Mois : juin 2016

TRIALS US À OMAHA : MICHAEL PHELPS DANSE COMME UN PAPILLON

Éric LAHMY

Jeudi 30 Juin 2016

Parmi les nouvelles du front, pas très encourageantes, qui nous parviennent des vieux du stade, voici que Michael Phelps, à contre-courant de la débandade, parvient à sauver l’honneur du troisième âge ! Il enlève le 200 mètres papillon de ces sélections US d’Omaha, presque facilement, et en tous cas nettement, devant Tom Shields et un peloton apathique.

Pourtant, le 200 mètres papillon US ne manque pas de vitalité, en profondeur. Mais n’en émergent pas des talents majeurs, reliés au plus haut niveau de l’élite mondiale. Phelps a donc été le mieux disant autant en séries qu’en demi-finale et en finale, il a gagné d’une seconde. Mais il n’a certes pas approché le grand Phelps des belles années…

…Il a aussi pris position en position du bilan mondial de l’année derrière Laszlo Cseh, 1’52s91, Daya Seto, 1’54s14, Masato Sakai, 1’54s21, Chad Le Clos, 1’54s42, Tamas Kenderesi, 1’54s79. Place modeste et qui, si l’on oublie un instant son nom et sa personnalité, ne lui promet aucune place de podium aux Jeux olympiques de Rio !

Dans les qualifications du 200 mètres papillon dames, émotion : un juge élimine Cammile Adams en série pour faute dans le virage ; ça remue beaucoup, on visionne et on décide de revenir sur la décision. La meilleure nageuse de 200 mètres papillon US est sauvée. Polémique amusante (parce que stérile et de gens qui se sont fait une opinion sans avoir vu le virage) et commentaires du style oui-non, comme si le jury ne suffisait pas pour trancher, cela va du « scandale » au « normal », du « haro » au « bravo », on charge son entraîneur qui est aussi entraîneur national alors qu’il n’a fait que son job en défendant sa nageuse sans d’ailleurs le moins du monde crier au scandale. Je ne sais quel lecteur de Swimming World a eu (à mes yeux) sinon le mot de la fin, sinon une parole de sagesse : « c’est une très mauvaise nouvelle pour la 17e des séries. Tous les autres devraient être contents. » Sauf bien sûr la 3e de la finale de ce soir !

MESSIEURS.- 200 m papillon :  1. Michael Phelps, 1’54s84 ; 2. Tom Shields, 1’55s81; 3. Jack Conger, 1’56s45; 4. Gunnar Bentz, 1’56s46; 5. Chase Kalisz, 1’56s64 (demi-finale, 1’56s48); 6. Pace Clark, 1’56s66 (demi-finale, 1’56s37); 7. Zach Harting, 1’56s92. Demi-finale: Andrew Seliskar, 1’57s10; Justin Wright, 1’57s24; Bobby Bollier, 1’57s43. Séries: Kyle Higgins, 1’57s41; Tyler Clary, 1’57s42.

100 mètres, demi-finales: 1. Nathan Adrian, 47s91; Ryan Held, 48s48; Caeleb Dressel, 48s53.

200 mètres brasse, demi-finales: Kevin Cordes, 2’7s81.

DAMES.-200 mètres papillon, demi-finales: Cammile Adams, 2’7s31.

TRIALS US À OMAHA: KATIE LEDECKY CERTES, MISSY FRANKLIN ALLELUIAH

ET UN FORT RELAIS QUATRE FOIS 200 MÈTRES EN FORMATION

Éric LAHMY

Jeudi 30 Juin 2016

Quatrième soirée de sélections US à Omaha. 200 mètres dames. Simone Manuel a lancé les opérations, mais cela ne lui a pas porté chance. Elle est passée en 26s73, reléguant, chose inhabituelle, Katie Ledecky en deuxième position, 27s04; Schmitt, 27s23, Franklin, 27s30, et Leah Smith, 27s44, se suivaient de près. Manuel continuait de mener tambour battant, 55s59, devant Ledecky, 55s87, à peine devant Schmitt, 55s98, et Franklin, 56s16. La troisième longueur allait se révéler déterminante, comme souvent dans ce genre de courses qui vont vite d’entrée ; Manuel perdit pied (et passa de une à cinq, 1’25s88), Ledecky passa, quoique perdant de la vitesse, mais seulement moins que les autres, 1’25s34, mais surtout, essentiel pour la deuxième place qualificative aux Jeux, c’était Franklin qui suivait, 1’25s88, mais en n’ayant gagné qu’une place aux dépens d’Allison Schmitt, 1’25s97, Manuel étant alors rigoureusement avec elle, dans le même centième.

Une fois en tête, Ledecky fut irrépressible, et fit le trou, tout en n’étant pas à la noce, après cent cinquante mètres aussi rapides et éprouvants, et concluait en 29s54. Rappel : la semaine passée, Federica Pellegrini, à Rome, aux Sept Collines, dans une toute autre configuration de course, certes, avait conclu en 28s80 devant Michelle Coleman, 29s55.

(Pour mémoire, les passages de Pellegrini, 27s20 ; 56s46 ; 1’25s75, pour 1’54s55).

