1959.

Le garçon qui nageait dans un brouillard n’en était pas moins joueur, voire casse-cou. Il se fractura un orteil sur un trampoline à la veille d’un meeting et s’arracha l’ongle d’un orteil sur le chemin des vestiaires après sa qualification olympique.

Études achevées en 1961, Hunter s’engagea pendant deux ans dans la marine qui lui offrait des moyens de s’entraîner après l’université, mais il ne put se qualifier pas, comme il l’avait souhaité, pour les Jeux olympiques de Tokyo, en 1964.
 (1) Cette histoire est contée dans un livre que publia Jeff Farrell en 1961, Six Days To Swim.

DE CHARTRES A GLASGOW : NE COMPTONS PAS SUR DES MIRACLES

L’EQUIPE DE FRANCE DE NATATION COMPTE DE RARES ATOUTS EN VUE DES CHAMPIONNATS D’EUROPE DE GLASGOW (5-12 AOUT PROCHAIN) QUI SE DEROULERONT, INNOVATION, DANS LE CADRE DES PREMIERS JEUX SPORTIFS EUROPEENS (AVIRON, CYCLISME, GOLF, GYMNASTIQUE ARTISTIQUE ET TRIATHLON)… MEHDY METELLA, CHARLOTTE BONNET… QUI D’AUTRE ?

Éric LAHMY

Dimanche 9 Juillet 2018

On savait depuis quelques années déjà que les compétitions post-Jeux olympiques de Rio se passeraient difficilement pour l’équipe de France, en raison du départ de ceux qui en constituaient l’ossature. La retraite précoce d’Yannick Agnel précéda ce mouvement de façon dramatique. La saturation mentale atteignit ensuite Florent Manaudou, qui n’aimait sans doute plus dans la natation que l’idée de conserver son titre olympique du 50 mètres acquis à Londres en 2012. Ce n’était pas assez pour aller au-delà des Jeux de Rio, où il manqua son objectif d’un rien.

Les Stravius, Gilot, Lacourt, Mignon et autres furent atteints, eux, par la limite d’âge. Du côté filles, Camille Muffat, après Laure Manaudou, ressentit en 2014 la lassitude où l’avait conduit sa rigueur et sa passion. Une autre grande nageuse s’effaça, avec Coralie Balmy, à l’issue d’une carrière comblée…

On crut, en 2016, qu’au moins chez les hommes, le passage du flambeau avait été effectué. On s’appuyait sur Pothain, Joly et Metella, pour maintenir ce qu’on voulait croire être une « tradition » d’excellence à la française.

Mais on le sait, à notre époque, les traditions se perdent. Après une longue hésitation, Stravius sortit d’une apparente semi retraite, reprit le collier et affirma nourrir de nouvelles ambitions. Tous ces plus ou moins jeunes gens parurent pouvoir assurer une transition.

Côté féminin, on assista à un petit drame dont l’équipe ne s’est pas relevée depuis : le naufrage d’un relais quatre fois 200 mètres qui aurait dû atteindre la finale et pu se distinguer, sauver la mise du collectif, offrir à Coralie Balmy une sortie digne d’elle et sans doute aussi se relancer en tant que groupe vers les Jeux de Tokyo. Mais emporté dans une sorte de salade niçoise, ce quatuor se délita, et ne resta pour assurer l’avenir que le talent à la fois fragile et pugnace de Charlotte Bonnet. Pour finir, une sprinteuse qui n’avait cessé de se bonifier, Anne Santamans, s’est blessée et n’a toujours pas reparu (si ce n’est très jolie quand habillée par Thierry Mugler).

Après le meeting de Chartres, ce week-end, Bonnet demeure, plus que jamais, le seul élément solide de notre natation féminine. Mais elle reste esseulée. Les autres possibles finalistes, voire médaillées, françaises, se situent dans le secteur de l’eau libre. On peut aussi compter sur Marie Wattel, qui a atteint l’an passé un palier auquel elle se maintient. Peut-elle progresser et atteindre la grande classe mondiale ? A elle de le dire.

Hier, on s’est étendu sur le cas de Mehdy Metella. Or on le voit désormais saisi par le doute. Dimanche, sur 100 mètres papillon, il a effectué un beau retour en 27s32 après un passage en 24s70 pour un temps final de 52s02. Il est en papillon plus près de sa meilleure valeur que sur 100 mètres.  

Aux Jeux de Rio, Metella avait fini 6e du 100 mètres papillon en 51s58 (51s71 et 51s73). Il avait aussi nagé deux très bon 47s75 lancé (en séries) et  48s08 au start (en finale) dans le relais. Il a aussi été médaillé de bronze sur 100 papillon aux Europe 2016 (51s70) derrière Cseh et Czerniak.

Barré en 2016 par quatre nageurs, Mignon, Manaudou, Gilot, Stravius, Metella n’est ni des courses individuelles ni des relais en libre aux championnats d’Europe comme aux Jeux. Mais en 2017, l’effacement de ses aînés fait qu’il acquiert une nouvelle dimension. Leader de la course en France, il se distingue, aux mondiaux de Budapest, avec 47s65 en demi finale et le bronze de la finale, derrière les deux Américains : Caeleb Dressel, nouveau monstre sacré, 47s17, Nathan Adrian, 47s87.

Dans une logique de progression, Metella annonce en février dernier qu’il vise le record d’Europe. 47s12 par Alain Bernard. C’est aussi prétendre à la première place au monde, le leader mondial de l’épreuve, Caeleb Dressel, ayant amené le record des Etats-Unis à 47s17. Prétentieux ? Certes, mais d’une prétention saine, logique.

Trente siècles après Achille, Metella va être victime de sa cheville. Vilaine blessure… Sans jeux de mots, les chevilles des nageurs constituent leurs talons d’Achille. Metella fracasse la sienne un an après Nicolas d’Oriano. La jeune sprinteuse Assia Touati subit elle aussi ce désagrément…

Si l’on devait parler de mauvaises nouvelles après ce 100 mètres, elles concerneraient le relais quatre fois 100 mètres ! Mais ceci est une autre histoire…

 Performances de relief du dimanche :

DAMES. 100 mètres : Charlotte Bonnet, Nice, 53s34. 100 dos : Mathilde Cini, Marseille, 1’1s47. 200 brasse : Reona Aoki, Japon, 2’25s01. 400 4 nages : 1. Yui Ohashi, Japon, 4’36s26 ; 2. Fantine Lesaffre, Marseille, 4’41s04.

MESSIEURS.- 50 mètres : Bruno Fratus, Brésil, 21s90. 1500 mètres : 1. Damien Joly, Antibes, 15’7s79. 50 dos : Jeremy Stravius, Amiens, 25s21. 100 papillon: 1. Mehdy Metella, Marseille, 52s02; 2. Iago Moussalen, Brésil, 52s26. 200 4 nages : Jeremy Desplanches, Nice, Suisse, 1’57s77.

CHAMPIONNATS DE SUÈDE : SJÖSTRÖM TOUJOURS TRES SEULE

Dimanche 8 Juillet 2018

Aux championnats de Suède, qui se sont étalés sur cinq journées, entre le 4 et le 8 juillet, à Landskrona, Sarah Sjöström a, bien entendu, dominé de la tête et des épaules. La quadruple recordwoman du monde (50 et 100 crawl et papillon) a remporté ses courses préférées, à l’exception du 100 mètres libre, disputé dimanche et quelle n’a pas honoré de sa présence.

Sjöström n’a pas été très éloignée de ses grands records : elle a nagé 23s96 sur 50 libre (contre 23s67, son record du monde), 25s14 et 56s83 en papillon (ses records étant 24s43 – depuis 2014 – et 55s48).

Sur 50 libre, le temps de Sarah approche le record de la saison détenu par Cate Campbell. L’Australienne a nagé 23s78, début avril dernier aux Jeux du Commonwealth. Son 55s48 améliore les 56s35 en avril à l’open de Stockholm et lui permet de prendre ses distances avec la jeune Japonaise Rikako Ikee (56s38). Au 50 papillon, elle a nagé plus vite cette saison, 25s07, tout comme Ikee, 25s11.

En dehors de Sarah, le niveau de ces championnats est faible. Seul Erik Persson a réalisé une performance notable, sur 200 brasse, avec 2’11s26, mais éloignée de ses 2’7s85 de l’an passé.

Sarah, RM, 23s67 (50) 55s48 (100 pap) 24s43 (50 pap depuis 2014).

DAMES.- 50 mètres : 1. Sarah Sjöström, 23s96.100 dos : Louise Hansson, 1’1s21. 50 papillon : Sarah Sjöström, 25s14. 100 papillon : 1. Sarah Sjöström, 56s83 ; 2. Louise Hansson, 58s08.

MESSIEURS.- 200 brasse : Erik Persson, 2’11s26.

CHARTRES: MEHDY METELLA SE POSE DES QUESTIONS

Éric LAHMY

Dimanche 8 Juillet 2018

Mehdy Metella, entorse à la cheville droite avec arrachement osseux, à l’automne dernier, a nagé pendant dix semaines sur les bras. Résultat : il aurait pris de la viande sur le haut du corps. En février, il dit vouloir battre le record d’Europe du 100 mètres ! A Saint-Raphaël, aux championnats de France, il nage 48s42…

A l’approche des championnats d’Europe, il aimerait bien se rassurer sur ses capacités. Mais voilà, Il se retrouve, samedi, 5e (en 49s56) du 100 mètres devancé par le plus jeune des finalistes du meeting de Chartres, le Brésilien Pedro (Henrique Silva) Spajari, 21 ans, 49s04, le Japonais Shinri Shioura, 49s26, et deux autres Brésiliens, Breno Correia, 49s37, et Gabriel Santos, 49s54.

