Cate Campbell contre docteur Franklin et Missy Hyde

1er août 2013

par Eric LAHMY

Barcelone, 15emes championnats du monde

Sur ce que nous avions vu voici quelques jours dans le relais quatre fois 100 mètres féminin remporté par les Américaines, Cate Campbell est hors d’atteinte. Ni Missy Franklin, qui lui était opposée directement au départ du relais, devancée d’une large seconde, 53’’51 contre 52’’33, ni Ranomi Kromowidjojo, la championne olympique néerlandaise, 52’’65 lancée, ne signaient de performances comparables, de près ou de loin, à l’aînée des Campbell.

Dans la huitième série de ce matin, opposée directement à Franklin et à Sjostrom, elle a montré sa force : le premier 50 mètres. Elle est passée un petit peu moins vite qu’au départ de son relais, 25’’36 contre 25’’19, mais cela a suffi pour effectuer sa coulée de virage en laissant  ces deux femmes en forme des mondiaux au niveau de ses hanches ou du haut de ses cuisses. Allez reprendre ça en moins de 50 mètres, face à une machine à nager de la dimension de l’Australienne. Franklin, cependant, y  a presque réussi, grâce à un retour fracassant qui rappelait la deuxième longueur effarante qu’elle sut produire dans le 200 mètres de la veille, pour dévorer notre Camille Muffat nationale,. A l’arrivée de ce 100 mètres des séries, douze centièmes de seconde séparaient l’Australienne de l’Américaine dont on se méfiera quand même du « big match temperament ». Sous des dehors délicieux, des sourires de bon aloi et un comportement très amical, Franklin représente un avatar du syndrome Docteur Jekyll et Mister Hyde qu’on voit fleurir de ci de là dans le monde de la haute compétition. Ici, elle est dans sa mission phelpsienne de collectionneuse de titres, et pour la battre, il va falloir donner de sa personne. N’enterrons pas Ranomi, qui a caché son jeu.

Campbell, cependant, est la plus affamée du trio de tête de ces séries, Sjostrom ayant ramené le trophée du 100 mètres papillon, et Franklin trois titres. Mais ces frustrations ne signifient rien si on ne sait en jouer pour se transcender. Si le sport est un jeu mental, ce côté de la performance est le plus difficile à contrôler, le plus fragile, avec des côtés erratique… et aussi, disons-le, le plus difficile à quantifier…

Prenons le cas de Camille Muffat. Même après ses performances olympiques, or sur 400 mètres, argent sur 200 mètres, bronze avec le relais quatre fois 200 mètres, plus d’un connaisseur s’était dit un peu déçu de ses résultats londoniens. Ceux qui l’avaient vu réaliser des performances ébouriffantes au meeting EDF, à Paris, en juin 2012, selon des schémas demandés par Fabrice Pellerin avec des départs ultra-lents et des finals déments, s’étonnaient qu’elle n’ait pas nagé plus vite aux Jeux. « Camille aurait dû être la première nageuse ‘’textile’’ sous les quatre minutes », estime Jacky Brochen, qui, dans la suite de sa carrière d’entraîneur national en France et en Suisse, effectuera l’an prochain sa rentrée à la Stella Sports de Saint-Maur. J’en connais beaucoup d’autres qui sont de cette avis.

La raison en est vraisemblablement que si Pellerin a façonné dans Muffat une athlète d’exception, il n’a pas réussi à lui donner cette rage de vaincre qui se résout parfois chez elle, dans la finale, en peur de perdre, et explique au moins partiellement le caractère cuisant de son échec sur 400 mètres. Cet état psychique est quelque chose qu’on a ou qu’on n’a pas en soi, et très difficile à développer en l’absence d’un terreau favorable.

Bien entendu, cela n’enlève rien à Camille Muffat en tant que personne, mais cela la désarme un peu quand les enjeux la dépassent. Il y a bien le docteur Jekyll chez Camille, personne sensible, calme et bonne équipière, mais on lui aurait souhaité de mieux exprimer le docteur Hyde qui sommeille en chacun de nous. L’exceptionnel est de voir la carrière qu’elle a produite dans ces conditions…

DAMES. 100 METRES (séries).- 1. CAMPBELL Cate, AUS, 53’’24 (25’’36+27.88); 2. FRANKLIN Missy, USA, 53’’36 (26’’06+27’’30); 3. SJOSTROM Sarah, SWE, 53’’61 (26’’01+27’’60); 4. STEFFEN Britta, GER, 53’’93 (26’’55+27’’38); 5. KROMOWIDJOJO Ranomi, NED, 54’’12 (26’’53+27’’59); 6. TANG Yi, CHN, 54’’21 (26’’30+27’’91); 6. HEEMSKERK Femke, NED, 54’’21 (26’’51+27’’70); 8. VREELAND Shannon, USA, 54’’25 (26.72+27.53); 9. VANDERPOOLWALLACE Arianna, BAH, 54’’42 (25’’86+28’’56); 10. COLEMAN Michelle, SWE, 54’’53 26’’25+28’’28) ; 10. POPOVA Veronika, RUS, 54’’53 (26’’45+28’’08); 12. CAMPBELL Bronte, AUS, 54’’67 (26’’12+28’’55) ; 13. MUFFAT Camille, FRANCE, 54’’84 26’’77+28’’07) ; 14. BLUME Pernille, DEN, 54’’88 (26’’92+27’’96) ; 15. QIU Yuhan, CHN, 54.93 ; 16. PRINSLOO Karin, RSA, 55’’05 ; 17. VERRASZTO Evelin, HUN, 55’’08 ; 18. BONNET Charlotte, FRANCE, 55’’15 ; 19. POON Cheuk Yuen Victoria, CAN, 55’’30.

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