Quand on s’est trouvé contraint de suivre sur de pareilles bases, le plus dur est de finir, et c’est tout à l’honneur de Franklin, après tous ses déboires – et sa 7e place sur 100 mètres dos – d’avoir trouvé les ressources physiques – et mentales – pour tenir bon jusqu’au bout. Je crois que c’est la première fois de sa carrière où elle fait mieux en crawl qu’en dos, et ce résultat doit lui apparaître comme un petit rayon de soleil dans des cieux embrumés. Formellement, elle n’est pas qualifiée, seuls les premiers le sont automatiquement, mais entre le relais quatre fois 200 mètres dont elle fait partie et qui ne peut pas ne pas être retenu et cette place, on voit mal les sélectionneurs l’écarter de l’individuelle. Cela dit, dans l’optique de la finale olympique, cela reste pour elle fort embrumé :  dans les rankings de l’année derrière Ledecky, 1’54s43, Pellegrini, 1’54s55, McKeon, 1’54s83, Sjöström, 1’54s87, Shen, 1’55s82, Qiu, 1’55s84, Heemskerk, 1’55s85, Coleman, 1’55s88, Barratt, 1’55s95, Popova, 1’55s97, et juste devant Charlotte Bonnet, 1’56s25, il lui faudra se rapprocher des temps de sa splendeur passée pour aller au-delà des demi-finales.

Leah Smith, héroïne du 400 mètres, ne connut pas le même bonheur sur 200 mètres, par manque de vitesse de base (ce qui par contraste, est un signe annonciateur favorable pour le 800 mètres). Quant à Manuel, après ses prouesses initiales, elle finit hors de toute chance de qualification. La brune sprinteuse est de ce type de nageuses de vitesse qui ne sait pas (pas encore en tous cas) attendre pour jouer de cette supériorité économisée pendant l’essentiel de la course dans un démarrage dévastateur ; je crois que c’est un peu physiologique, un peu appris (ou non appris, car j’ai la faiblesse de croire que cela s’apprend). Elle a utilisé le même profil de course entre sa « demi » et sa finale : « demi », 26s89, 55s73, 1’25s90, 1’57s82 ; finale, 26s73, 55s59, 1’25s88, 1’57s84. Formidables 150 premiers mètres, désastreux derniers 50 mètres. Il doit y avoir chez elle une méconnaissance intrinsèque de l’économie de course (sur un 200 mètres)…

Derrière cette course, se profile un fort relais : si les Chinoises ne prennent pas trop de potion magique, je ne vois pas qui peut venir à bout du quatuor de la bannière étoilée…

 DAMES.- 200 mètres : 1:59s26 1. Katie Ledecky, 1’54s88 ; 2. Melissa Franklin, 1’56s18 ; 3. Leah Smith, 1’56s63 (séries, 1’56s47); 4. Allison Schmitt, 1’56s72; 5. Cierra Runge, 1’57s16; 6. Melanie Margalis, 1’57s65 (demi-finales, 1’57s35); 7. Simone Manuel, 1’57s84 (1’57s82); 8. Katie McLaughlin, 1’58s60 (demi-finales, 1’58s43).

En demi-finales :9. Sarah Henry, 1’58s49 ; 10. Chelsea Chenault, 1’58s70 ; 11. Katie Drabot, 1’58s88; 12. Hali Flickinger, 1’58s91 (en série, 1’58s61); 12. Mallory Commerford, 1’59s24.

En série : Shannon Vreeland, 1’58s29 ; Sarah Gibson, 1’59s19.  

TRIALS US A OMAHA : FINALEMENT MURPHY A EU CHAUD, MAIS CHAUD DEVANT

Éric LAHMY

Mercredi 29 Juin 2016

Il ne faut pas croire que Ryan Murphy a dominé le 100 dos des trials, mais il l’a gagné. Le dominateur a été David Plummer, qui a réussi 52s12 en demi-finale, meilleure performance absolue. Mais Plummer avait dû s’employer à fond car en finale, il a légèrement contre-performé, et égalé le temps de Murphy en demi, 52s28. Lequel Murphy n’a eu qu’à retrancher la misère de deux centièmes pour sortir vainqueur de l’aventure.

Peut-être trouverez-vous que j’oublie l’information première, c’est-à-dire la non reconduction de Matt Grevers, le champion olympique en titre. Mais enfin, déjà l’an passé, 3e des mondiaux, il avait été bousculé par Murphy. Celui-ci avait nagé au départ d’une de ces plaisanteries de la FINA, le relais de genre, et en avait profité pour péter une performance telle qu’il avait ravi la place de Grevers en finale du relais quatre fois 100 mètres quatre nages. Grevers n’avait nagé qu’en séries, et Murphy avait réussi un moins bon temps en finale comme quoi…

Avec ces deux Américains entre les pattes, l’Australien Mitchell Larkin aura peut-être des soucis à se faire à Rio. Lacourt et lui ont perdu un fier compétiteur en Grevers, mais ils n’ont pas gagné au change… La finale prit l’allure initiale d’un match à quatre entre Murphy, Plummer ; Grevers et Pebley, qui, tous, avaient affiché des ambitions ultimes, et le résultat fut incertain jusqu’au bout. Devancé de 0s04, 25s23 contre 25s19 à la culbute, Murphy l’emporta d’un doigt et d’un bras devant Grevers que Pebley suivait de très près.

LILY KING SUR L’ÉLAN DE SON TRIOMPHE DES NCAA

Autre universitaire issue d’un triomphe aux  NCAA, Lily King nage à part, qui domine en séries, puis (1’5s94) en demi-finales. Les autres finalistes à l’exception de Katie Meili s’effondrèrent plus ou moins, à preuve que Breeja Larson, 4e de cette finale, avait fini 9e des demi avec 1’7s62 et n’était entrée dans la course qu’en raison de la défection de Melanie Margalis.