Metella enrage d’avoir « perdu ses sensations » et trouve sa performance « exécrable », ce qu’on peut comprendre. Le voici tellement éloigné de ses ambitions, et un peu noyé dans une finale monopolisée par cinq Brésiliens. Médaillé de bronze des championnats du monde, et 5e à Chartres, même s’il y a du beau monde il n’y a pas de quoi pavoiser, et le Marseillais d’adoption passe un moment difficile.

Il y en a qui diront au sujet de Metella que « ça se passe dans la tête. » Je dirais que ça se passe aussi dans la tête, ou encore que cela passe par la tête, parce qu’en fait, tout doit passer par la tête, il ,s’agit d’une étape obligée, les cervelles servent à ça.

Mais peut-on en conclure que les soucis de Mehdy sont fictionnels ? Je demande à voir. Une citation, judicieusement empruntée à « Metella », une nouvelle de George Sand, permettrait de répondre à cette question : « Ils prétendent que les blessures vont bien mais que la tête est dérangée. Je dis moi que les blessures vont mal et que la tête va beaucoup mieux qu’on ne doit. »

Je ne prétends pas trouver les réponses aux interrogations de Metella dans une fiction, fut-elle éponyme, de 1833, mais d’ici les Europe, Mehdy peut retrouver ses fameuses sensations égarées.

Si cela peut le consoler, ceux qui l’ont précédé dans cette finale ne sont pas des faire valoir. A commencer par Spajari, 48s71 en séries, le sprinteur de Sao Paulo qui fait les gros titres au Brésil. Champion national, en avril, sur 50 (21s82) et 100 (47s95), il se place 3e au bilan mondial de l’année…

Il représente aussi un cas médical rare, étant porteur du syndrome de Klinefelter, ce qui, en théorie, devrait le rendre incapable d’exploits sportifs (comme d’ailleurs, de faire des études suivies – par déficit d’attention – d’avoir des enfants – infertilité). Manifestement, Spajari n’en a cure. Pour ce qui est des performances sportives, il se pose là ; recordman du monde junior en 2015 avec 48s87, il a nagé 48s25 en décembre dernier aux mondiaux militaires et ne cesse de progresser…

 

Performances de relief.- MESSIEURS. 50 brasse : Joao Luiz Gomez Junior, Brésil, 26s94. 200 brasse : Giedrus Titenis, Lituanie, 2’12s19. 50 papillon : Andriy Govorov, Ukraine, 22s73. 400 4 nages : Kosuke Hagino, Japon, 4’13s50.

DAMES. 50 mètres: Charlotte Bonnet, Nice, 24s66. 200 mètres: Charlotte Bonnet, 1’56s59. 50 dos: 1. Etiene Medeiros, Brésil, 27s96. 2. Caroline Pilhatsch, Autriche, 28s21. 100 brasse: Reona Aoki, Japon, 1’6s61. 100 papillon: Marie Wattel, Glasgow, 58s13. 200 4 nages: Yui Ohashi, Japon, 2’11s65

SÉLECTIONS AUSTRALIENNES : CATE CAMPBELL, MCKEON ET TITMUS EN VERVE

Éric LAHMY

Montréal, le 4 Juillet 2017

Aristote Onassis, l’armateur grec, disait que pour devenir riche, il fallait se frotter aux riches. Beau précepte qui, traduit en sport, pourrait donner : pour devenir un champion, frotte-toi aux champions. Conseil suivi par la brasseuse australienne Jessica Hansen. Elle est partie s’entraîner pendant deux semaines à Bloomington, dans l’Indiana, où Ray Looze, le coach de l’Université d’Indiana, dirige les destinées aquatiques de la championne olympique Lilly King et de Cody Miller. Quinze jours de tortures raffinées, a-t-elle avoué, au bout desquels elle a battu son record personnel du 100 brasse avec 1’6s74 et devancé Leiston Pickett et Georgia Bohl, qui l’avaient précédée en mars dernier, aux sélections australienne pour les Jeux du Commonwealth.

Cette fois, il s’agissait de gagner son visa pour les PanPacifics. Les sélections se sont tenues à Gold Coast, depuis le 1er du mois et se sont achevées aujourd’hui. A dire vrai, ce bon meeting servait surtout à compléter les sélections australiennes pour les PanPacifics (Tokyo) qui ont été entérinées en début d’année, dans les meetings aboutissant aux Jeux du Commonwealth, à Gold Coast en avril dernier. Les divas et ténors de la natation des antipodes n’avaient donc pas à pousser les feux, et  les résultats obtenus ont donc été juste honorables.

Dans ce contexte, Cate Campbell a été la « mieux disant ». 52s61 (25s19 plus 27s42) au 100 mètres, avec une demi-longueur de corps d’avance sur Emma McKeon (53s25), laquelle, déjà qualifiée sur 200 libre, 100 papillon et les trois relais sans compter le redondant relais mixte, continue de montrer son intérêt pour la distance reine…

L’aînée des Campbell a amplement démontré dans le passé l’énormité de sa classe et une certaine fragilité dans la compétition, qu’illustrent une crispation et une dégradation évidentes de sa technique dans la dernière partie de sa course. Cette grande fille part vite (trop vite ?) et revient mal, je ne sais trop dire pourquoi… On ne lui prêtera donc, sur la base de ce dernier temps (remarquable) obtenu à Gold Coast, aucune supériorité vis-à-vis d’une guerrière comme l’Américaine Simone Manuel, championne olympique et du monde sortante, qu’elle devrait rencontrer à Tokyo…

Les autres meilleurs résultats de ces quatre journées de compétition sont à l’actif d’Emma McKeon, sur 100 papillon (56s61), et d’Ariarne Titmus sur 400 mètres (4’1s73). Titmus nage aussi un beau 800 mètres (8’22s82). La jeune Tasmanienne approche là ses records (4’0s93 et 8’20s02). Elle ne se présentait pas au départ du 200 dames, enlevé par Briana Throssel, en 1’58s09, mais signait un bon 1’56s02 (son record personnel : 1’54s85). A noter également le 100 dos dames de Kaylee McKeown, 59s62 devant Minna Atherton, 1’0s43.

Côté masculin, la performance de relief est signée Jack Cartwright. A dix-neuf ans, Jack, jusqu’ici, a joué les doublures de Kyle Chalmers, le champion olympique surprise de Rio, sans oublier de se faire peur, en mars dernier, avec un épisode de tachycardie – au beau milieu du 200 mètres de sélection des Jeux du Commonwealth – qui lui permettait de visiter l’hôpital de Gold Coast. Assez bien remis de ses frayeurs, Cartwright, ici, a laissé trois générations de sprinteurs dans son battement. Au-delà de ses 48s33 de la finale, devant trois générations des meilleurs sprinteurs australiens, Alexander Graham, 23 ans, 49s05, James Roberts, 27 ans, 49s21, Kyle Chalmers, 20 ans, 49s46, Louis Townsend, 20 ans, 49s64, etc., il signait ensuite un solide 48s05 au départ d’un relais de son équipe, Saint-Peters.

Performances de relief :

100 mètres D, Cate Campbell, 52s61, Emma McKeon, 53s25.

100 papillon D, Emma McKeon, 56s61

400 mètres D, Ariana Titmus, 4’1s73, Kiah Melverton, 4’6s25.

100 dos D, Kaylee McKeown, 59s62, devant Minna Atherton, 1’0s43.

100 mètres M, Jack Cartwright, 48s33, et 48s05 au départ du relais de Saint Peters.

100 dos M, Mitch Larkin, 53s66, Bradley Woodward, 53s89.

100 papillon M, Grant Irvine, 51s59, David Morgan, 51s93.

800 mètres D : Ariarne Titmus, 8’22s82.

200 4 nages M, Mitch Larkin, 1’58s42.

400 4 nages M, Blair Evans, 4’37s65.

100 brasse M, Jack Packard, 59s63.

200 mètres D, Briana Throssel, 1’58s09… Au départ d’un relais de Saint-Peters, Arianna Titmus, 1’56s02.

200 mètres M, Eli Winnington, 1’47s01.

200 papillon M, David Morgan , 1’56s98.

400 4 nages M, Mitch Larkin, 4’16s70

JANET EVANS PROPULSÉE VERS LA FINA

Éric LAHMY

Mardi 3 Juillet 2018

L’Américaine Janet Evans, étoile majeure de la natation mondiale à la charnière des années 1980-1990, a été présentée par USA Swimming, la fédération de son pays, au bureau de la Fédération Internationale de Natation (FINA).

Evans, carrière achevée, avait gardé le contact avec le sport à divers titres professionnels et autres, dont celui de dirigeante. Très dynamique, toujours dans le mouvement, dotée d’une personnalité intéressante et d’un sourire irrésistible, elle a servi comme vice-présidente du comité de candidature américaine aux Jeux olympiques et paralympiques de 2028 à Los Angeles (après accord avec Paris 2024). Son apport a été assez apprécié pour qu’USA Swimming décide d’utiliser ses talents à l’international.

Selon le site britannique Inside the Games, Evans pourrait prendre la place, au Bureau de la FINA (25 membres), de l’actuel représentant américain, Dale Neuburger, qui entend se retirer en 2021. Mais ceci à condition de suivre victorieusement le processus d’élection ! Celui-ci est assez encadré : chacune des cinq fédérations continentales de la FINA élit un nombre spécifique de représentants au bureau. Les Amériques, l’Asie, l’Europe et l’Afrique disposent chacune de quatre représentants au Bureau et d’un vice-président choisi parmi ces représentants, l’Océanie d’un représentant.

