CAELEB DRESSEL A FAIT DE LA SOUTH EASTERN CONFERENCE LE THÉATRE DE SON ONE MAN SHOW

Éric LAHMY

Lundi 19 Février 2018

Caeleb Dressel a gagné confortablement le 100 yards des South Eastern Conference (SEC). Il est resté à distance de son mythique record sur la distance, 40s00, et a triomphé en 41s01, passant en 9s07, 19s41 et 30s15. Il bat quand même le record de la SEC, 41s07 par lui-même en 2016, et le record de la piscine (mais oui, mais oui), 41s08 en 2009 par un certain Nathan Adrian.

Dressel, si l’on examine ses passages, est resté pendant cinquante yards tout près du rythme de son intimidant record, et a dominé d’emblée la finale grâce à sa prodigieuse science des coulées, mais a un peu faibli sur la fin (10s83). Dans les derniers 25 yards, trois autres finalistes réalisaient des temps équivalents au sien, Peter Holoda, d’Auburn, qui terminait en 10s80, Zachary Apple, 10s89 et Baqlah Kader, de Floride, 10s85.

On peut imaginer les diverses raisons qui ont empêché le meilleur nageur du monde reconnu par tous les jurys, Swimming World, SwimSwam, la FINA, de battre les 40 secondes. Primo, bien entendu, c’est un record difficile, je dirais même impossible à battre aujourd’hui, par n’importe qui d’autre sauf lui-même, à condition d’y mettre du sien. Secundo, il doit réserver le meilleur pour les nationaux NCAA, les SEC ne constituant qu’une étape, importante certes, de sa saison indoor. Peut-être aussi d’avoir préparé essentiellement le 100 brasse et le 200 quatre nages (avec les succès qu’on sait). Les quarante secondes ne tomberont que sous les coups d’un homme surdoué et hyper-préparé…

Je note quand même que mercredi, il avait nagé, dans le relais quatre fois 50 quatre nages, le parcours de crawl en 17s92 qui avait permis à Texas de l’emporter de justesse devant Tennessee A représenté par un Kyle Decoursey extrêmement agressif (18s14).

… Caeleb a réussi à faire des SEC un « one man show », tant il a été le seul à allumer des records, aucun autre nageur n’ayant été en mesure d’en approcher dans les autres courses ! Une heure trois quarts après son 100 yards, il s’élançait au départ du relais quatre fois 100 de Florida, et, en 40s87, nageait un poil plus vite que dans sa course individuelle et étouffait dans l’œuf le duel qui opposait son équipe à celle, également légendaire, d’Auburn, en laissant Zachary Apple, 41s64, à presqu’une longueur. Pour Auburn, Holoda, 41s09, revenait bien sur Khader, 41s98, mais Liam McCloskey, d’Auburn, 42s99, n’était pas de taille à rivaliser avec le « sophomore » (étudiant en première année) Maxime Rooney, équipier et héritier présomptif de Dressel (dont il a battu quelques records cadets, si je ne m’abuse)…

Rooney a d’ailleurs fini aussi 2e du 200 yards, derrière un autre « sophomore » de Floride et de dix-neuf ans, le Jordanien Khader Ghetrich Baqlah, 1’32s97 contre 1’31s96.

On n’a donc pas vu, chez les hommes ni chez les femmes, d’autres grands exploits au Rec Center Natatorium de Texas A&M, mais il convient de rappeler que les SEC, malgré leur importance, ne sont qu’une compétition régionale et ne représentent, à vue de nez, qu’un tiers de la puissante natation universitaire US. Pour la plupart, les records NCAA ou des USA ont été réalisés dans les compétitions majeures, NCAA ou championnats US. Et bien entendu, quand on sait que le record du 1500 mètres est détenu par Katie Ledecky, on n’en voudra pas à Courtney Harnish, de Georgia, de gagner en 15’57s68, à 54s37 du temps de la formidable élève de Stanford, et si l’occasion nous en avait été donnée, on n’aurait pas eu le cœur, à sa sortie de l’eau, de ne pas la féliciter de sa victoire et de son temps : Courtney, d’ailleurs, plutôt connue pour les vertus de son 200 papillon et de ses 200 et 400 libre, battait son record personnel de dix secondes…

D’autres bons résultats ont été obtenus dans les 50 yards : féminin par une « sophomore », Erika Brown de Tennessee, en 21s39 (Brown gagne aussi le 100 yards en 47s17 et surtout le 100 papillon en 49s85, records SEC de Sarah Gibson, 50s71, explosé), masculin par Zachary Apple, 19s08 ; sur 400 quatre nages messieurs par Hugo Gonzalez, d’Auburn, 3’35s76, record SEC de Chase Kalisz battu.

SIDNEY PICKREM, LE PARCOURS D’UNE GAGNANTE

S’il fallait désigner une performance de pointe dans l’amoncellement laissé par les SEC, outre Erika Brown et Khader Baqlah, je sortirais le nom de la petite (1,70m, 54kg) bombe Canadienne (en fait binationale US-Canadienne, elle nage pour la feuille d’érable) Sidney Pickrem, de Texas A&M, auteure d’un 200 brasse gagné en 2’4s62, à l’issue d’un âpre duel avec son équipière russe Anna Belousova, 2’5s08, d’un 200 quatre nages en 1’52s69, record de la compétition et d’un 400 quatre nages gagné en 3’59s30, plus de cinq secondes devant sa suivante, Bethany Galat. Son temps bat les 3’59s69 réussis par Katie Ledecky cette saison à l’Art Adamson invitation et fait donc d’elle la favorite des NCAA (elle a fini 2e en 2017 derrière Ella Eastin.

Pickrem a été médaillée de bronze mondiale, à Budapest, sur 400 quatre nages, en 4’32s88, derrière Katinka Hosszu, 4’29s33, et Mireia Belmonte, 4’32s17. Ne vous étonnez pas si Pickrem est une fameuse battante. Fille d’un hockeyeur pro, Darren, elle est tombée amoureuse d’un rectangle d’eau chlorée et sous le charme d’un des coachs les plus punitifs du programme américain, Randy Reese, et s’est fait remarquer en étant encore plus fanatique que lui. Le Tampa Bay Times, qui l’a dûment interviewée, raconte que cette noix dure à craquer est passée à travers une foultitude de plaies et de bosses, de blessures, de sévères spasmes dorsaux accompagnés de brèves périodes de perte de la vision et de l’ouïe.

Alors, si vous voyez à nouveau cette jeune fille sur un podium haut de gamme, dites-vous bien qu’elle l’aura mérité !


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