Même l’expérimentée Hardy, toujours recordwoman synthétique des USA depuis 2009, laissa une seconde entre sa demi et sa finale. Outre King et Meili, toutes réalisèrent, soit en série, soit en demi, une meilleure performance qu’en finale, preuve qu’elles durent s’employer à fond pour se qualifier.

Meili, tellement normale avec ses 60kf pour 1,70m, passait à travers tout ça et accompagnera vraisemblablement King à Rio. A 25 ans, la championne panaméricaine couronnait ses deuxièmes trials olympiques.

Quant à Sarah Haase, 2e de King aux NCAA cet hiver, a giclé hors de la finale.

MESSIEURS.- 100 m dos : 1.  Ryan Murphy, 52s26; 2. David Plummer, 52s28 (en demi-finale, 52s12); 3. Matt Grevers, 52s76 (en demi-finale, 52s64); 4. Jacob Pebley, 52s95; 5. Michael Taylor, 54s04 (en série, 53s77): 6. John Shebat, 54s20; 7. Sean Lehane (en demi-finale 54s08) et Jack Taylor (en demi-finale, 54s63), 54s72.

DAMES.- 100 m brasse : 1. Lily King, 1’5s20; 2. Katie Meili, 1’6s07; 3. Molly Hannis, 1’6s65 (demi-finale, 1’6s24); 4. Breeja Larson, 1’7s53 (série, 1’7s37); 5. Andee Cottrell, 1’7s59 (demi-finale, 1’7s44, série: 1’7s21); 6. Jessica Hardy, 1’7s73 (demi-finale, 1’6s73, série, 1’7s16). En demi-finale, Sarah Haase, 1’7s15 (1’7s07 en série); Melanie Margalis, 1’7s49; Miranda Tucker, 1’7s60. En série, Micah Lawrence, 1’7s35

TRIALS US A OMAHA : OLIVIA SMOLIGA ET LE FANTÔME DE MELISSA « MISSY » FRANKLIN

Éric LAHMY

Mercredi 29 Juin 2016

Finalement, les nageurs NCAA font fort, l’été, quand il s’agit d’obtenir un billet pour les Jeux olympiques. Pendant que les professionnels signaient leurs juteux contrats et faisaient prospérer la boutique, les universitaires fourbissaient leurs armes avec l’appétit de ceux qui ont faim. Cette révolte des gueux, cette tentative de déboulonnage des icônes et des appointés, donnerait du grain à moudre aux vieux schnocks dans mon genre qui croient que le professionnalisme en natation est un miroir aux alouettes. Bien sûr, Phelps, bien sûr, Lacourt, mais ce sont des gagnants du loto, il n’y a rien à attendre de ce jeu, s’y essayer, c’est cocher sa grille, et encore : cocher sa grille et investir dix euros, ce n’est pas grand’ chose, tandis que passer huit heures par jour dans l’eau pendant cinq ans en attendant le contrat mirobolant, c’est soit la marque d’une foi intense, soit un léger signe de stupidité.

Mais il y a plus stupide que ça : les sponsors. Par exemple, Melissa Franklin a verrouillé ses contrats de sponsoring cet hiver, ça chiffre à quelques millions, bravo pour elle. Cette belle nageuse veut nous convaincre aujourd’hui qu’elle nage en Speedo, utilise une carte Visa, Go Pro, se goinfre de céréales Wheaties, raffole des cartes de collection Topps, vole United Airlines et lit les bouquins de Penguin Random House, où ses parents se sont fendus d’un livre, comment élever une championne olympique. Bien sûr cela fait plaisir pour la demoiselle qui est adorable, mais à ces trials, elle a fini 7e du 100 mètres dos, l’une des deux épreuves dont elle fut championne olympique, et comme son statut n’est pas celui de Lebron James ou de Michael Jordan, si on ne la voit pas à Rio… (1)

…On verra la gagnante, Olivia Smoliga, dont les jambes immenses et le petit nez de top model pourraient faire fureur. La demoiselle laissait pointer un talent certain dans les compétitions en petit bassin (championne du monde du 100 mètres dos), et qui, dès 2012, ici même à Omaha, avait manqué de peu la qualification olympique pour Londres, ayant fini 4e de la course, en 59s82. Quasi géante de 1,88m, soit un demi-pouce de plus que Franklin, cette fille d’émigrés polonais, elle-même « born in America » comme dans la chanson, ne manque donc pas d’envergure. Elle n’a pas perdu son olympiade depuis Londres, mais a bien failli quand même, en raison d’une mononucléose en juin 2014 qui lui barra d’entrée la voie royale qui menait aux mondiaux de Kazan via les rencontres internationales de l’été, en raison aussi, dit-elle, « d’une mauvaise attitude », au moins jusqu’en 2014.