Logiquement, vu de l’extérieur, les chances de Janet Evans d’accéder au poste sont très fortes. Triple championne olympique au profil charismatique, dirigeante américaine appréciée, élue à l’approche de Jeux olympiques qui se tiendront en Amérique, on pourrait dire que, la concernant, les étoiles sont alignées. A ce poste, souligne Liam Morgan, d’Inside the Games, « elle pourrait jouer un rôle essentiel de coordination dans la préparation des Jeux entre le comité d’organisation et la FINA. »

FANTASTIQUE NAGEUSE, MULTI-CHAMPIONNE OLYMPIQUE ET RECORDWOMAN DU MONDE, JANET EVANS A AUSSI RÉVOLUTIONNÉ LE CRAWL

Il n’y a pas à hésiter. Elle avait beau mesurer 1,65m et peser dans les 46 kilos, Janet Beth Evans, née à Fullerton, en Californie, le 28 août 1971, a été une immense nageuse. L’une des plus grandes en demi-fond de l’histoire, elle a remporté en 1988, à Séoul, les titres olympiques du 400 mètre libre, du 800 mètres libre et du 400 mètres quatre nages ; en 1992 à Barcelone, l’or du 800 mètres et l’argent du 400 mètres (où elle fut surprise par Dagmar Hase).

Autre signe de supériorité : la durée de ses records mondiaux sur 400, 800 et 1500 mètres a été inhabituellement longue : respectivement 18, 19 et 19 ans !

Vers la fin de sa carrière, les douleurs aux épaules qu’a fini par provoquer son entraînement sont telles qu’elle doit limiter le nombre et l’intensité de ses séances ; dès lors, elle montre les premiers signes d’une certaine vulnérabilité en 1995 et doit se contenter de la 6e place du 800 mètres des Jeux d’Atlanta en 1996, où elle ne peut faire mieux que 9e du 400 mètres, temps insuffisant pour la qualifier en finale.

En championnats du monde, elle enlève les titres du 400 mètres et du 800 mètres à Perth en 1991 et du 800 mètres en 1994 (suite à un duel serré avec Hailey Lewis qu’elle bat d’un souffle, en 8’29’’85 contre 8’29’’94).

Janet Evans est petite et surtout très fine quand elle commence d’exercer sa domination sur le demi-fond US. Les défaites qu’elle inflige à Tiffany Cohen, la championne olympique de 1984 à Los Angeles, conduisent celle-ci à prendre sa retraite : Cohen comprend qu’elle ne pourra pas conserver son titre olympique à Séoul en face de cette libellule au style tourbillonnant.

Evans est aussi la première nageuse à accomplir un 1500 mètres en moins de seize minutes. Sa course ? Partir vite et tenir jusqu’au bout. Ce faisant, elle « étouffe » littéralement ses adversaires, détruits d’entrée, au physique comme au mental. Au plan américain, les sept titres nationaux (trois l’hiver et quatre l’été) qu’elle remporte en 1989 lui valent de recevoir le Sullivan Award, la plus haute distinction sportive amateur aux USA. Elle est couronnée nageuse des années 1987, 1989 et 1990 selon Swimming World.

Sa nage est caractérisée par la cadence élevée de ses mouvements de bras (style bras tendus, moulin à vent), un déhanchement très net de gauche à droite qui fait dire que « son bassin n’est pas fixé » et un mouvement de haut en bas du corps selon les phases de sa nage qui vont à l’encontre de l’idée esthétique (comme des préceptes mécaniques) qu’on se fait du style. Janet n’est pas la première à « mal » nager très vite, et on peut retrouver des prémisses du « moulin à vent » dans de vieux films, ainsi avec le Japonais Tsuyoshi Yamanaka, médaillé d’argent olympique sur 400 et 1500 en 1956 ou avec l’Australien John Devitt, médaillé olympique en 1956 et 1960. Je me souviens avoir noté Kristin Otto effectuant dans les années 1980 un retour de bras en crawl bras tendus. Mais aucun de ces nageurs n’a marqué autant qu’Evans…

Malgré ces particularités face auxquelles le réflexe de l’entraîneur aurait pu être de les contrer, son premier coach, Martin Craig, se refusa à réformer sa technique. Pour une raison simple : en nageant comme ça, Janet avançait diablement vite… L’intelligence de Craig fut de respecter, puis d’utiliser le style personnel de cette fille.

Une analyse approfondie de son mouvement (ainsi le travail des jambes, qualifié de « dauphin alternatif » en raison de l’élévation du corps – on pourrait dire me semble-t-il : l’ondulation – qu’il produit et de l’appui qu’il donne à l’attaque de bras) a permis de mettre l’accent sur un rôle mal identifié jusqu’alors des muscles latéraux dans la propulsion du nageur. La réflexion qu’a provoqué l’analyse du style de Janet Evans aboutit entre autres à repenser la musculation du corps et à rechercher un renforcement maximum du « gainage ».

Evans était bel et bien une innovatrice. Sa technique instinctive a influencé le travail de plusieurs entraîneurs de pointe, ainsi Paul Bergen, le découvreur de Tracy Caulkins, qui en fit bon usage dans la préparation (aquatique comme au sol) d’Inge De Bruijn avec les extraordinaires résultats qu’on sait, et Guennadi Touretski, le coach russe d’Alexandr Popov, qui en greffa avec succès des éléments sur un autre de ses nageurs, Michael Klim.

C’est Touretski, à l’époque, qui m’expliqua d’enthousiasme ce que le style d’Evans pouvait avoir d’innovant, et presque, pourrait-on dire, de révolutionnaire: « Il met en avant un autre paradigme de la natation. Oubliez un peu les bras et les jambes. Ce sont les hanches qui font avancer le nageur. Dans le style de Janet Evans, ce ne sont pas les bras, mais les muscles du côté du corps qui, en se contractant, effectuent l’essentiel du travail. » Si je tente de traduire ce qu’il me dit alors, j’aboutis à ceci : lorsque les bras du nageur effectuent leur mouvement d’avant en arrière, outre les abdominaux, dorsaux et pectoraux, effectuent un travail essentiel tous ces muscles qui courent de sous le bras jusqu’à l’articulation de la hanche, qu’on voit mal quand on regarde le corps humain de face : des dentelés supérieurs aux dentelés postéro-inférieurs, et en descendant depuis les latéraux au tenseur du fascia lata en passant par les obliques…

La contraction en chaîne de ces muscles largement ignorés jusqu’à Janet Evans  joue le rôle essentiel dans la propulsion du nageur!!!

Le style innovateur de Janet était tellement singulier qu’il en était perturbant, et je me souviens avoir pensé : « ce que cette fille nage mal. » Je n’étais pas le seul. Mais en même temps, je trouvais réjouissante cette capacité d’avancer dans l’eau à une vitesse folle. Les gros plans de Janet Evans en action ont toujours eu à mes yeux quelque chose de phénoménal par ce qu’ils dégageaient en termes de dynamisme, de dépense énergétique…

Richard Quick disait à son sujet : « regardez un film au ralenti d’une course de Janet Evans. Vous verrez que sa posture, sa ligne et son équilibre sont presque parfaits. Quand vous regardez la technique, regardez différemment, essayez de regarder ce que vous ne voyez pas. »

Anecdote en marge. Intrigué par les déclarations de Touretski, je signai dans L’Equipe un article mi farce, mi technique, dans lequel je tentais d’expliquer le paradigme du nageur selon Janet Evans, où les hanches étaient censées jouer le rôle moteur. Ce texte eut pour effet d’attirer l’attention de Christian Montaignac, grande plume du rugby, qui avait écrit quelques romans et voulait explorer le monde de la natation. Il vint dans mon bureau me demander des éclaircissements sur ce que j’avais pondu là. Quelques mois plus tard, je reçus mon exemplaire dédicacé d’ Une odeur de lilas mouillé, et pus lire à ma grande joie ce coach de fiction inspiré, m’affirma Montaignac, par la personnalité de Lucien Zins, expliquer à sa nageuse qu’elle devait remuer son popotin parce que la propulsion venait des hanches. 

Autre anecdote personnelle. Pendant toutes les années Janet Evans, j’étais condamné aux papiers généraux lors des championnats du monde et des Jeux olympiques que je couvrais pour le quotidien du sport, et, pour des raisons que je ne puis élucider, je n’eus pas autant d’occasions que dans la décennie précédente de rencontrer les grands nageurs. Je ne vis donc pendant tout ce tempsJanet que du haut de la tribune de presse.

Elle avait pris sa retraite sportive quand, à je ne sais quelle occasion, arpentant une plage attenante à la piscine des marbres, je tombais sur l’équipe US. Et parmi ces jeunes, nez à nez, sur Steve Lundquist et Janet Evans.

Ravi d’une rencontre assez inattendue, j’entamais le dialogue : « êtes-vous Janet Evans » ? Elle me répondit par son sourire d’un million de dollars. Janet et Steve, qui avait été, lui, le vainqueur du 100 mètres brasse des Jeux de Los Angeles en 1984, étaient fort étonnés d’être ainsi reconnus, et on se mit à deviser pendant quelques minutes. Je fus frappé par la gentillesse et l’humilité de ces deux champions. Frappé, mais pas étonné : je n’ai pas souvent rencontré de grands nageurs décevants sur le plan humain.