Depuis, la belle blonde, récente diplômée en psychologie, s’est offert un « œil du tigre » à la Rocky Balbo avant les compétitions. Pendant toute la saison « je m’entraînais certes pour l’école (université de Georgia), et les championnats NCAA, mais à la base, je me suis préparée tout le temps pour les Jeux olympiques » a-t-elle expliqué. Cette hiver elle a été l’une des deux ou trois « stars » des NCAA féminin, gagnant le 50 yards avec un record américain

Comment a-t-elle bousculé la hiérarchie ? Récemment, elle avait amélioré son record personnel avec 59s41. A Omaha, elle s’est projetée en tête des demi-finales, et n’a plus eu qu’à rééditer. Seule Kathleen Baker, une jeunesse de 19 ans, étudiante en première année de Cal-Berkeley,la devance encore au virage et lui tiendra tête tandis qu’Amy Bilquist, une autre Junon de 1,88m, 19 ans, frôlait la qualification… Franklin illustrait cette incapacité sienne de « démarrer » dans une course. Jusqu’en 2013, cela donnait des fins de course à sensation, mais maintenant…

Être rendue au statut de modèle périmé à vingt-et-un ans, voilà le navrante métamorphose qui menace désormais clairement celle qui fut sans doute la championne la plus charmante de ces dernière années…

DAMES.- 100 m dos : 1. Olivia Smoliga, 59s02 ; 2. Kathleen Baker, 59s29 ; 3. Amy Bilquist, 59s37; 4. Ali Deloof, 59s69 ; 5. Hannah Stevens, 59s97 en séries, 59s72); 6. Clara Smiddy, 1’0s12; 7. Melissa Franklin, 1’0s24; 8. Natalie Coughlin, 1’0s48 en demi-finale, 1’0s46).

(1) Si on ne la voit pas à Rio, ce sera super pour Minute Maid qui éditait une vidéo des aventures olympiques de Missy jusqu’à Rio qui pourrait bien s’arrêter à Omaha!

TRIALS USA À OMAHA : TOWNLEY HAAS DEVANT CONOR DWYER À LA TOUCHE

PROMESSES DUN RELAIS CHAMPION

Éric LAHMY

Mercredi 29 Juin 2016

 Le 200 mètres continue d’être “l’épreuve malade” de la nage libre mondiale. On ne trouve plus l’équivalent de que furent les affrontements de « grands » de la natation, comme ces Thorpe-Phelps-Van den Hoogenband, puis ces Lochte-Sun-Park arbitrés par Yannick Agnel. Cela n’est pas u n constat » limité à ces trials, mais me semble-t-il une incapacité générale à produire de belles performances. Sans parler des 1’42s00 synthétiques de Biedermann, rien qui n’approche les 1’43s14 de Yannick Agnel, véritable record du monde en maillot tissu…

Ici Phelps a décidé de ne pas nager une course où il n’irait pas loin, pour se concentrer sur le 200 mètres papillon, ne se sentant plus en mesure de récupérer, comme l’adolescent surexcité de quinze à dix-sept ans auquel il suffisait de diminuer ses doses de ritaline pour qu’il récupère comme le mythologique Antée au contact de la terre. A l’approche de la trentaine SuperPhelps a perdu depuis longtemps sa cape d’invincibilité et goûte à l’amère kryptonite qu’est l’âge.

L’autre super-héros qui la joue Vingt Ans Après, Ryan Lochte, se plaint de l’aine. Là aussi les douleurs hérités des excès d’entraînement et aussi un peu de l’âge (vu le mien je suis sommé de compatir). Après un assez joli 300 mètres trois nages terminé par un parcours de nage libre qui comptera dans l’anthologie des fins de course au forceps, il tente sa chance donc dans ce 200 libre.

La médiocrité (relative, entendons-nous) de cette finale  permet au pépé de la natation d’entrer dans le relais. La finale est gagnée par le grand espoir, Townley Haas, entré avec fracas dans l’œil médiatique cyclopéen lors des NCAA avec un formidable 1’30s, record absolu en yards et petit bassin. Ici, il a donc gagné au finish et à la touche, d’un centième, devant Conor Dwyer, en 1’45s66, et même si je n’ignore pas que ce genre de correspondance doit être manié avec prudence, voilà qui, d’une certaine façon démystifie largement les perfs en yards et en petit bassin, où les techniques de virage et de coulées lancées par Coughlin, reprises par Phelps et imitées par Lochte puis par tout un chacun ont tellement dénaturé (dans le bon ou dans le mauvais sens, comme il vous plaira) la nage qu’est désormais impossibles toute conversion avec le grand bain. Qu’on ne me dérange pas avant un 200 yards en petit bain en moins de une minute vingt-huit !

Revenons à cette course. Haas, 19 ans, tonitruant représentant de la jeune vague, qui aime d’habitude mener la vie dure en assurant un train d’enfer, a montré ici une autre face de ses multiples talents. Il a laissé Dwyer, 27 ans, mener de bout en bout, mais le tenant de près comme ces lutteurs qui tentent une prise d’épaules et collent à l’adversaire. Puis le sprint délivra son verdict, Haas n’y fut pas sensationnel, mais Dwyer encore moins et le cadet eut raison de l’aîné !

Si les atouts de ces deux là, pour la course individuelle, sont, sauf respect, sinon marginaux, du moins assez minces, on n’en dira pas autant du relais, taillé sur mesure pour gagner le titre car s’ajoutent Jack Conger, lequel n’a été battu que pour avoir traîné à l’arrière, malgré un sprint dévastateur (26s83) et Ryan Lochte, au contraire encore dans le coup aux 150 mètres et devenu tout à coup aphasique au moment où il lui fallait s’exprimer fort. A l’addition, prises de relais retranchées, sachant que Dwyer a déjà nagé 1’45s41 cette saison, c’est du 7’1s4, ce qui se compare favorablement aux Australiens, Fraser-Holmes et McEvoy, 1’45s63, McKeon 1’46s61, Smith, 1’46s87 soit 7’2s6. Ce sera chaud, mais les Américains sont devant… Quoique cela ne puisse être qu’une illusion, car les perfs des Aussies datent de début avril, et ils auront eu seize semaines pleines pour réaffûter les couteaux !

Quant aux champions du monde britanniques, ils sont méconnaissables. Onze mois après leur prestigieux titre mondial de Kazan, ils en sont à 7’4s7. Ne leur reste d’apparence solide que James Guy. Mais bien entendu, rien qu’une bonne approche finale des Jeux ne puisse réparer…

200 mètres :  1. Townley Haas, 1’45s66; 2. Conor Dwyer, 1’45s67; 3. Jack Conger, 1’45s77; 4. Ryan Lochte, 1’46s62; 5. Gunnar Bentz, 1’47s33; 6. Clark Smith, 1’47s53 (en demi-finale, 1’47s49). Passages de Haas, 24s83, 51s42, 1’18s44, 1’45s66 – 24s83, 26s59, 27s02, 27s22; passages de Dwyer, 24s61, 51s09, 1’18s01, 1’45s67 – 24s61, 26s48, 26s95, 27s66.

ON L’APPELAIT BUD SPENCER

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Carlo Pedersol avait toujours l’air de blaguer, mais ce qu’il disait était souvent sérieux, ou pétri de bon sens. Comme sportif, il se posait là, mais ne se racontait pas d’histoires. L’époque aidait. On pouvait ne pas se prendre le chou, et être un champion, ce dont il ne se priva guère. Premier Italien sous la minute aux 100 mètres, d’abord 59s5, puis 58s2, cela vous donne une petite carte de visite, pour l’éternité. Puis international de water-polo, joueur de choc, un water-polo « dense, de pionnier », rappelle Stefano Arcobelli, le chroniqueur de La Gazzetta dello Sport. Il insistait sur les valeurs. « Le champion, insistait-il, ne doit se faire utiliser par personne, mais faire fructifier en dehors de l’eau ce moment de popularité sportive, vu qu’il n’y a guère beaucoup d’argent à se faire à nager. Moi, dans la vie, j’ai tout fait sauf jockey de course et ballerine. »

Né à Naples, dans une famille aisée et éduquée, il vit la destruction de l’entreprise familiale sous un bombardement, pendant la Seconde Guerre mondiale, et se retrouva en Amérique latine, avec son père ruiné qui essayait de refaire surface. Revenu, seul, en Italie, il travailla, étudia, se diplômant en droit, nagea (demi-finales du 100 mètres aux Jeux olympiques d’Helsinki, ou il finit 12e ex-aequo avec le Français Alexandre Jany, et de Melbourne, 16e) et joua au water-polo. Après cela, il participa à la construction de l’autoroute panaméricaine et en profita pour nager au Venezuela, ou encore pour disputer sur une Alfa Romeo le raid Caracas-Maracaïbo.

De retour à Rome, il assista aux Jeux olympiques de 1960, puis se maria avec la fille du producteur de cinéma Giuseppe Amato. Avocat de profession, ce touche-à-tout écrivaitt des chansons pour Ornella Vanonni et Nico Fidenco, et produisait des documentaires pour la RAI. Attiré par le cinéma où son physique hors-norme, 1,94m, 100 kg au départ et beaucoup plus ensuite lui permit seulement, dans un premier temps, d’apparaître dans des films que produisait Cinecitta, haut-lieu du ciné italien.

Pendant des années, ce ne furent que de fugitives apparitions, garde prétorien dans Quo Vadis en 1951, un carabinier dans l’Adieu aux armes, silhouettes furtives passant sans accrocher le regard.

En 1967, prié de jouer dans cette catégorie au départ improbable des westerns italiens, dits westerns spaghettis, il « américanisa » son nom, se forgeant celui de « Bud Spencer » d’après les noms de la bière Budweiser et de l’acteur Spencer Tracy. L’occasion? Il avait dû remplacer au pied levé l’une des co-stars du film qui s’était blessé. Là, il rencontra l’autre co-star, un acteur de dix ans son cadet Mario Girotti, alias Terence Hill. Ce fut une sorte de coup de foudre entre ces deux, qui s’entendirent comme larrons en foire, et aussi pour le public, jeune et populaire, qui adhéra puis adora.  Dieu pardonne… moi pas, Les Quatre de l’Ave Maria et On l’appelle Trinita, connurent un tel succès qu’ils lancèrent un genre, batailleur et comique et qu’au bout de quelques années, Hill et Spencer avaient tourné 18 films à la suite ! Chacun d’eux considérait l’autre comme son meilleur ami. Nullement jaloux l’un de l’autre comme d’autres duos célèbres qui pouvaient s’exécrer à la ville (Laurel et Hardy), ils s’estimaient complémentaires. Pour Terence Hill, ils étaient  à sa connaissance « le seul couple qui ne s’est jamais fâché. »

En 1972, à l’occasion du tournage de Più forte ragazzi, où lui et son comparse organisent un racket à l’assurance en simulant des accidents d’avion, Carlo, déjà passionné de voitures, était devenu pilote breveté d’avion et d’hélicoptère. Etonnamment actif et entreprenant, il finit par fonder en 1984 sa propre compagnie privée, Mistral Air, avant de se tourner vers l’industrie du vêtement d’enfants et de lancer une ligne de blue jeans. Sa carrière au cinéma, qui ne l’occupait, on le voit, jamais tout à fait, semblait se tasser, quand il recolla au peloton du succès avec un feuilleton télé, Extra Large. Entré en politique, voire en politique-spectacle, au titre de conseiller régional du Latium, à l’insistance d’un autre histrion, Silvio Berlusconi, il perdit son siège l’année suivante, dans la déroute du parti berlusconien, Forza Italia. C’était plus facile au ciné…

Il avait tenté une carrière américaine, mais en était vite revenu : « vivre en Californie, c’est parfait si on est une orange », avait-il décrété. Il avait ses bons mots. Gros mangeur et gros lecteur des philosophes, tête bien remplie sur un ventre jamais vide, il avait écrit un livre de cuisine et décrétait, détournant Descartes : « je mange donc je suis. » A ce régime, il avait fait grimper la balance à 156 kilos !