GREGG TROY JOUE LA CARTE DRESSEL EN VISANT TOKYO

Eric LAHMY

Lundi 3 Juillet 2018

L’Américain Gregg Troy, qui, au titre, pendant vingt ans, d’entraîneur des Florida Gators, est apparu comme l’un des grands coachs universitaires US, a annoncé an avril dernier qu’il quittait son poste à l’Université de Floride. Mais il n’abandonne pas la natation, et se concentrera sur la préparation en vue des prochains Jeux olympiques, de huit nageurs dont le monstre sacré que représente Caeleb Dressel. Parmi les questions qui se sont posées autour de ce mouvement : quel sera l’effet, pour la Floride, du départ d’un entraîneur célèbre et respecté; ou : en quoi ce passage d’un coach universitaire de sa dimension au professionnalisme signifie-t-il un changement de statut de la natation professionnelle aux Etats-Unis.

On peut aussi penser que, tout simplement, Gregg Troy s’est dit que coacher avec Caeleb Dressel le plus grand nom et le plus fort potentiel olympique de la natation mondiale masculine représente une chance de succès professionnels et de satisfactions qui dépassent ce que l’université peut aujourd’hui continuer de lui offrir. Quelle que soit l’aura des NCAA dans le milieu de la natation, la compétition reste confidentielle. L’impact olympique est infiniment supérieur. A 67 ans, Troy ne prend pas de gros risques, et pour lui le jeu en vaut la chandelle !

Deux mois après son changement d’affectation, Gregg Troy a été élu « entraîneur du mois », selon Swim Swam, suite aux résultats obtenus au meeting Mel Jazak (Canada). Ses nageurs y ont été pour quelque chose :

Caeleb Dressel y nageait 22s1 au 50 libre, 49s5 au 100m ,1’48s7 au 200 mètres, 23s6 au 50 papillon, 52s4 au 100 papillon, et 27s8 au 50 brasse. Une semaine plus tard, à Santa Clara, Dressel signait 48s9 au 100, 23s5 au 50 papillon et 52s2 au 100 papillon.

Les autres élèves de Troy qui se sont distingués, Ryan Lochte, 33 ans, 1’58s9 au 200 mètres quatre nages et 4’15s8 sur 400 mètres quatre nages, 50s7 au 100 libre, 54s7 au 100 dos et 53s7 au 100 papillon. Troy coache aussi Penny Oleksiak, Clark Beach, Maxime Rooney, Mitch d’Arrigo, Ben Lawless, et la nageuse Kelly Fertel.

ALEXANDRE MOUTTET, UN ENTRAÎNEUR DANS LE SIECLE

Samedi 2 Juin 2018

Catherine Grojean, dont le nom est synonyme de bienveillance et de fidélité, nous rapporte la mort, dans sa 94e année, d’Alexandre Mouttet, son entraîneur. Si vous ne savez pas qui c’est, lisez ce qui suit. Je pourrai seulement dire que son nom, entendu depuis des décennies, était prononcé toujours avec gratitude et respect par ceux qui l’évoquaient. Alexandre laisse dans l’affliction son épouse, Maria, trois enfants, Jeannine, Alain et Christian, ses belles-filles Geannina et Yoko, ses petits-enfants Jérémie, Antoine, Axel et Alexandra, açinsi qu’une quantité de nageurs et d’ondines qui se souviennent de lui avec émotion. Il était décoré de la Légion d’honneur, Croix de guerre et médaillé d’or de la Jeunesse et des Sports.

La cérémonie civile a été célébrée aujourd’hui samedi 2 juin 2018, à 10 h 30, au Parc mémorial d’Aix-Les-Milles, et a été suivie de l’inhumation au cimetière de Fuveau.

Le texte qui suit, apporté également par Catherine Grojean, est « l’intervention d’Alexandre Mouttet à l’occasion de ses 90 ans il y a 3 ans, une belle histoire de vie ! qu’il nous a raconté avec modestie et avec humour. Alexandre Mouttet, 29 janvier 1923 – 28 mai 2018 (93 ans). J’aime à lui faire cet hommage au nom de ses nageurs », ajoute-t-elle :

Ce sont les personnes comme vous, Alexandre Mouttet, capables de toutes les qualités et gentillesse, qui laissent en nous le souvenir le plus durable. Alexandre Mouttet que nous appelions affectueusement ‘Dédé’ était l’ami et le second père de ses nageurs. Formidable entraineur, pédagogue et psychologue. Il nous a donné toutes les clés pour exprimer nos talents et réussir. C’est beaucoup plus tard que l’on comprend que le sport nous a formé à la vie et pour toute notre vie. Le défi était d’être les meilleurs dans les règles dans l’équilibre et dans la joie de vivre. Merci ‘Dédé’ de ce précieux cadeau. (Catherine GROJEAN).

LES TRIBULATIONS D’UN ENTRAINEUR A L’ANCIENNE

(Contribution donnée par Alexandre Mouttet le 29 janvier 2013, à l’occasion de ses 90 ans).

A Carthage, vers l’âge de 15 ans, apprentissage de la natation aux plus jeunes dans des bassins naturels dont le plus grand, de 25 mètres environ, est délimité par d’anciennes colonnes d’un palais beylical.

Tout jeunes, nous avions l’exemple d’anciens champions qui y évoluaient. Compétitions entre nous dans tous les styles, concours de plongeons depuis les colonnes du palais, et débuts en compétition officielle aux clubs de Tunis.

A citer, présents aujourd’hui, Gilbert Taieb, Jacqueline Taieb, Lucien Borg et Simone Plazy. J’ai 16 ans au collège technique Emile Loubet, je demande au professeur de gym de nous inscrire et de nous accompagner aux championnats de Tunisie scolaires.

Suite au refus du directeur, je m’occupe moi-même du recrutement et des inscriptions à la fédération de Tunisie, soit 35 participants pour les différentes épreuves individuelles et le relais 30 fois 33,33 mètres (1 Km) avec la coupe offerte par les champagnes Moët & Chandon.

Nous nous partageons les titres individuels avec le Lycée Carnot, principal établissement scolaire de Tunis, et pour clore ces championnats, avec le relais de 30 nageurs, je n’ai que 29 présents. Avisant les pensionnaires du collège venus en spectateurs sur les gradins, je donne un maillot à l’un d’entre eux, et nous gagnons d’une main le relais et la coupe!

Le lendemain à 8 heures, défilé des participants dans la cour du collège sous les applaudissements de tous, remise de la coupe au directeur qui nous félicite.

Puis, arrive l’occupation Allemande et Italienne. A 18 ans, je m’engage et durant 3 ans c’est la guerre qui nous voit tous partir combattre en Italie puis débarquer en Provence ou en Normandie libérer notre pays et revenir par chance, entiers.

NAGER PARMI LES RUINES DU PORT DE CARTHAGE

De retour à la vie civile, je reprends mes activités sportives. Carthage est la principale source de recrutement de l’ASF dont je suis devenu l’entraineur de natation et de water polo sur les recommandations de notre ancien entraîneur, Marcel LESCURE. Par manque d’eau, car à cette époque l’eau est rare en Tunisie, la piscine est fermée et les entrainements se font en mer dans notre fameux bassin. Je récupère des planches dans l’épave d’un bateau américain coupé en deux par une torpille à 300 mètres de la côte et nous construisons un appontement pour permettre les départs. Nous fabriquons aussi des buts de water-polo flottant sur des chambres à air avec des filets fait main. Ces installations sommaires permettaient des rencontres avec des camarades d’autres banlieues de Tunis et étaient jugées par un arbitre de football perché sur un rocher. Ces réunions se terminaient autour d’un verre offert par ma mère qui était propriétaire du Pescadou (hôtel, restaurant, dancing).

Grâce à la construction de grands barrages, l’eau était devenue abondante, nous pouvions reprendre nos activités à la piscine de Tunis dans des conditions inimaginables aujourd’hui : 2 lignes d’eau avec le public, traversées en permanence par les baigneurs. C’est l’après guerre, nous n’avons pas de maillots et de bonnets; j’achète du tissu au souk de Tunis et je les confectionne moi-même sur la Singer à pédales de ma mère. Malgré ces difficultés, nous obtenons d’excellents résultats: un super nageur, Michel Longue, 15 ans à ses débuts, russe comme son nom ne l’indique pas (les parents ne parlaient pas le français) et qui buvait un petit cognac au bar avant la course. Il devient champion d’Afrique du Nord du 100m dos, recordman de Tunisie des 200m, 400m et l500mètres.

Il est imbattable aussi en course de fond en mer.

LE NAGEUR AUX DOUZE DOIGTS

Jacques Tixier (présent), champion et recordman de Tunisie du 1500 mètres, est en pension à la maison pour mieux préparer ses championnats. En vue de notre première participation aux critériums et championnat de France à Vichy, en accord avec le gérant de la piscine (merci Monsieur Rohou), nous disposons du bassin après la fermeture et pouvons mener un entrainement sérieux. Nous obtenons ainsi deux premières places à ce critérium national : Elvire Parodi en nage libre et Lucienne Michelucci en brasse. Puis la 5ème place en libre et en 3 nages pour les relais minimes filles et, surprise, Achour Hamadi (un Tunisien) sur le podium, 3ème au 100m dos toutes catégories. Au championnat d’Afrique du Nord de Natation, et surtout en Water-Polo, nous étions handicapés car le règlement n’autorisait pas les étrangers (Caparos et Almena, espagnols. Orsolini, italien) à y prendre part et cela m’obligeait à me mettre à l’eau sans préparation. Mais nous obtenons des succès en nage avec Languet Michel et Achour Hamadi en dos, et Georges Filliol en brasse.

A l’indépendance de la Tunisie, nos nageurs Tunisiens qui nous ont apporté un grand nombre de titres, nous quittent, le nom de notre club n’étant plus indiqué pour eux. La FTN me nomme entraineur fédéral, je reste donc toujours en contact et en bons termes avec eux. Lors d’un stage de formation d’éducateurs, je découvre un nageur exceptionnel âgé de 25 ans, n’ayant jamais nagé en piscine, le plus rapide aux tests de vitesse devant des nageurs confirmés. Il avait effectué la traversée du golf d’Hammamet (20km) mais la curiosité était qu’il avait 6 doigts à chaque membre lui donnant ainsi une plus grande efficacité. Trois ans plus tard, je l’aperçois en policier; il vient me saluer et me montre ses mains: il s’était fait amputer d’un doigt à chaque main afin de ne pas affoler les personnes à qui il dressait une contravention.

LE SPORTING CONTRE LE CNL : DUEL DE LYONS

La dernière compétition de notre club l’ASP avant mon départ définitif pour la France est un succès pour nos jeunes minimes et cadets lesquels contre tout pronostic, terminent à égalité avec le club Tunisien regroupant toutes les vedettes de l’époque. A signaler la présence aujourd’hui de J.-P. Parodi, vainqueur du 1500m toutes catégories. La nationalisation de la société où je travaillais nous oblige à quitter la Tunisie pour la France et Lyon, en principe provisoirement, car Monsieur Bertrand, alors président du CN Nice avait remarqué mes excellents résultats obtenus dans les années 1956 durant les vacances d’été et devait tout tenter pour que je sois affecté dans cette ville, sans succès.

Le provisoire allait durer 16 ans! Je me retrouve comme entraineur du Sporting Club de Lyon surtout connu pour sa section tennis. Surprise! Nos records de Tunisie sont pour la plupart supérieurs à ceux du Lyonnais qui bénéficient pourtant toute l’année d’une piscine chauffée! Aux championnats régionaux, mon nouveau club, remporte la totalité des titres masculins individuels et relais avec en particulier Jean-Pascal Curtillet, rapatrié d’Algérie, qui sera recordman du monde avec l’équipe de France du relais 4 fois100 mètres nage libre, avec également Bernard Protin, un de mes anciens nageurs de Tunisie, international espoir et champion de France universitaire, avec Lucien Gauche (plus tard champion du monde en Masters) avec J.-P. Castoldi (présent) mon premier international espoir dans la longue liste qui suivra ; avec Mireille Descroix Russo, repérée à la baignade du club à la mi-novembre, qui gagne l’épreuve de demi fond 800 mètres en brasse, dispute la finale des championnats de France d’hiver à Marseille 3 mois après, est sélectionnée en équipe de France espoir.

Surprise de Heda Frost, entraineur national : Mireille ne sait pas encore nager le crawl! A signaler également Gislaine Drevet, championne et recordwoman de France minime des 100 mètres brasse et 200 mètres nage libre. Le club adverse, le CNL, a fait venir à Lyon en grande pompe Jacques Latour, l’ancien entraineur de Gilbert Bozon, considéré comme le meilleur en France.

CLARET, GROJEAN, MOLLIER SELECTIONNEES AUX JEUX DE MUNICH

Mais, compte tenu de nos résultats, ils sont obligés de composer avec nous et une fusion des deux clubs est réalisée. Latour choisit les garçons, je me retrouve à la tête de la section féminine, laquelle rapidement égale les meilleurs en France, titres , records et meilleures performances individuelles et relais, internationales espoirs et toutes catégories ( 3 sélectionnées olympiques) Catherine Grojean (présente) et Dominique Mollier pour les jeux de Mexico, Martine Claret (présente) pour ceux de Munich, mais toujours loin de leurs meilleures performances lors de ces compétitions.

A signaler également pour leur participation et leurs performances, Murielle Paterson, Marie Françoise Grojean et Françoise Manson.

Les féminines en général, contribuent au succès du club, le tournoi triangulaire avec le Racing Club de Paris et Marseille est remporté par Lyon; cela n’est pas pour améliorer les relations avec l’entraineur des garçons et les dirigeants du club qui lui étaient favorables. Pour sortir de cette ambiance, la majorité des ondines et moi-même, nous quittons le Lyon Natation pour l’ASPTT et alors d’autres problèmes commencent….

L’ART DE NAGER EN SANDWICH

Aucune possibilité nous est donné de s’entrainer dans les piscines de la ville, l’adjoint aux sports est un ami du président du club quitté! Au début, entraînement au jour le jour au bassin universitaire de Villeurbanne, le gérant bien sympa m’informe des disponibilités chaque matin. Les transferts refusés par le comité départemental de natation présidé par notre ancien président, sont finalement homologués lors de l’Assemblée Générale de la Fédération où je compte de nombreux amis. Peu de possibilités pour entraîner nos nageurs à la piscine de Vaise, une ligne d’eau étant disponible, j’y entraine une trentaine de nageurs en payant leur entrée! La caissière, une pied-noir, complice, compte les présents mais ne fait payer que deux ou trois billets.

Tout ce groupe évoluait dans une ligne d’eau derrière la locomotive Christophe Charton. Pas pour longtemps, car le comité nous créait régulièrement des difficultés. Grâce à l’intervention des dirigeants des PTT auprès du Maire de Lyon, nous obtenons deux bonnes séances le mercredi et le samedi et la totalité des heures disponibles à la nouvelle piscine du Lycée féminin Boulevard des Etats Unis.

Les lundis, jeudis et vendredis, avec mon véhicule, je prends à la sortie de leur lycée à 12hl5, Michel Bouvier, Anne Chancel, Thomas Fahrner, Eric Fontaine , direction la piscine de Vaise, un sandwich à l’aller, entrainement dans une ligne d’eau cédée par les pompiers, 13h45, retour vers le lycée, deuxième sandwich, reprise des cours à 14h. Je retrouve ces mêmes nageurs à 17h avec leurs camarades.

D’autres créneaux disponibles aux piscines des lycées Lumière et de Bron sont pris en charge par Michel Paulin et Dominique Giordano, complètement investis dans leur mission. Les résultats suivent: interclubs nationaux, meilleurs performances et records de France battus en garçons et filles, Anne Chancel, Maryse Champion, Agnès Landrivon, Michel Bouvier, Marical, Fontaine, la tribu des Mure Ravaud et Guidani, Pascale Durand, les frères Tillie, dont l’actuel sélectionneur de notre équipe de volley. Thomas Fahrner, futur recordman olympique et du monde avec l’équipe nationale d’Allemagne.

THOMAS FAHRNER, LE GEANT ALLEMAND QUI AVAIT MANGE DU LYON

Thomas participe à toutes les épreuves de notre club, titres et record de France battus et bien d’autres encore. Il est sélectionné par notre entraineur national pour rencontrer l’Espagne et au moment d’établir son passeport, apprenant qu’il est allemand, il est privé de toutes compétitions en France.

Je conseille alors aux parents de contacter la fédération allemande en leur indiquant ses performances, les Allemands le découvrent et il devient chez eux une vraie vedette. Il participera aux JO de Los Angeles. S’étant trop réservé aux éliminatoires, Fahrner dispute la finale B, mais nage plus vite que le vainqueur de la grande finale et bat le record olympique.

Changement à la tête de la mairie de Lyon, mon ami le docteur Genety, nouvel adjoint aux sports de la ville, m’accorde l’intégralité des demandes concernant les entrainements dans les différentes piscines de la ville. Mais je quitte définitivement Lyon pour Salon de Provence, ayant obtenu ma retraite EDF, et ce sera Paulin et Giordano qui assureront la relève. Je tiens à souligner la part importante qu’ils ont eu dans les résultats de l’ASPTT.

A Salon, une belle équipe rapidement au niveau des jeunes benjamins et minimes, constitue un adversaire sérieux pour le CN Marseille, mais là également je rencontre des problèmes pour les entrainements. L’été en bassin de 50 mètres, les séances se déroulent en même temps que la section palmes (d’où des vagues) et le public traverse nos lignes ou arrête le chrono sur les gradins. Je demande au directeur à nous entraîner après 20h, heure de fermeture. Refusé, car cela aurait gêné la quiétude du gérant, qui vivait sur place. De bons résultats, deux meilleures performances Françaises battues, trois internationaux espoirs français, Karine Marckert, Christian Aim et Marie Christine Reyre, première place aux interclubs féminins et interclubs jeunes garçons et filles devant le CN Marseille.

Le hasard au cours d’une compétition me fait rencontrer un de mes anciens nageurs de Tunisie, Jean- Claude Pouvillon, devenu président du cercle des nageurs de Cannes. Il me propose de venir sur la côte retrouver la mer et le soleil. Merci Jean Claude. Le CN Salon me voit partir avec regret et à Cannes, les entraîneurs me reçoivent avec peu d’enthousiasme.

Durant trois ans, me voilà relégué à la piscine des Oliviers avec des horaires peu propices pour des entrainements sportifs. Une bonne nageuse quand même, Stéphanie Gras, présente à toutes les séances, sera plus tard internationale. Je lui conseille d’aller à Antibes pour avoir de meilleures possibilités d’évolution.