Carlo Pedersoli avait gardé quelques attaches avec la natation. Il assistait parfois aux compétitions, connaissait les champions italiens et clamait son admiration des Rosolino et autres Magnini, « portabandieri » de la natation transalpine. Toujours de bon conseil, il les enjoignait à ne pas se laisser manipuler et à bien utiliser cette fugitive popularité que le sport leur donnait.

Il avait écrit deux tomes de mémoires, que j’imagine truculentes… en allemand, son succès dans le pays de Goethe étant devenu très supérieur à celui qu’il connaissait dans celui de Dante et Leopardi.

Pedersoli-Spencer, le bon géant du cinéma et de la vie est mort entouré de tous les siens, raconte son fils aîné. Il s’est éteint paisiblement, son dernier mot étant « grazie » (merci).

On aurait pu lui répondre: grazie a lei!

BUD SPENCER EST MORT (1929-2016)

LE NAGEUR DE CINECITTA

Mort à 86 ans, l’acteur italien Bud Spencer s’appelait Carlo Pedersoli. Il était en quelque sorte le Johnny Weissmuller italien puisqu’il fut, comme Weissmuller fut le premier nageur au monde sous la minute et un acteur célèbre, le premier nageur italien sous la minute et un acteur célèbre. Il avait choisi son nom de théâtre indispensablement américain puisqu’il tournait dans les westerns (spaghettis) en hommage à une marque de bière, Bud, et à une star du cinéma américain, Spencer Tracy… Egalement scénariste et producteur, il était surtout connu pour camper sa robuste silhouette (1,90m et de plus en plus de kilos avec le temps) en contrepoint de Terence Hill (pcc Mario Girotti) dans des films autour du personnage de Trinita qu’on aurait d’ailleurs pu appeler trinitro vu sa propension à faire parler la poudre.

TRIALS A OMAHA : KEVIN CORDES S’IMPOSE EN PATRON CONTESTÉ

BRASSE: CORDES LES A PLUMÉS – DOS: PLUMMER TIENT LA CORDE

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Finale sous tension sur 100 mètres brasse messieurs, si l’on se fie au fait quand même inhabituel suivant, qui est que tous les finalistes ont nagé plus vite en demi-finales qu’en finale, et certains, Kevin Cordes et Andrew Wilson, ont produit leur plus mauvaise performance en finale, ayant aussi nagé plus vite en série.

Malgré ça, Cordes a gagné, comme en qualification, d’une bien faible marge. Cody Miller devrait l’accompagner à Rio de Janeiro. Si l’on excepte Adam Peaty, les Américains ont rejoint le haut du panier.

Les demi-finales du 200 mètres messieurs n’ont rien révélé de bien sensationnel. Seul Conor Dwyer a nagé, d’un rien, sous les 1’47s (1’46s96), mais la densité est forte, huitième qualifié à 1’47s84. Finale ouverte a priori donc.

Lily King a continué de dominer, en demi-finales, le 100 mètres brasse dames, avec un temps de 1’5s94 ; elle devance Molly Hannis, 1’6s24. Finale ouverte, huitième qualifiée en 1’7s60.

Même une grosse performance de David Plummer, 52s12, pas très éloignée du record du monde d’Aaron Peirsol, 51s94, et juste derrière les temps de Matt Grevers, 52s08 en 2012, Camille Lacourt, 52s11 en 2010, et Mitchell Larkin, 52s11 en 2015, ne le met pas tout à fait à l’abri de la menace que fait planer Ryan Murphy, 52s28, tandis que Matt Grevers parait un peu distancé, avec 52s64, idem pour Jacob Pebley, 53s10… Après, ça descend d’un cran, dernier qualifié en 54s63.

Dans le 100 mètres dos féminin, on attendait la jeune Claire Adams, eh ! bien cette jeune fille s’est malencontreusement brisé un os du métacarpe à l’entraînement. Elle a courageusement essayé de nager en séries, résultats, 45e temps ! Pas de détail sur l’incident, lequel est plus fréquent chez les dossistes, qui, par définition, ne voient pas où ils vont. Des blessures ont été enregistrées en se prenant les doigts dans les lignes brise-vagues, en l’occurrence brise-doigts, mais aussi en touchant un peu brutalement le mur d’arrivée.

Ça n’a pas suffi à arranger les affaires de Missy Franklin, qui s’est qualifiée au forceps, 7e en 1’0s45, juste devant l’éternelle Natalie Coughlin, dernière finaliste, 1’0s46. C’est une connaissance des NCAA, Olivia Smoliga, qui a le mieux secoué le cocotier, en 59s16, devançant Kathleen Baker, 59s58.

Décidément, il ne fait pas beau être un ancien à ces trials.

MESSIEURS.- 100 m brasse : 1. Kevin Cordes, 59s18 (série, 59s05, demi-finale, 58s94, record US); 2. Cody Miller, 59s26 (demi-finale, 59s09); 3. Josh Prenot, 59s81 (demi-finale, 59s60); 4. Michael Andrew, 59s82 (demi-finale, 59s85) ; 5. Andrew Wilson, 59s97 (série, 59s76, demi-finale, 59s87) ; 6. Marcus Titus, 1’0s38 (demi-finale, 1’0s19) ; 7. Nick Fink, 1’0s39 (demi-finale, 59s88) ; 8. Will Lincon, 1’0s61 (demi-finale, 1’0s30).