Me voilà à la Bocca, m’occupant des jeunes du club et du perfectionnement (baignade) aidé après quelques années par Anny Camahji qui a obtenu son diplôme de MNS grâce à son sérieux. Elle devint ensuite mon adjointe pour entraîner les différents groupes du club dont je m’occupais. Parmi ces jeunes, Julie Biaise, future internationale et recordwoman de France. Par la suite, Anny devint responsable de la section sport-études. Elle est toujours en place près de Lionel Volkaert, entraineur principal du CN Cannes et de nageurs internationaux qui ont fait le succès du club, tels que Cécile Prunier, Yohan Bernard, Stéphane Perrot, Nicolas Gruson, Guy Noël Schmitt, Julie Biaise en particulier, sous la présidence de M. Choss avec comme sponsor le groupe Barrière. Ma carrière comme entraineur se termine à Cannes où, avec l’aide d’Anny Camahji, nous remportons le titre national des interclubs filles 12 ans, avec en particulier dans cette équipe Claire Py, meilleure performance de l’année en France sur 100 et 200 brasse et 200 m 4 nages (présente, maman de son 3e enfant le 2 janvier dernier).

A l’âge de 78 ans, je participe avec succès au master, titres et records de France à la clé, puis à 82 ans, le CN Cannes dans la tourmente, ayant des problèmes de gestion, me nomme bien malgré moi président pour une courte durée. Aujourd’hui, je vous remercie d’être tous présents près de moi pour m’entourer de votre amitié et raviver d’aussi beaux souvenirs.

GERARD GAROFF: BIOGRAPHIE NON AUTORISEE DU DTN DE TOUS LES ECHECS

Gérard GAROFF par Jean Pierre LE BIHAN

Vendredi 18 Mai 2018

Il y a quelques mois, en naviguant sur l’internet, j’ai trouvé cet article, signé Jean-Pierre Le Bihan, publié sur le site des Directeurs techniques nationaux créé avec Sport Régions. J’y vis une certaine ironie. Cet article avait été rédigé il y a quatre ans dans le but de paraître dans… Galaxie Natation. Le Bihan, ayant vu que j’avais rédigé à l’époque quelques biographies de DTN (Lucien Zins, Pierre Barbit, Patrice Prokop) me l’avait proposé. Il avait bien connu le personnage et l’appréciait, et avait été l’adjoint de son successeur Patrice Prokop.

Le Bihan savait que Garoff et moi avions nourri pendant des années une détestation réciproque, aussi avait-il voulu s’entourer de garanties. Je lui promis que je ne changerais rien à son texte, dans lequel, m’expliquait-il, j’en prendrais pour mon grade. Après des mois, je lui demandais des nouvelles de son travail. Jean-Pierre, ayant lu une réponse énergique que j’avais faite à un commentaire de lecteur,  y trouva la preuve de ma duplicité et en conclut que je ne lui laisserais pas le dernier mot en l’affaire. Je lui fis valoir que je tiendrais ma parole, que, quels que soient mes sentiments, je ne reprendrais rien de ce qu’il écrirait. 

Après avoir longuement interrogé plusieurs témoins de l’époque, et notamment l’épouse et le fils de Gérard Garoff, et ayant terminé son pensum, il m’annonça finalement… qu’il ne confierait pas son texte à Galaxie Natation. Madame veuve Garoff l’en avait découragé : « ne donnez pas cela à Eric Lahmy, » lui avait-elle dit.

Ce n’était pas très malin de la part de cette dame, parce que si elle savait ce qu’il me chatouillait d’écrire sur son défunt mari, elle aurait pris la parution du texte de Le Bihan dans Galaxie Natation comme un moindre mal, voire une bouée de sauvetage. A part cela, son interdiction montrait son peu de considération pour le long travail d’enquête et de rédaction de Le Bihan qu’elle condamnait ainsi à ne pas paraître…

Mais ainsi fut fait. Le Bihan se donna à lire à certaines personnes, et je ne fus pas censé en avoir pris connaissance. L’ayant trouvé trois ans plus tard sur le site des DTN, je m’en empare sans vergogne, mais non sans l’avoir « édité », ce qui n’est pas le cas dans le site des DTN, qui ne brille pas par la qualité de ses relecteurs.

Mais selon la promesse à laquelle je ne suis pourtant plus tenu, je n’y ai rien touché – ajouté ni retranché. D’ailleurs ce texte (de 2015) de Le Bihan ne dit rien de faux. Il ne dit pas tout, oublie certaines choses, en embellit d’autres, mais bon, Garoff lui-même ne me disait-il pas un jour : « l’objectivité n’existe pas ? » Guère en forme ce jour-là, je fus en peine de lui répondre que l’honnêteté, en revanche, existait bel et bien, et qu’on pouvait la respecter.

J’ai bien envie d’écrire une autre bio de Garoff. Peut-être quand j’arriverai à la lettre « G » des biographies publiées sur ce site? Mais rien n’est moins sûr. Certes, je retrouverai sans doute mon ton belliqueux. Mais…

Pourquoi vous ennuierais-je avec ces vieilles lunes, uniquement parce qu’alors qu’il se plaignait que je l’avais bien agacé, il avait très injustement attaqué mon intégrité, mis en cause mes capacités professionnelles, et systématiquement cherché à me nuire ?

Place au texte de Le Bihan…  E.L.

 

Gérard GAROFF

(Brest, 24 février 1934 – Paris, 26 février 1989)

Les Championnats du monde  de natation 2015 vont se dérouler à Kazan (Russie) à partir du 2 Août, et, à chaque  grand évènement aquatique je ne peux m’empêcher de penser à Gérard Garoff, disparu il y a vingt six ans. Dans l’histoire de la natation française Gérard Garoff a été le troisième DTN ,après Pierre Barbit et Lucien Zins. Pour ceux qui ne l’ont pas connu ou qui l’ont oublié voici ce que j’ai gardé en mémoire de sa forte personnalité.

 J’ai fait la connaissance de Gérard Garoff au printemps 1962 à la piscine Gambetta, à Rennes, où les élèves du C.R.E.P.S. de Dinard s’entraînaient à l’épreuve de natation (50 mètres) de la 1èrepartie du professorat d’EP.S. (P 1). Je m’étais présenté à l’examen pour devenir M.N.S. et j’avais une séance pratique à diriger, sur le thème « perfectionnement du plongeon ».  Quatre élèves m’avaient été confiés. Sûr de moi, je leur demandais de plonger du bord (côté grand bain) pour évaluer leurs niveaux. Aucun ne savait nager ! Et je dus sauter à l’eau pour les repêcher. Les membres du jury étaient pliés de rire…

Gérard Garoff, alors CTR, est venu me dire : « tu réussiras l’année prochaine. » Comme lui en 53 et 54, je mis deux ans à franchir les portes de l’E.N.S.E.P.S en 62 et 63.

Gérard avait obtenu son bac (philosophie) à 17 ans, et était un bon nageur du cercle Paul Bert (Rennes) : 1’7s6 aux 100 m libre, record de Bretagne cadet, réalisé la semaine suivant la réussite au bac… Au même âge Alain Gottvalles, qui deviendrait recordman du monde, nageait 1’6s9.

Après une première année au C.R.E.P.S. de Dinard, Gérard en fit une seconde au C.R.E.P.S. de Bordeaux (Talence), parce que le professorat d’E.P.S. demandait au futur généraliste d’être nageur, mais aussi athlète, gymnaste, joueur de sport-co. Reçu au concours d’entrée à l’E.N.S.E.P. (le  «S » final de Sport ne faisait pas encore son apparition dans les instructions officielles en 1954), Gérard, pendant les 3 années d’études, va, à la fois signer une licence au S.C.U.F  (Swimming Club Universitaire de France), dont les couleurs, le blanc et le noir, sont celles du Gwen an Du (le drapeau breton), et suivre des études de droit à la faculté de Paris.

En 1957, Garoff, son C.A.P.E.S. en poche, est nommé professeur d’E.P.S. à l’école des métiers du bâtiment à Rennes, où il exercera un an avant d’être rattrapé par le service militaire. Il passera (du 1er novembre 58 au 1er mars 61) 28 mois, dont 7 dans les Aurès, à servir la France sous les drapeaux. N’ayant pas voulu faire les E.O.R., il sera démobilisé avec le grade de sergent.

A son retour à la vie civile en mars 61, devenu C.T.R natation de Bretagne (2 piscines couvertes…mais une loi-programme ambitieuse de construction de piscines dévoilée par l’inspecteur Jeunesse et Sports Méheust ont convaincu Gérard) il va former des éducateurs, des dirigeants, des arbitres, et entrainer les nageurs du cercle Paul Bert de Rennes. Avec Henri Sérandour, moniteur de sports de 3 ans plus jeune que lui, il forme déjà l’équipe qui prendra plus tard le pouvoir à la F.F.N., la province (le grand Ouest et la Lorraine en particulier) mettant fin à l’hégémonie parisienne. Gérard D.T.N., Henri  Président, Bernard Rayaume Secrétaire Général puis Directeur, le casting imaginé à Bombannes en 79 lors d’un stage de l’équipe de France allait prendre forme.

De son union avec Marie-Paule GUEN (nageuse du C.N.Brest), il aura d’abord un fils, Patrice en 1960 puis une fille, Valérie en 1962.

Je retrouvais Gérard à Font-Romeu en 1969. Il avait fait l’ouverture du lycée climatique et sportif, où il avait été affecté  en tant que Censeur/Directeur des sports en 67. J’étais en stage de la « République des Sports » (un mouvement pédagogique initié par Jacques de Rette et soutenu par le colonel Crespin prônant entre autre l’autonomie des élèves), et je me trouvais à la piscine d’été pour des séances pratiques de pédagogie de la natation. Gérard était venu au bord du bassin et m’avait demandé si j’avais mon diplôme de M.N.S. !!