TRIALS A OMAHA : LEDECKY TROUVE UNE PUNCHEUSE POUR LUI RÉPONDRE

AVEC LEAH SMITH, CELA PROMET DE RENDRE COUP POUR COUP

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Avant la course, on se disait, il y aurait Ledecky, et derrière, un grand trou spatio-temporel, derrière lequel une nageuse, peut-être Runge, peut-être Schmitt, ou une autre, arracherait au bout de la nuit sa place pour Rio.

Pour ce qui est du trou, je m’étais trompé d’une place. Qui pouvait savoir que derrière Ledecky, surgirait une nageuse capable de la suivre et de finir à seulement une longueur ?

Or cette ondine existait et il s’agissait de Leah Smith.

Pas une inconnue pour les lecteurs de ce site, puisque le 4 Juin, pendant les meetings Arena, elle avait montré patte blanche et j’avais tenté de vous la présenter de la façon qui suit.

« Deux meetings aux USA, ce week-end, deux Arena, l’un à Santa Clara en Californie, l’autre à Indianapolis. A l’approche des trials, le temps s’accélère. Tandis que les Chinois et les Australiens se partagent la vedette sur la côte ouest, c’est une Américaine pur jus qui défraie la chronique dans l’Etat du centre-est, carrefour de l’Amérique.

Cette Américaine s’appelle Leah Smith.

Smith, c’est le nom le plus commun de Grande-Bretagne, d’Irlande, des USA et d’Australie, le problème pour un Smith des pays anglo-saxons n’est donc pas de se faire un nom (comme Arnold Schwarzenegger ou Sir Abubakar Tafawa Balewa), mais un prénom. On estime par exemple à une bonne quinzaine le nombre d’Adam Smith célèbres. Pour s’imposer, donc, il va falloir qu’elle s’accroche, Leah ! D’ailleurs Smith est plus difficile à imposer, aujourd’hui, en natation, que Ledecky.

Qu’importe. Sur 200 mètres, Leah Smith n’était pas dans l’Indiana pour s’amuser. Plutôt connue pour ses titres en longues distances, 500 et 1650 yards universitaires (NCAA, autant en 2015 et 2016) Leah y va franchement. Dès les séries, 1’56s66, deux secondes et demi d’avance sur sa seconde (Melanie Margalis) et quatre sur le « cut » de la finale. Départ sur un bon rythme, qu’elle tient jusqu’au bout et termine énergiquement. Même chose en finale, où elle réalise pratiquement le même temps, deux centièmes plus vite, parait menacée par Margalis au virage final mais termine tambour battant. On ne sait pas trop de qui elle tient ce style de battante, si c’est de son père, médaillé universitaire à la perche ; de son grand-oncle Billy Conn, champion du monde des lourds-légers qui affronta deux fois Joe Louis (le Mohammed Ali d’avant Mohammed Ali) ; ou encore de l’arrière grand-père, Jimmy Smith, champ intérieur des Cincinnati Reds, vainqueur des World Series en baseball. J’opterai pour le boxeur. Elle nage avec retour des bras raides (ce qui signifie beaucoup de battement de jambes), et, à défaut d’avoir une maîtrise supérieure des éléments sous-marins dits non nagés, elle est bien en ligne, tire bien dans l’eau avec une fréquence élevée. Grande sans plus, mais bâtie en force, c’est le garçon manqué dans toutes ses attitudes ! Le lendemain de ce 200 mètres, elle s’est qualifiée dans le 400 mètres en 4’5s21, quatre secondes devant Vien Nguyen… Je vous dis, ça ne plaisante pas.

Il parait que chez elle, tout, avec ses frères et sœur était une compétition : qui nettoie le plus vite sa chambre, qui reçoit la meilleure note au concours d’entrée au collège, qui exprime le mieux son expression d’un personnage de films.

Elle est championne du monde en relais avec les 4 fois 200 mètres US de Kazan, où elle gagna sa place à la loyale, par ses performances des séries, et nagea en finale en seconde position). Ici, elle a nagé presqu’une seconde plus vite qu’à Kazan et il semble qu’elle ne parait pas envisager un strapontin dans les relais pour Tokyo mais quelque chose de plus… »

LEDECKY PANACHE : MONUMENTALE FAUTE DE TRAIN ET TEMPS DE PASSAGE DE FOLIE

Le lendemain, rebelote, elle nageait dans les 4’3s, et, notions-nous, seule Katie Ledecky a nagé plus vite qu’elle cette saison. Mais de là à imaginer son exploit d’hier.

Certes, Ledecky a gagné, et bien gagné, ça ne se discute pas. Elle y a mis cette hargne, cette volonté, qui la caractérise, et elle a frôlé, son record mondial, en 3’58s98 contre 3’58s37. D’ailleurs, toute sa course était bâtie pour effacer ce temps. Dans son record mondial, établi en 2014 à Gold Coast, Australien, Ledecky était passée en 57s87, 1’58s30, 2’48s74 pour finir en moins d’une minute. A Omaha, c’était beaucoup plus incisif : 56s31 aux 100 mètres, un temps de record du monde en 1975, le genre de perf qui laisse la plupart des sprinteuses de ces trials se retourner sur le dos en appelant leur maman ! Aux 200, en 1’56s28, proche, sachant qu’elle vire au pied, du record du monde de Laure Manaudou, 1’55s52, en 2007. Elle avait accumulé deux secondes d’avance sur son passage record. A ce moment, d’ailleurs, Leah Smith elle aussi nageait plus vite que la Ledecky de Gold Coast, 1’58s18 contre 1’58s30, c’est dire si la petite fille de Billy Conn essayait de coincer la Joe Louis de la natation dans les cordes.