C’est en 1973 que j’ai vraiment découvert l’homme. Les Jeux olympiques de 1972, à Munich, n’avaient pas été une réussite pour la natation, Lucien Zins, le D.T.N. présenta sa démission, et le Comité directeur de la F.F.N. l’accepta.  Il fallut attendre mars 1973 pour voir arriver Gérard au 148 avenue Gambetta, Paris 20eme, adresse de la piscine des Tourelles et siège de la F.F.N.. Entre-temps, Henri Rouquet avait assuré l’intérim.

J‘étais alors professeur au C.R.E.P.S.de Montry (77) et, en septembre, j’obtenais ma mutation pour être C.T.R. natation en île de France. Le comité était situé au rez-de-chaussée de la piscine des Tourelles et la F.F.N. au 2éme  étage. Si bien que nous nous côtoyions fréquemment.

Lorsque j’ai rencontré Marie-Paule Garoff, son épouse, le vendredi 10 juillet 2015 à Nantes, celle-ci m’apprit que Gérard était également un excellent peintre, et un violoniste qui avait fait partie de l’orchestre symphonique du cercle Paul Bert de Rennes. Son admiration pour Gérard était intacte et sa fierté de me montrer les médailles de chevalier, et d’officier dans l’ordre national du mérite en était une belle preuve.

Il est vrai que l’homme était doué dans bien des domaines : un jour il m’avait lu la lettre qu’il avait adressée au directeur de l’hôpital où il avait été soigné pour des coliques néphrétiques. Il se plaignait de la qualité des repas : c’était un concentré d’Antoine Blondin et de Pierre Desproges !! Il n’avait pas « fait latin-grec » pour rien et jusque dans les petites choses, il faisait preuve d’élégance. Certains l’ont trouvé réservé, voire froid. Les Bretons sont comme ça… au premier abord.

D.T.N. à la F.F.N.,  il y sera 9 ans (1er avril 73 -31 Août 82). Fort de son expérience du lycée sportif et climatique de Font-Romeu, qui, en 68, servit de base de préparation pour les Jeux de Mexico (situés à la même altitude) il bousculera les habitudes des entraineurs de club, des C.T.R., des M.N.S., et des dirigeants fédéraux. C’est ainsi qu’il fut  à l’origine des sections-sport-études, puis des centres –pilotes (clubs support de formation de cadres), enfin du centre national d’entrainement de natation à l’I.N.S.E.P., qui lui valut une levée de boucliers de la part de dirigeants, d’entraineurs et … de journalistes qui voyaient dans ce centre la mort des « petits clubs », et une terrible concurrence aux grosses écuries.

Il faut dire que l’ouverture de ce centre, avec Guy Giacomoni et Michel Pedroletti comme entraineurs, avait été catastrophique en terme de communication. C’est ainsi qu’avec l’accord de Gérard, les coachs avaient décidé que les entraînements auraient lieus à huis-clos. Lorsqu’Alex Jany, de passage à Paris voulut voir « ses Marseillais » nager à l’I.N.S.E.P. et qu’il trouva porte close, c’est comme si une énorme sardine avait à nouveau bouché le Vieux Port !!

Les anciens,   regroupés autour de Lucien Zins, de Michel Rousseau et du collège des entraineurs, ont fait campagne pour critiquer Gérard et son équipe de la D.T.N.. Michel et Guy  ont été qualifiés de psychologues incompétents, etc.,  etc. Gérard avait pourtant des amis chez les journalistes :Jean Cormier du Parisien, Jean-Jacques Simmler grand reporter à l’Equipe, Serge Verfaillie, Ouest France, Paul Zilbertin, la Croix, mais le journal l’Equipe pesait beaucoup plus, et ses lecteurs toujours friands de polémiques, se régalaient en lisant les réquisitoires à charge du journaliste Eric Lahmy, spécialiste de la natation à « l’Equipe ».

Ainsi, lors d’un championnat de France aux Tourelles, Gérard avait invité son ami Michel Guizien à Saint Germain des Prés fêter la victoire des rugbymen du R.C.F. La soirée fût sans doute arrosée et Gérard et Michel se sont retrouvés au poste en garde à vue. De « bons amis » se sont empressés de prévenir les journalistes et l’Equipe pu titrer : « la natation française en prison ». Gérard avait pu téléphoner à son épouse pour lui expliquer la situation, en lui demandant de faire le maximum pour le sortir de cette situation burlesque et embarrassante à la fois. Pour la petite histoire, Jean Cormier raconte dans un de ses livres (Alcool de nuit) cette péripétie où paraît-il, c’est Pierre Mazeaud (le ministre) qui devait présider cette réunion. Mais il s’était fait remplacer par Gérard !

En 1982, Garoff rend les clefs de la D.T.N. au président de la F.F.N., et, au cours  de la réunion du bureau du comité directeur de la F.F.N. (2 juillet 1982 à Mulhouse) il déclare si l’on en croit le compte-rendu du bulletin fédéral officiel n° 1958 :

 « M. G. Garoff estime que M. Lahmy lui a fait perdre, par ses articles diffusés dans l’Equipe à l’échelon national, cinq ans d’effort sur neuf ans de présence à la direction technique de la natation française. »

Les membres du Bureau souhaitent qu’un communiqué à ce sujet soit présenté par le président aux membres de l’A.G. Le journal L’Equipe en réponse, ironise par un article d’un journaliste anonyme (1) :

 « Pitié pour Garoff »

« Tout de même, qui aurait pu imaginer une chose pareille ! Le tendre et débonnaire Eric Lahmy poussant un directeur technique national dans ses derniers retranchements au point de lui faire perdre tous ses moyens ou presque  …On note cependant avec un certain soulagement que Garoff est parvenu à travailler à peu près tranquillement pendant quatre ans, ce qui tendrait du reste à démontrer que le travail destructeur de notre estimé confrère souffre encore de quelques lacunes. La natation française a encore quelques beaux jours devant elle. Ouf ! »

Ce qui est vrai, à mon sens, si l’on regarde les résultats de l’équipe de France de natation (Jeux olympiques,  championnats du Monde) de 1973 à 1982, il n’y a pas de quoi pavoiser, malgré quelques belles performances de Guylaine Berger, Sylvie Le Noac’h , Pierre Andraca, René Ecuyer et bien d’autres, les médailles ne sont pas là, et les journalistes ont besoin des médailles. Et le titre de vice champion du monde de Michel Rousseau à Belgrade en 73, direz-vous ? Michel (Mickey pour les intimes) a été et est toujours un électron libre, s’entraînant sous l’autorité conjointe de Guy Boissière et de Lucien Zins . On ne peut mettre au crédit de Gérard Garoff le résultat de son prédécesseur.

Ce fut donc une longue traversée du désert sans médaille aux Jeux olympiques (de 76 et de 80) et aux Championnats du monde.  Les raisons sont multiples : l’amateurisme au sein de la F.F.N., la scolarité laissant peu de place aux sports, l’université condescendante vis-à-vis des sportifs, le manque de lignes d’eau d’entraînement, l’encadrement médical marchant sur la pointe des pieds, le vide créé par la retraite sportive de Christine Caron, d’Alain  Mosconi et bientôt de Michel Rousseau, les podiums où trois nageurs(ses) d’un même pays pouvaient faire 1,2,3, dans la même épreuve… et la concurrence déloyale.

Ce qui est vrai aussi, à mon sens c’est, avec Gérard, la construction d’une politique de formation de cadres ouverte à des publics parfois divisés (M.N.S., profs d’E.P.S., sportifs(-ves) de haut niveau, éducateurs sportifs, qui aboutira à professionnaliser les entraineurs de clubs, grâce aux nouveaux brevets d’état (B .E.E.S.A.N.) et au professorat de sport qui permettra de mieux identifier les compétences requises pour exercer les fonctions technique et pédagogique.

La détection et l’évaluation ont été aussi un domaine que Gérard  a mis en avant. Avec le Dr Jean-Pierre Cervetti et  le professeur Georges Cazorla, la connaissance de la physiologie de l’effort se vulgarisait  au sein des clubs ; à quoi il faut ajouter les travaux de recherche en liaison avec les UFR STAPS (biomécanique avec Didier Chollet et Patrick Pelayo).

L’aide aux sportifs de haut niveau, mais aussi aux « espoirs » par l’inscription sur des listes ministérielles à ouvert une brèche vers un futur statut de sportif professionnel (actuellement en cours de discussion).

Des milliers d’étudiants(-tes) en E.P.S. ont été formés par des professeurs qui se sont largement inspirés des écrits techniques et pédagogiques de Raymond Catteau et Gérard Garoff intitulés : « l’Enseignement de la Natation ».Tous les deux, C.T.R. à l’époque, ont bousculé par cet ouvrage les habitudes professionnelles des M.N.S., basées sur une méthode analytique de l’enseignement de la natation.

Lors de ma rencontre avec son fils, Patrice, le 16 juillet 2015, celui-ci m’a rappelé le rôle joué par Gérard dans le renouveau de la revue « Natation » (créée en 1921 par Emile-Georges Drigny secrétaire général de la toute jeune F.F.N.S. et journaliste à l’ « Intran »). Sous la Présidence d’Henri Sérandour et avec le soutien de Lucien Gastaldello ( Président de la F.N.M.N.S. et du comité de Lorraine F.F.N.), il prend la direction de la publication et fait appel à Jean Cormier et à Jean-Jacqsues Simmler, journalistes, pour la rédaction. La revue, sponsorisée par la très chic marque italienne « Diana », est diffusée à 8000 exemplaires.

Autre cheval de bataille : la lutte anti-dopage. Avec le professeur Rieu , il mènera une campagne auprès des pouvoirs publics pour vaincre ce fléau. Christian Bergelin, Roger Bambuck, puis Marie-George Buffet inscriront cette lutte dans la loi sur le sport.

Gérard, devenu président de L’Association des DTN, mènera un autre combat contre la direction des sports du Ministère: celui de la reconnaissance d’une fonction et d’une qualification (DTN et Entraineur national) justifiant des indemnités. Son collègue et ami Bernard Bourandy (aviron) m’a dit comment les DTN, en présentant collectivement leur démission, avaient fait plier le ministère et surtout Bercy. Garoff était breton, et n’abandonnait jamais.

Gérard, au lendemain de l’élection de François Mitterrand en mai 81, s’était rallié au R.P.R. de Jacques Chirac, à mon grand étonnement; tout dans son comportement, ses idées, ses relations me laissait penser qu’il était « à gauche ». Un soir de juillet 81, après avoir examiné les candidats à l’agrégation d’E.P.S., nous avions, avec  Gérard et Jean-Paul Clémençon « philosophé » sur la politique. Trente-quatre ans plus tard, il se confirme que Gérard, même dans ce domaine, était un visionnaire.

La succession de Gérard au poste de D.T.N. fut longue à se dessiner. Henri Sérandour, le président, semblait hésiter. Plusieurs candidats s’étaient présentés: Marc Menaud, Michel Pedroletti, Gilbert Seyfried, Gérard Hugon, Jacques Lahana, Jacques Vallet, Pierre Loshouarn, Patrice Prokop…  Ce fût Patrice Prokop, lui aussi professeur d’E.P.S. issu de l’E.N.S.E.P.S. (66-69)  et adjoint de Gérard Garoff pendant huit ans (74-82) qui  lui succèdera jusqu’en 1994.

On oublie trop souvent que le DTN de la FFN est le patron de la natation, mais aussi du water-polo (champion olympique en 1924 à Paris), de la natation synchronisée, du plongeon,  de la longue distance… et que les journées n’ont que 24 heures ! Heureusement, Gérard était secondé par Jean-Paul  Clémençon au water-polo, Françoise Schuller à la synchro, Bernard Pierre au plongeon et Patrice Prokop, DTN-adjoint. Martine Ripoche et Christiane Wiles, assistantes, complétaient cette équipe. François Oppenheim dit « Oppi », journaliste spécialisé, avait un petit bureau près de la DTN et apportait sa compétence dans le domaine de la statistique, des classements des nageurs(-euses) et de l’analyse de course.

Mais revenons en 1983. Jacques Chirac est Maire de Paris, et Paris se lance à la conquête de l’organisation des Jeux olympiques de 1992. Gérard devient chargé de mission pour défendre la candidature de Paris. C’est  Barcelone qui l’emportera, et Gérard est appelé auprès du Secrétaire d’Etat de la jeunesse et des Sports Christian Bergelin, en tant que conseiller technique. Nommé Inspecteur Général le 23 juillet 87, il décède le 26 février 1989. Hospitalisé une première fois en juillet 1987 à l’hôpital Claude Bernard à Paris (spécialisé dans les maladies tropicales), au retour d’une mission dans le Pacifique sud, Gérard décède quelques mois plus tard à l’hôpital Rothschild, à Paris.

Aujourd’hui Gérard aurait eu 81 ans et serait grand-père de cinq petits-enfants : Valentine, Ariane, Marine, les filles de Patrice, et Fanny et Martin les enfants de Valérie.

Le 6 mars 1989 au cimetière du Père Lachaise, Gérard, par un beau soleil de fin d’hiver est parti fauché par l’Ankou. Ses successeurs, Patrice Prokop, Jean-Paul Clémençon, Claude Fauquet, Christian Donzé, tous professeurs d’E.P.S. de formation, l’ont connu, et ont hérité du capital que Gérard a laissé à la F.F.N.

Un timide renouveau de la natation a surgi aux Jeux olympiques de 1984 avec les médailles de bronze de Catherine Poirot (100 mètre brasse) et d’argent de Frédéric Delcourt (200 mètres dos), tous deux issus de l’I.N.S.E.P. 

Stéphan Caron, Catherine Plewinski, Franck Esposito ensuite, porteront haut les couleurs de la France, jusqu’à l’arrivée de Roxana  Maracineanu et de Laure Manaudou. La suite, vous la connaissez : c’est l’embellie 2008-2012 avec Alain Bernard, Camille Muffat, Yannick Agnel, Florent Manaudou et les relayeurs et relayeuses.

 Gérard n’était pas croyant ; moi je crois qu’il est pour quelque chose dans ces résultats.

Avec ses amis, Jacques Meslier, Michel Guizien, Patrice Prokop, nous avions proposé au maire de Concarneau de donner le nom de Gérard Garoff à la piscine du Porzou. Le stade de rugby étant nommé Henri Sérandour, cela était pour nous une évidence. La piscine a pris le nom d’une cité engloutie! (2) 

Que nous réserve Kazan ?

Jean-Pierre Le Bihan

(1). Si mes souvenirs sont bons, ce texte avait été rédigé par Jean-Jacques Vierne : note d’E.L.

(2). L’Atlantide : E.L.

ADIEU A ALAIN DISTINGUIN

Alain Distinguin, champion de France du 200 mètres brasse en 1957 et 1958 et président de l’Entente Nautique de Caen, a été inhumé ce jeudi. A la demande de la famille et de l’Association des internationaux du Sport Français, Vincent Leroyer, qui avait nagé avec ses enfants, et l’avait connu au temps de ses responsabilités professionnelles, a prononcé l’éloge du disparu

 Vendredi 4 Mai 2018

Mme Distinguin, Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui, ici à Périgueux, sa ville, pour une bien triste journée d’adieu à Monsieur Alain Distinguin, parent, proche, ami ou connaissance, que les conséquences tragiques d’un accident domestique ont soustrait à notre affection.

 Cette journée d’adieu se doit aussi être l’occasion d’honorer sa mémoire, et Philippe, son fils, m’a demandé de participer à cet hommage.  Et donc de me souvenir.

 J’ai rencontré M. Alain Distinguin grâce au sport, la natation, et les joutes qui opposaient mon club du CN Havrais, puis des Vikings de Rouen à celui de l’Entente Nautique de Caen revêtaient une dimension qui allait au delà des compétitions sportives puisqu’elles entretenaient une rivalité des villes capitales de la Haute et de la Basse Normandie, rivalité que les adultes rappelaient et aiguisaient.  À cette époque, révolue, nous étions bas Normand ou haut Normand.  Nous sommes aujourd’hui tous Normands. Du Havre, de Caen ou de Rouen. M. Alain Distinguin, parent de nageurs, était, pour le jeune nageur que j’étais alors, un dirigeant du club de Caen, le camp d’en face. Les compétitions, puis les stages en commun à Coëtquidan, m’ont fait rencontrer son fils Philippe, dans ce lieu de villégiature sévère qui nous a laissé quelques souvenirs, qui, le temps faisant son œuvre, ont fini par devenir tous de bons souvenirs.

  1. Alain Distinguin, était donc un dirigeant de l’EN Caen, il allait en devenir durant quelques années le président, avec en complément un engagement identique au sein du Comité de Normandie, et c’est donc parmi beaucoup de parents, un de ceux, qui comme mes parents, au Havre, ont donné de leur temps, et de leur énergie, au service de leur club, et au bénéfice des centaines de jeunes nageuses et nageurs que nous étions alors. Un engagement bénévole au côté d’autres parents sans qui il n’y a pas de club, pas de déplacement, pas d’officiel ni de jury dans les compétitions. Alors que bien des clubs aujourd’hui encore sont confrontés à une crise des vocations de dirigeants pour la gestion des clubs et la constitution des jurys d’officiels, il est important de saluer ici son passé et son engagement, utiles au service de la collectivité, et souhaiter que cet exemple perdure. Dirigeant donc, rencontré aux bords des bassins, il avait aussi l’œil juste d’un passionné qui aimait son sport, et je peux témoigner qu’il ne réservait pas ses félicitations et ses encouragements aux seuls nageurs de son club. Pour le jeune que j’étais, que nous étions, les encouragements et la reconnaissance d’un adulte en responsabilité importaient et donnaient confiance. Alors M. Alain Distinguin, félicitations pour cet engagement de dirigeant bénévole, et merci pour l’attention et les encouragements.

 Par ailleurs, modestie ou/et discrétion, M. Alain Distinguin ne portait pas son passé de nageur en bandoulière ou en pavois, et s’il nous encourageait, nous ne savions pas le passé sportif glorieux qui avait été le sien.

  1. Alain Distinguin a été Champion de France du 200m Brasse en 1957 et en 1958. Il avait été sélectionné à dix reprises en équipe de France à une époque charnière ou la natation française connaissait des heures fastes entre la gloire olympique de Jean Boiteux en 1952 et l’arrivée au sommet mondial de Kiki Caron et d’Alain Gottvallès au début des années 60. Sa carrière sportive l’a vu porter les couleurs de grands clubs. Celles du Stade Français, du Cercle des Nageurs de Marseille et des Girondins de Bordeaux. Ce passé glorieux d’international et de champion avait entretenu son attachement à son sport, attachement qu’il avait ensuite mis au service de son club, à Caen, tout en encourageant les progrès éminents de son fils.

En ce jour triste, c’est donc au dirigeant sportif ainsi qu’au champion et international de natation qu’il a été que nous pouvons rendre hommage, hommage auquel je m’associe aux côtés des membres de l’Amicale des Internationaux Français de Natation, en vous priant d’accepter, Mme Distinguin, Mesdames et Messieurs les membres de sa famille et ses proches et amis, nos sincères condoléances.

Vincent Leroyer, Périgueux, église Saint-Martin, le 3 Mai 2018.