Mais Ledecky fuyait, toujours plus loin devant, et visitait, c’est sûr, ses limites, les mettait à l’épreuve, au défi, à la torture même, de sa fureur de nager. Mais son allure, tout en restant exceptionnelle, hors d’atteinte de toute fille au monde, avait un peu baissé. Elle perdait une seconde sur son troisième cent mètres, et une et demie dans le dernier aller-retour.

1’56s26 et 2’2s72, ce n’était certes pas de l’égalité d’allure, c’était même une faute de train, mais n’en était que plus monumental !

Smith, elle, quoique dominée, ne baissait pas sa garde. Au troisième quart de course, elle fit jeu égal avec l’ogre. A l’arrivée, en 4’0s65, elle battait son record de trois secondes. Dans l’histoire, seule Ledecky et une Pellegrini dopée au polyuréthane (3’59s15) avaient nagé plus vite.

Derrière, les dégâts collatéraux de cette double échappée étaient terribles. Allison Schmitt, qui avait essayé de suivre l’allure, passait en 1’59s84 et finissait dix secondes plus lentement, en 2’9s69. Runge, 3e, touchait à treize mètres de Ledecky, dix ou onze de Smith !

Mais peut-être le plus étonnant est-il que je m’étonne de ce que quelqu’un ait pu s’approcher de Ledecky de presque trois mètres, tant la Kathleen inspire des sentiments de respect, proche d’une sorte d’effroi.  

DAMES.- 400 mètres : 4:11s63 1. Katie Ledecky, 3’58s98; 2. Leah Smith, 4’0s65; 3. Cierra Runge, 4’7s03; 4. Lindsay Vrooman, 4’8s99; 5. Allison Schmitt, 4’9s25 ; 6. Stephanie Peacock, 4’9s53 ; 7. Hannah Moore, 4’9s54 ; 8. Hannah Cox, 4’9s72.

Passages de Ledecky, 27s44, 56s31, 1’26s11, 1’56s28, 2’27s03, 2’57s78, 3’28s78, 3’58s98, soit 56s31, 59s97, 1’1s50, 1’0s20.

Passages de Leah Smith, 27s97, 57s70, 1’27s76, 1’58s18, 2’28s90, 2’59s51, 3’30s35, 4’0s65, soit 57s70, 1’0s48, 1’1s33, 1’1s14.

TRIALS US A OMAHA – KELSI WORRELL A SU DOMPTER DANA VOLLMER

COMMENT DOMINER UNE CHAMPIONNE OLYMPIQUE

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Finalement, il n’y a pas eu photo. A l’arrivée, Kelsi Worrell l’a emporté haut la main, devant Dana Vollmer. Sur l’impression née des qualifications, cela semblait être plus que plausible. L’étonnement vient de la différence, plus importante que prévu. Dana a tenté une course rapide, qui lui créerait une ouverture d’entrée. Elle avait dominé les séries en passant un peu plus vite que Worrell, mais toutes deux nageaient dans deux demi-finales différentes, et après ces deux courses de qualification, leurs bilans étaient comparables. 56s84 le matin pour Worrell en séries, 56s92 l’après-midi en demis pour Vollmer, la balance privilégiait un peu Worrell. Cette dernière, qui était passée en 26s35 dans les séries et 26s67 en demis, produisit une course à la fois autoritaire et lucide, ne se laissant pas prendre au jeu de l’ancienne, pratiqué également par la quatrième à l’arrivée, Cassidy Mayer ; Kelsi vira moins vite qu’en séries, puis produisit un second cinquante mètres énergique. Elle fut la seule (et de loin) à « revenir » en moins de trente secondes.

Kelsi est encore peu connue en natation, mais sa victoire sur la championne olympique en titre, après des championnats NCAA triomphants, la sortent déjà de l’anonymat. USA Today s’est fendu ainsi d’un article sur sa nage, ses soucis et son asthme (induit par l’effort) et sur une vidéo produite sur des gags de son équipe de natation de Louisville, bloquée dans un aéroport, qu’elle a mis en ligne et a retenu jusqu’ici l’attention de, tenez vous bien, 33.000.000 de visiteurs !! Maintenant, son sourire contagieux même avant la bataille, un caractère joyeux, son discours intelligent, sa sympathie naturelle, son côté garçon manqué qui fait les filles réussies,  les Jeux olympiques et une belle bataille contre Sarah Sjöström pourraient élever encore son statut populaire…

Une Kelsi, dans le vernaculaire américain, le slang, est une fille très intelligente, qui ne sait pas qu’elle est belle, etc. A ce qu’il semble, c’est bien d’elle qu’il doit s’agir !

A suivre, bien évidemment.

DAMES.- 100 m papillon: 1. Kelsi Worrell, 56s48 (26s51); 2. Dana Vollmer, 57s21 (26s23); 3. Kendyl Stewart, 58s22 (26s62) ; 4. Cassidy Bayer, 58s35 (27s32) ; 5. Sarah Gibson, 58s79 (27s66) ; 6. Claire Donahue, 58s81 (26s65).